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La Cigale grise dans le Béarn

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La Cigale grise, au soleil de juillet sur le tronc d’un noyer.

Nous sommes fin juillet et nous avons déjà supporté trois périodes de canicule ; nous sommes en Alerte Sécheresse depuis le 11 de ce mois. Tout a commencé fin mai, où jamais un tel niveau de chaleur n’avait été mesuré au cours de ce mois-là depuis le début des relevés. Portée ces dernières années par des vagues de températures estivales exceptionnelles et par des hivers doux propices à la survie de ses larves, la Cigale grise (Cicadi orni) est en train de coloniser la région.

Depuis le début des années 2000, il m’arrivait d’entendre parfois une cigale chanter dans le Nord-Est du Béarn mais c’était vraiment anecdotique et ce n’était pas tous les étés. Je ne saurais dire de quelle(s) espèce(s) il s’agissait, mais à l’écoute, ce n’était pas celle de ma publication.

Durant l’été 2024, la présence de la Cigale grise est devenue évidente. Les jours ensoleillés, son concert rythme nos journées et parfois jusqu’à l’arrivée de la nuit avec la canicule. Elle est devenue une véritable sentinelle de l’évolution de notre climat local.

J’ai entendu ma première de l’année 2026 le 04 juillet et le 17, j’ai pu enfin en photographier une dans le verger, afin de l’identifier formellement. Sur le site Faune Nouvelle-Aquitaine (1), le nombre de témoignages de sa présence a explosé!


1. Présentation de la Cigale grise

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Elle fait partie du groupe des cigales « vraies » ; c’est la cigale la plus commune en France métropolitaine et la plus bruyante. On l’appelle aussi la Cigale de l’Orne. Dans mon enfance, j’avais l’habitude de l’entendre chanter dans les pinèdes de mes Landes natales et je l’associe encore dans mes souvenirs aux étés très chauds où l’eau arrivait à manquer dans les lavoirs et aux coupures d’eau potable dans la journée.

C’est une espèce méditerranéenne, où elle est partout omniprésente. Son comportement est grégaire.

identification de la cigale grise

Le trait caractéristique de l’espèce est la présence de onze taches noires sur les nervures des ailes antérieures. 

De grande taille et aux grands yeux marron, elle a un corps brun-grisâtre dépassant 20 mm sans les ailes (limites entre 25 et 35mm), revêtu d’une pruinosité grisâtre. L’envergure de ses ailes transparentes nervurées dépasse 7 cm ; elle vole très bien. Mâle et femelle se ressemblent, hormis la présence de ses cymbales pour notre séducteur.

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Avec ses grands yeux proéminents, rien ne lui échappe.

Discrète, elle se fond dans le décor sur l’écorce des arbres. Elle est difficile à localiser et je me suis laissé guider par son chant. Alors que je m’approchais à moins de 10 mètres d’elle, elle s’immobilisait instantanément et se taisait. Sa vue est en fait excellente! J’ai multiplié les approches sous différents angles et j’ai fini par l’apercevoir!


2. La cymbalisation des cigales

Enregistrement de la Cigale grise, avec mon téléphone portable.

Chez toutes les espèces de cigales, seul le mâle chante, la plupart du temps avec d’autres mâles. Le but est d’attirer les femelles de la même espèce pour les séduire et les féconder. En fait, il ne chante pas ; ce son ne sort pas de sa bouche. Il cymbalise, d’où le terme correct de cymbalisation.

Il possède un organe phonatoire spécialisé, les cymbales, en forme de ballon de rugby et constituées d’une membrane renforcée par des espèces de baguettes rigides légèrement incurvées. Elles sont situées sous les ailes au niveau de la dernière paire de pattes, une de chaque côté.

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Le charmeur en train de cymbaliser, chauffé par le soleil. 

Le son est produit en contractant un muscle qui déforme la cymbale. Chaque baguette se redresse l’une après l’autre et claque. Quand le muscle se relâche, les baguettes reprennent une à une leur place initiale et claquent à nouveau. Tout cela va très vite ; quand la cigale cymbalise, le muscle se contracte une centaine de fois par seconde et même davantage, selon les espèces. Le son produit est recueilli dans une cavité creuse située au niveau de l’abdomen qui agit comme une caisse de résonance et s’évacue par des évents.

Pendant qu’il cymbalise, le mâle relâche la tension de ses tympans qui ne peuvent plus alors vibrer au son qu’il produit! Il se protège ainsi de l’intensité de cette excitation sonore.

Les muscles qui font vibrer les cymbales ont besoin de chaleur pour s’activer. Ce besoin varie selon les espèces, au moins 20°C et jusqu’à 24°C pour les plus grosses. En deçà, ils deviennent trop rigides pour assurer leur rôle et le mâle se tait.

La hauteur du poste de cymbalisation est très variable et semble avant tout dépendre de l’ensoleillement. Il est généralement situé sur des troncs et des branches de fort diamètre.

La fréquence et la modulation de la cymbalisation est parfois un critère majeur pour différencier les espèces. Certaines d’entres elles comme la Cigale grise sont particulièrement bruyantes, d’autres à peine audibles.


3. Le régime alimentaire de la Cigale grise

Comme toutes les cigales et aussi bien les larves que les adultes, elle se nourrit de la sève d’arbres, d’arbustes, de végétaux ou de racines, qu’elle prélève à l’aide de son rostre, une sorte de trompe qu’elles plante sans endommager la plante piquée.


4. Le cycle de vie de la Cigale grise

La vie des cigales adultes est très courte, de 3 à 4 semaines environ. Elles sont les plus abondantes de la mi-juin à début septembre.

Après avoir rencontré son charmeur aux cymbales bruyantes et s’être laissée courtiser, la femelle dépose en fin de vie plusieurs pontes, tout en remontant sur une tige ou une branche orientée vers la verticale. Plusieurs centaines d’oeufs fécondés se retrouvent ainsi confiés à la nature, mais peu d’entre eux arriveront à terme.

L’incubation dure plusieurs semaines puis la larve, très petite, se laisse tomber au sol où elle s’enterre, avant que la mauvaise saison arrive. Elle entame alors une vie souterraine de plusieurs années en lien avec la qualité du sol et de la nourriture, 3 à 4 ans en moyenne. Elle creuse des galeries grâce à ses pattes fouisseuses munies de fortes épines, à la recherche du système racinaire des arbres. Elle s’aménage une loge, où elle s’alimentera de sève à l’aide de son rostre.

Pour progresser dans le sol trop sec, elle l’humidifie avec son urine. De couleur blanche au début de sa vie souterraine, la larve devient progressivement verdâtre avant de sortir du sol.

Au dernier stade de sa métamorphose, elle remonte à la surface et se fixe sur un support proche du sol pour sa mue finale. Le thorax se fend dorsalement et l’imago sort de sa carapace, tout en s’accrochant solidement de ses 6 pattes. L’émergence dure environ trente minutes, puis il étale ses ailes pour les faire sécher et durcir ; pendant cette phase, il prend la teinte brun-grisâtre d’adulte, qu’on lui connaît. Deux à trois heures plus tard, il peut s’envoler.

Le mâle commence de suite à cymbaliser, il ne faut pas traîner. Les dernières émergences ont lieu vers la fin juillet/début août.


5. Habitat de la Cigale Grise

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On la rencontre habituellement dans des milieux boisés où la lumière pénètre. Les habitats les plus favorables sont les boisements clairs, les maquis et garrigues. Dans le Béarn, elle affectionne les feuillus, en particulier les chênes.

En 2022, un été qui avait battu tous les records de chaleur et de sécheresse, une cigale a été entendue en Vallée d’Aspe par des agents du Parc national des Pyrénées, à 1.700 mètres d’altitude. C’était une première. Cette cigale était dans une hêtraie sapinière qui n’est pas son biotope favorable. Hélas, l’observation ne précisait pas s’il s’agissait d’une Cigale grise.


6. Autres espèces de cigales

La France métropolitaine compte 21 espèces de cigales dont une présente deux sous-espèces. Elles font partie de la famille des Cicadidae et sont réparties principalement dans le Sud et en Corse. Au moins six d’entre elles ont été observées dans les Pyrénées-Atlantiques (64). Je vous invite à consulter les Clés des cigales en France (2) et la Clé illustrée des cigales de France continentale I. Les Imagos (3) pour les identifier, à partir des liens dans la webographie. Chaque espèce produit une cymbalisation particulière ; vous pouvez les retrouver dans les sonothèques du Muséum d’Histoire Naturelle MNHN (4) et du site Songs of European singing cicadas (5), liens en webographie.

Les cigales « vraies » (sous-famille des Cicadinae)

Ce groupe de trois espèces rassemble, en plus de la Cigale grise :

• La Cigale plébéienne (Lyristes plebejus) ou Grande Cigale commune. C’est la plus grande espèce de France, reconnaissable à sa taille imposante (jusqu’à plus de 5 cm) ; elle n’a pas de point noir sur les ailes. C’est la plus répandue en France après la Cigale grise. Observée au Pays basque à Larrau en 2023, en vallée d’Ossau au lac de Bious-Artigues (altitude 1 420m) ce mois-ci.

Sonothèque du MNHN : cymbalisation Cigale plébéienne

La Cigale noire (Cicadatra atra), non observée dans le 64.

Les cigalettes (sous-famille des Cicadettinae)

Ce groupe de onze espèces rassemble entre autres :

• La Cigalette des montagnes (Cicadetta montana). Sa cymbalisation est unique, très aigu, presque inaudible pour l’oreille humaine ; elle ressemble à un grésillement continu ou à un bourdonnement électrique. Contrairement aux cymbalisations rythmées et puissantes de la Cigale grise, elle est linéaire et très discrète ; on ne peut les confondre. Observée à plusieurs reprises en vallée d’Aspe en 2025, entre autres à Etsaut, Lescun, Accous.

Sonothèque du MNHN : cymbalisation Cigalette des montagnes

• La Cigalette de Petry (Cicadetta petryi) ou Cigalette à ailes courtes. Observée au Pays basque en 2023 à Larrau et à Saint-Eugrâce.

Sonothèque du MNHN : cymbalisation Cigalette de Petry

• La Cigale argentée (Tettigettalna argentata). Elle a été observée au Pays basque à Sare en 2020.

Sonothèque du MNHN : cymbalisation Cigale argentée

Les tibicines (sous-famille des Tibicinidae)

Les différences de cymbalisation dans cette famille sont parfois très tenues. Huit espèces, avec entre autres :

• La Cigale rouge (Tibicina haematodes). Avec sa couleur rouge brique, elle ne passe pas inaperçue. Observée cette année en plaine entre autres à Jurançon, Préchacq-Josbaig et en vallée d’Ossau à Laruns.

Sonothèque du MNHN : cymbalisation Cigale rouge


7. Webographie

_ (1) Faune Nouvelle-Aquitaine : https://www.faune-nouvelle-aquitaine.org/

_ (2) Clés des cigales de France : https://cdnfiles1.biolovision.net/www.faune-france.org/userfiles/FauneFrance/FFDetermination/ClasdescigalesdeFrance-4203.pdf

_ (3) Clé illustrée des cigales de France continentale I. Les Imagos : https://quelestcetanimal-lagalerie.com/wp-content/uploads/2020/09/2010_ONEM_Cle%CC%81-illustre%CC%81e-des-cigales-de-France-continentale.pdf

_ (4) La Sonothèque du Muséum National d’Histoire Naturelle (taper le nom latin pour les recherches) : https://sonotheque.mnhn.fr/

_ (5) Songs of European singing cicadas : https://www.cicadasong.eu/

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