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Soir de brame aux couleurs de l’automne

L’acteur principal de cette publication, un magnifique 12 cors irrégulier.

Mon blog a pour moi un énorme privilège : il m’incite à sortir en montagne pour vivre de bons moments au contact de la faune et de la flore, puis de les immortaliser parfois en photos.

Il me fait ensuite revivre ces bons moments, lors de la sélection des clichés et de la mise par écrit de ce que j’ai observé et appris, enrichi par les recherches bibliographiques. Il m’incite à être curieux et surtout, il me sert de pense-bête. Je reviens régulièrement consulter et mettre à jour certains articles. Bref, grâce à lui, j’apprends et je le partage.

Pour cette publication, je n’ai pas appris grand chose mais cela faisait un petit moment que je souhaitais publier un spectacle du brame dans une fougeraie. Un désir qui vient d’être exhaussé!

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Ma première rencontre de la soirée est cette biche, seule et qui m’observe. Elle m’a vu la première. Tant que je ne bougerai pas, elle restera là, à me fixer. Je sais par expérience que si je cherche à me soustraire à sa vue, elle disparaîtra prestement. C’est effectivement ce qui s’est passé quand je me suis retourné, après m’être éloigné tranquillement. C’est une vieille connaissance de l’an dernier que je reconnais à ces deux taches blanches sur son front. Je pense qu’elle est âgée.

Il est bientôt 17h00. Après un petit moment d’attente, deux biches sortent du bois et avancent dans la fougeraie ensoleillée. Une bichette est là elle aussi ( fille née au printemps 2021 de l’une d’entre elles), mais elle restera la plupart du temps cachée par les fougères.

Les biches se montrent la plupart du temps avant les cerfs, qui sont plus farouches. Elles sont chez elles et connaissent bien les habitudes du lieu, contrairement aux mâles dont certains font des déplacements importants pour se rendre sur les places de brame.

« Monsieur » sort à son tour, un peu plus haut à l’orée du bois.

C’est un douze cors irrégulier, avec des surandouillers très peu développés.

Il inspecte prudemment le découvert.

Il s’avance en longeant la lisière du bois, …

…, inspecte encore les environs, …

… et se couche dans une souille.

Il manifeste alors sa présence auprès des intéressées par quelques raires, …

… et prend ses aises dans la flaque boueuse. Cette partie de la fougeraie, encore irriguée par de petites résurgences, est restée verte. La lumière ambiante n’est pour l’instant pas terrible.

Puis il joue à cache-cache avec moi dans les fougères. Il disparait régulièrement dans la végétation bien fournie ; je ne sais pas ce qu’il fabrique. Pour le moment, il n’est pas  amoureux.

Une troisième biche apparaît, manifestement seule et plus âgée que les deux précédentes.

Dans plusieurs articles traitant du comportement des biches pendant le brame du cerf élaphe, j’ai régulièrement lu qu’elles tiendraient leurs faons à l’écart durant cette période.

C’est le cas chez les chevreuils, où la chevrette laisse son (ses) faon(s) se débrouiller seul(s) pendant quelques jours jusqu’à ce que la saillie ait eu lieu. Ce n’est pas vrai pour la biche!

La biche, bien au contraire, garde son faon avec elle pendant le rut et celui-ci peut même continuer à téter. Le faon est également toléré par le cerf qui ne voit pas en lui un concurrent et ne manifeste pas d’agressivité à son égard. Le cerf chasse par contre au début du rut le daguet sur sa deuxième année (équivalent mâle de la bichette). Le daguet reste à proximité de la harde en compagnie des autres daguets et cerfs satellites. Le daguet reviendra après le rut avec sa mère qu’il quittera, au plus tard, à sa mise bas suivante.

Je fais cet aparté car ce brame 2022 pyrénéen me semble un peu particulier : un nombre inhabituel de biches n’ont pas de faon avec elles (non suitées) et je n’en ai pas l’explication. C’est suffisant pour interpeler.

17h30 – Le mâle commence enfin à s’intéresser aux biches. 

Je suis ses déplacements aux mouvements de sa ramure dans les fougères ; le soleil est de plus en plus bas et la lumière jaunit.

Il vient de  rejoindre les deux premières biches qui restent ensemble ; deux paires d’oreilles apparaissent devant son museau.

Il commence à les courtiser dans la fougeraie, à l’abri des regards.

Si je n’ai pas la vue pour le localiser, j’ai le son.

Et s’il n’a pas la vue pour les localiser, il a l’odorat.

A l’œil nu, je pourrais confondre ses bois avec une branche morte et je ne pourrais pas voir la biche, tout à droite. 

Pour l’instant, il n’est pas particulièrement excité ; les deux biches sont très calmes.

Il reste seulement en leur compagnie, pour dissuader l’approche de tout intrus.

17h40 – Il fait très bon sous ce soleil jaunissant ; le mâle apprécie. Le sous-bois s’éveille, avec les raires d’un cerf voisin. Les biches se mettent à l’écoute dans sa direction.

Monsieur répond. 

Il n’est visiblement pas en compétition et ne bouge pas. 

Les deux biches, qui ont arrêté de s’alimenter, restent quand même à l’écoute. 

Monsieur les brusque, pas question qu’elles aillent voir ailleurs.

« Chasse gardée ».

Le second cerf ne va pas sortir à découvert et les biches recommencent à s’alimenter. Quelques raires du maître des lieux signale sa présence à l’intrus.

Les oreilles aux aguets, en attente d’une nouvelle réponse.

Plus de réponse! « L’autre » est parti!

Monsieur s’intéresse alors à la biche devant lui. On dirait que l’épisode de l’intrus l’a émoustillé. Rien ne vaut un peu de jalousie pour exciter les mâles!

Est-elle donc en chaleurs et je n’aurais rien senti venir?  Monsieur tire la langue, pendant qu’elle commence à se dérober,

Elle l’entraîne dans un début de ronde dans les fougères,

Il la suit de près, pendant que la seconde biche reste impassible,

Visiblement, elle ne veut pas,

Ce n’est pas encore le moment. Un petit raire de dépit? 

Non, il n’est même pas déçu. La soirée va se passer ainsi, en petites tentatives auprès de ces deux biches dans un espace relativement restreint, ce qui me change du spectacle à découvert dans une grande estive à herbe rase.

En tout cas, Monsieur est quand même bien loquace. Le soleil passe derrière la montagne et le concert de quelques grands mâles a commencé. Ils s’interpellent d’un flanc à l’autre de la vallée et ce spectacle sonore durera jusqu’au petit matin.

17h51 – Les belles couleurs chaudes de l’automne ont disparu. Le cerf est maintenant bien remonté! Il veut retrouver la biche qui était restée à l’écart en haut de la fougeraie. 

Elle est toujours là. Elle le voit venir et arrête de brouter.

Le cerf l’a repérée et il suit maintenant sa voie,

Un petit moment d’humeur, en frottant ses bois contre la végétation.

Cà, il sait faire,

La biche est peut-être réceptive ; Monsieur montre des premiers signes d’érection,

Ses sens maintenant bien éveillés, il part à sa rencontre. Je ne la voie plus.

L’attitude typique d’un cerf qui muse : la tête basse, les oreilles couchées en arrière. Il a commencé à retrousser sa lèvre supérieure et la langue tirée, il perçoit et suit dans les fougères de l’orée du bois l’odeur des phéromones qu’elle dégage.

Il va s’enfoncer dans le sous-bois où la biche a dû se réfugier pour ne pas être importunée. La nuit s’annonce chaude et je ne pourrai pas, une fois de plus, assister au spectacle. Je n’ai en fait jamais vu un cerf saillir une biche. Je vais cette année combler cette lacune, en un autre lieu. C’est l’objet de la publication suivante, la chandelle du Cerf élaphe pendant le rut. Pour la consulter, c’est ICI.

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La nuit est là! Le cerf est ressorti du bois en se rapprochant considérablement. Son raire me fait presque sursauter.

L’obscurité rend ces animaux plus hardis. Il y a aussi le fait que le Cerf élaphe n’y voit pas très bien, qui plus est la nuit! Je pourrais rajouter que c’est aussi mon cas car je ne m’étais pas rendu compte qu’il était aussi proche. J’ai réagi au raire.

La pointe de ses bois blanchit avec l’obscurité grandissante. Cela m’aide pour faire la mise au point, mais je suis à la limite de ce que je peux faire en montée en iso.

19H15 – il s’éloigne tranquillement et je ne le reverrai plus les jours suivants.

Ces photos presque nocturnes sont celles que j’apprécie particulièrement d’avoir réalisées, mais si leur qualité laisse à désirer. C’est toujours un moment fort. Elles me donnent parfois accès à des informations qui ne sont plus observables de visu. Je sais par exemple qu’ici, « Monsieur » n’a pas bramé dans ma direction, ce qui est pour moi un signe que ma présence ne l’a pas dérangé. J’ai parfois des interrogations « quand je vois les amygdales d’un cerf en photo ». En effet, il y a des raires qui ne sont en fait qu’une manifestation de défit et même parfois de colère à l’encontre du ou des témoins de la photo.

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Trois jours plus tard, le 3 octobre, la place de brame est vide et le 07 octobre, la population a changé. La place est ce jour-là occupée par une biche encore en attente de ses chaleurs et son faon, un Douze cors régulier de même âge et corpulence que le précédent mâle, avec la brève apparition d’un Six cors à pointes qui sera très rapidement chassé.

Les grands mâles qui participent au rut s’alimentent peu ou pas du tout pendant cette période. Alors que c’est la première préoccupation des biches quand elles sont sorties à découvert, notre mâle s’en est passé.

Cette période d’abstinence ou d’alimentation insuffisante doit durer environ un mois avec pas mal d’énergie dépensée à regrouper et surveiller les biches, à chasser les intrus ; c’est quand même dur. Il est courant que le maître de la place de brame finisse par laisser les biches qui n’ont pas encore eu leurs chaleurs à saillir à plus fringuant que lui, fatigué ou bien chassé par un prétendant plus fort. Tant qu’une biche en âge de procréer n’a pas encore eu ses chaleurs, le mâle dominant (et les autres prétendants de plus en plus pressants à la fin du brame, à l’affût d’une opportunité) reste en rut.

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