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La Grenouille rousse, dans les Pyrénées

Début juin au lac Det Mail (2 335 m) environné de neige, dans les Hautes-Pyrénées. Cette Grenouille rousse évoluait dans une vasque creusée dans un rocher, en bordure d’un ruisseau déversoir du lac. C’est un mâle reproducteur reconnaissable aux callosités nuptiales marron foncé ou noires sur les pouces en arrière-plan et à sa gorge blanchâtre. Cette observation est faite presque à la limite de son altitude connue de répartition dans les Pyrénées (2 600 m). 

La Grenouille rousse,

son observation dans nos Pyrénées

Description

Début juin au lac Det Mail (2 335 m). 

Début août, au-dessus du lac de Gaube (1 725 m). Cette énorme Grenouille rousse (aussi grosse qu’un crapaud) aux couleurs chatoyantes atypiques faisait des bonds énormes dans l’herbe humide. 

La Grenouille rousse (Rana temporiara) est un batracien de grande taille et la femelle est plus grosse que le mâle. Elle mesure (du museau jusqu’au cloaque) de 50 à 65 mm en plaine et un peu plus en altitude, 70 à 80 mm chez le mâle et 75 à 85 mm chez la femelle (maximum 100 mm). Chez les vieux sujets, le museau est fortement arrondi et la silhouette est très massive : un observateur non averti pourrait la confondre dans certains cas avec un crapaud.

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m).

Début août, au-dessus du lac de Gaube (1 725 m).

Elle possède deux lignes bien marquées sur le dos, formées par des replis latéraux-dorsaux. Sa robe est plus ou moins tachetée de noir ou brun foncé et sa coloration générale est très variée mais jamais verte. En général, le dessus du corps est de couleur jaunâtre, rougeâtre, grise, brune ou noirâtre. Une grenouille qui porte de grandes tâches noires comme ci-dessus est presque à coup sûr une grenouille rousse.

Début juin au lac Det Mail (2 335 m) – Toujours le même mâle (gorge blanchâtre).

Début août, au-dessus du lac de Gaube (1 725 m). La gorge voilée de rouge de la femelle.

La gorge est blanchâtre chez le mâle, tachetée ou voilée de rouge chez la femelle.

Répartition

Mi-août dans le vallon de Pouey-Trenous (vers 2 150 m). Un jeune mâle.

C’est une espèce largement répandue en France à l’exception de la Provence, de la Corse et d’une partie des plaines du Sud-Ouest. Elle est rare sur la façade atlantique. Je n’en ai encore jamais observé en plaine dans ma région ou dans les départements voisins des Landes et du Gers. Je m’y suis particulièrement intéressé cette année 2019 et la totalité de mes observations sont faites en montagne en moyenne et haute altitude lors de mes randonnées. En effet, bien qu’elle soit présente en basse altitude en certains endroits, elle est surtout commune sur les reliefs, au-dessus de 500 mètres ; la limite de son altitude connue de répartition dans les Pyrénées est de 2 600 m. Elle couvre pratiquement tous les étages, du collinéen aux débuts de l’alpin.

Pour information, l’étagement de la végétation varie en fonction de l’inclinaison des versants (ombrée au Nord, soulane au sud), de la nature du sol et de la température; les limites en altitude ne sont qu’indicatives et elles varient aussi selon les vallées. On distingue les étages suivants :

L’étage collinéen (jusqu’à 900 m au nord et 1 200 m au sud, environ) : il a une végétation identique à celle de la plaine. On y trouve des châtaigniers, des chênes, des merisiers, des charmes et des cultures. C’est aussi le milieu des landes à bruyères et à fougères.

L’étage montagnard (900 à 1 600 m au nord, 1 200 à 1 700 m au sud, environ) : c’est celui des forêts du hêtre commun avec l’apparition du sapin pectiné et parfois de l’épicéa commun (non indigène), au fur et à mesure de la montée en altitude.

L’étage subalpin ( 1 600 à 2 200 m au nord, 1 700 à 2 400 m au sud, environ) : c’est une zone de transition. Les feuillus sont de moins en moins nombreux et les forêts de résineux dominent. Vers 2 000 m, la forêt cède définitivement la place à la pelouse d’estive, jusqu’à 2 400 m environ.

L’étage alpin (de 2 400 m jusqu’à 3 000 m sur les deux versants) : c’est celui de la limite de la végétation. Rochers et éboulis y sont nombreux et le minéral domine.

L’étage nival (au-delà de 3 000 m) est celui des neiges éternelles. La végétation a de plus en plus de mal à se développer et seuls quelques mousses et lichens survivent sur les rochers.

Habitat

Mi-août dans le vallon de Pouey Trenous (2 150 m). Un mâle (gorge blanchâtre).

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m), sur un rocher. 

Elle vit dans des contextes très variés, forestiers à totalement ouverts, dans n’importe quel type d’habitat humide mais aussi dans des milieux plus secs comme les estives ou les éboulis.

Elle est active de jour comme de nuit mais elle reste cachée par forte chaleur. Elle se met à l’abri des rayons du soleil sous les berges, dans des anfractuosités des rochers, parfois aussi dans un terrier de marmotte abandonné où elle recherche la fraîcheur.

Il faut être très prudent pour l’identifier; la méprise est très facile avec la Grenouille agile (Rana dalmatina). Il n’y a pas de critère physique infaillible pour les différencier si l’observation est faite à basse altitude (inférieure à 500 m). La grenouille agile a en principe un museau long et pointu et un tympan plus grand et proche de l’œil. Il vaut mieux cependant faire appel à un spécialiste.

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m).

Mi-août dans le vallon de Pouey-Trenous (vers 2 300 m). Un mâle.

Dangers pour l’espèce

La Grenouille rousse est consommée par de nombreux prédateurs terrestres à l’âge adulte : quelques mammifères dont la loutre, les visons et … l’Homme ; échassiers, rapaces nocturnes et diurnes ; serpents tels que la Couleuvre helvétique (appelée récemment encore Couleuvre à collier) et la Couleuvre vipérine …

Mi-août dans le vallon de Pouey-Trenous (vers 2 150 m). Un mâle.

En ce qui concerne les prélèvements effectués par l’Homme, elle bénéficie effectivement d’une protection mais celle-ci n’est que partielle. En effet, certains arrêtés préfectoraux en France fixent des périodes de pêche,  variables selon les années et les départements.

Par exemple et pour les Pyrénées-Atlantiques (Guide de pêche 2020) : « la pêche des grenouilles vertes et rousses est autorisée à la ligne uniquement, du 9 Mai au 20 Septembre en première catégorie; en seconde catégorie, du 1er janvier au 1er mars inclus puis du 9 Mai au 31 Décembre. En zone cœur du Parc National des Pyrénées, la pêche des grenouilles vertes et rousses est interdite toute l’année« .

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m).

Reproduction

Très précoce et sensible au moindre redoux, elle se reproduit souvent dès le mois de décembre à basse altitude (hivernage inexistant ou très bref) et dès le début de la fonte des neiges en montagne (hivernage d’octobre/novembre à mars ou mai/juin en fonction de la couverture neigeuse). Elle utilise pour la reproduction des pièces d’eau peu profondes et temporaires (grandes flaques, ornières en eau, fossés, …) qui peuvent rassembler des foules d’individus et accueillir de très nombreuses pontes.

Le nombre, la densité et la disposition des pontes permettent, dans bien des cas, de savoir à quelle espèce on a affaire : les pontes de la Grenouille rousse sont généralement nombreuses (nombreuses femelles, sauf à basse altitude!) et déposées les unes contre les autres. Elles affleurent largement à la surface (sauf si le niveau d’eau est monté entre-temps) et les pièces d’eau qui les accueillent ressemblent donc vaguement à un bol de tapioca. Les populations de Grenouilles agiles, moins denses, produisent moins de pontes et les femelles les déposent isolément, souvent à une certaine profondeur et fixées à un élément végétal immergé (tige … ). Localement à basse altitude, les deux espèces peuvent utiliser la même pièce d’eau pour se reproduire, mais pas en même temps (la Grenouille rousse est plus précoce). Les têtards éclosent une à deux semaines environ après le dépôt des pontes et se métamorphosent ensuite rapidement, avant l’assec de leur flaque. La stratégie de reproduction de cette espèce est basée sur une importante production d’œufs qui compense le caractère aléatoire de sa réussite : un certain nombre de pontes sont déposées dans des zones inadaptées (lame d’eau trop temporaire) et rapidement perdues. Par ailleurs, certaines colonies de têtards ne parviennent pas toujours à se métamorphoser avant l’assec de leur pièce d’eau et meurent desséchés.

Confusions possibles

_Un critère simple qui peut parfois aider à l’identifier dans les Pyrénées est de connaître l’altitude de l’observation. En effet, j’ai déjà signalé que la « Grenouille rousse » peut être confondue avec la « Grenouille agile ». Cependant, la limite de répartition en altitude de cette dernière étant de 500 mètres, on ne peut pas l’observer au-delà de la partie supérieure de l’étage collinéen! C’est donc une Rousse, si ses tympans sont bien visibles (afin de ne pas la confondre avec sa cousine, la Grenouille des Pyrénées).

Grenouille rousse, avec le tympan (disque à gauche de l’œil) bien visible.

Grenouille agile dans le Vic-Bilh, altitude 310 m (cliché ancien).

_A l’inverse et dans notre région, on peut rencontrer la Grenouille rousse très bas (jusqu’à 200 m voire moins encore), dans de nombreuses zones comme les contreforts des plateaux de Ger et de Lannemezan, l’extrémité gersoise des Landes de Gascogne, le Lot, l’Aveyron … , régions où la Grenouille agile est également présente. Dans ce cas-là, le site « Nature en Occitanie » dont le lien est en fin d’article donne de bonnes informations pour les différencier mais il n’y a pas de critère infaillible. Dans le doute, il vaut faire appel à un spécialiste. En effet, la Grenouille agile est protégée; son prélèvement est INTERDIT contrairement à celui de sa cousine! Il n’y a pas de droit à l’erreur! Le mieux étant, bien sûr, de les laisser tranquilles.

_ La « Grenouille rousse » peut être aussi confondue avec la « Grenouille des Pyrénées » (Rana pyrenaica). Celle-ci est l’un des amphibiens les plus rares de France. Sa répartition en altitude connue va de 440 à 2 100 m. Endémique des Pyrénées et observée pour la première fois en 1990 côté espagnol, elle est classée « en danger » d’extinction depuis 2008. Les femelles sont plus grandes que les mâles mais elles ne dépassent pas les 50 mm (toujours du museau au cloaque). Adulte, elle ressemble aux jeunes Grenouilles rousses mais on peut quand même différencier les deux espèces en cherchant leurs tympans. Ceux de la Grenouille rousse sont bien visibles tandis que ceux de la Grenouille des Pyrénées sont presque trop petits pour être aperçus à l’œil nu. De même, ses plis latéraux sur le dos sont beaucoup moins marqués.

Sa localisation est très restreinte et elle est difficile à observer. Elle n’est aperçue pour la première fois sur le versant nord des Pyrénées qu’en 2011 et elle est toujours visible dans quelques cours d’eau du Pays Basque (massif d’Iraty), du Béarn et dans la Vallée d’Aspe. J’espère, un jour, la rencontrer bien qu’elle semble principalement active la nuit. Elle aime les torrents forestiers, frais et oxygénés. Les têtards des Grenouilles des Pyrénées sont très facilement identifiables grâce à leur couleur noire constellée de points blancs ou dorés. Je vous invite à suivre l’excellent lien en fin d’article vers le site « Especes-menacees.fr » pour en savoir plus sur cette espèce rare.

Sources bibliographiques :

_http://www.naturemp.org/Grenouille-rousse.html

_https://www.especes-menacees.fr/grenouille-des-pyrenees/

 

Observation de l’isard des Pyrénées, à la période du rut

Isard mâle (bouc) dans la poudreuse toute fraîche et le brouillard. 

L’observation de l’Isard des Pyrénées

à la période du rut (24 novembre 2019)

Isard femelle (chèvre) et son chevreau (petit de l’année).

L’Isard (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) est un des symboles de nos Pyrénées. Ses cornes sont l’emblème du Parc National. Le meilleur moment pour l’observer à une distance raisonnable est à la période du rut. Celui-ci dure en moyenne de 4 à 6 semaines, de novembre à décembre.

Cette année, il a beaucoup neigé à ce moment crucial pour la pérennité de l’espèce. Il n’y avait pas eu autant de neige pour un mois de novembre depuis la saison 2007-2008. Les isards ont changé de place plus tôt qu’à l’habitude et sont déjà redescendus vers leurs quartiers d’hiver.

L’ambiance « brumeuse » de la sortie.

Il a encore neigé la nuit précédente et la météo d’aujourd’hui est bien maussade. La journée sera cependant intéressante avec l’observation d’une harde d’une quinzaine d’individus. Il n’y a pratiquement personne en montagne et ils peuvent vaquer tranquillement à leurs occupations du moment. Le ciel se dégagera en fin de journée avec l’apparition d’une belle lumière sur les sommets environnants.

Le rut

Un bouc qui semble s’intéresser à une chèvre. En contrebas, un chevreau.

Un zoom sur le chevreau.

Monsieur fait le beau.

Les mâles, habituellement solitaires, ont rejoint les femelles. L’isard est polygame et seul le plus fort aura les faveurs du sexe opposé. Le rut commence par la mise en place d’une hiérarchie sociale. Chaque groupe de femelles va être placé sous l’autorité d’un mâle dominant sur un territoire qu’il défend contre les intrus. Il affirme sa territorialité en frottant ses cornes, dont la base arrière est pourvu de glandes sécrétant une substance à l’odeur tenace, contre les arbustes et autre végétaux.

Ce comportement de domination à la période du rut est intéressant à observer ; la présence de la neige cette année l’a quelque peu modifié. Il n’y a pas eu vraiment de compétition entre les mâles pour s’imposer avec les manœuvres d’intimidation et les poursuites habituelles. Je me permets de publier plus loin des clichés plus anciens pour illustrer cet épisode très intéressant.

Le contrôle olfactif de l’urine des femelles permet aux mâles de déterminer l’état des chaleurs de celles-ci et leur désir d’être fécondées. Pour cela, ils possèdent un organe (organe vomérien) qu’ils utilisent à cette fin en retroussant leur lèvre supérieure. Le rut finira quand toutes les femelles en chaleurs auront été fécondées. Les chaleurs durent 1 à 2 jours et se renouvellent toutes les 3 semaines tant qu’il n’y a pas eu fécondation. L’accouplement des isards est bref, quelques secondes.

Cà et là sur des points dominants à divers endroits, des mâles en train d’observer.

Pendant toute la période de rut, les mâles se nourrissent peu. Ils passent la majorité de leur temps dans les interactions sociales et à observer. Au début du rut, ce sont les mâles les plus âgés qui empêchent les plus jeunes de courtiser les femelles et qui assurent les saillies. Fatigués et amaigris, ils peuvent plus tard baisser la garde au profit de plus jeunes.

Tout en haut, un mâle dominant en train de surveiller son « harem » qui cherche de quoi se nourrir sur cette crête enneigée, partiellement dégagée par le vent.

Lorsque le manteau neigeux est très important, l’isard peut préférer les versants abrupts et ventés sur lesquels la neige tient moins facilement, permettant l’accès à la nourriture.

Un peu de végétation dégagée et broutée par l’isard.

Les mâles, exténués par le rut, vont ensuite reconstituer leurs réserves pour faire face aux rigueurs de l’hiver (où les individus les plus faibles succomberont). Les hardes gagneront les zones les moins enneigées : secteurs boisés ou zones exposées au sud. Leur nourriture favorite étant enfouie sous une épaisse couche de neige, ils doivent alors se contenter de pousses d’arbustes, d’aiguilles de résineux, de lichens, ou de bourgeons. 

Les postures

Contrairement au chevreuil, au cerf élaphe ou au bouquetin, l’isard mâle peut affirmer sa domination auprès des prétendants sans avoir à combattre. Son agressivité s’exprime surtout par l’intimidation et la charge, mais rarement par le combat. La posture joue un rôle important ainsi que le volume corporel. La manière de présenter ses cornes revêt aussi une signification.

En bas à gauche: mâle dominant s’approchant d’un intrus (10 décembre 2015).

Tête baissée, crinière hérissée (10 décembre 2015).

Début de la poursuite (10 décembre 2015).

Le mâle dominant se manifeste à l’encontre d’un intrus en l’approchant tête basse, crinière hérissée. Si cela ne suffit pas, il adopte une position d’intimidation latérale, tête haute, dos voûté, poils hérissés, présentant son plus fort volume corporel pour l’impressionner. Cette posture peut durer plusieurs minutes et celui qui n’arrive pas à suivre finit par abandonner et prend la fuite. Le vainqueur poursuit alors l’intrus et s’arrête quand il est sorti de son territoire. Il arrive que le mâle fuyard, sur le point d’être rejoint par le rival menaçant au bout de cette folle poursuite, émet un bêlement de peur.

Position d’intimidation latérale d’un mâle à gauche, tous les poils hérissés (10 décembre 2015). 

L’ébrouement du rut est aussi une posture courante. Le mâle bien campé sur ses pattes ployées, tête en avant, poil hérissé, fait osciller son dos latéralement en s’aspergeant les flancs d’urine qui imprègne son épaisse fourrure. Il renseigne ainsi les autres membres de la harde sur son état d’excitation et de maturation sexuelle.

Les signes sonores

Ils n’ont pas de lien direct avec le rut mais je pense qu’il est intéressant de les signaler.

Une partie de la harde dans le brouillard – De haut en bas : une femelle à la corne gauche cassée, un chevreau, une éterle (femelle de l’an passé), le mâle dominant, un autre chevreau puis sa mère avec la corne droite partiellement cassée.

La femelle avec sa corne droite entièrement cassée et son chevreau, en train de remonter la pente abrupte dans la neige et le brouillard.

Le mâle dominant, à droite.

Le chuintement des isards, une sorte de sifflement soutenu, est souvent utilisé comme signal d’alarme au sein d’une harde ou par des individus solitaires surpris par la présence d’ « intrus ». Émis à l’arrêt, il précède immédiatement la fuite des animaux et peut être répété au cours de celle-ci. J’ai eu l’occasion de l’entendre à plusieurs reprises dans d’autres circonstances.

Le bêlement des isards. Il est surtout émis par les chevreaux qui s’étant momentanément égarés, tentent par ce moyen de retrouver leur mère. De même, les femelles qui recherchent leurs petits peuvent bêler.

Je l’ai entendu cette année à deux reprises. La première fois était au mois d’août lors de l’observation d’une harde de femelles, d’éterles (femelles de l’année précédente) et de chevreaux (appelés aussi affectueusement « pitous ») dans un coin isolé des Pyrénées.

La seconde fois, c’était aujourd’hui : la harde était toute proche mais il était impossible de se voir dans cette brume épaisse. Un seul bêlement rauque et bref! Assez rare, il est destiné probablement à éviter la dispersion des individus dans certaines circonstances.

Les odeurs

Elles ont une importance primordiale particulièrement à la période du rut. L’univers odorant où évolue l’isard est un monde d’une grande sensibilité. L’odeur possède l’énorme avantage sur le son, qui s’évanouit sitôt qu’il est produit, de pouvoir être déposée et de remplir ainsi durablement sa fonction de communication. Le mâle développe des glandes dites « de rut » qui apparaissent vers l’âge de 16 mois et dont l’importance augmente tous les ans à partir de juillet. Ces glandes sont situées derrière les cornes du mâle et elles émettent une sécrétion grasse, brun verdâtre, dont l’odeur nauséabonde et tenace semble plaire aux femelles. Il définit les limites de son territoire en frottant ses cornes contres les arbustes et autres végétaux pour y déposer cette empreinte olfactive. Elles s’atrophient après le rut. Leur fonction semble être un signe de localisation entre individus et aussi de phéromones, favorisant l’acceptation du coït.

La lumière surgit en fin d’après-midi!

Derniers rayons sur quelques sommets.

Ma dernière vision d’une partie de la harde en train de s’alimenter, alors que le soleil a disparu – De haut en bas : les deux femelles avec une corne cassée et un chevreau, puis le mâle dominant (en train lui aussi de s’alimenter), un chevreau, une femelle et enfin, une éterle (femelle de l’an passée, restée avec sa mère) couchée dans la neige. 

Source bibliographique utilisée pour cet article : https://oatao.univ-toulouse.fr/869/1/picco_869.pdf

« A l’année prochaine ». Sortie faite avec un accompagnateur Montagne, dans le cadre du CPIE Béarn.

L’automne chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

Un brocard à la tombée de la nuit (2 octobre 2019). Pensif, le regard tourné vers les lumières du coteau d’en face.

L’automne chez les chevreuils du Vic-Bilh (Béarn)

La tempête Fabien, cette nuit, a bien marqué le premier jour de l’hiver. Comme par le passé, il a plu les jours précédents; le sol est détrempé et les rafales de vent ont couché pas mal d’arbres à terre. Après les tempêtes Martin le 27 décembre 1999 et Klaus le 24 janvier 2009, on a 2019 et son 22 décembre mais en bien moins grave, heureusement! Il y a quand même du bois à faire pour se chauffer et il faudra replanter pour oublier tout çà. La Nature n’aime pas le vide!

La neige sur le pic du Midi de Bigorre (14 novembre 2019).

L’été est déjà bien loin. Après une période de sécheresse qui durait depuis plusieurs mois, nous avons eu enfin une météo de saison au mois de novembre : beaucoup de pluie sur le piémont pyrénéen et de la neige en montagne en abondance. On n’avait pas eu autant de neige en cette période de l’année depuis l’hiver 2008-2009. La poussée des cèpes a été plutôt discrète cette année et plus tardive qu’à l’accoutumée; chez nous, elle a eu lieu peu avant le premier quartier de Lune de novembre.

Début septembre 2019 – Un jeune brocard à la lumière du soir.

Début septembre 2019 – Une chevrette dans la luzerne.

Et « mes » chevreuils dans tout çà? Je les ai un peu négligés! Mon dernier post à leur propos concernait la naissance des faons et la période du rut! J’ai remarqué pas mal de naissances de jumeaux cette année.

Mon brocard préféré à la mi-septembre. Il a fréquenté tout l’été les pommes du verger.

02 octobre 2019 – Vieux brocard du soir!

02 novembre 2019 – Faon de l’année aux couleurs de l’automne.

Depuis lors, les jeunes ont bien grandi. Les mâles se sont calmés et ont abandonné leur instinct territorial.

Si « ma » chevrette avec ses faons était observable tous les jours durant l’été, l’ouverture de la chasse le 08 septembre pour la saison 2019-2020 a un peu perturbé ses habitudes. Il en est de même pour « mon » brocard. Plus personne pendant plusieurs semaines! Puis les choses sont rentrées dans l’ordre début novembre; les bois sont moins courus par les chasseurs accompagnés de leur chien.

02 novembre 2019 – « Ma » chevrette et ses deux faons, deux femelles.

Les jours ont bien raccourci, la nourriture est moins abondante et les chevreuils ont changé leurs habitudes : je ne les vois plus régulièrement qu’au crépuscule. Leurs mœurs sont devenus plutôt nocturnes.

12 novembre 2019 – Un beau brocard décoiffé et au pelage hivernal.

Les mâles perdent leurs bois, les plus vieux en premier; à la date de cet article (22 décembre), j’en ai déjà vu un avec les velours bien en place. Tout ce monde a progressivement adopté le pelage gris et épais de la saison hivernale.

18 novembre 2019 – Les deux sœurs faisant « amies-amies » en bordure de mon bois, de bon matin. Leur mère est à proximité. En mai prochain, elles prendront leur indépendance sur un nouveau territoire.

23 décembre 2019 – Les chevreuils sont de nature curieux et attirés par les odeurs de l’homme. Quelque chose a changé dans leur environnement avec le passage de « Fabien » la nuit précédente. La chevrette et ses deux faons (ici, une des deux sœurs) sont venus renifler tous les arbres à terre. 

Brocard nouvellement coiffé, dans une culture de colza (02 janvier 2020).

Le même brocard, dans un labour (02 janvier 2020).

La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

Au-delà des montagnes.

La migration de la Grue cendrée

par delà les Pyrénées

Quelques informations générales

Notre Béarn est situé sur « la voie de l’Ouest » de la migration post-nuptiale de la Grue cendrée. Chaque année à la même époque, le cri puissant et caractéristique de ce bel oiseau en route vers l’Espagne retentit dans le ciel béarnais. C’est, je pense, le seul chant que la plupart des gens reconnaissent sans se tromper. « J’ai entendu passer les grues »! Combien de fois ai-je entendu cette phrase, synonyme de changement de saison et de l’arrivée du froid. Elle occupe avec la Cigogne blanche une place particulière dans le cœur des hommes.

Les grues cendrées émettent en vol un cri régulier, une sorte de « kroouh » qui permet au groupe de rester en contact. Il est répété par chaque individu à intervalle régulier. Le passage imminent d’un vol important est annoncé par un joyeux tintamarre. Nous levons alors les yeux vers le ciel pour tenter de repérer leur formation particulière en ligne ou en V. Ce n’est pas toujours évident de les localiser; leurs manifestations vocales très sonores les font souvent croire bien plus proches qu’elles ne le sont en réalité. Il faut parfois aller les chercher bien haut. Elles migrent même la nuit et ce cri les trahit, audible à des kilomètres à la ronde.

En vol, on pourrait les confondre de très loin avec la cigogne blanche mais celle-ci reste silencieuse et elle migre plus tôt, dès la fin juillet et jusqu’à la mi-septembre pour la plupart des effectifs.

Dans les Landes, région d’Arjuzanx – Une grue cendrée au gagnage dans un champ de maïs ramassé.

Dans les Landes, région de Sabres (près d’Arjuzanx) – Grues cendrées et palombes dans un champ de maïs ramassé, en bordure d’une forêt de pins.

Dans les Landes – Le retour des grues cendrées aux dortoirs d’Arjuzanx (en bas à gauche, on distingue le mirador pour l’observation des grues dans leur élément liquide).

Lac collinaire de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), au soir – Le retour des grues dans la Réserve, après avoir passé la journée à se nourrir dans les champs des environs.

Région de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), quelques grues sur fond de pic du midi de Bigorre (2 876m).

Les grues cendrées quittent leurs zones de nidification vers la mi-octobre et jusqu’à début décembre, en fonction des conditions climatiques. Celles qui passent chez nous viennent de Finlande, Suède et Norvège pour aller vers l’Espagne. Leurs principales haltes migratoires en France sont le lac du Der en Champagne-Ardenne, le camp du Poteau à Captieux (Gironde) et la réserve d’Arjuzanx (Landes), ainsi que le site de Puydarrieux dans les Hautes-Pyrénées. Je ferai plus tard un article dédié à chacune de ces deux dernières haltes migratoires et d’hivernage.

Les grues las grullas Embalse de La Sotorena Alberca de Arboré Montmesa Huesca Aragon

Embalse de la Sotorena, aux premiers rayons de soleil (février 2019) – Les grues se restaurent dans les champs givrés, avant de reprendre le chemin de la migration vers le Nord de l’Europe.

Lagune de Gallocanta (février 2019) – Le réveil des grues dans la brume, peu avant l’aube.

Après avoir traversé la chaîne des Pyrénées, elles font route en Espagne vers l’embalse de la Sotorona et la lagune de Gallocanta, puis vers l’Estrémadure et le Nord de l’Afrique. Les zones de halte et d’hivernage sont choisies en fonction des conditions climatiques, de l’abondance de la nourriture et de la présence de l’eau pour se protéger des prédateurs comme le renard.

Assister au spectacle de la traversée des Pyrénées est un moment privilégié. J’ai eu l’occasion d’y assister récemment à plusieurs reprises.

La traversée des Pyrénées dans le val d’Azun

Après quelques jours de conditions déplorables avec beaucoup de pluie en plaine et de neige en montagne pour un mois de novembre, la météo s’est enfin arrangée. Ce 19 novembre 2019, la chaîne des Pyrénées est bien dégagée; les grues saisissent l’occasion!

En direction « del sol »!

Le pic du Midi d’Arrens (2 267m).

Le Palas (2 974 m).

Le Palas (2 974 m),  le Courouaou devant (2 691 m) puis le Batboucou (2 651m) à droite.

A gauche, le pic de Batboucou (2 651m).

Traversée des Pyrénées dans la vallée des Gaves

Ce 03 décembre au matin, les sommets des Pyrénées sont dans le brouillard. Beaucoup de grues sont déjà passées dans la nuit, venant entre autres d’Arjuzanx. En effet, plusieurs milliers grues y font une halte depuis plusieurs jours pour se nourrir dans les champs de maïs ramassé. Contrairement à leurs habitudes, elles ne reviennent pas le soir dans les dortoirs de la Réserve mais restent à l’extérieur dans les champs inondés par les grosses pluies de novembre, les marais, les lagunes, les coupes rases… Tout est gorgé d’eau. Après l’accalmie du matin brumeux, la migration reprend en début d’après-midi lors d’une éclaircie dans le ciel pyrénéen. En fin de soirée, on verra quelques volées faire demi-tour pour passer la nuit au pied de la montagne.

Une volée de grues cendrées remontant « la vallée des Gaves », sur fond de Casque du Marboré (3 006m), l’un des fameux sommets du cirque de Gavarnie.

Leur voyage vers des cieux plus cléments pour y passer l’hiver m’a souvent fait rêver et en début d’année, je suis allé les voir en Espagne dans certains de leurs lieux d’hivernage et dans leurs deux principales haltes migratoires : l’embalse de la Sotorena et la lagune de Gallocanta. Si vous êtes intéressés par des informations plus précises, voici les liens vers mes articles :

Pour l’embalse de la Sotorena, cliquer ICI,

Et pour la lagune de Gallocanta, c’est ICI.

Bonne lecture! 

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées

à la période du rut en val d’Azun

Dans le val d’Azun (19 novembre 2019). Un bouc, de face et de profil.

Le val d’Azun est la plus occidentale des vallées des Hautes-Pyrénées. Il est situé dans le Parc national des Pyrénées et au cœur d’un territoire de montagne à la fois tourné vers la Bigorre et le Béarn.

En arrière-plan, le pic du midi d’Arrens (2267m), le moins cité des trois pics du midi des Pyrénées.

La vallée d’Arrens-Marsous (novembre 2018) avec un aperçu de son village au premier-plan. Au milieu dans les nuages, le Palas (2 974m) avec, devant, le Courouaou (2 691m) et le Batboucou (2 651m) à droite. Tout à droite, le pic Arrouy (2 708m), reconnaissable au petit éperon rocheux en contrebas et à gauche .

Il est en fait composé de trois vallées, celles d’Arrens-Marsous, d’Estaing et de l’Ouzoum. Agricole et pastoral, il a su garder son patrimoine naturel, culturel et bâti avec ses villages authentiques. A l’abri des grands flux touristiques, la nature y est préservée avec des aménagements respectueux de l’environnement pour la pratique de la randonnée et du ski de fond. Il est dominé par le Balaïtous qui culmine à 3 144 m d’altitude.

La fin de l’année est marquée par des événements importants pour la faune des Pyrénées; en particulier, le rut de l’isard et celui du bouquetin. Pour ces deux espèces, il a lieu en même temps durant la période de novembre à décembre. Cette année 2019 est particulière: il n’avait pas autant neigé en ce mois-ci depuis l’hiver 2008. Cela a peu perturbé les mœurs des animaux à ce moment crucial pour leur reproduction. Chassés des hauteurs par la neige, ils sont descendus plus tôt que prévu vers une nourriture accessible. Je pense surtout aux isards, bien plus nombreux et faciles à observer que le bouquetin. Je n’ai pas eu encore le plaisir de rencontrer ce dernier côté français après les lâchers récents commencés en 2014.

Lors de cette sortie du 19 novembre dernier, je n’ai pas vu de harde de femelles avec leurs chevreaux. J’ai pu photographier trois mâles isolés: à cette période, ils sont en effet moins farouches. Immobiles sur le versant exposé au soleil matinal, ils se prélassaient tout en surveillant attentivement les alentours. Comment peut-on les distinguer d’une femelle sur mes clichés? C’est très facile, par la présence du pinceau pénien!

La première rencontre. Ce bouc a senti quelque chose et s’est brusquement redressé.

Sur les clichés suivants, il détale dans la pente pour se réfugier dans un bois en contrebas. 

Le bondissement de l’isard dans la descente, en plusieurs clichés.

A l’approche du sous-bois, le bouc ralentit et va tranquillement se mettre à l’abri. Et peut-être rejoindre la harde de femelles?

 

Mon deuxième mâle, très placide, se déplaçait dans la neige immaculée de la nuit précédente.

 

Mon troisième mâle.

Observation du Hibou des marais dans les plaines de Villafafila en Castille-et-León

Observation du Hibou des marais (Asio flammeus)

dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-León (octobre 2019)

Envol d’Outardes barbues au crépuscule. Le manque de lumière ne m’a pas permis de « figer » la scène.

Je suis passé ce mois d’octobre à Villafáfila pour me documenter sur la Grande Outarde ou Outarde barbue à l’automne.

Par la même occasion, j’ai fait la rencontre un soir du Hibou des marais. Je l’y avais déjà observé lors d’un précédent séjour en mai 2017. Cette espèce est normalement présente à Villafáfila toute l’année (information trouvée dans l’ouvrage « Where to watch birds in Northern & Eastern Spain ») et j’en ai eu ainsi la confirmation.

Cependant, cette présence est tributaire de l’abondance de la nourriture. A la période de nidification 2018, au mois de mai, il était déjà absent depuis plusieurs mois: un printemps pluvieux avait empêché le pullulement habituel des campagnols et les hiboux étaient parti chercher leur nourriture ailleurs.

A l’affût de campagnols au milieu de la végétation sèche. Il bénéficie d’un bon mimétisme.

Ce rapace m’est bien sympathique et je lui ai consacré un article complet sur son mode de vie: vous pouvez le consulter ICI

 

Le Cygne tuberculé – Son observation en cours de migration dans le Béarn

Lac de Bassillon – Cygnes tuberculés de passage. Apparemment, 2 couples au plumage blanc et cinq immatures avec quelques plumes encore grises (20 octobre 2019).

Le Cygne tuberculé à l’état sauvage

Une observation dans le nord-est du Béarn

Lac de Bassillon (04 novembre 2019). Deux cygnes tuberculés adultes avec au centre, un immature.

Le Cygne tuberculé (Cygnus olor) est un oiseau pour lequel je n’avais pas d’empathie particulière. Très commun et largement répandu, il a été longtemps pour moi un simple oiseau d’ornement des plans d’eau aménagés et des jardins publics. Un bel oiseau certes, mais qui mène une petite vie tranquille sans efforts! J’ai été surpris de le rencontrer sur un lac collinaire du Vic-Bilh, le lac de Bassillon, et cela m’a incité à m’y intéresser. Un groupe de neuf individus y a fait une halte: je les ai vus le 20 octobre dans la soirée par temps maussade et le 04 novembre 2019 dans l’après-midi sous la pluie (le lendemain de la tempête Amélie). C’était ma première observation dans la région et ils sont depuis repartis. Ils se nourrissaient près des bordures en fouillant dans l’eau peu profonde. D’où venaient-ils? Où sont-ils partis? Je n’en sais rien, mais je n’en avais jamais vu autant à la fois dans la région. Cela m’a incité à faire quelques recherches dans la littérature pour essayer d’en apprendre sur leur présence singulière.

Origine du Cygne tuberculé

Lac de Bassillon (20 octobre 2019) – Un groupe de cygnes tuberculés (adultes et immatures) de passage. 

Il existe en fait plusieurs espèces de cygnes. Le Cygne tuberculé, l’espèce que j’ai photographié, est reconnaissable à son bec orangé à rougeâtre, surmonté d’un tubercule noir charnu et adipeux. Il lui doit son nom vernaculaire.

Les deux sexes sont identiques, sauf à la période de nidification où le tubercule du mâle est plus développé. Les juvéniles ont un plumage brun-grisâtre qui commence à blanchir le premier hiver mais quelques plumes restent grises jusqu’à l’hiver suivant. L’espèce est originaire d’Asie centrale, introduite par l’homme en de nombreux endroits de l’Europe tempérée, d’Amérique du Nord, d’Afrique du Sud, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. En France, il a été introduit à l’occasion d’initiatives privées vers la fin du Moyen-Age, comme oiseau d’agrément pour les plans d’eau des demeures seigneuriales. L’oiseau était également consommé lors de grands banquets.

Il est habituellement silencieux et on l’appelle aussi le Cygne muet. Il est normalement sédentaire mais il est quand même considéré comme migrateur partiel car les populations des pays nordiques peuvent migrer en automne (septembre à décembre) vers des contrées plus chaudes, et elles en repartent à partir du mois de mars.

Pour les populations présentes en Grande-Bretagne, en Irlande et en France, il y a peu ou pas de migration ou seulement quelques mouvements locaux. Ces populations sédentaires sont renforcées en hiver par les populations migratrices venant de Scandinavie et d’Europe de l’est.

Jusqu’à un passé récent, le cygne tuberculé ne se reproduisait pas à l’état sauvage en France. Dans un inventaire de l’avifaune en 1936, sa présence était même signalée comme « très accidentelle durant les hivers rigoureux ». Il devient ensuite un nicheur ponctuel. Depuis la loi de Protection de la Nature du 10 juillet 1976, l’espèce est devenue protégée et la population a alors augmenté à un rythme soutenu. Des réintroductions en milieu sauvage ont également eu lieu dans certaines régions à partir d’individus domestiqués. Leur nombre est passé de 50-100 couples en 1970 à 400 en 1982, 1 000 couples à la fin des années 1990, 1 500 – 2 000 couples dans les années 2000 et pour atteindre pratiquement 4 000 couples en 2010. Ces données peuvent un peu varier selon les sources consultées. Il niche plus particulièrement dans les deux tiers nord de la France.

Il a un « cousin » migrateur complet sous nos latitudes, le Cygne chanteur (Cygnus sygnus) appelé aussi Cygne sauvage, dont la taille est un peu plus importante; il est reconnaissable à son bec jaune et noir et à son cou rigide (celui du cygne tuberculé est arqué). Les effectifs français du Cygne chanteur en période d’hivernage sont assez marginaux, quelques dizaines d’individus, essentiellement au lac du Der en Champagne-Ardenne. Son observation dans les Pyrénées Atlantiques est très rare.

La présence du Cygne tuberculé dans l’arrière-pays des Pyrénées Atlantiques

Lac de Bassillon, sous la pluie (04 novembre 2019). Un cygne tuberculé immature à gauche et deux adultes à droite.

Les informations disponibles sont assez restreintes mais intéressantes pour moi. J’ai consulté, en particulier, le site consacré à l’observation des oiseaux d’un éminent naturaliste du Béarn, A. Guyot. Il accumule les données depuis 1984. Son site: https://oiseaupyrenees.blogspot.com

En 1992, A. Guyot signale une première nidification du cygne tuberculé sur le lac d’Artix. Le couple et trois immatures se déplacent en fin de nidification sur le lac de Denguin (situé entre Orthez et Pau). En mars 2011, il publie un cliché de cygnes en train de couver à Artix. En novembre 2017, il signale la présence ponctuelle d’un individu au lac de l’Ayguelongue (appelé aussi de Momas). Il précise que « cette présence est rare car l’espèce n’a pas d’herbier aquatique pour se nourrir, alors q’il niche au lac d’Artix à 11 km à vol d’oiseau, ainsi qu’au marais de Biron à 35 km « . Il publie d’ailleurs en mai 2018 un cliché pris au marais de Biron d’un adulte avec (au moins) 4 poussins.

Lac de l’Ayguelongue – 26 octobre 2016.

En 2016, j’avais pu observer moi-même deux individus à ce lac de l’Ayguelongue; je les avais alors pris pour des oiseaux domestiques en vadrouille.

Dans la revue du Groupe Ornithologique des Pyrénées et de l’Adour (GOPA) d’avril 2001, un compte-rendu du comptage hivernal (hors zone côtière) des oiseaux d’eau de 1996 à 2000 pour la région signale sa présence sur nos lacs collinaires: en 1996, 2 sur le lac d’Artix; en 1997, 2 au lac de l’Ayguelongue; en 1998, 4 au lac d’Artix et 2 au lac de Corbères (Lembeye); en 1999, 16 au lac d’Artix et 3 au marais de Biron (Orthez); en 2000, 11 au lac d’Artix, 8 au marais de Biron. Aucune présence n’est signalée pour le lac de Bassillon. On mentionne aussi dans cette revue que « le Cygne tuberculé a été volontairement introduit à Denguin (entre Pau et Orthez) au début des années 1990 (A. Guyot 1993); l’espèce a colonisé le Gave de Pau et désormais quelques couples s’y reproduisent chaque année. Ces oiseaux sont sédentaires; il ne semble pas y avoir d’apport d’hivernants venus du nord. Quelques oiseaux sont vus parfois sur les lacs collinaires, mais il semble qu’ils aient aussi une origine captive ». Cet état des lieux, bien que déjà ancien, est intéressant car il émet à l’époque des réserves sur la possibilité de présence d’hivernants venant du nord de l’Europe. On y remarque que la population la plus importante est sur le lac d’Artix, lac où A. Guyot apporte le témoignage d’une première nidification en 1992.

La source la plus récente que j’ai pu trouver pour un inventaire complet est dans l’Atlas des Oiseaux Nicheurs d’Aquitaine paru en janvier 2015 aux Editions Delachaux & Niestlé (enquête de 2009 à 2013). Il y est noté qu’en Aquitaine, le cygne tuberculé niche dans les zones humides des 5 départements, mais avec une nette prédominance le long de la côte (étangs littoraux et bassin d’Arcachon), ainsi que ponctuellement le long de l’Adour et des Gaves. Pour la période de cette enquête, la population du cygne tuberculé en Aquitaine est estimée entre 51 et 68 couples. La présence avérée comme espèce nicheuse sur le lac d’Artix et sur le marais de Biron (Orthez) n’y est pas mentionnée.

Le Bassin d’Arcachon est un site important pour la nidification et l’hivernage de l’espèce; j’ai eu l’occasion de l’y voir sans lui avoir prêté d’intérêt en pensant à nouveau qu’il s’agissait d’oiseaux domestiques. Cette population locale s’est développée à partir de 2 couples lâchés dans la Réserve Ornithologique du Teich en 1972.

Lac de Bassillon (04 novembre 2019). Deux cygnes tuberculés adultes au centre, et deux immatures vers l’extérieur.

Alors, finalement, qui sont « mes » cygnes? Déjà, j’ai appris à mieux connaître cet oiseau que je mésestimais. Au vu du contexte, ce sont des cygnes qui se sont reproduits à l’état sauvage et en migration partielle, peut-être même des hivernants. Vu leur nombre quand même assez conséquent, ils peuvent venir de la zone côtière ou du nord de la France, peut-être même de plus haut. Mais, … où sont-ils maintenant?

Principale bibliographie consultée :

_http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/oiseaux/oiseaux-eau/FS287_pere.pdf

_http://www.xn--gopa-pyrnes-ibbb.fr/wp-content/uploads/2014/09/DocOiseaux-deauVol1n1.pdf

_http://www.aquitaineonline.com/culture-livres-musique/livres-cursives/5673-atlas-des-oiseaux-nicheurs-d-aquitaine.html

_http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/oiseaux/oiseaux-eau/rs07_fouque.pdf

_https://oiseaupyrenees.blogspot.com

Le Grimpereau des Jardins

Grimpereau des jardins dans la mousse du tronc d’un mûrier platane, à la recherche d’insectes.

Le Grimpereau des jardins

(Certhia brachydactyla)

Le Grimpereau des jardins est un petit oiseau discret assez commun et qui vit en solitaire (hors période de reproduction). Son plumage dorsal terne de couleur écorce et sa petite taille le font passer facilement inaperçu. Les deux sexes sont identiques. On le reconnait très facilement à son bec légèrement arqué et à sa façon de rechercher sa nourriture, composée d’insectes et d’araignées: il grimpe le long des troncs d’arbres et des grosses branches, en spirale et toujours en remontant. Puis il recommence à la base du tronc suivant. C’est un oiseau très remuant.

Sa queue rigide s’appuie sur le tronc et le maintient en équilibre. Ses pattes courtes lui donnent l’impression de ramper sur le tronc.

On peut aussi rencontrer une autre espèce très semblable à celui-ci, le Grimpereau des bois (Certhis familiaris). Un néophyte va les confondre. Il est possible cependant de différencier les deux espèces grâce à certains petits détails morphologiques (bec et ongle postérieur plus ou moins long, légères différences de couleur du plumage); cela demande une bonne connaissance de chaque espèce. Le meilleur moyen de les distinguer est le chant particulier à chacun, assez différent. Encore faut-il que l’individu à identifier veuille bien chanter.

L’aire de répartition du Grimpereau des jardins se limite à l’Europe de l’Ouest (hors Royaume-Uni) et les régions adjacentes et elle chevauche en grande partie sur notre continent celle du Grimpereau des bois, très vaste (de l’Irlande au Japon et à l’Himalaya). Le grimpereau des bois est peu présent en France, essentiellement dans les régions montagneuses. On peut le rencontrer par exemple le long de la chaîne des Pyrénées du centre en remontant vers l’est.

Le Grimpereau des jardins est sédentaire et il aime les vieux arbres où il trouvera sa nourriture: il vit dans les bois de feuillus, les parcs, les jardins et les vergers à haute tige. On le trouve généralement à plus basse altitude que son « cousin » des bois. Celui-ci est inféodé aux forêts mixtes et de conifères à une altitude supérieure.

Longtemps, j’ai pensé que la seule différence entre les deux espèces était leur biotope; comme je peux le constater maintenant en m’étant documenté pour identifier mon spécimen, ce n’était pas un argument suffisant. Le moyen est le plus simple pour l’identifier sur une photo est, je pense, d’observer la barre alaire.

Bordure de la barre alaire en escalier chez le Grimpereau des jardins (barre régulière chez son cousin) – Cliché pivoté largement recadré.

Source bibliographique très bien documentée consultée :

_http://www.ornithomedia.com/pratique/identification/distinguer-grimpereaux-bois-jardins-01297.html

 

Son bec, long et légèrement courbé, lui permet de fouiller les anfractuosités des vieux troncs.

Le Torcol fourmilier – Une observation dans le Vic-Bilh

09 novembre 2019 à 15h00 – Un Torcol familier dans le Vic-Bilh, probablement en cours de migration. Il m’a fallu un bon moment pour le localiser et réussir une mise au point. Ce cliché sert uniquement à témoigner de sa présence chez nous. Pour une meilleure connaissance de cette espèce, de nombreuses photos sont disponibles sur internet.

Le Torcol fourmilier (Jynx torquilla)

Je viens de rencontrer mon premier Torcol fourmilier, sur le territoire de Gerderest, un petit village du Vic-Bilh. Il se tenait dans une haie en bordure d’une prairie occupée par des vaches, entourée d’une forêt de chênes et de pins. Après un été et un début d’automne très secs, il a bien plu ces derniers jours avec un épisode neigeux important en montagne (jusqu’à 1m00 de neige à l’ouest des Pyrénées). Cette nuit, j’ai entendu passer des grues et ce matin, de nombreuses grives s’envolent de partout dans les haies. De petites volées de grues continuent à passer dans la journée vers les Pyrénées. Il fait très frais et mon pauvre Torcol le ressent manifestement; je pense qu’il est étonnant de le rencontrer ici et dans ces conditions à cette période de l’année. Il est probablement en chemin pour trouver des températures plus clémentes vers l’Afrique. Il fait sans doute lui aussi partie de cette vague migratoire. Nous sommes placés sur l’axe de migration connu de l’espèce. Je ne l’ai pas revu les 3 jours suivants.

09 novembre 2019, face aux Pyrénées enneigées – Alouettes en cours de migration reprenant des forces dans un labour d’hiver.

09 novembre 2019 – Elles se dirigent toutes vers les Pyrénées. Le lendemain, elles seront obligées de rebrousser chemin ou de changer de direction vers l’océan.

09 novembre 2019 – La chaîne des Pyrénées enneigées depuis le Vic-Bilh, au même moment.

C’est un oiseau proche parent des pics et un peu plus petit qu’une grive; il doit son nom à la curieuse façon qu’il a de tordre son cou très mobile et tourner la tête dans tous les sens.

Son plumage mimétique a la couleur de l’écorce et rappelle celui de l’Engoulevent d’Europe, que j’ai plus souvent l’occasion d’observer. Les deux sexes sont semblables. Il peut être difficile à observer et ce fut mon cas: après l’avoir vu s’envoler d’une haie, j’ai eu bien du mal à le localiser au sein d’un arbre voisin, un jeune châtaignier envahi par la végétation. L’espèce a l’habitude de se déplacer ainsi, en courts trajets sans hâte d’un arbre à l’autre.

Il se nourrit surtout au sol, se déplaçant par bonds successifs. Comme son nom le laisse deviner, il recherche essentiellement les fourmis certaines espèces), leurs larves et leurs nymphes, qu’il attrape de sa longue langue collante. Il collecte aussi d’autres petits insectes sur l’écorce ou les fissures des arbres et des arbustes.

Ce n’est pas un oiseau forestier. Il fréquente les campagnes cultivées avec vergers à haute tige, prés, bocages à herbe rase, bois clairs entrecoupés de champs, bosquets de feuillus, parcs, … Sa présence est un bon indicateur de milieu préservé. Les sites fréquentés sont en général bien secs et bien exposés aux rayons du soleil.

Migrateur, il a des mœurs plutôt solitaires. Il migre de nuit. L’aire de répartition de l’espèce est vaste. Les populations hivernant en Afrique nichent dans la majeure partie de l’Europe de l’Ouest. L’arrivée sur les sites de nidification s’effectue principalement en mars-avril. Le départ s’amorce en août avec un pic au début du mois de septembre et se poursuit jusqu’en octobre. A cette occasion, les observations visuelles sont plus faciles, l’espèce perdant de sa discrétion naturelle. La migration de mon spécimen en dehors de ce créneau m’intrigue.

En période de nidification, le couple recherche un territoire avec des vieux arbres présentant des cavités et des zones herbacées (pelouses, prairies) pour la recherche alimentaire. Il choisit une cavité naturelle pour son nid ou utilise un nid de pic vide. Sa distribution géographique en France pendant la nidification est apparemment homogène dans le Sud-Ouest, une partie du Massif Central et l’Est de la France du nord au sud (Alsace, massif alpin…). Dans les Pyrénées Atlantiques, on le trouve jusqu’à 650m d’altitude d’après les témoignages de présence.

Les quartiers d’hivernage se situent le long des rivages de la Méditerranée, en Afrique du Nord et jusqu’au sud du Sahara. Des individus hivernent régulièrement aussi en France dans les départements du littoral méditerranéen, principalement dans les Bouches-du-Rhône et en Corse.

La densité de population est évaluée à l’écoute: le chant permet de déceler la présence des nicheurs, dont la discrétion rend les contacts visuels difficiles. L’espèce est classée « de préoccupation mineure », mais elle est strictement protégée en France; les effectifs nicheurs s’avèrent en diminution probable de 20 à 50% depuis les années 70. Ce mauvais état de conservation se traduit également par une restriction de son aire de répartition, causes pour la plupart liées aux activités humaines. L’effectif français est estimé à quelques milliers de couples (entre 15 000 et 35 000 en 2012, données Inventaire National du Patrimoine Naturel) et ne représente qu’une faible proportion des effectifs européens.

Si vous en possession d’informations concernant la présence du Torcol fourmilier dans les Pyrénées Atlantiques, les Landes, le Gers ou les Hautes-Pyrénées, je suis intéressé.

(vous pouvez me contacter par la messagerie du site ou l’indiquer en commentaire). 

Source bibliographique principalement consultée, bien documentée :

_https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Torcol-fourmilier.pdf

 

L’Aster des Pyrénées

Vue d’ensemble de l’inflorescence et de la compétition avec le milieu environnement, qui peut entraîner sa disparition.

L’Aster des Pyrénées (Aster pyrenaeus)

L’Aster des Pyrénées est une plante endémique des Pyrénées et des Monts cantabriques (trois stations dans le Parc des Picos de Europa), très rare et protégée depuis 1982. En France, on ne la trouve (dans le dernier bilan officiel de 2012) que dans les Pyrénées Atlantiques (10 localités) et dans les Hautes-Pyrénées (3 localités). Les populations, dynamiques à l’ouest de la chaîne, sont menacées d’extinction vers l’est du fait de leurs faibles effectifs. Discrète, presque banale, elle a cependant passionné dans le passé des botanistes du monde entier, lancés à sa recherche dans une quête fiévreuse pour sa rareté.

Les clichés de cet article proviennent d’une station en vallée d’Ossau.

Description de la plante

La plante à différents stades de sa floraison.

 Une araignée, une Thomise, chasse sur la fleur de droite.

Une vue d’ensemble – La floraison est déjà bien avancée (14 septembre 2019).

Elle pousse entre 600 et 1 800 m d’altitude environ dans des zones en fortes pentes et peu accessibles (entre 30 et 70°), de préférence en pied de falaise calcaire sur les pelouses rocailleuses. Elle a besoin de fraîcheur, d’humidité et elle affectionne l’exposition Est.

Tige dressée simple, avec capitule solitaire.

Deux tiges séparées dressées, plus ou moins ramifiées avec des ensembles de capitules.

C’est une grande plante vivace des milieux ouverts et ensoleillés. Sa taille peut atteindre une soixantaine de centimètres de hauteur et même plus en fonction de la végétation environnante; il peut y avoir compétition pour trouver la lumière. Sa tige est dressée et très feuillée sur toute la hauteur. Les fleurs centrales, en forme de tube de couleur jaune, sont hermaphrodites; elles sont entourées sur toute la circonférence et sur un seul rang de fleurs femelles en forme de languettes bleues lilas. L’inflorescence se présente sous la forme d’un capitule (ensemble de nombreuses petites fleurs qui se touchent) solitaire de 5 cm de diamètre environ ou par groupe de 2 jusqu’à 10 capitules.

Elle fleurit au moment où la plupart des autres plantes sont déjà fanées, entre mi-août et fin septembre; la floraison sur la station de mes photos était déjà bien avancée à la mi-septembre. La pollinisation est assurée par les insectes et la dispersion des graines se fait essentiellement par le vent.

Les premières mentions bibliographiques de l’existence de l’Aster des Pyrénées sont inscrites dans les catalogues de plantes cultivées au Jardin du Roy à Paris, fondé à partir de 1626 (ouvrage de Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, datant de 1636). La plante aurait été donnée par le fils d’un jardinier du roi Henri IV (né à Pau), qui entretenait un jardin appelé « Jardin Royal »: cette plante était dite « venue des Pyrénées ».

De par sa grande rareté, cette aster a été très recherchée par les botanistes collectionneurs au 19è siècle et jusqu’à la moitié du 20è siècle, notamment pour la conservation en herbier; elle était en quelque sorte un Graal végétal. Même si elle a une longue espérance de vie (40 à 50 ans), sa cueillette effrénée dans le passé, la fermeture des milieux, sa consommation par la faune sauvage ou domestique, concourent progressivement à son déclin. Longtemps mal connue, elle fut considérée au bord de l’extinction.

Plan National d’Actions (PNA) 2012-2017 en faveur de l’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées fait l’objet d’un Plan National d’Actions démarré en 2012 pour une durée fixée à 5 ans (2012-2017), animé par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Une évaluation était prévue à la fin du plan afin d’apprécier l’efficacité des actions menées et de disposer d’un nouveau bilan de l’état de conservation de cette plante.

Je n’ai pas trouvé à ce jour (novembre 2019) la trace du bilan de ce PNA sur une publication officielle. Il a peut-être été prolongé ou le bilan n’est peut-être toujours pas sorti. J’actualiserai mon article dès que j’aurai du nouveau. Sur un document publié en 2018, il y est fait mention que les travaux menés auraient permis d’identifier 11 localités différentes sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne et de confirmer la disparition d’anciennes stations (En 2012, la présentation du  PNA mentionnait un total de 15 localités).

Le maintien du pâturage et la connaissance de cette espèce emblématique par le public et les acteurs locaux sont probablement les clés de sa préservation. Un débat existe, comme pour tout ce qui est rare (et dans notre cas très rare), concernant la conduite à tenir concernant la divulgation de la localisation précise des différentes stations. La connaissance de la grande rareté et du statut de cette plante peut certainement empêcher dans bien des cas de faire des erreurs irréparables.

Recto de la carte postale de sensibilisation éditée en 2016 (Photo : G. Couëron/CBNPMP) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees). 

Verso de la carte postale de sensibilisation (illustration: Aurélie Calmet) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees).

Une des actions du Plan National est d’ailleurs la sensibilisation des habitants et des scolaires des vallées concernées à la fragilité de ce patrimoine si rare. Avec l’appui du réseau « Education Pyrénées vivantes », le groupe de travail a élaboré des outils de communication (dont la carte postale ci-dessus) et pédagogiques. La communication auprès du public a démarré début 2016.

Des « sorties découvertes » de cette plante pour le grand public sont organisées par des organismes comme le CPIE Béarn.

Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze

En vallée d’Ossau, un célèbre berger botaniste, Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze, œuvra pour la connaissance et la protection de l’aster des Pyrénées. Sa vie, très passionnante, est un bel exemple d’autodidacte. Né en 1797 à Bagès (hameau de Béost, près de Laruns), il mourut  presque centenaire en 1893, en ayant jamais quitté son village natal. Issu d’un milieu de bergers cultivateurs, il quitta très tôt l’école à ses 11 ans pour reprendre l’activité de ses parents. Doté de facultés intellectuelles hors du commun dont une exceptionnelle qualité d’assimilation, il se passionna pour beaucoup de disciplines dont la botanique, qui lui donna l’occasion d’apprendre le latin pour l’aider dans la compréhension indispensable de la classification utilisée dans cette discipline. Il acquiert une réputation mondiale auprès des grands botanistes de son temps.

Il avait entre autres découvert l’Aster des Pyrénées sur deux stations et en avait ramené un pied qu’il cultivait dans son jardin. A la demande de ses correspondants, il leur fournissait ainsi des échantillons : la bibliographie raconte qu’il diffusa volontairement une fausse indication de localités afin de préserver les stations de cueillettes qui auraient entraîné la destruction irrémédiable de cette plante si rare. D’après les herbiers connus de nos jours, les récoltes en vallée d’Ossau cessent à la fin du 19e siècle, peut-être lié à la disparition du berger, qui emporta avec lui le secret de la localisation de l’Aster des Pyrénées en vallée d’Ossau.

Il a confectionné plusieurs herbiers pour certains de ses correspondants ou pour être vendus. Son herbier personnel (travail monumental confectionné pendant une quarantaine d’années), qu’il avait vendu en 1875 à la ville des Eaux-Bonnes quand il a pris sa retraite, a été depuis déposé en 2000 au Conservatoire botanique à Bagnères-de-Bigorre. Il ouvre ses portes chaque vendredi de l’été à 16h00 pour changer notre regard sur la biodiversité floristique (visite gratuite dans la limite des places disponibles, sur réservation).

L’Association Pierrine Gaston-Sacaze fondée en 1992 à Béost fait revivre son souvenir et encourage toute activité visant à la connaissance du milieu naturel et humain dans l’esprit de l’œuvre de Pierrine Gaston Sacaze. Elle a contribué à la sauvegarde de son herbier personnel.

l’Aster des Alpes (Aster alpinus)

Aster des Alpes solitaire (début juillet 2019). Une tige simple avec un capitule toujours solitaire.

Aster des Alpes « en bouquet » de plusieurs pieds séparés (début juillet 2019).

On ne peut confondre l’aster des Pyrénées avec une autre aster non endémique et répandue poussant plus tôt sur les pelouses rocailleuses de nos montagnes, l’Aster des Alpes (Aster alpinus). Celle-ci est de taille bien plus modeste; sa tige dressée, simple, ne mesure que 15 cm de haut environ et pouvant aller jusqu’à une trentaine de cm. Elle fleurit aussi plus tôt, à partir du mois de juin et dans des zones bien plus accessibles, jusqu’à 2 200m environ. Les deux capitules se ressemblent mais celui de l’Aster des Alpes est toujours solitaire.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles (sauf la carte postale de l’Aster des Pyrénées, dont je cite en légende l’origine) et de mes observations sur le terrain. Je conseille de visiter les sources bibliographiques suivantes, très intéressantes sur ce sujet :

http://houbigant-journal-voyage.pireneas.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=19&Itemid=32

_http://cbnpmp.blogspot.com/2015/06/aster-des-pyrenees.html

_http://www.side.developpement-durable.gouv.fr/EXPLOITATION/DEFAULT/doc/IFD/IFD_REFDOC_0517683/Plan-national-d-actions-en-faveur-de-l-aster-des-Pyrenees-Aster-pyrenaeus-Desf.ex-DC.-2012-2017

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/le-personnage/

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/botanique/

_https://www.afbiodiversite.fr/sites/default/files/actualites/

En 2018, sur les 4 982 espèces de plantes indigènes recensées sur le territoire français, 742 (15%) figurent sur la liste rouge des espèces menacées ou quasi menacées. La flore pyrénéenne est particulièrement menacée. Ce document, le premier à dresser un bilan objectif de ce niveau de menace (après plus de 3 années de travaux) est réalisé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) France. La population de l’Aster des Pyrénées continue à diminuer; elle est classée quasi menacée sur la liste rouge.