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Le faon

A peine debout sur ses pattes – Le faon tacheté.

Nous sommes le 20 mai et la période des naissances des faons a débuté depuis quelques jours déjà. Dans mon Béarn d’adoption, elle s’étale de début mai à début juin sans que je sache vraiment s’il y a un pic, puis les naissances se raréfient.

Alors que je remontais une pelouse sèche d’un coteau du Vic-Bilh à la recherche des dernières orchidées et des insectes spécifiques à ce biotope, une chevrette (chevreuil femelle) a attiré mon attention. A cette heure, les chevreuils sont généralement encore dans le sous-bois où ils se reposent sur leur couchette appelée aussi une reposée, une cuvette que l’animal gratte à même le sol avec ses pattes antérieures.

Une reposée de chevreuil, au pied d’un chêne en forêt.

Bien que j’étais à bonne distance d’elle, cette chevrette aurait dû déjà déguerpir. Quelque chose semblait la retenir sur place. Je n’ai pas fait de suite le lien avec ce qui va suivre.

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Pour la première fois de ma vie, j’entendais une chevrette pousser ce cri particulièrement doux, plaintif et répétitif. Il était bien audible.

Elle hésitait à s’éloigner. Alors que je commençais à deviner à qui son cri pouvait s’adresser, l’herbe s’agite à ses pieds. Un faon! J’aurais pu m’en douter un peu plus tôt, quand même!

Heureusement, je ne l’avais pas effrayée. Elle devait avoir du mal à m’identifier dans ma tenue de camouflage. Immobile, j’ai attendu la suite.

Le faon est allé se blottir entre les pattes de sa mère, qui est aussitôt repartie en remontant la pente.

La chevrette « n’économisait » pas son petit ; il tirait un peu la langue!

Les coteaux du Vic-Bilh sont parfois rudes ; là, ils sont l’occasion d’une bonne mise en jambes pour ce petitou.

En bonne mère, la chevrette se retournait parfois pour l’encourager. 

Elle ne me perdait pas de vue, le temps que le petitou la rattrape, …

Elle finira par disparaître au milieu des genévriers, talonnée par son petit.

Une dernière image du faon, auquel je souhaite une longue vie. Une jolie observation!

Sur le chemin du retour, une autre chevrette qui va bientôt mettre bas!

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Dans les premiers jours de leur naissance, les faons n’ont pas d’odeur et cela les rend indétectables au flair de leurs prédateurs naturels mais aussi  à celui des chiens errants ou non tenus en laisse!

En cas de danger immédiat, la chevrette frappe le sol avec son sabot ; c’est un signal donné au faon pour qu’il se blottisse sans bouger dans les hautes herbes parmi lesquelles sa livrée mimétique de naissance lui permet en principe de passer inaperçu. La chevrette déguerpit alors pour attirer l’attention du prédateur ailleurs et elle reviendra un peu plus tard quand le danger sera passé. Si elle a deux ou plus rarement trois faons, le comportement est le même mais les faons ne restent pas groupés.

Cela ne les protège pas à tous les coups, en particulier en présence de certains chiens de compagnie à qui les propriétaires laissent faire n’importe quoi.

De ce réflexe inné de se blottir au lieu de s’échapper en cas de danger, il en résulte dans certaines régions agricoles une mortalité accidentelle importante des faons aux premiers jours de leur existence. Le danger vient de la fauche mécanisée des prairies, qui a lieu à la même période. Je n’ai pas trouvé de statistiques en France sur la mortalité qui en résulte. Les faons « fauchés » doivent probablement se compter par dizaines de milliers. D’autres espèces de la faune sauvage sont également concernées, comme le lièvre.

La problématique est connue et des solutions sont déjà mises en œuvre en adaptant les méthodes et le matériel. N’étant pas moi-même acteur de ce dossier sensible, je ne vais pas approfondir le sujet. Je me contente de savoir qu’il est pris en compte. Je mets en fin d’article et seulement à titre d’exemples parmi d’autres, les liens vers deux publications trouvées sur le Net où ce sujet est développé :

_ FOURRAGES MIEUX, en Wallonie. Ce Centre Pilote réalise des expérimentations dans les conditions de la pratique, met en place des projets de démonstration et encadre les agriculteurs sur le plan technique, économique et environnemental. Le lien concerne des mesures de protection pour les faons.

_ AGRIFAUNE en Ile-et-Vilaine (35). Le lien concerne des mesures de protection pour les lièvres.

Depuis peu, certaines fédérations départementales de chasse collaborent avec les agriculteurs pour venir déloger les faons de chevrette en les localisant au préalable dans les prairies avant la fauche, avec des drones équipés d’une caméra thermique. Certaines associations proposent déjà ce modèle d’intervention. On peut toujours se renseigner s’il en existe dans son département.

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Bibliographie :

_ FOURRAGES MIEUX (fourragesmieux.be) – Comment préserver la faune sauvage lors de la fauche des prairies : www.fourragesmieux.be/Documents_telechargeables/Preserver_faune_sauvage_lors_fauche_prairies.pdf

_ Faune Sauvage N° 317 (4è trimestre 2017) – Comment réduite l’impact de la fauche mécanique des prairies sur le petit gibier de plaine? : www.agrifaune.fr/fileadmin/user_upload/National/004_eve-agrifaune/Publications_GTNA_Machinisme/Article-Faune-sauvage-2017.pdf

_ Le Chasseur Français (31 mars 2021) – 4 fédérations de chasseurs s’équipent de drone pour sauver les faons : www.lechasseurfrancais.com/chasse/4-federations-de-chasseurs-sequipent-de-drone-sauver-faons-64631.html

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