
Le cerf pyrénéen, à l’écoute des raires d’un concurrent dans la vallée.
Le temps a vite passé depuis la période du brame ; presque trois mois déjà. Je retrouve dans les sauvegardes de cet automne les souvenirs de ces moments qui continuent à mes procurer de belles émotions. Avec l’habitude, je ne ressens plus ces brusques accélérations du rythme cardiaque quand l’animal me surprend, là où je ne l’attendais pas. Au contraire, j’ai bien progressé dans la connaissance de ses mœurs, pour profiter au mieux de nos rencontres. Oui, il mérite un regard dans la vraie vie, chargé d’admiration.

Les derniers rayons rasants éclairent la soulane, en face de moi. Il est 19h20 : en bas de la photo et entre ombre et lumière, un cerf a commencé sa cour à sa biche, qui reste indifférente.
Vous ne verrez pas ici les amygdales de l’animal ; elles sont déjà bien représentées sur le Net où les photos finissent par toutes se ressembler. Un cerf qui pousse ses raires dans votre direction, les yeux dans les yeux, c’est parfois un cerf dérangé par votre présence et il le manifeste bruyamment. L’observateur averti fait la différence : ce n’est pas son comportement normal de brame.
De même, un cerf qui vous a repéré en dehors de son périmètre de sécurité peut rester un long moment à vous observer, sans montrer de signes d’inquiétude. Il suffit de profiter de ces moments-là, silencieusement et sans bouger.
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Monsieur, en pleine excitation, a quelques « fuites » plus ou moins généreuses.

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Ce cerf vient de pousser quelques raires puissants, la gueule grande ouverte. Avant de la refermer, il exhale encore un dernier souffle dont l’humidité se condense au contact de l’air très frais ce soir-là.

Il m’a aperçu, ce n’est pas grave.

Il se déplace vers sa place de brame, où il va « œuvrer » toute la nuit.

Il sait que je suis là mais il n’est pas surpris. C’est ce qu’il faut avant tout éviter, les surprendre.

Il continue à bramer, dans une autre direction. Ses concurrents sont encore à couvert.

On est en plein brame et la nuit va être longue ; il ne s’économisera pas. Je l’entendrai une bonne partie de la nuit, parmi ses congénères (quelques enregistrements sonores à la fin).
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Un soir de brume. Aujourd’hui, une météo maussade va faire sortir à découvert les animaux plus tôt. Alors que je ne voyais plus grand chose et que je retournais sur mes pas, j’ai eu droit à cette observation rapprochée.

Les biches sont là, mais je ne les verrai pas.

Il cause, mais ce n’est pas pour moi. J’en profite quand même.

L’attitude typique d’un cerf qui recherche les odeurs des femelles en chaleur. Quand il entrouvre la gueule en retroussant la lèvre supérieure, la tête basse et les oreilles couchées en arrière, on dit alors qu’il muse.

La langue a aussi son importance pour humer les phéromones dégagées par les biches en chaleur.

Le soir suivant, je retrouve mon mâle tard en soirée sur les hauteurs. Une biche est en contrebas : il faisait déjà assez sombre et je ne m’en étais pas rendu compte.
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18h20 – Les biches sortent toujours les premières à découvert. Le mâle ne tardera pas.

19h20 – Le mâle a commencé sa sérénade auprès de ses biches.
Au fur et à mesure que la période du brame avance, les jours raccourcissent ; j’en tiens compte, en tenant compte aussi de la météo. La frontale est parfois utile pour rentrer mais il ne faut pas en abuser pour diverses raisons de bon sens, sans s’écarter des chemins.
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Aux couleurs de l’automne, un 12 cors régulier.

Il est magnifique ; hélas, je n’aurai pas l’occasion de le recroiser.

Ce petit 10 cors est jeune, avec une particularité : son oreille gauche est fendue. Je vais le revoir.
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Dans un sanctuaire de la forêt d’Iraty, ce magnifique 16 cors se repose.

Toujours en forêt d’Iraty, un petit 12 cors au repos (observations discrètes depuis l’extérieur de la Réserve).
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En forêt. Un oeil m’observe et l’animal n’est pas seul! Alors que j’avais du mal à faire la mise au point sur le mâle dans l’obscurité du sous-bois, une biche m’observe aussi (en bas à gauche).

Le mâle précédent, à découvert. Il s’agit d’un quatorze cors irrégulier, empaumure à quatre épois à droite, enfourchure à gauche.
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La famille autour de la table – La biche, son hère aux petites dagues et son faon.

Un beau 14 cors, se rendant sur sa souille.

Monsieur, tranquille, prend ses aises dans la boue.
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Sur ce chemin très peu fréquenté à part les animaux, ce petit 10 cors broutait tranquillement cette herbe encore bien verte. Il a fini par relever la tête, pour m’apostropher de la voix, encore mal assurée.
Cette herbe est parsemée de Crocus ou Safran à fleur nue (Crocus nudiflorus). C’est une des dernières fleurs présentes à l’automne, que l’on peut confondre avec le Colchique d’automne ou Safran des près (Colchicum autumnale) qui fleurit donc au même moment. Pour s’y retrouver facilement, ce dernier regroupe deux à quatre fleurs alors que la fleur de Crocus est solitaire. Le Crocus possède 3 étamines contre 6 pour le Colchique.

Curieux et ne comprenant pas à qui il a affaire, il se rapproche à petits pas mesurés. C’est une de mes connaissances, à l’oreille gauche fendue.

On brame à proximité et il écoute attentivement, sans se manifester à son tour!

J’aurai droit encore à quelques rappels brefs et rauques, restés sans réponse bien sûr. Il me tarde qu’il prenne une décision de son propre gré : j’ai mal aux bras, le visage caché derrière mon téléobjectif. Il va finir par abréger mon plaisir et ma « souffrance ».
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Une rencontre discrète, pour l’instant. Je ne sais pas encore qui tu es mais je t’entends.

Un 6 cors bien régulier, qui semble vouloir en découdre!

En érection, son excitation ne fait pas de doute ; il s’en prend à ce buisson, qu’il laboure sans ménagement! La pluie fine ne calme pas ses ardeurs.

La pluie se densifie et l’animal va se refugier sous le couvert, proche. Dès qu’elle s’arrête, il ressortira aussitôt.

Il pleut encore quelques gouttes mais il vient de ressortir du bois, un peu plus bas! Ma patience est récompensée.

Il va disparaître en fond de vallon.
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Dans une petite clairière, entourée de sapins. Ce 12 cors irrégulier a un concurrent dans ce secteur, c’est celui de la photo suivante.

Monsieur en pleine sérénade (un 12 cors à empaumures à 3 épois), Madame et son faon de l’année.
A ce jour, je n’ai jamais observé de grands rassemblements de biches dans les Pyrénées au moment du brame, comme j’en vois parfois le témoignage dans d’autres régions de France.
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Ce soir-là, ce 14 cors irrégulier ne s’est pas montré bien longtemps, à cause d’un dérangement humain. Il change de vallon pour retrouver la tranquillité.
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18h30 – Une apparition timide en soirée, qui disparait assez rapidement.

19h50, le soleil est couché et il me faut retourner mais ce petit cerf 6 cors me surprend. La voix haute, il pousse sa sérénade comme un grand. Ce soir-là, la frontale me sera utile, sur le sentier du retour.

Le petit 6 cors un peu plus tard, « au pied de son arbre ».

Sur la crête, l’apparition tardive d’un grand mâle.

J’aime ces moments-là!
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08 octobre 2025, 19h23 – Le soleil se couche officiellement dans exactement 05 minutes. Sur le chemin du retour, j’ai figé cette vue vers l’Aneto (3 404 m) et la Maladeta (3 312 m) et leurs glaciers, sous les dernières lumières du couchant.

Il reste encore de la luminosité, mais le téléobjectif ne suit plus. Les paramètres de l’appareil photo atteignent leurs limites raisonnables.

Sur le chemin du retour.

Le beau 12 cors à empaumures à 3 épois est là, lui aussi. Les deux concurrents courtisent encore la même petite harde de biches. La période du brame va bientôt toucher à sa fin dans ce secteur, quand toutes les biches auront été fécondées.
Dans les Pyrénées, la période la plus propice pour assister à des comportements intéressants de brame sont généralement du 20 septembre au 10 octobre, avec quelques débordements selon les années (conditions climatiques) et le lieu. Il est plus précoce à l’ouest des Pyrénées (forêt d’Iraty) que sur la partie centrale, où il finit alors un peu plus tard ; cela s’est encore confirmé cette année.
Le nombre de cerfs à la ramure impressionnante a diminué sur les zones que je fréquente ; situation passagère ou sur le long terme? Il est pour moi encore trop tôt pour le dire ; j’espère continuer mes observations le plus longtemps possible.
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La chasse des cerfs au brame, que j’ai eu l’occasion d’observer une nouvelle fois cette année, est un sujet sensible pendant cette période. Sa demande d’interdiction entre le 15 septembre et le 15 octobre a été portée et argumentée tout récemment par de nombreuses ONG. Elle a fait l’objet d’une question écrite n° 9780 portée par Mme Sandrine Rousseau à Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, parue au Journal Officiel le 23 septembre 2025 (page 8255). La réponse du Ministère vient d’être publiée au Journal Officiel le 2 décembre 2025, page 9938.
« Le Gouvernement considère que la réglementation actuelle, issue d’une longue construction scientifique et concertée depuis des décennies, concilie de manière équilibrée la préservation de l’espèce, l’intérêt général du renouvellement forestier et la sécurité des personnes ».
En résumé, la chasse des cerfs au brame reste donc légale pour les années à venir. Cela concerne aussi les biches, les principales actrices du moment, qui intéressent (photographiquement parlant) moins de monde mais qui sont aussi chassées. Pour en savoir plus dans le détail, je vous invite à suivre le lien suivant : Question écrite n° 9780 : Interdiction de la chasse des cerfs au brame
J’informe simplement, au moins pour la sécurité. Il m’est arrivé une seule fois d’être en situation sensible en montagne, alors que je traversais en randonnant une place de brame dans un endroit alors très peu fréquenté en forêt, sans le savoir. Un chasseur à l’affût avec un autre est venu me prévenir que je pouvais être en danger et tout s’est très bien passé.
Dans cette situation précise, c’était à moi de m’adapter et c’est ce que j’ai fait, sans problème. Cela m’avait par contre sensibilisé à la nécessité de se renseigner sur les pratiques de chasse sur les territoires qui me sont familiers.
Un oeil averti, même pavé de bonnes intentions pour son prochain, ne va pas déceler la personne déjà à l’affût depuis de longues heures en tenue de camouflage genre Ghillie en pleine place de brame! C’est plus courant qu’on ne le pense, pour l’avoir observé.
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01 octobre 2025 – Le premier quartier de Lune du brame.
Au milieu de la période, autour du 1er octobre, le spectacle sonore est à son plus haut niveau. Loin de notre folie consommatrice où on se lasse rapidement de tout, c’est celui que je préfère ; il est bouleversant. L’activité humaine est au repos et les sons de la Nature sont amplifiés, favorisés par l’écho qui se propage d’un versant à l’autre.
Voici quelques extraits du concert sonore nocturne entre deux cerfs qui se défient de la voix, enregistré le 01 octobre 2025 avec un micro Comica VM20 branché sur mon téléphone portable :
(En supplément, chouette Hulotte mâle, avec la réponse plus lointaine de la femelle).

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