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Le Papillon du palmier dans le Béarn

papillon du palmier 01

Le Papillon du palmier (Paysandisia archon) – Un mâle en alerte, prêt à décoller.

Il vient d’arriver à la maison après les 4 épisodes de canicule de ce mois de juillet 2026 et j’aurais préféré m’en passer! Pour se sensibiliser à ses ravages reconnus, il est important de mieux le connaître.

Le Papillon du palmier, Papillon palmivore, Clandestin des Palmiers (INaturalist) ou Bombyx du Palmier (appelé aussi parfois ainsi par erreur!!!), toutes ces appellations désignent en fait Paysandisia archon, l’espèce invasive introduite accidentellement en France métropolitaine en 2001 lors d’importation de palmiers infestés de larves. Moins médiatiquement connu ici qu’une autre espèce invasive représentée par le Frelon asiatique ou Frelon à pattes jaunes (Vespa velutina), il est cependant au travers de ses larves un ravageur redoutable dont il faut se méfier, originaire d’Amérique du Sud.


1. Présentation du Papillon du palmier

Le Papillon du palmier bouscule les idées reçues. Bien qu’il soit classé scientifiquement parmi les Hétérocères (les papillons de nuit), il possède une activité exclusivement diurne et vole en plein soleil.

Son aire de distribution d’origine est l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Brésil. C’est un grand papillon au vol puissant et rapide, qui ne passe pas inaperçu de par son envergure ; elle varie globalement entre 6 et 11 cm maximum. Les ailes antérieures sont beige à grisâtre, finement striées de brun ; les ailes postérieures sont vivement colorées de taches blanches et noires sur fond rouge orangé brillant qui attire le regard, bien visibles en vol. Très discret, il peut être difficile à localiser les ailes repliées, selon le support sur lequel il se pose.

La femelle, généralement plus grande (7 à 11 cm) que le mâle (6 à 8,5 cm), a un battement d’ailes très bruyant. Certaines femelles sont plus petites que d’autres. On la reconnaît aisément à la présence d’un ovipositeur. Télescopique, ce dernier mesure de 1.5 à 2 cm en pleine extension, garni d’une touffe de soies en partie terminale.

L’ovipositeur est l’appendice abdominal à l’aide duquel de nombreuses femelles d’insectes déposent leurs œufs dans les endroits les plus favorables à leur incubation.

La partie dorsale de son abdomen présente six segments anatomiques distincts, contre sept chez le mâle.

ovipositeur papillon du palmier femelle

Les six segments abdominaux de la femelle, vus de dessous. Son abdomen est gonflé par les œufs et l’ovipositeur télescopique est ici partiellement déployé.

segments abdominaux papillon palmier mâle

Les sept segments abdominaux du mâle, vus de dessous. 

papillon du palmier femelle

Les sept segments abdominaux du mâle, vus de dessus.

papillon du palmier mâle

Toujours le Papillon du palmier mâle, photographié de profil.

Il a été initialement détecté en 2001 le long de la côte méditerranéenne en Espagne à Gérone (Catalogne) et en France dans la région de Hyères (Var), sur des palmiers d’ornement en provenance d’Argentine. De là, il a commencé à coloniser l’Hexagone, l’Espagne, puis le Portugal, l’Italie et même ailleurs en Europe. Aidé directement ou non par le réchauffement climatique, notamment grâce à des hivers plus doux, il continue sa progression là où la nourriture pour ses chenilles est disponible.

La femelle du papillon, plus mobile, peut être amenée à voler sur des distances relativement longues pour la dispersion de ses œufs, d’où une dissémination de l’espèce potentiellement rapide quand les conditions environnementales lui sont favorables. Les seules données que j’ai pu à ce jour consulter me semblent sous-évaluées par rapport à ce que j’ai pu observer. Une densité d’implantation de palmiers hôtes faible à la campagne induit forcément des déplacements plus importants que sur certains sites urbains ou sur la Côte, où ils sont fortement regroupés.


2. Le régime alimentaire du Papillon du palmier

La chenille se nourrit des tiges et du stipe (faux tronc formé par l’emboîtement des palmes) des palmiers. Le papillon ne se nourrit pas ; il ne vit que pour se reproduire!


3. Le cycle de vie du Papillon du palmier

Ce papillon n’a qu’une seule génération annuelle et le cycle de vie complet dure un an, deux ans pour les pontes tardives. Sa période de vol va de juin à septembre, avec une pointe en juillet/août.

3.1 Le stade larvaire

oeuf papillon du palmier

Un oeuf du papillon, qui vient d’être pondu (mais perdu pour la postérité).

Après l’accouplement, la femelle pond au plus près de la couronne de palmes du palmier, au cœur des fibres. Une centaine d’œufs fécondés sont ainsi déposés par petits groupes de 3 ou 4 de palmier en palmier, à l’aide de son long ovipositeur. Fusiformes, ils mesurent en moyenne 4,7 mm de long pour 1,6 mm de largeur au point le plus large. Leur couleur, à la ponte, est rose crème ou brun clair, devenant brun rosé après plusieurs jours. Ils n’adhèrent pas au support.

A l’éclosion (après 12 à 21 jours environ), la larve présente une belle coloration rosée. Elle pénètre rapidement dans les tissus du palmier, à la recherche d’un abri et de nourriture. Elle est lucifuge (fuit la lumière) et endophage (elle se nourrit directement à l’intérieur de sa plante hôte). Elle creuse des galeries, majoritairement longitudinales, de 20 à 30 cm de long en moyenne. Dès le premier stade larvaire, la teinte rosée vire au blanchâtre.

La larve devient rapidement une grosse chenille blanche qui peut atteindre, avant d’entrer au stade de prénymphe, une longueur de 9 cm et une largeur de 1,5 cm à mi-corps. Sa tête, plus foncée, est dotée de fortes mandibules adaptées au creusement du bois ; la chenille est cannibale à tous les stades de son évolution. Elle possède trois paires de pattes thoraciques, dont je reparlerai un peu plus loin pour la paire médiane.

Ce stade larvaire, qui a permis à l’espèce de venir nous « rencontrer » à l’abri des regards, est le plus long et varie selon les conditions environnementales du lieu de ponte (température ambiante) et la période de l’année : 10,5 mois pour la plupart des larves et jusqu’à 18,5 mois environ pour les pontes tardives, avec 9 stades de développement larvaire capables de passer l’hiver en léthargie dans le palmier.

A la fin de la mauvaise saison, la chenille se dirige à la périphérie du stipe et arrête de s’alimenter. Elle se transforme en chrysalide, dans un cocon difficile à repérer qu’elle construit et qui est constitué extérieurement de fibres de palmier, d’une longueur approchant les 6 cm en moyenne.

L’entrée en nymphose dure environ 17 jours au début du printemps et peut être ultérieurement raccourcie. La métamorphose en papillon a une durée également variable de 66 jours au début du printemps pour 43 jours en été. La durée de ces deux périodes sont sensibles à la température ambiante. Toutes ces données sont issues de l’étude effectuée sur ce papillon par le Dr. Víctor Sarto i Monteys (Université Autonome de Barcelone), dont les résultats ont été présentés en janvier 2013 au Colloque méditerranéen sur les ravageurs de palmiers à Nice. (1)

L’émergence des adultes a lieu le matin, entre 08h00 et 14h00 environ ; la plupart des individus (mâles et femelles) sont sexuellement matures au bout de trois heures.

3.2 Le stade aérien

La durée de vie du papillon est courte ; le pic des observations a lieu en juillet/août. Les chenilles, de taille conséquente, ont emmagasiné d’importantes réserves qui permettent d’assurer la vie des adultes qui dure en moyenne 14 jours pour les femelles et 21 jours pour les mâles.

On observe son vol puissant et rapide autour des palmiers en plein soleil aux heures les plus chaudes de la journée, donc en début d’après-midi. Le pic de la fréquentation se situe entre 13h00 et 14h00 environ.

Il ralentit en vol pratiquement stationnaire, avant de se poser sur une palme ou sur le stipe : c’est le moment idéal pour le coup de raquette. Il ne semble pas particulièrement méfiant à notre égard et se laisse facilement approcher, tout en restant sur le qui-vive.

Le comportement de perchoir du mâle est caractéristique. Territorial, il surveille les alentours, posé en hauteur sur une palme exposée au soleil. Les ailes partiellement refermées, il est prêt à décoller. Lors d’une intrusion visuelle, il s’envole pour identifier l’intrus de plus près. Si c’est un congénère mâle, les deux papillons se poursuivent à distance raisonnable sans qu’il y ait d’agressivité ou un quelconque contact. Puis le « locataire » des lieux revient rapidement se poser sur son perchoir initial et reprend sa surveillance. En fait, comme il n’a pas besoin de se nourrir, il passe beaucoup de temps ainsi perché et ne sera actif que lorsque un autre mâle ou une femelle pénètre dans son espace aérien visuel.

S’il s’éloigne et disparaît de la vue lors d’une tentative de capture ratée, il faut l’attendre : il reviendra se percher au même endroit après quelques minutes d’attente, pour recevoir un coup de raquette mieux ajusté. Ce papillon, très résistant, est un « dur à estourbir ».

Quand l’ensoleillement n’est pas propice, il reste à l’abri des regards sous les palmes ou sur le stipe. Le dortoir est différent du poste d’observation ; il peut revenir exactement au même endroit, le jour suivant. A la maison, il s’intéresse aussi aux feuilles de bananiers pour se reposer ; je l’ai même vu posé sur un laurier rose (Nerium oleander).

3.3 La reproduction

Le mâle cherche un territoire pour attirer les femelles, la femelle ne s’intéresse qu’à trouver des lieux de ponte ; elle est donc amenée à parcourir plus de distance, parfois plusieurs kilomètres selon les circonstances. Elle peut s’accoupler dès le jour de son émergence et ne s’accouple qu’à un seul mâle. Elle sollicite et déclenche la séquence de parade en s’approchant du mâle à l’affût, lequel va ensuite la poursuivre (2).

Les accouplements ont lieu pendant la phase chaude et ensoleillée et la plupart des femelles commencent à pondre assez rapidement après l’accouplement.

La localisation des partenaires chez le Papillon du palmier repose exclusivement sur des signaux visuels, et non sur des phéromones à longue portée émises par la femelle (ce qui est le cas chez les papillons de nuit). Malgré des tests approfondis, aucune phéromone femelle susceptible d’attirer les mâles n’a pu être détectée. Elles semblent avoir perdu leurs glandes à phéromones au cours de l’Evolution. En revanche, les mâles pourraient émettre une phéromone à courte distance.

Une étude scientifique approfondie sur ce sujet (3) a permis de constater que le fonctionnement de ce papillon est effectivement différent de celui des autres papillons : la communication chimique repose principalement sur les mâles, qui semblent porter l’essentiel de la charge chimique à cet égard.

On a identifié chez lui des composés qui pourraient jouer un rôle dans le comportement de parade nuptiale à courte distance. Ces substances sont produites par une glande annulaire située dans les segments terminaux de leur abdomen et elles ont été parfois détectées en quantités infimes dans des extraits d’ovipositeurs des femelles, mais uniquement pendant l’accouplement ou immédiatement après celui-ci.

Le mâle utilise aussi un autre composé pour marquer son territoire en frottant ses pattes médianes contre la face supérieure des feuilles environnantes, essentiellement celles des palmiers. Il a été identifié comme étant un diénol, un  composé unique et produit en grande quantité. Sa production maximale est observée chez les individus sexuellement matures âgés d’un jour.

basitarses papillon du palmier mâle

Zoom sur les pattes antérieure, médiane et postérieure du Papillon du Palmier mâle. Les tarses sont composés de 5 segments ou tarsomères. Le premier tarsomère (basitarse) de la patte médiane est nettement plus large que celui des deux autres pattes.

Ce diénol se concentre principalement dans le premier tarsomère du tarse des pattes médianes, le basitarse. Il est absent des pattes antérieures et postérieures.

Le dernier tarsomère (prétarse) porte une structure composée de deux pulvilles (petites pelotes adhésives et molles semblables à des coussinets), situées en dessous des deux griffes. Chez le mâle, ces pulvilles sont dotés latéralement d’une structure en forme de brosse ou de soies très développées, qu’il utiliserait pour étaler le diénol sur le support où il veut attirer les femelles. La femelle possède elle aussi des pulvilles, mais ils sont nus (sans brosses).

La structure chimique de ce diénol est originale pour une phéromone de mâle. Les odeurs émises sont très bien perçues par les femelles, au niveau de leurs antennes.

Les informations sur la communication chimique chez ce papillon vont certainement continuer à évoluer. C’est un sujet complexe sur lequel il reste encore beaucoup à apprendre!

Le mâle territorial intercepte la femelle lorsqu’il l’a visuellement détectée ; la poursuite est alors plus lente que lors de l’intrusion d’un mâle de la même espèce. Le couple vole ensemble le long des palmiers, à proximité l’un de l’autre (environ 10-15 cm), à une hauteur très proche des cimes. Durant cette phase, outre les stimuli visuels, il est possible que la femelle commence à recevoir les phéromones sexuelles du mâle à courte distance.

Le mâle se pose en premier sur son support, qu’il a marqué olfactivement. Ce comportement provoque une attraction de la femelle qui atterrit alors à son tour si elle est consentante, puis elle se rapproche. Elle n’adopte à aucun moment la position typique d’appel avec l’ovipositeur en extension, que l’on observe chez d’autres espèces. Pendant la copulation, les deux protagonistes restent immobiles. L’accouplement lui-même dure généralement autour d’une demi-heure.

Une fois fécondée, la femelle s’éloigne et virevolte autour de la zone de ponte qu’elle a choisie, se pose sur la couronne du palmier, puis se déplace autour du stipe afin de trouver des zones favorables à la ponte. Elle associe des mouvements réguliers des antennes qui entrent en contact avec le substrat, avec une évaluation de ce dernier par l’ovipositeur. L’ovipositeur est ensuite introduit profondément dans la partie fibreuse de la couronne et la ponte commence. Les œufs ne seront pas tous déposés au même endroit et la femelle continuera sa prospection de palmier en palmier.


4. Habitat d’origine et plantes hôtes du papillon du palmier

Son habitat d’origine comprend des régions tempérées chaudes à subtropicales, incluant des zones où les hivers connaissent des gelées régulières. Dans son milieu naturel sud-américain, il vit en association avec des palmiers sauvages et n’y constitue pas un ravageur majeur.

Dans son aire d’introduction en France (et ailleurs), les plantes hôtes restent diverses espèces de palmiers. Plus d’une vingtaine d’entre elles sont concernées. On peut citer parmi les plus menacées, le Palmier nain (Chamaerops humilis), le Palmier chanvre (Trachycarpus fortunei), le Palmier dattier (Phoenix dactylifera), le Palmier dattier des Canaries (Phoenix canariensis), les palmiers washingtonia dont le Washingtonia filifera. Cette liste n’est pas exhaustive et aucune espèce de palmier ne semble vraiment à l’abri d’une attaque.

Selon son état sanitaire, la plante s’affaiblit progressivement et dépérit inéluctablement sous l’effet de l’attaque des chenilles, dans un temps très variable pouvant aller de 2 à 4 ans.

A la maison, il s’intéresse aux Chamaerops humilis et semble pour l’instant dédaigner les Trachycarpus fortunei.


5. Mes premières observations de cet été 2026

Ma toute première observation dans ce nord-est du Béarn a lieu le 29 juillet 2026 vers 14h00, un seul individu qui insiste pour toujours revenir se poser au même endroit après mes tentatives ratées de capture avec une épuisette pour l’étudier, sur le dessus d’une palme ; c’est le comportement typique du mâle sur son perchoir.

Le 30, j’ai commencé à faire du ménage avec une raquette sur un individu à 15h30 (32°C), une femelle, puis j’ai commencé à me documenter sérieusement. Elle avait sorti son ovipositeur, mais sans relâcher d’œuf.

Le 01 août à 13h30, deux individus se poursuivent au-dessus des couronnes des palmiers et l’un des deux, que j’ai photographié, est revenu se poser : c’est une femelle.

Le 02 août à 16h00, j’ai continué à faire du ménage avec la raquette sur un individu posé : un mâle.

Le 04 août à 15h30 (26 °C), le ciel s’est enfin dégagé et le soleil paraît. Alors que je travaille à l’extérieur, j’aperçois de loin, peu après, une scène étonnante : un petit papillon est en train de poursuivre un bien plus gros que lui et « ne le lâche pas d’une semelle ». Après quelques allers et venues, le plus gros plonge au sol dans les hautes herbes de la pelouse en jachère. Par curiosité, je vais voir sur place et je découvre … encore un Papillon du palmier ; fait étonnant, son agresseur est posé sur son dos et il bat des ailes, comme s’il était en train de le chevaucher. L’agressé reste imperturbable. C’est une femelle.

papillon du palmier 02

04 août, 15h50 – L’agressée, sur la défensive avec les ailes mi- ouvertes.

papillon du palmier 04

Aperçu de ses antennes : leur bout s’épaissit pour former une petite massue, de couleur rouge vif à son extrémité et terminé par un petit crochet.  

Je vais chercher mon APN pour immortaliser la scène mais quand je reviens, l’agresseur est parti. Il s’agissait d’un Amaryllis (Pyronia tithonus), commun sur cette jachère et dont l’envergure varie de 35 à 45 mm, le mâle étant plus petit que la femelle.

amaryllis pyronia tithonus.

L’Amaryllis, posé sur un Houx panaché (Ilex ..). 

Pour reconnaître l’Amaryllis, il possède un gros ocelle à double pupille blanche sur les ailes antérieures (dessus et dessous). La bande androconiale brune coupant l’aile antérieure en diagonale est absente : c’est une femelle. Cette bande est la zone sombre située sur le dessus des ailes antérieures du mâle ; elle est formée d’écailles modifiées (les androconies) qui servent à diffuser des phéromones sexuelles pour attirer les femelles.

Le 06 août, 15h00 : le temps est chaud (26°C) mais couvert ; le soleil vient d’apparaître. J’arrête mes activités pour aller vérifier si j’ai de la visite autour des palmiers. A peine arrivé, une forme me frôle en vrombissant et se pose directement devant moi, à 1m00 de hauteur sur le palmier nain habituel : j’ai effectivement du monde à la maison. C’est un mâle qui va rejoindre la femelle capturée il y a deux jours ; elle a entre-temps pondu six œufs dans sa boîte de captivité. C’est un témoignage qu’une femelle fécondée peut pondre, même en l’absence de palmiers.

papillon du palmier mâle femelle

Femelle et mâle papillon, avec l’un des 6 œufs pondus hier par la captive (photo prise au flash, papillons toujours vivants et retournés sur le dos sur une feuille de papier pour les empêcher de s’échapper). A position identique, on voit effectivement que le mâle est plus petit!

Le même jour à 17h00, avec un ciel voilé et 29°C, une femelle vient se poser sur le bananier à côté du Palmier nain, toujours à un mètre environ de hauteur. Elle va rejoindre la boîte de capture, en laissant elle aussi échapper 4 œufs. Il n’y aura pas à ma connaissance de visite plus tardive, malgré le retour du soleil.

papillon du palmier 05

La dernière visite du jour, sur une feuille morte de bananier. Lors de la capture, elle a sorti son ovipositeur.

Une chose est certaine maintenant, nous ne sommes plus face à une présence anecdotique : j’ai déjà attrapé cinq papillons dont trois femelles, sans les surveiller spécialement. Si on a été épargnés jusqu’à présent, il semble bien que l’espèce s’est aussi installé dans le nord-est du Béarn.

Au 13 août, dix papillons ont été sortis de la circulation, 7 femelles pour 3 mâles. La plage horaire des observations (toutes en période ensoleillée) varie de 11h25 à 18h30. Si les mâles sont revenus se poser après avoir été dérangés (ce qui donne plus d’opportunités de les sortir de la circulation), les femelles ne sont que de passage et ne semblent pas revenir, du moins pas de suite ; il faut bien assurer chaque prise car elles sont plus réactives que les mâles.

Le 16 août et alors que le temps est resté couvert toutes la journée, un onzième papillon se présente à 17h15 : il fait 27,5°C et l’orage menace. Il se pose directement sur une palme et n’en repartira pas ; c’est une femelle. Les deux jours précédents ont été couverts également : cette femelle s’est-elle lassée du manque de soleil pour accomplir sa mission? Est-elle seulement l’exception qui  confirme la règle que l’on peut lire un peu partout concernant l’ensoleillement incontournable?

Plusieurs jours plus tard, le 23 août à 18h00, j’observe par temps ensoleillé la femelle ci-dessous posée sur une palme, les ailes totalement au repos. Elle avait peut-être l’intention de ne passer que la nuit chez nous, mais elle ne repartira pas!

papillon du palmier 06

La femelle peut avoir de discrets ocelles sur les deux faces des ailes antérieures, près des bandes sombres. Ils ne sont pas toujours visibles.

Le 26 août, deux femelles se sont présentées et j’ai essayé de les capturer, sans succès : dérangées, elles ne reviendront pas (ou pas dans l’immédiat). La première à 14h00, a tenté de pondre au sommet de la stipe d’un palmier nain. L’autre à 14h50, a d’abord survolé un buisson de Fougères mâles (Dryopteris filix-mas), dans lequel elle s’est posé une vingtaine de secondes. Puis elle est venu sur la partie supérieure du stipe d’un autre Palmier nain, où elle a également prospecté.

26 août à 14H50 – La deuxième femelle, en train de prospecter pour pondre. Difficile à localiser et à éliminer dans cet environnement.

Le 29 août à 16h15, j’ai découvert un mâle posé sur une palme et il ne repartira pas.

Le 02 septembre à 15h00, un papillon vient rapidement se poser sur une feuille de bananier desséchée ; c’est le bruit du battement de ses ailes qui a attiré mon attention. Le temps que je me retourne pour prendre en main « ce qui faut », il repart et disparaît au loin de ma vue à une vitesse impressionnante. J’attends un peu pour voir s’il veut bien revenir. Quinze minutes plus tard, ce sont deux papillons qui reviennent pour se poser sur le même palmier, l’un à la base des palmes et l’autre sur la partie supérieure, tout en battant tous les deux des ailes en saccade. Hors de portée, je les en chasse. Ils reviennent rapidement sur un autre palmier. Une femelle, posée sur une palme, reçoit un coup de raquette violent puis je la perds de vue. L’autre, une femelle également mais plus petite, décolle et se repose à plusieurs reprises ; j’ai cru initialement que c’était un mâle. Je la sortirai du circuit d’un coup de marteau entre deux palmes. Tombée à terre, elle est prête à repartir mais je la récupère avec une épuisette pour l’étudier. J’arrive à retrouver un peu plus tard la première femelle que j’ai entendue en train de s’agiter, empêtrée par terre au milieu de feuilles de lierre ; je la récupère elle aussi. La résistance de ces papillons m’interpelle!

appareil genital papillon palmier femelle 01

02 septembre – Les organes génitaux de la femelle sont positionnés au niveau du dernier segment.

appareil genital papillon palmier femelle 03

L’ovipositeur télescopique, à moitié sorti en pressant l’abdomen.

appareil genital papillon palmier femelle 04

L’ovipositeur télescopique, entièrement sorti en pressant l’abdomen.

appareil genital papillon palmier femelle 02

02 septembre – L’ovipositeur de la seconde femelle, en début d’extension naturelle.

Le 04 septembre à 12H30, j’ai encore une visite. Je remarque que les papillons se posent maintenant en hauteur et sur des palmiers jamais visités. N’ayant pu sortir ce dernier du circuit, je ne connaîtrai pas son sexe mais il n’a pas montré de tendance à vouloir pondre.

Le 10 septembre, les températures nocturnes ont bien chuté. Je n’ai plus aperçu de papillon depuis une semaine. Au total à ce jour : 11 femelles et 4 mâles ont été éliminés. Les femelles ne font que passer et il faut vraiment être là au bon moment, ce qui pour moi n’est pas possible! Les mâles, territoriaux, sont plus faciles à éliminer car ils restent posés un bon moment ou reviennent rapidement si dérangés. Aujourd’hui, je me rends compte que la vingtaine de papillons que j’ai pu observer jusqu’à présent ont finalement fréquenté tous les palmiers de la maison et les ont peut-être TOUS atteints?


6. Méthodes de lutte contre le Papillon du palmier

Dès la connaissance de la présence de ce papillon dans le voisinage, on peut installer des filets de protection sur les plantes, comme ceux utilisés généralement pour protéger les cultures et les arbres fruitiers contre les insectes et les oiseaux.

Les traitements des larves étant compliqués, la prévention est fortement recommandée. Pour l’instant, j’utilise une raquette pour m’en débarrasser.

Symptômes d’attaque du palmier

C’est la larve du papillon qui est à l’origine des dégâts dont les premiers symptômes apparaissent seulement plusieurs mois après sa pénétration. Il faut intervenir dès les premiers symptômes de présence :

_ Au printemps, développement anormal des nouvelles pousses, déformées et rognées, parfois desséchées anormalement,

_ Présence de sciure humide sur la couronne et/ou sur le stipe (faux tronc).

_ Perforation des palmes (symptôme qui n’est pas obligatoirement lié à la présence de ces larves spécifiques),

_ Galeries observables à la base de la section de palmes coupées au moment de la taille des végétaux.

_ Exuvies observables sur le stipe.

A ma connaissance, le papillon a peu de prédateurs naturels connus dans sa zone d’introduction : on peut signaler la Pie bavarde (Pica pica) et probablement d’autres corvidés, le chat domestique, etc.

Moyens de lutte

Il existe des méthodes de traitement naturel des larves devenant des chenilles, mais je ne maîtrise pas ce sujet. Il vaut mieux prendre conseil auprès de spécialistes. Vous pouvez obtenir des renseignements auprès de FREDON (4), un organisme sans but lucratif chargé dans la surveillance sanitaire des végétaux. Il est agrée par le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire. Chaque département a une fédération qui agit de manière locale.


7. Classement sanitaire

Paysandisia archon a été initialement classé au titre de danger sanitaire de 2ème catégorie (cf. Arrêté du 15 décembre 2014 relatif à la liste des dangers sanitaires de 1ère et 2ème catégorie pour les espèces végétales). Cet arrêté a été entièrement abrogé par un nouvel arrêté ministériel du 16 avril 2020, portant établissement des listes d’organismes nuisibles au titre du 6° de l’article L. 2513 du code rural et de la pêche maritime.

En 2026, Paysandisia archon n’est en principe plus réglementé (mais il vaut mieux se renseigner), sauf dans le cas des palmiers destinés à la zone protégée vis à vis de ce ravageur. Cette zone comprend l’Irlande, Malte et le Royaume Uni.


8. Webographie

_ (1) AFPP – Palm Pest Mediterranean Conférence Nice (France) – 16, 17 and 18 January 2013 –  PAYSANDISIA ARCHON (CASTNIIDAE) : Description, biological cycle, behaviour, host plants, symptoms and damages – Autors Victor Sarto i Monteys – Autonomous University of Barcelona :  https://www.researchgate.net/profile/Victor-Sarto-I-Monteys/publication/264786067_Paysandisia_archon_Castniidae

_ (2) Paysandisia archon : Behavior, Ecology, and Communication – Brigitte Frérot, Rachid Hamidi, Nunzio Isidoro, Paola Riolo, Sara Ruschioni, Ezio Peri, Roberto Romani, Gregor Belusic and Primoz Pirih – Handbook of Major Palm Pests: Biology and Management, First Edition. Edited by Victoria Soroker and Stefano Colazza. © 2017 JohnWiley & Sons Ltd. Published 2017 by JohnWiley & Sons Ltd.

_ (3) Quero C, Sarto i Monteys V, Rosell G, PuigmartõÂ M, Guerrero A (2017) – Sexual communication in castniid moths : Males mark their territories and appear to bear all chemical burden. PLoS ONE 12(2): e0171166. doi:10.1371/journal.pone.0171166 – Editor: Gadi V.P. Reddy, Montana State University Bozeman, UNITED STATES – Published: February 8, 2017 

_ (4) FREDON Nouvelle-Aquitaine : https://www.fredon.fr/nouvelle-aquitaine/qui-sommes-nous

_ European and Mediterranean Plant Protection Organization (EPPO/OEPP) 2011 – Bulletin OEPP/EPPO Bulletin 41, 363–368 (document Pdf)

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