
Rencontre du Lynx pardelle, à la période du rut début janvier.
Le Lynx pardelle ou Lynx ibérique (Linus pardinus) ne vit que dans la Péninsule ibérique. La Sierra de Andújar (Andalousie) accueille le noyau de population le plus connu. J’ai longtemps ignoré son existence, contrairement à celle de son « cousin », le Lynx boréal (Lynx lynx). L’idée d’aller à sa rencontre m’est venu un soir d’automne, alors que j’étais venu admirer le retour des Grues cendrées au dortoir, à la Réserve Naturelle Nationale d’Arjuzanx (Landes). J’y avais fait la connaissance d’un passionné de Nature et après la tombée de la nuit, nous étions toujours à discuter de son séjour à Andújar pour observer le Lynx pardelle. Il m’avait vivement conseillé d’y aller à mon tour. J’en rêvais!
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I- Le Parc Naturel de la Sierra de Andújar
La Sierra de Andújar est située à l’extrème nord-est de la province de Jaén (Andalousie) dans le sud de l’Espagne, au cœur de la Sierra Morena, une zone de collines et de moyenne montagne assez diversifiée. L’altitude varie entre 200 m environ (Andújar) et 1 290 m (Pico Burcio del Pino).

Extrait d’une carte touristique du Parc Naturel, avec les informations les plus importantes – Syndicat d’Initiative Andujar.
Le Parc Naturel lui-même, situé au nord-ouest de la province, s’étend au nord d’Andújar, sur les premiers contreforts de la sierra Morena dominant la vallée du Guadalquivir. Il est accessible via la route A4 reliant Córdoba et Jaén, avec un Centre d’information à Viñas de Peñallana sur la A-6177 (pas toujours ouvert) pour orienter les visiteurs. Il s’étend sur une superficie de 74 774 hectares et comprend quatre agglomérations, Marmolejo, Andújar, Villanueva de la Reina et Baños de la Encina. La chaleur estivale y est très intense et il peut geler en janvier.
Il est caractérisé par de grandes forêts méditerranéennes avec diverses espèces de chênes et un maquis dense ; on y trouve le chêne vert (Quercus ilex) et le chêne-liège (Quercus suber) et aux altitudes les plus élevées, où l’humidité est plus importante, le chêne faginé (Quercus faginea).

Le rio Jándula, en hiver.
Plusieurs rivières le traversent dont les rios Jumblar et Jándula, affluents rive droite du Guadalquivir ; les rives de la Jándula possèdent des forêts riveraines bien préservées (frênes, aulnes, saules, lauriers-roses, tamaris, etc.).
Parmi cette végétation, il y a d’étonnantes formes de granit arrondies connues dans la région sous le nom de Bolos Graniticos ou bien de Piedras caballeras. A l’origine, cette roche dure s’est formée par la solidification de magma à une certaine profondeur, puis l’érosion de la roche qui le recouvrait l’a mis à découvert. Le granit est basiquement formé de trois minéraux, le quartz, le feldspath et le mica. Le feldspath et le mica se sont lentement altérés par l’action chimique de l’eau. Le vaste réseau de fractures observé sur la masse granitique, causé par la perte de volume lors de la consolidation du magma, a facilité la pénétration de l’eau de pluie et l’altération de la roche. Au final, le feldspath et le mica se sont transformés en argiles et le quartz en grains de sable, ce qui provoque l’effritement de la roche.

L’altération préférentielle par fractures finit par arrondir les blocs rocheux, créant ce paysage de blocs granitiques.
Ce matériau a de nombreux usages, par exemple comme mangeoire pour les animaux d’élevage.

Piste de la Lancha. Mangeoires (comederos de granito) pour les taureaux de combat.

Los Escarioles. Mangeoires (ou abreuvoirs?) pour les chevaux.

Taureau de combat (toro de lidia).
L’élevage est important, avec de vastes pâturages (dehesas) dédiés à l’élevage de taureaux de combat ainsi que des zones de maquis, parfois accidenté, consacrées à l’exploitation de la chasse du cerf, du daim, du mouflon et du sanglier ; c’est l’un des parcs de chasse les plus importants d’Espagne.

Une vue sur le Parc Naturel, depuis le Mirador del Peregrino, sur la A-6177 à la sortie de Viñas de Peñallana. A droite sur l’horizon, le Sanctuaire de la Virgen de la Cabeza.
Ce maquis, de type méditerranéen, est constitué entre autres de cistes, lentisques ou Arbre à mastic (Pistacia lentiscus), genévriers, etc. On trouve aussi des plantes aromatiques comme le thym, la lavande espagnole, le romarin, …

Ciste porte-labdanum ou Ciste à gomme (Cistus ladanifer ou Cistus ladaniferus), très parfumé.
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La chasse au gros gibier constitue une ressource économique importante. Elle a joué un rôle déterminant dans l’évolution du Parc, où elle a limité les possibilités d’affectation de ces grands espaces aujourd’hui protégés à d’autres usages tels que l’agriculture, l’élevage. Elle a aussi freiné le développement d’activités touristiques plus intensives.
Cette chasse se pratique dans des enclos immenses et entièrement clôturés de propriétés privées, où l’accès est interdit. Les visiteurs n’ont accès qu’à certaines pistes souvent bordées de clôtures où on se sent canalisé, équipées pour certaines d’entre elles d’observatoires de la faune. J’avoue que cela m’a de suite interpelé, alors que ce territoire a reçu le 18 juillet 1989 le statut officiel de Zone Protégée. Le concept de Parc Naturel est ici différent de ceux que l’on trouve ailleurs : son but est de préserver les anciens écosystèmes forestiers méditerranéens.
Les fincas, ces vastes domaines dédiés à l’élevage et/ou à la chasse, participent activement à la protection d’espèces très menacées qu’elles abritent derrière leurs clôtures, comme le Lynx pardelle ; il a trouvé ici une zone de refuge.

Sendero El Rumblar, traversant la Finca Gorgojil.
Certaines d’entre elles ont une convention de collaboration avec les différents projets LIFE qui se sont succédés pour sa protection. En restant sur les pistes, elles permettent l’observation du lynx dans son habitat naturel ; l’absence de clôtures ne nous donne pas l’autorisation de les quitter.

Monument à l’entrée de la ville, en venant de Bailén.
Berceau de l’activité cynégétique, Andújar (35 610 hab. en 2025) dispose d’ateliers spécialisés dans l’artisanat lié aux produits de chasse. La cuisine locale est également étroitement associée aux viandes de gibier. A l’entrée de la ville, on est accueilli par un monument dédié à la montéria. Il s’agit de grandes battues spectaculaires au gros gibier typiques de certaines régions d’Espagne et du Portugal, traditionnelles et populaires. Chasseurs et chiens s’y retrouvent très nombreux, avec une densité de gros gibier à leur disposition élevée. Cette pratique, payante, est très encadrée.
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Le sanctuaire Nuestra Señora de la Cabeza, sur son promontoire.
Le sanctuaire Nuestra Señora de la Cabeza offre une vue panoramique sur toute la Sierra. Il est situé au sommet du Cerro del Cabezo (altitude 686 m), accessible par la A-6177 depuis Andújar (32 km). Ce lieu revêt un attrait spirituel très important pour les communautés de la région ; il accueille la patronne d’Andújar et du diocèse de Jaén. Le dernier dimanche d’avril, il accueille une romería, le pèlerinage annuel à la Virgen de la Cabeza. C’est l’une des vierges les plus célèbres et l’une des plus connues du pays. Elle est la sainte patronne des chasseurs, ce qui n’a rien d’étonnant en sachant que c’est dans cette zone géographique que l’on trouve l’une des plus fortes concentrations de domaines de chasse au gros gibier d’Espagne.
La romería, déclarée d’Intérêt Touristique, rassemble des dizaines de milliers de pèlerins venus de toute l’Andalousie et de l’Espagne entière. Ce mot vient du latin romero, qui signifie le pèlerin qui part de Rome. Au fil du temps, ce mot a pris un sens plus large. Il s’applique à tous les pèlerins et a aujourd’hui une double signification : le pèlerinage et la procession, essentiellement faits par dévotion à un sanctuaire.

Montée des pèlerins vers le sanctuaire, sous la pluie! Derrière le tracteur, on aperçoit une effigie de la Virgen de la Cabeza.

Il pleut, même sous le chapeau andalou!
Le troisième jour des festivités, après s’être rassemblés la veille à Andújar, les pèlerins se rendent au Sanctuaire à pied, à cheval, en voiture, en tracteur, …, parfois habillés à l’andalouse. Pendant la nuit, ils chantent et dansent devant le sanctuaire. Le dernier jour a lieu la procession de la statue de la Vierge, et les festivités se terminent à Andújar par des fêtes en plein air traditionnelles.

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Les couchers de soleil au-dessus du sanctuaire sont magnifiques.
J’y ai été présent à ce moment-là et n’ayant rien prévu à l’avance, je n’avais pas trouvé à me loger. J’avais dormi dans mon Partner, prévu à cet effet. Des nuits passées au calme, que les lynx du cru m’ont envié. La montée depuis Andújar était saturée de gens joyeux, surveillés discrètement par des dizaines de véhicules de la Guardia Civil.
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II- Un peu de biodiversité de la sierra de Andújar
Le Parc Naturel de la Sierra de Andújar abrite une biodiversité remarquable. L’accès touristique du Parc est limité, les nombreuses propriétés privées étant pour la plupart interdites d’accès. Le sentier le plus important qui le traverse est le GR 48 ou Sendero de la Sierra Morena, qui traverse cette chaîne de montagnes d’Ouest en Est sur 590 km d’itinéraire balisé et qui commence dans la ville portugaise de Barrancos, à la frontière de l’Andalousie avec le Portugal. Il se termine à Santa Elena, une municipalité montagnarde au nord de la Province de Jaén. Il passe par le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza et à Baños de la Encina.
Quelques petits sentiers balisés avec un nom spécifique que l’on retrouve sur les plans touristiques permettent de découvrir en partie la faune, entre autres les sentiers Jabali-Encinarejo (3,4 km) et El Rumblar (piste, 15,5 km aller) sur le GR 48, le sentier El Encinarejo (3 km) le long du rio Jándula.

La vedette du Parc, à Andújar.
Les vedettes du Parc sont des espèces typiques de la forêt méditerranéenne, comme le Lynx ibérique, l’Aigle impérial ibérique et le Vautour moine.

Reproduction d’une carte du Parc Naturel, avec des icones représentatives des principales espèces présentes.
Parmi ces icones, celle en forme de « crocodile » représente la Mangouste ichneudon ; pour les oiseaux aux ailes déployées à la verticale, il s’agit de l’Aigle impérial ibérique et de l’Aigle royal. Les autres icones parlent d’elles-mêmes.
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2-1 Les oiseaux du Parc Naturel de la Sierra de Andújar
La liste des oiseaux présents à diverses périodes de l’année est très longue, avec au moins 178 espèces d’oiseaux répertoriés.
Les grands rapaces sont nombreux, avec donc entre autres l’Aigle impérial ibérique ou Aquila imperial ibérica (Aquila adalberti) et l’Aigle royal ou Aquila real (Aquila chrysaetos, sous-espèce homeyeri), mais aussi le Vautour fauve ou Buitre leonado (Gyps fulvus), le Vautour moine ou Buitre negro (Aegypius monachus), le Vautour percnoptère ou Buitre egipcio, migrateur (Neophron percnopterus).
On peut aussi observer le Hibou grand-duc ou Búho real (Bubo bubo), le Faucon crécerellette ou Cernícalo primilla (Falco naumanni). La faune aquatique est présente sur les lacs de barrage et les rivières, dont la Cigogne noire ou Cigüeña negra (Ciconia nigra), migratrice.
Sur le sentier El Encinarejo qui démarre au « Puente de Hierro » vers l’Embalse del Encinarejo le long du rio Jandula, on peut côtoyer de nombreuses bandes de Pies-bleues ibériques (Cyanopica cooki), que j’aime bien. On peut aussi rencontrer le Bouvreuil pivoine ou Camachelo común (Pyrrhula pyrrhula). La Pie bavarde ou Urraca común (Pica pica) est aussi présente et on la retrouve parfois perchée sur le dos d’un cervidé.

Aigle impérial ibérique. Pista de la Lancha.

Aigle impérial ibérique en vol. Sendero Jabali-Encinarejo.

Le même oiseau, plus proche.
L’Aigle impérial ibérique est quasi endémique de la péninsule Ibérique et présent principalement en Espagne. Les adultes sont sédentaires, tandis que les juvéniles sont plus dispersifs. Ils nichent généralement dans les arbres, leur habitat naturel étant les forêts méditerranéennes, où poussent de grands chênes du genre Quercus. Dans ces forêts, les aigles se nourrissent principalement de lapins, puis d’autres oiseaux. Grâce au soutien du programme européen LIFE et au travail coordonné des divers organismes et des propriétaires fonciers, le nombre de couples espagnols est passé de 536 en 2017 à 821 en 2021 ; il était passé de 38 en 1974 à 253 en 2008, puis 261 en 2010.
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L’Aigle royal, Aguila real (Aquila chrysaëtos, sous-espèce homeyeri).

Le même, ailes repliées. Sendero del Rumblar.
Chez l’Aigle royal, les adultes sont sédentaires et les juvéniles ont tendance à se disperser. Le couple construit le nid sur les arbres ou les falaises. En Espagne, il se nourrit de mammifères et d’oiseaux de taille moyenne.
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Vautour moine. Pista de la Lancha.

Vautour moine. Sendero del Rumblar.
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Vautour fauve. Sendero del Rumblar.
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Une bande de Pies-bleues ibériques ou rabilargo iberico (Cyanopica cooki). Sendero El Encinarejo.

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Pie-bleue ibérique sur un arbousier. Sendero del Rumblar.
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Martin-pêcheur d’Europe (Alcedo atthis), sur le rio Jándula.

Plongeon positif.

Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla cinerea). Rio Jándula.

Huppe fasciée ou Abubilla (Upupa epops), au bord du rio Jándula, en décembre.
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Guêpiers d’Europe ou Abejarucos europeos (Merops apiaster), au mois d’avril. Ruta del Toro Bravo, piste de Los Escorales vers Los Alarcones (14.2 km).

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Guêpier d’Europe, venant d’attraper un bourdon en plein vol.

Vue agrandie.

Guêpiers d’Europe. Vers Los Alarcones.
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Pie-grièche à tête rousse ou alcaudón común (Lanius senator). Fin avril, vers Los Alarcones.
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Parmi les espèces présentes, certaines sont aussi dans notre Sud-Ouest, migratrices ou non, mais cela ne m’empêche pas de les photographier. Par exemple :

Perdrix rouge ou Perdiz roja (Alectoris rufa), très nombreuses.
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Merle Noir, un mâle, ou Mirlo común (Turdus merula).
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Le plongeon du Pigeon ramier ou Paloma torcaz (Columba palumbus), bien connu dans notre Sud-Ouest, début janvier.
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Bruant fou ou Escribano montesino (Emberiza cia), oiseau montagnard présent aussi dans nos Pyrénées.
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Certains passages du Sendero del Rumblar sont autant de magnifiques balcons surplombant une grande partie de la province de Jaén ; par temps clair, les vues sont magnifiques avec l’opportunité de photographier de grands rapaces.

Aigle royal, depuis el Sendero del Rumblar.

Par temps clair comme aujourd’hui, on aperçoit au lointain les sommets enneigés de la Sierra Nevada.

Le château de Burgalimar appelé aussi de Burch Al-Hamma, ancienne forteresse omeyyade dominant Baños de la Encina et bâtie au 5è siècle.
En plus d’espèces déjà citées, voici une liste incomplète de quelques autres espèces présentes sur ce sentier, selon la période de l’année :
_ Parmi les sédentaires : Aigle botté ou águila calzada (Hieraaetus pennatus), Circaète Jean-le-Blanc ou culebrera europea (Circaetus gallicus), Chevêche d’Athéna ou Mochoelo europeo (Athene noctua), Pic vert ibérique ou Pito real ibérico (Picus viridis/sharpei),
_ Parmi les migrateurs : Bondrée apivore européenne ou abejero europeo (Pernis apivorus), Milan noir ou Milano negro (Milvus migrans), Coucou Geai ou Crialo europeo (Clamator glandarius),
Certains passereaux se réfugient dans le maquis dense et il est interdit de les approcher, mais on peut les observer avec les moyens appropriés. Parmi eux, on trouve quatre espèces de fauvettes : Fauvette pitchou ou Curruca rabilarga (Curruca undata), Fauvette orphée, migratrice, ou Curruca mirlona (Curruca hortensis), Fauvette passerinette (ou F. des Balkans) ou Curruca carrasqueña occidental (Curruca iberiae), Fauvette mélanocéphale ou Curruca cabecinegra (Curruca melanocephala).
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2- 2 Les mammifères du Parc Naturel de la Sierra de Andújar
Les mammifères sont également nombreux. Dans les espèces représentatives du Parc, je peux citer : Mangouste ichneumon (Meloncillo), Loutre d’Europe (Nutria), Cerf ibérique (Ciervo iberico), Daim d’Europe (Gamo), Bouquetin ibérique (cabra montés ibérica), Mouflon d’Europe (Muflón), Sanglier (Jabalí). Le Lynx pardelle (Lince ibérico) est l’animal emblématique du Parc. Le Loup (Lobo) était également présent dans la partie la plus au Sud du Parc. Dans un article publié en 2005 par l’association FERUS (la gazette des grands prédateurs n° 16, juillet 2005) « la Sierra Morena abrite également les derniers loups d’Andalousie. … Il resterait environ 5 meutes de loups ». A la date de ma publication, il n’aurait pas été observé depuis 2010, information qu’il m’a été impossible de confirmer.

Le rio Jandula et le barrage de l’embalse del Encinarejo. Lieu d’observation de la Loutre d’Europe et parfois, du Lynx pardelle qui traverse à cet endroit-là sur la passerelle.
Je n’ai observé des sangliers et des mouflons que de loin ; la Loutre d’Europe (Lutra lutra) est facilement observable à El Encinarejo, sur le rio Jandula. Certaines publications signalent la présence dans la partie montagneuse à la végétation dense du Chat forestier ou sylvestre, el Gato montés (Felis silvestris), sans plus de précisions.
D’autres espèces plus habituelles sont également présentes, comme le Lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus), le Lièvre ibérique (Lepus granatensis), la Genette commune (Genetta genetta) très difficile à observer, sinon sur des pièges photographiques, le Renard roux ibérique (Vulpes vulpes silacea), le Blaireau (Meles meles).
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La Mangouste ichneumon (Herpestes ichneumon) est la seule mangouste européenne. Elle est présente uniquement dans le sud-ouest de la péninsule ibérique : la Sierra Morena, le parc national de Doñana et les montagnes de Cadix et de Malaga pour la partie espagnole, dans l’Algarve pour le Portugal. Des études scientifiques très récentes ont montré une forte différenciation génétique par rapport aux populations africaines, indiquant que cette espèce aurait atteint la péninsule en traversant le détroit de Gibraltar pendant les fluctuations du niveau de la mer survenues à la fin du Pléistocène, qui excluraient l’introduction par l’homme. J’ai fait une publication particulière sur la Mangouste ichneumon, accessible en tapant ce mot-clé sur mon site.

Mangouste ichneumon ou Mangouste d’Egypte, sur la rive du rio Jándula.
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La Péninsule ibérique (Espagne et Portugal) abrite une sous-espèce du Cerf élaphe (Cervus élaphus) que l’on connaît bien chez nous. Appelé en Espagne « el Ciervo ibérico », le Cerf ibérique (Cervus elaphus hispanicus) est plus petit que notre Cerf ; sa livrée d’été est gris brunâtre, son crâne plus petit et ses bois moins développés. Le cerf ibérique a conservé certaines caractéristiques qui le rend similaire à celles des cerfs qui occupaient l’Europe avant la période glaciaire, telles que l’angulation dans la corne au début de la couronne. Je lui ai consacré une publication, que l’on peut retrouver dans mes archives.

Un cerf en velours (fin avril).

Biches et leurs bichettes (fin avril). Les ventres sont bien arrondis, les naissances approchent.

Une biche attentive.

Un portrait de famille. avec biche et bichette.

A l’approche de la nuit et au matin, cerfs et biches sortent sur les pistes.

Un six cors, dans la brume matinale.

Un magnifique cerf solitaire au matin, un 16 cors irrégulier.

Entraînement de jeunes cerfs en pleine journée, dans un endroit tranquille.

Cerf daguet.

Entre ombre et lumière.

Il me regarde.

Un autre instant paisible.

Un six cors en soirée.

Un seize cors régulier, magnifique.

Ambiance, le soir venu.
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Le Daim d’Europe (Dama dama) est bien présent en Andalousie. On peut facilement l’observer dans la sierra de Andujar. Le rut, période spectaculaire, a lieu légèrement plus tard que celui du Cerf élaphe, en octobre. Il a été introduit en Espagne dans l’Antiquité, mais les circonstances exactes restent inconnues. À la fin du 19è siècle, il vivait à l’état sauvage dans la Sierra Morena, le bassin du Tage et les Monts de Toledo, ainsi que dans divers territoires de chasse royaux.

Daims d’Europe mâles, en tenue hivernale (roussâtre tachetée de blanc en été). Ils vivent en solitaire ou en petits groupes séparés des femelles.

Daim mâle, bien reconnaissable au pinceau pénien et à ses bois plats et palmés.

Daims femelles ; elles ne portent pas de bois.

L’écusson (tache sur les fessiers) est blanc, limité par des lignes extérieures noires caractéristiques. La queue est souvent en mouvement.

Contrairement à la France où il est considéré comme une espèce d’agrément, il vit en totale liberté en Espagne.
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Un petit noyau de Bouquetins ibériques (Capra pyrenaica) est présent sur les falaises autour du barrage de la Lancha. Ils sont de la sous-espèce hispanica, la plus répandue. Elle est présente dans le Sud et l’Est en Espagne où elle fréquente les zones montagneuses près de la Méditerranée, la population principale étant dans la Sierra Nevada. Elle présente des cornes plus étroites et plus recourbées par rapport à celles de la sous-espèce victoriae, introduite dans nos Pyrénées en provenance de la sierra de Guadarrama. Le rut commence à la mi-novembre et peut durer jusqu’à la mi-janvier. Curieusement, je n’ai observé que des femelles, même en période de rut.

L’étagne, femelle de Bouquetin ibérique. Poblado de La Lancha.

Début janvier. En dehors de la période de rut, les femelles et leurs cabris vivent en groupes séparés des mâles.

Fin avril. Futur(s) éterlou(s) et/ou future(s) éterle(s).
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2-3 Les reptiles de la Sierra de Andujar

Couleuvre à échelons ou Culebra de escalera. Sendero del Rumblar.
Le Parc Naturel abrite de nombreux reptiles (voir l’origine de l’inventaire dans le lien en annexe) :
_ Six Couleuvres (Famille Colubridae) : Couleuvre à échelons ou Culebra de escalera (Zamenis scalaris), Couleuvre astreptophore ou Culebra de collar mediterránea (Natrix astreptophora), Couleuvre de Montpellier ou Culebra bastarda (Malpolon monspessulanus), Couleuvre fer à cheval ou Culebra de herradura (Hemorrhois hippocrepis), Couleuvre vipérine ou Culebra viperina (Natrix maura), Coronelle girondine ou Culebra lisa meridional (Cororonella girondica).
_ Une Vipère (Viperidae) : Vipère de Lataste ou Víbora hocicuda (Vipera latastei).
_ Cinq Lézards (Lacertidae) : Acanthodactyle commun ou Lagartija colirroja (Acanthodactylus erythrurus), Lézard hispanique ou Lagartija ibérica (Podarcis hispanicus), Lézard vert ibérique ou Lagarto verdinegro (Lacerta schreiberi), Psammodrome d’Algérie ou Lagartija colilarga (Psammodromus algirus), Psammodrome hispanique ou Lagartija cenicienta (Psammodromus hispanicus).
_ Deux Tortues (Emydidae) : Cistude d’Europe ou Galápago europeo (Emys orbicularis), Emyde lépreuse ou Galápago leproso (Mauremys leprosa).
_ Deux Scinques (Scincidae) : Scinque à trois doigts ou Eslizón tridáctilo ibérico (Chalcides striatus), Scinque ibérique ou Eslizón ibérico (Chalcides striatus).
_ Un Amphisbène (Blanidae) : Amphisbène cendré ou Culebrilla ciega (Blanus cinereus).
_ Un Gecko (Gekkonidae) : Gecko nocturne ou Salamanquesa rosada (Hemidactylus turcicus).
_ Une Tarente (Phyllodactylidae) : Tarente de Maurétanie ou Salamanquesa común (Tarentola mauritanica).
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III- Où et quand rencontrer le Lynx pardelle
3-1 Où rencontrer le Lynx pardelle
Ce renseignement, pratiquement tous les hébergements autour de Viñas de Peñallana seront capables de vous le fournir, ainsi que les offices de tourisme. On le trouve aussi sur le Net et je ne vais pas faire d’exception à la règle avec cette publication. Personnellement, je ne prépare pratiquement aucune de mes sorties ; je fais confiance à la Providence et j’ai régulièrement de belles surprises, favorisées par de belles rencontres.
Cependant, quand le séjour représente un gros investissement et/ou en venant de loin, on aime bien, c’est sûr, donner un coup de pouce au destin. La meilleure des solutions est alors de s’en remettre à un guide Nature ou à une Agence de voyage, en s’y prenant à l’avance, au moins pour la période de forte affluence qu’est le rut. Vous trouverez pas mal d’opportunités en faisant quelques recherches sur le Net.
La zone située autour de Viñas de Peñallana est le meilleur endroit pour se loger, afin d’avoir un accès facile aux sites d’observation. A la date de cet article, il n’y a pas de station de carburants ; pensez à faire le plein à Andújar.

IberianLynxLand, que vous croiserez régulièrement.
Les possibilités de guide local, que je n’ai pas testées, sont également affichées dans les offices de tourisme, les hébergements, restaurants, etc.
Vous avez donc deux possibilités :
_ utiliser les services d’un professionnel ; la plupart ont des accords avec des fincas privées, où le lynx est bien plus accessible. Depuis un affût fermé loué à la journée (voir les différentes options tarifères possibles), vous aurez l’occasion d’être en présence du lynx au plus vite, au plus près et d’assurer vos clichés et vidéos. Il en est de même pour les autres espèces emblématiques du Parc. En agissant ainsi, vous ne prenez pas le risque de retourner bredouille et vous écourtez le temps d’attente pour croiser le regard de cet animal mythique qui a failli disparaître ; bref, vous assurez votre voyage. Je n’ai à ce jour testé aucun organisme.
_ vous en remettre au destin, comme je l’ai personnellement fait. Vous pouvez alors le rencontrer de suite ou passer la semaine sans le voir, mais vous aurez fait connaissance avec la région et si vous n’êtes pas du genre renfrogné, vous ferez de belles rencontres. Choisissez bien votre période.
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Carte recadrée avec les principaux sentiers, certains lieux d’hébergement.
La piste de la Lancha (appelée aussi Sendero Los Escarioles) reste l’endroit ouvert au public le mieux approprié pour observer le Lynx pardelle pendant le rut. Elle est accessible depuis Viñas de Peñallana par une route étroite (JH-5001), régulièrement en mauvais état mais goudronnée. Après 11 km, on arrive à Los Escoriales, à un carrefour de trois directions.

Carrefour des 3 pistes, avec le balisage du GR 48.

Tout droit, la piste carrossable JH 5001 continue vers le mirador Los Alarcones.
Vous prenez la direction du Mirador del Embalse del Jándula (sendero Los Escarioles). Si on continue tout droit, on prend la piste de Los Escorales vers le Mirador Los Alarcones et à main droite, la piste du Sendero Del Rumblar.

Panneau explicatif du Sendero Los Escoriales.
La piste de la Lancha se développe sur 9,5 km de Los Escarioles jusqu’à l’Embalse del Jándula et légèrement plus, en passant par le Mirador del Jándula et le Poblado (village) de la Lancha (fondé vers 1927 pour la construction du barrage). Elle est carrossable et en principe en bon état.

Début de la piste carrossable.
Elle passe au début au milieu de pâturages, puis elle traverse une zone de maquis plus accidenté et propice à la présence du Lynx. Si vous arrivez après les autres, vous commencerez à voir du monde quelques centaines de mètres plus loin et à être au courant des dernières nouvelles sur l’animal. Vous aurez la possibilité de voir le lynx d’assez près mais il y est plus difficile à observer.

Une partie des passionnés, début janvier.
C’est plus loin que vous verrez la plus forte concentration d’observateurs, qui sont autant de paires d’yeux qui scrutent ce maquis dense et vous aideront dans votre recherche.

Un aperçu de la topographie du territoire du Lynx, un matin de gelée. Au-dessus de la mer de nuages, le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza.

Une partie du territoire de la Finca Los Escoriales, très étendue. Plusieurs lynx y évoluent librement.

La piste n’est pas partout bordée de clôtures, mais il est strictement interdit d’en sortir. Les lynx circulent sans entraves.

Le début de la descente vers le village de la Lancha. En arrière-plan, el Cero del Cabezo avec son sanctuaire Nuestra Señora de la Cabeza.
La piste domine sur plusieurs kilomètres un immense panorama très ouvert, avec des secteurs où l’on a plus de chances de repérer un lynx lorsqu’il se déplace ou se repose. Il faut vraiment que nos yeux y tombent dessus ; le nombre d’observateurs n’est donc pas vécu ici comme un handicap. A la période du rut, il peut passer de longs moments de la journée à dormir, entrecoupés de séances de toilettage.
L’animal ne reste pas pas cantonné à un secteur très précis. Il traverse aussi la piste. C’est le cas en particulier pour les mâles, à la recherche d’une femelle en chaleurs. Il peut apparaître là où on ne l’attend pas et disparaître tout aussi facilement. Vous ne le saurez pas mais il a pu passer juste derrière vous, à pas de velours.
D’une façon générale, le Lynx pardelle est très discret et vous ne l’impressionnez pas. Comme son cousin le Lynx boréal surnommé « le fantôme des forêts », on pourrait à son tour l’appeler « le fantôme de la Dehesa ».
Des observatoires avec possibilités de stationnement sont disposés depuis plusieurs années le long de la piste. Appelé localement le secteur des belvédères, c’est l’endroit où on a le plus de chances de le voir, mais de plus loin.

Ici, deux observatoires l’un en dessous de l’autre, où j’ai eu l’occasion d’observer un mâle en déplacement.

Parking près du point d’observation ci-dessus.

Les consignes à respecter.
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IV- Mes rencontres avec le Lynx pardelle
Par une journée couverte de fin avril, j’ai fait ma première rencontre avec le Lynx pardelle. Il était 13h00 et je surveillais les alentours depuis la piste de la Lancha ; j’étais seul. Il est apparu et j’ai mis un peu de temps à identifier ce qui se présentait. J’avais passé la nuit à la Villa Matilde, où j’étais le seul client. J’avais expliqué le but de ma présence et alors que je n’avais aucune expérience sur cet animal, Roland, le patron, m’avait indiqué où aller mais sans trop s’avancer sur mes chances de succès. Cependant, la chance sourit aux « débutants ». L’apparition fut brève mais suffisante pour en profiter. Je n’avais que mon objectif 70-200 mm à portée de main pour l’immortaliser. J’en garde un excellent souvenir.

27 avril, 13h00 – Le Lynx pardelle, remontant une piste de la finca Los Escarioles.

Le même cliché, raisonnablement recadré.
En dehors de la période du rut, le lynx chasse principalement au crépuscule et la nuit. Il pourrait s’agir ici d’un jeune de l’année précédente, plus actif de jour, ou d’une femelle à la recherche d’une proie pour sa progéniture. Je ne peux rien affirmer.
Alors qu’il n’avait pas plu depuis des mois en Andalousie, le lendemain au lever du jour, il tombait des cordes. Les jours suivants, les prévisions n’étaient pas terribles. Après en avoir discuté avec Roland, je quittais la Villa Matilde pour continuer mon périple.
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Mon séjour suivant a eu lieu du 09 au 12 décembre, un peu tôt pour la période de rut du Lynx pardelle mais je voulais échapper à la cohue des fêtes de fin d’année. Je suis revenu à la Villa Matilde, où un groupe de photographes français encadré par un accompagnateur était déjà présent ; je n’en garde pas un souvenir de convivialité et je suis allé loger ailleurs à partir du 3ème jour. Manifestement, ma présence les gênait et je n’appréciais pas particulièrement un certain engouement pour la « coche ». Cela n’avait donc rien à voir avec l’accueil de Mercedes et Roland, qui était resté tout aussi agréable. Il y avait pas mal d’observateurs sur la piste de la Lancha, en grande majorité bredouilles et même pour « le groupe ». J’ai senti rapidement qu’il était trop tôt et je suis allé me balader dans les environs pour observer la faune. Je n’ai pas vu de lynx (comme la plupart des gens présents dans la semaine) mais j’ai été content de mes autres observations.
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Mon troisième passage était du 28 au 29 décembre. Il y avait beaucoup de monde. Cela devient déjà un peu plus difficile de se loger si on ne s’y est pas pris à l’avance, ce qui était mon cas. Renseignements pris, il y avait pour l’instant très peu d’activité de rut. Il faisait encore très chaud pour cette période. Le seul évènement marquant a été l’observation, tout un après-midi, d’un lynx en train de faire sa sieste à grand distance à l’ombre d’un arbre. Difficile à observer, il bougeait à peine de temps en temps pour un brin de toilette. Ma patience n’a pas été récompensée. L’ambiance était très sympathique, avec beaucoup d’Espagnols passionnés de nature.
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Après avoir observé furtivement le premier lynx de ma vie au bout de deux heures d’attente, je n’ai pas voulu rester sur les bredouilles des séjours suivants. Il me fallait insister un peu plus. J’ai décidé d’y consacrer plus de temps et j’ai préparé mon séjour pour être présent « au milieu de la foule », au pic de fréquentation des vacances des Fêtes de fin d’année. Là, je n’ai pas été déçu : beaucoup de monde mais autant de paires d’yeux pour scruter depuis les points de vue répartis un peu partout.
Ce quatrième séjour, du 03 au 08 janvier, a été très fructueux. Après être passé voir mon hébergement, je me suis rendu sur la piste de la Lancha en fin d’après-midi. A peine arrivé au début de la partie intéressante de la piste, j’entends un lynx miauler avec insistance, sans le voir. Le séjour commence bien! Cela me met de suite en confiance et il y aura d’autres moments comme celui-là. De plus, il fait très beau et frais.

04 janvier, 10h00 – Mon premier lynx du séjour ; il vient de finir de consommer une proie et disparaît derrière le talus.

04 janvier, 10h25 – Un peu plus tard et un peu plus loin, deux lynx adultes sont en pause sur un promontoire rocheux. L’un des deux est probablement l’animal observé précédemment.

Le mâle, à gauche, observe la femelle, qui peut être Granza très connue des habitués. C’est son territoire.

Cette dernière a déjà accepté la présence du mâle. Elle le laisse l’approcher sans réagir. Il a levé la queue et je n’ai plus alors de doute sur son sexe.

Plus de doute non plus pour la femelle, qui s’éloigne tranquillement.

Le mâle la suit, à quelques mètres.

Les deux vont disparaître de ma vue.
L’observation de cette scène me fait penser que le couple est déjà formé mais il n’y a pas encore de signe faisant penser à une femelle réceptive.
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Un peu plus tard, un autre lynx traverse la piste à quelques mètres devant moi. L’animal est seul. A l’observation de ses favoris, il n’a rien à voir avec le couple précédent et me semble plutôt jeune, peut-être issu de la dernière portée. Je ne pourrai pas savoir son sexe.

04 janvier, 12h15. Pensif, il fait une halte juste devant moi, très proche.

Il est à l’écoute, devant lui, …

… puis il continue son chemin. Malheureusement, il ne va pas redresser sa queue.

J’ai du mal à le suivre dans la végétation.

Il se glisse sous les branches basses.

Je le perds de vue. L’observation aura duré un petit moment.
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Le lendemain, alors que la lumière s’adoucit, un animal apparaît dans le secteur des belvédères. C’est aussi un mâle, facile à deviner sur le second cliché où il expose ses organes génitaux. Après l’avoir entendu miauler à plusieurs reprises, j’ai fini par l’apercevoir. Le jacassement des pies bavardes qui houspillent l’animal trahit également sa présence. Il pourrait s’agir de Malabar si j’ai bien compris, mais cela reste sous réserve.

05 janvier, 16h45.

05 janvier, 16h50. Il ne peut être qu’à la recherche d’une partenaire.
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A quelques centaines de mètres de là, une femelle est présente à proximité d’éboulis. Les yeux mi-clos, elle profite des derniers rayons de soleil.

05 janvier, 17h35 – Madame se repose (au centre de la photo).

Son comportement est celui d’un chat, les yeux mi-clos.

Elle s’est relevée et elle n’est pas seule. A ses pieds et caché par un rocher, un mâle s’est approché.

Elle a les yeux grands ouverts dans la direction du mâle, dont on commence à apercevoir les pinceaux noirs surmontant ses oreilles.

La femelle fait un brin de toilette, sous les yeux du mâle qui reste à distance.

Le temps passe ; relevé, le mâle baille longuement. On distingue bien sa face ornée de favoris mais le reste du corps se confond avec le rocher.

En fait, il ne se passe pas grand chose. Les deux semblent s’ignorer, tout en se surveillant.

Le mâle occupe son temps en se toilettant et ne tente rien. Il est 17h54 et le soleil a disparu.

18h02 – La femelle s’est relevée et s’est dirigée vers les éboulis. Le mâle, hors cadre, la suit.

Après une halte brève pour se gratter puis assouvir ses besoins, la femelle disparaît, suivie à quelques mètres par le mâle. La nuit ne va pas tarder.
Le comportement de ce couple, à distance très prudente l’un de l’autre, n’a rien à voir avec celui observé la veille. La femelle a ici des favoris plus blancs et plus longs que ceux de Granza. Pour moi, il n’y a pas de doute, c’est une autre femelle. Deux femelles connues étaient présentes sur ce territoire à cette période, la seconde étant Magarza. Elle lui ressemble et il s’agit probablement d’elle.
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Le lendemain, je passerai ma matinée ailleurs pour prendre des photos en billebaude et éventuellement, rencontrer le lynx dans un milieu plus tranquille. Je reviens en début d’après-midi sur la piste de la Lancha. La journée est belle et l’activité des lynx ralentit aux heures les plus chaudes.

06 janvier, 13h40.
Je retrouve à nouveau un couple de lynx, en train de se reposer. Ils sont proches l’un de l’autre mais bien trop loin pour que je puisse tenter un quelconque rapprochement avec mes précédentes observations. Il ne va rien se passer de particulier. La femelle se repose en position couchée, le mâle à côté d’elle avec la tête relevée. Pendant 1h40, la femelle ne bouge pas et le mâle se relève de temps en temps pour changer de position autour d’elle. Je n’arrête pas de prendre des photos pour les zoomer, puis je finis par me lasser. Il ne passera rien d’ici le soir.
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Nous sommes maintenant le 07 janvier et il a gelé cette nuit ; mon pare-brise me le rappelle et je passe du temps à le dégivrer. La campagne est blanche, sous un beau soleil. On est dimanche et il y a bien moins de monde ; cela se remarque après l’animation des jours précédents. Les vacances sont bientôt terminées pour la plupart des « aficionados ». Cela facilite le dialogue et je passerai pas mal de temps à échanger. Le seul lynx que je verrai est bien trop loin pour en montrer une photo présentable.
Le 08 janvier, après une dernière visite des lieux au matin, je continuerai mon périple. J’apprendrai deux jours plus tard, par quelqu’un qui est resté, qu’un couple s’est accouplé devant son objectif.
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V- Présentation du Lynx pardelle
5-1 Quelques informations générales sur le Lynx pardelle
Le Lynx pardelle est un animal généralement solitaire et très discret, facilement reconnaissable à ses oreilles triangulaires surmontées de fins pinceaux de poils noirs. Sa tête paraît petite par rapport à son corps. Sur le contour de la face, de longs poils descendent en favoris très développés et qui se rejoignent souvent sous le menton ; le bord extérieur en est noire et l’extrémité souvent blanche. La longueur de ces favoris et des pinceaux s’accentue avec l’âge.
Son pelage foncé, plutôt brun, est orné de nombreuses taches noires bien marquées et plus ou moins étirées qui favorisent son camouflage. A l’observation de la disposition de ces taches, il serait parfois possible de différencier les individus ; cela demande un oeil averti. La population de la sierra Morena présente trois variétés de taches, généralement regroupées en mouchetage grossier, mouchetage intermédiaire et mouchetage fin.

Le couple, provisoirement constitué. Difficile de percevoir une différence de corpulence.
Côte à côte, le mâle est généralement plus grand et plus gros que la femelle. Son poids adulte varie entre 7 et 16 kg pour les plus lourds, 12 kg en moyenne pour le mâle et 9 kg pour la femelle.
Son acuité visuelle est surtout une adaptation a la vision crépusculaire, nécessaire pour la capture de ses proies. Son ouïe est très développée.
Son régime alimentaire est strictement carnivore, sans variation saisonnière notable. Il est constitué en grande majorité (90% et plus) par le Lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) ; la présence de ce dernier est donc un élément majeur pour sa survie. Ces deux mammifères ont un point en commun : ils sont surtout actifs au crépuscule et la nuit, ce qui favorise leur « rencontre ». Le lynx n’aime pas la chaleur ; l’été, il passe la plus grande partie de la journée à se reposer. La baisse des températures hivernales favorise ses déplacements de jour.
Comme notre chat domestique, il chasse à l’affût ou à l’approche mesurée, pour bondir au dernier moment par surprise sur sa proie qui sera consommée généralement sur place, selon sa taille. Un lynx adulte consomme environ 1 kg de nourriture carnée par jour, fraîchement tuée.

Lapin de Garenne dans son biotope. Sierra de Andujar.
Les différents acteurs du rétablissement du Lynx ibérique (projet LIFE Iberlince) sont particulièrement préoccupés par le déclin de la population de lapins de garenne, sa principale proie, qui a diminué de 70 % dans ses habitats naturels depuis 2015.

Perdrix rouge dans son biotope. Sierra de Andujar.
L’espèce est confrontée à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

Canard colvert, sur le rio Jandula. Biotope également de la Loutre d’Europe.
En complément alimentaire si la ressource principale est insuffisante, il peut aussi se nourrir de Perdrix rouges, de levreaux et d’autres petits mammifères comme des rongeurs. Il peut aussi s’attaquer à des petits d’ongulés sauvages jeunes, affaiblis ou blessés et exceptionnellement à des anatidés.
En l’absence du loup, le Lynx pardelle se situe au sommet de la chaîne alimentaire dans son milieu. Dans les zones où il est protégé, la présence de l’Homme ne le dérange pas ; il a plutôt tendance à l’ignorer.
Dès qu’il a acquis un territoire, le mâle ne tolère plus la présence d’un rival. Il en est de même pour la femelle, sauf pendant la période de reproduction ou s’il s’agit d’un individu d’une ancienne portée. Ce territoire, comme pour le fait notre Chat domestique, est régulièrement marqué par des griffures sur le bois et par des jets d’urine. Avec l’augmentation de la population et l’utilisation de colliers GPS qui amènent une meilleure connaissance des mœurs de l’animal, les scientifiques se rendent compte aujourd’hui qu’il vit beaucoup plus en famille qu’on ne le pensait. En particulier, la question se pose pour le mâle géniteur qui, d’après certaines études, jouerait un rôle de protecteur de sa portée mais le fait ne me semble pas suffisamment documenté.
Les autres prédateurs carnassiers sont également refoulés. Il peut s’attaquer au Renard roux, son principal concurrent alimentaire qu’il n’a aucun mal à éliminer. Il en est de même pour la Genette d’Europe ou le Chat forestier, d’autant plus pour la femelle que ces mammifères constituent une menace pour ses petits.
Le territoire du mâle, plus grand, empiète sur celui d’une ou de plusieurs femelles. L’étendue du territoire de chacun dépend de l’abondance de la ressource alimentaire et se mesure en plusieurs centaines d’hectares, en moyenne d’environ 600 hectares.
L’animal a besoin de s’abreuver régulièrement ; il apprécie l’eau et sait nager.
Bien que les populations soient aujourd’hui en expansion continue, il reste menacé par la raréfaction de ses proies (maladies qui touchent le Lapin de garenne), les collisions routières, le braconnage, la destruction de son habitat naturel.
En 2023, on dénombre au total pour l’Espagne et le Portugal 2 021 individus (mâles, femelles et jeunes). Le Lynx ibérique passe alors de la catégorie « en danger » à « vulnérable » sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En 2024, la population continue à augmenter avec 2401 individus, 2047 en Espagne et 354 au Portugal. La population de Castille-La Manche (842) dépasse maintenant celle d’Andalousie (836), avec une moyenne de 2,3 petits par femelle territoriale.
Le nombre de femelles reproductrices continue aussi à augmenter, avec 470 femelles territoriales en 2024 ; cela représente 63 % de l’objectif total de 750 femelles pour que l’espèce soit considérée Hors de Danger.
Le dernier projet, LIFE 19NAT/ES001055 LYNXCONNECT « Création d’une métapopulation de lynx ibérique (Lynx pardinus) génétiquement et démographiquement fonctionnelle (2020-2025) », est le quatrième projet LIFE de la Commission européenne pour la conservation du lynx ibérique ; il vient de se terminer.
Lors de mon dernier séjour à Andújar, on m’avait posé cette question : combien penses-tu qu’il y ait de lynx qui circulent ici (en parlant de la piste de la Lancha)? J’avais répondu : « je ne sais pas, mais peut-être 4 ou 5? ». J’ai observé en fait au moins 5 individus différents : 2 mâles dont Malabar, deux femelles et un jeune subadulte.
En 2025, deux femelles sont avérées présentes sur ce territoire. Granza est une femelle née en 2010 ; malgré son âge avancé, elle avait encore donné naissance à trois petits en 2024. Fin décembre 2025, elle est toujours présente sur son territoire mais je ne sais pas si elle a été gestante. Il abrite aussi une autre femelle, Magarza, née en 2015 et fille de Granza. Magarza a donné naissance à 2 petits en 2025, avec le mâle Odon ; fin décembre 2025, elle s’accouple à nouveau avec Odon et elle était encore accompagnée d’un jeune. Elle a perdu accidentellement son oeil droit.
Granza est âgée ; sera t’elle remplacée sur ce territoire par sa descendance? La ressource en lapins semble se raréfier. Cela pourrait entraîner la migration des nouveaux venus vers les oliveraies, où les lapins abondent.
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5-2 La reproduction du Lynx pardelle
La reproduction du Lynx pardelle a lieu en hiver à la chute des températures, principalement de fin décembre à février. La femelle n’a qu’une seule période de chaleurs, qui dure environ 6 jours. Certaines années, il arrive qu’elle ne soit pas gestante.
Pendant la période qui précède ses chaleurs, la femelle marque son territoire d’urine à forte concentration de phéromones, informant les mâles qu’elle est prête à se reproduire. Elle pousse des miaulements réguliers, rauques et qui portent loin, pour attirer les prétendants. Le mâle, s’il est présent dans le secteur, lui répond de façon similaire. Ces cris interpellent quand on les entend pour la première fois ; ils ressemblent dans une certaine mesure à ceux poussés par un renard.

La présence de clôture ne pose pas de problème au lynx. Quand elle hermétique, des passages sont aménagés pour faciliter sa circulation. Il est aussi un excellent sauteur.
A la même période, le taux de testostérone des mâles grimpe significativement. Ils augmentent la fréquence et la distance de leurs déplacements, à la recherche des femelles réceptives sur les territoires de ces dernières. Des affrontements entre mâles concurrents arrivent parfois, pouvant occasionnellement entraîner la mort de l’un des combattants des suites de blessures mais cela arrive rarement ; les menaces sont suffisamment dissuasives.
Quand le premier contact a lieu, ce n’est pas de suite le grand amour. La femelle refuse d’abord tout contact direct. Si le mâle ne garde pas ses distances, elle n’hésite pas à le rabrouer en poussant des grognements agressifs, accompagnés parfois de violents coups de tête. C’est elle qui choisit et décide quand le moment est venu de faire plus ample connaissance! Le mâle reste alors prudemment en retrait à quelques mètres d’elle et attend patiemment d’être accepté, empêchant toute intrusion de concurrents potentiels.
Dès qu’il est accepté, les deux partenaires ne se quittent plus et se déplacent, chassent ensemble pendant 2 ou 3 jours. Quand la femelle est enfin réceptive, elle l’indique au mâle par sa posture ; elle s’aplatit sur ses pattes et agite frénétiquement la queue. Le mâle la chevauche, la maintient en lui pinçant la peau épaisse de la nuque avec sa mâchoire, puis il la féconde. Les copulations se déroulent sur 1 à 3 jours, répétées jour et nuit. Ce sont des copulations brèves, fréquentes et plutôt violentes, d’une durée moyenne d’une minute. Quand les accouplements son terminés, le mâle s’en va et continue sa recherche d’autres femelles à féconder ou retourne sur son territoire. La période où on a l’opportunité d’observer les deux partenaires ensemble dure environ une semaine.
Après 10 semaines de gestation, la plupart des naissances ont lieu entre fin mars et début avril. La femelle est très sélective dans le choix de sa tanière où mettre bas. Elle ne la construit pas et utilise son environnement, généralement une cavité dans des rochers ou dans un vieil arbre creux comme le frêne et entouré de végétation, avec un point d’eau à proximité.
Les petits naissent aveugles et sont capables de voir à partir d’une dizaine de jours. Leur nombre peut varier, en moyenne 3 petits. On observe aujourd’hui des portées plus importantes qu’il y a quelques années, avec parfois 5, exceptionnellement 6 petits, notamment dans les zones à forte densité de lapins. Dans ces grandes portées, la mortalité est importante au cours des trois premiers mois. L’une des raisons est que dans les premières semaines de leur vie, certains jeux (ou combats), violents, tournent mal et résultent par la mort d’un ou plusieurs d’entre eux.
Les trois premières semaines, la mère allaite dans la tanière, qu’elle ne quitte que pour se nourrir. Les petits seront par la suite régulièrement changés de tanière, jusqu’à l’âge de 3 mois environ où ces derniers se déplacent d’eux-mêmes. Cela limite, entre autres, les risques de prédation et le développement de maladies parasitaires.
Elle leur apporte de la nourriture carnée à partir de 4 semaines, comme de petits rongeurs. Ils vont bientôt suivre leur mère dans sa recherche de proies, puis apprendre à leur tour à chasser. Courant mai, on peut avoir l’opportunité de les observer en plein jour.
Le sevrage complet a lieu autour de 10-12 semaines. La portée quitte alors définitivement la dernière tanière mais reste avec la mère dans ses déplacements. A partir de 6 mois environ, les jeunes sont capables de chasser seuls.
Leur émancipation a lieu entre 7 et 10 mois. Il est possible d’observer des jeunes subadultes sur le territoire des femelles à la période du rut suivant. Certains d’entre eux (principalement des femelles) restent en effet et aideront à élever les prochains petits de leur mère. Les autres, après une période transitoire sur le territoire maternel, le quitteront définitivement pour en chercher un nouveau ailleurs. Les déplacements sur de longues distances sont fréquents chez les jeunes en dispersion.
La maturité sexuelle est atteinte autour de 2 ans pour les femelles, un an de plus pour les mâles. Avant de se reproduire, il faut avant tout que chacun s’établisse sur son nouveau territoire et cela peut prendre du temps ; celui-ci peut-être nouveau, ou vacant ou se gagner à la force des griffes sur un individu plus faible ou plus âgé.
La première reproduction aura donc lieu plus tard, généralement 3 ans pour les femelles et 4 à 5 ans pour les mâles. L’espérence de vie dans la Nature varie entre 10 et 15 ans.
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5-3 Quelques différences entre le Lynx pardelle et son cousin le Lynx boréal
En France, le Lynx boréal (Lynx linx) est présent essentiellement dans le Jura (80% de la population), un peu dans les Vosges et les Alpes.

Le Lynx pardelle (Lynx pardinus) ou Lynx ibérique.

Le Lynx boréal, que j’ai photographié ici dans un sanctuaire animalier.
Les principales caractéristiques qui différencient à première vue le Lynx pardelle du Lynx boréal sont les suivantes :
_ poids inférieur : 7 à 16 kg, pour 17 à 25 kg. Ce n’est pas évident de voir la différence sur mes deux clichés,
_ pelage court pour supporter la chaleur, contre pelage touffu pour supporter le froid,
_ robe bien plus tachetée.
_ favoris bien plus importants.
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VI- Webographie
_ Le Lynx ibérique (Lynx pardinus) une espèce menacée – Etude du programme de conservation de l’espèce en Andalousie (Espagne) – Thèse pour le Doctorat Vétérinaire Faculté de médecine de Creteil, par Julie Brackman – Année 2009 : https://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1220
_ Prépondérance de l’activité cynégétique dans le Parc régional de la Sierra de Andújar (Communauté d’Andalousie, Espagne) – Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-ouest Européen – Année 2007/23/pp. 127-141 : https://www.persee.fr/doc/rgpso_1276-4930_2007_num_23_1_2945
_ Life LynxConnect – Catálogos de lince ibérico : https://lifelynxconnect.eu/catalogos/
_ Life LynxConnect – Lince ibérico – Ecologia : https://lifelynxconnect.eu/ecologia/
_ WWF España – 2400 linces ibéricos en la Península Ibérica – 22 mai 2025 : https://www.wwf.es/?70340/2400-linces-ibericos-en-la-peninsula-iberica
_ Tous les reptiles que l’on peut voir dans le Parc Naturel de la Sierra de Andújar : https://sparrou.net/fr/la-tierra/peninsula-iberica/reptiles-sierra-de-andujar/

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