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Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

(Nom scientifique : Gypaetus barbatus)

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Le Gypaète barbu est le plus grand rapace d’Europe et aussi, le plus rare. Le rencontrer est, pour moi, un véritable cadeau venu du ciel.

8 mars 2016 – Le fond du plateau de Lhers, sous la neige.

8 mars 2016 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau de Lhers, encore enneigé.

J’ai photographié mon tout premier gypaète barbu début mars 2016, lors d’un « bol d’air » pris en vallée d’Aspe, sur le plateau de Lhers. La neige était encore présente. A la fin de la journée qui avait été plutôt maussade et alors que je surplombais le village de Lescun, j’ai aperçu cette forme inhabituelle qui évoluait dans la vallée. Pensif, je continuais à admirer ce beau cirque de Lescun avec ses sommets mythiques, … quand quelque chose me fit me retourner instinctivement. C’était lui, se dirigeant droit sur moi à basse altitude, majestueux! Mon cœur bondit! Sans crainte, il passa devant moi, silencieux. Quelle noblesse! Puis il s’éloigna en m’observant toujours du coin de l’œil, avant de disparaître. Contrairement aux vautours, il est plutôt rare qu’il fasse un nouveau passage. De toute façon, au vu de ce qu’il tenait entre ses serres, il avait de quoi s’occuper. Quel souvenir ! Cette rencontre a été pour moi un véritable privilège.

Je n’ai plus revu de gypaète jusqu’en septembre 2018. Ces derniers mois ont été riches en événements ; cinq rencontres dans cinq endroits différents. Ce fut pour moi un festival d’apparitions : en vallée d’Ossau à deux reprises, en vallée d’Aspe, en vallée d’Aure et en Haute-Garonne. Le gypaète est manifestement un oiseau curieux : trois d’entre eux sont venus me voir à courte distance à plusieurs reprises.

26 septembre 2018 – Gypaète barbu adulte passant devant l’Ossau, cliché pris depuis le col d’Ayous avec une focale de 200 mm, insuffisante.

28 septembre 2018 – Au sommet d’un col, lors d’une randonnée en vallée d’Aure.

02 octobre 2018 – Gypaète barbu juvénile à la Hourquette Chermentas (Hautes-Pyrénées).

11 octobre 2018 – Au port de Balès (1 755m), entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées. 

19 octobre 2018 – Gypaète barbu immature et bagué, au pied de la face sud de l’Ossau.

Il a un nom, Calendreto ; il est dans sa période d’errance depuis les Grands Causses. 

23 novembre 2018 – Au début d’une averse de neige, en vallée d’Aspe.

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I- Description du Gypaète barbu

Au port de Balès, entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées. 

Le gypaète barbu tient son nom des « mèches » de plumes noires qui encadrent son gros bec recourbé, en formant une barbiche. Elles sont fixées à la partie inférieure du bec.

Les deux sexes sont semblables, avec la femelle plus grande que le mâle. Il est facilement reconnaissable à l’âge adulte grâce à la couleur rouille orangé de son plumage ventral. Cette couleur n’est pas génétique, elle provient d’une teinture due à des bains répétés d’eau ou de boue ferrugineuses. Les yeux sont jaunes, entourés d’un cercle d’un rouge intense qui lui donne un regard menaçant. Le bec est fort et puissant, aplati latéralement et très crochu. Les pattes sont emplumées. La tête est de couleur crème. Un masque noir entoure ses yeux, et les deux parties du masque se rejoignent sur le haut de la tête, en une fine ligne noire.

En vallée d’Aspe. Un plumage ardoisé caractéristique.

Ses épaules et ses ailes sont formées d’un plumage ardoisé. Chacune de ses plumes est ornée d’une raie blanche. Il pèse entre 5 et 7 kg pour une envergure entre 2m50 et 2m80. Il peut vivre longtemps, plus de 30 ans.

Gypaète barbu juvénile (1ère année), poursuivi par des Chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus).  Le triangle de plumes blanches sur le haut du dos est bien visible.

Le Juvénile de la 1ère année est brun, avec la tête noirâtre et un triangle de plumes blanches sur le haut du dos. Ensuite, la couleur du plumage évolue et permet de classifier l’âge de l’oiseau : Jeune ou Immature 2ème année (selon l’avancement de la mue des rémiges primaires), Immature 3ème année, Subadulte 4ème année, Adulte imparfait 5-6ème année. Il est classifié adulte après avoir acquis son plumage définitif, après 6 ans.

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II- Habitat

Le Gypaète est sédentaire et vit chez nous toute l’année en haute montagne.

Un adulte, à la recherche de nourriture dans les éboulis au pied d’une falaise.

Leur territoire s’étend sur plus de 50 000 ha (500 km2), entre 700 et 2 300 m environ et comprenant des sites de falaises et surtout de grandes zones de pâtures et d’éboulis où l’oiseau trouve sa nourriture. Il le défend âprement contre l’intrusion de ses congénères.

Un adulte, poursuivi par un grand Corbeau (Corvus corax).

Il est peu agressif et poursuit rarement les oiseaux qui s’approchent de son nid. Je l’ai vu à plusieurs reprises être pris à partie par bien plus petit que lui sans réaction autre que continuer son chemin.

Depuis le sommet du Mont Né (2 147 m), dans la Haute-Garonne.

Lors de journées ensoleillées, … ou pas, on peut apercevoir sa silhouette longiligne aux ailes effilées et à la queue en losange haut dans le ciel, planant au-dessus de son territoire à la recherche de nourriture.

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III- La reproduction

Le Gypaète barbu vit en couple et reste fidèle à son partenaire.

11 octobre 2018 – Un couple de Gypaètes barbus au Port de Balès (1 755m)  entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées.

La parade nuptiale a lieu à l’automne. A cette occasion, le couple se livre à des jeux aériens, des vols synchrones, des offrandes, des courbettes ou encore à des soins respectifs.

Mi-septembre – Un couple en vol synchrone.

Mi-septembre – La visite d’un nid. Les taches blanches accrochées à la végétation sous le nid sont probablement de la laine de mouton.

Mi-septembre – Apport de matériaux à un autre nid.

Arrivée au nid, où l’autre partenaire adulte attend. 

Le couple construit ou aménage un de ses nids, dans des anfractuosités de falaises inaccessibles et bien à l’abri des intempéries. Les nids sont occupés à intervalles de 4 ou 5 ans, afin de permettre la disparition des parasites accumulés. Il est situé le plus souvent entre 1 500 et 2 000 mètres. Les matériaux utilisés sont multiples : branches, herbes, laine de mouton, poils d’origine animale, ossements, morceaux de peau, …

La femelle gypaète dépose un ou deux œufs début janvier (entre décembre et février). L’incubation dure environ de 55 à 60 jours. Elle est assurée de façon alternée par le mâle et la femelle et se poursuit après l’éclosion jusqu’à ce que le jeune poussin soit apte à réguler sa température.

En général, le poussin le plus malingre périt, affamé par le plus vigoureux. Le femelle s’occupe attentivement du petit, et reste au nid pendant plusieurs jours. Le mâle apporte la majeure partie des proies et des os.

Un Juvénile ayant pris son envol depuis peu.

Le jeune s’envole vers la mi-juillet et est nourri par les parents pendant encore 1 à 2 semaines après son envol.

Le jeune quitte le territoire des parents un peu plus tard. Il présente (généralement à partir de sa deuxième année) un fort erratisme qui l’entraîne sur toute la chaîne pyrénéenne et même ailleurs. Il reviendra progressivement s’installer dans sa région d’origine, le plus souvent près de son territoire de naissance. Il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 8-10 ans.

Certains jeunes peuvent venir d’ailleurs, comme me l’a appris l’histoire de ce jeune Gypaète ci-dessous :

Poursuivi par un Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax). 

19 octobre 2018 – Gypaète barbu immature et bagué au pied de la face sud de l’Ossau, dans le brouillard qui sévira une bonne partie de la randonnée.

Ce Gypaète barbu immature a une histoire ; il s’appelle Calendreto et fait partie d’un programme de réintroduction dans les Grands Causses. J’ai pu reconstituer toute son histoire en octobre 2021 et vous la trouverez dans mes archives (catégorie « Oiseaux » ou « Pyrénées »).

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IV- Son régime alimentaire

Le Gypaète barbu contribue à l’élimination des carcasses en montagne. Les 3/4 de sa nourriture sont constitués d’os, de pattes, de tendons et de ligaments.

8 mars 2016 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau de Lhers (Vallée d’Aspe).

Il repère les cadavres de moutons ou d’isards et attend que les vautours aient nettoyé la partie molle pour se servir. Il se saisit des os et quand ceux-ci sont trop volumineux, il les laisse tomber d’une hauteur de 50 à 100 mètres sur des pierriers pour les briser. Il recommence autant de fois qu’il est nécessaire. C’est la raison pour laquelle on le surnomme « le casseur d’os ». Son gosier élastique est large et il peut engloutir directement des os entiers qui sont dissous par les sucs digestifs.

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V- Population, répartition et menaces sur le Gypaète barbu

En France, il est présent dans les Pyrénées et en Corse. Il a été réintroduit avec succès dans les Alpes.

En vallée d’Aspe.

Menacé de disparition, il fait l’objet fait l’objet d’un plan national de restauration, ainsi que d’un suivi scientifique important en France et en Espagne. Une surveillance annuelle est faite pour éviter les abandons de nids suite à survol par les hélicoptères, parapentes, deltaplanes, avions de tourisme et aussi les passages trop près du nid des grimpeurs, photographes animaliers, … et autres intrusions.

En vallée d’Aspe.

Le Parc national des Pyrénées a constitué, avec le Pays basque, une zone de sauvegarde du Gypaète barbu. Le nombre de couples a augmenté, passant de 3 à 4 couples dans les années 1950 pour atteindre, en 2016, 14 couples dans le Parc national des Pyrénées. 2 à 4 couples sont présents dans chacune des vallées d’Aspe et d’Ossau.

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Gypaète barbu, au sommet d’un col en vallée d’Aure.

Dans l’ensemble des Pyrénées, le nombre de couples est passé de 61 en 1995 à 160 en 2018, dont 43 sur le versant français. Treize jeunes se sont envolés l’été dernier, nés au sein d’un espace protégé plus à l’abri des dérangements. Rien n’est définitivement gagné, notamment à l’extrémité ouest du massif où la population est en déclin (il ne reste plus que 2 couples au Pays Basque contre 4 en l’an 2000) et où les gypaètes se reproduisent mal à cause de dérangements fréquents aux abords de leurs sites de nidification : survols, travaux bruyants, chasse en battue, fréquentation routière, sports de nature, écobuage, etc.

Le principal prédateur du gypaète était l’homme qui l’a chassé, avant qu’il soit protégé en avril 1979 (convention de Berne).

Aujourd’hui, les premiers ennemis de l’oiseau sont souvent les lignes électriques et les câbles des remontées mécaniques. Des mesures de prévention ont été prises pour éviter les échecs de reproduction dus à l’impact des activités humaines. Ce n’est pas encore gagné!

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VI-  Le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage 64 Hegalaldia

Hegalaldia est une association de protection de la nature, reconnue d’intérêt général. Elle gère l’unique centre de sauvegarde pour la faune sauvage des Pyrénées-Atlantiques (64). Située à Ustaritz, elle intervient aussi sur les départements voisins du sud des Landes et des Hautes-Pyrénées. Elle est soutenue par des bénévoles et par des dons.

En 2018, le Centre a accueilli trois gypaètes barbus pour des soins :

– « Silvanio, une femelle âgée de 22 ans découverte le 30 janvier par des chasseurs sur la commune de Mendive dans le Pays Basque. Équipée d’une balise GPS, Silviano avait ingéré une boucle d’oreille de brebis en s’alimentant dans le milieu naturel. Une boucle qui avait déclenché un début d’occlusion intestinale et suffisamment douloureuse pour qu’elle s’écrase au sol occasionnant au passage quelques blessures physiques. Durant sa captivité Silviano a complètement digéré cette boucle, entraînant une intoxication au plomb et donc la chute de bon nombre de plumes et un état de faiblesse général. Après avoir eu droit à un lourd traitement pour diminuer les concentrations de plomb dans son sang et après avoir passé un long moment en volière de réhabilitation, Silviano a pu retrouver le milieu naturel d’origine le samedi 23 juin 2018 à 11h au sommet du col d’Haltza, sur la D18 entre Lecumberry et Iraty.

– Le 4 mars 2018, un deuxième gypaète est également trouvé et signalé par des chasseurs sur la commune de Laruns cette fois. Rapidement pris en charge par les agents du Parc National des Pyrénées, ces derniers ont aussi rapatrié l’oiseau jusqu’au centre de soins Hegalaldia. Après avoir heurté une ligne électrique, l’oiseau avait frôlé la mort. En état de choc, amaigri (moins de 4 kilogrammes) et en hypothermie, il souffrait de plusieurs plaies aux ailes, aux pattes et sur le corps. Sans oublier le crâne, très touché : ce dernier avait probablement subi l’acharnement des corvidés une fois l’oiseau au sol. Son pronostic vital était engagé. Pris en charge pendant quatre mois par l’association, le grand rapace a pu être relâché en Vallée d’Ossau sur le site de Tormon près du col du Pourtalet, le lundi 23 juillet à 14h. Il a été bagué mais, apparemment, il ne lui a pas été attribué de nom.

Biès (le troisième récupéré), a été trouvé mal-en-point sur le Parc National des Pyrénées. Équipé de marquages alaires, l’oiseau avait développé une infection généralisée et souffrait également d’une importante luxation à une épaule. Il avait également plusieurs rémiges de l’aile droite de sectionnées, ce qui l’handicape d’autant plus. Il est toujours au centre de soins à la date de rédaction de cet article.
Note: le marquage alaire est couramment utilisé en Espagne chez les rapaces planeurs. Il consiste à la pose de marques en plastique sur les ailes et permet une reconnaissance individuelle de chaque oiseau en vol, à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Vous trouverez dans mes archives (catégorie « Oiseaux » ou « Pyrénées »), un reportage sur le relâcher de Biès dans son milieu naturel.

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En France, le Gypaète barbu est intégralement protégé, classé « En Danger ».

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VII- Bibliographie

Article rédigé le 18 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

_ http://www.oiseaux.net/oiseaux/gypaete.barbu.html

_ http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/gypaete-barbu

_ https://www.hegalaldia.org/

Surpris par son arrivée, je n’ai pas pu dézoomer.

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