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Observation d’un Rollier d’Europe à Maspie-Lalonquère-Juillacq (Béarn) – 18 Août 2021

Un Rollier d’Europe photographié dans le Béarn!

Le Rollier d’Europe (Coracias garrulus) est un bijou de la Nature. Avec ses couleurs éclatantes, il ne passe pas inaperçu. Ce mercredi 18 août, je n’en croyais pas mes yeux : jamais je n’aurais pensé rencontrer un jour ce bel oiseau à quelques encablures de chez moi. Et pourtant, il était bien là, devant moi, posé sur un fil téléphonique, en train de scruter attentivement la prairie de fauche à la recherche d’une proie.

Que faisais-je là? Depuis 2016, je m’intéresse à un autre oiseau migrateur, la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), après la découverte d’un premier site de nidification sur le territoire de la commune de Maspie-Lalonquère-Juillacq. Cette année 2021, j’ai pu observer l’envol de jeunes sur trois sites ; un quatrième site est abandonné pour le 2ème année consécutive, suite à l’évolution du biotope moins propice à la nidification de l’espèce. Depuis le 13 août, je ne voyais plus de pie-grièche dans le coin et j’étais venu me rendre compte une dernière fois qu’elles étaient effectivement reparties vers l’Afrique. Cela donnera lieu d’ailleurs à la publication prochaine d’un article sur mes observations de l’année 2021.

Et que faisait là ce bel oiseau? Depuis combien de temps était-il dans le secteur? … Je me pose beaucoup de questions à ce sujet. En effet, la présence du Rollier d’Europe en Aquitaine est rare et c’est un « privilège » d’avoir pu l’observer!

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I- Quelques informations sur l’espèce

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Le regard tourné dans toutes les directions, il scrute le sol, impassible.

Le Rollier d’Europe est un oiseau de taille moyenne qui s’approche de celle du Geai des chênes bien connu, 30 – 32 cm pour une envergure d’une soixantaine de centimètres. Sa tête est massive et son bec, très robuste et légèrement crochu à son extrémité, ressemble à celui d’un corvidé. Sa coloration est en majorité bleu turquoise, avec un dos marron-roux. Les rémiges primaires sont noires. Il porte un « masque » noir en losange autour de l’œil. La particularité de ses magnifiques plumes bleues est qu’elles sont iridescentes, c’est-à-dire qu’elles semblent changer de couleur selon l’angle de vue ou d’ensoleillement. Hélas pour lui, le temps gris ne m’a pas permis de mettre en valeur en photo toute la beauté de cet oiseau.

Les adultes des deux sexes se ressemblent. Les juvéniles de l’année ont une coloration générale plus terne que les adultes, d’un brun-verdâtre. Leurs joues, le menton, la gorge et la poitrine sont finement striés de blanc. 

Comme la Pie-grièche, il vit en solitaire ou en couple. Il est lui aussi territorial et querelleur. C’est une espèce cavernicole : il niche le plus souvent dans des cavités naturelles d’arbres, sans y faire d’aménagement.

Il s’installe aussi facilement dans les nichoirs artificiels accrochés en hauteur et mis à sa disposition par des associations bénévoles, qui pallient ainsi au manque local ou à la disparition des cavités naturelles pour nicher. 

Les jeunes quittent le nid en juillet à l’âge de 25 à 30 jours et restent en famille pendant une à deux semaines. Celle-ci quitte alors le site de reproduction pour vagabonder et se joindre à d’autres, sur des sites de regroupement prémigratoires. Les oiseaux forment alors des compagnies lâches, sur des zones parfois un peu plus hautes en altitude et disposant de ressources alimentaires plus abondantes. Ce comportement peut être lié au besoin d’accumulation de réserves avant le départ en migration, mais ce n’est pas certain. C’est ainsi l’occasion d’observer parfois des Rolliers, plutôt des jeunes, dans des régions situées en dehors de leur aire de répartition habituelle.

Il en existe deux sous-espèces, Coracias garrulus garrulus et Coracias garrulus semenowi, qui varient légèrement par leur coloration. La seconde sous-espèce est plus pâle ; elle a une répartition plus orientale.

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II- Son habitat, son régime alimentaire

C’est un oiseau qui aime et a besoin de la chaleur. Il fréquente les espaces ouverts et chauds comme les friches, les garrigues, mais aussi les jachères, les prairies de fauche, les cultures, parsemées d’arbres et de bosquets à partir desquels il peut chasser à l’affût. Perché sur une branche dénudée, une ligne électrique ou un poteau, il fait le guet. Quand il a repéré une proie, il plonge au sol pour la capturer au passage ou bien il l’intercepte en vol, à la manière de la Pie-grièche dont j’ai déjà parlé. Avec ses petites pattes, il est maladroit au sol et préfère utiliser ses ailes.

Insectivore, son régime alimentaire est constitué essentiellement de gros insectes, araignées, scolopendres, mais aussi de petits reptiles, micromammifères et batraciens. Sa présence reste donc liée aux pratiques agricoles et pastorales raisonnées!

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III- Sa répartition géographique

Le Rollier d’Europe (sous-espèce Coracias garrulus garrulus) occupe en nidification tout l’ouest et le sud de l’Europe, ainsi que la frange nord du Maghreb. Il niche principalement dans la péninsule Ibérique, l’est des Balkans (Bulgarie, Roumanie) et la Turquie. Coracias garrulus semenowi vit de l’Irak aux frontières occidentales de la Chine et dans le Sud du Kazakhstan.

C’est un oiseau de plaine mais on peut le trouver parfois jusqu’à 1 000 m d’altitude environ, et plus si les conditions locales lui sont propices comme c’est le cas au Maroc.

En France, on le trouve sur le littoral méditerranéen et le haut delta du Rhône qu’il occupe de manière éparse. Son aire de répartition semble augmenter ces dernières années, essentiellement dans le haut delta du Rhône (Vaucluse, Drôme), le Gard et les Pyrénées-Orientales. Il est absent de Corse. 

Les effectifs européens régressent un peu partout, sauf en France où le nombre de couples reproducteurs augmentait modérément au début des années 2000, d’après les comptages locaux. Il était compris entre 800 et 1 000 en 2008 (2). L’effectif national ne semble pas particulièrement suivi et je n’ai pas trouvé de donnée plus récente. 

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IV- La migration

Le Rollier d’Europe est un migrateur complet. Il hiverne au sud du Sahara, de l’est du Sénégal au Cameroun et de l’ouest de l’Ethiopie jusqu’au Congo et Afrique du Sud (les informations varient parfois).

Après avoir revêtu son plumage nuptial, il arrive en France à partir de la fin avril et jusqu’à la troisième semaine de mai, isolé ou en couple déjà formé. Je ne sais pas si l’espèce est fidèle à son site de nidification ou de naissance.

Après s’être rassemblés par petits groupes, les Rolliers repartent en août-septembre par petites étapes. La migration a lieu de jour. Je n’ai pas trouvé d’information qui pourrait me préciser si les adultes et les jeunes migrent ensemble.

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V- Mon observation

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Très attentif, il surveille le survol d’un Elanion.

Elle a donc eu lieu le mercredi 18 août 2021 sur le territoire de la commune de Maspie-Lalonquère-Juillacq dans les Pyrénées-Atlantiques, de 19h06 à 19h12. L’oiseau n’a pas eu de comportement particulier : il était en action de guet sur un fil téléphonique, depuis lequel il observait le sol attentivement, dans toutes les directions. Il a plongé vers la prairie puis il est allé se poser un peu plus loin, hors de ma vue. Je n’ai pas pu le relocaliser. Le temps était couvert, comme il l’avait été pendant toute la journée. Le lendemain, après avoir patiemment scruté tous les environs, je ne l’ai pas revu ; ni les jours suivants. Je suis un peu déçu car cet endroit, riche en gros insectes, peut constituer à mon avis une halte migratoire intéressante.

La zone d’observation (altitude 210 m) est occupée depuis 2016 par plusieurs couples de Pies-grièches écorcheurs, avec une reproduction positive. La Pie-grièche est une espèce sentinelle bio-indicatrice de la qualité d’un milieu campagnard riche et diversifié.

L’endroit est une mosaïque de petites parcelles vouées à la polyculture, de jachères, de prairies de fauche, entourées par des haies entretenues de ronces, de prunelliers, d’aubépines et autres, avec quelques bosquets de feuillus. Il est traversé par une ligne de Moyenne Tension et, bien que la densité de l’habitat y est faible, la présence de lignes électriques et téléphoniques offrent des postes de guet à toute une avifaune.

J’y observe de nombreuses espèces d’oiseaux, dont quelques préférées comme le Bruant jaune (Emberiza citrinella), le Bruant zizi (Emberiza cirlus), le Tarier pâtre (Saxicola rubicola) etc. mais aussi de nombreux rapaces comme le Milan royal (Milvus milvus), le Milan noir (Milvus migrans), la Buse variable (Buteo buteo) et le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus).

L’endroit est également colonisé par au moins deux couples d’Elanions blancs qui y nichent depuis plusieurs années. Pendant mon observation, le Rollier a subitement tourné la tête vers le ciel : un Elanion est passé au-dessus de lui et cela n’a pas entraîné de réaction autre que ce regard attentif ; il ne m’a pas semblé inquiet. L’oiseau n’a pas eu de comportement farouche en ma présence.

Il s’agit d’un oiseau immature de l’année, au vu de la coloration bleu délavé de sa tête.

Cet oiseau est certainement là dans un contexte d’erratisme juvénile, avant la migration postnuptiale. C’est d’ailleurs le cas pour d’autres observations faites ces dernières années dans les Pyrénées-Atlantiques. Ces juvéniles peuvent rester plusieurs jours au même endroit.

D’où vient-il? Je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante mais deux pistes possibles, avec les hypothèses émises dans l’article de Stéphan Carbonnaux du Gopa Pyrénées sur « le Rollier d’Europe dans le bassin de l’Adour », paru en octobre 2003 (1). Je n’ai pas trouvé d’étude plus récente. On ne dispose que d’un nombre d’observations très limité ; sans baguage ou balise GPS, on ne peut en rester qu’au niveau des hypothèses.

Il pourrait s’agir d’un oiseau d’origine espagnole, mais aussi une migration postnuptiale Est/Ouest par petites étapes le long de la chaîne des Pyrénées avant de la franchir pour le grand voyage. 

Pour terminer cette publication avec d’autres bonnes nouvelles, le site « Faune-Aquitaine » se fait l’écho de l’observation d’un Rollier d’Europe à Trensacq (Landes) ce vendredi 20 août (altitude 80 m, oiseau de première année) et d’un second à Larrau (Pays Basque) ce samedi 21 août (altitude 1 224 m, en halte migratoire). Ces deux endroits sont situés respectivement à 100 km au Nord/Nord-Ouest et à 80 km au Sud-Ouest de mon lieu d’observation. Les informations relevées ainsi que les contributeurs sont indiqués sur leur site.

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 Quand le rollier vous regarde!

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Publication faite pour laisser un témoignage de cette observation rare, à partir de mes photos et avec l’aide de quelques publications dont je cite les liens :

_ (1) GOPA Pyrénées : www.xn--gopa-pyrnes-ibbb.fr/wp-content/uploads/2020/01/32RollVol3n2.pdf

_ (2) Association ONEM FRANCE : onem-france.org/rollier/files/RollierBiblio/1254-2962_Ornithos/1254-2962_015_02_Statut_du_Rollier_en_France_-_Tron_&_al_-_Ornithos_2008.pdf

_ (3) inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Rolier-deurope.pdf

_ (4) www.oiseaux.net/oiseaux/rollier.d.europe.html

_ (5) http://dominique.mouchene.free.fr/faune_flore/docs/rollier_ornithomedia.html

_ (6) www.ornithomedia.com/magazine/analyses/croissance-population-francaise-rolliers-exception-europe-01438/_ (6) _ (6) Les Passereaux, de Paul Géroudet – Volume I : du coucou aux corvidés Delacheaux et Niestlé, 1980.

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