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Le Lézard vert occidental (Lacerta bilineata)

Un couple de Lézards verts au soleil.

Après le Lézard ocellé (Timon lepidus, menacé d’extinction en France et mesurant en moyenne entre 40 et 60 cm), le Lézard vert occidental est le plus grand de nos lézards ; il est tout simplement magnifique. Au gré des rencontres, la couleur vert pomme de sa livrée nuptiale accroche le regard.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, on le rencontre plutôt sur la côte atlantique et sur le piémont des Pyrénées. Il est absent du Vic-Bilh. Dans les Landes, j’en ai observé aux abords des lacs situés à l’arrière du cordon dunaire.

Ce jour de début juin 2021, j’ai eu la chance d’en photographier deux, ensemble, puis un troisième à plusieurs centaines de mètres de là : un couple, puis un mâle. Un moment faste pour moi!

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I- Présentation

Un mâle se chauffe au soleil, aplati sur une souche.

On l’appelle aussi le Lézard à deux bandes, en référence à cette particularité présente chez la femelle et les juvéniles.

Une vue rapprochée du mâle. On peut remarquer la longueur de ses griffes arrière.

Il est très proche du Lézard vert (Lacerta viridis) d’Europe centrale et orientale (Grèce et la totalité des Balkans), appelé parfois chez nous le lézard vert oriental pour souligner la différence : il est très ressemblant mais génétiquement différent. Les adultes se confondent ; chez les juvéniles, les différences dans la coloration de leur peau écaillée sont voyantes. Longtemps considérés comme une seule espèce, les progrès de la recherche génétique ont confirmé depuis 1997 qu’il s’agit de deux espèces à part entière. Une limite nord-sud traversant l’Istrie sépare les deux espèces. L’Istrie est la grande péninsule de la Croatie pointée vers le sud et qui s’avance dans la Mer Adriatique. Les deux espèces cohabitent dans une zone limitée au nord-est de l’Italie ; on dit qu’elles peuvent parfois s’hybrider.

La femelle – A part une tête moins massive, celle de mes photos a une livrée ressemblant à celle du mâle ; ce n’est généralement pas le cas. Leur comportement amoureux ne laissera cependant pas de doute.

La femelle s’est séparé d’une partie de sa queue qui repoussera, une action bien connue des lézards appelée « autotomie ».

Sa taille est d’une trentaine de centimètres environ et les plus grands sujets mesurent jusqu’à une quarantaine de centimètres, dont les 2/3 pour la queue (la queue est deux fois plus longue que le reste de son corps). Il est capable d’autotomie en l’abandonnant pour constituer un leurre qui s’agite encore quelques instants, ce qui détourne l’attention de ses prédateurs.

Le ventre jaune du mâle. La gorge de celui-ci a très peu bleui ; il y a des variations selon les individus. 

Les livrées que l’on peut observer sont nombreuses. Les deux sexes ont en commun une couleur verte avec un ventre jaune ou vert pâle uni. En période inter-nuptiale, les mâchoires et la gorge sont teintées de bleu pâle chez les adultes (surtout chez le mâle et parfois chez la femelle).

Le dimorphisme sexuel reste cependant prononcé : 

Le mâle, reconnaissable ici à sa tête massive.

Un aperçu sur sa livrée nuptiale très vive, piquetée de noir.

_ La tête du mâle et son allure générale sont plus massives. Sa livrée uniforme est piquetée de noir. A la période nuptiale, elle devient d’un vert acidulé, le dessus de la tête s’assombrit, le bleu de la gorge et des mâchoires s’intensifie et devient bleu vif.

_ La robe de la femelle est généralement plus variable avec un vert moins prononcé, tacheté de noir ; les côtés du dos sont parcourus par deux lignes plus claires à blanchâtres qui remontent jusqu’au niveau des tympans. Sa gorge peut parfois aussi bleuir en période de reproduction, mais la tendance reste plus discrète que chez le mâle. Il arrive cependant que sa livrée se rapproche de celle du mâle, comme c’est le cas dans ma publication. Est-ce une vieille femelle?

Les jeunes sont d’un brun plus ou moins clair ; avec la croissance, la livrée devient tachetée de noir avec l’apparition de deux lignes jaune pâle à blanchâtre sur les flancs ; le ventre est de couleur vert clair et uni.

On peut remarquer ici la différence de coloration des gorges. Généralement, celle du mâle est plus bleutée que celle de la femelle. Ici, c’est l’inverse!

C’est une espèce inoffensive ; cependant, il va se défendre en pinçant parfois douloureusement si on cherche à le saisir. En tant qu’espèce protégée, il n’y a pas de raison de le manipuler sinon pour le secourir … avec précaution. 

Il est essentiellement terrestre. Rapide et très agile, les griffes de ses pattes longues et puissantes lui permettent de grimper dans la végétation, un arbre ou sur un muret pour chasser ou se mettre à l’abri.

La température extérieure régule son activité annuelle ; il a besoin d’une température ambiante minimale de 15 °C pour sortir de son trou d’hivernage. En été, il reste à l’abri aux heures très chaudes de la journée : il affectionne les chaleurs en deçà de 30-32°C. On peut généralement l’observer plus facilement en début de matinée et en fin de journée.

Vers la fin octobre et alors que les températures chutent durablement, il commence à hiverner. Il se réfugie à l’abri sous terre dans dans un terrier qu’il a creusé ou celui abandonné d’un rongeur, sous un tas de pierres ou de débris végétaux.

Vers la mi-mars, il réapparait à nouveau, dès que le soleil printanier a suffisamment réchauffé l’atmosphère. Les femelles hivernent en premier et les mâles sont les premiers à réapparaître.

Entre la patte et le tympan, une petite tique s’est incrustée entre les écailles, bien placée pour y séjourner longtemps. 

Comme les autres lézards, il renouvelle régulièrement sa peau pour se débarrasser de ses parasites, les tiques en particulier. La première mue de sa période annuelle d’activité, la livrée nuptiale, est la plus éclatante ; elle ravive ses couleurs à la sortie de ses longs mois d’hivernation. Les autres mues de l’année perdront de leur éclat.

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II- Son régime alimentaire

C’est un insectivore très utile ; il se nourrit de nombreux invertébrés comme les vers, sauterelles, coléoptères, mouches, escargots, etc., directement avalés. Il peut aussi à l’occasion se nourrir de fruits bien mûrs et de baies. Sa mâchoire est puissante mais ses dents sont très petites et ne lui permettent pas de mastiquer (ou de blesser).

Il a besoin d’eau pour survivre, qu’il trouve avec les gouttes de rosée. Un climat trop sec ne lui convient donc pas.

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III- La reproduction

Au moment de la reproduction d’avril à mi-juin environ, la gorge du mâle prend une superbe couleur bleu vif. C’est un atout pour conquérir les femelles et un signe d’agressivité pour impressionner les autres mâles. Ils peuvent s’adonner à de violents combats, qui finissent parfois mal pour les vaincus.

Le mâle s’approche de la femelle, pour tenter de s’accoupler.

Il grimpe sur son dos, …

Il tente de faire son affaire? Tout est allé très vite, je ne l’ai pas vu s’accoupler.

Il s’apprête à revenir à la charge. La femelle peut s’accoupler plusieurs fois.

La femelle reste impassible et consentante.

Il en fait le tour,

Puis, il se place à nouveau derrière elle.

Il pose sa tête et une patte sur la femelle, ce qui a comme effet de la faire réagir. Il reste ainsi un petit moment.

Il tente de la mordiller à plusieurs reprises, ce qui va finir par l’importuner. Ce n’est pas le moment!

Elle tente de s’échapper mais il la rattrape par la queue.

Elle se retourne, …

…, et revient. Il pince, mais avec ses petites dents, il ne la blesse pas.

La femelle ne montre aucun signe de gêne ou d’agressivité. Il finit par lâcher prise.

La femelle redescend à l’abri dans la végétation, où Monsieur va la rejoindre (pour continuer les ébats?).

Quand il a conquis la femelle, il va alors tenter de s’accoupler en lui mordant la queue pour la retenir. Puis il grimpe sur son dos en lui pinçant le cou, tout en la maintenant de ses pattes arrière et l’accouplement a lieu.

Après l’accouplement, la femelle pond jusqu’à une vingtaine d’œufs dans un terrier à faible profondeur dans un substrat meuble, puis elle ne s’en occupe plus.

Le moment venu (après une dizaine de semaines, selon la température du substrat), les jeunes lézards (3 à 5 cm de longueur) sortent de leur coquille et se dispersent sans intervention parentale. Ils restent à proximité de leur lieu de naissance.

Ils sont soumis à un taux de prédation assez élevé de la part des serpents (Vipère aspic et Couleuvre verte et jaune, essentiellement), de certains rapaces, de chats errants ou non, …, avant d’arriver à leur tour à l’âge adulte.

Leur maturité sexuelle est atteinte à partir de 2 ans. La longévité est en moyenne de 7-8 ans et elle peut aller jusqu’à une quinzaine d’années.

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IV- Son habitat

C’est une espèce sédentaire et plutôt timide ; on peut le rencontrer en bordure d’un sentier, sur un rocher, un talus bien exposé ou une souche en train de se chauffer au soleil. Sa livrée très voyante l’expose à découvert. A la moindre alerte, il ira prestement se réfugier dans la végétation dense ou dans son terrier, à proximité immédiate. 

Mon deuxième mâle de la sortie, en sécurité dans la végétation. 

Il fréquente les milieux rocheux et sableux, les endroits ouverts secs, broussailleux et bien exposés comme les lisières de bois, les clairières, les friches, , etc. Il affectionne le couvert végétal bas, épais et piquant comme certaines haies, les ronciers, les ajoncs, etc. où il ira se mettre en sécurité contre ses prédateurs.

Il vient « lézarder » au soleil, sur le sentier. Plus petit que le précédent, ses mâchoires et sa gorge sont d’un bleu plus intense ; le dessus de sa tête est verdâtre alors que celle du précédent était bleutée et tirant sur le noirâtre. 

Le même, de dos.

Il fuit généralement la proximité immédiate de l’homme mais on peut le trouver dans les jardins et les vergers ayant gardé un coin naturel et sauvage où il ne sera pas inquiété. On le trouvera alors sur un endroit dégagé où il peut prendre le soleil, à proximité d’un refuge comme un tas de pierres, un vieux muret en pierre sèche, etc. Avec le temps, il peut s’habituer à la présence humaine et se laisser approcher, si on évite de le brusquer. 

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V- Sa répartition

On le trouve dans l’Europe de l’Ouest : le Nord de l’Espagne, en France, en Italie, en Sicile, dans le Sud de la Suisse et dans l’ouest de l’Allemagne (où son aire est très limitée). 

En France, il est globalement présent au sud de la Seine, jusqu’à une altitude de 1 500 mètres environ ; il est absent de Corse. Considéré comme absent de la Normandie dans certaines publications, il gagne un peu de terrain sur la côte de la Manche. Une petite population est également présente en Alsace, notamment dans le Haut-Rhin.

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VI- Son statut

Mon premier mâle, en train de poser.

L’espèce est protégée par l’Arrêté du 19 novembre 2007 fixant les listes des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection. Elle n’est pas considérée comme menacée, mais elle reste surveillée.

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VII- Informations scientifiques complémentaires

Pour compléter les connaissances sur ce saurien très photogénique, il en existe quatre sous-espèces :

_ Lacerta bilineata bilineata, qui occupe le territoire français et le nord de l’Italie,

_ Lacerta bilineata chlorosecunda, présente en Italie (région sud, talon de la Botte au bord de la Mer Adriatique, de Vieste à Tarente),

_ Lacerta bilineata chloronota, présente en Sicile et en Calabre,

_ Lacerta blineata fejervary, présente en Italie (région de Naples).

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Publication faite à partir de mes photos personnelles et de mes observations sur le terrain. Certaines informations sont issues des publications du web, reprises après les avoir vérifiées.

Pour connaître la répartition des différentes espèces de lézards suivant les pays :

www.lacerta.de/AS/Verbreitung.php?OID=FR&Genus=30&Species=100&Subspecies=215

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