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La Couleuvre à échelons (Rhinechis scalaris)

La Couleuvre à échelons (Rhinechis scalaris)

Son observation en Espagne (décembre 2019)

Sur un sentier dans la dehesa, elle se repose sous un rayon de lumière.

La Couleuvre à échelons est un grand serpent inoffensif et protégé. Cependant, si elle se sent en danger, elle peut devenir agressive et tenter de mordre, bien qu’elle ne possède pas de venin (comme toutes les couleuvres, sauf  la Couleuvre de Montpellier qui a des crochets à venin, mais trop en arrière dans sa bouche pour que l’on puisse être envenimé). Sa morsure est douloureuse, autant la laisser tranquille! Elle mesure en moyenne 1m20 et peut atteindre 1m60, taille voisine de notre Couleuvre verte et jaune bien connue.

On la trouve en Espagne, au Portugal, à Gibraltar, en Italie (en Ligurie). En France, on ne la trouve que dans le midi (Languedoc-Roussillon, la région PACA et la région Rhône-Alpes). Le spécimen de cette publication a été observé en Andalousie sur un sentier, lors d’une sortie à la recherche du Lynx pardelle dans la dehesa. Il me semble qu’elle est en train de se reposer pendant la digestion d’une proie.

Elle est facile à reconnaître : les adultes sont assez uniformes, bruns à jaune-grisâtre avec deux lignes foncées le long du dos. Les juvéniles sont très marqués, plus jaunes, avec des taches noires en forme de H sur le dos donnant l’aspect d’une échelle, caractéristique qui est à l’origine du nom donné à l’espèce. Ces tâches disparaîtront petit à petit. Son museau pointu dépasse la mâchoire inférieure.

Paysage typique de la Dehesa (Andalousie).

Elle fréquente les milieux ensoleillés rocailleux et broussailleux, comme les garrigues et les maquis ou l’équivalent, comme la dehesa en Espagne. Elle grimpe très facilement dans la végétation. C’est un prédateur redoutable, actif une bonne partie de l’année mais principalement au printemps et à l’automne. Mon observation est faite fin décembre! Elle se nourrit de petits mammifères, rongeurs, batraciens, lézards et oiseaux, qu’elle tue par constriction.

Lors de mon observation, je me suis surtout attaché à me positionner à la même hauteur que son œil ; je me rends compte maintenant qu’un cliché pris au-dessus aurait été aussi le bienvenu! Les sujets adultes n’ont plus ces tâches noires sur les flancs.

Un petit rappel – Les couleuvres sont faciles à reconnaître ; leur pupille est ronde (verticale chez la vipère) et elles ont de grandes écailles sur la tête (petites chez la vipère).

A la rencontre du Bouquetin en Espagne – Deuxième Partie

Un beau Bouquetin mâle (bouc), Sierra de Las Villas (à proximité de Villanueva del Arzobispo).

A la rencontre du Bouquetin dans les Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

puis celle de Guadarrama

Bouquetins mâles, dans les blocs granitiques de La Pedriza, Sierra de Guadarrama.

J’ai déjà consacré deux articles sur mon observation du Bouquetin en Espagne. Le premier était dédié à sa présentation générale illustrée par des clichés pris dans la Sierra de Gredos en mai 2018. Le second le montrait dans différents biotopes principalement en décembre 2019, pendant la période du rut. Aujourd’hui, je continue et complète sur ce sujet en le montrant dans le Parc naturel des Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas et dans le Parc national de la Sierra de Guadarrama.

Je lui consacrerai plus tard une publication quand je l’aurai observé sans son collier GPS et autres coquetteries dans notre Parc national des Pyrénées, où on a commencé sa réintroduction en 2014.

Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

Une vue partielle dominante de Cazorla, avec ses oliveraies en arrière-plan. C’est une petite ville magnifique et accueillante aux rues très étroites. 

Château arabe de la Yedra, dominant Cazorla.

Le Parc naturel de las Sierras de Cazorla, Segura y las Villas est le plus grand espace protégé d’Espagne (209 920 ha), avec des espèces végétales endémiques. C’est là que naît le Guadalquivir à 1 330 m d’altitude, le fleuve le plus grand d’Andalousie. Reconnue Réserve de la Biosphère par l’Unesco en 1983, sa richesse naturelle se base sur la biodiversité biologique. L’effectif des bouquetins y a culminé à plus de 10 000 individus avant qu’une épidémie de gale sarcoptique ne les décime à la fin des années 80. Aujourd’hui, leur nombre se situe autour de 2 500.  Les paysages de cette région montagneuse sont d’une beauté et d’une particularité extraordinaires, avec un point culminant à 2 039 mètres : le pic Alto de la Cabrilla.

En bas, le territoire bordé de rouge représente la Sierra de Cazorla, dont la partie en vert est dans le Parc (Google Maps) . 

La Sierra de Cazorla occupe une superficie de 133 000 ha dont le 1/3 environ dans le territoire du Parc (pointe sud); le village de Cazorla est à la limite du Parc. La Sierra de Las Villas, dont la ville principale est Villacarillo, occupe 8,3% du Parc, approximativement la bordure centre-ouest (à gauche de Coto-Rios). La Sierra de Segura constitue à elle seule 80% de la superficie du Parc, le reste du centre et le nord est; sa ville principale est Beas de Segura.

Les plantations d’oliviers autour de Cazorla.

L’appellation d’origine « Sierra de Cazorla » garantit les huiles d’olive vierges extra. Celles-ci sont obtenues à partir du fruit appartenant aux variétés Picual (94%) et, dans une moindre mesure, Royal (6%). Elles sont produites dans la région de Cazorla. Environ 31 500 hectares sont destinés à la culture des deux variétés d’olive. Les huiles obtenues ont une acidité oléique inférieure à 1º et possèdent des propriétés organoleptiques particulières.

Les oliveraies dans la région de Chilluévar, au-dessus de Cazorla.

La cascade de Linarejos dans le Parc, sur le ruisseau du même nom (région de Carrada del Utrero, Sierra de Segura). Ses eaux sont parmi les premières à alimenter le légendaire Guadalquivir.

La faune est très diverse, autant les mammifères que les oiseaux.

On peut y trouver entre autres des renards, …

des écureuils, …

Des daims, … Les femelles vivent généralement en harde.

Les daims mâles sont généralement solitaires, hors la période du rut.

Une biche, région de Villanueva del Arzobispo (limite du parc naturel).

Des cerfs élaphes, appelés aussi cerfs rouges ou cerfs d’Europe.

Les rapaces et autres oiseaux sont également nombreux. Le Vautour fauve est très présent.

Le vautour fauve dans son environnement (Sierra de Cazorla).

Un Pic épeiche et bien d’autres oiseaux, …

Bon, il y a aussi des Bouquetins, c’est quand même une des principales raisons de cet article.

Quelques boucs solitaires (à la hauteur de Villanueva del Arzobispo). 

Les bouquetins n’ont pas été évidents à observer. J’en ai observé dans le Parc, dans la Sierra de Las Villas. En effet, ceux que j’ai pu rencontrer évoluaient dans un environ assez chargé en végétation, essentiellement des pinèdes. Il faut dire aussi que je ne me suis pas focalisé sur eux : les paysages sont superbes, il y a beaucoup de centres d’intérêt et j’y reviendrai avec grand plaisir, sans doute à une période différente comme l’automne.

Paysages typiques dans le Parc, Sierra de las Villas.

Paysages typiques de la Sierra de Cazorla, en dehors du Parc (région de Huesa).

La Sierra de Guadarrama

 

Le Parc national, entre Ségovie et Madrid, « fournisseur » de nos Bouquetins des Pyrénées (Google Maps).

Le Parc national de la Sierra de Guadarrama m’a donné de belles occasions d’observer le mode de vie des bouquetins à la période du rut. Crée en 2013, il a une grande biodiversité et richesse écologique. Il s’étend entre les Communautés Autonomes de Castille-et-Leon et de  Madrid. Il culmine à 2 430 mètres, au pic Peñalara. C’est une chaîne de montagne bien plus ancienne que nos Pyrénées ou les Alpes, essentiellement composée de roche granitique très érodée et de gneiss.

Beaucoup supposent que le bouquetin aurait disparu de la région au cours de la première moitié du 19è siècle, mais la plupart des références sérieuses ne permettent pas de le conclure. Le bouquetin a été introduit au cours de ces dernières années, à partir de sujets provenant de la Sierra de Gredos et de Las Batuecas dans la Sierra de Francia (province de Salamanque).

Cette introduction a commencé entre 1990 et 1992 dans la partie sud du parc national actuel, dans l’ancien parc régional de Cuenca Alta del Manzanares (Communauté de Madrid). 67 individus ont été relâchés dans un lieu connu sous le nom de Hueco de San Blas d’où ils ont colonisé le reste du territoire.

A cette population, il faut ajouter les individus introduits dans la région de los Hoyos, dont l’origine vient d’une introduction antérieure faite entre les années 2000 et 2002 du côté ségovien de la Sierra Guadarrama, dans la zone de chasse contrôlée de Torrecaballeros. Cette population est actuellement installée dans la Cuerda de los Montes Carpetanos, à Alameda del Valle, Pinilla del Valle et Rascafría, appartenant à la région forestière du parc naturel de Peñalara.

Les dernières données sur l’évolution de ces deux noyaux confirment une croissance constante et que, au moins pour une grande partie de l’année, les deux populations entrent en contact, avec la présence de bouquetins de La Najarra à Las Cerradillas et à Los Montes Carpetanos, de Peñalara à El Nevero et dans la municipalité de Pinilla del Valle.

Dans une étude publiée en 2019 sur la présence du bouquetin dans le Parc national, les densités les plus élevées se situent sur une superficie de 234 ha dans la région de Najarra, Matasanos, Asómate de Hoyos et La Pedriza Posterior, en fait assez proche du lieu des premières introductions.

Vautour Fauve et Bouquetin, dans les accumulations de blocs de granit errodés.

L’espèce s’est si bien adaptée que l’on compte aujourd’hui environ 5 000 individus et que l’espèce est considérée depuis plusieurs années en surpopulation par rapport aux ressources naturelles disponibles. Elle n’a aucun prédateur. Entre autres, elle met fin à la régénération naturelle de diverses espèces botaniques protégées.

Un plan d’action approuvé en septembre 2016 visait à réduire la population à 1500-1300 individus sur plusieurs années ; il a été aussitôt suspendu sur un vice de procédure. Il consistait à transférer dans d’autres zones 25% des individus, les 75% restants devaient être chassés à l’arc et au fusil. Seule la solution du transfert a été conservée. Entre autres, un total de 204 bouquetins de La Pedriza ont été vendus et déplacés à ce jour vers les Pyrénées françaises : 63 à Cauterets (Htes-Pyrénées), 66 à Ustou et 29 Aulus les Bains (Ariège), 46 à Gèdre (vallée de Luz-Gavarnie). Un effectif de 22 individus a été relâché en vallée d’Aspe sur la commune d’Accous en 2019, originaires également de Guadarrama, bilan provisoire car le projet des lâchers n’est toujours pas terminé pour la partie ouest des Pyrénées.

Cercedilla (1 118 m), l’une des portes d’entrée dans le Parc national, est un centre touristique populaire pour les alpinistes.

Premiers rayons sur la neige tombée dans la nuit au « puerto de Navacerrada » à  1 852 m (18 décembre 2019). 

La mer de nuages sur la vallée depuis le puerto de Navacerrada vers Cercedilla.

Il est parfois difficile de les distinguer sur les crêtes, mais l’œil s’habitue à les localiser. 

Le soleil se lève et quelques bouquetins pointent leur nez sur les hauteurs entre Cercedilla et le col de Navacerrada.

J’ai d’abord prospecté dans le Parc national en direction du col de Navacerrada, en partant du village de Cercedilla. Leur présence y est avérée mais la densité est faible (colonisation récente). Il existe, entre autres, un sentier de randonnée (Monte Pinar de la Barranca, parking bien indiqué sur le côté droit de la route M-601 en montant vers le col) qui peut offrir quelques opportunités avec un joli panorama sur les sommets.

Les environs du refuge Giner de los Rios.

Mais ils étaient plus nombreux et accessibles (sans les importuner) dans le massif de La Pedriza Anterior. On prend le sentier de randonnée à partir du parking Canto Cochino en direction del Refugio Giner de los Rios et au-delà (Collado de la Dehesilla). Ce parking est situé à la limite du parc à proximité du village de Manzanares el Real.

Blocs de granite érodés, typique de La Pedriza.

Le massif de la Pedriza (Anterior et Posterior) est l’une des plus importantes formations granitiques en Europe, bien connue des Madrilènes pour la pratique de l’escalade. Il vaut mieux donc y aller en semaine, moment où les bouquetins sont les moins perturbés. C’est au cours d’une sortie dans ce massif (Pedriza Anterior) que j’ai pris les photos qui suivent. Le seul petit regret est que la brume ne s’est pas levée de la journée. Il a même bruiné.

Un jeune bouc (cornes épaisses avec l’apparition des premières nodosités).

Deux mâles adultes solitaires (boucs).

Jeune bouc et une femelle (étagne).

Pas toujours évident de les voir (à gauche du sommet de ce bloc).

Vue rapprochée de la photo précédente.

Deux jeunes mâles « intéressés » par une femelle accompagnée de son cabri.

Vue éloignée et rapprochée d’un petit groupe.

Et un vautour passa au même moment!

Jeune bouc.

Pris sur le vif!

Dans cet environnement minéral accompagnée de végétation touffue, il faut être vigilant pour les voir (sans les perturber).

Bouc, cabri et étagne.

Une autre femelle s’approche.

Le mâle s’intéresse sérieusement à son état d’ovulation, attitude typique déjà décrite dans mon précédent article : queue relevée, lèvre supérieure retroussée et langue frétillante, cornes rabattues sur le dos.

La femelle n’est pas consentante et lui fait face.

Ce n’est pas encore le moment. Le mâle plus jeune (pelage plus clair) s’est approché pour rien et s’éloigne.

Le mâle plus âgé va aussi prospecter ailleurs.

Une étagne et son cabri m’ont aperçu, …

L’étagne et son cabri sont fusionnels, jusqu’à la prochaine mise bas en mai prochain.

Un joli bouc surveille depuis son promontoire.

Une scène de vie pendant le rut, après la période des combats : Une femelle se fait toiletter par son cabri; une autre femelle (assise à gauche) est sous la surveillance de deux mâles qui « attendent » patiemment.

Le troisième mâle de ce cliché est celui qui surveillait depuis son promontoire. Il est passé devant les autres et s’est assis au 1er rang, queue relevée. 

Occupé par trois femelles, la queue relevée.

Une photo que j’aime bien : une étagne et sa boule de poils laineux.

Les cabris sont très bien tolérés pendant le rut. Celui-ci côtoie un mâle dans la force de l’âge, suivi par un mâle plus jeune et deux femelles dont la mère du cabri.

La boule de poils laineux traîne sur son promontoire.

Une joute entre un mâle dans la force de l’âge et un jeune prétendant à la robe plus claire.

Le Bouquetin est le mammifère le plus emblématique des montagnes espagnoles et le trophée de chasse le plus réputé. Je termine cet article, probablement le dernier sur le bouquetin en Espagne (bien que je continuerai à le photographier), avec trois photos d’un endroit superbe qui mérite vraiment le détour : le « Parc natural dels Ports » dominant le delta de l’Ebre. La statue du bouquetin, une ode à ce bel animal, m’a évité un capot. Mais tout cela n’est qu’une question de patience et de persévérance!

L’entrée du « Parc natural dels Ports ».

Parc Natural dels Ports – Delta de l’Ebre.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de quelques sources internet dont je cite le lien le plus intéressant :

_ https://www.researchgate.net/publication/338565689_Zonificacion_del_Parque_Nacional

Pour accéder à mon article sur la présentation générale du Bouquetin, cliquez ICI

Pour accéder à mon article sur la présence des bouquetins dans les Picos de Europa, les Sierras de Gredos, d’Andujar et de Castril, cliquez ICI

A la rencontre du bouquetin en Espagne – Première Partie

Un vieux mâle (appelé un Bouc) se repose.

A la rencontre du Bouquetin en Espagne

(séjour naturaliste de décembre 2019)

Au début du mois de mai 2018, j’ai eu l’occasion d’observer lors d’un séjour naturaliste dans la Sierra de Gredos le Bouquetin ibérique appelé aussi Bouquetin d’Espagne (Cabra montés en espagnol). C’était ma première rencontre et je lui ai consacré un article complet que vous pouvez consulter en suivant le lien à la fin de cet article.

Quelques rappels

 

Un jeune adulte devant un névé.

Le Bouquetin ibérique (Capra pyrenaica) est classé en quatre sous-espèces, dont deux ont disparu : le Bouquetin portugais (Capra pyrenaica sous-espèce lusitanica) et le Bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica sous-espèce pyrenaica). Ce dernier était notre bouquetin, dont les deux derniers spécimens ont été abattus en 1910 près du lac de Gaube, au dessus de Cauterets. Chassés jusqu’à l’extinction!

Sur le versant espagnol des Pyrénées, un nombre restreint de Bouquetins des Pyrénées survivait dans le parc national d’Ordesa y Monte Perdido, dont la création en 1918 devait justement les sauvegarder. Le dernier connu, une femelle nommée Celia, a été retrouvée morte le 6 janvier 2000, le crâne fracassé par la chute d’un arbre lors d’une violente tempête. C’est en partie la création en 1905 de la Réserve royale de chasse de la Sierra de Gredos par le roi Alfonso XIII qui a permis à l’Espagne de garder l’espèce en vie. La population actuelle est constituée par les deux sous-espèces restantes, victoriae et hispanica. Le fait d’être une espèce unique au monde, endémique de la péninsule, en a fait un grand gibier recherché pour le tir et le trophée. Un programme de conservation est né en 1950 en Espagne à l’échelle nationale, avec la création de nombreuses Réserves.

Au début des années 1990, la population était estimée à 7 900 individus. En 2012, quelques 50 000 individus sont distribués dans la péninsule ibérique occupant plus de 27 noyaux, grâce à des opérations de réintroduction et de protection. On les trouve principalement dans la Sierra Nevada, Sierra de Gredos, Las Batuecas, Los Puertos de Morella, Muela de Cortes, Serrania de Cuenca, Alcaraz, Sierra Madrona, Sierra Magina, Sierra de Cazorla, Sierra de Segura, Sierra Sur de Jaen, Los Filabres, Sierra de las Nieves et Montes de Cadiz, Sierra de Guadarrama, etc.  

Une magnifique femelle (appelée étagne).

Je m’intéresse particulièrement à ce bel animal depuis la réintroduction de l’espèce dans notre Parc National des Pyrénées, commencée en 2014 à partir d’individus prélevés dans la Sierra de Guadarrama et dans la Sierra de Gredos.

En décembre dernier, j’ai observé cet animal pendant sa période de rut. Celui-ci a en effet lieu de la mi-novembre à la mi-janvier environ. Les mâles vont chercher les groupes de femelles, afin de former leur harem particulier. Le moment le plus spectaculaire se situe au tout début à la période des violents combats entre mâles. Ils se lèvent sur leurs pattes arrières et tombent, tête contre tête. jusqu’à ce que l’un des prétendants comprenne la supériorité de son antagoniste et se retire. Je suis arrivé un peu tard pour assister à ce spectacle.

Je présente dans cet article quelques endroits où je les ai observés en 2019, des Picos de Europa (juin et octobre 2019) à la Sierra de Castril en Andalousie (décembre 2019). Dans le prochain article, je les présenterai dans la Sierra de Cazorla et celle de Guadarrama. Les photos sont sélectionnées pour mettre en évidence la diversité des biotopes.

Los Picos de Europa

Au centre, le sommet le plus célèbre des Picos de Europa, El Naranjo de Bulnes (2 519 m) – Octobre 2019.

Les pics d’Europe, souvent appelés « Los Picos » est le massif le plus élevé de la cordillère Cantabrique. Ils sont situés entre les provinces des Asturies, de Léon et la Cantabrie. Ils culminent au Torre de Cerrado (2 648 m), suivi d’assez près par el Naranjo de Bulnes (2 519 m).

El Pico Espigüete (2 450 m) en juin 2019, un des sommets de la Montaña Palentina (photo prise dans la région de Valverde de la Sierra).

A gauche, la Peña Cascajal (2 2027 m), puis el Pico Coriscao (2 232 m), depuis le point de vue del Collado de Llesba (puerto de San Glorio).

J’ai au moins photographié un bouquetin! Une femelle, sur une hauteur peu avant l’arrivée de la nuit (Llánaves de la Reina – juin 2019).

Le Bouquetin (Capra pyrenaica sous-espèce victorae) y a été réintroduit au début des années 1990 (après la disparition des derniers spécimens de la sous-espèce lusitanica par la chasse à l’été 1857), à partir de la réserve de chasse nationale voisine de Riaño (province de Léon).

La statue del « Oso Pardo » au lever du soleil, installée au Collado de Llesba (puerto de San Glorio).

Le meilleur moment vécu pour moi dans les Picos de Europa a été juste avant le lever du jour, alors que je me dirigeais en voiture vers le mirador del Collado de Llesba pour photographier le lever du soleil, à proximité de Portilla de la Reina. Dans la lueur des phares, une forme traversa la route et se mit à grimper le long de la paroi quasi verticale, à la sortie de Llánaves de la Reina! Un instant plus tard, ma voiture à l’arrêt avec les warning, une harde de bouquetins déboucha du ravin et traversa prestement devant moi! Il en sortait de partout, au travers des passages aménagés dans le parapet : des cabris, des adultes, tout ce monde grimpa à la suite du premier le long de la paroi verticale. Je n’en revenais pas de les voir remonter ainsi. Les pierres déplacées roulaient directement sur la route, heureusement suffisamment loin de la voiture. Puis ils disparurent. Je redémarrai vers ma destination en évitant les pierres, encore émerveillé par le spectacle de ses animaux grimpant le long de la paroi à pic. A mon retour, des employés étaient en train de nettoyer la route; ils avaient sans doute l’habitude.

Lever du soleil depuis el Collado de Llesba (appelé aussi en espagnol el mirador del Oso).

La vallée en direction du village de Sotres vers la droite (invisible), surmontée d’une partie du Massif Occidental des Picos. En contrebas, le petit village d’Espinama. Au dernier plan à droite, la Sierra del Cuera.

El Torre de Salinas (2 446m), dans le Massif Central des Picos de Europa.

Après avoir assisté au spectacle du lever du jour, je revins à l’albergue de la Portilla de la Reina pour le petit déjeuner : le patron de l’auberge, très sympathique, m’a confirmé la présence depuis quelques années de deux hardes de bouquetins dans la région, ainsi que la présence de l’ours brun et même de loup, informations également confirmées en discutant avec un berger.

Cette ancienne cabane de berger s’ouvre vers la Montaña Palentina en arrière-plan. Dans le voile coloré du lever du soleil et en haut à droite, le sommet le plus haut est le Pico Corcina (1 875 m). Le mur rocheux à sa gauche est la Peña del Castro, surmontée del Pico del Diego. A gauche, je n’ai pas d’information sur ce mamelon.

Deux Bergers de Léon, une femelle et un mâle, protègent un troupeau de vaches (un autre est à part).

Le Mâtin, Mastin espagnol ou Berger de Léon est une des plus vieilles races de chiens d’Espagne. D’un poids de 60 à 90 kg en moyenne, c’est un chien vaillant qui défend jusqu’à la mort ceux mis sous sa protection. Gare aux ours et aux loups!

Sur la gauche, el Torre de Llambrión (2 642 m), deuxième sommet des Picos de Europa. A droite, la Peña Vieja (2 617 m).

Le Massif Central des Picos continue sur la droite.

Une autre vue vers la Montaña Palentina depuis el Collado de Llesba, après dissipation des brumes.

A droite tout en haut, el Pico Corcina (1 875 m).    

Le Collado de Llesba est un point de vue situé au bout d’une piste d’environ 2 km qui démarre sur la gauche au Puerto de San Glorio, sur la N-621 entre Llanaves de la Reina et Potes. C’est aussi un point de départ de randonnée. La vue est imprenable sur le massif central et oriental des pics d’Europe et sur certains sommets de la Montaña Palentina.

La Mer de nuages au matin dans le parc national de los Picos de Europa.

La Sierra de Gredos

Contrairement à ce que peut suggérer cette »ambiance », ce cliché d’une femelle est pris juste avant le lever du jour.

La sierra de Gredos est un massif montagneux appartenant au Système central, située entre les provinces d’Ávila, Cáceres, Madrid et Tolède. Son point culminant est le pic Almanzor, dans la province d’Ávila, à 2 592 mètres d’altitude. J’y suis revenu avec un grand plaisir. J’ai fréquenté des lieux différents de mon premier séjour. En effet, en hiver, la présence de la neige en altitude repousse les bouquetins vers les zones plus basses où la nourriture reste accessible.

Pour information, dans la Sierra de Gredos, il est nécessaire de demander (et d’obtenir) 15 jours à l’avance une autorisation spéciale de la Junta de Castilla y León, pour pouvoir prendre des photographies et leur publication ultérieure dans les différents médias. Les clichés de Bouquetins de mon blog sont en accord avec la réglementation. Sans cette autorisation, on peut quand même observer des bouquetins en hiver à partir du tronçon de route longeant le rio Barbellido (à partir de Navacepada de Tormes en direction de La PLataforma), los Lanchares (à gauche avant d’arriver à la Plataforma), etc.

Les meilleures heures pour les observer se situent le matin et en fin d’après-midi, près du crépuscule, comme partout ailleurs. En hiver, on peut aussi les observer aux moments les plus chauds de la journée.

En approche de la Sierra de Gredos.

Tout à gauche, el Pico Almanzor (2592m, point culminant de la Sierra), puis el Ameal de Pablo (2505m) et au centre, la Galana (2564m). 

A la limite de la neige. C’est l’heure! 

Fusionnels jusqu’à la prochaine mise bas vers le mois de mai – Photos (2) prises à los Lanchares.

Coucher du soleil et lever de Lune – Les bouquetins commencent à apparaître sur les hauteurs pour s’alimenter.

La Galana (2564m), aux premiers rayons du soleil. 

Il a gelé cette nuit! Ce mâle, solitaire, broute seul dans une estive.

L’ambiance commence à se réchauffer. Le même, zoomé. Au vu de sa couleur sombre et de la longueur de ses cornes, c’est un « ancien »! 

Les chevreuils profitent aussi de ces rayons qui annoncent une belle journée.

Sous un beau ciel bleu, ce jeune mâle est « attiré » par cette femelle.

Pendant la période de l’accouplement, les cabris restent en compagnie de leurs mères.

Les femelles qui sont réceptives et attendent un « gagnant » peuvent être montées par de jeunes mâles qui profitent de la négligence des concurrents. Elles peuvent aussi être couvertes par plusieurs mâles.

Même en période de rut, les femelles continuent à allaiter leurs cabris.

Deux jeunes mâles accompagnent deux femelles et leurs cabris. Quatre mâles plus âgés se rapprochent par la gauche, hors champ.

Les vieux mâles n’étaient pas loin.

Le dominant du groupe s’intéresse à la femelle devant lui (sa queue est relevée). Le jeune mâle assis à droite de la photo feint l’indifférence.

Le deuxième jeune mâle, en contrebas à droite, a l’attitude typique de la posture décrite ci-dessous.

Que fait-il donc, hors de la vue du dominant? C’est expliqué ci-dessous! En tous cas, la femelle n’est pas encore d’accord.

Les mâles gagnants, en principe les plus vieux ou les plus forts, s’adressent aux femelles en reniflant leurs organes génitaux et en percevant ainsi leur réceptivité. Pour cela, ils adoptent une posture et des gestes très particuliers, utilisés aussi par les plus jeunes. Ils retroussent leur lèvre supérieure, sortent leur langue et lèvent leur lèvre inférieure au-dessus, penchent leurs cornes en arrière et étirent leur cou, tandis que la queue est relevée et la croupe raidie. J’ai remarqué que les plus jeunes semblaient les plus « intéressés » : pour brûler la politesse aux plus anciens? plus « chauds » ou tout simplement moins expérimentés pour connaître le bon moment? A savoir!

La suprématie du dominant!

La harde se remet en route, 4 mâles adultes et un jeune, deux chevrettes et un cabri caché. Le dominant a gardé la queue relevée.

Avec un focale fixe, j’ai eu du mal à avoir toute la harde bien cadrée et sans végétation gênante. Ici, un jeune mâle (en haut et à gauche) se tient « au courant » sous le regard pas vraiment indifférent du dominant ; la position des oreilles est aussi un signe d’expression. En fait, le moment d’agressivité des mâles est passé et tout le monde attend patiemment l’ovulation des femelles.

Un mâle adulte atteint de kératoconjonctivite infectieuse à son premier stade.

Une des maladies qui affecte le plus les populations de bouquetins est la kératoconjonctivite infectieuse, très contagieuse. L’agent pathogène est la bactérie Mycoplasma conjunctivae. Elle commence par un gonflement des paupières avec un important écoulement lacrymal. Elle peut évoluer vers une inflammation suivie d’une opacité de la cornée, voire sa perforation avec les conséquences que l’on peut deviner (alimentation de plus en plus difficile et accidents). D’après la littérature, une guérison spontanée est l’issue la plus courante de cette maladie.

La Sierra de Andújar

Situé dans une zone de moyenne montagne de l’Andalousie, la Sierra de Andújar est l’un des parcs cynégétiques les plus importants d’Espagne. Elle culmine à El Pico Burcio del Pino (1 290 m). Ce parc est très connu par la présence en particulier du Lynx pardelle que je n’ai pas eu l’opportunité de rencontrer lors de ce séjour. Le moment le plus propice pour le rencontrer est la période de son rut et il était un peu trop tôt, de quelques jours seulement. Il y avait déjà beaucoup de monde pour essayer de l’apercevoir sur les spots connus et j’ai préféré tenter ma chance dans des endroits moins courus (mais les autres n’ont pas été plus chanceux que moi).  Je suis tombé par hasard sur une petite harde de bouquetins, constituée essentiellement de femelles et de leurs petits. On peut les voir sur les falaises autour du barrage de la Lancha.

Paysage typique de dehesa où évolue le Lynx pardelle, avec en point culminant le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza (lieu important de pèlerinage).

Dernières lumières sur le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza.

Femelles bouquetins (adultes et jeunes de l’année précédente), au-dessus du barrage de La Lancha. 

La Sierra de Castril

La Sierra de Castril est une zone montagneuse située au nord-ouest de la province de Grenade en Andalousie, à la limite du parc naturel des Sierras de Cazorla, de Segura et de las Villas. Deux endroits incontournables pour les amoureux de la Nature montagnarde. C’est une région au relief tourmenté, riche de nombreux ravins, cols et de parois verticales très élevées. La faune est très diverse. On y trouve entre autres le bouquetin, le mouflon, le daim, le sanglier, le lynx, le chat sauvage mais aussi le vautour fauve, l’aigle royal, le faucon pèlerin et le milan noir, pour les espèces les plus typiques.

Un aperçu du village de Castril (890 m) en Andalousie, un subtil mélange de  pierre, de chaux et de tuile. 

L’Embalse del Portillo, à proximité de Castril.

La chaleur de cette belle après-midi ne freine pas les ardeurs de ce Bouquetin mâle, qui se tient au courant de l’état de l’ovulation d’une femelle. 

Le biotope à bouquetins dans la sierra de Castril.

L’embalse de la Bolera avec en arrière-plan, les sommets enneigés de la Sierra Nevada.

Le rayonnement du soleil, écrasant, s’est estompé. Une femelle avec son cabri sur une crête.

La végétation typique des zones les plus élevées du parc avec des genévriers communs, des chênes verts, etc. Les bouquetins ont de quoi brouter.

En pleine chaleur, les bouquetins circulent dans les pierriers, le plus dur est de les repérer : ils sont très loin et ne descendront qu’à la tombée de la nuit. La lumière sera alors insuffisante pour les immortaliser mais le spectacle est là!

Les grands mammifères se reposent à l’ombre dans le ravin en contrebas.

Pins noirs (Pinus negra) et chênes verts occupent les flancs de la montagne dont certains sommets avoisinent les 2 000 m d’altitude.

La Sierra de Castril, c’est aussi pour moi la rencontre de Fransisco! Alors que je revenais à la voiture après une rando sympa en montagne pour observer les bouquetins, un grand colosse en treillis accompagné d’un ami s’arrête à ma hauteur et baisse la vitre de son 4 x 4. « Buenas tardes, qué hace aquí? » Aïe, mon cerveau chauffe, aidé par la température ambiante de ce beau dimanche après-midi écrasé de soleil. Que me veulent-ils? Quelques minutes plus tard, je serai sur la banquette arrière du 4 x 4 de Fransisco, un Garde passionné comme moi par le rut du Bouquetin, pour une virée extraordinaire à la tombée de la nuit en montagne. Nous avons pu observer à la longue-vue les bouquetins et les mouflons dans des endroits où je ne serais jamais allé de moi-même. Cerise sur le gâteau, Francisco m’amène chez lui pour me montrer où il habite et me propose de rester. Hélas, mon hébergement est déjà retenu et il me donne alors sa carte de visite et son numéro de portable personnel pour me montrer, quand je reviendrai, toutes les beautés de la Nature dans sa région! Il me raccompagne enfin à ma voiture, bien après la tombée de la nuit. Un beau moment de partage d’une passion commune qui m’a marqué! Les photos suivantes sont prises avec mon téléobjectif dans des conditions difficiles.

En haut, un Bouquetin mâle poursuit une femelle. En bas : à gauche, une femelle et son cabri; à droite, une harde de Mouflons femelles.

Au pied de la falaise, des Mouflons femelles.

Au centre, un Bouquetin adulte mâle et une femelle sous le chêne. Légèrement en dessous, un Mouflon mâle.

Quelques Mouflons femelles au pied de la falaise, bientôt rejointes par le mâle. En bas à droite, une femelle Bouquetin.

Le Mouflon européen (Muflón en Espagne)  a été introduit en Espagne à des fins cynégétiques. Sa période de rut se situe à l’automne (septembre – novembre). Il aime les terrains montagneux secs et accidentés qui ne sont pas recouverts en hiver par la neige.

Près de chez nous, un noyau de population peu connu issu d’une introduction est présent depuis 1975 dans la réserve du massif du Pibeste dans les Hautes-Pyrénées (autour de 350 spécimens aujourd’hui). Dans les années 1999-2001, le pic du Ger a aussi bénéficié d’opérations d’implantation avec 13 individus issus du Pibeste (ils étaient 28 en 2017, où un deuxième lâcher de 2 femelles venant du Gard a eu lieu le 30 décembre, pour la diversité génétique).  En juin 2015, un noyau de 13 animaux a été introduit dans le Béarn dans la montagne d’Asson à Estibette, suivi de 6 autres en 2016.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations sur le terrain et de quelques recherches générales sur internet pour la présentation des endroits visités.

Pour lire mon article complet consacré à la connaissance du Bouquetin, c’est : ICI

El Meloncillo, la Mangouste ichneumon (Espagne)

La Mangouste ichneumon

(Herpestes ichneumon widdringtonii)

El Meloncillo (11 déc. 2019 – 11h30) – Parque Natural Sierra de Andujar (l’un des espaces protégés de la Sierra Morena).

La Mangouste ichneumon est la seule mangouste européenne. Elle est présente uniquement dans le sud-ouest de la péninsule ibérique : la Sierra Morena, le parc national de Doñana et les montagnes de Cadix et de Malaga pour la partie espagnole, dans l’Algarve pour le Portugal. La tendance actuelle est un début d’expansion de l’espèce en remontant vers le nord de l’Espagne : une indication de réchauffement climatique?

Ma rencontre a été fortuite, une surprise. J’ignorais jusqu’alors son existence. Alors que je remontais la berge du rio Jándula sur un sentier en direction del Encinarejo dans l’espoir de rencontrer un lynx pardelle, cet animal a surgi d’un roncier. Une mangouste! Elle a marqué un arrêt, également surprise! Un deuxième arrêt un peu plus loin puis la vision ultime d’un bond dans un fourré au bord de la rivière. Hélas, le décor et la lumière n’étaient pas au top et la présence de végétation a compliqué la mise au point. Je n’ai pas eu le temps ni la présence d’esprit de peaufiner les réglages : la plupart de mes clichés sont flous! Heureux de toute façon d’avoir rencontré ma première mangouste!

Appelée « El Meloncillo » en espagnol (« Sacarrabos » en portugais), elle est facile à reconnaître à son corps allongé et court sur pattes et à sa tête fine, pas plus large que son cou.

Son corps mesure une cinquantaine de centimètres environ et sa queue, presque tout aussi longue, se termine par une touffe noire. Son pelage sombre est constituée de poils longs, noirs à pointes jaune crème et bruns à pointes gris argent, ce qui lui donne un aspect marbré. Ses oreilles sont courtes, larges et arrondies. Son poids varie entre 2 et 4 kg environ.

Ses yeux, d’une couleur plutôt claire, ont une pupille horizontale qui lui donne un aspect inquiétant : c’est une caractéristique exceptionnelle chez les carnivores.

Son habitat typique est la basse montagne méditerranéenne avec des chênes verts et des chênes-lièges. Elle se réfugie aussi dans les îlots de ronces et peut être présente dans les forêts fluviales. Elle est essentiellement diurne. Elle sort à peine la nuit et passe beaucoup de temps à se reposer. Elle vit dans un terrier : elle  peut le creuser elle-même ou bien adapter d’anciens terriers de lapins ou parfois de blaireaux. Les meilleurs moments pour l’observer sont un peu avant midi et vers le milieu de l’après-midi.

Elle se nourrit principalement de lapins, de micro-mammifères et de reptiles. Elle rentre en concurrence avec le lynx pardelle, qui devient son seul prédateur naturel.

D’origine africaine, elle fut d’abord longtemps considérée comme une espèce introduite lors de l’occupation musulmane de la Péninsule ibérique à partir des années 700. Puis, des découvertes de squelettes lors de fouilles archéologiques ont fait penser qu’elle était présente encore plus tôt, depuis le 1er Siècle avec les Romains. Enfin, tout récemment, des études scientifiques montrent une forte différenciation génétique par rapport aux populations africaines, indiquant que cette espèce aurait atteint la péninsule en traversant le détroit de Gibraltar pendant les fluctuations du niveau de la mer survenues à la fin du Pléistocène, qui excluraient l’introduction par l’homme. Elle a fait l’objet d’une grande adoration dans les rituels de l’Égypte ancienne.

« El Meloncillo » (11 décembre 2019 – 11h30)

Article rédigé à partir de mes photos, de mes observations lors de cette rencontre et de bibliographie dont je cite les liens:

_ https://www.faunaiberica.org/meloncillo

_ https://es.wikipedia.org/wiki/Herpestes_ichneumon

Le Milan royal dans les Pyrénées

Le Milan royal, reconnaissable en particulier à sa queue roux vif et échancrée qui lui sert de gouvernail.

Le Milan royal (Milvus milvus)

 

Le Milan royal, reconnaissable aussi aux tâches blanches à l’extrémité de ses ailes.

Présentation du Milan royal

 

Le Milan royal est un rapace que j’affectionne particulièrement. Il est facile à reconnaître. Son plumage est châtain-roux, sa tête est gris pâle rayée de petits filets noirs. Sa queue, bien échancrée, est de de couleur roux vif. La base de son bec et ses yeux sont jaunes, ainsi que ses pattes.

« Merveilleux voilier d’exploration, il flâne, plane et louvoie au-dessus des terrains découverts, le gouvernail de la queue sans cesse en action … » Paul Géroudet.

Ses rémiges sont noires et une grande tâche blanche apparaît sous l’extrémité de ses ailes. Leur envergure varie selon les sources consultées, en moyenne 1m45 à 1m65!

Coucou! Il est temps que ma mue commence (7 mai 2019)!

La queue a elle aussi besoin d’être rénovée (col de la Courade dans la vallée de Campan – 7 mai 2019)!

La mue commence en avril-mai par les rémiges primaires pour se terminer en septembre par les pennes de la queue, juste avant le départ en migration pour les populations du nord de l’Europe.

L’Habitat du Milan royal

Le Milan royal affectionne les zones boisées éparses ou les bouquets d’arbres, avec des surfaces en herbage et des terres cultivées. C’est un oiseau typique des zones agricoles ouvertes associant l’élevage extensif et la polyculture, comme nous en trouvons ici dans le Vic-Bilh. C’est aussi son site de nidification.

A l’entrée de la vallée d’Aspe. Tâches blanches aux ailes et queue échancrée, ils sont faciles à reconnaître.

Il est fréquent également dans le piémont des Pyrénées et plus haut en montagne ; je le rencontre régulièrement en randonnée dans les estives. Les meilleurs spots que je connaisse pour en voir en grande quantité à un distance raisonnable en période d’hivernage sont à l’entrée de la vallée d’Aspe et dans le val d’Azun.

Le Comportement du Milan royal

 

Le Milan royal, contrairement à son cousin le Milan noir, est un migrateur partiel. Les populations de l’Europe du nord traversent le continent du nord-est au sud-ouest pour aller hiverner en France, en Espagne et plus rarement en Afrique du Nord. Ceux qui vivent dans le sud de l’Europe (dont ceux vivant en France) sont sédentaires. En hiver, les Milans royaux se rassemblent volontiers pour former des groupes qui peuvent être très nombreux, jusqu’à une centaine d’individus et même plus. Le reste de l’année, ils sont le plus souvent solitaires ou, pendant la reproduction, en couples.

En ce début mars, je n’observe plus chez nous que des individus isolés ou des petits groupes de 2-3 individus.

Pré-dortoir de milans royaux peu avant l’arrivée de la nuit, région de Gerderest dans le Vic-Bilh (28 dec. 2019).

Il est plutôt silencieux et je l’entends rarement, sauf quand il s’approche de son dortoir hivernal ; son arrivée imminente est précédée par une espèce de miaulement.

Milans royaux dans le Vic-Bilh, région de Gerderest – J’en ai compté 51 ensemble (26 janvier 2020).

Il vole en larges cercles, de la même manière sur le versant d’une montagne qu’en plaine. Il bat lentement et posément des ailes tout en explorant attentivement le sol. Sa longue queue va d’un côté à l’autre en lui servant de gouvernail.

Le régime alimentaire du Milan royal

 

Le Milan royal effectue la majeure partie de ses captures sur les terrains découverts, volant au ras du sol. S’il repère une charogne, il tourne lentement au-dessus avant de se poser à proximité. En revanche, s’il aperçoit une proie vivante, il plonge en piqué, les pattes en avant juste au moment de l’atterrissage pour la saisir avec ses griffes.

Il ne se complique pas la vie et c’est avant tout un opportuniste. Outre les cadavres de petits animaux, il se nourrit de rongeurs, de reptiles, de batraciens, de petits oiseaux, d’insectes, etc. Il lui arrive de tenter de dérober des proies à d’autres rapaces. Je le voie aussi tourner au-dessus des exploitations agricoles ou de champs récemment amendés, où il trouver des restes d’animaux domestiques ou autres restes.

La reproduction du Milan royal

 

En vallée d’Aspe – Prémices de parade nuptiale (08 février 2020).

Avant de s’accoupler, au cours du mois de mars, mâle et femelle paradent en volant de concert au dessus du site de nidification. Parfois, les deux partenaires s’accrochent l’un à l’autre par les pattes et tombent en vrille, ailes ouvertes jusqu’au ras de la cime des arbres.

Les couples unis pour la vie peuvent reprendre et aménager le nid de l’année précédente ou en construire un nouveau à partir d’un vieux nid de corvidé. Il est installé le plus souvent sur un arbre élevé près d’une lisière ou à l’intérieur d’un bois isolé dans la plaine. Le même territoire de nidification ressert année après année. Le milan royal est très attaché à son site de vie.

Poursuite d’un milan royal par des corbeaux, dont il s’est trop approché du site de nidification (26 janvier 2020).

La femelle dépose 3 œufs en moyenne. L’incubation, assurée par la femelle nourrie par le mâle, dure environ un mois et le mâle peut occasionnellement la remplacer pendant un court moment. Les jeunes prendront leur premier vol au bout d’une cinquantaine de jours. Leur maturité sexuelle est acquise à deux à trois ans. Le record de longévité est de vingt-six ans, tenue par une femelle.

Population – Comptage du Milan royal

 

La population européenne représente à peu près 95 % de la population mondiale. On le trouve essentiellement en Allemagne (50% de l’espèce nicheuse), en France, en Espagne, en Suisse et en Suède. Il ne niche régulièrement que dans une vingtaine de pays, dont seulement dix hébergent plus de 100 couples. L’Allemagne, la France et l’Espagne abritent à elles trois, environ 72% des couples nicheurs. Si l’on ajoute la Suède, le Royaume-Uni et la Suisse, on obtient pour ces six pays les 95% environ cités plus haut.

J’avance comme ordre d’idée une population d’environ 30 000 couples nicheurs, à défaut de données récentes. Presque toute la population transite par la France pour rejoindre les zones d’hivernage. A l’automne 2017, plus de 19 000 milans royaux ont été recensés sur les cols pyrénéens du Pays basque quand à peine 5 000 étaient comptés en 2000.

La traversée des Pyrénées s’effectue principalement de la deuxième quinzaine de septembre à la deuxième d’octobre pour prendre fin à la mi-novembre. Le gros de la migration post-nuptiale s’effectue néanmoins pendant tout le mois d’octobre.

Plus diffus que le passage post-nuptial, le passage pré-nuptial s’étend de la deuxième décade de février à la fin mai.

Depuis 2007, un comptage européen des dortoirs de milans royaux a lieu début janvier. De la mi-décembre à la mi-janvier, les populations migratrices sont sur leur zones d’hivernage et c’est le moment où le comptage global (sédentaires et migrateurs) est le plus représentatif de la réalité. En France, le dénombrement national des 4 et 5 janvier 2020 auquel j’ai eu l’occasion de participer en vallée d’Aspe en temps que bénévole offre un nouveau record après ceux de 2018 (11 891) et 2019 (12 373) : 14 487 milans royaux regroupés dans 237 dortoirs. Le Cantal bat un record avec 3 511 individus sur 33 dortoirs. On a ensuite les Pyrénées Atlantiques avec 2  640 individus sur 52 dortoirs (1 027 sur 20 dortoirs dans le Béarn et 1 613 sur 32 dortoirs dans le Pays Basque), puis les Hautes-Pyrénées avec 1 642 individus sur 26 dortoirs. Le bilan complet est consultable en suivant le lien LPO en fin d’article.

Pré-dortoir de milans royaux au soleil couchant, région de Gerderest dans le Vic-Bilh (26 janvier 2020).

A l’approche de la nuit, les milans royaux arrivent seuls ou par petits groupes pour se poser à la cime de grands arbres. Il arrive qu’au dernier moment, ils s’envolent tous ou presque pour aller se poser définitivement ailleurs pour la nuit. On appelle alors cela des pré-dortoirs.

Je n’ai pas encore localisé le dortoir définitif des milans royaux de la région de Gerderest. Leur pré-dortoir (photos ci-dessus) est utilisé depuis plusieurs années. Les dortoirs ne sont pas figés dans le temps!

Statut et menaces

 

Le milan royal est classé depuis 2005 parmi les espèces «quasi-menacées» sur la liste rouge mondiale de l’UICN et parmi les espèces vulnérables en France. La persécution par l’homme, la chasse, les empoisonnements et la modification des habitats sont les menaces principales, et dans une moindre mesure les collisions et l’électrocution avec les lignes électriques. La stérilité est présente, provoquée par la contamination due aux insecticides. Il bénéficie d’une protection totale sur le territoire français depuis l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire.

Présentation rapide du Milan noir

 

Toilette d’un milan noir posé sur une ligne électrique, dans le Vic-Bilh (17 juillet 2017). Sa présence chez nous à cette époque de l’année m’a interpellé! Tout début de la migration retour?

Le Milan noir (Milvus migrans) ressemble à son « cousin », le Milan royal. On dit qu’il en est la version brune. J’ouvre une parenthèse rapide dans cet article car on peut les confondre dans certaines circonstances. En effet, son plumage est brun sombre ainsi que le dessous de ses ailes où les tâches blanches bien caractéristiques du milan royal sont absentes.

Sa queue brune est droite et non pas échancrée, ce qui permet de les distinguer de loin.

Le Milan noir fréquente les grandes vallées alluviales, à proximité de lacs ou de grands étangs. Il reste attiré par les zones humides.

Milans noirs à l’arrivée de la nuit dans le Vic-Bilh (13 avril 2018).

Migration post-nuptiale de Milans noirs au-dessus de la vallée de Campan (Pic de Barran, 03 septembre 2019). Accompagnés aussi de Bondrées apivores, absentes des photos.

Observation de la migration retour ou migration pré-nuptiale du Milan noir dans le Vic-Bilh (07 mars 2020). Ils passent malgré deux tempêtes consécutives en 36 heures (Karine et Myriam) suivies de mauvais temps accompagné de neige en montagne. Le lendemain, la dizaine d’individus que j’avais observé ne sont plus là! Ils ont probablement continué leur route vers le nord. 

Le Milan noir est un migrateur complet. Il passe l’hiver en Afrique tropicale, du Sénégal au Kenya. Il est l’un des premiers à revenir de migration fin février / début mars, en groupes de plusieurs dizaines d’individus, pour repartir mi-juillet / début août. Mes observations sont faites essentiellement sur des individus qui se déplacent. Je n’ai aucune information sur une possible nidification du Milan noir dans le nord-est du Béarn. Nous n’y disposons que de retenues collinaires dont la plus grande ne dépasse pas 200 ha.

Un couple de milans dans le Vic-Bilh (9 avril 2019). Alors, Milan royal ou  Milan noir?

En Estrémadure au mois de mai (Espagne). Le repérage d’une charogne au sol. Alors, Milan royal ou bien Milan noir?

Il s’agit de Milans noirs. En effet, ce rapace ne paraît vraiment noir que lorsqu’on l’observe de loin ; son plumage est, en fait, brun sombre uniforme sur le dessus du corps, mais il est brun-roux strié de noir dessous, avec une zone beige diffuse sur les primaires. Dans de bonnes conditions d’observation, une zone pâle se distingue sous l’aile.

Bibliographie

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, d’observations sur le terrain et de sources internet dont je cite les liens :

_ http://rapaces.lpo.fr/milan-royal

_ https://www.oiseaux.net/oiseaux/milan.royal.html

_ https://www.migraction.net/index.php?m_id=1517&bs=16

La photo que je préfère.

Le Tichodrome échelette, l’oiseau papillon

« L’oiseau papillon, vu de dessous ».

Le tichodrome échelette (Tichodroma muraria)

Son observation dans le Haut-Béarn

Le « Papillon » remonte la paroi en écartant ses ailes.

Le Tichodrome échelette est un petit bijou de la Nature. Son observation dans le Haut-Béarn sur son lieu d’hivernage a été pour moi un véritable privilège. J’en rêvais depuis longtemps. Et le rêve s’est enfin réalisé! J’avais déjà essayé d’aller à sa rencontre en haute montagne, sans succès jusqu’à présent. C’est avant tout un oiseau qui se mérite. Minuscule et très discret, il se confond facilement dans son environnement. Son vol onduleux et assez capricieux et son plumage coloré lui vaut le surnom d’oiseau papillon.

C’est un oiseau avant tout montagnard qui vit dans les hautes chaînes de l’Europe et de l’Asie Occidentale. En France, iIl est présent dans tous les massifs montagneux mais il demeure rare dans notre région, où il niche jusqu’à 2 500 m d’altitude environ. Migrateur altitudinal, il descend en automne / hiver vers la plaine, parfois loin de son lieu de nidification. Il affectionne alors les « sites culturels » où il trouve sa nourriture dans les anfractuosités des murs des vieux édifices. On peut ainsi l’observer sur les églises et cathédrales, les ponts, les vieilles tours et châteaux, etc.

C’est un solitaire, hors période de nidification. Au printemps, il remonte en montagne où on pourra (avec beaucoup de chance) l’observer le long de certaines parois rocheuses. Il grimpe par sauts ou par saccades successives à la recherche de ses proies, divers petits insectes, araignées et autres invertébrés, en entrouvrant ses ailes. Les proies les plus grandes sont portées sur une pierre où il les frappe jusqu’à ce que les pattes soient ôtées.

Arrivé au sommet, il se laisse retomber pour reprendre sa quête vers le haut et ainsi de suite. Minuscule et « perdu » dans l’immensité d’une paroi, il peut être trahi par son chant mais aussi, lorsqu’il ouvre grand ses ailes, par l’éclat de sa couleur rouge et par la présence de points blancs.

J’ai eu la chance d’observer ce montagnard magnifique, attachant et unique en son genre, à une altitude voisine de 800 mètres sur une paroi rocheuse. Contrairement à mes habitudes, je vais limiter sa présentation : je préfère le montrer dans son environnement. Espèce protégée, le Tichodrome échelette est menacé par le développement des loisirs humains et des activités liées à la montagne comme l’alpinisme, causant des dérangements sur les zones de reproduction.

Voilà la suite en photos, prises au téléobjectif à une distance conséquente compatible avec sa tranquillité!

La toute première apparition. Il vient probablement de sortir de sa cachette, tout en bas de la paroi! 

Le Tichodrome est un lève-tard, contrairement à un bon nombre d’oiseaux qui se manifestent dès l’aube. Il va rester un moment ainsi, l’air encore endormi!

Il commence enfin à manifester de l’intérêt à ce qui se passe.

La prospection de la paroi a enfin commencé.

Il s’intéresse à la végétation qui pousse dans les fissures.

Mais aussi et surtout, aux fissures elles-mêmes, d’où il extrait les insectes, araignées avec son fin et long bec courbé.

Vue d’ensemble en dé-zoomant légèrement.

C’est un grimpeur qui sait utiliser ses ongles, acérés et fortement recourbés!

Le rouge vif de ses ailes aident bien pour le localiser!

Insecte au bec!

Toutes les fissures et la végétation sont prospectées méthodiquement. 

Il continue à remonter, bien agrippé à la paroi.

Encore un insecte, ressemblant à une espèce de mouche.

L’ascension continue, …

…, jusqu’à cette petite caverne dans la paroi, dans laquelle il va disparaître un instant.

Il continue toujours à remonter,

Puis il s’envole, pour reprendre la prospection vers la droite où il y a un peu plus de végétation.

Les ailes repliées, il peut passer totalement inaperçu.

Et hop! Je change à nouveau de paroi!

Il monte de plus en plus haut.

Il s’apprête à s’envoler,

C’est parti!

Seules les couvertures portent du rouge vif. Les plus longues rémiges portent chacune deux taches blanches formant à chaque aile deux rangées de points blancs parallèles.

La prospection continue. L’oiseau n’est plus très loin du haut de la falaise et il est de plus en plus difficile à localiser.

Même un bon téléobjectif a ses limites!

La prospection de la falaise est pratiquement terminée. Il va à nouveau s’envoler!

C’est parti!!! Mon dernier cliché, pris à très longue distance. L’ « oizo » est reparti sur une autre falaise, hors de portée. L’observation a duré en tout une cinquantaine de minutes. Un spectacle inoubliable!

Une chevrette au soleil couchant dans le Béarn (23 février 2020)

Une chevrette

au soleil couchant (23 février 2020)

Après avoir cherché et trouvé la première orchidée qui fleurit sur les coteaux de notre Vic-Bilh, l’Ophrys de mars (Ophrys occidentalis), j’ai passé une partie de mon après-midi à observer les allers et venues de quelques abeilles qui s’agrippaient à elles pour les féconder. J’ai même essayé de les photographier.

L’Ophrys de mars – J’ai vainement attendu qu’une abeille se présente sur cette fleur.

L’Ophrys de mars, en avance avec cet hiver exceptionnel. Quelques fleurs sont même déjà fanées. Les abeilles préféraient les fleurs au stade de floraison avancé.

J’ai ainsi flâné en prospectant ce coteau (situé sur la commune de Cadillon) et que j’aime bien pour son côté naturel et isolé. Il est classé Natura 2000. Il faisait très bon au soleil et plusieurs espèces de papillons se sont montrés ; les lézards aussi d’ailleurs, très faciles à détecter aux craquements des feuilles pendant leur fuite.

J’espérais tomber sur une Couleuvre verte et jaune en train de se chauffer au soleil sur une des quelques pierres calcaires qui émergent par ci par là sur le coteau; sans succès, il est peut-être encore trop tôt pour elles. Outre l’Ophrys de mars, d’autres plantes sont déjà en fleurs, comme quelques Pulmonaires à longues feuilles. De nombreuses Cardamines des près sont déjà présentes dans les endroits plus ombragés et humides en bas du coteau.

La chaîne des Pyrénées est bien dégagée et c’est une journée de passage de grues cendrées, dont j’entends plus facilement les cris que je ne les voie; elles sont très hautes et les localiser dans le bleu infini et uniforme du ciel est un petit exercice.

Alors que les lumières commencent à jaunir, je m’apprête à rentrer. En descendant pour rejoindre ma voiture, je croise une coulée dans la prairie avec des traces nettes et récentes de sangliers. Par curiosité, je me mets à la suivre pour voir où elle mène. Le soleil se rapproche de l’horizon sur le coteau d’en face et la végétation commence à se parer de jolis tons chauds.

Alors que le chemin se dirige vers un passage au travers d’une haie, elle surgit brusquement, comme venue de nulle part. Elle me regarde à peine et s’enfuit immédiatement par la trouée au travers de la végétation. J’ai sur le coup un petit pincement au cœur de surprise. Tout est allé très vite et elle ne m’a pas laissé le temps de réagir. En fait, elle se reposait tout simplement au pied de la haie, cachée par l’herbe et profitant de cette chaleur inhabituelle.

A peine quelques instants plus tard, elle apparaît à nouveau derrière la végétation et me regarde, bougeant la tête de droite à gauche. La curiosité l’a emporté! Je suis en tenue de camouflage et elle a du mal à me distinguer.

Elle se protège derrière la végétation, avec en face d’elle ma silhouette et le soleil couchant. J’abandonne l’idée de me déplacer pour voir sa jolie tête en entier et je la photographie comme elle est. 

Le déclic de l’appareil photo la fait avancer par petites étapes jusqu’au bord de la haie qu’elle ne traversera pas, prudente! Après m’avoir bien jaugé, elle part sur le côté pour descendre au travers d’un petit bois en faisant craquer les feuilles. Puis, elle s’arrête et lance son aboiement rauque, bien caractéristique! Je me fais copieusement insulter et je l’entends à nouveau s’enfuir. En général, les mâles aussi bien que les femelles aboient devant un danger qu’ils n’ont pas identifié pour prévenir les autres, mais aussi pour dissuader cet ennemi potentiel. Je l’apercevrai une dernière fois en contrebas et puis plus rien!

Je regarde mes clichés en zoomant sur l’écran de l’appareil : super, la chevrette est bien nette, bien exposée. La lumière était idéale et cela faisait déjà un petit moment que j’espérais pouvoir immortaliser un animal sous cette chaude lumière de soleil couchant. Je n’ai même pas eu le réflexe de vérifier mes paramètres!

La fuite du lièvre dans la végétation. J’aurai au moins vu l’arrière!

Je reprends alors ma descente vers la voiture, content de cette belle et chaude après-midi singulière pour un mois de février. Le soleil a déjà disparu. Un lièvre se trahit en faisant craquer des feuilles. Je ne pourrai pas l’immortaliser convenablement, la végétation est trop fournie.

La chaîne des Pyrénées commence à prendre une drôle de couleur. En fait, la période des écobuages a déjà commencé depuis quelques jours et cette journée y est propice. C’est une activité séculaire et réglementée. Pour les informations et les risques potentiels en randonnée, il est important d’aller consulter la carte des écobuages en cours et prévisionnels sur le site suivant :  « https://jaimelagriculture64.fr/ », rubrique « Les balades ».

Au centre, la silhouette bien caractéristique du pic du Midi d’Ossau (2 884 m), le « toit » du Béarn.

Puis, la lumière continue à diminuer et sur le chemin du retour, les Pyrénées rosissent du pic du Midi d’Ossau au pic du Midi de Bigorre et même un peu plus loin vers l’est. Ce fut vraiment une belle journée, que je terminerai en rendant visite à mes chevreuils du voisinage.

En haut à gauche, un élanion blanc effectue sa dernière ronde du soir. Au milieu, un brocard en velours à cette période de l’année (cliché pris à iso élevé pour immortaliser l’oiseau). En bas à gauche, une toute petite lumière signale la présence d’un village sur le coteau d’en face.

La Mésange à longue queue

La Mésange à longue queue

(Aegithalos caudatus)

Pas toujours simple de photographier cette « boule de plumes », toujours en mouvement au milieu de la végétation!

La Mésange à longue queue est ma mésange préférée. Je l’observe moins souvent que ses « cousines », la Mésange bleue (Cyanistes caeruleus), la Mésange charbonnière (Parus major) et la Mésange nonnette (Poecile palustris). Il en existe d’autres espèces mais je ne les côtoie pas. Jusqu’à ce jour, j’avais négligé de la photographier. En effet, elles sont toujours en mouvement et souvent cachées par les branches ou le feuillage. J’ai comblé cette lacune en observant un couple en train de préparer probablement leur nid (16 février 2020), leurré par les températures anormalement élevées de ce mois de février.

Elle fait partie de la famille des « Aegithalidés » dont elle est la seule représentante européenne, alors que les « vraies » mésanges sont dans celle des « Paridés ». En 2018, la Commission Internationale des Noms Français des Oiseaux (CINFO) a modifié son appelation après de longues années d’hésitation. Son nom normalisé est devenu l’Orite à longue queue.

Description

C’est un oiseau minuscule; elle mesure entre 13 et 15 cm de long (dont la moitié pour la queue) pour un poids d’une dizaine de grammes maximum. C’est un de nos oiseaux les plus légers. Elle vit entre 3 et 5 ans.

« Adorable boule de plumes » (expression d’une amie), elle est immédiatement reconnaissable à sa silhouette bien caractéristique : une boule de plumes, effectivement, sans cou apparent et suivie d’une queue étroite aussi longue que le reste de son corps. Dans les arbres, elle est à l’aise dans toutes les positions et sa queue lui sert de balancier ; c’est une excellente acrobate. Son vol est irrégulier, caractérisé par une chute brusque après chaque battement d’ailes et suivi d’un bond en avant.

La partie supérieure de sa tête est blanche jusqu’au bec avec deux bandeaux noirs au-dessus des yeux. Son ventre est blanc légèrement rosé, le dos est noir avec les épaules brun-rosé. Ses ailes arrondies et la queue sont noires, avec quelques plumes blanches. Son bec est court et conique (celui des vraies mésanges est plus long et pointu). Son iris est cerné d’anneaux oculaires jaune.

Des petits cris de contact brefs et aigus caractéristiques signalent l’arrivée bruyante de la troupe qui passe d’arbre en arbre à la recherche de nourriture. Quelques instants plus tard, leur bavardage s’éloigne; elles continuent leur chemin à la queue leu leu.

Alimentation

Elle se nourrit essentiellement d’insectes, de larves et de petits invertébrés, qu’elle recherche dans le feuillage, l’écorce et les lichens des branches. En hiver, elle mange des bourgeons, des petites graines et des baies. Sa petite taille accroît les pertes énergétiques qu’elle doit combler par une alimentation soutenue. La bande reste quelques instants sur un arbre et visite les branches puis vole vers le suivant. Elle se déplace ainsi, toujours en mouvement et … en chantant.

Répartition

Elle vit partout en Europe, sauf dans les régions froides où sa petite taille la rend très vulnérable aux déperditions d’énergie. On la trouve aussi au Moyen-orient ainsi qu’en Asie. D’après l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (I.N.P.N.), la population nicheuse est estimée en 2013 entre 400 000 et 800 000 couples en France et les effectifs sont stables (qualité de l’estimation moyenne).

Mode de vie

C’est un oiseau sédentaire, très social et dynamique qui évolue la plupart du temps dans les arbres en petite troupe allant jusqu’à plusieurs dizaines d’individus, à la recherche de nourriture.  Les couples se forment au tout début du printemps après la dispersion du groupe familial hivernal. Ils élèvent leurs petits et reforment à nouveau des groupes familiaux qui dureront de l’été à la fin de l’hiver suivant. Les groupes importants comportent plusieurs familles. Ils peuvent être accompagnés par de véritables mésanges ou d’autres petits passereaux.

Elle fréquente les fourrés et les buissons, les zones boisées de feuillus avec un sous-bois buissonneux, les parcs et les jardins, les haies avec des grands arbres pour se percher et se nourrir. Elle ne descend que rarement à terre.

Reproduction

La préparation du nid a déjà commencé (16 février 2020).

Contrairement à ses autres « cousines », la mésange à longue queue ne fait pas son nid dans une cavité. Elle construit son propre nid, un véritable chef-d’oeuvre. Il a une forme ovale de 15 à 20 cm de hauteur, complètement fermé, avec une petite entrée latérale circulaire dans la partie supérieure. Il est composé de mousses, de lichens, de petits morceaux d’écorce et autres fibres végétales, assemblés par des fils d’araignées. L’intérieur est très confortable, garni de très nombreuses plumes et de poils.

Le mâle apporte les matériaux à la femelle qui les assemblent dans un arbuste ou un buisson dense, à faible hauteur. Sa construction prend entre 2 à 3 semaines environ.

Une première ponte a lieu fin Mars / début Avril. La femelle pond de 6 à 12 œufs blancs tachetés de marron clair qu’elle couve seule pendant 12 à 14 jours. Le mâle la nourrit et défend son territoire.

A leur naissance, les oisillons sont nourris par les 2 parents pendant 2 semaines. Ils apprennent alors à voler à proximité du nid tout en restant encore nourris pendant une semaine de plus. Puis ils se débrouillent tout seuls tout en restant  à proximité de leurs parents lors de la seconde nichée en juin.

La famille de l’année constituera le prochain groupe hivernal.

Statut

Elle bénéficie d’une protection totale en France depuis l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble de notre territoire. D’autre part et toujours valable à ce jour, l’article 3-II de l’arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection rappelle que : «  Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Ces interdictions s’appliquent aux éléments physiques ou biologiques réputés nécessaires à la reproduction ou au repos de l’espèce considérée, aussi longtemps qu’ils sont effectivement utilisés ou utilisables au cours des cycles successifs de reproduction ou de repos de cette espèce et pour autant que la destruction, l’altération ou la dégradation remette en cause le bon accomplissement de ces cycles biologiques« .

Il est clairement interdit en tout temps la destruction intentionnelle ou l’enlèvement des nids. On ne peut pas détenir de nid d’oiseau chez soi, même ramassé vide et abandonné à terre, ou détruire par exemple un nid vide d’hirondelles dont les salissures gêneraient.

Du coin de l’œil, elle me surveille!

Les « vraies » mésanges

La mésange bleue (Cyanistes caeruleus). Elle est spécialiste des chenilles défoliatrices du chêne, notamment la tordeuse du chêne.

La mésange charbonnière (Parus major), dans un décor « exotique ». A la période de la nidification, elle montre une forte agressivité envers ses congénères et autres petits passereaux, allant jusqu’à la mort de l’intrus. En période de disette, elle brise l’arrière du crâne de ses victimes grâce à son bec pointu et puissant, pour se nourrir de leur cerveau. Elle est le plus grand prédateur naturel de la chenille processionnaire. 

Cet article est rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations et d’informations recueillies sur internet, dont celles trouvées sur un site sur les mésanges très bien fait, que je recommande de visiter :

_ http://oiseau-mesange.fr/mesange-a-longue-queue-aegithalos-caudatus

A la rencontre des isards en vallée d’Ossau (février 2020)

Trois femelles et un chevreau (debout) né en mai dernier, se reposent sur les hauteurs.

A la rencontre des isards

Vallée d’Ossau (11 février 2020)

Cet hiver 2019-2020 est exceptionnel. Entre décembre et janvier, la barre des 15°C a été régulièrement dépassée sur une bonne partie de la France, notamment dans le Sud-Ouest. Le « pire » est ce mois de février où on observe des températures d’été pour le Sud. Le dimanche 2 et lundi 3 février 2020, on a eu une température de 25.2°C à Pau et 27.8°C à Cambo-les-Bains. Un autre record absolu depuis 1900 a eu lieu le dimanche 16 février où une valeur de 28.3°C a été enregistrée à Oloron! L’atmosphère est également particulièrement douce en montagne. L’isotherme 0°C remonte à des altitudes impensables il y a encore quelques années pour une saison hivernale. Les températures relevées à 1500 mètres d’altitude en cette première quinzaine de février n’ont jamais été aussi élevées depuis 30 ans. A ce jour, il n’y a plus de neige naturelle en-dessous de 1 800 mètres.

Les isards profitent de cette douceur hivernale. Les photos suivantes ont été prises pendant une sortie en raquettes en direction du pic de la Gradillère, dans le cirque d’Anéou. Situé au pied du massif de l’Ossau, ce cirque est le point de départ de nombreuses sorties à partir du parking de l’Araillé (1 720 m). Pour en savoir plus sur la vie des isards ou voir d’autres photos, il suffit de taper le mot-clé « isard » tout en haut à droite de cet article (« Search »).

La sortie commence dans l’épais brouillard qui a envahi le cirque. Il n’y aura personne, sauf … des isards. La première rencontre, une femelle (chèvre).

Un chevreau. Sa mère est à proximité.

Une femelle isard (chèvre), dans sa fourrure hivernale. Le chevreau, s’il est toujours en vie, n’est jamais très loin.

Le chevreau rejoint rapidement sa mère, qui est en train de s’éloigner.

Chèvre et chevreau sont inséparables, jusqu’à la prochaine mise bas en mai prochain. La présence du chevreau est un moyen infaillible pour reconnaître une femelle.

Deux mâles (boucs) au pied du Pène de la Glère (2 308m). Hors période de reproduction, ils restent à part des femelles et de leurs chevreaux.

Un mâle (bouc) galope sur la neige partiellement gelée pour passer sur le versant exposé au sud.

Le cirque d’Anéou est très prisé pour le ski de randonnée. Les traces ne manquent pas. Il n’a pratiquement pas reneigé depuis le mois de novembre.

Autre mâle, bien reconnaissable à son pinceau pénien et à la forme de ses cornes dont la courbure est très serrée.

Personnellement, j’aime bien ce genre de photo: l’animal dans « l’immensité ».

Quelques « perles » retombent sur la neige gelée et dévalent la pente.

C’est maintenant le début de l’après-midi. Le cirque est pratiquement vide et les isards se reposent tranquillement sur les hauteurs. Le brouillard s’est levé.

A droite, cette femelle a une corne cassée. Elle ne sera pas remplacée. L’isard garde les mêmes cornes toute sa vie. La croissance des cornes s’arrête en hiver pour reprendre au début du printemps suivant. Importante les trois premières années, Elle ralentit avec l’âge.

Sur ce cliché, on voit bien les petites cornes du chevreau. Elles sont visibles à partir de 3 mois environ, sous la forme d’un petit cornet de kératine au milieu des poils, la même matière que nos ongles.

Cette femelle (du moins je le pense, elle fait partie d’une harde avec des chevreaux) est elle aussi reconnaissable à l’absence de crochet sur une de ses cornes.

En présence de brouillard, il faut rester prudent dans le cirque d’Anéou. Il y a des traces dans tous les sens et on peut s’y égarer. Mais il y a d’autres jours où … tout est lumineux. Quelques jours plus tard en allant au pic de Canaourouye (2 347m), il y faisait un temps magnifique mais les isards étaient quasi absents; ils n’apprécient pas la présence humaine, je les comprends.

Un isard, un mâle, se dirige vers un promontoire pour observer (focale 900mm équivalent). Ce sera le seul de la sortie!

Il est au pied du Pène de la Glère (2 307m), aux aguets! Il faut de bons yeux pour le localiser (focale 200 mm). Il est en bas, au milieu!

Il est en haut, à gauche!

J’y vais, j’y vais pas? Il fera finalement demi-tour pour disparaître de ma vue.

Petit rappel : pour en savoir plus sur la vie des isards ou voir d’autres photos, il suffit de taper le mot-clé « isard » tout en haut à droite de cet article, dans l’onglet  (« Search »).

 

Le Renard roux (Vulpes vulpes)

Jeune renard un matin, à la fin du mois d’août. 

Le Renard roux

(Vulpes vulpes)

 

Renard adulte, fin novembre.

Le Renard roux est un bel animal ; la littérature a fait beaucoup pour sa popularité auprès des enfants. Et puis, les enfants grandissent ; il peut rester un animal fascinant et utile ou bien devenir un simple nuisible. On l’a longtemps chassé pour sa fourrure à la période hivernale. Une étiquette lui colle encore à la peau, celle d’un voleur de poules porteur de la rage! Mais s’il n’avait que des poules à se mettre sous la dent, il ne survivrait pas longtemps, encore moins longtemps s’il ne comptait que sur les coqs qui dérangent et qui disparaissent de nos campagnes! On lui concède quand même une qualité : être rusé comme … un renard!

Un beau matin de mi-juillet, dans un champ de luzerne récemment coupée.

Je le rencontre de temps en temps et c’est un réel plaisir! L’observer fait prendre conscience de son quotidien et on s’y attache. Je l’ai d’ailleurs choisi comme avatar pour mon site internet. L’été dernier, j’ai eu une expérience intéressante : « je m’étais posté à couvert en bordure d’un champ de blé et d’un bois peu avant le coucher de soleil. Après un petit moment d’attente, un renard adulte a pointé son museau. Il s’est approché de moi par petites étapes et il m’a dépassé en regardant dans ma direction puis il a continué sa route. Quelques minutes plus tard, c’était au tour d’un renardeau de se montrer : il est resté à une distance bien respectable, a hésité un petit moment avec des allers/venues en parallèle et en humant l’air puis il a fait demi-tour. Que s’est-il donc passé pour que le plus expérimenté soit le moins prudent? Peut-être que le plus vieux qui connaissait bien mon odeur ne l’identifiait plus comme un danger potentiel ? »

Présentation

Renard adulte, une femelle, fin août.

« Renard » est un terme un peu générique qui regroupe en fait plusieurs espèces. Je ne les connais pas toutes. Cet article fait référence à celui qui vit dans mon environnement mais j’ai aussi un faible pour celui que j’ai côtoyé pendant de très longues nuits d’hiver au-delà du Cercle Polaire, le Renard arctique, blanc comme la neige à cette période-là. Il était pour moi un sujet de distraction et j’aimais aller à sa rencontre, alors que ses yeux très lumineux trahissaient sa présence dans la lueur blafarde de ma lampe torche.

Rusé comme un renard!

Le Renard roux est un mammifère de taille moyenne au pelage roux marqué de blanc sous le ventre et la gorge, au museau fin et allongé et à la queue longue et touffue. Ce pelage est nuancé de différents tons du jaune clair au marron foncé selon les individus, les endroits et la saison. Le mâle est un peu plus gros que la femelle. Il reste quand même difficile de les distinguer, en dehors de l’observation de l’appareil digital du mâle ou des mamelles de la femelle en période d’allaitement.

La mue du poil a lieu tout au long de l’année. Le pelage du renard est composé de deux couches : le poil de bourre fin, court et très dense constituant la couche inférieure puis le poil de jarre, plus long (jusqu’à 10 cm), plus grossier et nettement moins épais que la couche précédente. Les poils de bourre muent en premier au mois d’avril, puis ce sont les poils de jarre. Le pelage du renard peut parfois prendre un aspect étrange pas vraiment esthétique, avec des poils de longueurs différentes. Les poils repoussent tout d’abord en bas des pattes, puis les parties supérieures du corps muent progressivement durant l’été, en commençant par les flancs, puis le dos et la queue. En automne, le renard commence à retrouver progressivement sa belle toison hivernale, plus dense et plus épaisse que son pelage d’été et qui lui permettra d’affronter la mauvaise saison.

Un face à face que l’on n’oublie pas.

Son odorat et son ouïe sont très développés. Il a aussi une très bonne vue. Je l’observe avec des pièges photographiques à Leds noires sensées ne dégager aucune luminosité et c’est le seul animal, la nuit, à rebrousser brusquement chemin devant la camera et à une distance respectable. Cependant, il a du mal à distinguer à une certaine distance des sujets parfaitement immobiles.

Il ne vit pas très vieux dans son milieu naturel, entre deux et cinq ans en moyenne. Je ne peux pas le constater par moi-même et il peut y avoir quelques divergences selon les sources consultées. La chasse, le trafic routier et la maladie en sont les principales raisons. En captivité, il peut vivre jusqu’à 14 ans.

Son habitat

Un renardeau dans la rosée, mi-juillet.

On le trouve un peu partout, en Europe (sauf tout au nord où il est remplacé par le Renard polaire), en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du Nord et en Australie où il a été introduit. En résumé, il est très bien représenté, absent seulement des régions très chaudes ou très froides.

Début octobre en moyenne montagne, en rentrant de l’observation du brame du cerf. Il a du mal à m’identifier et fera quelques pas dans ma direction pour se faire une idée. Il se pare de sa fourrure hivernale plus tôt qu’en plaine.

Il fréquente tous les biotopes de la plaine à la montagne (jusqu’à 2 000 – 2 500 m d’altitude environ) et il ne craint pas la proximité de l’homme. Il marque une préférence pour les régions de bocage, les lisières, les taillis, les haies, les petits bois enclavés dans les terrains agricoles. Le Renard roux a une grande faculté d’adaptation. Avec notre urbanisation galopante, son espace vital se restreint et il a appris à prospérer au dépend de l’homme, en colonisant progressivement nos villes où il trouve sa nourriture parmi nos déchets. Je le rencontre plus facilement en moyenne montagne, peut-être parce qu’il y est moins chassé ou perturbé?

Son comportement

Le Renard roux peut vivre en couple (uni qu’au moment de la reproduction) ou en petits groupes familiaux sur un territoire dont la superficie est assez importante (jusqu’à 400 hectares environ). Il n’est pas figé dans un mode de vie et il s’adapte très facilement. Si la nourriture est insuffisante, il reste en solitaire jusqu’à la « saison des amours ».

Dans tous les cas, il chasse seul. Il parcourt inlassablement la campagne au trot ponctué d’arrêts et de retour en arrière, les sens toujours aux aguets. Il a des itinéraires répétitifs et d’autres occasionnels. Pour capturer ses proies, il pratique entre autres le mulotage dans les zones herbeuses ou lors des fenaisons.

Fin juin en pleine chaleur – Un mâle en train de muloter sur une prairie récemment fauchée.

Il existe des estimations de son prélèvement annuel de rongeurs mais dans les faits, celles-ci varient obligatoirement selon les régions et les conditions climatiques. C’est de l’ordre de plusieurs milliers par an. Je souligne seulement que l’ONCFS reconnait que : « Il faut noter qu’il (le renard) a un impact positif sur la régulation des populations de rongeurs ». Le renard arrive à repérer ses proies même sous une bonne couche de neige, en utilisant son ouïe fine.

Renard au crépuscule, en train de chasser dans un champ de luzerne  fauchée.

Début mai en pleine journée, dans un grand roncier. Encore un mâle. Les proies sont là mais difficiles à attraper (je l’ai observé un bon moment).

Il est actif du crépuscule aux premières lueurs de l’aube, sauf en période de nourrissage des petits où il sort même en pleine journée. Il reste quand même plus facile à observer à l’aube.

Mâle ou femelle urinent très fréquemment et en très petite quantité pour marquer leur territoire. La communication par les odeurs est très utilisée. Ils disposent aussi de diverses glandes pour le marquage et/ou communiquer entre eux. Le renard n’est pas vraiment agressif envers ses congénères pour défendre son espace de vie, au contraire des brocards (chevreuil mâle).

Il dispose d’un langage vocal très élaboré, le plus connu étant le glapissement émis essentiellement à la période du rut.

Son alimentation

A l’écoute d’un rongeur!

Son régime alimentaire est très diversifié et contribue à sa capacité d’adaptation. Il est omnivore à prédominance carnivore. Il se nourrit de rongeurs, de lapins, d’amphibiens, d’oiseaux, d’œufs, de fruits (pommes, pêches, cerises, prunes, raisins …), de champignons, etc. Le régime dépend de la période de l’année. Il est fortement déconseillé de cueillir des fruits ou des baies à la portée du renard à cause du risque de contamination par certaines maladies.

Il reste opportuniste et s’intéresse aussi au contenu des poubelles, à la campagne comme en ville.

La reproduction

Mi-janvier en fin de journée, au moment du rut où on peut l’observer plus facilement de jour. Il m’a fixé un bon moment.

Le renard est monogame. Les accouplements ont lieu en ce moment, de mi-décembre à fin février avec quelques variantes locales suivant la température. Puis, la femelle mettra bas ses petits aux beaux jours après deux mois de gestation dans une niche tapissée de ses poils, dans un terrier avec plusieurs sorties. Le terrier est occupé la plus grande partie de l’année par les femelles. C’est parfois celui abandonné par une famille de blaireaux qu’elle modifie. Les deux espèces peuvent même cohabiter sur une même zone de terriers, les blaireaux occupant les niches les plus profondes.

Le choix de l’emplacement du terrier n’est pas dû au hasard, qu’il soit à creuser ou déjà prêt. Il est généralement situé dans un endroit où les rayons de soleil peuvent l’atteindre, sur un sol en pente en terrain sec et meuble à proximité d’un cours d’eau.

Vieux(?) renard pendant sa sieste au soleil sur une « reposée », dans une prairie abandonnée (mi-septembre). Il m’a surpris et a vite décampé dès qu’il m’a repéré.

Sur une « reposée » en moyenne montagne, les sens toujours en éveil et la queue repliée sur le bout du museau. 

Le mâle ne fréquente le terrier qu’après la mise bas de la femelle. Il vit au grand air le reste de l’année et se repose dans la journée sur une « reposée« . Dans bien des cas, se réfugier au terrier demeure la parade favorite du renard pour échapper au danger. Il connaît parfaitement l’emplacement des terriers implantés sur son territoire, ce qui lui permet de s’y mettre à l’abri quelles que soient les circonstances, comme les grands froids ou les grosses précipitations.

Les portées sont de deux à six petits, selon l’état de santé de la mère, son âge et la disponibilité de nourriture. Les petits naissent aveugles et commencent à voir au bout d’une quinzaine de jours. La femelle reste à leur côté pour les allaiter et faire leur toilette pendant que le mâle chasse pour la nourrir. Ils sont sevrés vers un mois et ils délaissent alors le lait maternel au profit d’une nourriture carnée ramenée par les deux parents. Leur pelage laineux roussit en commençant par la face.

C’est le moment où ils s’enhardissent et se mettent à explorer leur environnement immédiat. Ils alternent jeux, bagarres et poursuites autour du terrier, en attente du retour des parents. Ces bagarres leur permettent d’établir une hiérarchie entre eux. Pour voir des vidéos personnelles (pièges photographiques) de renardeaux à la sortie du terrier, c’est : ICI et ICI. Je ne fais pas de photos, je les laisse tranquilles (la femelle peut déplacer la portée en cas de dérangement et qui sait, dans un endroit où ils peuvent être plus vulnérables sans le savoir!).

Début juillet, les jeux et poursuites de deux jeunes renards sur une parcelle fraîchement labourée.

A partir de trois mois, ils peuvent se nourrir seuls sans apprentissage préalable des parents et ils partent à l’aventure. Ils vont abandonner la sécurité du terrier fréquenté par leur mère pour passer plus de temps dans la journée avec le mâle, qui partage leurs jeux.

J’aime bien les observer les soirs d’été à l’arrivée de la nuit, en train de se courser à découvert sur une prairie ou un champ ramassé.

Renardeau dans la rosée. Mi-juillet.

Ils se disperseront à l’automne vers l’âge de 5-6 mois alors qu’ils sont devenus autonomes, les mâles en premier. Certaines jeunes femelles peuvent rester avec leur mère.

Les jeunes renards atteignent leur maturité sexuelle vers 10 mois et peuvent se reproduire dès l’année suivante sur un nouveau territoire. Un territoire vacant pour une raison quelconque (décès naturel ou accidentel) est rapidement récupéré.

Un renardeau, fin août. Il était encore accompagné d’un adulte.

On considère que 80% des renardeaux périssent avant d’arriver à l’âge d’un an.

Leur population

A la tombée de la nuit.

On n’a pas d’information précise sur la population et son taux de renouvellement. En l’absence de directives nationales prévoyant la restitution des données de destruction à tir et par déterrage, les prélèvements de certaines espèces comme le renard restent également mal estimés.

Il y aurait environ 500 à 600 000 renards (estimation de 2014) prélevés chaque année par la chasse, le piégeage, le déterrage et le tir de nuit par des agents habilités. Il n’y a pas de quota de prélèvement comme il en existe pour l’isard, le cerf ou le chevreuil, par exemple. Les effectifs seraient assez stables et l’ONCFS estime la densité moyenne des populations à un renard par km2 (100 hectares) en zone rurale (plus élevée en ville). Sa capacité de reproduction augmente pour compenser un déficit sur un territoire donné, pour une même quantité de nourriture disponible.

Mi-janvier – Dans un fossé, au bord de la route.

Le Renard roux paye aussi un lourd tribut à la circulation routière, en particulier les jeunes!

La Renarde traverse prudemment le sentier montant directement au sommet du Poey (652 m). Son renardeau la suit, insouciant et batifolant au milieu des fougères (cliché de juillet 2019).

Les œuvres éphémères de Thierry Fresneau véhiculent depuis une douzaine d’années un message philosophique et humaniste, un dessin par an. Elles sont immanquables à l’entrée de la vallée d’Aspe, sur la colline du Poey au-dessus du village d’Accous. 2019/2020 est l’ « année du Renard ».

Ses maladies

Le renard fut vecteur de la rage vulpine ; des abattages massifs et des gazages ont eu lieu pour essayer d’enrailler la contagion. Heureusement, un vaccin par ingestion orale a été mis au point et la maladie a officiellement disparue sur le territoire français en 2001.

Il reste vecteur de maladies mortelles pour l’homme, comme l’échinococcose alvéolaire, une maladie du foie causée par un parasite, l’échinocoque. C’est un petit tænia hermaphrodite; ses œufs expulsés avec les fèces du renard contaminent à leur tour les petits mammifères qui seront à nouveau ingérés par les renards. Ces maladies sont transmises par contact buccal avec les excréments des animaux infectés mais aussi, bien plus sournoisement, par la récolte de fruits sauvages (mûres, …) ou de champignons souillés. Attention à la consommation sur place! Un petit bolet cru, c’est bon mais c’est risqué! La maladie affecterait une dizaine à une quinzaine de personnes par an.

L’état général de ce mâle m’avait d’abord intrigué. Sa queue normalement touffue a perdu de l’ampleur. Simple mue.

Il peut aussi contracter la gale sarcoptique, une maladie parasitaire et contagieuse provoquée par un acarien et qui va le faire mourir après d’atroces démangeaisons. Elle est facilement identifiable à l’observation d’importantes pertes de poils, commençant au départ de la queue et derrière les pattes, puis la croupe et le reste du corps. La contamination de toute la famille s’effectue par simple contact. Cette maladie n’a aucune incidence sur la santé humaine et elle est une cause naturelle de régulation de leur population.

Très courte vidéo non choquante d’un renard contaminé par la gale, la queue a déjà perdu tous ses poils (piège photographique, à la mi-mars).

Statut du renard roux

Fin avril – Rencontre avec un mâle dans une prairie fleurie.

Il est classé dans la liste des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts », ex catégorie « nuisibles » et il peut être chassé toute l’année par différents moyens.

La tradition populaire a très longtemps renvoyé de lui l’image d’un mangeur de poules. De nos jours, on multiplie les grands élevages où elles sont confinées, pour finir tuées, plumées et vidées prêtes à cuire. Voir partir dans la gueule d’un renard une poule que l’on avait eu du mal à élever, c’était une grande perte à une période où les conditions de vie étaient plus précaires et difficiles. Est-ce vraiment le cas maintenant? Une enquête objective sur ce prélèvement de volaille par le renard (et autres) serait intéressante à analyser pour le quantifier, en connaître les responsables et voir les précautions prises pour l’empêcher.

Entre chat et loup.

On l’accuse aussi de chaparder le gibier de tir lâché par les sociétés de chasse à la veille ou en période d’ouverture, dont les faisans et perdreaux. Ces animaux d’élevage manifestent leur présence pathétique en déambulant autour des maisons, sur les routes et les chemins; ils n’ont que très peu ou aucune chance de survivre. Ils sont une proie facile pour le renard (mais pas que pour lui) : on ne reproche pas à l’animal de contribuer à la perte de la biodiversité (l’homme est là pour çà), mais seulement de se servir avant « les chasseurs de lâchers ».

L’homme a longtemps chassé pour se nourrir et diversifier son régime alimentaire à partir d’une faune naturelle (le reprocher est un tout autre débat qui ne concerne pas le renard). C’est devenu maintenant et avant tout un loisir. Il faudra bien se rendre compte qu’il y a quelque chose d’artificiel et de vain (sinon pour les trésoreries des associations) à maintenir ces pratiques de lâchers d’élevage en les assimilant à la « pratique de la chasse ». D’ailleurs et à ma connaissance, de plus en plus de chasseurs ne sortent plus le jour de l’Ouverture et certainement pas parce que le renard est passé avant eux; par simple prise de conscience!

A l’écoute d’un rongeur.

Que dire pour défendre le renard? Il rend de bons services à l’agriculture en détruisant un grand nombre de rongeurs. Il permet aussi de réduire la propagation de la maladie de Lyme, maladie qui peut être mortelle pour l’homme. Elle est issue des tiques infectées par la bactérie Borrelia et portées par ces rongeurs. Selon les chiffres de Santé publique France et du réseau de surveillance Sentinelles, l’évolution de cette maladie transmise par les tiques était stable, autour de 26 000 nouveaux cas par an entre 2009 et 2014, avant d’augmenter à 33 200 en 2015 et 54 600 en 2016, puis de retomber à 44 700 cas diagnostiqués en 2017 et 67 000 en 2018. Les associations de patients jugent ces chiffres sous-estimés car de nombreux cas ne sont selon elles pas diagnostiqués. Les prévisions futures du réchauffement climatique auront une incidence à la hausse des nouveaux cas. Les chasseurs avec les forestiers sont les premiers exposés et il n’existe pas de vaccin contre cette maladie.

Enquête publique de juin 2019

Le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire a lancé une enquête publique du 06 au 27 juin 2019 sur un projet d’arrêté pris pour « fixer la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (dont le renard) pour la période du 1er juillet 2019 au 30 juin 2022. Le grand public a massivement répondu (53 853 contributions) en émettant un avis très partagé sur ce projet d’arrêté, avec un avantage aux contributeurs défavorables à celui-ci (65%). Le contenu des commentaires des contributeurs et l’analyse qui en a été faite par le Ministère sont pour moi intéressants à consulter (les liens sont à la fin de mon article). Certains sont très éclairés (dans les deux camps) et d’autres ne sont pas prêts encore pour faire évoluer les mentalités et les pratiques (dans les deux camps également).

Le seul point évolutif est la modification de l’arrêté du 1er avril 2019 relatif à l’exercice de la vénerie et qui encadrait mieux cette pratique. Cet arrêté interdisait la capture directe de l’animal par des chiens et limitait les souffrances des animaux capturés. Suite à cette consultation du public, cette mesure sera étendue à la destruction du renard (dans le projet initial, il pouvait être toute l’année déterré avec ou sans chien).

Apprivoise-moi

La méfiance vis à vis de l’homme du renard n’existe pas à l’origine. Elle est apprise au renardeau au contact de ses parents et par son expérience individuelle.

Le renard peut s’apprivoiser. Ce mot « apprivoiser » ramène immanquablement à la conversation entre le Renard et le Petit Prince de Saint-Exupery (paru en 1943). Cette conversation sert régulièrement pour tirer à boulets rouges sur les chasseurs mais je pense qu’il y a des moyens plus objectifs et efficaces pour défendre le renard. Il y a entre autres des consultations publiques où on peut exprimer son avis en faisant avancer le débat.

J’ai personnellement gardé en tête l’histoire très médiatisée il y a une dizaine d’années d’un certain « Zouzou », renardeau orphelin (mère écrasée sur la route) élevé par une famille; celle-ci avait due se mettre en conformité avec la législation. En effet, la possession d’un renard par un particulier ou tout autre animal (apprivoisé ou non) comme le sanglier, chevreuil, écureuil, etc., nécessite une autorisation préalable et de prendre certaines précautions en accord avec la législation actuelle. On ne se sert plus dans la Nature comme avant.

Il est en principe interdit de détenir un animal sauvage. Mais avec la magie du droit, lorsque certaines conditions sont réunies, l’animal sauvage se transforme juridiquement en animal non domestique et cette détention devient alors possible. Dans le langage courant, les animaux non domestiques sont des animaux sauvages qui ne sont pas mentionnés par l’arrêté interministériel des ministres de l’Agriculture et de la pêche ainsi que celui de l’Ecologie et du Développement durable du 11 août 2006. Ils font partie des animaux apprivoisés ou tenus en captivité, considérés comme des êtres vivants doués de sensibilité. Ils se voient appliquer les règles protectrices du droit pénal, ce qui n’est pas le cas des animaux sauvages.

La seule détention d’un animal non domestique par un particulier constitue un élevage d’agrément (élevage amateur, à but non lucratif). Il lui faut au préalable faire la demande d’un certificat de capacité qui est délivré par l’Administration. Les conditions requises pour obtenir ce certificat visent d’une part à préserver la biodiversité en limitant le nombre des captures, d’autre part de s’assurer des bonnes conditions de vie des animaux vivant en captivité et de garantir la sécurité et la santé des personnes qui s’en occupent. L’animal doit être muni d’un marquage individuel et permanent.

Il est très important de garder en tête qu’apprivoiser un animal ne lui rend pas obligatoirement service, sauf s’il ne peut survivre seul dans son milieu naturel! Et on en devient responsable pour le restant de ces jours.

Fin août.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations sur le terrain et d’informations recueillies sur divers sites et qui se recoupent.

Principales sources bibliographiques consultées :

_ http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=510

_ https://lorrainature.wordpress.com/2016/06/07/le-renard-vulpes-vulpes/

_Arrêté du 11 août 2006 fixant la liste des espèces, races ou variétés d’animaux domestiques : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000789087&categorieLien=id

_Arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d’animaux d’espèces non domestiques : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000037491137&categorieLien=id

_ Projet d’arrêté soumis à la consultation publique du 6 au 27 juin 2019 : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2019-06-06_arrete_especes_susceptibles_occasionner_degats_2019.pdf

_ Projet d’arrêté ministériel soumis à consultation publique du 6 au 27 juin 2019 – Commentaires des contributeurs : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-ministeriel-pris-pour-l-a1986.html

_ Participation du public à la consultation publique de juin 2019 – Motif de la décision : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/motifs_de_la_decision_arrete_esod_2019.pdf

_ Synthèse de la consultation publique de juin 2019 : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2019-07-02_synthese-consultation_2019-italiques.pdf

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