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L’Echasse noire (Black Stilt)

15 décembre 2017-14:30 – Echasse noire ou Black Stilt – Région de Twizel.

L’Echasse noire (Black Stilt)

(Nom scientifique : Himantopus novaezelandiae)

L’Echasse noire est un oiseau endémique de la Nouvelle-Zélande. En langue Maori, on la connaît sous le joli nom de Kakï. J’en ai entendu parler pour la première fois lors d’une conversation avec le propriétaire du camping au Glentanner Park Center (district de Mackenzie), alors que je revenais d’une sortie à l’aube avec mon appareil photo. « Avez-vous vu les kakï » ?

C’est ainsi que j’ai appris l’existence de ce limicole le plus rare au monde et dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Je suis revenu le lendemain-matin à l’endroit où je n’avais pas su voir la perle noire, dans les méandres de l’embouchure de la Tasman River qui alimente le lac Pukaki. Ma première rencontre fut une juvénile qui resta longuement autour de moi, un plaisir photographique avec un bel oiseau d’une élégance remarquable!

L’échasse noire était autrefois largement répandue, se reproduisant et hivernant dans les îles du Nord et du Sud de la Nouvelle-Zélande. Après un déclin à long terme, sa présence est maintenant limitée essentiellement au bassin du Mackenzie, haut plateau près du centre de l’île du Sud peu peuplé et connu pour ses élevages de moutons, ses vastes lacs glaciaires, ses cieux limpides pour l’astronomie, son tournage de scènes du Seigneur des Anneaux, etc.

L’Echasse noire est un oiseau classé « En danger critique d’extinction » !!!

1 4 décembre 2017 – Lever du soleil sur le bassin de la Tasman river, dominé par le Mount Cook / Aoraki,

le point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

4 décembre 2017 – Tasman glacier et Lake Tasman, alimentant la Tasman river.

Dominés par le Mount Cook / Aoraki bien enneigé.

Méandres (au fond) de la Tasman River venant  du glacier Tasman, au pied du Mount Cook / Aoraki.

Devant à gauche, la Hooker river venant des glaciers Mueller et Hooker. En bas à droite, Mount Cook Village.

1 5 décembre 2017 – L’un des nombreux chenaux de la Tasman river qui alimente le Lake Pukaki,

aujourd’hui d’un bleu laiteux typique des lacs d’origine glaciaire.

Description de l’Echasse noire

15 décembre 2017  – Echasse noire baguée – Région de Twizel.

Le plumage et le bec de l’échasse noire sont entièrement noirs. Les pattes sont rougeâtre rose et les yeux sont rouges. Les deux sexes sont identiques. La taille est équivalente à celle de notre Echasse blanche (Himantopus himantopus). L’espèce est peu farouche. Les couples restent généralement ensemble pour la vie.

Au-dessus de l’échasse noire, une Sterne à front noir – Black-fronted tern (Chlidonias albostriatus).

Espèce endémique.  C’est la seule sterne qui se reproduit exclusivement à l’intérieur des terres (rivières à tresses de l’est et du sud de l’île du Sud). La population en régression, estimée entre 5 000 et 10 000 individus, a les mêmes ennemis que l’échasse noire.

15 décembre 2017 10h45 – Echasse noire juvénile baguée – Tasman River

Les juvéniles, c’est-à-dire les oiseaux ayant le plumage acquis lors de la sortie du nid, ont la poitrine, le cou et la tête blancs. Le dos, le ventre et les sous-caudales sont noirs, le reste du corps blanc à l’exception d’un masque noir sur et en arrière de l’œil. Les immatures (ne sont plus juvéniles mais ne sont pas encore capables de se reproduire) sont presque entièrement noirs mais on peut voir quelques plumes blanches çà et là sur le corps, surtout sur le devant.

Juvéniles et immatures peuvent être confondus avec l’Echasse d’Australie (Himantopus leucocephalus). Quelques plumes de ventre noires les distinguent des échasses. Ils deviennent entièrement noirs vers 18 mois.

15 décembre 2017 – Echasses noires juvéniles à l’abri d’un vent violent – Tasman River.

15 décembre 2017 – Echasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde – Tasman River.

15 décembre 2017 – Une autre échasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde.

La séquence de couleurs est unique  pour une identification formelle : je vous présente BKGBK/ RO.

15 décembre 2017 – Echasse d’Australie (White-headed stilt) – Tasman River.

27 juin 2014 – Echasses blanches (Himantopus himantopus) – Lac de Corbères  – Pyrénées Atlantiques (France).

15 décembre 2017 – Echasse noire (Black stilt) et Echasses d’Australie (White-headed stilt)

Région de Twizel.

Les échasses noires sont agressives envers les autres échasses, qu’elles dominent dans les conflits territoriaux.

15 décembre 2017-14:30 – Conflit territorial entre une échasse noire et deux échasses d’Australie.

Habitat

L’habitat de reproduction typique de l’échasse noire est une combinaison de lits de rivière à tresses et de zones humides à proximité telles que des marais, des étangs et les bords peu profonds des lacs. En hiver, elle reste près des sites de reproduction. Quand un gel des zones d’eau calme survient pendant plusieurs semaines, elle peut descendre vers les grands deltas pour se nourrir.

Son habitat a été dégradé par le développement de l’agriculture avec l’assèchement des zones humides, les barrages hydroélectriques, l’expansion des loisirs aquatiques, l’introduction de plantes qui ont envahi certains espaces ouverts où elle habite.

14 décembre 2017 – Lake Pukaki, dominé par les Southern Alps et normalement d’un magnifique bleu laiteux par beau temps. Ce lac d’origine glaciaire alimenté par les glaciers Tasman et Hooker, fait partie de l’énorme projet hydroélectrique Waitaki.

Il a été artificiellement surélevé à deux reprises (9 mètres en 1952 et 37 mètres en 1976, ce qui a contribué à la diminution de l’habitat de l’échasse noire. Il fournit plus de la moitié de la capacité de stockage d’hydroélectricité de la Nouvelle-Zélande et son niveau peut artificiellement varier de 13.8 mètres. 

Certains cours d’eau à tresses ont été plus ou moins canalisés par l’homme pour éviter les inondations et d’autres souffrent de la propagation de plantes comme le saule fragile (Salix fragilis) et le lupin Russell (Lupinus polyphyllus).

16 décembre 2017 – L’Ahuriri river, une rivière à tresses typique, avec les berges envahies par le lupin et quelques saules fragiles. Les mammifères carnassiers sont particulièrement aidés par ce couvert pour approcher l’échasse noire.

Reproduction

Actuellement, la reproduction a lieu exclusivement au-dessus de la Waitaki River, une rivière à tresses qui est parmi les cours d’eau les plus importants du bassin de Mackenzie. Les couples nicheurs sont confinés à la zone située entre les bassins des lacs Tekapo et Pukaki, au nord de la rivière Ahuriri.

La plupart des échasses noires y restent toute l’année. Elle niche principalement sur les berges sèches de lit de rivières en galets et de lacs. Elle y est plus vulnérable que sur des îles. Les couples nichent en solitaire et sont très éloignés les uns des autres, contrairement aux autres espèces d’échasses qui nichent en colonie. Cela les rend plus sensibles à la prédation.

Le nid consiste en une dépression dans le sol, tapissée d’herbe et de brindilles. Il est le plus souvent placé près de l’eau ce qui le rend vulnérable aux crues. Les parents incubent leurs 4 œufs à tour de rôle. Il peut y avoir une ponte de remplacement.

L’échasse noire a une longévité de onze ans et elle commence à se reproduire à l’âge de deux, plus généralement trois ans.

Alimentation

Elle se nourrit principalement d’invertébrés aquatiques, de mollusques et de petits poissons.

Population de l’Echasse noire

L’introduction volontaire de mammifères terrestres européens comme le surmulot, le chat, le furet, la belette et l’hermine pour contrôler la population de lapins a été très néfaste pour l’échasse noire. Elle avait auparavant très peu d’ennemis terrestres.

15 décembre 2017  – 7h00 – Lapins matinaux en bordure de la Tasman river.

12 décembre 2017  – 20h00 – « C’est chaud » – Lake McGregor, près du lac Tekapo .

Outre la perte de son habitat et la prédation par les mammifères introduits, une autre menace a pesé sur l’espèce avec sa raréfaction dans le milieu naturel : l’hybridation avec l’échasse d’Australie (Himantopus leucocephalus) qui ressemble beaucoup à notre Echasse blanche (Himantopus himantopus), hybridation causée par la difficulté à trouver un partenaire. Cette hybridation est détectable par la présence de quelques plumes blanches chez l’adulte. Depuis que l’échasse noire est suivie de façon intensive, l’hybridation de l’espèce a été considérablement réduite.

Les effectifs dénombrés fluctuent un peu suivant les sources que j’ai consultées. Les informations suivantes sont fiables :

La population comptait peut-être entre 500 et 1 000 oiseaux dans les années 1940, on n’a pas de comptage précis. A ce moment-là, elle avait déjà cessé de se reproduire dans l’île du Nord depuis longtemps. Elle a commencé à décliner rapidement au début des années 1950 et seulement 68 adultes ont été dénombrés en 1962. Les effectifs ont continué à baisser pour atteindre 23 oiseaux en 1981, début de la protection et de la gestion intensive de l’espèce. L’échasse noire s’élève facilement en captivité, et elle y est à l’abri des prédateurs et de l’hybridation. Des échasses noires ont jusqu’à cinq couvées par saison en captivité. Les œufs sont enlevés et placés en couveuse pour permettre une nouvelle ponte.

En 1984, il y avait 32 adultes dans la nature et ils étaient 52 en 1992 dont 10 couples nicheurs (32 en captivité, dont 11 femelles et 10 mâles). En 1999-2000, la population reproductrice sauvage ne comprenait plus que quatre couples et un maximum de 31 adultes.

Depuis lors, la population a augmenté principalement grâce à la libération annuelle de 80 à 100 immatures et juvéniles élevés en captivité. Le Department of Conservation (DOC) gère un programme d’incubation à Twizel, en partenariat avec l’Isaac Conservation and Wildlife Trust à Christchurch.

Depuis 2013, le nombre de couples sauvages nicheurs a fluctué entre 17 et 28 couples et la population adulte totale est passée de 61 à 91 en 2016, 106 oiseaux en 2017, d’après le Department of Conservation. Elle est alors la plus élevée jamais enregistrée depuis le début de la prise en charge en 1981.

En août 2016, 26 juvéniles élevés à Christchurch par le « The Isaac Conservation and Wildlife Trust » sont relâchés sur le delta de la Godley River, rivière à tresses alimentée par le Godley Glacier et débouchant sur le lac Tekapo. C’est un nouveau site, afin de tester l’acclimatation de l’espèce. L’expérience sera positive.

En octobre 2016, deux échasses noires lâchées début janvier dans la vallée de Tasman et disparues dès le lendemain ont été vues dans la vallée d’Arahura sur la côte ouest (première observation d’échasses noires depuis le début de l’archivage en 1979).

En janvier 2017, le Department of Conservation à Twizel a relâché 19 oiseaux juvéniles sur la Tasman River, et 60 au mois d’août. 51 juvéniles élevés à Christchurch sont aussi relâchés au mois d’août sur le delta de la Godley River.

1 5 décembre 2017 – Echasses noire juvéniles, relâchées en août 2017 ? – Tasman River.

Chaque spécimen d’Echasse noire juvénile que j’ai pu photographier au bord de la Tasman River a une lourde responsabilité : celle de la survie de son espèce en milieu sauvage. Cela en fait un oiseau particulièrement fascinant pour moi.

13 décembre 2017 – Lake Tekapo, lac d’origine glaciaire d’un bleu laiteux malgré le vent et le temps couvert,

avec au fond le Mount Cook / Aoraki et l’embouchure de la Godley river.

Le taux de survie jusqu’à l’âge de la reproduction parmi les lâchers de juvéniles et d’immatures reste bas à 29%, avec une augmentation récente à 49% sur la Tasman River, où un contrôle à grande échelle des prédateurs est en cours. Grâce à la reproduction en captivité, presque toutes les échasses noires dans le milieu naturel sont de race pure. Les couples reproducteurs sont choisis par des tests ADN pour éviter la consanguinité. La majorité de la population adulte, aujourd’hui, a été élevée en captivité et remise en liberté, d’œufs pondus dans la nature ou d’origine captifs. L’échasse noire aurait, sinon, disparue définitivement.

En janvier 2018, 14 juvéniles ont été relâchés sur la Tasman river, et 71 au mois d’août. 64 juvéniles ont également été relâchés au mois d’août sur la Godley river. En août 2018, la population sauvage de l’échasse noire est estimée à 132 oiseaux adultes, pour 23 en 1981 !

Un projet à grande échelle, « Te Manahuna Aoraki Project », a vu le jour très récemment, en novembre 2018. Il est axé sur « la restauration des paysages naturels emblématiques et des espèces menacées du haut bassin du Mackenzie et du parc national Aoraki ». Le lien vers leur site en cours de construction à la date de publication de cet article est : www.temanahunaaoraki.org. C’est un grand espoir pour le futur, en particulier pour la sauvegarde de l’Echasse noire !

On peut suivre l’actualité des projets de sauvegarde de l’Echasse noire sur Facebook, avec : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », et « Kakī Recovery Programme ».

L’Echasse noire est actuellement considérée comme étant en Danger Critique d’Extinction.

Où observer facilement l’Echasse noire

Je propose l’embouchure de la Tasman River; se renseigner au Glentanner Park Center. Il est primordial de respecter la tranquillité de ces oiseaux pour augmenter leurs chances de survie !

15 décembre 2017 – Tasman River Ecosystem Care Code.

Quelques oiseaux observés dans le delta de la Tasman River

L’Aigrette à face blanche – White-faced heron (Ardea novaehollandiae).

Migration naturelle d’Australie dans les années 1940.

Le Vanneau soldat – Masked lapwing (Vanellus miles) – Arrivé naturellement en 1932.

Tadorne du paradis – Paradise shelduck (Tadorna variegata) – Endémique. La femelle a la tête blanche.

Pluvier à double collier en plumage nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) Endémique et vulnérable au niveau national (à cause des mammifères prédateurs introduits).

Pluvier à double collier en plumage pré-nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) .

Toutes les photos de cet article sont personnelles et ne sont pas libres de droits. Article rédigé le 14 janvier 2019, à partir de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

Facebook : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », « Kaki Recovery Programme »

http://www.oiseaux.net/oiseaux/echasse.noire.html

https://en.wikipedia.org/wiki/Black_stilt

https://www.doc.govt.nz/globalassets/documents/science-and-technical/TSRP04.pdf

https://www.doc.govt.nz/nature/native-animals/birds/birds-a-z/black-stilt-kaki/

https://blog.doc.govt.nz/2017/01/25/successful-start-for-newest-kaki/

14 décembre 2017 – premières lueurs sur le Mount Cook/Aoraki,

point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

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