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A la rencontre du Bouquetin en Espagne – Deuxième Partie

A la rencontre du Bouquetin en Espagne – Deuxième Partie

Un beau Bouquetin mâle (bouc), Sierra de Las Villas (à proximité de Villanueva del Arzobispo).

A la rencontre du Bouquetin dans les Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

puis celle de Guadarrama

Bouquetins mâles, dans les blocs granitiques de La Pedriza, Sierra de Guadarrama.

J’ai déjà consacré deux articles sur mon observation du Bouquetin en Espagne. Le premier était dédié à sa présentation générale illustrée par des clichés pris dans la Sierra de Gredos en mai 2018. Le second le montrait dans différents biotopes principalement en décembre 2019, pendant la période du rut. Aujourd’hui, je continue et complète sur ce sujet en le montrant dans le Parc naturel des Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas et dans le Parc national de la Sierra de Guadarrama.

Je lui consacrerai plus tard une publication quand je l’aurai observé sans son collier GPS et autres coquetteries dans notre Parc national des Pyrénées, où on a commencé sa réintroduction en 2014.

Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

Une vue partielle dominante de Cazorla, avec ses oliveraies en arrière-plan. C’est une petite ville magnifique et accueillante aux rues très étroites. 

Château arabe de la Yedra, dominant Cazorla.

Le Parc naturel de las Sierras de Cazorla, Segura y las Villas est le plus grand espace protégé d’Espagne (209 920 ha), avec des espèces végétales endémiques. C’est là que naît le Guadalquivir à 1 330 m d’altitude, le fleuve le plus grand d’Andalousie. Reconnue Réserve de la Biosphère par l’Unesco en 1983, sa richesse naturelle se base sur la biodiversité biologique. L’effectif des bouquetins y a culminé à plus de 10 000 individus avant qu’une épidémie de gale sarcoptique ne les décime à la fin des années 80. Aujourd’hui, leur nombre se situe autour de 2 500.  Les paysages de cette région montagneuse sont d’une beauté et d’une particularité extraordinaires, avec un point culminant à 2 039 mètres : le pic Alto de la Cabrilla.

En bas, le territoire bordé de rouge représente la Sierra de Cazorla, dont la partie en vert est dans le Parc (Google Maps) . 

La Sierra de Cazorla occupe une superficie de 133 000 ha dont le 1/3 environ dans le territoire du Parc (pointe sud); le village de Cazorla est à la limite du Parc. La Sierra de Las Villas, dont la ville principale est Villacarillo, occupe 8,3% du Parc, approximativement la bordure centre-ouest (à gauche de Coto-Rios). La Sierra de Segura constitue à elle seule 80% de la superficie du Parc, le reste du centre et le nord est; sa ville principale est Beas de Segura.

Les plantations d’oliviers autour de Cazorla.

L’appellation d’origine « Sierra de Cazorla » garantit les huiles d’olive vierges extra. Celles-ci sont obtenues à partir du fruit appartenant aux variétés Picual (94%) et, dans une moindre mesure, Royal (6%). Elles sont produites dans la région de Cazorla. Environ 31 500 hectares sont destinés à la culture des deux variétés d’olive. Les huiles obtenues ont une acidité oléique inférieure à 1º et possèdent des propriétés organoleptiques particulières.

Les oliveraies dans la région de Chilluévar, au-dessus de Cazorla.

La cascade de Linarejos dans le Parc, sur le ruisseau du même nom (région de Carrada del Utrero, Sierra de Segura). Ses eaux sont parmi les premières à alimenter le légendaire Guadalquivir.

La faune est très diverse, autant les mammifères que les oiseaux.

On peut y trouver entre autres des renards, …

des écureuils, …

Des daims, … Les femelles vivent généralement en harde.

Les daims mâles sont généralement solitaires, hors la période du rut.

Une biche, région de Villanueva del Arzobispo (limite du parc naturel).

Des cerfs élaphes, appelés aussi cerfs rouges ou cerfs d’Europe.

Les rapaces et autres oiseaux sont également nombreux. Le Vautour fauve est très présent.

Le vautour fauve dans son environnement (Sierra de Cazorla).

Un Pic épeiche et bien d’autres oiseaux, …

Bon, il y a aussi des Bouquetins, c’est quand même une des principales raisons de cet article.

Quelques boucs solitaires (à la hauteur de Villanueva del Arzobispo). 

Les bouquetins n’ont pas été évidents à observer. J’en ai observé dans le Parc, dans la Sierra de Las Villas. En effet, ceux que j’ai pu rencontrer évoluaient dans un environ assez chargé en végétation, essentiellement des pinèdes. Il faut dire aussi que je ne me suis pas focalisé sur eux : les paysages sont superbes, il y a beaucoup de centres d’intérêt et j’y reviendrai avec grand plaisir, sans doute à une période différente comme l’automne.

Paysages typiques dans le Parc, Sierra de las Villas.

Paysages typiques de la Sierra de Cazorla, en dehors du Parc (région de Huesa).

La Sierra de Guadarrama

 

Le Parc national, entre Ségovie et Madrid, « fournisseur » de nos Bouquetins des Pyrénées (Google Maps).

Le Parc national de la Sierra de Guadarrama m’a donné de belles occasions d’observer le mode de vie des bouquetins à la période du rut. Crée en 2013, il a une grande biodiversité et richesse écologique. Il s’étend entre les Communautés Autonomes de Castille-et-Leon et de  Madrid. Il culmine à 2 430 mètres, au pic Peñalara. C’est une chaîne de montagne bien plus ancienne que nos Pyrénées ou les Alpes, essentiellement composée de roche granitique très érodée et de gneiss.

Beaucoup supposent que le bouquetin aurait disparu de la région au cours de la première moitié du 19è siècle, mais la plupart des références sérieuses ne permettent pas de le conclure. Le bouquetin a été introduit au cours de ces dernières années, à partir de sujets provenant de la Sierra de Gredos et de Las Batuecas dans la Sierra de Francia (province de Salamanque).

Cette introduction a commencé entre 1990 et 1992 dans la partie sud du parc national actuel, dans l’ancien parc régional de Cuenca Alta del Manzanares (Communauté de Madrid). 67 individus ont été relâchés dans un lieu connu sous le nom de Hueco de San Blas d’où ils ont colonisé le reste du territoire.

A cette population, il faut ajouter les individus introduits dans la région de los Hoyos, dont l’origine vient d’une introduction antérieure faite entre les années 2000 et 2002 du côté ségovien de la Sierra Guadarrama, dans la zone de chasse contrôlée de Torrecaballeros. Cette population est actuellement installée dans la Cuerda de los Montes Carpetanos, à Alameda del Valle, Pinilla del Valle et Rascafría, appartenant à la région forestière du parc naturel de Peñalara.

Les dernières données sur l’évolution de ces deux noyaux confirment une croissance constante et que, au moins pour une grande partie de l’année, les deux populations entrent en contact, avec la présence de bouquetins de La Najarra à Las Cerradillas et à Los Montes Carpetanos, de Peñalara à El Nevero et dans la municipalité de Pinilla del Valle.

Dans une étude publiée en 2019 sur la présence du bouquetin dans le Parc national, les densités les plus élevées se situent sur une superficie de 234 ha dans la région de Najarra, Matasanos, Asómate de Hoyos et La Pedriza Posterior, en fait assez proche du lieu des premières introductions.

Vautour Fauve et Bouquetin, dans les accumulations de blocs de granit errodés.

L’espèce s’est si bien adaptée que l’on compte aujourd’hui environ 5 000 individus et que l’espèce est considérée depuis plusieurs années en surpopulation par rapport aux ressources naturelles disponibles. Elle n’a aucun prédateur. Entre autres, elle met fin à la régénération naturelle de diverses espèces botaniques protégées.

Un plan d’action approuvé en septembre 2016 visait à réduire la population à 1500-1300 individus sur plusieurs années ; il a été aussitôt suspendu sur un vice de procédure. Il consistait à transférer dans d’autres zones 25% des individus, les 75% restants devaient être chassés à l’arc et au fusil. Seule la solution du transfert a été conservée. Entre autres, un total de 204 bouquetins de La Pedriza ont été vendus et déplacés à ce jour vers les Pyrénées françaises : 63 à Cauterets (Htes-Pyrénées), 66 à Ustou et 29 Aulus les Bains (Ariège), 46 à Gèdre (vallée de Luz-Gavarnie). Un effectif de 22 individus a été relâché en vallée d’Aspe sur la commune d’Accous en 2019, originaires également de Guadarrama, bilan provisoire car le projet des lâchers n’est toujours pas terminé pour la partie ouest des Pyrénées.

Cercedilla (1 118 m), l’une des portes d’entrée dans le Parc national, est un centre touristique populaire pour les alpinistes.

Premiers rayons sur la neige tombée dans la nuit au « puerto de Navacerrada » à  1 852 m (18 décembre 2019). 

La mer de nuages sur la vallée depuis le puerto de Navacerrada vers Cercedilla.

Il est parfois difficile de les distinguer sur les crêtes, mais l’œil s’habitue à les localiser. 

Le soleil se lève et quelques bouquetins pointent leur nez sur les hauteurs entre Cercedilla et le col de Navacerrada.

J’ai d’abord prospecté dans le Parc national en direction du col de Navacerrada, en partant du village de Cercedilla. Leur présence y est avérée mais la densité est faible (colonisation récente). Il existe, entre autres, un sentier de randonnée (Monte Pinar de la Barranca, parking bien indiqué sur le côté droit de la route M-601 en montant vers le col) qui peut offrir quelques opportunités avec un joli panorama sur les sommets.

Les environs du refuge Giner de los Rios.

Mais ils étaient plus nombreux et accessibles (sans les importuner) dans le massif de La Pedriza Anterior. On prend le sentier de randonnée à partir du parking Canto Cochino en direction del Refugio Giner de los Rios et au-delà (Collado de la Dehesilla). Ce parking est situé à la limite du parc à proximité du village de Manzanares el Real.

Blocs de granite érodés, typique de La Pedriza.

Le massif de la Pedriza (Anterior et Posterior) est l’une des plus importantes formations granitiques en Europe, bien connue des Madrilènes pour la pratique de l’escalade. Il vaut mieux donc y aller en semaine, moment où les bouquetins sont les moins perturbés. C’est au cours d’une sortie dans ce massif (Pedriza Anterior) que j’ai pris les photos qui suivent. Le seul petit regret est que la brume ne s’est pas levée de la journée. Il a même bruiné.

Un jeune bouc (cornes épaisses avec l’apparition des premières nodosités).

Deux mâles adultes solitaires (boucs).

Jeune bouc et une femelle (étagne).

Pas toujours évident de les voir (à gauche du sommet de ce bloc).

Vue rapprochée de la photo précédente.

Deux jeunes mâles « intéressés » par une femelle accompagnée de son cabri.

Vue éloignée et rapprochée d’un petit groupe.

Et un vautour passa au même moment!

Jeune bouc.

Pris sur le vif!

Dans cet environnement minéral accompagnée de végétation touffue, il faut être vigilant pour les voir (sans les perturber).

Bouc, cabri et étagne.

Une autre femelle s’approche.

Le mâle s’intéresse sérieusement à son état d’ovulation, attitude typique déjà décrite dans mon précédent article : queue relevée, lèvre supérieure retroussée et langue frétillante, cornes rabattues sur le dos.

La femelle n’est pas consentante et lui fait face.

Ce n’est pas encore le moment. Le mâle plus jeune (pelage plus clair) s’est approché pour rien et s’éloigne.

Le mâle plus âgé va aussi prospecter ailleurs.

Une étagne et son cabri m’ont aperçu, …

L’étagne et son cabri sont fusionnels, jusqu’à la prochaine mise bas en mai prochain.

Un joli bouc surveille depuis son promontoire.

Une scène de vie pendant le rut, après la période des combats : Une femelle se fait toiletter par son cabri; une autre femelle (assise à gauche) est sous la surveillance de deux mâles qui « attendent » patiemment.

Le troisième mâle de ce cliché est celui qui surveillait depuis son promontoire. Il est passé devant les autres et s’est assis au 1er rang, queue relevée. 

Occupé par trois femelles, la queue relevée.

Une photo que j’aime bien : une étagne et sa boule de poils laineux.

Les cabris sont très bien tolérés pendant le rut. Celui-ci côtoie un mâle dans la force de l’âge, suivi par un mâle plus jeune et deux femelles dont la mère du cabri.

La boule de poils laineux traîne sur son promontoire.

Une joute entre un mâle dans la force de l’âge et un jeune prétendant à la robe plus claire.

Le Bouquetin est le mammifère le plus emblématique des montagnes espagnoles et le trophée de chasse le plus réputé. Je termine cet article, probablement le dernier sur le bouquetin en Espagne (bien que je continuerai à le photographier), avec trois photos d’un endroit superbe qui mérite vraiment le détour : le « Parc natural dels Ports » dominant le delta de l’Ebre. La statue du bouquetin, une ode à ce bel animal, m’a évité un capot. Mais tout cela n’est qu’une question de patience et de persévérance!

L’entrée du « Parc natural dels Ports ».

Parc Natural dels Ports – Delta de l’Ebre.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de quelques sources internet dont je cite le lien le plus intéressant :

_ https://www.researchgate.net/publication/338565689_Zonificacion_del_Parque_Nacional

Pour accéder à mon article sur la présentation générale du Bouquetin, cliquez ICI

Pour accéder à mon article sur la présence des bouquetins dans les Picos de Europa, les Sierras de Gredos, d’Andujar et de Castril, cliquez ICI

A la rencontre du bouquetin en Espagne – Première Partie

A la rencontre du bouquetin en Espagne – Première Partie

Un vieux mâle (appelé un Bouc) se repose.

A la rencontre du Bouquetin en Espagne

(séjour naturaliste de décembre 2019)

Au début du mois de mai 2018, j’ai eu l’occasion d’observer lors d’un séjour naturaliste dans la Sierra de Gredos le Bouquetin ibérique appelé aussi Bouquetin d’Espagne (Cabra montés en espagnol). C’était ma première rencontre et je lui ai consacré un article complet que vous pouvez consulter en suivant le lien à la fin de cet article.

Quelques rappels

 

Un jeune adulte devant un névé.

Le Bouquetin ibérique (Capra pyrenaica) est classé en quatre sous-espèces, dont deux ont disparu : le Bouquetin portugais (Capra pyrenaica sous-espèce lusitanica) et le Bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica sous-espèce pyrenaica). Ce dernier était notre bouquetin, dont les deux derniers spécimens ont été abattus en 1910 près du lac de Gaube, au dessus de Cauterets. Chassés jusqu’à l’extinction!

Sur le versant espagnol des Pyrénées, un nombre restreint de Bouquetins des Pyrénées survivait dans le parc national d’Ordesa y Monte Perdido, dont la création en 1918 devait justement les sauvegarder. Le dernier connu, une femelle nommée Celia, a été retrouvée morte le 6 janvier 2000, le crâne fracassé par la chute d’un arbre lors d’une violente tempête. C’est en partie la création en 1905 de la Réserve royale de chasse de la Sierra de Gredos par le roi Alfonso XIII qui a permis à l’Espagne de garder l’espèce en vie. La population actuelle est constituée par les deux sous-espèces restantes, victoriae et hispanica. Le fait d’être une espèce unique au monde, endémique de la péninsule, en a fait un grand gibier recherché pour le tir et le trophée. Un programme de conservation est né en 1950 en Espagne à l’échelle nationale, avec la création de nombreuses Réserves.

Au début des années 1990, la population était estimée à 7 900 individus. En 2012, quelques 50 000 individus sont distribués dans la péninsule ibérique occupant plus de 27 noyaux, grâce à des opérations de réintroduction et de protection. On les trouve principalement dans la Sierra Nevada, Sierra de Gredos, Las Batuecas, Los Puertos de Morella, Muela de Cortes, Serrania de Cuenca, Alcaraz, Sierra Madrona, Sierra Magina, Sierra de Cazorla, Sierra de Segura, Sierra Sur de Jaen, Los Filabres, Sierra de las Nieves et Montes de Cadiz, Sierra de Guadarrama, etc.  

Une magnifique femelle (appelée étagne).

Je m’intéresse particulièrement à ce bel animal depuis la réintroduction de l’espèce dans notre Parc National des Pyrénées, commencée en 2014 à partir d’individus prélevés dans la Sierra de Guadarrama et dans la Sierra de Gredos.

En décembre dernier, j’ai observé cet animal pendant sa période de rut. Celui-ci a en effet lieu de la mi-novembre à la mi-janvier environ. Les mâles vont chercher les groupes de femelles, afin de former leur harem particulier. Le moment le plus spectaculaire se situe au tout début à la période des violents combats entre mâles. Ils se lèvent sur leurs pattes arrières et tombent, tête contre tête. jusqu’à ce que l’un des prétendants comprenne la supériorité de son antagoniste et se retire. Je suis arrivé un peu tard pour assister à ce spectacle.

Je présente dans cet article quelques endroits où je les ai observés en 2019, des Picos de Europa (juin et octobre 2019) à la Sierra de Castril en Andalousie (décembre 2019). Dans le prochain article, je les présenterai dans la Sierra de Cazorla et celle de Guadarrama. Les photos sont sélectionnées pour mettre en évidence la diversité des biotopes.

Los Picos de Europa

Au centre, le sommet le plus célèbre des Picos de Europa, El Naranjo de Bulnes (2 519 m) – Octobre 2019.

Les pics d’Europe, souvent appelés « Los Picos » est le massif le plus élevé de la cordillère Cantabrique. Ils sont situés entre les provinces des Asturies, de Léon et la Cantabrie. Ils culminent au Torre de Cerrado (2 648 m), suivi d’assez près par el Naranjo de Bulnes (2 519 m).

El Pico Espigüete (2 450 m) en juin 2019, un des sommets de la Montaña Palentina (photo prise dans la région de Valverde de la Sierra).

A gauche, la Peña Cascajal (2 2027 m), puis el Pico Coriscao (2 232 m), depuis le point de vue del Collado de Llesba (puerto de San Glorio).

J’ai au moins photographié un bouquetin! Une femelle, sur une hauteur peu avant l’arrivée de la nuit (Llánaves de la Reina – juin 2019).

Le Bouquetin (Capra pyrenaica sous-espèce victorae) y a été réintroduit au début des années 1990 (après la disparition des derniers spécimens de la sous-espèce lusitanica par la chasse à l’été 1857), à partir de la réserve de chasse nationale voisine de Riaño (province de Léon).

La statue del « Oso Pardo » au lever du soleil, installée au Collado de Llesba (puerto de San Glorio).

Le meilleur moment vécu pour moi dans les Picos de Europa a été juste avant le lever du jour, alors que je me dirigeais en voiture vers le mirador del Collado de Llesba pour photographier le lever du soleil, à proximité de Portilla de la Reina. Dans la lueur des phares, une forme traversa la route et se mit à grimper le long de la paroi quasi verticale, à la sortie de Llánaves de la Reina! Un instant plus tard, ma voiture à l’arrêt avec les warning, une harde de bouquetins déboucha du ravin et traversa prestement devant moi! Il en sortait de partout, au travers des passages aménagés dans le parapet : des cabris, des adultes, tout ce monde grimpa à la suite du premier le long de la paroi verticale. Je n’en revenais pas de les voir remonter ainsi. Les pierres déplacées roulaient directement sur la route, heureusement suffisamment loin de la voiture. Puis ils disparurent. Je redémarrai vers ma destination en évitant les pierres, encore émerveillé par le spectacle de ses animaux grimpant le long de la paroi à pic. A mon retour, des employés étaient en train de nettoyer la route; ils avaient sans doute l’habitude.

Lever du soleil depuis el Collado de Llesba (appelé aussi en espagnol el mirador del Oso).

La vallée en direction du village de Sotres vers la droite (invisible), surmontée d’une partie du Massif Occidental des Picos. En contrebas, le petit village d’Espinama. Au dernier plan à droite, la Sierra del Cuera.

El Torre de Salinas (2 446m), dans le Massif Central des Picos de Europa.

Après avoir assisté au spectacle du lever du jour, je revins à l’albergue de la Portilla de la Reina pour le petit déjeuner : le patron de l’auberge, très sympathique, m’a confirmé la présence depuis quelques années de deux hardes de bouquetins dans la région, ainsi que la présence de l’ours brun et même de loup, informations également confirmées en discutant avec un berger.

Cette ancienne cabane de berger s’ouvre vers la Montaña Palentina en arrière-plan. Dans le voile coloré du lever du soleil et en haut à droite, le sommet le plus haut est le Pico Corcina (1 875 m). Le mur rocheux à sa gauche est la Peña del Castro, surmontée del Pico del Diego. A gauche, je n’ai pas d’information sur ce mamelon.

Deux Bergers de Léon, une femelle et un mâle, protègent un troupeau de vaches (un autre est à part).

Le Mâtin, Mastin espagnol ou Berger de Léon est une des plus vieilles races de chiens d’Espagne. D’un poids de 60 à 90 kg en moyenne, c’est un chien vaillant qui défend jusqu’à la mort ceux mis sous sa protection. Gare aux ours et aux loups!

Sur la gauche, el Torre de Llambrión (2 642 m), deuxième sommet des Picos de Europa. A droite, la Peña Vieja (2 617 m).

Le Massif Central des Picos continue sur la droite.

Une autre vue vers la Montaña Palentina depuis el Collado de Llesba, après dissipation des brumes.

A droite tout en haut, el Pico Corcina (1 875 m).    

Le Collado de Llesba est un point de vue situé au bout d’une piste d’environ 2 km qui démarre sur la gauche au Puerto de San Glorio, sur la N-621 entre Llanaves de la Reina et Potes. C’est aussi un point de départ de randonnée. La vue est imprenable sur le massif central et oriental des pics d’Europe et sur certains sommets de la Montaña Palentina.

La Mer de nuages au matin dans le parc national de los Picos de Europa.

La Sierra de Gredos

Contrairement à ce que peut suggérer cette »ambiance », ce cliché d’une femelle est pris juste avant le lever du jour.

La sierra de Gredos est un massif montagneux appartenant au Système central, située entre les provinces d’Ávila, Cáceres, Madrid et Tolède. Son point culminant est le pic Almanzor, dans la province d’Ávila, à 2 592 mètres d’altitude. J’y suis revenu avec un grand plaisir. J’ai fréquenté des lieux différents de mon premier séjour. En effet, en hiver, la présence de la neige en altitude repousse les bouquetins vers les zones plus basses où la nourriture reste accessible.

Pour information, dans la Sierra de Gredos, il est nécessaire de demander (et d’obtenir) 15 jours à l’avance une autorisation spéciale de la Junta de Castilla y León, pour pouvoir prendre des photographies et leur publication ultérieure dans les différents médias. Les clichés de Bouquetins de mon blog sont en accord avec la réglementation. Sans cette autorisation, on peut quand même observer des bouquetins en hiver à partir du tronçon de route longeant le rio Barbellido (à partir de Navacepada de Tormes en direction de La PLataforma), los Lanchares (à gauche avant d’arriver à la Plataforma), etc.

Les meilleures heures pour les observer se situent le matin et en fin d’après-midi, près du crépuscule, comme partout ailleurs. En hiver, on peut aussi les observer aux moments les plus chauds de la journée.

En approche de la Sierra de Gredos.

Tout à gauche, el Pico Almanzor (2592m, point culminant de la Sierra), puis el Ameal de Pablo (2505m) et au centre, la Galana (2564m). 

A la limite de la neige. C’est l’heure! 

Fusionnels jusqu’à la prochaine mise bas vers le mois de mai – Photos (2) prises à los Lanchares.

Coucher du soleil et lever de Lune – Les bouquetins commencent à apparaître sur les hauteurs pour s’alimenter.

La Galana (2564m), aux premiers rayons du soleil. 

Il a gelé cette nuit! Ce mâle, solitaire, broute seul dans une estive.

L’ambiance commence à se réchauffer. Le même, zoomé. Au vu de sa couleur sombre et de la longueur de ses cornes, c’est un « ancien »! 

Les chevreuils profitent aussi de ces rayons qui annoncent une belle journée.

Sous un beau ciel bleu, ce jeune mâle est « attiré » par cette femelle.

Pendant la période de l’accouplement, les cabris restent en compagnie de leurs mères.

Les femelles qui sont réceptives et attendent un « gagnant » peuvent être montées par de jeunes mâles qui profitent de la négligence des concurrents. Elles peuvent aussi être couvertes par plusieurs mâles.

Même en période de rut, les femelles continuent à allaiter leurs cabris.

Deux jeunes mâles accompagnent deux femelles et leurs cabris. Quatre mâles plus âgés se rapprochent par la gauche, hors champ.

Les vieux mâles n’étaient pas loin.

Le dominant du groupe s’intéresse à la femelle devant lui (sa queue est relevée). Le jeune mâle assis à droite de la photo feint l’indifférence.

Le deuxième jeune mâle, en contrebas à droite, a l’attitude typique de la posture décrite ci-dessous.

Que fait-il donc, hors de la vue du dominant? C’est expliqué ci-dessous! En tous cas, la femelle n’est pas encore d’accord.

Les mâles gagnants, en principe les plus vieux ou les plus forts, s’adressent aux femelles en reniflant leurs organes génitaux et en percevant ainsi leur réceptivité. Pour cela, ils adoptent une posture et des gestes très particuliers, utilisés aussi par les plus jeunes. Ils retroussent leur lèvre supérieure, sortent leur langue et lèvent leur lèvre inférieure au-dessus, penchent leurs cornes en arrière et étirent leur cou, tandis que la queue est relevée et la croupe raidie. J’ai remarqué que les plus jeunes semblaient les plus « intéressés » : pour brûler la politesse aux plus anciens? plus « chauds » ou tout simplement moins expérimentés pour connaître le bon moment? A savoir!

La suprématie du dominant!

La harde se remet en route, 4 mâles adultes et un jeune, deux chevrettes et un cabri caché. Le dominant a gardé la queue relevée.

Avec un focale fixe, j’ai eu du mal à avoir toute la harde bien cadrée et sans végétation gênante. Ici, un jeune mâle (en haut et à gauche) se tient « au courant » sous le regard pas vraiment indifférent du dominant ; la position des oreilles est aussi un signe d’expression. En fait, le moment d’agressivité des mâles est passé et tout le monde attend patiemment l’ovulation des femelles.

Un mâle adulte atteint de kératoconjonctivite infectieuse à son premier stade.

Une des maladies qui affecte le plus les populations de bouquetins est la kératoconjonctivite infectieuse, très contagieuse. L’agent pathogène est la bactérie Mycoplasma conjunctivae. Elle commence par un gonflement des paupières avec un important écoulement lacrymal. Elle peut évoluer vers une inflammation suivie d’une opacité de la cornée, voire sa perforation avec les conséquences que l’on peut deviner (alimentation de plus en plus difficile et accidents). D’après la littérature, une guérison spontanée est l’issue la plus courante de cette maladie.

La Sierra de Andújar

Situé dans une zone de moyenne montagne de l’Andalousie, la Sierra de Andújar est l’un des parcs cynégétiques les plus importants d’Espagne. Elle culmine à El Pico Burcio del Pino (1 290 m). Ce parc est très connu par la présence en particulier du Lynx pardelle que je n’ai pas eu l’opportunité de rencontrer lors de ce séjour. Le moment le plus propice pour le rencontrer est la période de son rut et il était un peu trop tôt, de quelques jours seulement. Il y avait déjà beaucoup de monde pour essayer de l’apercevoir sur les spots connus et j’ai préféré tenter ma chance dans des endroits moins courus (mais les autres n’ont pas été plus chanceux que moi).  Je suis tombé par hasard sur une petite harde de bouquetins, constituée essentiellement de femelles et de leurs petits. On peut les voir sur les falaises autour du barrage de la Lancha.

Paysage typique de dehesa où évolue le Lynx pardelle, avec en point culminant le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza (lieu important de pèlerinage).

Dernières lumières sur le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza.

Femelles bouquetins (adultes et jeunes de l’année précédente), au-dessus du barrage de La Lancha. 

La Sierra de Castril

La Sierra de Castril est une zone montagneuse située au nord-ouest de la province de Grenade en Andalousie, à la limite du parc naturel des Sierras de Cazorla, de Segura et de las Villas. Deux endroits incontournables pour les amoureux de la Nature montagnarde. C’est une région au relief tourmenté, riche de nombreux ravins, cols et de parois verticales très élevées. La faune est très diverse. On y trouve entre autres le bouquetin, le mouflon, le daim, le sanglier, le lynx, le chat sauvage mais aussi le vautour fauve, l’aigle royal, le faucon pèlerin et le milan noir, pour les espèces les plus typiques.

Un aperçu du village de Castril (890 m) en Andalousie, un subtil mélange de  pierre, de chaux et de tuile. 

L’Embalse del Portillo, à proximité de Castril.

La chaleur de cette belle après-midi ne freine pas les ardeurs de ce Bouquetin mâle, qui se tient au courant de l’état de l’ovulation d’une femelle. 

Le biotope à bouquetins dans la sierra de Castril.

L’embalse de la Bolera avec en arrière-plan, les sommets enneigés de la Sierra Nevada.

Le rayonnement du soleil, écrasant, s’est estompé. Une femelle avec son cabri sur une crête.

La végétation typique des zones les plus élevées du parc avec des genévriers communs, des chênes verts, etc. Les bouquetins ont de quoi brouter.

En pleine chaleur, les bouquetins circulent dans les pierriers, le plus dur est de les repérer : ils sont très loin et ne descendront qu’à la tombée de la nuit. La lumière sera alors insuffisante pour les immortaliser mais le spectacle est là!

Les grands mammifères se reposent à l’ombre dans le ravin en contrebas.

Pins noirs (Pinus negra) et chênes verts occupent les flancs de la montagne dont certains sommets avoisinent les 2 000 m d’altitude.

La Sierra de Castril, c’est aussi pour moi la rencontre de Fransisco! Alors que je revenais à la voiture après une rando sympa en montagne pour observer les bouquetins, un grand colosse en treillis accompagné d’un ami s’arrête à ma hauteur et baisse la vitre de son 4 x 4. « Buenas tardes, qué hace aquí? » Aïe, mon cerveau chauffe, aidé par la température ambiante de ce beau dimanche après-midi écrasé de soleil. Que me veulent-ils? Quelques minutes plus tard, je serai sur la banquette arrière du 4 x 4 de Fransisco, un Garde passionné comme moi par le rut du Bouquetin, pour une virée extraordinaire à la tombée de la nuit en montagne. Nous avons pu observer à la longue-vue les bouquetins et les mouflons dans des endroits où je ne serais jamais allé de moi-même. Cerise sur le gâteau, Francisco m’amène chez lui pour me montrer où il habite et me propose de rester. Hélas, mon hébergement est déjà retenu et il me donne alors sa carte de visite et son numéro de portable personnel pour me montrer, quand je reviendrai, toutes les beautés de la Nature dans sa région! Il me raccompagne enfin à ma voiture, bien après la tombée de la nuit. Un beau moment de partage d’une passion commune qui m’a marqué! Les photos suivantes sont prises avec mon téléobjectif dans des conditions difficiles.

En haut, un Bouquetin mâle poursuit une femelle. En bas : à gauche, une femelle et son cabri; à droite, une harde de Mouflons femelles.

Au pied de la falaise, des Mouflons femelles.

Au centre, un Bouquetin adulte mâle et une femelle sous le chêne. Légèrement en dessous, un Mouflon mâle.

Quelques Mouflons femelles au pied de la falaise, bientôt rejointes par le mâle. En bas à droite, une femelle Bouquetin.

Le Mouflon européen (Muflón en Espagne)  a été introduit en Espagne à des fins cynégétiques. Sa période de rut se situe à l’automne (septembre – novembre). Il aime les terrains montagneux secs et accidentés qui ne sont pas recouverts en hiver par la neige.

Près de chez nous, un noyau de population peu connu issu d’une introduction est présent depuis 1975 dans la réserve du massif du Pibeste dans les Hautes-Pyrénées (autour de 350 spécimens aujourd’hui). Dans les années 1999-2001, le pic du Ger a aussi bénéficié d’opérations d’implantation avec 13 individus issus du Pibeste (ils étaient 28 en 2017, où un deuxième lâcher de 2 femelles venant du Gard a eu lieu le 30 décembre, pour la diversité génétique).  En juin 2015, un noyau de 13 animaux a été introduit dans le Béarn dans la montagne d’Asson à Estibette, suivi de 6 autres en 2016.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations sur le terrain et de quelques recherches générales sur internet pour la présentation des endroits visités.

Pour lire mon article complet consacré à la connaissance du Bouquetin, c’est : ICI

Observation de l’isard des Pyrénées, à la période du rut

Observation de l’isard des Pyrénées, à la période du rut

Isard mâle (bouc) dans la poudreuse toute fraîche et le brouillard. 

L’observation de l’Isard des Pyrénées

à la période du rut (24 novembre 2019)

Isard femelle (chèvre) et son chevreau (petit de l’année).

L’Isard (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) est un des symboles de nos Pyrénées. Ses cornes sont l’emblème du Parc National. Le meilleur moment pour l’observer à une distance raisonnable est à la période du rut. Celui-ci dure en moyenne de 4 à 6 semaines, de novembre à décembre.

Cette année, il a beaucoup neigé à ce moment crucial pour la pérennité de l’espèce. Il n’y avait pas eu autant de neige pour un mois de novembre depuis la saison 2007-2008. Les isards ont changé de place plus tôt qu’à l’habitude et sont déjà redescendus vers leurs quartiers d’hiver.

L’ambiance « brumeuse » de la sortie.

Il a encore neigé la nuit précédente et la météo d’aujourd’hui est bien maussade. La journée sera cependant intéressante avec l’observation d’une harde d’une quinzaine d’individus. Il n’y a pratiquement personne en montagne et ils peuvent vaquer tranquillement à leurs occupations du moment. Le ciel se dégagera en fin de journée avec l’apparition d’une belle lumière sur les sommets environnants.

Le rut

Un bouc qui semble s’intéresser à une chèvre. En contrebas, un chevreau.

Un zoom sur le chevreau.

Monsieur fait le beau.

Les mâles, habituellement solitaires, ont rejoint les femelles. L’isard est polygame et seul le plus fort aura les faveurs du sexe opposé. Le rut commence par la mise en place d’une hiérarchie sociale. Chaque groupe de femelles va être placé sous l’autorité d’un mâle dominant sur un territoire qu’il défend contre les intrus. Il affirme sa territorialité en frottant ses cornes, dont la base arrière est pourvu de glandes sécrétant une substance à l’odeur tenace, contre les arbustes et autre végétaux.

Ce comportement de domination à la période du rut est intéressant à observer ; la présence de la neige cette année l’a quelque peu modifié. Il n’y a pas eu vraiment de compétition entre les mâles pour s’imposer avec les manœuvres d’intimidation et les poursuites habituelles. Je me permets de publier plus loin des clichés plus anciens pour illustrer cet épisode très intéressant.

Le contrôle olfactif de l’urine des femelles permet aux mâles de déterminer l’état des chaleurs de celles-ci et leur désir d’être fécondées. Pour cela, ils possèdent un organe (organe vomérien) qu’ils utilisent à cette fin en retroussant leur lèvre supérieure. Le rut finira quand toutes les femelles en chaleurs auront été fécondées. Les chaleurs durent 1 à 2 jours et se renouvellent toutes les 3 semaines tant qu’il n’y a pas eu fécondation. L’accouplement des isards est bref, quelques secondes.

Cà et là sur des points dominants à divers endroits, des mâles en train d’observer.

Pendant toute la période de rut, les mâles se nourrissent peu. Ils passent la majorité de leur temps dans les interactions sociales et à observer. Au début du rut, ce sont les mâles les plus âgés qui empêchent les plus jeunes de courtiser les femelles et qui assurent les saillies. Fatigués et amaigris, ils peuvent plus tard baisser la garde au profit de plus jeunes.

Tout en haut, un mâle dominant en train de surveiller son « harem » qui cherche de quoi se nourrir sur cette crête enneigée, partiellement dégagée par le vent.

Lorsque le manteau neigeux est très important, l’isard peut préférer les versants abrupts et ventés sur lesquels la neige tient moins facilement, permettant l’accès à la nourriture.

Un peu de végétation dégagée et broutée par l’isard.

Les mâles, exténués par le rut, vont ensuite reconstituer leurs réserves pour faire face aux rigueurs de l’hiver (où les individus les plus faibles succomberont). Les hardes gagneront les zones les moins enneigées : secteurs boisés ou zones exposées au sud. Leur nourriture favorite étant enfouie sous une épaisse couche de neige, ils doivent alors se contenter de pousses d’arbustes, d’aiguilles de résineux, de lichens, ou de bourgeons. 

Les postures

Contrairement au chevreuil, au cerf élaphe ou au bouquetin, l’isard mâle peut affirmer sa domination auprès des prétendants sans avoir à combattre. Son agressivité s’exprime surtout par l’intimidation et la charge, mais rarement par le combat. La posture joue un rôle important ainsi que le volume corporel. La manière de présenter ses cornes revêt aussi une signification.

En bas à gauche: mâle dominant s’approchant d’un intrus (10 décembre 2015).

Tête baissée, crinière hérissée (10 décembre 2015).

Début de la poursuite (10 décembre 2015).

Le mâle dominant se manifeste à l’encontre d’un intrus en l’approchant tête basse, crinière hérissée. Si cela ne suffit pas, il adopte une position d’intimidation latérale, tête haute, dos voûté, poils hérissés, présentant son plus fort volume corporel pour l’impressionner. Cette posture peut durer plusieurs minutes et celui qui n’arrive pas à suivre finit par abandonner et prend la fuite. Le vainqueur poursuit alors l’intrus et s’arrête quand il est sorti de son territoire. Il arrive que le mâle fuyard, sur le point d’être rejoint par le rival menaçant au bout de cette folle poursuite, émet un bêlement de peur.

Position d’intimidation latérale d’un mâle à gauche, tous les poils hérissés (10 décembre 2015). 

L’ébrouement du rut est aussi une posture courante. Le mâle bien campé sur ses pattes ployées, tête en avant, poil hérissé, fait osciller son dos latéralement en s’aspergeant les flancs d’urine qui imprègne son épaisse fourrure. Il renseigne ainsi les autres membres de la harde sur son état d’excitation et de maturation sexuelle.

Les signes sonores

Ils n’ont pas de lien direct avec le rut mais je pense qu’il est intéressant de les signaler.

Une partie de la harde dans le brouillard – De haut en bas : une femelle à la corne gauche cassée, un chevreau, une éterle (femelle de l’an passé), le mâle dominant, un autre chevreau puis sa mère avec la corne droite partiellement cassée.

La femelle avec sa corne droite entièrement cassée et son chevreau, en train de remonter la pente abrupte dans la neige et le brouillard.

Le mâle dominant, à droite.

Le chuintement des isards, une sorte de sifflement soutenu, est souvent utilisé comme signal d’alarme au sein d’une harde ou par des individus solitaires surpris par la présence d’ « intrus ». Émis à l’arrêt, il précède immédiatement la fuite des animaux et peut être répété au cours de celle-ci. J’ai eu l’occasion de l’entendre à plusieurs reprises dans d’autres circonstances.

Le bêlement des isards. Il est surtout émis par les chevreaux qui s’étant momentanément égarés, tentent par ce moyen de retrouver leur mère. De même, les femelles qui recherchent leurs petits peuvent bêler.

Je l’ai entendu cette année à deux reprises. La première fois était au mois d’août lors de l’observation d’une harde de femelles, d’éterles (femelles de l’année précédente) et de chevreaux (appelés aussi affectueusement « pitous ») dans un coin isolé des Pyrénées.

La seconde fois, c’était aujourd’hui : la harde était toute proche mais il était impossible de se voir dans cette brume épaisse. Un seul bêlement rauque et bref! Assez rare, il est destiné probablement à éviter la dispersion des individus dans certaines circonstances.

Les odeurs

Elles ont une importance primordiale particulièrement à la période du rut. L’univers odorant où évolue l’isard est un monde d’une grande sensibilité. L’odeur possède l’énorme avantage sur le son, qui s’évanouit sitôt qu’il est produit, de pouvoir être déposée et de remplir ainsi durablement sa fonction de communication. Le mâle développe des glandes dites « de rut » qui apparaissent vers l’âge de 16 mois et dont l’importance augmente tous les ans à partir de juillet. Ces glandes sont situées derrière les cornes du mâle et elles émettent une sécrétion grasse, brun verdâtre, dont l’odeur nauséabonde et tenace semble plaire aux femelles. Il définit les limites de son territoire en frottant ses cornes contres les arbustes et autres végétaux pour y déposer cette empreinte olfactive. Elles s’atrophient après le rut. Leur fonction semble être un signe de localisation entre individus et aussi de phéromones, favorisant l’acceptation du coït.

La lumière surgit en fin d’après-midi!

Derniers rayons sur quelques sommets.

Ma dernière vision d’une partie de la harde en train de s’alimenter, alors que le soleil a disparu – De haut en bas : les deux femelles avec une corne cassée et un chevreau, puis le mâle dominant (en train lui aussi de s’alimenter), un chevreau, une femelle et enfin, une éterle (femelle de l’an passée, restée avec sa mère) couchée dans la neige. 

Source bibliographique utilisée pour cet article : https://oatao.univ-toulouse.fr/869/1/picco_869.pdf

« A l’année prochaine ». Sortie faite avec un accompagnateur Montagne, dans le cadre du CPIE Béarn.

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées

à la période du rut en val d’Azun

Dans le val d’Azun (19 novembre 2019). Un bouc, de face et de profil.

Le val d’Azun est la plus occidentale des vallées des Hautes-Pyrénées. Il est situé dans le Parc national des Pyrénées et au cœur d’un territoire de montagne à la fois tourné vers la Bigorre et le Béarn.

En arrière-plan, le pic du midi d’Arrens (2267m), le moins cité des trois pics du midi des Pyrénées.

La vallée d’Arrens-Marsous (novembre 2018) avec un aperçu de son village au premier-plan. Au milieu dans les nuages, le Palas (2 974m) avec, devant, le Courouaou (2 691m) et le Batboucou (2 651m) à droite. Tout à droite, le pic Arrouy (2 708m), reconnaissable au petit éperon rocheux en contrebas et à gauche .

Il est en fait composé de trois vallées, celles d’Arrens-Marsous, d’Estaing et de l’Ouzoum. Agricole et pastoral, il a su garder son patrimoine naturel, culturel et bâti avec ses villages authentiques. A l’abri des grands flux touristiques, la nature y est préservée avec des aménagements respectueux de l’environnement pour la pratique de la randonnée et du ski de fond. Il est dominé par le Balaïtous qui culmine à 3 144 m d’altitude.

La fin de l’année est marquée par des événements importants pour la faune des Pyrénées; en particulier, le rut de l’isard et celui du bouquetin. Pour ces deux espèces, il a lieu en même temps durant la période de novembre à décembre. Cette année 2019 est particulière: il n’avait pas autant neigé en ce mois-ci depuis l’hiver 2008. Cela a peu perturbé les mœurs des animaux à ce moment crucial pour leur reproduction. Chassés des hauteurs par la neige, ils sont descendus plus tôt que prévu vers une nourriture accessible. Je pense surtout aux isards, bien plus nombreux et faciles à observer que le bouquetin. Je n’ai pas eu encore le plaisir de rencontrer ce dernier côté français après les lâchers récents commencés en 2014.

Lors de cette sortie du 19 novembre dernier, je n’ai pas vu de harde de femelles avec leurs chevreaux. J’ai pu photographier trois mâles isolés: à cette période, ils sont en effet moins farouches. Immobiles sur le versant exposé au soleil matinal, ils se prélassaient tout en surveillant attentivement les alentours. Comment peut-on les distinguer d’une femelle sur mes clichés? C’est très facile, par la présence du pinceau pénien!

La première rencontre. Ce bouc a senti quelque chose et s’est brusquement redressé.

Sur les clichés suivants, il détale dans la pente pour se réfugier dans un bois en contrebas. 

Le bondissement de l’isard dans la descente, en plusieurs clichés.

A l’approche du sous-bois, le bouc ralentit et va tranquillement se mettre à l’abri. Et peut-être rejoindre la harde de femelles?

 

Mon deuxième mâle, très placide, se déplaçait dans la neige immaculée de la nuit précédente.

 

Mon troisième mâle.

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

27 juillet 2019 – Combat sur la pelouse pendant le rut. Attention au bois dépourvu d’andouiller, c’est une arme « fatale » qui favorise la suprématie de son propriétaire! 

Que se passe-t’il en été chez les chevreuils

30 juillet 2019 – La première apparition des jumeaux!

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le chevreuil. Il est l’un de mes animaux préférés pour sa finesse et son élégance. J’ai l’opportunité de côtoyer régulièrement toute une famille, grâce à la présence d’une pelouse que je laisse en friche. Les bêtes l’ont adoptée et viennent la visiter pour brouter de jeunes pousses d’acacias et autres, pour y faire la sieste et même parfois s’y réfugier. Elles s’occupent aussi activement des fruits du verger. L’article de ce jour leur est destiné.

Contrairement à ce que je prévoyais dans mon dernier article du mois de mai à leur propos, le maître des lieux de l’an dernier n’est pas resté. Un brocard au trophée atypique a fait son apparition à la mi-mars sur la friche; il ne s’est pas imposé de suite. Après deux mois de coexistence apparemment pacifique avec son prédécesseur, il règne maintenant en maître absolu et chasse tous les prétendants, du moins jusqu’à la fin du rut, courant août. Le précédent occupant des lieux était pourtant une bête massive et robuste et je suis étonné qu’il ait laissé sa place. Je ne l’ai plus revu depuis fin mai.

La chevrette amène sa nouvelle progéniture chez nous pour la troisième année consécutive. Elle avait momentanément disparu début mai pour mettre bas après avoir délaissé sa dernière fille, née en mai ou juin 2018 et devenue depuis une jolie chevrette.

Cette jeune et jolie chevrette, après avoir quitté sa mère début mai, est restée encore quelques jours chez nous avant de disparaître fin mai, en même temps que l’ancien maître des lieux avec qui je l’avais observé à plusieurs reprises. Ils ont migré (ensemble?) vers un autre territoire. Ainsi va la vie des chevreuils.

Cette année, la chevrette a deux petits. Ce nombre dépend du poids de la mère comme je l’ai fait remarquer dans un article précédent. Un poids minimum de 20 kg est nécessaire pour porter un futur faon: 20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons. Il arrive qu’une chevrette ait 3 faons dans un milieu particulièrement favorable. Cette année tout comme l’an dernier, je ne sais pas à quel moment la chevrette a mis bas. Elle disparaît pendant plusieurs semaines et réapparaît enfin chez nous avec sa progéniture déjà grande, capable de se nourrir seule. Les deux petits nouveaux resteront avec leur mère jusqu’au mois de mai prochain: devenus adultes, ils quitteront aussi leur mère qui s’isolera à nouveau pour mettre bas.

Pour rappel, le jeune chevreuil s’appelle un faon jusqu’à 6 mois (novembre), puis un chevrillard (mâle et femelle) jusqu’à 12 mois (mai suivant). Au-delà, on l’appelle Brocard (mâle) ou Chevrette (femelle).

Quelques moments immortalisés :

9 juin 2019 – Le maître des lieux de l’an dernier a quitté son territoire. Le nouveau « locataire » marque les arbres en frottant ses bois (on appelle cela un « frottis »), puis il dépose une sécrétion forte qui provient de glandes situées à la base des bois, pour signaler sa présence à ses rivaux.

Parfois, de l’herbe reste accrochée à ses bois. Ses oreilles retroussées trahissent son excitation, il ne faut pas venir le déranger.

10 juin 2019 – Le brocard a toutes ses chances devant un adversaire : un bois sans andouiller et l’autre avec deux andouillers partant de la base.

10 juin 2019 – Le brocard au verger. Les prunes sont encore vertes, mais qu’importe! Il les adore! Il a son beau poil roux d’été. Les pommiers et les pruniers croulent sous le poids des fruits! Pendant tout le mois de juin et une bonne partie de juillet, il sera seul à fréquenter le verger.

24 juillet 2019 – Première apparition d’un faon, seul, à la nuit tombée! Il ne restera qu’un instant!

27 juillet 2019 – Le rut a déjà commencé; çà chauffe aux quatre coins de la pelouse! Le chevreuil de gauche, au trophée modeste, m’est familier. Il avait fait quelques apparitions courant mai, mais il n’était pas resté. Notre brocard s’est déjà battu à plusieurs reprises; son pelage est marqué par des « estafilades » mais il tient bon!

27 juillet 2019 – « Aïe, ma tête ». Le jeune brocard n’a aucune chance devant la force et le trophée du maître des lieux. Poursuivi inlassablement dans les champs voisins et après quelques rebiffades inutiles, il abandonnera les lieux (après avoir insisté quand même pendant deux jours).

27 juillet 2019 – Un faisan Obscur! Les graminées et les cachettes dans les hautes herbes attirent du monde!

28 juillet 2019 – Tour de garde sous la pluie. Quelques estafilades apparaissent sur le dos. Une petite plaie sur la partie droite de son poitrail, invisible sur ce cliché, va rapidement guérir.  

29 juillet 2019 – Quelques clichés du brocard que j’aime bien, pris sous une belle lumière tardive et au travers de la végétation. On y voit bien la particularité de ses deux bois.

30 juillet 2019 – Coucou!

30 juillet 2019 – La chevrette réapparaît pour la première fois depuis début mai, accompagnée par ses deux faons et intéressée par les prunes! La végétation puis la distance entre eux m’empêchera de les avoir tous les trois sur un cliché.

Le faon à l’arrière-plan est manifestement un peu plus grand.

30 juillet 2019 – Pommes, prunes, feuilles, tout intéresse le plus petit des faons.

31 juillet 2019 – La chevrette vient faire un tour aux pommes et aux prunes avec le plus petit de ses deux faons.

07 août 2019 – La chevrette fait une apparition tardive avec ses deux faons. Le plus grand est toujours en retrait, à l’orée du bois.

11 août 2019, sous la pluie. Le rut tire à sa fin! L’excitation retombe chez notre brocard et la pelouse retrouve sa quiétude. Il va bientôt abandonner son comportement territorial. Quelques instants après ce cliché, il frotte les glandes de son front au feuillage d’un chêne des marais (ce que l’on appelle un «  »frottis« ) puis effectue ce que l’on appelle un « grattis« , c’est-à-dire qu’il va encore marquer son territoire en grattant le sol qu’il imprègne de l’odeur de ses glandes pédieuses (glandes des pieds). Le tout est appelé un « régalis« . Il va ensuite se coucher tranquillement dans l’herbe pour se reposer sur sa « couchette » pendant plus d’une heure, les sens toujours aux aguets. « Le repos du guerrier », que l’on peut visionner Ici.

11 août 219, dans la soirée. La chevrette vient se restaurer, seule.

La chevrette a réinvesti les lieux après les avoir délaissés pendant près de trois mois pour mettre bas et allaiter ses faons à l’abri du danger. Elle a aussi sans doute été « couverte » par le brocard « au trophée atypique » : c’est un moment particulier où les faons sont laissés seuls, comme j’ai pu le constater à la fréquentation du verger. Maintenant, les deux jumeaux vont retrouver leur mère à plein temps jusqu’au printemps suivant, en principe; ils ne sont pas tirés d’affaire et ne le seront en fait jamais. Tout ce petit monde va passer quelques jours sereins, jusqu’à l’Ouverture de la chasse, une période perturbatrice (pour ne pas dire plus).