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Le temps du brame pyrénéen 2022 en photos

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04 Octobre – Dans une forêt pyrénéenne, un cerf à la sortie de la souille.

Cette année 2022 est déjà marquée par un été caniculaire, avec une période de sécheresse historique. Les écosystèmes aquatiques en sont fortement impactés. Les mammifères comme les cervidés semblent avoir bien résisté, mais les faons de biche et de chevreuil ont peut-être des carences (sinon davantage) car le lait de leur mère n’est sans doute pas aussi nutritif.

En effet, la quantité de nourriture disponible ne suffit pas, sa qualité est essentielle ; c’est surtout elle qui conditionne la survie du faon au cours des premières semaines de sa vie, au travers du régime alimentaire de sa mère.

Une bonne pluviosité a un impact qualitatif reconnu sur la productivité végétale. Elle va contribuer à l’indispensable richesse alimentaire nécessaire à la mère pour la richesse nutritive de son lait. Des études ont mis en évidence dans certaines régions une mortalité indirecte importante des jeunes faons de chevreuil lors d’un printemps et/ou un été sec.

C’est un sujet qui me sensibilise. Qu’en est-il chez le Cerf élaphe? Je n’ai rien trouvé dans la littérature sur ce sujet. Le temps du brame est la période de l’année où les animaux sont le plus visibles et j’ai fait quelques décomptes sans en tirer de conclusions.

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1_ Quelques définitions du brame

Il est important de bien connaître le sens des termes liés à cette période particulière. Pour cela, je m’en remets à la consultation du Grand Larousse Universel, dont je recopie ici quelques définitions :

BRAME, nom masculin (de bramer) : « Cri d’amour du cerf et du daim », synonyme bramement. « Temps du brame, le rut » ; pour ce dernier, c’est la seule mention de cette expression dans le Larousse.

BRAMER, verbe intransitif : « Crier, en parlant du cerf, du daim ou d’autres cervidés, à l’époque du rut. (Se dit du cri prolongé ; pour le cri bref, on emploie RAIRE ou REER) ».

RAIRE, verbe intransitif : « synonyme de réer ».

REER, verbe intransitif (variante de raire) : « Pousser un cri bref en parlant du cerf. (Synonyme RAIRE) ».

RUT, nom masculin (bas latin rugitus) :  » rugissement, par allusion au cri du cerf en rut). Zootechnie : synonyme de CHALEURS ».

CHALEURS, nom féminin : « chez les mammifères, période de la vie génitale où la femelle recherche le mâle et accepte l’accouplement. (Synonyme RUT, OESTRUS) ».

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2_ Mon observation du temps du brame 2022 en quelques dates

En période normale, il commence à partir du 15 septembre et jusqu’au 15 octobre. D’après certaines publications scientifiques, il démarre d’autant plus tôt en saison que l’été a été chaud ; je n’y ai rien trouvé concernant l’influence que peut avoir l’absence prolongée de pluie.

D’après ce que j’ai pu personnellement observer, les comportements de rut ont démarré un peu plus tard (pour un même lieu bien sûr) et ils se sont terminés au moment habituel.

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J’ai commencé à surveiller les mouvements des biches et cerfs à partir du 04 septembre, sur un de mes lieux d’observation habituels dans les Hautes-Pyrénées : ils étaient absents, de même que les jours suivants.

04 septembre 2022 – Le soir venu, la place est vide.

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Le 14 septembre et avant l’arrivée de la grande foule, je me suis rendu dans une petite commune de la vallée de la Barousse où le Cerf élaphe est bien implanté. Je n’ai observé que des hardes de biches accompagnées de leur progéniture, pas de grand cerf.

14 septembre 2022, ma première rencontre du jour – Un joli daguet, seul dans une prairie. Il n’est peut-être que le premier d’une harde qui ne sortira que plus tard du bois.

Ma première harde, composée de sept biches et bichettes, un daguet à l’arrière-plan (avec sa mère) caché par la végétation et … un seul faon!

Toujours le même faon, bien tacheté et inséparable de sa mère.

A droite, le daguet avec ses petits bois.

En analysant les compositions des trois photos précédentes, sur les sept biches et bichettes, une seule biche a son faon ; on la dit suitée. Le daguet (né en 2021) reste à l’écart du faon et ne fait donc pas partie de la cellule familiale. La harde est en mouvement et cela me permet d’écarter l’idée que d’autres faons puissent être en train de se reposer à proximité.

Il m’a été impossible de différencier à coup sûr biches et bichettes (nées en 2021 et restant encore avec leur mère). Dans le meilleur des cas, on aurait une biche avec sa bichette et son faon, une biche et son daguet, deux biches avec leurs bichettes, pour un total de quatre biches, un seul faon, un daguet et trois bichettes.

Mais il pourrait bien y avoir (à la suite d’accidents ou par prédation) des biches sans bichette et l’inverse, car les bichettes ayant perdu leur mère restent encore au sein de la harde. Le taux de reproduction ou de survie est anormalement bas et le faon restant, vigoureux, est né tardivement.

Une deuxième harde, avec un cerf sur sa troisième année (4 cors), trois faons (moins tachetés que celui de la première harde), six biches et bichettes et un daguet aux bois naissants (arrière-plan).  

Dans cette harde, trois biches ont eu un faon. L’une de ces trois biches est aussi accompagnée de son daguet de 2021 (celui aux bois peu avancés). Si les deux autres biches suitées sont accompagnées de leur bichette de 2021, cela nous donne la composition suivante, dans le meilleur des cas : une biche avec son daguet et son faon, deux biches avec leurs bichettes et leurs faons, une biche (probablement), seule.

Dans un coin du même pré à une centaine de mètres de là, une troisième harde avec un jeune cerf sur sa troisième année (4 cors) et deux biches suitées accompagnées aussi de la bichette. Le troisième faon à gauche va rejoindre sa mère, occultée par la haie du premier-plan.

Un spectacle tranquille – Ce faon encore tacheté se repose, en compagnie de deux daguets toujours en velours! (en zoomant sur la photo).

La majorité des daguets ont habituellement perdu leurs velours à cette période de l’année, ce qui n’est pas le cas pour les deux qui sont sur cette photo. L’un est le « frère ou demi-frère » du faon. Quant à l’autre, j’ai remarqué à plusieurs reprises qu’un daguet qui quitte sa mère avant le brame (ou qui l’a perdue) se rapproche d’une autre cellule familiale. La biche est présente, hors cadre sur la gauche.

J’ai également observé d’autres petits groupes de 2-3 animaux ou biches seules, sans faon.

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Cette commune est connue pour la densité élevée de cervidés sur son territoire et elle doit faire face aujourd’hui aux déboires liés à l’engouement suscité par le spectacle du brame. Comme partout ailleurs et pour tout ce qui touche aux loisirs au sein de la Nature, ce sont les excès en tous genres liés à la surfréquentation qui gâchent les relations entre autochtones et visiteurs et portent tord à la nature.

14 septembre 2022 – Sous ce panneau fraîchement posé, l’arrêté municipal de restriction de la circulation pendant le brame dans la petite commune. 

Cela devait finalement aussi arriver dans les Pyrénées : réglementer par arrêtés la surfréquentation humaine pendant le brame. La foule attire encore plus de foule, c’est bien connu. C’est une foule que je ne connais pas car j’évite l’endroit, … au moins du 15 septembre au 15 octobre. Il est fort possible que cet exemple de restriction soit repris ailleurs si la tendance persiste.

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Le 18 septembre au soir, j’ai entendu mes premiers raires, alors que je revenais d’une randonnée vers une estive d’altitude que je ne connaissais pas et où je fondais quand même quelques espoirs d’assister aux prémices de cet évènement ; le biotope y est propice mais je ne ferai aucune observation visuelle. Trois mâles se sont interpelés ponctuellement à partir de 18h30 sur le flanc opposé, lors de mon retour. Après une 1/2 heure environ, ils se sont tu. Je n’arriverai pas à les localiser. LE TEMPS DU BRAME A COMMENCÉ, timidement.

18 septembre 2022, à la nuit tombée sur le chemin du retour. Un daguet « évanescent » avec à droite, une « double » biche. Aucun grand cerf sur la prairie!

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Alors que l’absence de grands mâles sur « mes » places de brame habituelles commence à m’interpeller, on me dit que le brame au Pays Basque avait commencé le 12, mais je n’en sais pas plus : présence des grands mâles sur les places de brame, compétitions vocales, comportements de rut?

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Le 22 septembre, j’observe mes premiers cerfs au Pays Basque, dans un endroit où les acteurs locaux ont pris des mesures pour les protéger de l’activité humaine ; une bonne initiative. Ils sont en véritable compétition vocale. J’ai compté en tout six cerfs, dont un 8 cors, un 12 cors et deux 16 cors qui se défiaient à distance, l’un labourant la végétation avec ses bois. Je n’avais encore jamais observé de 16 cors de ma vie ; quel spectacle!

Les biches sont peu nombreuses pour le moment et elles ne sont pas importunées ; les mâles restent à l’écart. Sur ces trois biches isolées, une seule a son faon. Il fait très bon et d’autres biches (et faons) se reposent sans doute encore, couchées dans les hautes fougères. Il y aura probablement plus de monde à la nuit tombée.

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22 septembre 2022, au soleil couchant dans le Pays basque – Ma première observation visuelle d’un grand mâle (photo excessivement recadrée).

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C’est un 12 cors régulier ; il a pris de la hauteur pour pousser sa romance. Tout à gauche, une biche reste indifférente, accompagnée de son faon déjà grand (photo à la même focale, non recadrée).

Un deuxième 12 cors est captivé par un évènement, en contrebas à l’ombre. Lui aussi donne de la voix, puis il va se coucher tout en continuant à bramer.

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Un recadrage excessif de la photo précédente.

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Ici, c’est un grand 8 cors à enfourchures qui remonte dans les fougères. Il suit de loin la piste d’une biche qui a disparu dans les fougères derrière la crête.

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Mon premier 16 cors! Il surveille en contrebas un concurrent.

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En zoomant excessivement les photos des différentes positions de la tête, il a sur chaque bois l’andouiller d’œil ou de massacre, le surandouiller, la chevillure et une empaumure à 5 épois. La trochure, si elle est présente (difficile à dire sur mes photos) fait de toute façon partie de l’empaumure. 

Je rappelle au passage que le Conseil International de la Chasse et de la Conservation du Gibier (CIC) stipule que pour être décompté dans les cotations officielles de trophées, un andouiller doit mesurer au moins deux centimètres ; ici, c’est largement le cas car ils sont bien visibles mais il m’est impossible de mettre en évidence un quelque petit cor!

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Le deuxième 16 cors, en contrebas du précédent. 

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La description sous un recadrage excessif des différentes positions de la tête est la même que celle de l’autre 16 cors ; lui aussi est régulier. C’est celui-là qui exprime son excitation en labourant la végétation avec ses bois.

On comprend ici tout l’intérêt d’une longue-vue pour les observations à distance! Nous sommes loin des clichés du fond de la gorge de ces animaux magnifiques ; c’est une toute autre vision de la nature.

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Le 24 septembre au soir, j’assiste enfin au spectacle amoureux d’un grand cerf dans une estive des Hautes-Pyrénées. Il est entouré de son « harem » de biches, sur une place de brame que je connais déjà. Quatre jours auparavant, il n’y avait personne. J’espère cette année assister à une saillie et je le suivrai régulièrement jusqu’à la fin de la période de rut, mais sans succès. J’ai cependant assisté à des moments sympas et j’en ferai le témoignage plus tard.

24 septembre 2022, sous la pluie – Mon premier grand mâle, un superbe huit cors régulier.

Il est déjà bien affairé avec ses biches, six biches et bichettes au total ce soir-là. Je note la présence que d’un seul faon, non tacheté, tout à droite.

Sur le chemin du retour et alors qu’il fait trop sombre pour faire des photos acceptables, le comportement d’un petit groupe de cervidés m’intrigue. Ce sont deux biches adultes accompagnées d’un daguet, sur une estive encore fréquentée par des vaches et des chevaux.

Le daguet a une attitude inhabituelle ; il semble s’intéresser à l’une des biches. A son âge, c’est encore trop tôt pour manifester certaines ardeurs!

En fait, après s’être éloignée de lui à plusieurs reprises, la biche finit par accepter … qu’il vienne téter! 

C’est une scène très étrange! Il n’y a aucun faon présent sur cette grande estive. Cette biche a manifestement du lait et ma première supposition est que son faon est mort récemment. Pourquoi ce grand « dadais » ressent-il encore le besoin de téter?

Les faons tètent régulièrement les trois premiers mois, puis les tétées s’espacent de plus en plus et s’arrêtent après 6-8 mois environ et selon l’état de gestation de la biche. Si elle n’a pas été fécondée pendant le rut, elle peut avoir une lactation prolongée mais cela voudrait dire qu’elle allaite depuis … mai/juin 2021! Bref, je n’aurai pas d’explication sûre à donner au comportement de ce daguet, pour le moment!

Ce jeune six cors est à côté mais il ne manifeste aucun intérêt particulier pour les deux biches. 

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A proximité, c’est ce jeune dix cors aux bois bien réguliers avec un avenir prometteur qui courtise deux autres biches ; elles aussi sont seules.

La photo ci-dessus est elle aussi intéressante pour moi, bien que peu esthétique par son décor. On y observe en gros plan l’attitude typique d’un cerf qui « muse ». Dans les publications, on emploie souvent le mot allemand « fleshmen », qui signifie « retrousser la lèvre supérieure ».

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Il retrousse en effet sa lèvre supérieure et prend une bonne inspiration, en gardant la gueule ouverte tout en ayant des mouvements rapides de sa langue. Il dirige ainsi la prise d’air vers un organe dit de Jacobson, situé sur le palais, sous la surface intérieure du nez. Cela lui permet de détecter et d’amplifier les phéromones émises par la biche en chaleurs.

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Il est marrant : il tente de bramer, mais aucun son ne sort de sa gorge!

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Il vaut mieux en sourire!

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Le 30 septembre, j’observe dans une prairie du piémont pyrénéen un petit groupe constitué de deux biches, un faon et un daguet.

30 septembre 2022 – Une biche et son faon, non tacheté. 

Les deux paires de mamelles de la biche sont bien visibles ; c’est un signe évident qu’elle allaite. C’est un détail intéressant à rechercher quand on observe une biche que l’on croit non suitée ; initialement, je n’avais pas remarqué son faon qui se repose au premier-plan.

Sur la même prairie, une biche et un magnifique daguet.

Il est 16h00 et je ne vois pas de grand cerf. Il en est souvent ainsi en période de rut ; ils sortent généralement à découvert plus tard en soirée et après les biches.

Ce soir-là une occasion haute en couleurs va se présenter dans une fougeraie, avec un Douze cors irrégulier pressant auprès de deux biches et une bichette. Il n’y a pas de faon visible  dans ce lieu encombré par les genêts et les fougères.

30 septembre 2022 – Dans la fougeraie, lui aussi s’énivre de certaines effluves.

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Le soleil s’est couché et l’ambiance a maintenant changé.

Les lumières de cette soirée seront magnifiques et je la consacrerai à observer ce grand mâle, avec un témoignage détaillé dans la publication que l’on peut consulter ICI.

Les places de brame sont des lieux convoités ; une semaine plus tard, celle-ci sera occupée par un autre grand mâle, un douze cors régulier (voir un peu plus bas).

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Le 01 octobre, on est au milieu de la période et « çà brame » enfin de partout!

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01 octobre 2022, à l’approche de la nuit – Sur les hauteurs, ce dix cors irrégulier courtise 4 biches et bichettes, en musant. Un seul faon est présent dans cette petite harde, couché.

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Le 03 octobre, j’observerai en pleine journée au même endroit ma plus grande concentration de cervidés depuis que je m’intéresse au temps du brame, en deux hardes : 2 grands cerfs dominant leur harde et 4 jeunes cerfs satellites, 19 biches, bichettes et 4 jeunes daguets, 8 faons.

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03 octobre 2022 – Une vue partielle de l’estive où évolue la première harde. Certaines biches et faons se reposent dans les irrégularités du terrain ou parmi les buissons de rhododendrons. A l’œil nu, les animaux sont minuscules mais le spectacle est prenant aux jumelles, à la longue-vue ou au téléobjectif.

Mon premier grand cerf est un 10 cors à empaumures (avec amorce d’au moins un surandouiller), à la robe sombre. Sa harde est importante. 

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Une vue un peu plus rapprochée, pour localiser au centre un daguet dont les bois sont encore en velours. Il va bientôt être chassé ; c’est courant pendant le brame. 

A la périphérie de la harde, le cerf semble défier des concurrents potentiels en donnant de violents coups de bois dans des buissons de rhododendrons, sans insister. A proximité, deux cerfs, un 6 cors à pointes de couleur rousse suivi par un 8 cors  à enfourchures un peu plus gros et à la robe brune ont compris le message et s’éloignent, sous le regard d’un petit daguet.

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Les deux petits cerfs satellites n’insistent pas et se retirent. Le daguet va rester à proximité de sa mère pour la rejoindre, dès que possible.

Il est 10 heures et il commence à faire chaud sur l’estive ; une partie de la harde s’este couchée et se repose. Le cerf va de l’une à l’autre biche, en poussant quelques raires. La couleur de leur robe varie du brun au roux. Certaines ont probablement commencé à muer. Celles qui sont couchées tendent leur museau vers lui puis restent indifférentes à son manège ; les autres s’écartent ou s’échappent à son passage.

Il a pris en grippe le petit daguet qui était encore avec sa mère et va le lui faire savoir.

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Le cerf finit par charger le daguet qui déguerpit pour rester en retrait de la harde avec son congénère, sous l’œil indifférent des biches. 

Satisfait, le cerf revient au milieu de son harem, toujours excité. Pendant ce temps-là, le 6 cors à pointes s’éloigne de la harde pour passer de l’autre côté de la montagne. Je ne verrai plus son compagnon le 8 cors.

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Le petit cerf s’éloigne sur l’estive jaunie par la sécheresse estivale puis automnale.

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D’un pas tranquille, il va bientôt passer de l’autre côté de la montagne. L’autre versant est plus verdoyant mais aussi plus fréquenté par les randonneurs ; il n’y retrouvera la tranquillité qu’à l’approche de la nuit.

Toutes les animaux se sont maintenant levés et se sont regroupés ; ils sont plus nombreux que je ne le pensais. Certains, couchés, disparaissaient dans les buissons de myrtilles et de rhododendrons où ils recherchaient l’ombre et la fraîcheur. La harde va se scinder et une partie va s’éloigner à son tour de l’autre côté de la montagne. Cela va me faciliter le décompte.

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Tout le monde s’est levé et fait maintenant corps, sur le qui-vive! 

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La harde se scinde en deux ; 6 animaux ont décidé de partir, …

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…, une biche meneuse, son faon, une bichette, deux biches ; un daguet en velours ferme la marche.

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Les animaux disparaissent sur l’autre versant. Le soir venu et la tranquillité revenue, les animaux descendront des hauteurs pour brouter et s’abreuver aux points d’eau.

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Cela fait du coup moins de monde à s’occuper. Les biches restent inquiètes.

Tout cela n’est pas normal ; un évènement vient sans doute de se produire. Mais que s’est-il passé? En effet, devant l’arrivée d’un concurrent sérieux, le cerf regroupe les biches et lance des manœuvres d’intimidation.  L’élément nouveau est … l’arrivée d’un photographe sur l’estive. Je comprends mieux!

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Le photographe n’a sans doute pas vue la harde restante mais celle-ci l’a probablement senti! Il tente en effet des manœuvres d’approche auprès d’une deuxième harde à quelques encâblures de là. L’avantage d’observer d’une hauteur est d’avoir une vue dominante sur toute la scène et avoir moins de probabilités d’être repéré.

Le cerf et le restant de la harde descend dans un endroit mieux abrité et protégé, où je pourrai comptabiliser sa nouvelle composition. Ils ne seront pas dérangés.

Le 10 cors se fait toujours aussi pressant, malgré la chaleur montante. Ici, il hésite entre deux biches suitées.

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A droite, le faon s’est couché à l’ombre auprès de sa mère. A gauche, la deuxième biche suitée est passée hors cadre. Une troisième biche suitée est descendue et s’est couchée à l’ombre, sous l’œil de son faon. Elle est suivie d’une quatrième biche seule puis d’une cinquième biche, suitée.

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La biche et son faon, qui étaient passés hors cadre, se sont réfugiés à l’ombre.

Il est 11h20 et si le mâle est toujours gaillard, les biches et leur progéniture recherche l’ombre. Je remarque que tous les faons ici, quatre au total, sont déjà grands et n’ont plus aucune tache blanche sur leur pelage. Ils sont tous nés à la même période. Ce jour-là, je ne les verrai à aucun moment téter. Les daguets sont encore en velours et leurs bois sont donc en retard de croissance.

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11h40 – Le calme est revenu sur la harde. Monsieur, malgré la montée de la température, continue à veiller et je le laisserai photographiquement tranquille.

Ce qui m’intéresse dans l’observation de la nature, c’est de tirer des enseignements de mes observations. Cette harde qui m’a interpelé était donc composée d’un grand cerf 10 cors à empaumures, 5 biches suitées de leur faon, 4 biches et bichettes, 3 daguets nés en 2021 avec de petits bois encore en velours, au total 18 animaux ; 1 petit 6 cors et un légèrement plus gros 8 cors satellites.

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La deuxième harde, celle suivie par le photographe, se repose pour l’instant autour d’un grand cerf couché, un 10 cors à enfourchures avec surandouillers bien développés, à la robe tirant sur le roux. Elle est composée de 10 biches (8) et bichettes (2), 3 faons, 1 petit daguet aux bois toujours en velours mais un peu plus avancés qui broute à proximité. Il se méfie des réactions éventuelles du grand mâle.

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A gauche, le grand mâle. Sur la droite, deux cerfs satellites, deux petits 6 cors à pointes broutent à proximité attendant un moment d’inattention du grand mâle pour tenter leur chance auprès d’une biche en chaleurs.

Il est midi! C’est un grand moment de quiétude!

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Bien à l’écart de la harde, un petit 6 cors se reposait tranquillement dans les myrtilliers. Un grand cerf 8 cors régulier surgit de nulle part pour le déloger. Alors qu’il n’y a aucune femelle à proximité, pourquoi cette concurrence?

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Décidément, le calme ne règne pas encore. Le cerf assoupi s’est réveillé et chasse sans ménagement les deux petits 6 cors satellites trop entreprenants! 

Il est temps de reprendre le chemin. Peu avant de repartir, le cerf ragaillardi me donne l’occasion d’assister enfin à l’évènement que j’espérais observer depuis longtemps, une saillie! Le témoignage détaillé en images de cette saillie suivie de la chandelle du cerf est visible ICI!

Sur le chemin du retour et dans les turbulences de l’air provoquées par la chaleur, le grand 8 cors réapparaît et il n’est pas seul!

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Un exemple de plus qu’il n’y a pas de querelle de mâles sans une biche à proximité.

On peut lire dans certaines publications que les biches éloigneraient leur faon pendant le temps du brame ; je ne l’ai personnellement jamais remarqué. Les bichettes restent aussi avec leur mère.

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Le 04 octobre, j’assisterai à une belle proximité … involontaire.

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Il est 17h00. Une biche traverse la piste forestière devant moi!

Elle m’a surpris et elle m’a vu la première. Elle continue son chemin et j’entends bramer à proximité. Un mâle la poursuit dans la forêt. J’aurais pu rebrousser chemin mais l’envie de voir l’animal prend le dessus. Je m’assieds par terre derrière la cime d’un sapin abattu et j’attends, le téléobjectif posé sur les genoux. J’entends quelques craquements de bois mort, il approche. Puis, plus rien! Le temps s’arrête, non pas sous l’effet d’une quelconque émotion, mais parce que l’on réfléchit à l’essentiel. Je vérifie mes réglages et je me décale un peu du viseur pour regarder devant moi. IL est là, devant moi au bord de la piste et regarde dans ma direction. Il ne présente aucun signe d’inquiétude.

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Son pelage est encore mouillé et la boue a séché sur ses cornes.

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Sa tranquillité, après coup, m’interpelle ; j’aime bien revoir ces images.

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Il tourne la tête dans la direction de sa biche et j’en profite pour tenter un gros-plan.

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J’aime ces moments. Il m’a vu mais il n’est pas inquiet. Ses oreilles me parlent.

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Il reprend son chemin à pas mesurés, …

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… et s’enfonce dans le sous-bois encombré.

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La soirée ne fait que commencer! Après comparaison avec des photos plus anciennes, je ne le reconnais pas.

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Le 07 octobre, je passe voir où en sont les amours de mon Douze cors irrégulier de la fougeraie, celui dont j’ai fait un reportage « aux couleurs de l’automne ». Eh bien, j’ai la preuve que rien n’est gagné pour le mâle dominant durant le mois du brame! Il a en effet cédé sa place à un concurrent de son acabit, un beau Douze cors régulier! Deux biches l’accompagnent, dont une auquel il s’intéresse de très près. Rien ne me permet de dire que ce sont les mêmes que celles présentes lors de mon observation du 30 septembre.

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07 octobre 2022 – Une première biche sort du bois.

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Un peu plus tard, elles seront deux dans la fougeraie en compagnie du nouveau mâle.

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Au moins une n’a toujours pas été saillie.

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Sur cette photo bien recadrée, on voit bien qu’il s’agit d’un autre mâle (aux 2 empaumures).

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Le 07 octobre a été aussi pour moi le meilleur moment pour m’imprégner du spectacle sonore, la nuit durant. Le maître de la place de brame s’épuise et d’autres grands mâles convoitent les biches. Les compétitions sonores sont au plus haut.

07 octobre 2022 – La nuit sera chaude. Trois grands mâles vont se manifester en continu, dont ce douze cors régulier.

Le cerf pousse sa « chansonnette » pour diverses raisons. On a vu qu’il peut bramer en journée mais il faut qu’il soit vraiment tranquille. Si les lieux sont fréquentés par l’activité humaine, il ne sortira qu’à l’approche de la nuit et la plupart du temps en dernier. Les biches vivent à l’année sur ou à proximité de la place de brame et connaissent bien les habitudes des lieux. Elles sont donc moins craintives et l’union faisant la force, il y en a toujours au moins une dans la harde qui observe les alentours.

On a de bonnes chances d’entendre le raire ou le brame du cerf à partir de 18h00-18h30 et jusqu’à 22h environ. Après une période d’accalmie, le concert recommencera à plusieurs reprises au cours de la nuit et jusqu’au petit matin. Généralement à partir de 10h00, tout redevient calme ; sauf et je me répète, dans les endroits bien tranquilles.

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Le lendemain 8 octobre au petit matin, un cerf joue les prolongations pour un petit moment encore sur cette place de brâme. Sur les trois grands mâles qui ont fait leur concert la nuit durant, il en reste encore un actif, ce dix cors.

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08 octobre 2022, au lever du jour.

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Initialement sur une hauteur, il redescend dans l’estive où règne encore un peu d’animation.

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Une biche (au coin à droite) et son faon encore tacheté broutent encore, indifférents aux vocalises du mâle. A 8h00, l’estive se vide mais quelques cerfs se manifestent encore en s’éloignant dans la forêt de sapins ; à 9h45, le silence revient.

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Le 12 octobre, on approche de la fin du brame et malgré cela, j’ai encore quelques surprises sur la place de brame de mon 8 cors.

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Ce n’est plus le grand 8 cors qui m’accueille sur la place, mais … un cerf décoiffé, en fait un cerf qui a cassé ses deux bois! J’avais d’abord pensé à un veau!!!

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Il ne se rend apparemment pas compte qu’il n’a plus ses bois et son comportement reste bien belliqueux!

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Les biches ne sont pas toutes fécondées et il est très excité!

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Sur cette photo recadrée, on peut observer une écaille, un reste de merrain avec la meule toujours soudée au pivot (qui supporte normalement le bois). 

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Le 14 octobre, le calme est revenu sur cette place (mais il y a encore des compétitions vocales ailleurs, dès la nuit tombée). Les cerfs satellites broutent tranquillement au milieu des biches. Ce spectacle est même étonnant après l’animation des jours précédents.

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Le cerf décoiffé et les petits cerfs font maintenant presque ami-ami.

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Il est temps de reconstituer les réserves!

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Le 16 octobre, les animaux sont tous partis! Je reviendrai sur cette place de brame à plusieurs reprises pour tenter de retrouver les deux bois cassés ou des indices sur la disparition du grand huit cors, sans succès. Les observations sur cette place m’ont été très utiles pour étudier le comportement agressif des cerfs pendant cette période de rut ; j’en fait le récit ICI.

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3_ Mes réflexions sur ce temps du brame 2022

Cet évènement comme bien d’autres est devenu un business, avec la proposition de sorties nature, de stages photos, de tirages photographiques d’art, de chasse aux trophées, etc. à la journée ou en week-end organisés dans des gîtes, chambres d’hôte ou hôtels, ce qui amène des retombées économiques. Il deviendra nécessaire de restreindre, d’encadrer et de contrôler l’occupation de l’espace. Les excès en tous genres déjà constatés entraînent des nuisances et amènent déjà des mesures. Après les inquiétudes de 2021 où la fréquentation a explosé avec ses dérives, j’ai constaté personnellement un petit retour au calme en 2022.

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4_ Bibliographie que je recommande

Reporterre.net, un rendez-vous avec le sauvage : https://reporterre.net/Le-brame-du-cerf-un-rendez-vous-avec-le-sauvage

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