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Le brame du cerf dans la forêt

Une partie de la forêt, avec une petite clairière propice à l’observation des cerfs.  

L’un des occupants des lieux tirant la langue, fatigué de sa nuit passée à bramer.

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Nous sommes le 27 septembre 2021 et aujourd’hui, c’est une nouvelle expérience pour moi. Je suis habitué à observer le brame pyrénéen dans les estives ou dans un milieu plus accidenté, au-dessus de la limite supérieure des conifères. Je n’y ai jamais assisté dans une grande forêt et un ami m’a proposé de m’amener dans un endroit discret et peu fréquenté.

Nous arrivons sur les lieux en milieu d’après-midi et sous un beau soleil. Les arbres à feuilles caduques commencent à prendre les belles couleurs chaudes de l’automne. La montagne est calme, on n’entend pas grand chose pour l’instant.

18h00 – Ma première observation d’une couleuvre de Montpellier.

Nous remontons à pied une piste forestière, en scrutant le versant opposé aux jumelles. Sur le talus, quelques reptiles profitent des derniers moments d’ensoleillement. Cela va être pour moi l’occasion de faire connaissance avec une Couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus), un reptile que je n’avais encore jamais rencontré. C’est le plus grand serpent d’Europe, qui préfère les terrains secs et rocailleux. Acculée, cette couleuvre peut se rebiffer et mordre. Venimeuse, elle reste inoffensive (sauf situation exceptionnelle) car ses crochets sont situés au fond de la mâchoire supérieure.

Un peu plus loin, c’est un Lézard vert que je voie déguerpir ; bien que je ne sois pas là pour çà, tout m’intéresse dans la Nature.

19h20 – Une biche, seule, bien cachée en lisière de sapins.

Ces rencontres sont sympathiques. Le temps passe et les observations de cervidés sont rares, mais l’endroit est magnifique. Une biche et son faon remontent sur le flanc opposé depuis le lit asséché d’une petite rivière, pour entrer dans le sous-bois.

20h15 – Dans le sous-bois.

Il faut faire avec le manque de visibilité inhérent aux milieux fermés. Les animaux sont là, mais on ne les voit pas ; par contre, on les entend et même bien! Au détour d’un chemin qui monte à flanc de montagne, une silhouette apparaît ; il m’est difficile de l’identifier. Un petit clic discret avec mon appareil photo équipé d’un téléobjectif me permettra de supposer qu’il s’agit d’un faon, sans doute de chevreuil. Ils sont également présents dans ce secteur. On fait demi-tour pour ne pas déranger. La nuit approche.

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Dans l’obscurité grandissante, les grillons commencent à chanter et un rouge-gorge familier nous interpelle.

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Le concert a commencé et il durera jusqu’au lendemain matin. Nous dormons sur place et, ayant un sommeil léger, j’en profite pleinement. Les grands animaux sont nombreux et leur voix puissante porte loin ; ils se répondent d’un flanc à l’autre de la montagne.

Une chouette Hulotte femelle fait son show, sur fond sonore de brame vers les hauteurs.

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Debouts avant le jour, on reprend nos observations. Je me rends compte que les lieux sont surtout propices à l’écoute, c’est un endroit idéal pour cela. On ne voit que quelques rares animaux à découvert aux jumelles.

Tout en contrôlant la direction du vent, on arrive sur le lieu propice à l’affût et on se poste discrètement. L’attente commence. Le soleil est apparu au-dessus des crêtes et ses rayons vont bientôt pénétrer dans le sous-bois. Le choix de l’endroit est judicieux. En effet, au moins quatre cerfs s’interpellent à proximité ; on les entend parfois labourer la végétation à grands coups d’andouillers.

L’ambiance sonore de l’affût, avec une source à proximité.

L’environnement de l’affût, dans lequel va surgir un magnifique 14 cors.

Un craquement discret nous fait nous retourner dans la direction opposée. Une forme est en train de se déplacer, parallèlement à notre position. C’est un cerf et je distingue à peine sa ramure au-dessus de la végétation ; il apparaît furtivement en pointillés entre les troncs d’arbre. Tout va alors très vite! Surpris, je ne suis pas dans une position confortable mais je dois limiter mes mouvements. Manifestement, il ne fait que passer. En pointant mon téléobjectif dans sa direction, j’anticipe son trajet jusqu’à ce que je trouve une trouée entre les arbres. Je fais alors une mise au point sur l’un des troncs encadrant la trouée et j’attends!

Le soleil éclaire l’arrière-plan, le dos et l’œil de l’animal ; son encolure est dans l’ombre.

Je n’ai pas longtemps à attendre! Je ne vais pas vous faire le coup du rythme cardiaque qui s’accélère car je ne le vois pas encore. J’ai juste l’appréhension de rater ce qui est probablement la seule occasion de l’immortaliser : ai-je bien pensé à tout? je vérifie mes réglages dans l’œilleton.

Je distingue enfin un mouvement au-dessus de l’œilleton. Je regarde alors au travers de celui-ci et je peaufine la mise au point : l’animal est là, la langue pendante et la patte avant levée. Il regarde dans ma direction. Je déclenche une première fois. La proximité suggérée par mes photos est toute relative car elle correspond à un grossissement de 18 fois. Le cerf est à une distance respectable.

Il est possible qu’il nous ait détecté ou du moins qu’il ait détecté quelque chose d’inhabituel! Pourquoi se serait-il arrêté exactement là où je l’attendais? Est-ce un « cadeau » qu’il me fait? Bien sûr que non! S’il est peu probable qu’il nous ait vu, il a peut-être senti une odeur.

Sa ramure est impressionnante mais je ne la verrai pas en entier. Seule l’analyse de mes photos me permettra de déterminer qu’il s’agit d’un magnifique 14 cors régulier avec andouiller, surandouiller, andouiller médian (chevillure) et empaumure à quatre épois. Les pointes de ses bois ont labouré dans la boue.

C’est pour moi une bête magnifique!

J’aurai droit à deux raires pour l’immortaliser, entrecoupés d’une observation avec les oreilles tendues dans notre direction. Cette attitude est typique d’un animal qui est interpellé, mais il ne me semble pas inquiet. Derrière nous, les autres cerfs sont toujours là, derrière un mur végétal.

L’animal va rester ensuite plus de deux minutes en observation, calme et à l’écoute.

Je pousse le zoom à fond ; il est imperturbable. 

Sous le poids du téléobjectif, mes bras se font lourds. Je tourne lentement mon appareil photo au format portrait, pour l’avoir en entier.

Sa crinière est humide, même boueuse. Il vient de sortir d’une souille.

Après plus de deux minutes d’observation mutuelle, sereine, l’animal regarde ailleurs. Il va finalement repartir dans la broussaille, dans la direction d’où il est venu.

Le soleil est haut maintenant et les raires s’espacent. Il est temps pour les animaux de se reposer. Un dernier cerf se manifeste à proximité : couché dans la végétation, seule sa ramure permet de le localiser. C’est un beau cerf avec une fourche d’un côté, une empaumure avec au moins trois épois de l’autre ; un quatrième épois est présent mais il me semble peu marqué. Le manque de visibilité ne me permettra pas d’en savoir davantage.

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Cette sortie a été enrichissante, dans ce genre de biotope fermé où seul un affût très discret à poste fixe permet de faire une bonne observation visuelle. Je ne recherche pas habituellement la proximité mais ici, les distances d’observation sont naturellement réduites : cela demande de bien connaître les lieux afin d’être encore plus vigilant quant à la tranquillité des animaux. J’ai été interpellé par le peu de biches observées!

Les séquences « sons » sont enregistrées avec mon dictaphone et filtrées avec un logiciel pour tenter d’enlever le bruit de fond.

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