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Le Renard roux (Vulpes vulpes)

Le Renard roux (Vulpes vulpes)

Jeune renard un matin, à la fin du mois d’août. 

Le Renard roux

(Vulpes vulpes)

 

Renard adulte, fin novembre.

Le Renard roux est un bel animal ; la littérature a fait beaucoup pour sa popularité auprès des enfants. Et puis, les enfants grandissent ; il peut rester un animal fascinant et utile ou bien devenir un simple nuisible. On l’a longtemps chassé pour sa fourrure à la période hivernale. Une étiquette lui colle encore à la peau, celle d’un voleur de poules porteur de la rage! Mais s’il n’avait que des poules à se mettre sous la dent, il ne survivrait pas longtemps, encore moins longtemps s’il ne comptait que sur les coqs qui dérangent et qui disparaissent de nos campagnes! On lui concède quand même une qualité : être rusé comme … un renard!

Un beau matin de mi-juillet, dans un champ de luzerne récemment coupée.

Je le rencontre de temps en temps et c’est un réel plaisir! L’observer fait prendre conscience de son quotidien et on s’y attache. Je l’ai d’ailleurs choisi comme avatar pour mon site internet. L’été dernier, j’ai eu une expérience intéressante : « je m’étais posté à couvert en bordure d’un champ de blé et d’un bois peu avant le coucher de soleil. Après un petit moment d’attente, un renard adulte a pointé son museau. Il s’est approché de moi par petites étapes et il m’a dépassé en regardant dans ma direction puis il a continué sa route. Quelques minutes plus tard, c’était au tour d’un renardeau de se montrer : il est resté à une distance bien respectable, a hésité un petit moment avec des allers/venues en parallèle et en humant l’air puis il a fait demi-tour. Que s’est-il donc passé pour que le plus expérimenté soit le moins prudent? Peut-être que le plus vieux qui connaissait bien mon odeur ne l’identifiait plus comme un danger potentiel ? »

Présentation

Renard adulte, une femelle, fin août.

« Renard » est un terme un peu générique qui regroupe en fait plusieurs espèces. Je ne les connais pas toutes. Cet article fait référence à celui qui vit dans mon environnement mais j’ai aussi un faible pour celui que j’ai côtoyé pendant de très longues nuits d’hiver au-delà du Cercle Polaire, le Renard arctique, blanc comme la neige à cette période-là. Il était pour moi un sujet de distraction et j’aimais aller à sa rencontre, alors que ses yeux très lumineux trahissaient sa présence dans la lueur blafarde de ma lampe torche.

Rusé comme un renard!

Le Renard roux est un mammifère de taille moyenne au pelage roux marqué de blanc sous le ventre et la gorge, au museau fin et allongé et à la queue longue et touffue. Ce pelage est nuancé de différents tons du jaune clair au marron foncé selon les individus, les endroits et la saison. Le mâle est un peu plus gros que la femelle. Il reste quand même difficile de les distinguer, en dehors de l’observation de l’appareil digital du mâle ou des mamelles de la femelle en période d’allaitement.

La mue du poil a lieu tout au long de l’année. Le pelage du renard est composé de deux couches : le poil de bourre fin, court et très dense constituant la couche inférieure puis le poil de jarre, plus long (jusqu’à 10 cm), plus grossier et nettement moins épais que la couche précédente. Les poils de bourre muent en premier au mois d’avril, puis ce sont les poils de jarre. Le pelage du renard peut parfois prendre un aspect étrange pas vraiment esthétique, avec des poils de longueurs différentes. Les poils repoussent tout d’abord en bas des pattes, puis les parties supérieures du corps muent progressivement durant l’été, en commençant par les flancs, puis le dos et la queue. En automne, le renard commence à retrouver progressivement sa belle toison hivernale, plus dense et plus épaisse que son pelage d’été et qui lui permettra d’affronter la mauvaise saison.

Un face à face que l’on n’oublie pas.

Son odorat et son ouïe sont très développés. Il a aussi une très bonne vue. Je l’observe avec des pièges photographiques à Leds noires sensées ne dégager aucune luminosité et c’est le seul animal, la nuit, à rebrousser brusquement chemin devant la camera et à une distance respectable. Cependant, il a du mal à distinguer à une certaine distance des sujets parfaitement immobiles.

Il ne vit pas très vieux dans son milieu naturel, entre deux et cinq ans en moyenne. Je ne peux pas le constater par moi-même et il peut y avoir quelques divergences selon les sources consultées. La chasse, le trafic routier et la maladie en sont les principales raisons. En captivité, il peut vivre jusqu’à 14 ans.

Son habitat

Un renardeau dans la rosée, mi-juillet.

On le trouve un peu partout, en Europe (sauf tout au nord où il est remplacé par le Renard polaire), en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du Nord et en Australie où il a été introduit. En résumé, il est très bien représenté, absent seulement des régions très chaudes ou très froides.

Début octobre en moyenne montagne, en rentrant de l’observation du brame du cerf. Il a du mal à m’identifier et fera quelques pas dans ma direction pour se faire une idée. Il se pare de sa fourrure hivernale plus tôt qu’en plaine.

Il fréquente tous les biotopes de la plaine à la montagne (jusqu’à 2 000 – 2 500 m d’altitude environ) et il ne craint pas la proximité de l’homme. Il marque une préférence pour les régions de bocage, les lisières, les taillis, les haies, les petits bois enclavés dans les terrains agricoles. Le Renard roux a une grande faculté d’adaptation. Avec notre urbanisation galopante, son espace vital se restreint et il a appris à prospérer au dépend de l’homme, en colonisant progressivement nos villes où il trouve sa nourriture parmi nos déchets. Je le rencontre plus facilement en moyenne montagne, peut-être parce qu’il y est moins chassé ou perturbé?

Son comportement

Le Renard roux peut vivre en couple (uni qu’au moment de la reproduction) ou en petits groupes familiaux sur un territoire dont la superficie est assez importante (jusqu’à 400 hectares environ). Il n’est pas figé dans un mode de vie et il s’adapte très facilement. Si la nourriture est insuffisante, il reste en solitaire jusqu’à la « saison des amours ».

Dans tous les cas, il chasse seul. Il parcourt inlassablement la campagne au trot ponctué d’arrêts et de retour en arrière, les sens toujours aux aguets. Il a des itinéraires répétitifs et d’autres occasionnels. Pour capturer ses proies, il pratique entre autres le mulotage dans les zones herbeuses ou lors des fenaisons.

Fin juin en pleine chaleur – Un mâle en train de muloter sur une prairie récemment fauchée.

Il existe des estimations de son prélèvement annuel de rongeurs mais dans les faits, celles-ci varient obligatoirement selon les régions et les conditions climatiques. C’est de l’ordre de plusieurs milliers par an. Je souligne seulement que l’ONCFS reconnait que : « Il faut noter qu’il (le renard) a un impact positif sur la régulation des populations de rongeurs ». Le renard arrive à repérer ses proies même sous une bonne couche de neige, en utilisant son ouïe fine.

Renard au crépuscule, en train de chasser dans un champ de luzerne  fauchée.

Début mai en pleine journée, dans un grand roncier. Encore un mâle. Les proies sont là mais difficiles à attraper (je l’ai observé un bon moment).

Il est actif du crépuscule aux premières lueurs de l’aube, sauf en période de nourrissage des petits où il sort même en pleine journée. Il reste quand même plus facile à observer à l’aube.

Mâle ou femelle urinent très fréquemment et en très petite quantité pour marquer leur territoire. La communication par les odeurs est très utilisée. Ils disposent aussi de diverses glandes pour le marquage et/ou communiquer entre eux. Le renard n’est pas vraiment agressif envers ses congénères pour défendre son espace de vie, au contraire des brocards (chevreuil mâle).

Il dispose d’un langage vocal très élaboré, le plus connu étant le glapissement émis essentiellement à la période du rut.

Son alimentation

A l’écoute d’un rongeur!

Son régime alimentaire est très diversifié et contribue à sa capacité d’adaptation. Il est omnivore à prédominance carnivore. Il se nourrit de rongeurs, de lapins, d’amphibiens, d’oiseaux, d’œufs, de fruits (pommes, pêches, cerises, prunes, raisins …), de champignons, etc. Le régime dépend de la période de l’année. Il est fortement déconseillé de cueillir des fruits ou des baies à la portée du renard à cause du risque de contamination par certaines maladies.

Il reste opportuniste et s’intéresse aussi au contenu des poubelles, à la campagne comme en ville.

La reproduction

Mi-janvier en fin de journée, au moment du rut où on peut l’observer plus facilement de jour. Il m’a fixé un bon moment.

Le renard est monogame. Les accouplements ont lieu en ce moment, de mi-décembre à fin février avec quelques variantes locales suivant la température. Puis, la femelle mettra bas ses petits aux beaux jours après deux mois de gestation dans une niche tapissée de ses poils, dans un terrier avec plusieurs sorties. Le terrier est occupé la plus grande partie de l’année par les femelles. C’est parfois celui abandonné par une famille de blaireaux qu’elle modifie. Les deux espèces peuvent même cohabiter sur une même zone de terriers, les blaireaux occupant les niches les plus profondes.

Le choix de l’emplacement du terrier n’est pas dû au hasard, qu’il soit à creuser ou déjà prêt. Il est généralement situé dans un endroit où les rayons de soleil peuvent l’atteindre, sur un sol en pente en terrain sec et meuble à proximité d’un cours d’eau.

Vieux(?) renard pendant sa sieste au soleil sur une « reposée », dans une prairie abandonnée (mi-septembre). Il m’a surpris et a vite décampé dès qu’il m’a repéré.

Sur une « reposée » en moyenne montagne, les sens toujours en éveil et la queue repliée sur le bout du museau. 

Le mâle ne fréquente le terrier qu’après la mise bas de la femelle. Il vit au grand air le reste de l’année et se repose dans la journée sur une « reposée« . Dans bien des cas, se réfugier au terrier demeure la parade favorite du renard pour échapper au danger. Il connaît parfaitement l’emplacement des terriers implantés sur son territoire, ce qui lui permet de s’y mettre à l’abri quelles que soient les circonstances, comme les grands froids ou les grosses précipitations.

Les portées sont de deux à six petits, selon l’état de santé de la mère, son âge et la disponibilité de nourriture. Les petits naissent aveugles et commencent à voir au bout d’une quinzaine de jours. La femelle reste à leur côté pour les allaiter et faire leur toilette pendant que le mâle chasse pour la nourrir. Ils sont sevrés vers un mois et ils délaissent alors le lait maternel au profit d’une nourriture carnée ramenée par les deux parents. Leur pelage laineux roussit en commençant par la face.

C’est le moment où ils s’enhardissent et se mettent à explorer leur environnement immédiat. Ils alternent jeux, bagarres et poursuites autour du terrier, en attente du retour des parents. Ces bagarres leur permettent d’établir une hiérarchie entre eux. Pour voir des vidéos personnelles (pièges photographiques) de renardeaux à la sortie du terrier, c’est : ICI et ICI. Je ne fais pas de photos, je les laisse tranquilles (la femelle peut déplacer la portée en cas de dérangement et qui sait, dans un endroit où ils peuvent être plus vulnérables sans le savoir!).

Début juillet, les jeux et poursuites de deux jeunes renards sur une parcelle fraîchement labourée.

A partir de trois mois, ils peuvent se nourrir seuls sans apprentissage préalable des parents et ils partent à l’aventure. Ils vont abandonner la sécurité du terrier fréquenté par leur mère pour passer plus de temps dans la journée avec le mâle, qui partage leurs jeux.

J’aime bien les observer les soirs d’été à l’arrivée de la nuit, en train de se courser à découvert sur une prairie ou un champ ramassé.

Renardeau dans la rosée. Mi-juillet.

Ils se disperseront à l’automne vers l’âge de 5-6 mois alors qu’ils sont devenus autonomes, les mâles en premier. Certaines jeunes femelles peuvent rester avec leur mère.

Les jeunes renards atteignent leur maturité sexuelle vers 10 mois et peuvent se reproduire dès l’année suivante sur un nouveau territoire. Un territoire vacant pour une raison quelconque (décès naturel ou accidentel) est rapidement récupéré.

Un renardeau, fin août. Il était encore accompagné d’un adulte.

On considère que 80% des renardeaux périssent avant d’arriver à l’âge d’un an.

Leur population

A la tombée de la nuit.

On n’a pas d’information précise sur la population et son taux de renouvellement. En l’absence de directives nationales prévoyant la restitution des données de destruction à tir et par déterrage, les prélèvements de certaines espèces comme le renard restent également mal estimés.

Il y aurait environ 500 à 600 000 renards (estimation de 2014) prélevés chaque année par la chasse, le piégeage, le déterrage et le tir de nuit par des agents habilités. Il n’y a pas de quota de prélèvement comme il en existe pour l’isard, le cerf ou le chevreuil, par exemple. Les effectifs seraient assez stables et l’ONCFS estime la densité moyenne des populations à un renard par km2 (100 hectares) en zone rurale (plus élevée en ville). Sa capacité de reproduction augmente pour compenser un déficit sur un territoire donné, pour une même quantité de nourriture disponible.

Mi-janvier – Dans un fossé, au bord de la route.

Le Renard roux paye aussi un lourd tribut à la circulation routière, en particulier les jeunes!

La Renarde traverse prudemment le sentier montant directement au sommet du Poey (652 m). Son renardeau la suit, insouciant et batifolant au milieu des fougères (cliché de juillet 2019).

Les œuvres éphémères de Thierry Fresneau véhiculent depuis une douzaine d’années un message philosophique et humaniste, un dessin par an. Elles sont immanquables à l’entrée de la vallée d’Aspe, sur la colline du Poey au-dessus du village d’Accous. 2019/2020 est l’ « année du Renard ».

Ses maladies

Le renard fut vecteur de la rage vulpine ; des abattages massifs et des gazages ont eu lieu pour essayer d’enrailler la contagion. Heureusement, un vaccin par ingestion orale a été mis au point et la maladie a officiellement disparue sur le territoire français en 2001.

Il reste vecteur de maladies mortelles pour l’homme, comme l’échinococcose alvéolaire, une maladie du foie causée par un parasite, l’échinocoque. C’est un petit tænia hermaphrodite; ses œufs expulsés avec les fèces du renard contaminent à leur tour les petits mammifères qui seront à nouveau ingérés par les renards. Ces maladies sont transmises par contact buccal avec les excréments des animaux infectés mais aussi, bien plus sournoisement, par la récolte de fruits sauvages (mûres, …) ou de champignons souillés. Attention à la consommation sur place! Un petit bolet cru, c’est bon mais c’est risqué! La maladie affecterait une dizaine à une quinzaine de personnes par an.

L’état général de ce mâle m’avait d’abord intrigué. Sa queue normalement touffue a perdu de l’ampleur. Simple mue.

Il peut aussi contracter la gale sarcoptique, une maladie parasitaire et contagieuse provoquée par un acarien et qui va le faire mourir après d’atroces démangeaisons. Elle est facilement identifiable à l’observation d’importantes pertes de poils, commençant au départ de la queue et derrière les pattes, puis la croupe et le reste du corps. La contamination de toute la famille s’effectue par simple contact. Cette maladie n’a aucune incidence sur la santé humaine et elle est une cause naturelle de régulation de leur population.

Très courte vidéo non choquante d’un renard contaminé par la gale, la queue a déjà perdu tous ses poils (piège photographique, à la mi-mars).

Statut du renard roux

Fin avril – Rencontre avec un mâle dans une prairie fleurie.

Il est classé dans la liste des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts », ex catégorie « nuisibles » et il peut être chassé toute l’année par différents moyens.

La tradition populaire a très longtemps renvoyé de lui l’image d’un mangeur de poules. De nos jours, on multiplie les grands élevages où elles sont confinées, pour finir tuées, plumées et vidées prêtes à cuire. Voir partir dans la gueule d’un renard une poule que l’on avait eu du mal à élever, c’était une grande perte à une période où les conditions de vie étaient plus précaires et difficiles. Est-ce vraiment le cas maintenant? Une enquête objective sur ce prélèvement de volaille par le renard (et autres) serait intéressante à analyser pour le quantifier, en connaître les responsables et voir les précautions prises pour l’empêcher.

Entre chat et loup.

On l’accuse aussi de chaparder le gibier de tir lâché par les sociétés de chasse à la veille ou en période d’ouverture, dont les faisans et perdreaux. Ces animaux d’élevage manifestent leur présence pathétique en déambulant autour des maisons, sur les routes et les chemins; ils n’ont que très peu ou aucune chance de survivre. Ils sont une proie facile pour le renard (mais pas que pour lui) : on ne reproche pas à l’animal de contribuer à la perte de la biodiversité (l’homme est là pour çà), mais seulement de se servir avant « les chasseurs de lâchers ».

L’homme a longtemps chassé pour se nourrir et diversifier son régime alimentaire à partir d’une faune naturelle (le reprocher est un tout autre débat qui ne concerne pas le renard). C’est devenu maintenant et avant tout un loisir. Il faudra bien se rendre compte qu’il y a quelque chose d’artificiel et de vain (sinon pour les trésoreries des associations) à maintenir ces pratiques de lâchers d’élevage en les assimilant à la « pratique de la chasse ». D’ailleurs et à ma connaissance, de plus en plus de chasseurs ne sortent plus le jour de l’Ouverture et certainement pas parce que le renard est passé avant eux; par simple prise de conscience!

A l’écoute d’un rongeur.

Que dire pour défendre le renard? Il rend de bons services à l’agriculture en détruisant un grand nombre de rongeurs. Il permet aussi de réduire la propagation de la maladie de Lyme, maladie qui peut être mortelle pour l’homme. Elle est issue des tiques infectées par la bactérie Borrelia et portées par ces rongeurs. Selon les chiffres de Santé publique France et du réseau de surveillance Sentinelles, l’évolution de cette maladie transmise par les tiques était stable, autour de 26 000 nouveaux cas par an entre 2009 et 2014, avant d’augmenter à 33 200 en 2015 et 54 600 en 2016, puis de retomber à 44 700 cas diagnostiqués en 2017 et 67 000 en 2018. Les associations de patients jugent ces chiffres sous-estimés car de nombreux cas ne sont selon elles pas diagnostiqués. Les prévisions futures du réchauffement climatique auront une incidence à la hausse des nouveaux cas. Les chasseurs avec les forestiers sont les premiers exposés et il n’existe pas de vaccin contre cette maladie.

Enquête publique de juin 2019

Le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire a lancé une enquête publique du 06 au 27 juin 2019 sur un projet d’arrêté pris pour « fixer la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (dont le renard) pour la période du 1er juillet 2019 au 30 juin 2022. Le grand public a massivement répondu (53 853 contributions) en émettant un avis très partagé sur ce projet d’arrêté, avec un avantage aux contributeurs défavorables à celui-ci (65%). Le contenu des commentaires des contributeurs et l’analyse qui en a été faite par le Ministère sont pour moi intéressants à consulter (les liens sont à la fin de mon article). Certains sont très éclairés (dans les deux camps) et d’autres ne sont pas prêts encore pour faire évoluer les mentalités et les pratiques (dans les deux camps également).

Le seul point évolutif est la modification de l’arrêté du 1er avril 2019 relatif à l’exercice de la vénerie et qui encadrait mieux cette pratique. Cet arrêté interdisait la capture directe de l’animal par des chiens et limitait les souffrances des animaux capturés. Suite à cette consultation du public, cette mesure sera étendue à la destruction du renard (dans le projet initial, il pouvait être toute l’année déterré avec ou sans chien).

Apprivoise-moi

La méfiance vis à vis de l’homme du renard n’existe pas à l’origine. Elle est apprise au renardeau au contact de ses parents et par son expérience individuelle.

Le renard peut s’apprivoiser. Ce mot « apprivoiser » ramène immanquablement à la conversation entre le Renard et le Petit Prince de Saint-Exupery (paru en 1943). Cette conversation sert régulièrement pour tirer à boulets rouges sur les chasseurs mais je pense qu’il y a des moyens plus objectifs et efficaces pour défendre le renard. Il y a entre autres des consultations publiques où on peut exprimer son avis en faisant avancer le débat.

J’ai personnellement gardé en tête l’histoire très médiatisée il y a une dizaine d’années d’un certain « Zouzou », renardeau orphelin (mère écrasée sur la route) élevé par une famille; celle-ci avait due se mettre en conformité avec la législation. En effet, la possession d’un renard par un particulier ou tout autre animal (apprivoisé ou non) comme le sanglier, chevreuil, écureuil, etc., nécessite une autorisation préalable et de prendre certaines précautions en accord avec la législation actuelle. On ne se sert plus dans la Nature comme avant.

Il est en principe interdit de détenir un animal sauvage. Mais avec la magie du droit, lorsque certaines conditions sont réunies, l’animal sauvage se transforme juridiquement en animal non domestique et cette détention devient alors possible. Dans le langage courant, les animaux non domestiques sont des animaux sauvages qui ne sont pas mentionnés par l’arrêté interministériel des ministres de l’Agriculture et de la pêche ainsi que celui de l’Ecologie et du Développement durable du 11 août 2006. Ils font partie des animaux apprivoisés ou tenus en captivité, considérés comme des êtres vivants doués de sensibilité. Ils se voient appliquer les règles protectrices du droit pénal, ce qui n’est pas le cas des animaux sauvages.

La seule détention d’un animal non domestique par un particulier constitue un élevage d’agrément (élevage amateur, à but non lucratif). Il lui faut au préalable faire la demande d’un certificat de capacité qui est délivré par l’Administration. Les conditions requises pour obtenir ce certificat visent d’une part à préserver la biodiversité en limitant le nombre des captures, d’autre part de s’assurer des bonnes conditions de vie des animaux vivant en captivité et de garantir la sécurité et la santé des personnes qui s’en occupent. L’animal doit être muni d’un marquage individuel et permanent.

Il est très important de garder en tête qu’apprivoiser un animal ne lui rend pas obligatoirement service, sauf s’il ne peut survivre seul dans son milieu naturel! Et on en devient responsable pour le restant de ces jours.

Fin août.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations sur le terrain et d’informations recueillies sur divers sites et qui se recoupent.

Principales sources bibliographiques consultées :

_ http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=510

_ https://lorrainature.wordpress.com/2016/06/07/le-renard-vulpes-vulpes/

_Arrêté du 11 août 2006 fixant la liste des espèces, races ou variétés d’animaux domestiques : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000789087&categorieLien=id

_Arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d’animaux d’espèces non domestiques : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000037491137&categorieLien=id

_ Projet d’arrêté soumis à la consultation publique du 6 au 27 juin 2019 : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2019-06-06_arrete_especes_susceptibles_occasionner_degats_2019.pdf

_ Projet d’arrêté ministériel soumis à consultation publique du 6 au 27 juin 2019 – Commentaires des contributeurs : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-ministeriel-pris-pour-l-a1986.html

_ Participation du public à la consultation publique de juin 2019 – Motif de la décision : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/motifs_de_la_decision_arrete_esod_2019.pdf

_ Synthèse de la consultation publique de juin 2019 : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2019-07-02_synthese-consultation_2019-italiques.pdf

Ma photo préférée.

Biès, femelle Gypaète barbu

Biès, femelle Gypaète barbu

Le retour à la liberté de Biès,

femelle Gypaète barbu (28 août 2019)

L’histoire de Biès

Biès est une femelle Gypaète barbu âgée de 7 ans, marquée en Espagne pour le suivi de quelques oiseaux de son espèce. Au mois de mars 2018, elle est découverte mal-en-point par un habitant du village de Bedous en vallée d’Aspe, qui prévient le Parc National. Les gardes du Parc viennent la récupérer et la confient au Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage des Pyrénées-Atlantiques, l’association Hegalaldia basée à Ustaritz (64). Elle est en hypothermie avec une grosse luxation de l’épaule droite; la quasi-totalité des rémiges primaires (grandes plumes) de la main droite sont sectionnées net, la rendant incapable de voler.

Exemple de marquages alaires sur un gypaète barbu photographié en Aragon le 23 juillet 2019. Il s’agit de Bolisla, un mâle reproducteur âgé de plus de sept ans, avec des bandes alaires rouge et jaune 2F et équipé d’une balise Gps. Pour en savoir plus sur les identifications, c’est ICI !  

Prise en charge au centre de soins, l’état général de l’oiseau n’est pas fameux. Les soigneurs lui retirent ses marquages alaires pour voir plus en profondeur ses plaies. Ils constatent qu’elle souffre aussi d’une infection généralisée due à la pose récente de ces marquages mal positionnés : ce sont des bandes en plastique (genre bâche de camion en différentes couleurs) fixées sur les ailes. Leur but est de permettre une reconnaissance individuelle de chaque oiseau à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Mise sous traitement à base d’antibiotiques pour arrêter l’infection, son état s’améliore légèrement. Après un long moment passé dans une volière adaptée pour sa rééducation, la mobilité de son aile s’est un peu corrigée.

En septembre 2018, l’oiseau est transféré dans une volière de 50 mètres de long. Il commence aussi des séances d’ostéopathie.

Ne constatant aucune mue du plumage depuis son accueil qui date d’un an, une « greffe » de quatre plumes (opération appelée enture) est tentée au mois de mars 2019 afin que l’oiseau retrouve le plumage fonctionnel qui lui permettrait de faire travailler son épaule luxée et de soigner son mal. L’opération consiste à prolonger les moignons restants des rémiges primaires (sectionnés près de la base) par des rémiges rapportées et raccourcies pour respecter la longueur totale; le raccordement s’effectuant par un embout cylindrique enduit de colle et enfilé de part et d’autre dans la partie creuse du rachis.

L’opération réussit et dès son retour en volière, l’oiseau s’exerce déjà au vol. Dans cette volière spéciale de grande longueur et après quelques semaines d’exercice, la luxation de l’épaule disparaît. La reconstitution artificielle de ses plumes ne peut cependant pas permettre à l’oiseau d’avoir une portance suffisante s’il est relâché, la solution n’est que temporaire.

Et la bonne nouvelle arrive enfin! Biès effectue une mue au bon moment et qui lui permet de perdre deux de ces plumes « greffées » au profit de deux nouvelles plumes en parfait état. L’association Hegalaldia envisage enfin une remise en liberté.

Le retour à la liberté de Biès (28 août 2019)

L’événement est programmé pour le mercredi 28 août 2019, sur les hauteurs d’Accous, en présence de gardes du Parc National, d’élus locaux, de journalistes et du public prévenu par les médias et réseaux sociaux. La suite en images :

L’arrivée de Biès dans sa cage de transport sur le lieu de la remise en liberté, au-dessus d’Accous. Accompagnée par ses soigneurs d’Hegalaldia et de gardes du Parc National.

La sortie de Biès de sa cage de transport.

Un dernier salut à son public, venu assister à sa remise en liberté.

L’envol. On aperçoit bien sur ce cliché l’enture effectuée sur la deuxième rémige primaire sur son aile droite.

Biès s’éloigne, …

… puis, revient, entamant plusieurs allers/retours en contrebas du lieu de son relâcher. Un moment chargé d’émotion!

Un milan royal se joint à elle un instant, puis elle disparaît du regard en contrebas dans la vallée.

Un petit moment plus tard, elle réapparaît et tournoie au-dessus du public venu assister à son envol, pour le plaisir de tous. On peut remarquer qu’elle a perdu pendant ses soins la couleur rouille de son plumage ventral. Celle-ci reviendra un peu plus tard après quelques bains dans les sources d’eau ferrugineuse.

Est-elle revenue pour remercier toutes celles et ceux qui l’ont soigné pendant presque 18 mois?

Un vautour fauve se joint à elle, et ils entament tous les deux un ballet ascensionnel.

Quel plaisir de voir ce bel oiseau retrouver la liberté!

Biès s’éloigne définitivement. Bon vent!

La montagne enfin retrouvée!

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de la bibliographie suivante :

https://www.sudouest.fr/2019/08/28/video-pyrenees-le-gypaete-barbu-soigne-par-hegalaldia-a-pris-son-envol-6493067-4955.php

https://www.hegalaldia.org/

Bilans de santé de Biès communiqués au public par l’association Hegalaldia

En vallée d’Aspe – Panoramas depuis le pic de Labigouer (18 juin 2019)

En vallée d’Aspe – Panoramas depuis le pic de Labigouer (18 juin 2019)

En montant au col de Souperret : Deux éterlous curieux sur la ligne de crête (isards mâles dans leur deuxième année).

En vallée d’Aspe – Panoramas depuis le pic de Labigouer (2175m)

La sortie démarre au parking d’Aumet (1152m) sur le plateau de Lhers, au-dessus de Lescun. Direction la cabane de Pourcibo par la piste (1320m), puis celle de det Caillau (1456m) en prenant les raccourcis. Après cette dernière cabane, au panneau de la bifurcation (altitude 1607m) avec le col de Saoubathou, on suit le sentier à main gauche vers le col de Souperret (1920m). Au niveau du col, on prend encore à main gauche le sentier en direction du pic de Labigouer, à l’opposé du sentier allant vers le col de Saoubathou et qui contourne la Table de Souperret (2116m).

La sortie représente un dénivelé positif de 1025 m pour une distance totale de 12,6 km (cette publication n’est pas un topo). Le panorama à 360 °depuis le sommet est superbe, en particulier vers l’Espagne avec le Visaurin et le Castillo de Acher, la vallée d’Aspe, Lescun et les sommets mythiques de son cirque comme les Aiguilles d’Ansabère, la Table des Trois Rois, le pic d’Anie, Les deux Billares et les Orgues de Camplong. Sans oublier l’Ossau vers le sud, lui aussi bien entouré.

En dehors des deux isards, je n’ai rencontré que deux merles à plastron, qui évoluaient dans les rochers au sommet et que je n’ai pu approcher; en fait, ils se poursuivaient.

Panorama vers le plateau de Lhers puis au-delà, la plaine de Bedous et toute la vallée d’Aspe jusqu’à Oloron. 

Un névé encore présent, en contrebas du sommet. 

Panorama vers l’Espagne, avec les grès rouges du col de Souperret (en bas et à droite du cliché), la table de Souperret (2116m) devant et à l’horizon, le Visaurin, l’Agüerri et le Castillo de Acher (2390m).

La Pena Forca à la limite gauche (2391m), le Txipeta Alto (2189m), le Quimboa Alto (2182m), el Mallo de Acherito (2362m), le Pétragème (2255m), la grande Aiguille d’Ansabère (2377m), la Table des Trois Rois (2421m) et au premier plan à droite, le Dec de Lhurs (2176m).

 

Le Pétragème (2255m), la grande Aiguille d’Ansabère (2377m), la Table des Trois Rois (2421m), le Pic d’Anie (au milieu, avec au premier plan les Billares), le pic des Tourelles vers la droite (2038m) suivi par les Orgues de Camplong (avec au premier plan, le cirque de Lescun).

Le panorama vers le sud est également magnifique, avec le pic du Midi d’Ossau au centre et très bien entouré; on l’aperçoit déjà très bien depuis le col de Souperret. Il fait très petit sur mes clichés dans cette immensité, mes clichés ne reproduisent pas sa prestance.

Sortie CPIE Béarn – Tichodrome échelette, l’oiseau papillon (12 mai 2019)

Sortie CPIE Béarn – Tichodrome échelette, l’oiseau papillon (12 mai 2019)

Sortie avec le CPIE Béarn en vallée d’Aspe,

à la recherche de l’Oiseau papillon (12 mai 2019)

Dans la vallée d’Aspe. Une partie du décor de la sortie.

Le CPIE Béarn (installé à Oloron Sainte-Marie) est un réseau d’associations environnementales et un centre permanent d’initiatives pour l’Environnement Béarn.

Il organise entre autres des sorties accompagnées tous publics à thèmes multiples, comme la découverte de la nature dans la région, l’usage des plantes, le jardinage écologique, etc. Son site internet permet d’en savoir plus sur ses missions et j’encourage à le consulter : https://www.cpiebearn.fr/

Résumé de la sortie de ce jour : à la recherche de l’oiseau papillon

Un soir d’automne devant le cirque de Lescun (novembre 2014).

Le rendez-vous d’aujourd’hui est à Lescun, avec un beau soleil matinal qui ne nous quittera pas de la journée. A mon avis, qui a vu une fois le cirque de Lescun aura envie d’y revenir. C’est un site incontournable pour s’imprégner de la beauté de nos Pyrénées. Le thème principal de la journée est la découverte du Tichodrome échelette ou des murailles « Tichodroma muraria », appelé aussi l’oiseau papillon. On le trouve à flanc des falaises et des parois escarpées en montagne et en particulier dans nos Pyrénées. En hiver, on peut parfois l’observer en plaine sur de vieux édifices comme un grand pont en pierre, une église, une cathédrale, une tour ou autres monuments, des lieux d’hivernage où il ne revient pas systématiquement. S’intéresser au tichodrome l’hiver revient un peu à s’intéresser à notre patrimoine culturel.

Il reste encore beaucoup de névés, terrains de jeux pour les isards qui n’hésitent à se vautrer à la recherche de fraîcheur? (clichés pris avec mon portable).

Posé à flanc de paroi, la couleur gris-cendré du tichodrome échelette lui permet de se fondre dans son environnement où il devient quasiment invisible. Il remonte par sauts à la façon d’un grimpereau, en entrouvrant ses larges ailes d’un rouge vif par saccades. C’est à ce moment-là que l’on peut avoir la chance de le détecter, en quête de nourriture composée essentiellement d’insectes et divers invertébrés. On peut aussi le détecter par son chant. Il est tellement petit que, face à l’immense paroi, j’ai l’impression de « chercher une aiguille dans une botte de foin ». Nous étions à plusieurs pour tenter de le localiser, équipés de jumelles et d’une longue-vue pour notre accompagnateur. Celui-ci délimite plusieurs secteurs que l’on va se partager pour faciliter notre recherche. Personnellement, j’avais amené mon téléobjectif, en espérant l’immortaliser. Cet oiseau se mérite et il faut s’armer de patience. Le chercher dans ce décor grandiose de la vallée d’Aspe nous a fait passer un bon moment. Cet oiseau, bien connu de ceux qui pratiquent l’escalade, reste quand même peu courant et son observation ne peut être garantie; mais quel plaisir le jour où je ferai sa rencontre! Pour voir à quoi il ressemble, il vous faudra aller faire un tour sur internet; en effet, je ne publie que des clichés personnels sur mon site.

La présence encore importante de névés à cette période de l’année ne nous a pas permis de faire la boucle initialement prévue mais la sortie reste très intéressante (dénivelé cumulé de 715m pour un dénivelé positif de 460m et une distance de 9,6km).

Bien que ce n’était pas le thème principal de la sortie, on a pu observer de nombreuses plantes et fleurs, dont la liste est assez longue. Il y en a une que j’aime bien, c’est l’érythrone dent-de-chien (Erythronium dens-canis), appelée plus simplement Dent-de-chien. Elle est en pleine floraison sur les pelouses supérieures. Ainsi que la Saxifrage des Pyrénées (Saxifraga longifolia), que j’ai pensé à photographier car hors de portée!

Nous avons vu aussi de nombreux isards se promenant sur les névés ainsi que quelques marmottes.

Parmi les oiseaux, j’ai bien apprécié l’observation d’un Aigle royal juvénile et celle d’un couple de monticoles de roche, un oiseau que je n’avais jamais aperçu auparavant. En plus des espèces courantes vues et/ou entendues en montant dans la forêt de hêtres, nous avons eu l’occasion de voir et entendre le Rougequeue noir et le Traquet motteux.

Le Rougequeue noir, un migrateur partiel initialement inféodé aux milieux rocheux en montagne, est maintenant présent en plaine dans les villes et les villages de notre région. Le Traquet motteux, habitant typique de la montagne, peut lui aussi de rencontrer à plus basse altitude.

On observera également de loin des couples de vautours en train de nicher sur la paroi ainsi que des faucons crécerelles. Et une bonne partie de la journée se passera en compagnie de Chocards à bec jaune, qui sont en pleine préparation du nid.

Notre accompagnateur nous permettra avec une longue-vue de faire des observations très rapprochées.

L’Ossau, un sommet visible même en vallée d’Aspe.

Le monticole merle de roche

Pour moi, c’est la vedette du jour : le Monticole de roche, ici un mâle. Il était accompagné d’une femelle que j’aurais pu également photographier mais j’ai douté du rendu en qualité du cliché. 

Le Monticole merle de roche (Monticola saxatilis) est communément appelé le Merle de roche. Je ne l’avais encore jamais observé et nous avons eu l’opportunité de voir évoluer un couple. Sa rencontre n’est pas courante. Leur comportement rappelle celui des traquets et des rougequeues, qui se mettent en évidence au sommet des rochers en hochant la queue.

Le mâle, en tenue nuptiale, est superbe. Il a la tête et le cou bleu-gris avec une tache blanche sur le dos; le poitrail et la queue sont de couleur orange. La femelle est de couleur discrète, avec la majeure partie de son corps brun moucheté; sa queue est également orange. Ils ont la taille du merle noir.

C’est un montagnard qui fréquente les éboulis et les pelouses parsemées de rochers. Il s’y nourrit d’insectes et de baies. Migrateur, il repart en août-septembre vers l’Afrique Tropicale où il passe l’hiver.

L’Aigle royal

L’aigle royal juvénile, reconnaissable à la tâche blanche plus claire au bout des ailes.

L’Aigle royal (Aquila chrysaetos) est une espèce remarquable de nos Pyrénées. Son envergure va de 1m90 à 2m20 environ. Il est sédentaire en France où il vit exclusivement dans les massifs montagneux.

Son observation n’est pas courante. En 2016, on comptait 70-80 couples présents dans les Pyrénées côté versant français dont 32 couples dans le Parc national des Pyrénées (source : Parc National).

L’Aigle royal adulte (octobre 2018 – Hautes-Pyrénées).

Ma dernière observation de l’Aigle royal datait d’octobre 2018 dans le cirque de Lis ou Erès Lit (Hautes-Pyrénées), dans le Parc national.

Autres photos de la journée

A la sortie de la forêt, la rencontre avec notre premier isard, un bouc qui est en train de muer vers sa livrée estivale. Il s’éloigne paisiblement sur le névé.

(Partage d’une peau d’isard. Au fond, un lit de Dents-de-chiens en pleine floraison).

Les Chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) récupèrent des matériaux pour la construction du nid. Ici, ils emportent des poils provenant des restes d’une peau d’isard. De loin, ils peuvent être confondus avec le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), qui a le bec … rouge!

Sur ce gros névé, une harde d’isards se promène en « dessinant » des motifs. Ils sont très loin de nous. Ils ont tous des cornes qui dépassent bien des oreilles, sauf un. Les clichés faits sur le versant opposé montrent que les chèvres n’ont pas encore mis bas : les chevreaux sont encore avec leur mère et on n’en voit pas sur les photos ci-dessus. Je pense alors à une harde de boucs avec un éterlou.

L’érythrone dent-de-chien, ou tout simplement Dent-de-chien. J’en avais vu des représentations tellement magnifiées sur certains sites de photographies que lorsque j’ai rencontré mes premières « en vrai », j’ai hésité pour leur mettre un nom dessus.

Sur les parois, de belles saxifrages des Pyrénées (Saxifraga longifolia), plante grasse endémique. Elle pousse sur les falaises calcaires. Elle fleurit de juin à août, sous la forme d’ une grande hampe (jusqu’à 80 cm) pouvant contenir plus d’une centaine de fleurs blanches puis elle meurt.

Un isard adulte. Il s’est éloigné à découvert dans les éboulis où il a hésité un bon moment, ne sachant pas trop quelle attitude adopter devant notre présence à distance conséquente. Quelques pas et puis quelques minutes d’observation et ainsi de suite pendant un long moment. Il va finir par se coucher dans ces éboulis. J’ai pensé à un moment à une femelle qui aurait mis bas et qui cherchait à nous éloigner de son chevreau. Les turbulences de chaleur dans les éboulis perturbent la netteté des clichés pour reconnaître à coup sûr. Plutôt un brocard solitaire? Les autres isards proches de lui, sur les clichés ci-dessous, sont des femelles avec leurs jeunes nés au printemps dernier.

Toutes nos observations sont faites sans perturber ces beaux animaux.

Une chèvre avec deux chevreaux. Le reste de la harde est un peu au-dessus et se dirige vers un névé.

La chèvre se retourne avant de s’éloigner définitivement.

Deux chèvres et trois chevreaux (nés au printemps dernier) sur le névé. Décompte fait avec la longueur des cornes par rapport à la longueur des oreilles.

La troisième mère se rafraîchit sur le névé, près du reste de la harde.

Les deux chevreaux  de la première photo font demi-tour.

Les vautours sont en train de nicher sur la paroi, au moins trois couples.

L’un des vautours fauve quitte le nid et passe près de nous. Il y aura peu de rapaces aujourd’hui; les thermiques n’étaient pas favorables pour leur ballet aérien habituel. 

Cette publication est faite à partir des photos prises lors de la sortie, exceptées celle du cirque de Lescun en automne (novembre 2014) et les deux représentant un Aigle royal adulte dans les Hautes-Pyrénées (octobre 2018).

L’Isard des Pyrénées

L’Isard des Pyrénées

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc (isard mâle), dans la force de l’âge.

L’Isard des Pyrénées

(Nom scientifique: Rupicapra pyrenaica pyrenaica)

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre (femelle Isard) et son chevreau, né en mai dernier.

Une belle sortie en montagne est une sortie où j’ai rencontré l’Isard. Symbole de nos Pyrénées, il est l’emblème du « Parc national ». Il est assez facile de le rencontrer, à condition de rester discret. En période estivale, il vaut mieux « se lever de bonne heure ». En effet, c’est quand même un animal sauvage et farouche; le passage des premiers randonneurs peut le fait fuir en altitude ou à l’abri des regards. Aux heures chaudes, il se met à l’ombre vers les hauteurs. On l’observe généralement à des distances de sécurité assez conséquentes.

Les meilleurs moments pour moi sont au printemps, à la période où il reconstitue ses réserves et à l’automne à la période du rut : il est alors moins méfiant.

Une question revient assez souvent à son propos : quelle est la différence avec le chamois? Ma réponse était : c’est le même animal, ce n’est qu’une question de lieu. On appelle d’ailleurs l’isard, « le chamois des Pyrénées ». En effet, ils sont tous les deux classés dans le même genre « Rupicapra » ou « chèvre des rochers » mais ma réponse n’était cependant pas exacte. L’évolution de cette souche identique dans deux milieux géographiquement séparés sans interconnexion a amené quelques différences.

Le Genre « Rupicapra », qui serait venu probablement d’Asie d’après la littérature, se divise en deux espèces « rupicapra » (chamois)  et « pyrenaica » (isard), qui sont différentes génétiquement.

Les premiers « Rupicapra » auraient rejoint le sud-ouest de l’Europe vers la fin de la glaciation de Mindel, il y a 350 000 à 400 000 ans, ainsi qu’en témoignent les plus anciens vestiges connus découverts près de Tautavel, dans les Pyrénées Orientales. Par la suite, pour la période correspondant à la glaciation du Riss (-350 000 à -120 000 ans avant notre ère), on a continué à découvrir des fossiles de « Rupicapra », peu nombreux. Ils proviennent pour la plupart des Pyrénées, du Sud-ouest et de la Provence : ils présentent déjà les caractères distinctifs des chamois et des isards actuels.

Plus tard, au cours de la glaciation de Würm (-120 000 à -10 000 ans avant notre ère), les « Rupicrapa » ont vraisemblablement colonisé la majeure partie de notre continent. Les fossiles deviennent de plus en plus nombreux dans les sites escarpés à basse altitude, situés à la périphérie de la plupart des grandes chaînes de montagnes aujourd’hui peuplées de chamois et d’isards. Ces montagnes devaient à l’époque être recouvertes de glaciers les rendant inaccessibles. Quand le climat s’est radouci à partir de -10 000 ans avant notre ère, les glaciers se sont retirés à l’intérieur des massifs montagneux. Les chamois et isards ont alors regagné leurs montagnes de l’Europe centrale et occidentale, où ils ont ensuite continué à évoluer séparément.

En France, l’espèce « rupicapra » comprend deux sous-espèces : « rupicapra » ou chamois des Alpes présent de façon naturelle dans tous les départements des Alpes et du Jura et « cartusiana » ou chamois de chartreuse (massif de la chartreuse entre Grenoble et Chambery).

L’espèce « pyrenaica » comprend trois sous-espèces : « ornata » vivant dans les Abruzes (Italie centrale), « parva » vivant dans les monts Cantabriques (Espagne) et « pyrenaica » (pour l’ensemble des Pyrénées). L’isard cantabrique « pyrenaica parva » est aujourd’hui rattaché à la sous-espèce « pyrenaica pyrenaica ». L’Isard des Apennins a été menacé d’extinction dans le courant du XXè siècle; il a été sauvé grâce à la création du parc national des Abruzzes, en 1923.

Description

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Un bouc, en livrée d’hiver.

L’Isard de nos Pyrénées (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) se différencie du chamois des Alpes (Rupicapra rupicapra rupicrapa) par sa taille un peu plus petite, sa rousseur plus prononcée en été et un pelage d’hiver plus clair agrémenté d’un collier de poils noirs qui ressemble à une écharpe. Formée de deux bandes sombres qui partent de la base des oreilles et se terminant sur les pattes, cette écharpe spécifique à l’isard est bien plus marquée chez les mâles. Le changement de livrée (mue de printemps et mue d’automne) s’effectue en août-septembre et en avril-mai.

Sa hauteur au garrot est de 70 cm, 75 à 80 cm pour le chamois. Le poids du mâle oscille entre 25 et 40 kg, celui de la femelle entre 22 et 30kg. Le chamois est plus lourd d’une dizaine de kilos pour les deux sexes et il est moins agile.

Chez les deux mammifères, le mâle s’appelle le bouc, la femelle la chèvre et le jeune, le chevreau jusqu’à 1 an. Puis, jusqu’à 2 ans, l’éterlou pour le mâle et l’éterle pour la femelle. L’espérance de vie de l’isard est de 12 à 15 ans environ.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc surpris pendant sa sieste au soleil, sur une pente verglacée.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Observation du rut des isards (cliché pris par mon compagnon de sortie, Alain).

Parfaitement à l’aise en milieu accidenté, l’isard trouve son salut dans la rapidité de sa fuite. Les os longs des membres antérieurs et postérieurs forment des angles très fermés qui lui procure une souplesse et une détente remarquable. Le bord tranchant des sabots permet une adhérence élevée sur les rochers et sur la neige dure; la présence d’une peau interdigitale permet une bonne portance sur la neige.

Ses poumons sont très développés. Enfin le cœur de l’isard est un muscle gros et très puissant. Abondamment oxygéné par le sang très riche en globules rouges, il permet de soutenir des efforts intenses et violents. C’est un athlète parfait!

Sa vue et son odorat sont excellents. Il repère à grande distance tout ce qui bouge. Menacé, il émet un chuintement d’alarme caractéristique, provoquant généralement la fuite de la harde.

Pendant la majeure partie de l’année à l’exception du rut, les adultes dans les deux sexes vivent séparés, dans des groupes plus ou moins importants appelés des hardes. Les vieux mâles sont parfois solitaires. La cellule de base est constituée de la mère et de son chevreau. On trouve trois principaux types de structure sociale, avec des associations intermédiaires plus ou moins temporaires. La harde en temps que structure sociale n’est pas figée dans le temps :

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une vue partielle d’une petite harde de femelles. Sur le rocher, la présence de deux chevreaux permet de confirmer le sexe des adultes. 

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Zoom sur une autre partie de la harde précédente. A gauche et à droite, deux chevreaux (nés au mois de mai).

-les femelles et leurs chevreaux, la plupart des éterles (femelles de la deuxième année, chassées avant la nouvelle mise-bas de leurs mères et revenues quand la harde s’est reconstituée) et parfois des éterlous. La présence de ceux-ci au sein de la harde doit pouvoir s’expliquer par le fait que la mère n’ait pas été fécondée et le jeune n’a pas été chassé. Il quittera la harde plus tard de lui-même. Ces hardes plus ou moins nombreuses sont généralement sédentaires.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une harde de mâles adultes (7) et d’éterlous (5) sur une pelouse.

-les éterlous chassés par leurs mères, vivant en petits groupes auxquels peuvent s’associer de jeunes mâles adultes,

Sur les pentes bien exposées menant au lac de Gaube (29 mars 2019) – Une harde composée exclusivement de mâles adultes, en deux groupes de 3 et 6 individus. Affamés, ils ne lèvent pas la tête. 

-les mâles adultes plus âgés vivant seuls ou en petits groupes instables à l’écart des autres individus.

Les mâles sont plutôt nomades. La restriction importante des zones de nourriture à la mauvaise saison peut amener tout ce beau monde à se retrouver en un même lieu. L’analyse de la composition d’une harde d’isards est un exercice très intéressant.

L’étude des cornes 

Un bouc avec les cornes divergentes.

Les cornes de l’isard sont très intéressantes à étudier. Elles sont présentes pour les deux sexes et l’individu les conserve tout le long de la vie. Elles peuvent être divergentes dès le départ ou parallèles jusqu’aux crochets.

Elles sont visibles à partir de 3 mois environ, sous la forme d’un petit cornet de kératine, la même matière que nos ongles. Elles sont souvent cachées au milieu de poils. Avec un bon téléobjectif ou une longue-vue, on peut apercevoir ce cornet dès le 2ème mois. La croissance est importante les trois premières années et surtout la deuxième, lorsque le crochet se forme. La croissance ralentit après la troisième année pour ne plus donner, en cinquième année, qu’un segment d’environ 5 millimètres et des segments de l’ordre du millimètre ensuite.

Ce que l’on appelle la corne est en fait constituée d’un étui (la partie que l’on voit) et d’un pivot. Le pivot est une cheville d’origine osseuse dans laquelle l’étui vient s’emboîter. Il a sa hauteur définitive à l’âge de 5 ans et il occupe alors les 3/5 de la hauteur de la corne. L’étui est très fin à la base et il devient plein dès lors qu’il n’y a plus de pivot, à la hauteur du début du crochet.

Vallée d’Ossau (février 2019) – Photo très recadrée des cornes d’un mâle âgé, montrant les anneaux d’âge et les anneaux de parure. (cliché initial pris avec un objectif 400mm et un doubleur de focale, au format APS-C; la proximité apparente n’est pas effective).

La croissance des cornes s’arrête en hiver pour reprendre au début du printemps suivant, au mois de mars. Elle repousse vers le haut la partie existante. L’arrêt de croissance détermine sur l’étui un sillon circulaire, appelé anneau d’âge. Le premier sillon, positionné au point le plus élevé du crochet (entre 5 et 6 centimètres de la pointe) est difficilement observable, quasiment invisible. L’anneau d’âge ne doit pas être confondu avec l’anneau de parure, plus étroit et ne faisant pas le tour complet de la corne.

Le comptage des segments de croissance à partir de la pointe indique l’âge. C’est une des deux méthodes pour connaître l’âge à coup sûr, l’autre étant l’examen de la dentition qui est valable jusqu’à 5 ans.

L’âge réel de l’isard dans les conditions d’observation habituelles en montagne est impossible à déterminer. On peut cependant faire des estimations à distance par classe d’âge, avec l’observation de la croissance des cornes jusqu’à l’âge adulte. On peut résumer ainsi :

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un chevreau et sa mère; ses cornes sont minuscules, cachées en partie dans une touffe de poils. Il est né en mai/juin dernier.

Les chevreaux ou jeunes de la première année : A 6/7 mois, les cornes mesurent entre 3 et 5 cm environ. On est en novembre et leur croissance s’est arrêtée. Elles sont droites ou elles ont amorcé une très légère courbure vers l’arrière. Le jeune vient d’être sevré mais il reste un chevreau jusqu’au mois de mai suivant où il atteindra l’âge d’un an. Il sera alors repoussé par sa mère pour permettre à celle-ci de mettre bas à nouveau.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un jeune de la deuxième année.

Les éterles (femelles) et les éterlous (mâles), ou jeunes de la deuxième année. De un à deux ans, le crochet se forme. La hauteur des cornes progresse, au plus jusqu’à la moitié de la hauteur de l’oreille au mois de novembre pour ensuite se rapprocher de la hauteur de celle-ci sans la dépasser (après la reprise de la croissance au mois de mars) à ses deux ans révolus. Il sera alors proche de sa taille presque définitive. La maturité sexuelle des deux sexes est atteinte vers l’âge de 18 mois, en moyenne. L’éterle peut procréer, sous certaines conditions. L’éterlou « ne fait pas encore le poids » face au mâles plus âgés et se fait évincer.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Un petit groupe isolé, composé d’un bouc adulte expérimenté à l’ombre, puis un éterlou et un jeune adulte de 3 ans.

-A partir de la troisième année, l’isard est adulte. Ses cornes égalent puis dépasseront l’oreille. Le mâle ou bouc est enfin prêt pour procréer : il a atteint sa taille définitive et il peut tenter de se positionner dans la hiérarchie sociale face aux mâles plus âgés. Le seul moyen pour avoir plus de précision sur l’âge à partir de la troisième année est le comptage des segments de croissance.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un bouc âgé.

Pour les vieux sujets (à partir de la neuvième/dixième année), le pelage est plus clair et commence à grisailler. Ils ont un comportement plutôt solitaire.

Quelques éléments pour identifier le sexe de l’isard

Dans la plupart des cas (mise à part la position de miction), l’indication du sexe ne devient possible qu’à l’âge pratiquement adulte.

-L’allure générale est un critère, mais elle demande une certaine expérience : le mâle est trapu et la femelle est plus fine.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Deux chèvres avec les chevreaux, dont une femelle.

-Quel que soit l’âge, le mâle urine entre ses quatre pattes alors que la femelle le fait en arrière des postérieurs.

-Le crochet de la corne est fortement arqué chez le mâle, plus arrondi chez la femelle. Hélas, il y a des exceptions qui ne permettent pas de généraliser à coup sûr. Les cornes de la femelle sont plus fines.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc pendant la période du rut. Le pinceau pénien commence à être visible et la barbe ou crinière sur son échine est bien marquée.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre en livrée d’hiver. Absence de la barbe ou crinière.

Lécharpe visible en robe d’hiver est très marquée chez le mâle, un peu moins chez la femelle.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc avec son attribut. La barbe le long de son échine est relevée.

-La présence du pinceau pénien chez le mâle : il est évident à partir de la quatrième année et notamment en fourrure hivernale ou pendant le rut.

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015, pendant le rut) – Deux femelles (en haut et en bas) accompagnées de leurs chevreaux. La barbe (crinière) est absente.

-De même, la barbe ou crinière (étroite bande de long poils qui court le long de l’échine) est très remarquable chez les mâles adultes en pelage d’hiver, absente chez les femelles.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – « Alors, tu suis? » disait le chevreau à sa mère.

-Présence d’un chevreau au côté d’un adulte : l’adulte est donc une femelle, sa mère.

Habitat

L’isard est présent dans tous les départements pyrénéens. L’aire de distribution actuelle s’étend de façon quasi continue depuis les canyons de la Haute Soule (Pays Basque), à l’ouest, jusqu’aux contreforts orientaux du Canigou, à l’est.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Bien que l’on ne voit que des silhouettes, on n’aperçoit qu’une paire de cornes : un adulte avec un isard sans corne, c’est une femelle et son chevreau, tandem fusionnel.  

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Le chevreau est reparti derrière le rocher. Sa présence a cependant permis l’identification d’une mère.

Il vit à la belle saison en haute altitude en zone d’éboulis et de pelouses, au-dessus de la limite des arbres. Il est herbivore et la limite supérieure est aux environs de 2 500m ; l’altitude est conditionnée par la présence des pelouses qui, généralement, disparaissent en grande partie au-delà dans nos Pyrénées. La limite inférieure est au-dessus de 800 m : elle est conditionnée par l’occupation humaine avec malgré tout la nécessité de la présence d’escarpements rocheux pour sa sécurité.

Dans une enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010, l’altitude minimum observée est de 171m, dans les Pyrénées-Orientales ; le maximum atteint est de 3239 m dans les Hautes-Pyrénées et 68% de la surface occupée par l’espèce est située en-dessous de 2 000m.

Au cœur du Parc – Le lac de Gaube au printemps; à la droite, le type de pentes que les isards affectionnent.  Au fond, le massif du Vignemale.

A la mauvaise saison, il redescend en forêt à la recherche de nourriture ou pour trouver refuge contre les mauvaises conditions météo. Lorsque la couche de neige est importante, on le trouve aussi sur les versants abrupts, dans les couloirs d’avalanche où la neige tient moins et permet l’accès à la nourriture : sa présence est fréquente sur les pentes ensoleillées à Cauterets, au-dessus  du Pont d’Espagne.

Régime alimentaire

Vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Isard s’alimentant à la limite de la forêt.

L’isard est un herbivore. Il se nourrit de plantes herbacées et de jeunes pousses. En hiver, il gratte la neige si la couche est poudreuse et pas très épaisse. Sinon, il n’a pas d’autres choix que de s’attaquer aux arbres et arbustes pour  s’alimenter de feuilles, de bourgeons, d’aiguilles et d’écorces de conifères, de feuilles sèches, d’écorces de feuillus, de mousses et de lichens (quand il n’a pas le choix). Tout comme le chevreuil, il ne s’abreuve pas ou alors rarement. Les besoins en eau sont assurés par la consommation des végétaux et par la rosée matinale.

Reproduction

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015), au début de la période du rut – Ce mâle dans la force de l’âge court dans tous les sens sur son territoire, disparaissant derrière une crête et revenant sans crier gare avec des accélérés incompréhensibles. Bien caché dans la végétation, je me dis qu’il est capable de me foncer dessus sans me voir!

La période de rut de l’isard est facilement identifiable à son comportement. Les mâles qui formaient des groupes à part des femelles se rapprochent en ordre plus ou moins dispersé de celles-ci à partir de la mi-octobre. Ils deviennent moins méfiants. Il est alors relativement facile de les observer mais il faut garder en tête de ne pas les perturber dans ces moments-là qui sont très sensibles pour la pérennité de l’espèce.

Les chaleurs durent 1 à 2 jours et se renouvellent toutes les trois semaines durant la période de reproduction, tant qu’il n’y a pas eu fécondation.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Ce mâle parcourt son territoire ; pendant la période du rut, il peut perdre jusqu’à 25% de son poids.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un regroupement à l’écart de mâles adultes.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – La barbe hérissée le long de l’épine dorsale, ce bouc poursuit un concurrent de sa stature.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – Le cadre de la période du rut.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – « Le repos du guerrier ». Le rut n’a pas encore commencé, manifestement. Pas trop dépassé; en contrebas, une petite harde de 3 femelles et 2 chevreaux recensés sur un autre cliché.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Une harde de femelles avec leurs chevreaux, dérangées par l’approche de randonneurs. 

Alors que les mâles s’excitent, les femelles restent indifférentes et broutent tranquillement.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Ce mâle « dominant » va descendre à toute vitesse le couloir entre les rochers pour faire la police sur son territoire en contrebas.

La première partie du rut consiste à établir une hiérarchie sociale chez les mâles. Certains d’entre eux se lancent dans des courses longues et effrénées, les poils de l’échine hérissés; ce sont les plus âgés qui poursuivent et chassent sans ménagement les autres prétendants, généralement plus jeunes. Les dominants assurent leur territoire et rassemblent les femelles en petites groupes dont ils essaient de maintenir la cohésion. Ils peuvent alors assurer les saillies. La femelle n’est réceptive que quelques heures et l’accouplement est très bref. L’isard est polygame et ces moments sont épuisants : ils perdent beaucoup de poids. La période la plus intense court de la mi-novembre à la mi-décembre environ.

La maturité sexuelle chez les femelles est estimée à 18 mois en moyenne mais la première fécondation peut avoir lieu beaucoup plus tard, en fonction de la densité de la population et des ressources alimentaires qui conditionnent le poids corporel des jeunes femelles. A 3 ou 4 ans, toutes les femelles peuvent mettre bas. La gestation dure 23 semaines. Entre la mi-mai et la mi-juin, c’est la période du pic des naissances qui peuvent commencer début mai suivant les ans (présence tardive ou non de la neige). La femelle s’éloigne alors de la harde, chasse le chevreau de l’année passée et remonte vers les zones escarpées et isolées où elle met bas un seul chevreau qu’elle élèvera seule.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Une chevrée.

Lorsque le nouveau-venu est capable de courir et d’affronter la collectivité, elle rejoint les autres mères. Elles reforment toutes ensemble avec leurs chevreaux une harde que l’on appelle une « chevrée ».

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – La « garderie » d’enfants avec un privilégié, celui qui tête sa mère. Jusqu’à l’âge d’un mois environ, la mère provoque la tétée, puis le chevreau en prend l’initiative de plus en plus souvent.

La femelle allaite son chevreau jusqu’à l’âge de 2 mois environ, puis il s’alimente comme sa mère. Il ne la quitte jamais et imite ses moindres gestes dans une relation fusionnelle. Le sevrage se fait vers l’âge de 6 mois, au moment des « fiançailles » précédant l’accouplement suivant de la mère.

La plupart des éterles chassées par leurs mères respectives avant la mise-bas rejoignent la chevrée lorsqu’elle est constituée.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Jeux de chevreaux sur un névé. Âgés d’environ trois semaines / un mois, on devine déjà l’apparition de cornes minuscules sur certains sujets.

Evolution des populations

Dans la vallée du Marcadau – Un bouc âgé au bas d’un couloir d’avalanches.

Dans la vallée de Gaube – Avalanches sur le versant fréquenté par les isards (au fond, le massif du Vignemale). 

Vallée du Lutour  (Hautes-Pyrénées) – Reliefs d’une avalanche hivernale sur un flanc fréquenté par les isards. 

Les avalanches, le froid et la raréfaction de nourriture l’hiver sont des facteurs importants de mortalité et de régulation.

Ces dernières années, des épidémies ont aussi atteint les populations d’isards, comme la kérato-conjonctivite aiguë infectieuse (K.C.I.) apparue entre 1980 et 1982 et revenue entre 2006 et 2008 et la Pestivirose, maladie virale apparue en 2001-2002 avec des mortalités massives et revenue entre 2010 et 2013 dans certains secteurs comme le département de l’Ariège, en vallée d’Aure et en vallée de Luz.

La kérato-conjonctivite aiguë infectieuse est une infection oculaire très contagieuse, fréquente chez les ovins et caprins domestiques. Elle se caractérise par une inflammation de la cornée entraînant aux stades les plus avancés, une opacité voire la perforation de celle-ci pouvant conduire à la mort : l’animal en effet ne peut plus se déplacer correctement et ne s’alimente plus. Il se déshydrate, s’amaigrit et meurt, parfois suite à un traumatisme ou à une chute (15 à 20% de mortalité).

Les effectifs peuvent varier sensiblement d’une année à l’autre en fonction de ces événements. Les données officielles de comptage les plus récentes que j’ai pu trouver sont également dans l’enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010 : 15 260 (1988); 24 630 (1994); 27 000 (2005) et 31 160 (2010); tous ces chiffres sont sur le versant français et ne sont qu’un minimum, vu la complexité de l’acquisition de ces données.

Interdite en cœur de Parc, la chasse est ailleurs soumise à un plan de chasse qui limite le nombre d’isards tués chaque année.

Le Parc national des Pyrénées Occidentales

Le Parc national des Pyrénées Occidentales a été crée le 23 mars 1967 à cheval entre les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées avec, parmi ses objectifs, la protection de la population d’isards menacée d’extinction si aucune action n’était menée. Il est constituée d’une zone centrale (appelée « cœur du Parc » depuis 2006) de 457 km2 (45 700 ha sur 15 communes) et d’une zone périphérique de 2063 km2 (206 300 ha sur 65 communes), appelée depuis 2006 « aire optimale d’adhésion ». L’intérêt de cette distinction est la réglementation plus souple dans la zone périphérique, destinée à bénéficier d’investissements d’ordres économique, social et culturel afin de freiner l’exode rural et de développer l’équipement touristique de la région.

Le lac det Mail (situé en bordure du coeur du Parc) et le pic du Néouvielle (à droite).

De roche en roche, jusqu’aux plus hautes crêtes, une silhouette stylisée d’une tête d’isard rouge sur fond blanc délimite le coeur du Parc national des Pyrénées de la zone périphérique.

L’article 1er de la loi du 14 avril 2006 a proposé une nouvelle structuration des parcs nationaux. L’ancienne zone périphérique est intégrée au parc national, intégration laissée au libre choix des communes dont le territoire est concerné et qui auront décidé de concourir à la protection du parc national en adhérant à la charte du Parc.

A l’intérieur du Parc, on vieillit paisiblement.

Aujourd’hui, on compte quelques 4 000 isards répartis sur l’ensemble du Parc. En 2015, dans sa partie haut-béarnaise, il y avait 1 200 individus en vallée d’Aspe et 800 en vallée d’Ossau.     

Article rédigé le 02 mai 2019 à partir de mes photos personnelles, des constatations faites sur place et de publications internet avec lesquelles je me suis documenté :

http://oatao.univ-toulouse.fr/869/1/picco_869.pdf (la bibliographie de cette thèse comporte une liste très complète d’ouvrages à consulter, dont sont issus beaucoup d’informations disponibles sur internet).

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/isard

 http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Chamois-et-lIsard-ar643

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/ongules/montagne/Enquete_Ongules_montagne2011_isard.pdf

« Par une belle après-midi de novembre » – Le bouc s’éloigne tranquillement.

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

(Nom scientifique : Gypaetus barbatus)

2018, une année riche en rencontres 

Le Gypaète barbu est le plus grand rapace d’Europe, et aussi le plus rare. Le rencontrer est, pour moi, un véritable cadeau venu du ciel.

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou, encore enneigé (Vallée d’Aspe)

J’ai photographié mon tout premier gypaète barbu début mars 2016, lors d’un « bol d’air » pris en vallée d’Aspe, sur le plateau du Benou. La neige était encore présente. A la fin de la journée qui avait été plutôt maussade et alors que je surplombais le village de Lescun, j’ai aperçu cette forme inhabituelle qui descendait la vallée pour disparaître derrière la montagne. Pensif, je continuais à admirer ce beau cirque de Lescun avec ses sommets mythiques comme les aiguilles d’Ansabère, les deux Billare, … quand quelque chose me fit me retourner instinctivement. C’était lui, se dirigeant droit sur moi à basse altitude, majestueux! Mon cœur bondit ! Sans crainte, il plana devant moi, silencieux. Quelle noblesse! Puis il s’éloigna en m’observant toujours du coin de l’œil (comme j’ai pu le constater sur mes clichés) avant de disparaître. Contrairement aux vautours, il est plutôt rare qu’il fasse une nouvelle passe. De toute façon, au vu de ce qu’il tenait entre ses serres, il allait à son nid. Quel souvenir ! Cette rencontre a été pour moi un véritable privilège.

Je n’ai plus revu de gypaète jusqu’en septembre 2018. Ces derniers mois ont été riches en événements ; cinq rencontres dans cinq endroits différents. Ce fut pour moi un festival d’apparitions : en vallée d’Ossau à deux reprises, en vallée d’Aspe, en vallée d’Aure et en Haute-Garonne. Le gypaète est manifestement un oiseau curieux : trois d’entre eux sont venus me voir à quelques mètres à plusieurs reprises.

26 septembre 2018 14:00 – Gypaète barbu adulte passant devant l’Ossau, cliché pris depuis le col d’Ayous  avec une focale de 200mm, insuffisante

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col lors d’une randonnée en vallée d’Aure

02 octobre 2018 12:00 – Gypaète barbu juvénile à la Hourquette Chermentas (Hautes-Pyrénées)

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué,  au pied de la face sud de l’Ossau

23 novembre 2018 13:40 – Gypaète barbu au début d’une averse de neige, en vallée d’Aspe

Description du Gypaète barbu

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

Les deux sexes sont semblables, avec la femelle plus grande que le mâle. Le gypaète barbu tient son nom des « mèches » de plumes noires qui encadrent son gros bec recourbé, en formant une barbiche. Il est facilement reconnaissable à l’âge adulte grâce à la couleur rouille orangé de son plumage ventral. Cette couleur n’est pas génétique, elle provient d’une teinture due à des bains répétés d’eau ou de boue ferrugineuses. Les yeux sont jaunes, entourés d’un cercle d’un rouge intense qui lui donne un regard menaçant. Le bec est fort et puissant, aplati latéralement et très crochu. Les pattes sont emplumées. La tête est de couleur crème. Un masque noir entoure ses yeux, et les deux parties du masque se rejoignent sur le haut de la tête, en une fine ligne noire. Ses épaules et ses ailes sont formées d’un plumage ardoisé. Chacune de ses plumes est ornée d’une raie blanche. Il pèse entre 5 et 7 kg pour une envergure entre 2m50 et 2m80. Il peut vivre longtemps, plus de 30 ans.

Gypaète barbu juvénile poursuivi par un Crave à bec rouge 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué au pied de la face sud de l’Ossau, dans le brouillard qui sévira une bonne partie de la randonnée

L’immature est brun, avec la tête noirâtre. Il acquiert son plumage adulte après 6 ans.

Habitat

Le Gypaète est sédentaire et vit chez nous toute l’année en haute montagne, généralement en couple. Leur territoire s’étend sur plus de 50 000 ha, entre 700 et 2300 m environ et comprenant des sites de falaises et surtout de grandes zones de pâtures et d’éboulis où l’oiseau trouve sa nourriture. Il le défend âprement contre l’intrusion de ses congénères.

11 octobre 2018 – Gypaète barbu adulte poursuivi par un grand Corbeau

Il est peu agressif et poursuit rarement les oiseaux qui s’approchent de son nid. Je l’ai vu à plusieurs reprises être pris à partie par bien plus petit que lui sans réaction autre que continuer son chemin.

Lors de journées ensoleillées, … ou pas, on peut apercevoir sa silhouette longiligne aux ailes effilées et à la queue en losange haut dans le ciel, planant au-dessus de son territoire à la recherche de nourriture.

Reproduction

11 octobre 2018 16:30 – Un couple de Gypaètes barbus au Port de Balès (1755m)  entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées

Le Gypaète barbu vit en couple et reste fidèle à son partenaire. La parade nuptiale a lieu à l’automne vers la mi-novembre (novembre-décembre). A cette occasion, le couple se livre à des jeux aériens, des vols synchrones, des offrandes, des courbettes ou encore à des soins respectifs.

Le couple construit ou aménage un de ses nids, dans des anfractuosités de falaises inaccessibles et bien à l’abri des intempéries. Les nids sont occupés à intervalles de 4 ou 5 ans, afin de permettre la disparition des parasites accumulés. Il est situé le plus souvent entre 1 500 et 1 800 mètres. Les matériaux utilisés sont multiples : branches, herbes, laine de mouton, poils d’origine animale, ossements, morceaux de peau, …

La femelle gypaète dépose un ou deux œufs début janvier (entre décembre et février). L’incubation dure environ de 55 à 60 jours. Elle est assurée de façon alternée par le mâle et la femelle et se poursuit après l’éclosion jusqu’à ce que le jeune poussin soit apte à réguler sa température. En général, le poussin le plus malingre périt, affamé par le plus vigoureux. Le femelle s’occupe attentivement du petit, et reste au nid pendant plusieurs jours. Le mâle apporte la majeure partie des proies et des os. Le jeune s’envole vers la mi-juillet et est nourri par les parents pendant encore 1 à 2 semaines après son envol.

Le jeune quitte le territoire vers la fin juillet et présente un fort erratisme qui l’entraîne sur toute la chaîne pyrénéenne avant de revenir progressivement s’installer le plus souvent près de son territoire de naissance. Il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 8-10 ans.

Alimentation

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou (Vallée d’Aspe)

Le Gypaète barbu contribue à l’élimination des carcasses en montagne. Les 3/4 de sa nourriture sont constitués d’os, de pattes, de tendons et de ligaments. Il repère les cadavres de moutons ou d’isards et attend que les vautours aient nettoyé la partie molle pour se servir. Il se saisit des os et quand ceux-ci sont trop volumineux, il les laisse tomber d’une hauteur de 50 à 100 mètres sur des pierriers pour les briser. Il recommence autant de fois qu’il est nécessaire. C’est la raison pour laquelle on le surnomme « le casseur d’os ». Son gosier élastique est large et il peut engloutir directement des os entiers qui sont dissous par les sucs digestifs.

Population, répartition et menaces sur le Gypaète barbu

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure

« En France, il est présent dans les Pyrénées, en Corse. Il a été réintroduit avec succès dans les Alpes et récemment dans les Cévennes. Le Parc national des Pyrénées a constitué, avec le Pays basque, la zone de sauvegarde du Gypaète barbu. Depuis 50 ans, le nombre de couples a augmenté, passant de 3 à 4 couples dans les années 1950 pour atteindre, en 2016, 14 couples dans le Parc national des Pyrénées. 2 à 4 couples sont présents dans chacune des vallées. Menacé de disparition, le Gypaète barbu fait l’objet d’un suivi scientifique important en France et en Espagne. Cette espèce fait l’objet d’un plan national de restauration. Depuis 20 ans, le Parc national apporte un complément alimentaire à certains couples en hiver pour aider à l’élevage du jeune. Une surveillance annuelle est faite pour éviter les abandons de nids suite à survol d’hélicoptères ou autres intrusions ».

Le gypaète barbu est le rapace le plus rare d’Europe. Dans l’ensemble des Pyrénées, le nombre de couples est passé de 61 en 1995 à 160 en 2018, dont 43 sur le versant français. Treize jeunes se sont envolés l’été dernier, nés au sein d’un espace protégé plus à l’abri des dérangements. Rien n’est définitivement gagné, notamment à l’extrémité ouest du massif où la population est en déclin (il ne reste plus que 2 couples au Pays Basque contre 4 en l’an 2000) et où les gypaètes se reproduisent mal à cause de dérangements fréquents aux abords de leurs sites de nidification : survols, travaux bruyants, chasse en battue, fréquentation routière, sports de nature, écobuage, etc.

Le principal prédateur du gypaète était l’homme qui l’a chassé avant qu’il soit protégé en avril 1979 (convention de Berne).

Aujourd’hui, les premiers ennemis de l’oiseau sont souvent les lignes électriques et les câbles des remontées mécaniques. Des mesures de prévention ont été prises pour éviter les échecs de reproduction dus à l’impact des activités humaines comme le survol des nids par les hélicoptères, les parapentes, les delta-plane, les avions de tourisme et aussi les passages trop près du nid des grimpeurs, des photographes animaliers.

En 2018, le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage 64 Hegalaldia a accueilli trois gypaètes barbus pour des soins :

– « Silvanio, une femelle âgée de 22 ans découverte le 30 janvier par des chasseurs sur la commune de Mendive dans le Pays Basque. Équipée d’une balise GPS, Silviano avait ingéré une boucle d’oreille de brebis en s’alimentant dans le milieu naturel. Une boucle qui avait déclenché un début d’occlusion intestinale et suffisamment douloureuse pour qu’elle s’écrase au sol occasionnant au passage quelques blessures physiques. Durant sa captivité Silviano a complètement digéré cette boucle, entraînant une intoxication au plomb et donc la chute de bon nombre de plumes et un état de faiblesse général. Après avoir eu droit à un lourd traitement pour diminuer les concentrations de plomb dans son sang et après avoir passé un long moment en volière de réhabilitation, Silviano a pu retrouver le milieu naturel d’origine le samedi 23 juin 2018 à 11h au sommet du col d’Haltza, sur la D18 entre Lecumberry et Iraty.

– Le 4 mars 2018, un deuxième gypaète est également trouvé et signalé par des chasseurs sur la commune de Laruns cette fois. Rapidement pris en charge par les agents du Parc National des Pyrénées, ces derniers ont aussi rapatrié l’oiseau jusqu’au centre de soins Hegalaldia. Après avoir heurté une ligne électrique, l’oiseau avait frôlé la mort. En état de choc, amaigri (moins de 4 kilogrammes) et en hypothermie, ilsouffrait de plusieurs plaies aux ailes, aux pattes et sur le corps. Sans oublier le crâne, très touché : ce dernier avait probablement subi l’acharnement des corvidés une fois l’oiseau au sol. Son pronostic vital était engagé. Pris en charge pendant quatre mois par l’association, le grand rapace a pu être relâché en Vallée d’Ossau sur le site de Tormon près du col du Pourtalet, le lundi 23 juillet à 14h.

– Biès (le troisième récupéré), a été trouvé mal-en-point sur le Parc National des Pyrénées. Équipé de marquages alaires, l’oiseau avait développé une infection généralisée et souffrait également d’une importante luxation à une épaule. Il avait également plusieurs rémiges de l’aile droite de sectionnées, ce qui l’handicape d’autant plus. Il est toujours à ma connaissance au centre de soins à la date de rédaction de cet article.
Note: le marquage alaire est couramment utilisé chez les rapaces planeurs. Il consiste à la pose de marques en plastique sur les ailes et permet une reconnaissance individuelle de chaque oiseau à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Hegalaldia est une association de protection de la nature, reconnue d’intérêt général. Elle gère l’unique centre de sauvegarde pour la faune sauvage des Pyrénées-Atlantiques (64). Située à Ustaritz, elle intervient aussi sur les départements voisins du sud des Landes et des Hautes-Pyrénées. Elle est soutenue par des bénévoles et par des dons.

En France, le Gypaète barbu est intégralement protégé, classé « En Danger »

Article rédigé le 18 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/gypaete.barbu.html

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/gypaete-barbu

https://www.hegalaldia.org/

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure