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La reproduction de mes pies-grièches écorcheurs, été 2021

23 juillet – La Pie-grièche écorcheur mâle et une partie de sa progéniture.

07 août – La femelle, peu avant son départ vers l’Afrique.

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Cette période de nidification 2021 a été pour moi très riche en observations de la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio). L’intérêt que je porte à ce magnifique petit migrateur n’est pas le fruit du hasard. Il est une sentinelle de la qualité de nos milieux ruraux, avec la richesse en biodiversité qui en découle.

J’ai appris à connaître les endroits où je suis susceptible de l’observer. Ce sont des milieux semi-ouverts et, malheureusement, ils sont peu nombreux dans notre région qui s’est orientée depuis plusieurs dizaines d’années vers la monoculture du maïs et ses gros besoins en irrigation, sur de grandes parcelles qui offrent le gîte et le couvert …. essentiellement aux sangliers.

Certains agriculteurs ont pris conscience de l’intérêt de l’agriculture diversifiée et raisonnée et ils ont choisi cette voie. C’est un réel plaisir d’échanger avec eux. Par leurs pratiques respectueuses de l’environnement, ils participent à la nouvelle apparition ou au retour d’oiseaux comme la Pie-grièche écorcheur, à la halte migratoire d’autres espèces comme le Rollier d’Europe.

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I- Les conditions de mes observations

Toutes mes observations ont lieu dans le nord-est du Béarn, une région appelée le Vic-Bilh, sur des sites à une altitude moyenne de 315 m.

Une proximité choisie par l’oiseau.

Je n’aime pas pratiquer l’affût (sauf à de rares exceptions près) car j’ai le sentiment que je n’ai plus de temps à perdre. L’affût laisse le choix d’une bonne proximité mais je ne la recherche pas particulièrement ; dans cette publication, l’oiseau décide.

Les mâles arrivent les premiers en provenance du Sud de l’Afrique, en passant par la Péninsule arabique et la Turquie ; ils sont généralement fidèles à leur site de nidification. D’après la littérature, ce n’est pas toujours le cas pour les femelles, d’autant plus si la reproduction précédente a échoué (prédation, manque de nourriture, mauvaise météo …).

Après avoir repris possession de son territoire en chassant les congénères indésirables, le mâle se perche en hauteur, bien en vue. Il attend patiemment l’arrivée des femelles, peu de temps après. De loin, on pourrait le confondre avec un Tarier pâtre (Saxicola rubicola). Cette présence évidente dissuade les autres mâles de s’arrêter pour explorer son site ; sinon, il les fera fuir en poussant quelques cris d’avertissement dissuasifs.

Les jeunes de l’année précédente arrivent en principe les derniers.

A l’approche d’une femelle, le mâle entonne un chant spécifique pour cette occasion, afin d’attirer son attention. Chez les Pies-grièches, c’est la femelle qui choisit son mâle : si elle se montre intéressée, le mâle va la courtiser en paradant avec offrande de proie. Si elle accepte la proie, l’accouplement peut avoir lieu.

La femelle construit le nid à l’aide des matériaux collectés par le couple. Il est généralement situé à faible hauteur dans un roncier très dense ou un arbuste épineux comme l’aubépine, à l’abri des prédateurs. La couvaison des œufs est assurée exclusivement par la femelle alimentée par le mâle ; je ne la voie jamais pendant cette période, qui dure deux semaines.

 

 Le mâle, montant la garde.

Le mâle monte la garde à proximité, depuis un poste d’observation où il domine les alentours. Il ne s’éloigne pas, même pour se nourrir. C’est par cette présence continue que je sélectionne les sites où je pourrai peut-être observer l’envol des petites Pies-grièches, un moment bien sympathique.

Pour changer d’affût, l’oiseau plonge vers le sol et disparaît facilement de la vue dans la végétation basse pour réapparaître plus loin, là où on ne l’attend pas. Avec l’habitude, on se rend compte qu’il fréquente les mêmes perchoirs, sans suivre obligatoirement un ordre précis.

Les oisillons restent deux semaines au nid ; les premiers jours, la femelle reste encore avec eux pour les tenir au chaud. Le mâle nourrit alors toute la famille, puis l’alimentation des oisillons est assurée par le couple (mais pas toujours, je le verrai).

Après leur envol, les juvéniles restent de deux à trois semaines avec les parents, le temps du sevrage pendant lequel ils acquièrent leur plumage post juvénile définitif. Le site de nidification est ensuite rapidement déserté ; les parents partent en premier en ordre dispersé, chacun de son côté pour débuter la migration retour au Sud de l’équateur. Les jeunes suivent rapidement. Le chemin du retour, différent de celui de l’aller, passe par les Balkans et l’Egypte. L’oiseau ne fait pas particulièrement de réserves avant son départ ; il voyage de nuit et se nourrit en journée pendant les étapes successives.

La Pie-grièche, avec son vol assez lent et direct, est une proie facile pour certains rapaces et sa migration de nuit réduit les risques de prédation.

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II- Mes sites d’observations 2021

2.1 _ Ma première observation a lieu le 27 mai vers 9h45, à proximité de ma maison et à un endroit où je passe régulièrement depuis longtemps.

27 mai 2021 – Une jeune femelle, probablement en cours de migration prénuptiale.

C’est une femelle posée sur un fil téléphonique ; elle fera longuement le gué à la recherche de proies. Cette présence est nouvelle pour moi. Le biotope est très propice à une nidification mais il n’y aura pas de suite. Il faut être deux pour cela et aucun mâle n’est là pour l’accueillir! Cette femelle est à mon avis une jeune de l’année précédente, en cours de migration prénuptiale plus au nord dans notre pays.

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2.2 _ Courant juin, j’explore régulièrement les sites propices de la région. Les années précédentes, je me contentais d’observer l’arrivée des oiseaux puis je passais à autre chose, dans l’esprit de ne pas les déranger. Je n’avais aucune idée du succès de la reproduction et c’est devenu l’objectif de cette année.

Deux sites sur lesquels j’avais fait des observations l’année précédente sont désertés (sur les communes de Lalonquère et de Lucarré) : en effet, le biotope a changé et il n’est plus propice à une nidification.

Sur un nouveau site proche du site déserté de la commune de Lalonquère, j’ai observé un mâle pendant plusieurs jours, toujours posté au même endroit dans une haie d’une quarantaine de mètres de long et qui borde un champ de blé.

28 juin, sur la commune de Lalonquère – Première apparition de ce mâle, seul et en train d’épier depuis son perchoir.

09 juillet, au même endroit – C’est ma dernière observation du même mâle. Il tient longuement un petit insecte au bout de son bec crochu, et s’envolera avec lui.

Après le 09 juillet, le mâle a disparu et la femelle ne s’est jamais manifestée : la nidification a probablement échoué.

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2.3 _ Juillet et août, mes observations vont essentiellement se recentrer sur trois sites où j’ai remarqué une présence continue des oiseaux. Je fais ma petite tournée tous les deux ou trois jours, selon mes disponibilités. Si l’oiseau ne s’est pas manifesté après une demi-heure environ, je passe au site suivant. Si le comportement de l’oiseau est inhabituel, j’y passe plus de temps.

Ces trois sites principaux se ressemblent. Ce sont de petites parcelles entourées de haies épaisses de ronciers avec des prunelliers, de l’aubépine, des ajoncs, du houx et autres arbustes de taille moyenne avec quelques rares châtaigniers dont les quelques branches mortes offrent de bons perchoirs de gué. Certaines de ces parcelles sont clôturées avec du bétail (vaches généralement, moutons sur une parcelle) ; les autres sont des prairies de fauche, ou des terres vouées à la polyculture ne demandant pas d’irrigation (blé, tournesol, colza).

_ Le premier site, sur la commune de Lalonquère et que j’appelle Lalonquère 1 pour m’y retrouver, est celui de ma toute première observation de l’espèce (un mâle) le 06 mai 2016. Il fait environ 8 hectares (calculs Google Earth) :

19 juin – Le mâle, en train de chasser sur une haie de ronces qui sépare deux cultures de tournesol et qui abrite probablement le nid.

J’y observe un mâle à partir du 19 juin et la femelle est probablement au nid. Le territoire du couple est étendu et diversifié, avec plusieurs parcelles de tournesol et des prairies à bétail délimitées par des haies de ronces et d’arbustes qui sont autant de caches ; c’est un endroit où un couple d’Élanions blancs niche aussi depuis plusieurs années déjà. Mes observations y seront rares car le tournesol devient très haut, cette année.

L’an dernier au 15 juillet, j’avais observé deux jeunes en compagnie de leur mère ; le père n’était plus là. Cette année, un seul oiseau, apparemment, est sorti du nid. Je l’observerai à plusieurs reprises début août au même endroit, déjà sevré et sans ses parents.

 

_ Le second site, que j’appelle Gerderest 1 (commune de Gerderest), est nouveau pour moi. Il fait environ 5 hectares (calculs Google Earth). Essentiellement constitué de prairies de fauche et à bétail, il est bien plus facile à surveiller :

28 juin – Le mâle vient de capturer au sol un papillon de nuit. Il va l’achever à coups de bec sur cette branche et le préparer pour le consommer sur place!

Il est situé à 2 900 mètres à vol d’oiseau du site précédent (distance mesurée entre les premières observations des mâles). C’est un endroit que je pratique régulièrement pour la photo animalière et je n’y avais encore jamais vu cet oiseau. La première observation est faite le 28 juin ; le mâle chasse pour lui, à proximité du nid situé dans un roncier surmonté d’un grand houx, dans une haie séparant une prairie d’une petite route de campagne. Il reste en poste à cet endroit. De nombreuses observations vont suivre et deux juvéniles prendront leur envol, nourris hors du nid uniquement par la femelle.

 

_ Le troisième site, que j’appelle Gerderest 2 (sur la même commune de Gerderest), est également nouveau. Il couvre une superficie inférieure à un hectare, sur une seule parcelle longeant la même petite route de campagne que celle du site précédent. Cependant, j’ai constaté de longues absences des adultes et de leur progéniture, ce qui m’incite à penser qu’ils ont pu occuper un territoire plus important dans lequel il m’était impossible de les observer  :

17 juillet – Le mâle vient de capturer une grosse libellule pour son petit.

Il est situé à 450 m du site précédent. Cette distance est mesurée entre les 2 emplacements supposés des nids, que je ne peux identifier dans la végétation très dense. Je ne découvrirai ce site que le 15 juillet et les juvéniles sont déjà sortis du nid : j’observe le mâle avec un juvénile. Le nid est dans un roncier qui a envahi la partie basse d’un houx et de quelques ajoncs, le tout surmonté par un châtaignier qui est à la limite entre une prairie et un champ de maïs. Il y aura bien d’autres observations intéressantes : trois juvéniles prennent leur envol, nourris par le mâle et la femelle.

Il n’y aura aucune interaction des oiseaux entre ces deux sites rapprochés de Gerderest.

J’ai eu cependant un doute. En effet, je ne voyais plus le mâle depuis quelques jours sur le site de Gerderest 2 et j’ai cru le revoir sur le site de Gerderest 1 : il m’a semblé les avoir aperçus de loin faire le gué, chacun posé sur un piquet de part et d’autre de la prairie. Le temps de prendre et régler mes jumelles, l’un des deux avait disparu et je n’ai pas pu valider. Cela reste quand même vraisemblable : après la naissance des oisillons, les mâles sont plus tolérants envers leurs congénères.

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III- L’illustration de mes observations par mes photos

J’ai laissé passer du temps avant de regarder mes photos. Elles sont nombreuses et elles m’ont permis de valider et même de découvrir des détails que je n’avais pas bien remarqués. Tout cela a réveillé de très bons souvenirs et j’ai eu du mal à choisir les photos que je publie. Le compte-rendu écrit et en images de l’observation simultanée de la nidification sur trois sites différents est assez complexe et j’espère qu’elle restera attractive.

D’une façon générale, la météo a été bonne à assez bonne de juin à août, avec peu de précipitations et parfois du brouillard. Elle n’a pas été un obstacle à une nidification réussie.

 

3.1 _ Le site de Lalonquère 1

Mes observations sont peu nombreuses. Le site est étendu et habité ; je respecte la tranquillité des personnes et des lieux.

19 juin. Le mâle chasse, perché en partie haute d’une ronce.

L’arrivée des oiseaux sur le site est passée inaperçue. Ma première observation est celle du mâle et on est déjà le 19 juin. Il chasse des insectes qui volent au-dessus des cultures de tournesol. Sur la photo, il a l’attitude typique d’un mâle excité.

Ma rencontre avec la femelle n’aura lieu que 25 jours plus tard.

28 juin – Le vol du mâle, seul, en chasse au-dessus des tournesols.

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14 juillet – La femelle a quitté le nid.

Nous sommes le 14 juillet et je fais enfin connaissance avec la femelle, sous la pluie. Elle participe au nourrissage de la progéniture qui est encore au nid.

14 juillet – La femelle s’assure que sa proie ne bouge plus, avant de l’emporter. 

La femelle est ici à la limite du territoire habituel du couple, à 250 mètres environ de l’endroit probable du nid. Elle s’envole avec un Bourdon terrestre (Bombus terrestris) et disparaît de ma vue par-delà une haie. Toutes les proies données aux petites pies-grièches sont au préalable neutralisées.

Elle nourrit encore au nid. En effet, on verra sur mes photos qu’adultes et juvéniles sortis du nid restent proches pour le nourrissage ; là, elle est manifestement seule.

Avec les informations dont je dispose, je pense que l’éclosion a eu lieu au plus tôt il y a deux semaines (si la progéniture est presque prête à prendre son envol) et au plus tard il y a une semaine environ car la femelle a quitté le nid. Les oisillons sont nés entre le 1er et le 7 juillet, probablement.

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15 juillet – Le mâle est à l’affût, près du nid.

15 juillet – La femelle est elle aussi à l’affût, à proximité.

Le 15 juillet, j’observe le couple, chacun de son côté. Il n’y a aucun juvénile à proximité. Les oisillons sont probablement toujours au nid mais ils ne devraient pas tarder à prendre leur envol.

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26 juillet – L’endroit est aussi un site de reproduction du Bruant zizi (Emberiza cirlus).

Les jours suivants, je ne vois personne. Le 21 juillet, j’aperçois enfin la femelle, seule, faisant le gué dans une haie d’aubépines mais elle disparaît immédiatement de ma vue. Le site est « bouché » par les tournesols qui sont plus hauts que les années précédentes.

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Quatre à cinq semaines ont passé depuis la date probable de l’éclosion. Depuis le 2 août, un oiseau s’envole en bordure du chemin qui longe les tournesols et disparaît avant que je puisse l’identifier.

06 août – Surprise! J’immortalise un jeune, seul!

Nous sommes le 06 août et ce soir, je revoie l’oiseau au même endroit : il chasse des insectes en l’air au milieu des tournesols puis il se repose dans la culture. En prenant des précautions, je l’ai enfin en photo. C’est un juvénile, sevré et seul!

Le juvénile ressemble à la femelle mais il s’en distingue par les dessins en forme d’écailles très prononcées sur le dessus de ses ailes et sur son dos. Le haut du crâne est également plus clair.

06 août. L’oiseau surveille le sentier.

06 août. Mon dernier cliché, en forme d’un « Au revoir ».

Je reverrai à nouveau ce jeune le lendemain, au loin au même endroit : il s’enfuit de suite hors de ma vue. Il est vraiment farouche et je l’ai aperçu trop tard. Ce sera ma dernière observation sur ce site : née entre le 1er et le 07 juillet, c’est le moment pour cette petite pie-grièche de penser à partir ; ces parents ont déjà entrepris le grand voyage retour. Malgré plusieurs passages jusqu’à la fin du mois d’août, je ne verrai effectivement plus personne.

D’après des informations issues de baguages au nid, les jeunes de l’année précédente ont tendance à revenir dans la région de leur naissance (si les conditions y sont propices, bien sûr) mais pas spécialement sur le même site.

 

3.2 _ Le site Gerderest 1

Un aperçu du biotope de Gerderest 1, des prairies de fauche et à bétail avec des perchoirs.

La Pie-grièche (surtout le mâle) empale parfois ses proies sur des barbelés ou sur des épines pour y constituer des réserves appelés lardoirs, que je n’ai pas encore observés.

C’est un milieu ouvert, avec quelques bosquets de châtaigniers qui ont résisté aux remembrements. Les observations y sont aisées. D’un simple coup d’œil, je peux détecter si les oiseaux sont là ; ils fréquentent avec régularité les mêmes perchoirs.

28 juin –  Le mâle en train de dépecer un papillon de nuit.

Je découvre ce nouveau site le 28 juin. Lors de mon passage, le mâle s’envole d’une prairie rase et se pose sur un arbre mort. Il maintient fermement d’une patte un papillon de nuit, qu’il va achever avec son bec crochu, à la manière d’un rapace. Il le garde ensuite dans son bec pendant plus de deux minutes. Je m’éloigne pour ne pas contrarier ses intentions car manifestement, il ne le garde pas pour lui. M’ayant repéré, il semble hésiter à l’amener au nid. Il nourrit peut-être la femelle qui s’occupe seule de l’incubation des œufs.

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08 juillet – Le mâle, à l’affût.

08 juillet – La femelle, avec un Grillon champêtre (Gryllus campestris).

Le 08 juillet, le mâle fait le gué en hauteur sur un châtaignier pour traquer les insectes volants. Je l’observe longuement puis j’ai la surprise d’apercevoir la femelle, posée à proximité sur une branche morte. Elle tient dans son bec un grillon, qu’elle finit par engloutir.

08 Juillet – La femelle, pensive.

Elle reste ensuite longuement en boule, sans montrer d’intérêt particulier. Je suppose qu’elle récupère de ces longs moments inactifs passés au nid. Ses oisillons ne doivent avoir que peu de jours.

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09 juillet – La femelle surveille attentivement la prairie.

09 juillet – Le mâle en fait de même depuis un autre perchoir. Il plonge, ….

…, et remonte sur le perchoir avec sa proie.

09 juillet – Direction, le nid.

Le 09 juillet, j’aperçois la femelle en premier. Elle surveille la prairie, haut perchée. Le mâle en fait de même de son côté. Il plonge brusquement pour attraper un taon sur le dos d’une vache et revient sur son perchoir. Puis, il s’envole avec l’insecte jusqu’au nid. Comme les deux adultes sont maintenant en action de chasse, j’en déduis que les oisillons doivent avoir approximativement une semaine. Ils sont donc nés début juillet et, rétrospectivement, la ponte a eu lieu vers la mi-juin.

12 juillet – Un Bruant jaune mâle poussant sa chansonnette, au soleil couchant.

Les jours suivants, j’aperçois surtout le mâle en train de chasser, mais sans comportement particulier. Il a tendance à s’éloigner davantage du nid que la femelle.

Ce site est aussi un lieu de nidification du Bruant jaune (Emberiza citrinella).

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15 juillet – Un moment que j’ai adoré : le couple chasse ensemble.

15 juillet – Madame plonge sur une proie. Le vol direct de la Pie-grièche peut en faire une proie facile pour l’Epervier d’Europe, que j’ai vu roder dans le secteur.

15 juillet – Monsieur reste seul, devant un troupeau de Blondes d’Aquitaine.

15 juillet – Le mâle a débusqué sur le chemin une chenille non urticante, qu’il va avaler. 

Le 15 juillet à mon arrivée, la femelle fait le gué depuis un genêt. Puis le couple se retrouve sur une prairie à bétail attenante dans laquelle je ne les avais pas encore observés. Ils ont agrandi leur rayon d’investigation par rapport au nid, dont ils ne s’éloignaient guère jusqu’à présent. Je les trouve pour la première fois côte à côte.

15 juillet – Le nettoyage et lissage des plumes, au soleil couchant.

Le mâle passe plus de temps au toilettage que la femelle ; il est moins impliqué que cette dernière par ce qui se passe au nid.

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19 juillet – Le mâle surveille la prairie à bétail.

Les jours suivants, le mâle et la femelle chassent, chacun de son côté et toujours pas de progéniture. Ils fréquentent régulièrement la prairie à bétail.

19 juillet – Surprise! Un juvénile déjà bien plumé prend la pose près du nid.

19 juillet – Il piaille bruyamment en agitant ses ailes : l’adulte n’est pas loin!

19 juillet – La femelle paraît, avec une grosse mouche noire dans le bec, …

19 juillet – …, qu’elle donne au petit, puis elle repart.

Aujourd’hui, enfin, j’observe le fruit de leur labeur. Nous sommes le 19 juillet et j’assiste au nourrissage d’un juvénile par la femelle ; il est sorti du nid et il est seul. Mon hypothèse se confirme : il est né début juillet (autour du 04) et devrait être totalement sevré dès la première semaine d’août.

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23 juillet – La femelle a un comportement plus discret que le mâle; elle est même timide.

23 juillet – La femelle vient d’attraper un Bourdon terrestre (Bombus terrestris),

23 juillet – Elle l’amène à son petit qui est à proximité, seul.

Le 23 juillet, j’observe au même endroit la femelle avec un juvénile. Un détail m’intrigue : en effet, le plumage du petit est encore duveteux, moins avancé que sur les photos du 19 juillet. Est-ce un second oiseau qui vient de sortir du nid?

J’aurai la réponse un peu plus tard!

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24 juillet – Le mâle, en train de décortiquer une Grande saurerelle verte ( Tettigonia viridissima), qu’il garde pour lui. 

27 juillet – Il ne fait pas très chaud! Journée morne pour l’activité de mes bestioles!

Les jours passent. Le couple chasse, chacun de son côté ou parfois ensemble, comme le 27 juillet où je les retrouve à l’affût sur une clôture. Ils n’ont pas très chaud et font même parfois la boule, en scrutant attentivement les alentours. Je n’ai pas vu de petit depuis quatre jours : je crains une attaque de l’Epervier d’Europe sur leur progéniture.

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Le 28 juillet, j’assiste à une scène pas toujours évidente à observer et que l’on voit peu en photos car cela va assez vite : le mâle évacue une pelote de réjection! Toujours pas de juvénile!

Tant qu’à faire, j’évacue aussi le reste!

Un peu de grattage,

28 juillet – …, et je décolle!

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Le 1er août, le couple a encore changé d’endroit, chacun de son côté autour d’une parcelle en jachère qui vient d’être travaillée et semée. Ils ont quitté définitivement les abords immédiats du nid pour un endroit plus dégagé ; je ne peux les observer que de loin. La femelle fait des A/R vers un roncier bas et isolé, au-dessus duquel un juvénile apparaît quand elle s’approche.

01 août – Le juvénile, sur le piquet ; la mère est sur la clôture. A droite, le roncier refuge. A l’arrière-plan, une Blonde d’Aquitaine.

Après un petit moment, un juvénile rejoint la femelle sur la clôture. Il a pris de l’assurance et vole librement.

01 août – Le petit est dans le semis, sous le regard de la femelle sur le piquet.

La femelle chasse dans le semis et le petit attend sagement sur le piquet, en scrutant par terre. A moment donné, il plonge pour attraper une mouche, qu’il va manger sur la clôture : il lui donne des coups de bec en la tenant dans sa patte, puis il l’avale. Il a déjà les bons gestes. Il quémande encore à sa mère, sans trop insister. Elle reste parfois indifférente, mais continue quand même à lui apporter quelques proies, qu’elle neutralise au préalable ; il les engloutit prestement.  Il descend parfois à terre, alors que la femelle reste en boule sur le piquet. La fin du sevrage approche.

Le mâle n’est pas très loin dans les parages, mais il vit sa vie de son côté. Il n’a aucune interaction avec les petits depuis qu’ils ont pris l’envol.

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Le 03 août, le mâle est toujours là mais j’ai la confirmation qu’il se désintéresse totalement de sa progéniture.

03 août – Le petit se nourrit dans le semis. La mère est sur un piquet! A droite, on aperçoit le roncier refuge.

La femelle est avec un petit ; depuis son perchoir, celui-ci fait des A/R dans le semis. Elle lui apporte à moment donné une guêpe sur la clôture : sans réaction d’intérêt de sa part, elle l’avale. Peu après, elle s’envole et s’éloigne. Le petit repart alors se mettre en sécurité dans le roncier et j’ai la surprise de constater … qu’ils sont deux!

03 août – Le cadet des juvéniles a encore un plumage légèrement duveteux.

03 août – Le cadet a rejoint son aîné dans le roncier : celui-ci fait du toilettage et il a le comportement d’un oiseau sevré, bien plumé!

Ce sera la première et seule fois que je verrai les deux juvéniles ensemble, qui sont nés maintenant il y a environ un mois. Ce sera aussi la dernière fois que je les observerai. Ce jour-là, je me suis rendu compte combien ces oiseaux pouvaient être surprenants!

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07 août – La femelle avec une Grande Sauterelle verte (Tettigonia viridissima).

Je ne verrai plus personne jusqu’au 07 août, où je vois à nouveau les adultes, chacun de son côté. Un moment plus tard, après avoir attrapé une Grande Sauterelle verte, la femelle la garde un bon moment dans son bec puis s’envole avec elle, sans doute pour rejoindre son petit cadet?

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08 août – Ma dernière photo du mâle.

Le 08 août, j’aperçois le mâle, en train de faire sa toilette sur un houx. Je ne le sais pas encore, mais on se se reverra plus. Cela fait maintenant une vingtaine de jours que les petits ont pris leur envol. Le jour du grand départ en direction de l’Afrique approche et le mâle, sans charge de famille, partira en premier.

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10 août – Goupil traverse tranquillement la prairie au milieu des vaches.

Le 10 août à mon arrivée, la femelle est revenue à son ancien poste de gué, près du nid. Elle est seule, sans comportement particulier! Manifestement, ses petits se débrouillent seuls, maintenant. Et, … Goupil est là aussi! En effet, une prairie voisine a été fanée la veille et je le reverrai  les jours à plusieurs reprises dans les alentours.

10 août – Ma dernière observation de la femelle, avant son grand voyage.

Mes observations de la Pie-grièche sur ce site de Lalonquère 1 se terminent ainsi. Les oiseaux sont partis de nuit et chacun de son côté, d’abord le mâle puis la femelle. Je ne sais pas quand les deux jeunes ont pris leur décision. Au 13 août, le site est déserté!

 

3.3 _ Le site Gerderest 2

Je découvre le site que tardivement, le 15 juillet : un juvénile manifeste frénétiquement sa faim auprès du mâle, sur une branche de châtaignier. Je les revois tous les deux à nouveau le 17, où le mâle apporte une grosse libellule noire et jaune au petit. Celui-ci est embarrassé et le mâle s’y reprend à deux fois : manifestement, la libellule bougeait encore.

Ce site sera le plus riche en observations de petits à la sortie du nid car sa superficie est plus restreinte ; les oiseaux ne se dispersent pas.

A l’écart du nid des pies-grièches, les haies de ronces servent également pour la nidification de Bruants jaunes et zizis. Ils fréquentent les mêmes biotopes.

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Le 18 juillet à mon arrivée, la femelle est en compagnie d’un juvénile dans une haie de ronces. Le petit ne quitte pas la sécurité du buisson. Un peu plus tard, elle reste longuement sur un houx, une proie dans le bec : personne ne vient quémander. Pour l’instant, la progéniture sortie du nid se déplace très peu : la nourriture vient à elle et non pas l’inverse. On n’est qu’au début de la sortie du nid douillet et je ne sais pas encore combien ils sont : un, … ou plus?

Les jeunes sortis du nid restent en sécurité dans la végétation et n’en sortent que lorsqu’un adulte apporte une proie. Ils prendront plus tard un peu plus d’assurance. Pour attirer leur attention quand il a une proie dans son bec, le mâle frétille des ailes : c’est une incitation à leur intention, pour sortir du couvert.

18 juillet – La femelle, pensive. Le nid est situé quelque part dans le fouillis de la végétation, en contrebas.

18 juillet – Le mâle, peu avant le coucher du soleil. De nombreux moucherons volent dans l’air ; c’est la fin d’une belle journée d’été.

En fin de journée, les oiseaux sont moins actifs. Le mâle profite tranquillement du soleil jaunissant.

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19 juillet – En fin de journée.

Le 19 juillet, la femelle est présente à proximité du nid, seule et attentive sous une belle lumière tardive. Ce soir, il ne se passera rien de particulier ; la progéniture est peu entreprenante.

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Le 2o juillet est plus animé ; le couple est à proximité du nid, la femelle sur une ronce et le mâle, sur un houx. Il capture un coléoptère à terre et l’avale sans attendre sur un perchoir. De temps en temps, il gazouille timidement et je le devine plus que je ne l’entends. Il se repose, contrairement à la femelle qui fait le gué.

20 juillet – Un moment que j’ai apprécié, le mâle et la petite tête ronde du juvénile, regardant dans la même direction.

Un juvénile sort du roncier et tente de se percher à côté du mâle, qui reste imperturbable ; il redescend alors à l’abri des regards, dans le feuillage des fougères.

20 juillet – Le mâle montre l’exemple à son petit ; c’est le début du sevrage.

20 juillet – Le juvénile va rester un instant seul au bord de la route.

Je les revoie tous les deux un peu plus tard posés en bordure de la route qui est proche, au moment où le mâle lui transmet une proie. Le juvénile a pris de l’assurance et il se déplace maintenant en volant.

20 juillet – Le mâle continue à apporter des proies à son petit.

20 juillet – Quand le mâle se repose, le juvénile se repose aussi en sa compagnie.

Le juvénile va se percher sur une ronce où le mâle continue à lui amener d’autres proies. Sur ce site, le mâle s’investit et il a pris en charge un petit, le premier sorti du nid. Ce soir, je ne vois pas la femelle.

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Le 21 juillet, j’entendrai distinctement le mâle en train de gazouiller. C’est un chant très discret et mélodieux, dont les notes rappellent parfois celles poussées par d’autres passereaux que je connais. Il faut quand même bien tendre l’oreille.

21 juillet – Le mâle, en train de gazouiller.

Un juvénile rejoint le mâle, sans se faire particulièrement pressant. Je me rend compte rapidement qu’ils ne sont pas seuls : la femelle est en arrière-plan, en compagnie également d’un juvénile. La famille s’est agrandie et les tâches sont partagées!

21 juillet – Un petit sort des ronces et rejoint le mâle. A l’arrière-plan, je devine une autre présence sur une ronce.

21 juillet – La femelle (à droite) est là aussi, avec un deuxième juvénile.

21 juillet – L’envol du mâle, dans ma direction.

21 juillet – L’envol du juvénile.

21 juillet – La femelle (à gauche) et son petit. On voit bien la différence de coloration du plumage au niveau de leur tête.

21 juillet – Portrait : le mâle est moins farouche que sa famille.

A la moindre alerte comme le passage d’une voiture, un vélo ou un tracteur sur la route proche, tout le monde se met à l’abri dans les ronces, sauf le mâle qui reste imperturbable tout en surveillant les alentours. Ils en ressortent assez vite. Si c’est un piéton, la témérité du mâle a des limites.

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23 juillet, sous une pluie fine qui ne calme pas les appétits. Les proies sont plus rares.

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Le 24 juillet, le mâle est présent, seul. Il a plu et le temps est resté maussade. L’oiseau s’envole et vient se percher tout près de moi! Je ne l’avais pas prévu et me voilà piégé : je ne peux bouger. Il a senti une présence inhabituelle et pousse parfois un petit cri d’inquiétude dans ma direction mais il ne quittera pas son poste pour autant ; il regarde ailleurs. J’attends patiemment qu’il s’éloigne pour bouger.

24 juillet – Un regard sévère dans ma direction!

La femelle émerge un peu plus loin de la haie de ronces, avec un juvénile.

24 juillet – La femelle et un petit, bien plumé. Il quémande encore.

24 juillet – Sur cette photo, la différence de coloration du plumage du dos est évidente.

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Le 25 juillet, le temps est à la pluie et je ne vois personne. Les jours passent et l’absence se confirme : je me demande si la famille ne s’est pas déplacée. En effet, un canon d’arrosage a été mis en service sur le champ de maïs qui jouxte la parcelle où est le nid. Le 28 juillet, il est en fin d’arrosage à quelques mètres à peine du nid, dont la famille ne s’était pas éloignée jusqu’alors.

Il y a un signe qui ne me trompe pas : si je vois évoluer à proximité du nid des bruants ou des tariers pâtres, les pies-grièches sont absentes. En effet, bien que je n’ai pas vu de signe d’agressivité du mâle pie-grièche envers les autres passereaux, ces derniers évitent le lieu en présence de l’oiseau.

27 juillet – Tarier pâtre mâle.

28 juillet – Bruant jaune mâle.

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Après 7 jours d’absence continue, la famille réapparaît.

01 août – Le site du nid. Le mâle vient d’être rejoint par un petit.

Le 01 août –  surprise! Le mâle est là, perché au sommet du houx qui abritait le nid. Il surveille les environs. Un petit bien plumé le rejoint rapidement en voletant puis il fait le gué, en imitant son père. Il ne quémande pas ; au contraire, il fait des A/R sur le bord de la route pour chercher des proies.

Le mâle se déplace dans un roncier où un juvénile a attiré son attention en criant sa faim. Rapidement, il se retrouve avec deux juvéniles blottis contre lui à sa droite sur la ronce. Puis arrive le petit sevré qui se pose à sa gauche. L’un des deux premiers arrivés se déplace ensuite en face de lui.

01 août – Un moment touchant avec le mâle et ses trois petites pies-grièches. 

Le mâle gazouille et les petits écoutent sagement ; tout le monde est en boule et c’est un moment de sérénité. La scène est en partie occultée par les feuilles du roncier mais qu’importe! Ce mâle a un bel esprit de famille, ce dont je doutais avec l’expérience de celui de Gerderest 1. Ou alors, le mâle participe t’il uniquement que lorsque la fratrie dépasse deux oisillons?

En observant leur plumage, il me paraît évident qu’un juvénile est en retard par rapport aux deux autres qui font un peu plus tard le gué, seuls sur une branche de châtaignier. Je retrouve un peu plus tard un, puis deux, puis toute la fratrie sur le bord de la route.

01 août – La progéniture est réunie devant moi.

La femelle apparaît à son tour à proximité immédiate mais elle n’intervient pas. Le moins hardi des petits prend à moment donné du bec de son père un insecte en voletant devant lui et repart se percher pour le manger. Il choisit encore la facilité.

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Le 02 août, un Tarier pâtre est là et je sais que je ne verrai personne ; je n’insiste pas.

02 août – Tarier pâtre femelle, au même endroit que le mâle.

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Le 03 août, le mâle est encore là, perché sur le houx habituel. Peu après, deux petits sortent du couvert du houx pour faire des A/R sur le bord de la petite route où ils se nourissent. L’un des deux intercepte même un insecte en plein vol. A la moindre alerte, ils repartent à couvert dans le houx tandis que le mâle reste imperturbable.

03 août – Les deux petits, côte en côte. La nuque de celui qui est au second plan est encore un peu duveteuse.

03 août – Photo plus dégagée de la petite pie-grièche qui était au second plan.

03 août – La petite pie-grièche « duveteuse » a rejoint en haut du grand châtaignier le mâle, qui lui donne un insecte volant.

L’arrivée bruyante du quad d’un agriculteur venu travailler sur une clôture à proximité va envoyer tout le monde aux abris. Pendant que l’on discute, j’en profite pour le sensibiliser à la présence nouvelle de ces petites bêtes.

Je ne le sais pas encore mais c’est ma dernière observation sur ce site. En effet, les jours suivants, il n’y a plus personne et les Bruants jaunes se sont installés, moins sensibles aux dérangements.

Le 10 août, la prairie a été fanée et ce n’est plus la peine d’insister. Les premiers jours après leur départ, cela m’a fait « tout drôle ». J’avais pris l’habitude de les regarder vivre leur vie et j’en ai même ressenti de la nostalgie. Et puis, je suis passé à autre chose avec l’observation de la fin du rut chez les chevreuils et l’approche du brâme du cerf en montagne.

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IV- Une information complémentaire

Le règlement du Parlement européen et du Conseil n° 1306/2013 du 17 décembre 2013, article 94, impose aux États membres de prendre une mesure sur « l’interdiction de tailler les haies et les arbres durant la période de reproduction et de nidification des oiseaux ».

La France a alors pris un arrêté le 24 avril 2015, relatif aux règles de bonnes conduites agricoles et environnementales (BCAE) : en application du dernier alinéa de l’article D.615-50-1 du code rural et de la pêche maritime, pour la métropole, « il est interdit de tailler les haies et les arbres entre le 1er avril et le 31 juillet ».

Elle ne concerne que les agriculteurs dans le conditionnement des aides qu’ils perçoivent. Cet arrêté peut avoir un impact évident sur l’implantation de la Pie-grièche écorcheur et autres passereaux dans notre région.

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V- Bibliographie

Je vous propose de chercher dans la Catégorie « Oiseaux » de mes archives, l’article plus général et bien plus court : « La Pie-grièche écorcheur ».

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