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La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

Au-delà des montagnes.

La migration de la Grue cendrée

par delà les Pyrénées

Quelques informations générales

Notre Béarn est situé sur « la voie de l’Ouest » de la migration post-nuptiale de la Grue cendrée. Chaque année à la même époque, le cri puissant et caractéristique de ce bel oiseau en route vers l’Espagne retentit dans le ciel béarnais. C’est, je pense, le seul chant que la plupart des gens reconnaissent sans se tromper. « J’ai entendu passer les grues »! Combien de fois ai-je entendu cette phrase, synonyme de changement de saison et de l’arrivée du froid. Elle occupe avec la Cigogne blanche une place particulière dans le cœur des hommes.

Les grues cendrées émettent en vol un cri régulier, une sorte de « kroouh » qui permet au groupe de rester en contact. Il est répété par chaque individu à intervalle régulier. Le passage imminent d’un vol important est annoncé par un joyeux tintamarre. Nous levons alors les yeux vers le ciel pour tenter de repérer leur formation particulière en ligne ou en V. Ce n’est pas toujours évident de les localiser; leurs manifestations vocales très sonores les font souvent croire bien plus proches qu’elles ne le sont en réalité. Il faut parfois aller les chercher bien haut. Elles migrent même la nuit et ce cri les trahit, audible à des kilomètres à la ronde.

En vol, on pourrait les confondre de très loin avec la cigogne blanche mais celle-ci reste silencieuse et elle migre plus tôt, dès la fin juillet et jusqu’à la mi-septembre pour la plupart des effectifs.

Dans les Landes, région d’Arjuzanx – Une grue cendrée au gagnage dans un champ de maïs ramassé.

Dans les Landes, région de Sabres (près d’Arjuzanx) – Grues cendrées et palombes dans un champ de maïs ramassé, en bordure d’une forêt de pins.

Dans les Landes – Le retour des grues cendrées aux dortoirs d’Arjuzanx (en bas à gauche, on distingue le mirador pour l’observation des grues dans leur élément liquide).

Lac collinaire de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), au soir – Le retour des grues dans la Réserve, après avoir passé la journée à se nourrir dans les champs des environs.

Région de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), quelques grues sur fond de pic du midi de Bigorre (2 876m).

Les grues cendrées quittent leurs zones de nidification vers la mi-octobre et jusqu’à début décembre, en fonction des conditions climatiques. Celles qui passent chez nous viennent de Finlande, Suède et Norvège pour aller vers l’Espagne. Leurs principales haltes migratoires en France sont le lac du Der en Champagne-Ardenne, le camp du Poteau à Captieux (Gironde) et la réserve d’Arjuzanx (Landes), ainsi que le site de Puydarrieux dans les Hautes-Pyrénées. Je ferai plus tard un article dédié à chacune de ces deux dernières haltes migratoires et d’hivernage.

Les grues las grullas Embalse de La Sotorena Alberca de Arboré Montmesa Huesca Aragon

Embalse de la Sotorena, aux premiers rayons de soleil (février 2019) – Les grues se restaurent dans les champs givrés, avant de reprendre le chemin de la migration vers le Nord de l’Europe.

Lagune de Gallocanta (février 2019) – Le réveil des grues dans la brume, peu avant l’aube.

Après avoir traversé la chaîne des Pyrénées, elles font route en Espagne vers l’embalse de la Sotorona et la lagune de Gallocanta, puis vers l’Estrémadure et le Nord de l’Afrique. Les zones de halte et d’hivernage sont choisies en fonction des conditions climatiques, de l’abondance de la nourriture et de la présence de l’eau pour se protéger des prédateurs comme le renard.

Assister au spectacle de la traversée des Pyrénées est un moment privilégié. J’ai eu l’occasion d’y assister récemment à plusieurs reprises.

La traversée des Pyrénées dans le val d’Azun

Après quelques jours de conditions déplorables avec beaucoup de pluie en plaine et de neige en montagne pour un mois de novembre, la météo s’est enfin arrangée. Ce 19 novembre 2019, la chaîne des Pyrénées est bien dégagée; les grues saisissent l’occasion!

En direction « del sol »!

Le pic du Midi d’Arrens (2 267m).

Le Palas (2 974 m).

Le Palas (2 974 m),  le Courouaou devant (2 691 m) puis le Batboucou (2 651m) à droite.

A gauche, le pic de Batboucou (2 651m).

Traversée des Pyrénées dans la vallée des Gaves

Ce 03 décembre au matin, les sommets des Pyrénées sont dans le brouillard. Beaucoup de grues sont déjà passées dans la nuit, venant entre autres d’Arjuzanx. En effet, plusieurs milliers grues y font une halte depuis plusieurs jours pour se nourrir dans les champs de maïs ramassé. Contrairement à leurs habitudes, elles ne reviennent pas le soir dans les dortoirs de la Réserve mais restent à l’extérieur dans les champs inondés par les grosses pluies de novembre, les marais, les lagunes, les coupes rases… Tout est gorgé d’eau. Après l’accalmie du matin brumeux, la migration reprend en début d’après-midi lors d’une éclaircie dans le ciel pyrénéen. En fin de soirée, on verra quelques volées faire demi-tour pour passer la nuit au pied de la montagne.

Une volée de grues cendrées remontant « la vallée des Gaves », sur fond de Casque du Marboré (3 006m), l’un des fameux sommets du cirque de Gavarnie.

Leur voyage vers des cieux plus cléments pour y passer l’hiver m’a souvent fait rêver et en début d’année, je suis allé les voir en Espagne dans certains de leurs lieux d’hivernage et dans leurs deux principales haltes migratoires : l’embalse de la Sotorena et la lagune de Gallocanta. Si vous êtes intéressés par des informations plus précises, voici les liens vers mes articles :

Pour l’embalse de la Sotorena, cliquer ICI,

Et pour la lagune de Gallocanta, c’est ICI.

Bonne lecture! 

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées

à la période du rut en val d’Azun

Dans le val d’Azun (19 novembre 2019). Un bouc, de face et de profil.

Le val d’Azun est la plus occidentale des vallées des Hautes-Pyrénées. Il est situé dans le Parc national des Pyrénées et au cœur d’un territoire de montagne à la fois tourné vers la Bigorre et le Béarn.

En arrière-plan, le pic du midi d’Arrens (2267m), le moins cité des trois pics du midi des Pyrénées.

La vallée d’Arrens-Marsous (novembre 2018) avec un aperçu de son village au premier-plan. Au milieu dans les nuages, le Palas (2 974m) avec, devant, le Courouaou (2 691m) et le Batboucou (2 651m) à droite. Tout à droite, le pic Arrouy (2 708m), reconnaissable au petit éperon rocheux en contrebas et à gauche .

Il est en fait composé de trois vallées, celles d’Arrens-Marsous, d’Estaing et de l’Ouzoum. Agricole et pastoral, il a su garder son patrimoine naturel, culturel et bâti avec ses villages authentiques. A l’abri des grands flux touristiques, la nature y est préservée avec des aménagements respectueux de l’environnement pour la pratique de la randonnée et du ski de fond. Il est dominé par le Balaïtous qui culmine à 3 144 m d’altitude.

La fin de l’année est marquée par des événements importants pour la faune des Pyrénées; en particulier, le rut de l’isard et celui du bouquetin. Pour ces deux espèces, il a lieu en même temps durant la période de novembre à décembre. Cette année 2019 est particulière: il n’avait pas autant neigé en ce mois-ci depuis l’hiver 2008. Cela a peu perturbé les mœurs des animaux à ce moment crucial pour leur reproduction. Chassés des hauteurs par la neige, ils sont descendus plus tôt que prévu vers une nourriture accessible. Je pense surtout aux isards, bien plus nombreux et faciles à observer que le bouquetin. Je n’ai pas eu encore le plaisir de rencontrer ce dernier côté français après les lâchers récents commencés en 2014.

Lors de cette sortie du 19 novembre dernier, je n’ai pas vu de harde de femelles avec leurs chevreaux. J’ai pu photographier trois mâles isolés: à cette période, ils sont en effet moins farouches. Immobiles sur le versant exposé au soleil matinal, ils se prélassaient tout en surveillant attentivement les alentours. Comment peut-on les distinguer d’une femelle sur mes clichés? C’est très facile, par la présence du pinceau pénien!

La première rencontre. Ce bouc a senti quelque chose et s’est brusquement redressé.

Sur les clichés suivants, il détale dans la pente pour se réfugier dans un bois en contrebas. 

Le bondissement de l’isard dans la descente, en plusieurs clichés.

A l’approche du sous-bois, le bouc ralentit et va tranquillement se mettre à l’abri. Et peut-être rejoindre la harde de femelles?

 

Mon deuxième mâle, très placide, se déplaçait dans la neige immaculée de la nuit précédente.

 

Mon troisième mâle.

Observation du Hibou des marais dans les plaines de Villafafila en Castille-et-León

Observation du Hibou des marais (Asio flammeus)

dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-León (octobre 2019)

Envol d’Outardes barbues au crépuscule. Le manque de lumière ne m’a pas permis de « figer » la scène.

Je suis passé ce mois d’octobre à Villafáfila pour me documenter sur la Grande Outarde ou Outarde barbue à l’automne.

Par la même occasion, j’ai fait la rencontre un soir du Hibou des marais. Je l’y avais déjà observé lors d’un précédent séjour en mai 2017. Cette espèce est normalement présente à Villafáfila toute l’année (information trouvée dans l’ouvrage « Where to watch birds in Northern & Eastern Spain ») et j’en ai eu ainsi la confirmation.

Cependant, cette présence est tributaire de l’abondance de la nourriture. A la période de nidification 2018, au mois de mai, il était déjà absent depuis plusieurs mois: un printemps pluvieux avait empêché le pullulement habituel des campagnols et les hiboux étaient parti chercher leur nourriture ailleurs.

A l’affût de campagnols au milieu de la végétation sèche. Il bénéficie d’un bon mimétisme.

Ce rapace m’est bien sympathique et je lui ai consacré un article complet sur son mode de vie: vous pouvez le consulter ICI

 

Le Cygne tuberculé – Son observation en cours de migration dans le Béarn

Lac de Bassillon – Cygnes tuberculés de passage. Apparemment, 2 couples au plumage blanc et cinq immatures avec quelques plumes encore grises (20 octobre 2019).

Le Cygne tuberculé à l’état sauvage

Une observation dans le nord-est du Béarn

Lac de Bassillon (04 novembre 2019). Deux cygnes tuberculés adultes avec au centre, un immature.

Le Cygne tuberculé (Cygnus olor) est un oiseau pour lequel je n’avais pas d’empathie particulière. Très commun et largement répandu, il a été longtemps pour moi un simple oiseau d’ornement des plans d’eau aménagés et des jardins publics. Un bel oiseau certes, mais qui mène une petite vie tranquille sans efforts! J’ai été surpris de le rencontrer sur un lac collinaire du Vic-Bilh, le lac de Bassillon, et cela m’a incité à m’y intéresser. Un groupe de neuf individus y a fait une halte: je les ai vus le 20 octobre dans la soirée par temps maussade et le 04 novembre 2019 dans l’après-midi sous la pluie (le lendemain de la tempête Amélie). C’était ma première observation dans la région et ils sont depuis repartis. Ils se nourrissaient près des bordures en fouillant dans l’eau peu profonde. D’où venaient-ils? Où sont-ils partis? Je n’en sais rien, mais je n’en avais jamais vu autant à la fois dans la région. Cela m’a incité à faire quelques recherches dans la littérature pour essayer d’en apprendre sur leur présence singulière.

Origine du Cygne tuberculé

Lac de Bassillon (20 octobre 2019) – Un groupe de cygnes tuberculés (adultes et immatures) de passage. 

Il existe en fait plusieurs espèces de cygnes. Le Cygne tuberculé, l’espèce que j’ai photographié, est reconnaissable à son bec orangé à rougeâtre, surmonté d’un tubercule noir charnu et adipeux. Il lui doit son nom vernaculaire.

Les deux sexes sont identiques, sauf à la période de nidification où le tubercule du mâle est plus développé. Les juvéniles ont un plumage brun-grisâtre qui commence à blanchir le premier hiver mais quelques plumes restent grises jusqu’à l’hiver suivant. L’espèce est originaire d’Asie centrale, introduite par l’homme en de nombreux endroits de l’Europe tempérée, d’Amérique du Nord, d’Afrique du Sud, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. En France, il a été introduit à l’occasion d’initiatives privées vers la fin du Moyen-Age, comme oiseau d’agrément pour les plans d’eau des demeures seigneuriales. L’oiseau était également consommé lors de grands banquets.

Il est habituellement silencieux et on l’appelle aussi le Cygne muet. Il est normalement sédentaire mais il est quand même considéré comme migrateur partiel car les populations des pays nordiques peuvent migrer en automne (septembre à décembre) vers des contrées plus chaudes, et elles en repartent à partir du mois de mars.

Pour les populations présentes en Grande-Bretagne, en Irlande et en France, il y a peu ou pas de migration ou seulement quelques mouvements locaux. Ces populations sédentaires sont renforcées en hiver par les populations migratrices venant de Scandinavie et d’Europe de l’est.

Jusqu’à un passé récent, le cygne tuberculé ne se reproduisait pas à l’état sauvage en France. Dans un inventaire de l’avifaune en 1936, sa présence était même signalée comme « très accidentelle durant les hivers rigoureux ». Il devient ensuite un nicheur ponctuel. Depuis la loi de Protection de la Nature du 10 juillet 1976, l’espèce est devenue protégée et la population a alors augmenté à un rythme soutenu. Des réintroductions en milieu sauvage ont également eu lieu dans certaines régions à partir d’individus domestiqués. Leur nombre est passé de 50-100 couples en 1970 à 400 en 1982, 1 000 couples à la fin des années 1990, 1 500 – 2 000 couples dans les années 2000 et pour atteindre pratiquement 4 000 couples en 2010. Ces données peuvent un peu varier selon les sources consultées. Il niche plus particulièrement dans les deux tiers nord de la France.

Il a un « cousin » migrateur complet sous nos latitudes, le Cygne chanteur (Cygnus sygnus) appelé aussi Cygne sauvage, dont la taille est un peu plus importante; il est reconnaissable à son bec jaune et noir et à son cou rigide (celui du cygne tuberculé est arqué). Les effectifs français du Cygne chanteur en période d’hivernage sont assez marginaux, quelques dizaines d’individus, essentiellement au lac du Der en Champagne-Ardenne. Son observation dans les Pyrénées Atlantiques est très rare.

La présence du Cygne tuberculé dans l’arrière-pays des Pyrénées Atlantiques

Lac de Bassillon, sous la pluie (04 novembre 2019). Un cygne tuberculé immature à gauche et deux adultes à droite.

Les informations disponibles sont assez restreintes mais intéressantes pour moi. J’ai consulté, en particulier, le site consacré à l’observation des oiseaux d’un éminent naturaliste du Béarn, A. Guyot. Il accumule les données depuis 1984. Son site: https://oiseaupyrenees.blogspot.com

En 1992, A. Guyot signale une première nidification du cygne tuberculé sur le lac d’Artix. Le couple et trois immatures se déplacent en fin de nidification sur le lac de Denguin (situé entre Orthez et Pau). En mars 2011, il publie un cliché de cygnes en train de couver à Artix. En novembre 2017, il signale la présence ponctuelle d’un individu au lac de l’Ayguelongue (appelé aussi de Momas). Il précise que « cette présence est rare car l’espèce n’a pas d’herbier aquatique pour se nourrir, alors q’il niche au lac d’Artix à 11 km à vol d’oiseau, ainsi qu’au marais de Biron à 35 km « . Il publie d’ailleurs en mai 2018 un cliché pris au marais de Biron d’un adulte avec (au moins) 4 poussins.

J’avais pu observer moi-même un individu isolé à ce lac de l’Ayguelongue à la même période; je l’avais pris pour un oiseau domestique en vadrouille.

Dans la revue du Groupe Ornithologique des Pyrénées et de l’Adour (GOPA) d’avril 2001, un compte-rendu du comptage hivernal (hors zone côtière) des oiseaux d’eau de 1996 à 2000 pour la région signale sa présence sur nos lacs collinaires: en 1996, 2 sur le lac d’Artix; en 1997, 2 au lac de l’Ayguelongue; en 1998, 4 au lac d’Artix et 2 au lac de Corbères (Lembeye); en 1999, 16 au lac d’Artix et 3 au marais de Biron (Orthez); en 2000, 11 au lac d’Artix, 8 au marais de Biron. Aucune présence n’est signalée pour le lac de Bassillon. On mentionne aussi dans cette revue que « le Cygne tuberculé a été volontairement introduit à Denguin (entre Pau et Orthez) au début des années 1990 (A. Guyot 1993); l’espèce a colonisé le Gave de Pau et désormais quelques couples s’y reproduisent chaque année. Ces oiseaux sont sédentaires; il ne semble pas y avoir d’apport d’hivernants venus du nord. Quelques oiseaux sont vus parfois sur les lacs collinaires, mais il semble qu’ils aient aussi une origine captive ». Cet état des lieux, bien que déjà ancien, est intéressant car il émet à l’époque des réserves sur la possibilité de présence d’hivernants venant du nord de l’Europe. On y remarque que la population la plus importante est sur le lac d’Artix, lac où A. Guyot apporte le témoignage d’une première nidification en 1992.

La source la plus récente que j’ai pu trouver pour un inventaire complet est dans l’Atlas des Oiseaux Nicheurs d’Aquitaine paru en janvier 2015 aux Editions Delachaux & Niestlé (enquête de 2009 à 2013). Il y est noté qu’en Aquitaine, le cygne tuberculé niche dans les zones humides des 5 départements, mais avec une nette prédominance le long de la côte (étangs littoraux et bassin d’Arcachon), ainsi que ponctuellement le long de l’Adour et des Gaves. Pour la période de cette enquête, la population du cygne tuberculé en Aquitaine est estimée entre 51 et 68 couples. La présence avérée comme espèce nicheuse sur le lac d’Artix et sur le marais de Biron (Orthez) n’y est pas mentionnée.

Le Bassin d’Arcachon est un site important pour la nidification et l’hivernage de l’espèce; j’ai eu l’occasion de l’y voir sans lui avoir prêté d’intérêt en pensant à nouveau qu’il s’agissait d’oiseaux domestiques. Cette population locale s’est développée à partir de 2 couples lâchés dans la Réserve Ornithologique du Teich en 1972.

Lac de Bassillon (04 novembre 2019). Deux cygnes tuberculés adultes au centre, et deux immatures vers l’extérieur.

Alors, finalement, qui sont « mes » cygnes? Déjà, j’ai appris à mieux connaître cet oiseau que je mésestimais. Au vu du contexte, ce sont des cygnes qui se sont reproduits à l’état sauvage et en migration partielle, peut-être même des hivernants. Vu leur nombre quand même assez conséquent, ils peuvent venir de la zone côtière ou du nord de la France, peut-être même de plus haut. Mais, … où sont-ils maintenant?

Principale bibliographie consultée :

_http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/oiseaux/oiseaux-eau/FS287_pere.pdf

_http://www.xn--gopa-pyrnes-ibbb.fr/wp-content/uploads/2014/09/DocOiseaux-deauVol1n1.pdf

_http://www.aquitaineonline.com/culture-livres-musique/livres-cursives/5673-atlas-des-oiseaux-nicheurs-d-aquitaine.html

_http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/oiseaux/oiseaux-eau/rs07_fouque.pdf

_https://oiseaupyrenees.blogspot.com

Le Grimpereau des Jardins

Grimpereau des jardins dans la mousse du tronc d’un mûrier platane, à la recherche d’insectes.

Le Grimpereau des jardins

(Certhia brachydactyla)

Le Grimpereau des jardins est un petit oiseau discret assez commun et qui vit en solitaire (hors période de reproduction). Son plumage dorsal terne de couleur écorce et sa petite taille le font passer facilement inaperçu. Les deux sexes sont identiques. On le reconnait très facilement à son bec légèrement arqué et à sa façon de rechercher sa nourriture, composée d’insectes et d’araignées: il grimpe le long des troncs d’arbres et des grosses branches, en spirale et toujours en remontant. Puis il recommence à la base du tronc suivant. C’est un oiseau très remuant.

Sa queue rigide s’appuie sur le tronc et le maintient en équilibre. Ses pattes courtes lui donnent l’impression de ramper sur le tronc.

On peut aussi rencontrer une autre espèce très semblable à celui-ci, le Grimpereau des bois (Certhis familiaris). Un néophyte va les confondre. Il est possible cependant de différencier les deux espèces grâce à certains petits détails morphologiques (bec et ongle postérieur plus ou moins long, légères différences de couleur du plumage); cela demande une bonne connaissance de chaque espèce. Le meilleur moyen de les distinguer est le chant particulier à chacun, assez différent. Encore faut-il que l’individu à identifier veuille bien chanter.

L’aire de répartition du Grimpereau des jardins se limite à l’Europe de l’Ouest (hors Royaume-Uni) et les régions adjacentes et elle chevauche en grande partie sur notre continent celle du Grimpereau des bois, très vaste (de l’Irlande au Japon et à l’Himalaya). Le grimpereau des bois est peu présent en France, essentiellement dans les régions montagneuses. On peut le rencontrer par exemple le long de la chaîne des Pyrénées du centre en remontant vers l’est.

Le Grimpereau des jardins est sédentaire et il aime les vieux arbres où il trouvera sa nourriture: il vit dans les bois de feuillus, les parcs, les jardins et les vergers à haute tige. On le trouve généralement à plus basse altitude que son « cousin » des bois. Celui-ci est inféodé aux forêts mixtes et de conifères à une altitude supérieure.

Longtemps, j’ai pensé que la seule différence entre les deux espèces était leur biotope; comme je peux le constater maintenant en m’étant documenté pour identifier mon spécimen, ce n’était pas un argument suffisant. Le moyen est le plus simple pour l’identifier sur une photo est, je pense, d’observer la barre alaire.

Bordure de la barre alaire en escalier chez le Grimpereau des jardins (barre régulière chez son cousin) – Cliché pivoté largement recadré.

Source bibliographique très bien documentée consultée :

_http://www.ornithomedia.com/pratique/identification/distinguer-grimpereaux-bois-jardins-01297.html

 

Son bec, long et légèrement courbé, lui permet de fouiller les anfractuosités des vieux troncs.

Le Torcol fourmilier – Une observation dans le Vic-Bilh

09 novembre 2019 à 15h00 – Un Torcol familier dans le Vic-Bilh, probablement en cours de migration. Il m’a fallu un bon moment pour le localiser et réussir une mise au point. Ce cliché sert uniquement à témoigner de sa présence chez nous. Pour une meilleure connaissance de cette espèce, de nombreuses photos sont disponibles sur internet.

Le Torcol fourmilier (Jynx torquilla)

Je viens de rencontrer mon premier Torcol fourmilier, sur le territoire de Gerderest, un petit village du Vic-Bilh. Il se tenait dans une haie en bordure d’une prairie occupée par des vaches, entourée d’une forêt de chênes et de pins. Après un été et un début d’automne très secs, il a bien plu ces derniers jours avec un épisode neigeux important en montagne (jusqu’à 1m00 de neige à l’ouest des Pyrénées). Cette nuit, j’ai entendu passer des grues et ce matin, de nombreuses grives s’envolent de partout dans les haies. De petites volées de grues continuent à passer dans la journée vers les Pyrénées. Il fait très frais et mon pauvre Torcol le ressent manifestement; je pense qu’il est étonnant de le rencontrer ici et dans ces conditions à cette période de l’année. Il est probablement en chemin pour trouver des températures plus clémentes vers l’Afrique. Il fait sans doute lui aussi partie de cette vague migratoire. Nous sommes placés sur l’axe de migration connu de l’espèce. Je ne l’ai pas revu les 3 jours suivants.

09 novembre 2019, face aux Pyrénées enneigées – Alouettes en cours de migration reprenant des forces dans un labour d’hiver.

09 novembre 2019 – Elles se dirigent toutes vers les Pyrénées. Le lendemain, elles seront obligées de rebrousser chemin ou de changer de direction vers l’océan.

09 novembre 2019 – La chaîne des Pyrénées enneigées depuis le Vic-Bilh, au même moment.

C’est un oiseau proche parent des pics et un peu plus petit qu’une grive; il doit son nom à la curieuse façon qu’il a de tordre son cou très mobile et tourner la tête dans tous les sens.

Son plumage mimétique a la couleur de l’écorce et rappelle celui de l’Engoulevent d’Europe, que j’ai plus souvent l’occasion d’observer. Les deux sexes sont semblables. Il peut être difficile à observer et ce fut mon cas: après l’avoir vu s’envoler d’une haie, j’ai eu bien du mal à le localiser au sein d’un arbre voisin, un jeune châtaignier envahi par la végétation. L’espèce a l’habitude de se déplacer ainsi, en courts trajets sans hâte d’un arbre à l’autre.

Il se nourrit surtout au sol, se déplaçant par bonds successifs. Comme son nom le laisse deviner, il recherche essentiellement les fourmis certaines espèces), leurs larves et leurs nymphes, qu’il attrape de sa longue langue collante. Il collecte aussi d’autres petits insectes sur l’écorce ou les fissures des arbres et des arbustes.

Ce n’est pas un oiseau forestier. Il fréquente les campagnes cultivées avec vergers à haute tige, prés, bocages à herbe rase, bois clairs entrecoupés de champs, bosquets de feuillus, parcs, … Sa présence est un bon indicateur de milieu préservé. Les sites fréquentés sont en général bien secs et bien exposés aux rayons du soleil.

Migrateur, il a des mœurs plutôt solitaires. Il migre de nuit. L’aire de répartition de l’espèce est vaste. Les populations hivernant en Afrique nichent dans la majeure partie de l’Europe de l’Ouest. L’arrivée sur les sites de nidification s’effectue principalement en mars-avril. Le départ s’amorce en août avec un pic au début du mois de septembre et se poursuit jusqu’en octobre. A cette occasion, les observations visuelles sont plus faciles, l’espèce perdant de sa discrétion naturelle. La migration de mon spécimen en dehors de ce créneau m’intrigue.

En période de nidification, le couple recherche un territoire avec des vieux arbres présentant des cavités et des zones herbacées (pelouses, prairies) pour la recherche alimentaire. Il choisit une cavité naturelle pour son nid ou utilise un nid de pic vide. Sa distribution géographique en France pendant la nidification est apparemment homogène dans le Sud-Ouest, une partie du Massif Central et l’Est de la France du nord au sud (Alsace, massif alpin…). Dans les Pyrénées Atlantiques, on le trouve jusqu’à 650m d’altitude d’après les témoignages de présence.

Les quartiers d’hivernage se situent le long des rivages de la Méditerranée, en Afrique du Nord et jusqu’au sud du Sahara. Des individus hivernent régulièrement aussi en France dans les départements du littoral méditerranéen, principalement dans les Bouches-du-Rhône et en Corse.

La densité de population est évaluée à l’écoute: le chant permet de déceler la présence des nicheurs, dont la discrétion rend les contacts visuels difficiles. L’espèce est classée « de préoccupation mineure », mais elle est strictement protégée en France; les effectifs nicheurs s’avèrent en diminution probable de 20 à 50% depuis les années 70. Ce mauvais état de conservation se traduit également par une restriction de son aire de répartition, causes pour la plupart liées aux activités humaines. L’effectif français est estimé à quelques milliers de couples (entre 15 000 et 35 000 en 2012, données Inventaire National du Patrimoine Naturel) et ne représente qu’une faible proportion des effectifs européens.

Si vous en possession d’informations concernant la présence du Torcol fourmilier dans les Pyrénées Atlantiques, les Landes, le Gers ou les Hautes-Pyrénées, je suis intéressé.

(vous pouvez me contacter par la messagerie du site ou l’indiquer en commentaire). 

Source bibliographique principalement consultée, bien documentée :

_https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Torcol-fourmilier.pdf

 

L’Aster des Pyrénées

Vue d’ensemble de l’inflorescence et de la compétition avec le milieu environnement, qui peut entraîner sa disparition.

L’Aster des Pyrénées (Aster pyrenaeus)

L’Aster des Pyrénées est une plante endémique des Pyrénées et des Monts cantabriques (trois stations dans le Parc des Picos de Europa), très rare et protégée depuis 1982. En France, on ne la trouve (dans le dernier bilan officiel de 2012) que dans les Pyrénées Atlantiques (10 localités) et dans les Hautes-Pyrénées (3 localités). Les populations, dynamiques à l’ouest de la chaîne, sont menacées d’extinction vers l’est du fait de leurs faibles effectifs. Discrète, presque banale, elle a cependant passionné dans le passé des botanistes du monde entier, lancés à sa recherche dans une quête fiévreuse pour sa rareté.

Les clichés de cet article proviennent d’une station en vallée d’Ossau.

Description de la plante

La plante à différents stades de sa floraison.

 Une araignée, une Thomise, chasse sur la fleur de droite.

Une vue d’ensemble – La floraison est déjà bien avancée (14 septembre 2019).

Elle pousse entre 600 et 1 800 m d’altitude environ dans des zones en fortes pentes et peu accessibles (entre 30 et 70°), de préférence en pied de falaise calcaire sur les pelouses rocailleuses. Elle a besoin de fraîcheur, d’humidité et elle affectionne l’exposition Est.

Tige dressée simple, avec capitule solitaire.

Deux tiges séparées dressées, plus ou moins ramifiées avec des ensembles de capitules.

C’est une grande plante vivace des milieux ouverts et ensoleillés. Sa taille peut atteindre une soixantaine de centimètres de hauteur et même plus en fonction de la végétation environnante; il peut y avoir compétition pour trouver la lumière. Sa tige est dressée et très feuillée sur toute la hauteur. Les fleurs centrales, en forme de tube de couleur jaune, sont hermaphrodites; elles sont entourées sur toute la circonférence et sur un seul rang de fleurs femelles en forme de languettes bleues lilas. L’inflorescence se présente sous la forme d’un capitule (ensemble de nombreuses petites fleurs qui se touchent) solitaire de 5 cm de diamètre environ ou par groupe de 2 jusqu’à 10 capitules.

Elle fleurit au moment où la plupart des autres plantes sont déjà fanées, entre mi-août et fin septembre; la floraison sur la station de mes photos était déjà bien avancée à la mi-septembre. La pollinisation est assurée par les insectes et la dispersion des graines se fait essentiellement par le vent.

Les premières mentions bibliographiques de l’existence de l’Aster des Pyrénées sont inscrites dans les catalogues de plantes cultivées au Jardin du Roy à Paris, fondé à partir de 1626 (ouvrage de Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, datant de 1636). La plante aurait été donnée par le fils d’un jardinier du roi Henri IV (né à Pau), qui entretenait un jardin appelé « Jardin Royal »: cette plante était dite « venue des Pyrénées ».

De par sa grande rareté, cette aster a été très recherchée par les botanistes collectionneurs au 19è siècle et jusqu’à la moitié du 20è siècle, notamment pour la conservation en herbier; elle était en quelque sorte un Graal végétal. Même si elle a une longue espérance de vie (40 à 50 ans), sa cueillette effrénée dans le passé, la fermeture des milieux, sa consommation par la faune sauvage ou domestique, concourent progressivement à son déclin. Longtemps mal connue, elle fut considérée au bord de l’extinction.

Plan National d’Actions (PNA) 2012-2017 en faveur de l’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées fait l’objet d’un Plan National d’Actions démarré en 2012 pour une durée fixée à 5 ans (2012-2017), animé par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Une évaluation était prévue à la fin du plan afin d’apprécier l’efficacité des actions menées et de disposer d’un nouveau bilan de l’état de conservation de cette plante.

Je n’ai pas trouvé à ce jour (novembre 2019) la trace du bilan de ce PNA sur une publication officielle. Il a peut-être été prolongé ou le bilan n’est peut-être toujours pas sorti. J’actualiserai mon article dès que j’aurai du nouveau. Sur un document publié en 2018, il y est fait mention que les travaux menés auraient permis d’identifier 11 localités différentes sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne et de confirmer la disparition d’anciennes stations (En 2012, la présentation du  PNA mentionnait un total de 15 localités).

Le maintien du pâturage et la connaissance de cette espèce emblématique par le public et les acteurs locaux sont probablement les clés de sa préservation. Un débat existe, comme pour tout ce qui est rare (et dans notre cas très rare), concernant la conduite à tenir concernant la divulgation de la localisation précise des différentes stations. La connaissance de la grande rareté et du statut de cette plante peut certainement empêcher dans bien des cas de faire des erreurs irréparables.

Recto de la carte postale de sensibilisation éditée en 2016 (Photo : G. Couëron/CBNPMP) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees). 

Verso de la carte postale de sensibilisation (illustration: Aurélie Calmet) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees).

Une des actions du Plan National est d’ailleurs la sensibilisation des habitants et des scolaires des vallées concernées à la fragilité de ce patrimoine si rare. Avec l’appui du réseau « Education Pyrénées vivantes », le groupe de travail a élaboré des outils de communication (dont la carte postale ci-dessus) et pédagogiques. La communication auprès du public a démarré début 2016.

Des « sorties découvertes » de cette plante pour le grand public sont organisées par des organismes comme le CPIE Béarn.

Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze

En vallée d’Ossau, un célèbre berger botaniste, Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze, œuvra pour la connaissance et la protection de l’aster des Pyrénées. Sa vie, très passionnante, est un bel exemple d’autodidacte. Né en 1797 à Bagès (hameau de Béost, près de Laruns), il mourut  presque centenaire en 1893, en ayant jamais quitté son village natal. Issu d’un milieu de bergers cultivateurs, il quitta très tôt l’école à ses 11 ans pour reprendre l’activité de ses parents. Doté de facultés intellectuelles hors du commun dont une exceptionnelle qualité d’assimilation, il se passionna pour beaucoup de disciplines dont la botanique, qui lui donna l’occasion d’apprendre le latin pour l’aider dans la compréhension indispensable de la classification utilisée dans cette discipline. Il acquiert une réputation mondiale auprès des grands botanistes de son temps.

Il avait entre autres découvert l’Aster des Pyrénées sur deux stations et en avait ramené un pied qu’il cultivait dans son jardin. A la demande de ses correspondants, il leur fournissait ainsi des échantillons : la bibliographie raconte qu’il diffusa volontairement une fausse indication de localités afin de préserver les stations de cueillettes qui auraient entraîné la destruction irrémédiable de cette plante si rare. D’après les herbiers connus de nos jours, les récoltes en vallée d’Ossau cessent à la fin du 19e siècle, peut-être lié à la disparition du berger, qui emporta avec lui le secret de la localisation de l’Aster des Pyrénées en vallée d’Ossau.

Il a confectionné plusieurs herbiers pour certains de ses correspondants ou pour être vendus. Son herbier personnel (travail monumental confectionné pendant une quarantaine d’années), qu’il avait vendu en 1875 à la ville des Eaux-Bonnes quand il a pris sa retraite, a été depuis déposé en 2000 au Conservatoire botanique à Bagnères-de-Bigorre. Il ouvre ses portes chaque vendredi de l’été à 16h00 pour changer notre regard sur la biodiversité floristique (visite gratuite dans la limite des places disponibles, sur réservation).

L’Association Pierrine Gaston-Sacaze fondée en 1992 à Béost fait revivre son souvenir et encourage toute activité visant à la connaissance du milieu naturel et humain dans l’esprit de l’œuvre de Pierrine Gaston Sacaze. Elle a contribué à la sauvegarde de son herbier personnel.

l’Aster des Alpes (Aster alpinus)

Aster des Alpes solitaire (début juillet 2019). Une tige simple avec un capitule toujours solitaire.

Aster des Alpes « en bouquet » de plusieurs pieds séparés (début juillet 2019).

On ne peut confondre l’aster des Pyrénées avec une autre aster non endémique et répandue poussant plus tôt sur les pelouses rocailleuses de nos montagnes, l’Aster des Alpes (Aster alpinus). Celle-ci est de taille bien plus modeste; sa tige dressée, simple, ne mesure que 15 cm de haut environ et pouvant aller jusqu’à une trentaine de cm. Elle fleurit aussi plus tôt, à partir du mois de juin et dans des zones bien plus accessibles, jusqu’à 2 200m environ. Les deux capitules se ressemblent mais celui de l’Aster des Alpes est toujours solitaire.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles (sauf la carte postale de l’Aster des Pyrénées, dont je cite en légende l’origine) et de mes observations sur le terrain. Je conseille de visiter les sources bibliographiques suivantes, très intéressantes sur ce sujet :

http://houbigant-journal-voyage.pireneas.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=19&Itemid=32

_http://cbnpmp.blogspot.com/2015/06/aster-des-pyrenees.html

_http://www.side.developpement-durable.gouv.fr/EXPLOITATION/DEFAULT/doc/IFD/IFD_REFDOC_0517683/Plan-national-d-actions-en-faveur-de-l-aster-des-Pyrenees-Aster-pyrenaeus-Desf.ex-DC.-2012-2017

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/le-personnage/

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/botanique/

_https://www.afbiodiversite.fr/sites/default/files/actualites/

En 2018, sur les 4 982 espèces de plantes indigènes recensées sur le territoire français, 742 (15%) figurent sur la liste rouge des espèces menacées ou quasi menacées. La flore pyrénéenne est particulièrement menacée. Ce document, le premier à dresser un bilan objectif de ce niveau de menace (après plus de 3 années de travaux) est réalisé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) France. La population de l’Aster des Pyrénées continue à diminuer; elle est classée quasi menacée sur la liste rouge.

 

 

 

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 4) – Le brame

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Le Brame

Dans la rédaction de mes articles, j’aborde en priorité ce qui est important pour moi de retenir afin de mieux comprendre et apprécier la Nature. J’essaie de l’illustrer avec mes photos.

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) ne fait pas (encore) partie de mon environnement immédiat et j’aime bien aller à sa rencontre en montagne.

Après avoir publié sur son origine, sa population, le vocabulaire nécessaire pour mieux le connaître et son mode de vie, voilà enfin mon dernier article consacré au brame.

Le brame

Il annonce le début de la période de reproduction qui a lieu à la fin de l’été – début de l’automne. Le cerf est alors en rut, une période très épuisante pour lui où il perdra beaucoup de poids. Il en « oublie » parfois de s’alimenter.

Au lever du soleil. Ce « pauvre » cerf semble bien exténué par une nuit agité. Il disparaît rapidement dans la végétation pour récupérer jusqu’en soirée.

Les cerfs sont souvent fidèles aux mêmes lieux et retournent dans le secteur où ils ont vu le jour. Ils peuvent parcourir de longues distances pour revenir chaque année au même endroit, la place de brame.

Les grands mâles se rapprochent des femelles tandis que les plus jeunes forment de petits groupes à part.

Polygame, le cerf va d’abord se constituer un harem. Il regroupe les femelles pour mieux les surveiller sur un territoire qu’il va défendre âprement en défiant les rivaux qui oseraient s’y aventurer. C’est le meilleur moment pour l’observation visuelle du « roi de la forêt ».

A découvert à la lisière d’un bois, …

Dans une clairière, …

Sur une crête, …

Au bord d’une falaise, …

Dans des éboulis, …

Sur une « pelouse »,

En effet, concentré sur sa quête amoureuse, il est beaucoup moins craintif et se montre volontiers à découvert à la lisière d’un bois, dans une clairière, en surplomb sur une crête ou au bord d’une falaise.

Mâle et femelles commencent à se manifester en fin d’après-midi.

Les femelles sortent à découvert les premières.

Le mâle descend prudemment, …

…, et rejoint les femelles à découvert.

Les biches sont les premières à sortir du couvert pour venir brouter tranquillement dans les estives et surveiller les environs. Le mâle, méfiant, ne sortira qu’en dernier et plus tard.

A la moindre alerte, il file se réfugier sous le couvert.

Devant un danger potentiel, il est bien plus prompt à fuir que les femelles, qui s’éloignent en bon ordre sans paniquer. Quand elles aperçoivent un humain de loin, elles s’arrêtent de manger et peuvent le laisser encore un peu avancer, tant qu’il reste dans leur champ de vision. Si l’humain est momentanément hors de celui-ci, elles en profitent pour décamper.

Sur ce cliché, on peut remarquer la différence de couleur sur le pelage; une des deux biches a déjà mué.

Le meilleur moment pour assister au spectacle du brame est, pour moi, juste avant la tombée de la nuit et depuis un point dominant. Il faut être déjà en place bien plus tôt et rester discret.

Quand le mâle apparaît, il pousse son cri rauque et puissant pour prévenir les femelles qu’il est bien là et pour intimider ses concurrents potentiels, le fameux brame, raire ou rée. Le terme « raire » ou « rée » s’applique d’ailleurs aussi à d’autres espèces lors du rut, comme le chevreuil, le chamois, l’isard.

Le soleil va bientôt éclairer et réchauffer le versant de la montagne. Il est bientôt l’heure d’aller se reposer pour la journée!

D’un versant à l’autre de la montagne, son cri résonne à partir de 18h00-19h00 jusqu’à tard dans la nuit et aussi de l’aurore jusqu’aux environs de 9h00; tout cela dépend du lieu et de l’avancement de la reproduction.

Un moment de quiétude en soirée sur une estive du piémont pyrénéen – Ce superbe « 12 cors » y règne en maître absolu, sans concurrence. Deux faons au premier plan, deux biches et une bichette à leur gauche. Cette année, il était absent mais j’y suis très peu allé. J’espère, bien sûr, l’y revoir! Celui-là, je ne l’ai jamais entendu bramer.

Les meilleures places d’écoute sont celles bien sûr où ils sont nombreux; s’il n’y a pas de brame, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de cerf mais simplement qu’il n’y a pas de compétition.

Excité, il lacère le sol avec ses bois,  frotte son front contre la végétation haute.

Le cerf montre son excitation en tirant et rentrant la langue à plusieurs reprises pour la passer sur son museau. Il peut aussi s’asperger le ventre et le museau d’un puissant parfum, composé de… sperme et d’urine!

Ce jeune mâle s’approche prudemment de quelques femelles, déjà sous la domination d’un autre mâle momentanément absent.

Le mâle dominant intervient rapidement et éloigne ses femelles, tandis que le faon s’attarde à faire « ami-ami » avec le nouveau-venu.

Le mâle dominant revient sur ses pas, après avoir éloigné son harem. Il est en colère! Un autre jeune s’est approché.

Le « jeune », à gauche, n’en mène pas large (à voir ses oreilles); il ne fait pas le poids. Il n’insiste pas et feint d’ignorer le mâle.

Le dominant revient vers ses femelles, qu’il repousse vers les hauteurs!

Si un rival se présente pour revendiquer la place, les deux cerfs tentent d’abord de s’impressionner en bramant puis se jaugent en se déplaçant l’un à côté de l’autre, en bavant et tirant la langue. La plupart du temps, l’intimidation suffit pour repousser le prétendant qui n’insistera pas.

Quand les deux antagonistes sont de puissance égale et qu’aucun des deux ne veut céder la place, la confrontation est inévitable. Les deux cervidés s’affrontent alors en se jetant l’un contre l’autre, la tête en avant afin de déséquilibrer l’adversaire et le chasser. Les bois s’entrechoquent dans un bruit sec. Quand le vaincu prend la fuite, il est brièvement poursuivi par le maître de la place qui, après s’être assuré que le challenger est bien en déroute, poussera à son intention un cri triomphant.

Trois « huit cors » rôdent sur le flanc de la montagne, à distance prudente d’un dominant.

Les plus jeunes rôdent à la périphérie. L’un d’entre eux profite parfois de cette situation d’affrontement pour couvrir une femelle réceptive à l’insu du maître de la place. Ils ont aussi leur chance à la fin du rut, quand le dominant, trop épuisé, baisse la garde.

Dans les estives du piémont, le harem est un peu plus important qu’en altitude. 

En effet, dans les endroits escarpés, il est plus difficile pour le mâle de regrouper ou de maintenir groupées les femelles récalcitrantes.

La femelle n’est réceptive que peu de temps, une seule journée. Il est vital pour la reproduction de l’espèce que l’observation du brame, qui est une pratique qui se développe de plus en plus, ne vienne perturber les animaux à un moment si sensible. Elle demande de garder des distances respectables et d’être discret, de ne pas les perturber par des comportements inappropriés (utilisation d’un éclairage, par exemple); tout cela n’est en fait qu’une simple question de bon sens.

L’augmentation importante de son taux de testostérone durant cette période rend le cerf agressif. L’animal, qui fuit normalement devant un danger, peut se sentir menacé s’il est dérangé dans son environnement immédiat et avoir un comportement impulsif. Bien que les attaques de cerfs soient très rares, il est inutile de se mettre en danger.

Mon meilleur souvenir de brame

C’est le récit d’une belle rencontre, la meilleure façon pour moi de remercier ce bel animal qui m’a fait ressentir des sensations inattendues et inoubliables :

« Alors que je commençais tranquillement à redescendre vers la vallée à l’approche de la nuit, il a surgi devant moi, comme venu de nulle part. Après quelques pas de côté provoqués par la surprise, il me fait à nouveau face, tranquille et intrigué. Entre-temps, j’ai relevé lentement mon téléobjectif et mon visage est masqué par la protection anti-bruit.

Rendu discret par mes vêtements couleur camouflage, il a du mal à me discerner et ne sait apparemment pas à quoi il a affaire. Le temps s’est figé de part et d’autre. Mon cœur bat fort. J’arrive à trouver le réglage iso/vitesse qui me permet de figer ce moment. J’aurai la chance qu’il garde une immobilité parfaite.

Puis on s’observe dans un grand silence, mon regard légèrement décalé au-dessus du viseur de l’appareil photo. Mes bras, relevés, commencent à trembler sous l’effort pour garder la position immobile. Je n’en peux plus mais je ne veux pas qu’il parte.

Après m’avoir bien toisé et évalué, il décide enfin de s’éloigner et me laisse le champ libre pour continuer la descente. Il était temps, la nuit arrive vite. 

Je redescendrai, prudemment, en évitant au début d’allumer la frontale pour ne pas perturber la magie d’une rencontre réussie. Tout fut parfait, je rejoins la voiture sans encombre ».

Le bel animal à une heure tardive.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Pour assister au combat de deux cerfs dans les Pyrénées, suivre le lien qui mène à ma petite vidéo sur Vimeo : c’est ICI.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 3) – Son mode de vie

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie III – Comportement, mœurs et vie sociale

Après avoir abordé dans les précédents articles l’origine et la population du Cerf élaphe (Cervus elaphus) dans les Pyrénées suivi par le vocabulaire utile pour mieux le connaître, voici maintenant quelques informations sur son mode de vie. Je traiterai ensuite dans un dernier article du brame.

Comportement du cerf élaphe

A l’approche de la nuit – Ces trois femelles m’ont repéré : leurs oreilles dressées à l’écoute, elles sont immobiles, leurs museaux tendus vers le même point. Elles restent longuement à m’observer jusqu’à ce que je passe sous le couvert. Elles vont alors disparaître furtivement, sans que je m’en aperçoive.

L’ouïe et surtout l’odorat du cerf élaphe sont très développés. Il peut détecter une odeur suspecte jusqu’à 300 m, avec vent favorable. Sa vue est meilleure que celle du chevreuil, mais en cas de parfaite immobilité, le cerf élaphe aura du mal à vous identifier; j’ai pu le vérifier à plusieurs reprises.

Au crépuscule, fin septembre – Deux daguets (nés il y a environ 16 mois) en compagnie d’un faon de l’année (avec encore ses taches). Il est le petit frère (ou sœur) de l’un des deux. Les velours des daguets sont très petits, les dagues commencent juste à pousser: cela m’intrigue. D’après la littérature, cela pourrait être un signe de croissance défectueuse. Dans tous les cas, les daguets les plus précoces à avoir leurs dagues sont aussi ceux promus à un bel avenir du point de vue ramure.

Il a des habitudes essentiellement crépusculaires et nocturnes. En montagne, son cycle journalier est régulier: il quitte les fonds de vallée le matin pour monter vers des zones plus tranquilles où il se reposera toute la journée. Il redescend en soirée pour se nourrir et rejoindre les points d’eau où il se souille pour se débarrasser des parasites. La souille (flaque d’eau boueuse où l’animal se vautre) est fréquentée par les deux sexes en été et pendant les mues, par le mâle pendant le brame.

A l’approche de la nuit – Un joli mâle, à la sortie de la souille. Sa crinière (ou fanon) est mouillée. Il va passer un petit moment à s’ébrouer devant moi.

Il recherche sa nourriture à l’aube et au crépuscule. C’est un herbivore et un ruminant; sa consommation quotidienne de végétaux est en moyenne de 10 à 15 kg. Elle est composée pour beaucoup d’herbes diverses auxquelles s’ajoutent des feuilles d’arbre et d’arbuste, des bourgeons, des rejets, des écorces, des bruyères, des fruits divers (glands, marrons et châtaignes en automne et en hiver). Il aime bien les pommes. La variété de son alimentation est fonction de la diversité du territoire occupé. Il boit très peu, se contentant comme le chevreuil de l’eau contenue dans les végétaux et de la rosée du matin (sauf en été et en période de rut).

Moeurs du cerf élaphe

Les premiers émois d’un cerf sur sa troisième année – Il n’aura pas l’occasion de conclure (chassé par le mâle dominant).

La maturité sexuelle est atteinte vers 18-24 mois chez le mâle; c’est aussi l’âge où il va quitter le noyau familial. Au brame suivant, sur sa troisième année (et jusqu’à 5-6 ans), il peut être actif mais non dominant, s’il y a de la concurrence. Il sera en effet confronté à bien plus fort que lui et il n’aura de descendance assurée que quand il sera en capacité de s’imposer.

Un soir d’été sur une crête – Une biche d’un certain âge, reconnaissable à son museau allongé. 

Dans la brume en altitude, à la fin d’une journée un peu triste mais propice à l’approche de ces animaux attachants. 

Cette maturité sexuelle est située entre dix-huit et trente mois chez la femelle, parfois plus. Elle a besoin d’un poids d’environ 60 kg pour une première reproduction. Elle n’est sexuellement réceptive qu’une seule journée dans l’année, à la période du brame. Elle donnera naissance en mai-juin à un seul faon par an après une gestation de huit mois environ (225 – 245 jours). La biche s’isole alors de la harde pour la mise bas dans une zone non enherbée, à l’abri du dérangement et la rejoindra à nouveau dès que le faon est capable de la suivre, environ 15 jours plus tard. Elle retrouve la bichette ou le daguet de l’année précédente.

Allaitement du faon, un soir de septembre en montagne.

A la naissance, le faon pèse de 6 à 9 kg environ (le mâle est plus lourd que la femelle) et sa croissance est rapide pour atteindre 45 à 60 kg à 6 mois. Il est sevré dès l’âge de 6 mois et l’allaitement peut encore durer jusqu’à 8-10 mois.

La maturité corporelle est atteinte vers 4-5 ans chez la biche (80 à 130 kg, pour 1,00 à 1,20 m au garrot) et vers 7-8 ans chez le cerf (130 à 250 kg, pour 1,20 à 1,45 m au garrot). Ces valeurs morphologiques différent sensiblement selon les sources consultées et c’est normal; elle dépendent du biotope et il ne faut les retenir que comme un ordre d’idée.

Un mâle dominant avec une de ses biches, dans une estive fin septembre.

Je rappelle que le cerf élaphe pyrénéen, espèce réintroduite, s’est adapté à son environnement montagnard en étant plus petit, plus léger (jusqu’à 170 kg environ) et plus agile que celui de la plaine!

Un faon dans une estive, fin septembre. Les taches blanches sont encore bien présentes.

A la même période mais en altitude. Ce faon a déjà perdu sa livrée tachetée, son pelage a bientôt fini de muer.

Et ce faon-là (à droite et toujours à la même période), a perdu ses taches mais garde encore son pelage d’été.

La livrée brun clair du faon est tachetée de blanc à la naissance. Ces tâches disparaissent à partir du 4ème mois, à la mue d’automne. Pour information, la disposition de ces tâches sur les flancs sont disparates alors qu’elles sont alignées chez le faon de la chevrette (femelle du chevreuil). Mais le meilleur moyen pour les différencier, en dehors de la taille bien sûr, est que le faon du cerf élaphe a une queue, contrairement à celui de chevreuil. 

Dans une forêt de conifères, au mois de mai – Une biche adulte,au milieu des arbres couchés par une tempête.

Quelques secondes plus tard, c’est au tour de sa fille de passer, devenue maintenant une bichette avec encore son poil d’hiver.

La couleur du pelage de l’espèce varie suivant les saisons et elle est plus foncée pour le mâle. L’espèce connait deux mues par an, un pelage d’été léger brun-roux (avril-mai), celui de l’hiver étant plus épais pour lutter contre le froid, gris-brun (octobre). Comme pour le chevreuil, la mue de printemps est très marquée.

Un cerf d’âge mûr.

Au-delà de huit ans, un cerf est considéré d’âge mûr. Il ne grandit pratiquement plus et tout l’apport alimentaire en minéraux d’ossification est entièrement disponible pour la repousse des bois (celle-ci arrive plus tardivement chez les jeunes). La croissance de la ramure s’accélère aussi. La couronne majestueuse portée par le « Roi de la forêt » devient d’année en année de plus en plus imposante.

Un autre mâle, lui aussi dans la force de l’âge. 

Leur espérance de vie est d’une quinzaine d’années environ.

La vie sociale du cerf élaphe

Ce sont des animaux grégaires. Hors période de reproduction, ils se répartissent en deux groupes où mâles et femelles adultes vivent séparés la majeure partie de l’année. Les deux groupes ont des territoires propres, bien distincts. Les grands cerfs se tiennent vraiment à l’écart, dans des secteurs souvent beaucoup plus lointains que ceux des femelles. Les mâles choisissent leurs secteurs en privilégiant la discrétion et la tranquillité, les femelles d’après la qualité de la nourriture. Elles ne s’éloignent généralement pas du lieu où elles sont nées; les mâles, eux, y reviennent pour le brame.

A l’approche de la nuit. De gauche à droite, la biche, le faon et en arrière-plan, la bichette.

L’organisation sociale est matriarcale. Le noyau familial de base est constituée par la mère accompagnée de son faon. La jeune femelle de l’année précédente reste avec elle jusqu’à ses deux ans. Plus tard, elle restera à proximité directe de celle-ci et gardera des contacts avec sa mère la vie durant.

Une harde de plusieurs femelles adultes est généralement constituée d’individus apparentés. En effet, la jeune biche née deux ans 1/2 plus tôt et pouvant être elle-même suitée, s’associe assez souvent au trio de sa mère, formant alors une harde de quatre ou cinq animaux et ainsi de suite. C’est surtout pendant l’hiver que ces groupes familiaux se réunissent pour former une plus grande harde sous la vigilance de la vieille biche qui devient meneuse.

Dans une estive, fin septembre – Une biche adulte, son faon de l’année encore tacheté et en partie caché par la végétation qui me protège, son daguet avec encore ses velours. Il quittera sa mère dans les semaines qui suivent le rut.

Le jeune mâle, par contre, quitte sa mère vers l’âge de 18 à 24 mois. Il rejoint une harde de mâles déjà existante ou en fonde une nouvelle avec des mâles de son âge.

Un cerf adulte sur sa place de brame, en altitude. Devant lui, un groupe matriarcal constitué d’une biche, sa bichette et son faon.

Les mâles de deux ans et plus vivent donc aussi en hardes dont la cohésion varie au cours des saisons. Fin août, les groupes se disloquent à l’approche du rut. La hiérarchie s’affirme et les grands mâles deviennent individualistes. Au début de l’automne, le cerf gagne la place de brame. Après le rut (qui a lieu de la mi-septembre à la mi-octobre), les mâles quittent la place et retournent sur leurs quartiers de nourrissage où ils se regroupent à nouveau. Cet instinct grégaire leur assure une meilleure protection contre les dangers. Du jour au lendemain et contrairement au chevreuil, ils reviennent rarement à couvert au même endroit pour se reposer, leur territoire vital est grand. Certains vieux mâles restent seuls et s’isolent.

Ces hardes de mâles ou de femelles ont des effectifs plus restreints dans nos contreforts pyrénéens qu’en plaine.

Je vous encourage à regarder mon article suivant, consacré uniquement au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain et de sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 2) – Le vocabulaire et les classes d’âge du cerf

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie II – Vocabulaire et classes d’âge du cerf 

Après avoir parlé dans mon précédent article de l’origine et de la population du Cerf élaphe dans les Pyrénées, j’aborde ici le vocabulaire qu’il est, je pense, important de connaître. Je parlerai dans les publications suivantes des autres thèmes qui m’intéressent sur cet animal comme son comportement, sa vie sociale et le brame.

Le vocabulaire dédié à l’animal

Une harde de femelles à la période du rut, fin septembre. Elle est composée de deux faons, deux daguets avec encore leurs velours et quatre femelles dont probablement trois biches et une bichette.

Le terme « Cerf élaphe » désigne aussi bien la femelle que le mâle. La harde désigne indifféremment un regroupement de femelles avec leur progéniture ou un regroupement de mâles.

Fin septembre – Un faon encore tacheté dans une estive.

A partir de l’âge de 6 mois, un vocabulaire particulier en rapport avec l’avancement en âge s’applique à chaque sexe :

     _La femelle se dénomme faon jusqu’à un an (qui correspond à la venue au monde du faon suivant), bichette jusqu’à ses deux ans puis biche au-delà; elle est alors en âge de procréer. Elle est suitée si son faon l’accompagne, meneuse quand elle se trouve en tête d’une harde qu’elle dirige. Une biche âgée et stérile est appelée bréhaigne.

« J’ai vu une biche! ». Dans l’esprit de beaucoup de gens, biche ou chevreuil (mâle ou femelle), c’est la même chose. J’ai régulièrement essayé de corriger cette erreur, avec peu de succès, je l’avoue.

Fin septembre – Une biche adulte et son faon dont le pelage a pratiquement mué.

Un faon encore tacheté, sa mère et une bichette (sa grande sœur).

    _Le mâle se dénomme faon jusqu’à l’apparition de ses pivots, à partir de ses 6 mois ou un peu plus tard; le pivot est l’assise génératrice de ses futurs bois. Jusqu’alors, il était difficile de le différencier de la femelle. Au-delà et jusqu’à l’âge d’un an, on le dénomme hère. A un an, il devient un daguet, puis cerf au-delà de deux ans. Le daguet porte deux dagues qui grandissent sous velours, surtout à partir de juillet : ce sont des bois sans meule ni ramifications, dont la croissance sera terminée fin août-septembre. Le velours tombe courant septembre-début octobre: le daguet est alors âgé d’environ 1 an 1/2.

Un 10 cors dans la force de l’âge.

On caractérise souvent le mâle par le nombre de ces ramifications. Par exemple, le 10 cors porte cinq andouillers sur chaque bois. On parle aussi de cerf de 1ère, 2ème ou … 10ème tête, … (expression que j’ai entendu pour la première fois cette année) suivant qu’il a des bois pour la 1ère, 2ème ou … 10ème année. En principe, le cerf de 1ère tête est daguet et les deux termes sont souvent confondus. Au-delà, l’âge précis du cerf est délicat à donner, on le verra plus loin.

Le vocabulaire dédié aux bois du cerf

Les bois du cerf – A la base : 1- Le pivot; 2- La meule; 3- Le merrain;

Puis, les andouillers caractéristiques : 4- L’andouiller de massacre 5- Le surandouiller 6- La chevillure (andouiller médian)

Et la partie sommitale : 7- La fourche, composée de 2 cors et 8- L’empaumure, composée de minimum 3 cors ou plus. 

Le pivot, déjà cité, est une protubérance osseuse sur l’os frontal du mâle; elle abrite l’assise génératrice des bois.

La meule est le renflement en forme d’anneau situé à la base des bois et elle n’apparaît qu’à la deuxième repousse (le daguet n’en porte pas). Elle fait le lien entre le pivot et le merrain.

Le merrain est le tronc des bois du cerf d’où partent les ramifications caractéristiques appelées andouillers ou cors. Il est situé au-dessus de la meule. Le mot « merrain » est employé à partir de la deuxième repousse: le daguet a perdu ses dagues et est devenu un jeune cerf de deux ans dont les bois portent ses premières ramifications.

Les bois sont des organes osseux vascularisés, constitués de la meule et du merrain d’où partent les andouillers ou cors, qui se dirigent généralement vers l’avant. La ramure représente l’ensemble des deux bois.

On dit qu’un cerf ravale quand, arrivé à un âge avancé, son nombre de cors diminue, sa ramure régresse en taille.

Parmi les andouillers, on distingue l’andouiller de massacre, premier andouiller du bas, puis le surandouiller, la chevillure (andouiller médian).

On arrive, enfin, à la partie sommitale des bois : elle peut être composée d’une simple pointe, d’une fourche (deux pointes) ou d’une empaumure.

Un mâle adulte avec une fourche à gauche et une empaumure à droite.

On considère comme empaumure toute formation minimale de 3 pointes d’au moins cinq centimètres au-dessus de la chevillure ou andouiller médian. Ces trois pointes (ou plus) sont alors appelées épois. La trochure, andouiller qui vient parfois s’insérer sur le merrain entre la chevillure et la formation sommitale, est à compter dans l’empaumure.

Cette partie sommitale sert à définir des classes d’âge pour le mâle, sujet que l’on abordera un peu plus loin.

Quelques informations sur les bois de cerf

La croissance des bois (ainsi que le nombre de cors) dépend à la fois de la génétique, de la richesse alimentaire du milieu et de la densité d’animaux. Quand les conditions de vie sont très bonnes, les bois connaissent une croissance rapide, se ramifiant plus précocement. A l’inverse, les jeunes cerfs sont majoritairement porteurs de pointes sommitales.

Les bois sont caducs; ils tombent tous les ans à la fin de l’hiver. Les vieux cerfs les perdent en premier (à partir de fin février) tandis que les jeunes daguets sont les derniers à les perdre, à partir du mois d’avril. En l’absence de ces bois, on les appelle tous des mulets. La repousse commence aussitôt sous forme de velours et la minéralisation des nouveaux bois est rapide. Elles se termine en juillet-août (pour les plus vieux) par la chute du velours et la coloration du bois.

Un cerf adulte à la ramure brune.

Cette coloration du bois dépend des essences d’arbres sur lesquels le cerf le(s) frotte(nt). Elle est le résultat d’une oxydation des pigments qui se trouvent sur celui-ci. En effet, cette oxydation pour être complète nécessite l’intervention de sucs contenus dans la sève de l’arbre. On a constaté que l’animal ayant frotté ses bois sur des hêtres ou des bouleaux avait une ramure rousse, qu’elle était brune avec le chêne, le frêne et les résineux, noirâtre avec le charme et le tremble. Tout le bois n’est pas coloré; les extrémités des andouillers restent blancs, la sève ne se fixant pas à ces endroits-là par suite des frottements fréquents auxquels ils sont exposés.

La morphologie des bois étant déterminée par le patrimoine génétique, il apparaît très improbable de rencontrer deux cerfs aux ramures identiques. La forme des bois varie individuellement et on peut identifier le porteur avec cette caractéristique, d’une année sur l’autre.

La longueur des merrains, le volume et la masse des bois augmentent régulièrement avec l’âge, mais pas le nombre d’andouillers. Ce nombre n’indique absolument pas l’âge du cerf!

La croissance des bois est continue sur un an, avant leur renouvellement. Elle ralentit vers 8-10 ans et se stabilise vers 12 ans. La ramure peut être de grande taille. Chaque bois peut peser jusqu’à 4-6 kg pour une longueur de 0,80 à 1 mètre sur un bel animal.

Dans nos Pyrénées, le nombre moyen de cors est de 10-12, avec un maximum de 18 cors.

Les classes d’âge du cerf

Quand je vois un cerf de belle prestance en photo, je me demande régulièrement: quel est son âge? Il est difficile de répondre avec précision à moins d’être un spécialiste de la question.

Malgré les exceptions toujours présentes, on peut déjà en avoir un ordre d’idée. En effet, la forme sommitale de la ramure des mâles reflète globalement leur classe d’âge. En l’observant, on peut distinguer trois catégories de cerfs:

Schéma extrait de l’ouvrage du Docteur Varin: Chevreuil Cerf et Sanglier. Utile pour le rappel de certains termes.

Les cerfs à pointes: ce sont les daguets (2 dagues), les 4 cors (avec l’andouiller de massacre), 6 cors (avec l’arrivée de l’andouiller médian ou chevillure), 8 cors à surandouillers.

Pendant le brame – Tout à gauche, un jeune cerf à pointes sur sa deuxième année reste à l’écart. Il est possible que sa mère fasse partie de la harde et qu’il en a été exclu par ce mâle dominant, un dix cors d’un certain âge.

Un jeune 4 corps, fin septembre : les meules sont bien présentes, les dagues sont longues avec une courbure en lyre. L’andouiller de massacre est bien développé et il manque l’andouiller médian ou chevillure : c’est en quelque sorte un six corps raté, de deux ans révolus (appelé 2è tête).

Un jeune six corps,  fin septembre : andouillers de massacre (peu développés), surandouillers, andouillers médians appelés chevillures, puis la pointe. Il a trois ans révolus (appelé un 3è tête).

Ces individus à pointes sont essentiellement des jeunes (de la 1ère à la 3è tête, de un à trois ans). Un jeune de deux ans sera normalement six corps et peut même déjà, dans les meilleurs cas, devenir 8 corps. Le surandouiller n’apparaît, sauf cas exceptionnels, qu’à partir de la troisième année.

Les cerfs à fourches: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre et l’andouiller médian (la chevillure). Ce sont donc les 8 cors sans surandouillers et les 10 cors à surandouillers, avec une fourche au-dessus de la chevillure. Ils se rencontrent dans toutes les classes d’âge, jusqu’au vieux 8 ou 10 cors perpétuels :

Un dix cors à fourches à surandouillers, adulte.

Les cerfs à empaumures: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre, l’andouiller médian et  au moins trois pointes ou épois à l’empaumure. Ce sont donc les 10 cors sans surandouillers, les 12 cors et plus avec surandouillers. Ce sont surtout des animaux adultes (de 6 à 8 ans), mûrs (9, 10 ans, à leur apogée physique et comportementale) et au-delà (les vieux cerfs ravalent au-delà de 12 ans) :

Un 12 cors à empaumures.

L’analyse d’un bois retrouvé dans la nature peut également donner une idée de la classe d’âge. La meule forme une margelle qui, en fonction du vieillissement, devient rehaussée de pierrures: leur nombre s’amplifie avec le temps. Elle s’élargit et s’amenuise en longueur au fur et à mesure que les années passent. Le merrain, lisse chez les jeunes, s’enrichit plus tard de nodulations rugueuses en forme de perles ou perlures. Il présente aussi des sillons linéaires dans l’axe du bois, les gouttières, qui seront de plus en plus profondément sculptées. Le poids et l’épaisseur du bois d’un cerf adulte augmente avec les années; ce poids se déplace vers le bas.

Un dernier regard avant de disparaître sur l’autre versant de la montagne.

Je vous encourage à regarder mes articles suivants, consacrés au mode de vie du cerf, puis au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet, dont celle-ci:

http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Cerf-elaphe-ar978#

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.