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Le cycle de la reproduction chez les chevreuils

06 août 2021 – Un face à face sympathique avec un faon.

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I – La reproduction chez les chevreuils

De la mi-juillet à la mi-août, c’est la période du rut chez les chevreuils. Le brocard défend farouchement l’accès de son territoire aux autres mâles ; il n’hésite pas à se battre avec tout prétendant qui ne respecte pas les limites. Dans tous ses états, étourdi par les effluves dégagées par les chevrettes en chaleurs, il poursuit celles qui sont réceptives et s’accouple régulièrement.

La chevrette, tant qu’elle n’a pas donné son consentement, promène son soupirant et échappe à ses ardeurs en tournant en rond ou en huit dans le sous-bois, sur les chaumes ou dans les herbes. C’est elle qui décide! Si ce n’est pas le moment, Monsieur finit par abandonner pour se coucher au sol, épuisé, pendant que Madame recommence tranquillement à brouter. Il l’accompagne dans tous ses déplacements aussi longtemps qu’elle est réceptive.

25 juillet – La chevrette promène son mâle dans un champ de luzerne au soleil couchant.

Cette période des chaleurs (l’œstrus) dure peu, de 24 à 48h : contrairement à ce qui se passe chez les autres cervidés, il n’y en a qu’une, même lorsqu’il n’y a pas eu de fécondation.

Les faons d’une même portée, âgés de deux mois et qui se nourrissent seuls, se tiennent ensemble à proximité de cette agitation jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre. Bien que les mâles excités ne s’en prennent pas à eux, leur instinct de survie les maintient momentanément éloignés de leur mère.

21 août 2021 – Le dernier comportement de rut que j’ai observé. Ce brocard (dit assassin, sans cors sur ses bois) m’a aperçu ; il va quand même continuer sa quête, le nez à terre sur la trace d’une chevrette qui s’est esquivée dans le maïs.

27 août 2021 – Après le rut! Ces deux brocards broutent tranquillement ensemble, seuls dans un chaume. 

Dès que la période des chaleurs est terminée chez les chevrettes, les brocards reprennent leur petite vie tranquille et fréquentent à nouveau pacifiquement leurs congénères mâles, jusqu’au mois de février suivant où ils vont reprendre à nouveau un comportement territorial.

Les chevrettes, quant à elles, retrouvent leurs faons et cette cellule familiale très fusionnelle restera soudée jusqu’à la période des naissances, au mois de mai suivant. A ce moment-là, la progéniture de l’année précédente, appelée à partir de l’âge de 6 mois des chevrillards (mâle ou femelle), devient « brocard » ou « chevrette » à un an. Ils sont chassés par la mère qui va bientôt mettre bas. Elle sera alors moins visible pendant quelque temps. Elle s’isole dans un endroit discret pour donner naissance à une nouvelle génération de faons.

Les femelles n’ayant pas dépassé un poids corporel minimum à la période du rut ne sont pas fécondes. Une prise de poids retardée après la période hivernale et/ou la mise-bas, retarde aussi la période des chaleurs. Cela peut arriver quand il y a une insuffisance de ressources alimentaires sur le territoire, mais aussi chez les femelles de l’année précédente si celles-ci n’ont pas encore terminé leur croissance.

04 juin 2021 – Cette jeune chevrette est née en mai ou juin 2020 et fréquente la maison. Elle a été récemment délaissée par sa mère avant que celle-ci ne mette bas de 2 faons, il y a quelques jours.

Le brocard « de la maison » va s’accoupler avec la mère qui aura ses chaleurs entre le 28 et le 30 juillet. Le 14 août, j’observerai le même brocard à la poursuite de cette jeune chevrette. 

Le poids minimum pour que la chevrette soit féconde se situe à partir de 20 kg environ. Au-delà, plus la chevrette sera grosse et plus le faon sera également gros à la naissance et aura de bonnes chances de survie. Au-delà de 22 kg environ, elle peut mettre au monde deux faons, et trois au-delà de 25 kg, un poids déjà bien conséquent pour une chevrette! Les chevrettes primipares mettent bas un seul faon. Dans le cas de naissance de jumeaux, de nombreuses publications mettent en avant la parité des sexes, un mâle et une femelle. D’après mes propres observations,  ce n’est pas systématique.

Note : certaines publications évoquent une deuxième période de rut, une espèce de rut de rattrapage pour les femelles n’ayant pas eu leurs chaleurs à l’été ; il aurait lieu lors du dernier trimestre. Ce rut doit être bien plus discret car je ne l’ai personnellement jamais observé ; je ne peux donc rien confirmer! Les femelles fécondées à ce moment-là entameraient alors une gestation directe. 

Pour les femelles fécondées en été, l’œuf (ou les œufs, trois au maximum) se segmente jusqu’au début du stade embryonnaire (appelé stade blastocyte), puis il suspend son développement une quinzaine de jours plus tard en restant libre dans l’utérus. L’embryon ne reprendra son développement classique qu’à partir de fin décembre-début janvier après sa fixation sur la paroi utérine, pour une durée de cinq mois (144 jours). Toutes les naissances sont ainsi synchronisées au milieu du printemps. On retrouve cette nidification différée chez d’autres espèces animales, comme le lièvre, le blaireau, l’ours, etc.

La plupart des naissances dans ma région du Vic-Bilh ont lieu entre le 10 mai et le 10 juin avec quelques débordements de part et d’autre, deux petits le plus souvent. La naissance de trois faons reste peu courante, 5% des cas d’après certaines études sur le terrain, mais ces chiffres ne sont valables que pour une région donnée. Je n’ai pas eu encore l’occasion de l’observer. On a déjà vu que tout dépend du niveau de ressources alimentaires.

Le faon se met immédiatement debout et il peut suivre sa mère à partir de ses huit jours. Le domaine vital reste cependant réduit pendant trois à quatre semaines, le temps que les faons, vulnérables et malhabiles, prennent une bonne assurance dans la fuite face au danger. Début juillet, la famille parcourt ensemble le domaine vital initial de la mère pour se nourrir et il devient alors facile de les observer.

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II – Quelques informations sur l’âge d’un faon

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06 août 2021 – Ce petit faon a deux taches claires sur le front mais elles ne sont pas, à ma connaissance, un signe suffisant pour annoncer l’arrivée de futurs pivots car on les remarque aussi chez certaines femelles adultes.  

J‘ai été surpris d’observer ce vendredi 6 août deux faons qui me semblaient bien petits! J’ai pensé d’abord à une naissance tardive au vu de leur petite taille et de leur comportement, mais les tâches blanches de leur livrée étaient bien estompées. On peut observer des disparités de poids et de taille chez les faons de mères différentes, mais aussi dans le cas de jumeaux.

Je me suis alors demandé comment on pouvait appréhender l’âge approximatif d’un faon. Les informations que je retiens pour m’aider sont les suivantes :

_ Durant le premier mois de sa vie, le déplacement du faon est très restreint. Il se fatigue vite et reste une bonne partie de son temps seul, couché et caché dans la végétation. C’est sur sa reposée que l’on a la plupart du temps l’occasion de le rencontrer, inopinément. Il n’est pas abandonné ; sa mère reste éloignée de lui mais pas trop loin pour l’allaiter. Elle évite ainsi d’attirer l’attention des prédateurs sur sa progéniture. S’il y a plus d’un faon, chacun sera à l’abri de son côté. Les faons que j’observe à découvert sur un chaume ou dans un pré ont dépassé ce stade et ont au moins trois à quatre semaines.

_ Les tâches blanches présentes à la naissance sur son pelage du dos et sur les flancs (en ordre aligné, contrairement au faon de cerf où elles sont dispersées) s’estompent à partir de 6 semaines, de l’avant vers l’arrière. Au-delà de 2 mois, il ne reste plus que les tâches sur l’arrière-train qui disparaîtront à leur tour progressivement avant fin octobre, avec l’arrivée de son pelage de chevrillard identique à la robe de l’adulte.

_ La période des chaleurs est conditionnée par la date de mise-bas : les chaleurs ont lieu 66 jours +/- 2 jours plus tard chez les chevrettes en bonne santé, bien nourries. Les faons ont donc minimum 9 semaines quand leur mère est réceptive. Une mise bas tardive donnera lieu aussi à un rut tardif.

_ Les deux pivots (reliefs osseux sur le devant de la boîte crânienne) chez le futur brocard commencent à apparaître à partir du 3ème mois ; on devine deux bosses de plus en plus visibles sous le pelage recouvrant l’os frontal.

Les pivots vont supporter les futurs bois caduques, d’abord des broches de novembre à février. Les broches sont ces petits « cornets », caractéristiques du chevrillard mâle (âgé de 6 mois à un an) ; elles tombent en février. Ces broches seront remplacées entre mai et juillet par les premiers bois du chevreuil, qui devient adulte à un an. Ils tomberont à l’automne et le cycle des saisons est amorcé. Le jeune chevreuil peut ainsi avoir 2 cycles de bois au cours de la première année de vie. Sur sa deuxième année, le brocard est appelé un daguet.

21 novembre 2020 à la tombée de la nuit – Ce faon vient de devenir un chevrillard et ses broches commencent à apparaître, petits bois miniatures posés sur ses pivots. Il a mué et son pelage est identique à celui d’un adulte.

11 mai 2021 – Un jeune mâle né en 2020 ; ses bois sont irréguliers, avec seulement une petite « pointe » côté gauche. Le brocard qui l’accompagne est superbe!

05 juin 2021 – Un daguet avec des bois très petits. Vont-ils continuer à pousser?

19 juillet 2021 – Un daguet avec de simples ébauches de bois que l’on appelle des boutons. Il est mal parti pour avoir plus tard un joli trophée.

21 août 2021 – Un autre daguet à la jolie frimousse, ayant développé des premiers bois petits et irréguliers.

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III – Quelques illustrations sur la reproduction 2021

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24 mai 2021 – La jeune chevrette de la maison, née fin mai dernier et habituée des lieux depuis juillet.

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01 juin 2021 – Le brocard « de la maison ».

01 juin 2021 – Ma présence a dérangé « Monsieur » et je me fais rappeler à l’ordre.

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14 juin 2021 – Observation  de mes deux premiers faons de la saison. Ils sautillent autour de la chevrette, qui est l’habituée de la maison. Sur ce cliché, on peut voit la différence de taille entre la mère et l’un des deux jumeaux.

14 juin 2021 – L’un des 2 jumeaux va se rapprocher jusqu’à moins de deux mètres de moi ; la végétation basse bouge et … je ne le vois pas ; il a trois semaines environ. Je m’éloignerai quand il se sera lui-même suffisamment éloigné.

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06 juillet 2021 – Une autre chevrette et ses 2 faons dans une culture de soja. Les faons sont bien tachetés et de petite corpulence. Ils ont moins d’un mois. Elle sera probablement en chaleurs à la fin de la période normale de rut.

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12 juillet 2021, entre deux cultures de maïs et de soja. Ce beau brocard n’a pour l’instant aucun comportement particulier mais le rut approche. 

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21 juillet 2021 – La chevrette « de la maison » accompagnée de ses deux jumeaux s’est rapprochée de notre verger et va rester près de nous jusqu’au mois de mai prochain. Il en est ainsi tous les ans. Ses faons ont bien grandi.

21 juillet 2021 – Le même faon, près d’un pommier. Trop tôt pour savoir si c’est un futur mâle.

Sur les deux clichés précédents, les taches blanches de la livrée du faon ne subsistent franchement que sur l’arrière-train. La chevrette, hors cadre, n’est pas encore en chaleurs. Elle le sera entre le 28 et le 30 juillet, au vu de son comportement avec le brocard des lieux. Ce faon, que j’ai observé pour la première fois sur la photo du 14 juin, serait donc né entre le 21 et le 25 mai.

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26 juillet : cette chevrette a dit « oui ».

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02 août 2021 – Dans cette histoire de rut, certains y laissent … un bois. Le second bois de ce brocard semble également avoir bougé.

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06 août 2021 – Un superbe brocard, sans comportement particulier. Les femelles de son territoire ont été fécondées.

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13 août 2021 – Une autre chevrette et l’un de ses 2 faons dans un champ de soja. Les taches blanches du faon ne subsiste que sur l’arrière-train.

13 août 2021 – La chevrette de la photo précédente avec son deuxième faon. On aperçoit sur le front de celui-ci deux bosses sous la peau. 

Le rut est terminé pour cette chevrette. Elle a retrouvé ses deux faons qui sont déjà grands. Sur la deuxième photo, on devine bien chez le faon les deux bosses correspondant à la croissance des pivots ; c’est un mâle, né probablement la dernière décade de mai.

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13 août 2021, à l’approche de la nuit.

Sur cette photo, le faon, accompagné par son jumeau hors cadre, a encore les tâches blanches sur l’arrière-train. La naissance de ses futurs pivots est bien visible, plus prononcée que sur la photo du faon précédent prise le même jour. Il est aussi plus massif. Il est apparemment né tôt en saison, autour du 10 mai ?

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16 août 2021 – Un brocard avec un bois cassé et l’autre dirigé vers l’avant, suit la piste d’une chevrette encore en chaleurs.

18 août 2021 – Un faon, seul dans un chaume. Il a encore toutes ses taches blanches et sa corpulence est plutôt menue.

La mère du faon ci-dessus est encore en chaleurs au 18 août : je l’ai observée à proximité en compagnie d’un mâle encore excité. C’est probablement son premier faon. Les taches de la livrée sont bien visibles. La tache plus claire sur son front n’a pas d’excroissance ; il est trop tôt pour annoncer un futur mâle.

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24 août 2021 – Ce faon est « fils » unique. Sa mère, hors cadre, a rejoint son petit qui paraît être un futur mâle.

Observer un seul faon ne veut pas obligatoirement dire qu’il n’y a eu qu’une naissance. La mortalité chez les faons est très élevée la première année avec plusieurs causes : d’abord la prédation, les blessures infligées par les machines agricoles (faucheuses, moissonneuses) et plus tard les percutions sur le réseau routier.

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30 août 2021 – Un chevrette intriguée, entourée de ses 2 faons. Celui de gauche a 2 taches claires sur son front mais il est trop tôt pour affirmer que c’est un mâle. Celui de droite a les deux bosses de ses futurs pivots bien visibles.

30 août 2021, dans une friche à l’approche de la nuit. Un moment fraternel entre deux faons encore bien tachetés.

30 août 2021 – Le rut est terminé. La chevrette, à l’arrière-plan, est revenue avec ses deux faons : un mâle que l’on devine à ses futurs pivots (à droite) et une femelle. 

30 août 2021 , à la nuit tombée. L’un des 2 faons, la femelle, s’est rapproché de moi.

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IV – Ce qu’il faut retenir

Les informations essentielles sont les suivantes  :

_ La chevrette peut être sexuellement mature au rut de sa deuxième année, soit à 14 mois environ ; elle doit pour cela atteindre un poids minimum de 20 kg pour être féconde.

_ La gestation chez le chevreuil est différée, sa durée effectivement est de 144 jours. Les naissances ont lieu en mai/juin.

_ La période des chaleurs est conditionnée par la date de mise-bas : elles ont lieu 66 jours +/- 2 jours plus tard.

_ Le rut se produit principalement entre le 15 juillet et le 15 août.

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V – Source consultée 

_ Chevreuils d’Hier et d’Aujourd’hui de Francis Roucher (Editions du Gerfaut – Mars 2008). L’édition originale est de juin 1998.

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