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L’observation du Cerf élaphe en Espagne

L’Observation du Cerf élaphe en Espagne

Généralités

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus), appelé aussi Cerf rouge, est largement répandu dans toutes les forêts tempérées d’Europe, en Afrique du Nord, en Amérique du Nord, en Asie du Nord, en Extrême-Orient, en Nouvelle-Zélande où il a été introduit, … Il est classé en 11 sous-espèces. En France (sauf la Corse qui a sa propre sous-espèce), nous avons la sous-espèce d’Europe centrale et occidentale, le Cervus elaphus sous-espèce hippelaphus. Pour en savoir plus à son sujet, j’ai écrit quatre articles sur le Cerf élaphe dans les Pyrénées, consultables dans les archives de novembre 2019 de mon site ou en tapant le mot « cerf » dans l’onglet  « Search » (en haut et à droite de l’article).

Un jeune Cerf, probablement sur sa troisième année.

La Péninsule ibérique (Espagne et Portugal) abrite la sous-espèce hispanicus, appelée en Espagne « el ciervo ibérico », le Cerf ibérique (Cervus elaphus hispanicus). Il est plus petit que notre Cerf, sa livrée d’été est gris brunâtre, son crâne plus petit et ses bois moins développés. Le cerf ibérique a conservé certaines caractéristiques qui le rend similaire à celles des cerfs qui occupaient l’Europe avant la période glaciaire, telles que l’angulation dans la corne au début de la couronne. Aucune des sous-espèces actuelles en Europe n’a de cornes inclinées, mais les fossiles d’Europe centrale et les cerfs ibériques en ont. L’existence de ce motif particulier sur la corne est une marque qui le relie aux ancêtres les plus anciens. Pour moi, cela me semble un critère surtout réservé à des spécialistes de l’étude des trophées.

La péninsule ibérique abrite une grande diversité de lignées génétiques de cerfs et celles-ci sont menacées par l’altération génétique causée par l’homme : au cours des dernières décennies, des spécimens européens tels que le Cervus elaphus hyppelaphus ont été importés pour les croiser avec des individus indigènes afin d’obtenir un trophée plus grand. Des milliers d’années d’évolution et d’adaptation naturelles du cerf aux écosystèmes ibériques peuvent être perdues en raison de ces introductions, avec pour conséquence l’extinction de l’une des plus anciennes sous-espèces au monde.

Après quelques recherches bibliographiques, j’ai retenu deux importantes études universitaires récentes menées sur les caractéristiques génétiques du Cerf ibérique. Leur lien est à la fin de cette publication. Elles ont mis en évidence la singularité de cette sous-espèce, élément emblématique de la biodiversité de la Péninsule, ainsi que la nécessité de la protection de leur intégrité génétique.

Ces deux études font intervenir le Dernier Maximum Glaciaire ou, plus simplement, le DMG. Les scientifiques du monde entier se sont accordés sur une période définie par un âge absolu afin de le dater  : il a eu lieu il y a 21 000 +/- 2 000 ans, avec comme année de référence, l’année 1950. Cette datation correspond à la définition stricte de ce dernier maximum glaciaire comme étant le maximum de volume de glace, et le minimum du niveau de la mer.

A cette période-là, la calotte polaire arctique recouvrait le nord de l’Europe (jusqu’à la moitié nord des Îles britanniques, l’ensemble de la Scandinavie et les régions autour de l’actuelle mer Baltique); les glaciers des Alpes descendaient jusqu’à Lyon et ceux des Pyrénées jusqu’à Arudy (Pyrénées Atlantiques). En hiver, les températures descendaient régulièrement jusqu’à -30°C. Le niveau de la mer était à environ 120 m en dessous du niveau actuel. La Manche était à sec et on pouvait donc rejoindre l’Angleterre à pied. Dans le sud de l’Aquitaine, la déglaciation de la haute montagne pyrénéenne a dû s’achever il y a environ 15 000 ans.

Iberian red deer : paraphyletic nature at mtDNA but nuclear markers support its genetic identity

Un quinze cors (une empaumure à 4 cors, l’autre à 5 cors), à l’heure « bleue ». Les plus vieux sortent les plus tardivement.

Les résultats de cette étude (J. Carranza, Université de Cordoba) ont paru en 2016 dans la Revue « Ecology and Evolution » (Wiley Online Library). Elle s’est déroulée à partir de l’analyse des séquences d’ADN sur 682 spécimens de toutes les principales populations de cerfs élaphes en Espagne et dans d’autres régions d’Europe occidentale.

Elle a mis en évidence l’existence de deux lignées distinctes de cerfs de cette sous-espèce ibérique présentes avant le DMG et qui sont restées géographiquement bien différenciées jusqu’à présent. Elle a établi que la sous-espèce hispanicus reste bien différenciée de la nôtre, l’hippelaphus.

Les caractéristiques de l’une de ces deux lignées sont apparues presque exclusivement dans la péninsule sud-ouest qui comprend une grande partie de l’Estrémadure, tandis que l’autre famille génétique est située plus au nord-est de la péninsule.

L’étude attire l’attention sur le fait que le maintien de la singularité du cerf élaphe ibérique nécessite de ne plus repeupler avec des spécimens de cerf appartenant à d’autres populations européennes, mais également de ne pas croiser les deux lignées ibériques entre elles.

Red deer in Iberia – Molecular ecological studies in a southern refugial and interferences on European postglacial colonization history

Un joli 10 cors aux abois, avec un trophée bien proportionné.

Cette imposante étude, très complète, a été publiée le 8 janvier 2019 dans la revue scientifique PLOS ONE (Etats-Unis). Elle a été menée par des chercheurs de l’Université de Porto (CIBIO-InBIO) et de l’Université de Castilla-la Mancha (Sabio-IREC).

Elle est basée sur 911 individus échantillonnés et séquencés sur 34 micro-satellites à travers l’Europe, sur des enregistrements fossiles, sur des modèles de distribution d’espèces et sur les données historiques européennes de paléo-distribution.

Elle se concentre sur l’histoire évolutive du Cerf élaphe dans la Péninsule. Celle-ci a été en effet l’une des trois principales zones de refuge sud (avec les péninsules italienne et balkanique) pour les espèces tempérées en Europe pendant le DMG. Elle étudie aussi l’hypothèse de l’existence d’autres refuges glaciaires et leur influence sur l’histoire de la colonisation postglaciaire européenne.

Les résultats révèlent à nouveau une nette différenciation génétique entre les populations actuelles de cerfs de la péninsule ibérique et les autres populations européennes, expliquée par l’évolution divergente de ces populations isolées les unes des autres par la barrière glaciaire des Pyrénées.

Les résultats confirment aussi l’hypothèse selon laquelle le cerf élaphe a pu persister dans d’autres refuges favorables pendant le DMG, très probablement dans le sud de la France, le sud de l’Irlande ou dans une région comprise entre les deux (sur le plateau continental, alors à sec). Ces régions ont permis au cerf de survivre et de recoloniser le continent ouest-européen après le cycle glaciaire. On pensait précédemment que cette recolonisation avait eu lieu à partir des populations ibériques.

Mes commentaires et quelques photos

Toutes les photos de cette publication sont prises exclusivement en Espagne sur plusieurs séjours, lors de sorties qui ne lui étaient pas spécialement consacrées.

Un adulte avec un magnifique trophée, bien symétrique (12 cors).

Après la lecture un peu ardue de ces études sur la génétique du Cerf en Espagne, je les perçois maintenant différemment. Je n’avais pas conscience d’avoir pu côtoyer une sous-espèce aussi ancienne et unique au monde. Mais comment savoir maintenant avec certitude si tous les cerfs que j’ai pu photographier sont bien des Cerfs 100% ibériques, … ou non? Il ne m’est pas facile d’y répondre ; cela m’incitera à l’avenir à questionner sur place. Une chose me semble évidente : la génétique n’a pas fini de nous surprendre. Les hypothèses vont certainement encore évoluer en Espagne mais probablement aussi en France, où le Cerf est aussi en pleine expansion.

Les échappées dans la nature d’ongulés détenus dans les parcs et enclos de chasse sont un phénomène répandu chez nous comme ailleurs, avec les conséquences auxquelles il faut s’attendre. En exemple, une étude récente sur la génétique du Cerf élaphe dans les Landes montre la présence de « gènes bulgares ». Elle s’explique par le fait que suite à l’échappée de cerfs d’origine bulgare d’un enclos de chasse dans le nord des Landes, ceux-ci ont fait souche en se reproduisant avec les cerfs déjà présents.

Dans la dehesa, à l’approche de la nuit – Un 10 cors adulte.

En Espagne, il est possible de voir des cerfs dans beaucoup de régions, les Pyrénées, la Cordillère Cantabrique, la Sierra de la Culebra, Monfragüe, les zones montagneuses de Castilla-La Mancha, d’Estrémadure et d’Andalousie, entre autres. La population est en expansion, notamment en raison de l’intérêt pour la chasse aux trophées. On le trouve dans la plupart des habitats avec prairies, broussailles et ligneux, des plaines aux zones de haute montagne.

Dans la Cordillère Cantabrique, les parcs nationaux de Fuentes Carrionas et Del Saja sont réputés pour abriter les plus grands cerfs de montagne de la péninsule ibérique.

Une information importante avant de regarder les photos suivantes : le nombre de cors (appelés aussi andouillers) des bois de cerf n’indiquent absolument pas l’âge de l’animal, au-delà de sa 2ème année.

Une biche, peu après le coucher du soleil.

Une biche adulte sous la pluie – Elle va bientôt mettre bas.

Une biche et son faon.

Une biche et sa fille de l’année précédente (bichette).

Un jeune Cerf sur sa deuxième année, un joli 6 cors.

Un jeune cerf, sur sa troisième année avec un joli trophée bien proportionné.

Un joli 10 cors adulte.

Une jeune biche adulte.

Un adulte au superbe trophée, un 13 corps (une empaumure à trois cors, celle à droite à quatre cors).

Une biche adulte.

Un 14 cors, avec un trophée bien proportionné.

Cache-cache avec un 12 cors.

L’un de mes clichés préférés de l’article – Un 15 cors.

Une biche aux abois!

Ce jeune mâle sur sa deuxième année accompagnait une harde composée de 4 biches et d’un daguet de l’année. Il était magnifique, avec un trophée bien symétrique.

Coucou! Un 8 cors.

Un jeune 8 cors.

Mon seul 16 cors sous la lumière rasante du couchant (une empaumure avec 6 corps à gauche, l’autre à 4 corps).

Publication faite à partir de mes photos personnelles et des sources bibliographiques suivantes :

_ onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1002/ece3.1836

_ journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0210282

_http://www.acclimaterra.fr/uploads/2015/10/chapitre-2.pdf

 

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