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La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

Au-delà des montagnes.

La migration de la Grue cendrée

par delà les Pyrénées

Quelques informations générales

Notre Béarn est situé sur « la voie de l’Ouest » de la migration post-nuptiale de la Grue cendrée. Chaque année à la même époque, le cri puissant et caractéristique de ce bel oiseau en route vers l’Espagne retentit dans le ciel béarnais. C’est, je pense, le seul chant que la plupart des gens reconnaissent sans se tromper. « J’ai entendu passer les grues »! Combien de fois ai-je entendu cette phrase, synonyme de changement de saison et de l’arrivée du froid. Elle occupe avec la Cigogne blanche une place particulière dans le cœur des hommes.

Les grues cendrées émettent en vol un cri régulier, une sorte de « kroouh » qui permet au groupe de rester en contact. Il est répété par chaque individu à intervalle régulier. Le passage imminent d’un vol important est annoncé par un joyeux tintamarre. Nous levons alors les yeux vers le ciel pour tenter de repérer leur formation particulière en ligne ou en V. Ce n’est pas toujours évident de les localiser; leurs manifestations vocales très sonores les font souvent croire bien plus proches qu’elles ne le sont en réalité. Il faut parfois aller les chercher bien haut. Elles migrent même la nuit et ce cri les trahit, audible à des kilomètres à la ronde.

En vol, on pourrait les confondre de très loin avec la cigogne blanche mais celle-ci reste silencieuse et elle migre plus tôt, dès la fin juillet et jusqu’à la mi-septembre pour la plupart des effectifs.

Dans les Landes, région d’Arjuzanx – Une grue cendrée au gagnage dans un champ de maïs ramassé.

Dans les Landes, région de Sabres (près d’Arjuzanx) – Grues cendrées et palombes dans un champ de maïs ramassé, en bordure d’une forêt de pins.

Dans les Landes – Le retour des grues cendrées aux dortoirs d’Arjuzanx (en bas à gauche, on distingue le mirador pour l’observation des grues dans leur élément liquide).

Lac collinaire de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), au soir – Le retour des grues dans la Réserve, après avoir passé la journée à se nourrir dans les champs des environs.

Région de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), quelques grues sur fond de pic du midi de Bigorre (2 876m).

Les grues cendrées quittent leurs zones de nidification vers la mi-octobre et jusqu’à début décembre, en fonction des conditions climatiques. Celles qui passent chez nous viennent de Finlande, Suède et Norvège pour aller vers l’Espagne. Leurs principales haltes migratoires en France sont le lac du Der en Champagne-Ardenne, le camp du Poteau à Captieux (Gironde) et la réserve d’Arjuzanx (Landes), ainsi que le site de Puydarrieux dans les Hautes-Pyrénées. Je ferai plus tard un article dédié à chacune de ces deux dernières haltes migratoires et d’hivernage.

Les grues las grullas Embalse de La Sotorena Alberca de Arboré Montmesa Huesca Aragon

Embalse de la Sotorena, aux premiers rayons de soleil (février 2019) – Les grues se restaurent dans les champs givrés, avant de reprendre le chemin de la migration vers le Nord de l’Europe.

Lagune de Gallocanta (février 2019) – Le réveil des grues dans la brume, peu avant l’aube.

Après avoir traversé la chaîne des Pyrénées, elles font route en Espagne vers l’embalse de la Sotorona et la lagune de Gallocanta, puis vers l’Estrémadure et le Nord de l’Afrique. Les zones de halte et d’hivernage sont choisies en fonction des conditions climatiques, de l’abondance de la nourriture et de la présence de l’eau pour se protéger des prédateurs comme le renard.

Assister au spectacle de la traversée des Pyrénées est un moment privilégié. J’ai eu l’occasion d’y assister récemment à plusieurs reprises.

La traversée des Pyrénées dans le val d’Azun

Après quelques jours de conditions déplorables avec beaucoup de pluie en plaine et de neige en montagne pour un mois de novembre, la météo s’est enfin arrangée. Ce 19 novembre 2019, la chaîne des Pyrénées est bien dégagée; les grues saisissent l’occasion!

En direction « del sol »!

Le pic du Midi d’Arrens (2 267m).

Le Palas (2 974 m).

Le Palas (2 974 m),  le Courouaou devant (2 691 m) puis le Batboucou (2 651m) à droite.

A gauche, le pic de Batboucou (2 651m).

Traversée des Pyrénées dans la vallée des Gaves

Ce 03 décembre au matin, les sommets des Pyrénées sont dans le brouillard. Beaucoup de grues sont déjà passées dans la nuit, venant entre autres d’Arjuzanx. En effet, plusieurs milliers grues y font une halte depuis plusieurs jours pour se nourrir dans les champs de maïs ramassé. Contrairement à leurs habitudes, elles ne reviennent pas le soir dans les dortoirs de la Réserve mais restent à l’extérieur dans les champs inondés par les grosses pluies de novembre, les marais, les lagunes, les coupes rases… Tout est gorgé d’eau. Après l’accalmie du matin brumeux, la migration reprend en début d’après-midi lors d’une éclaircie dans le ciel pyrénéen. En fin de soirée, on verra quelques volées faire demi-tour pour passer la nuit au pied de la montagne.

Une volée de grues cendrées remontant « la vallée des Gaves », sur fond de Casque du Marboré (3 006m), l’un des fameux sommets du cirque de Gavarnie.

Leur voyage vers des cieux plus cléments pour y passer l’hiver m’a souvent fait rêver et en début d’année, je suis allé les voir en Espagne dans certains de leurs lieux d’hivernage et dans leurs deux principales haltes migratoires : l’embalse de la Sotorena et la lagune de Gallocanta. Si vous êtes intéressés par des informations plus précises, voici les liens vers mes articles :

Pour l’embalse de la Sotorena, cliquer ICI,

Et pour la lagune de Gallocanta, c’est ICI.

Bonne lecture! 

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées

à la période du rut en val d’Azun

Dans le val d’Azun (19 novembre 2019). Un bouc, de face et de profil.

Le val d’Azun est la plus occidentale des vallées des Hautes-Pyrénées. Il est situé dans le Parc national des Pyrénées et au cœur d’un territoire de montagne à la fois tourné vers la Bigorre et le Béarn.

En arrière-plan, le pic du midi d’Arrens (2267m), le moins cité des trois pics du midi des Pyrénées.

La vallée d’Arrens-Marsous (novembre 2018) avec un aperçu de son village au premier-plan. Au milieu dans les nuages, le Palas (2 974m) avec, devant, le Courouaou (2 691m) et le Batboucou (2 651m) à droite. Tout à droite, le pic Arrouy (2 708m), reconnaissable au petit éperon rocheux en contrebas et à gauche .

Il est en fait composé de trois vallées, celles d’Arrens-Marsous, d’Estaing et de l’Ouzoum. Agricole et pastoral, il a su garder son patrimoine naturel, culturel et bâti avec ses villages authentiques. A l’abri des grands flux touristiques, la nature y est préservée avec des aménagements respectueux de l’environnement pour la pratique de la randonnée et du ski de fond. Il est dominé par le Balaïtous qui culmine à 3 144 m d’altitude.

La fin de l’année est marquée par des événements importants pour la faune des Pyrénées; en particulier, le rut de l’isard et celui du bouquetin. Pour ces deux espèces, il a lieu en même temps durant la période de novembre à décembre. Cette année 2019 est particulière: il n’avait pas autant neigé en ce mois-ci depuis l’hiver 2008. Cela a peu perturbé les mœurs des animaux à ce moment crucial pour leur reproduction. Chassés des hauteurs par la neige, ils sont descendus plus tôt que prévu vers une nourriture accessible. Je pense surtout aux isards, bien plus nombreux et faciles à observer que le bouquetin. Je n’ai pas eu encore le plaisir de rencontrer ce dernier côté français après les lâchers récents commencés en 2014.

Lors de cette sortie du 19 novembre dernier, je n’ai pas vu de harde de femelles avec leurs chevreaux. J’ai pu photographier trois mâles isolés: à cette période, ils sont en effet moins farouches. Immobiles sur le versant exposé au soleil matinal, ils se prélassaient tout en surveillant attentivement les alentours. Comment peut-on les distinguer d’une femelle sur mes clichés? C’est très facile, par la présence du pinceau pénien!

La première rencontre. Ce bouc a senti quelque chose et s’est brusquement redressé.

Sur les clichés suivants, il détale dans la pente pour se réfugier dans un bois en contrebas. 

Le bondissement de l’isard dans la descente, en plusieurs clichés.

A l’approche du sous-bois, le bouc ralentit et va tranquillement se mettre à l’abri. Et peut-être rejoindre la harde de femelles?

 

Mon deuxième mâle, très placide, se déplaçait dans la neige immaculée de la nuit précédente.

 

Mon troisième mâle.

Le Grimpereau des Jardins

Le Grimpereau des Jardins

Grimpereau des jardins dans la mousse du tronc d’un mûrier platane, à la recherche d’insectes.

Le Grimpereau des jardins

(Certhia brachydactyla)

Le Grimpereau des jardins est un petit oiseau discret assez commun et qui vit en solitaire (hors période de reproduction). Son plumage dorsal terne de couleur écorce et sa petite taille le font passer facilement inaperçu. Les deux sexes sont identiques. On le reconnait très facilement à son bec légèrement arqué et à sa façon de rechercher sa nourriture, composée d’insectes et d’araignées: il grimpe le long des troncs d’arbres et des grosses branches, en spirale et toujours en remontant. Puis il recommence à la base du tronc suivant. C’est un oiseau très remuant.

Sa queue rigide s’appuie sur le tronc et le maintient en équilibre. Ses pattes courtes lui donnent l’impression de ramper sur le tronc.

On peut aussi rencontrer une autre espèce très semblable à celui-ci, le Grimpereau des bois (Certhis familiaris). Un néophyte va les confondre. Il est possible cependant de différencier les deux espèces grâce à certains petits détails morphologiques (bec et ongle postérieur plus ou moins long, légères différences de couleur du plumage); cela demande une bonne connaissance de chaque espèce. Le meilleur moyen de les distinguer est le chant particulier à chacun, assez différent. Encore faut-il que l’individu à identifier veuille bien chanter.

L’aire de répartition du Grimpereau des jardins se limite à l’Europe de l’Ouest (hors Royaume-Uni) et les régions adjacentes et elle chevauche en grande partie sur notre continent celle du Grimpereau des bois, très vaste (de l’Irlande au Japon et à l’Himalaya). Le grimpereau des bois est peu présent en France, essentiellement dans les régions montagneuses. On peut le rencontrer par exemple le long de la chaîne des Pyrénées du centre en remontant vers l’est.

Le Grimpereau des jardins est sédentaire et il aime les vieux arbres où il trouvera sa nourriture: il vit dans les bois de feuillus, les parcs, les jardins et les vergers à haute tige. On le trouve généralement à plus basse altitude que son « cousin » des bois. Celui-ci est inféodé aux forêts mixtes et de conifères à une altitude supérieure.

Longtemps, j’ai pensé que la seule différence entre les deux espèces était leur biotope; comme je peux le constater maintenant en m’étant documenté pour identifier mon spécimen, ce n’était pas un argument suffisant. Le moyen est le plus simple pour l’identifier sur une photo est, je pense, d’observer la barre alaire.

Bordure de la barre alaire en escalier chez le Grimpereau des jardins (barre régulière chez son cousin) – Cliché pivoté largement recadré.

Source bibliographique très bien documentée consultée :

_http://www.ornithomedia.com/pratique/identification/distinguer-grimpereaux-bois-jardins-01297.html

 

Son bec, long et légèrement courbé, lui permet de fouiller les anfractuosités des vieux troncs.

L’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées

Vue d’ensemble de l’inflorescence et de la compétition avec le milieu environnement, qui peut entraîner sa disparition.

L’Aster des Pyrénées (Aster pyrenaeus)

L’Aster des Pyrénées est une plante endémique des Pyrénées et des Monts cantabriques (trois stations dans le Parc des Picos de Europa), très rare et protégée depuis 1982. En France, on ne la trouve (dans le dernier bilan officiel de 2012) que dans les Pyrénées Atlantiques (10 localités) et dans les Hautes-Pyrénées (3 localités). Les populations, dynamiques à l’ouest de la chaîne, sont menacées d’extinction vers l’est du fait de leurs faibles effectifs. Discrète, presque banale, elle a cependant passionné dans le passé des botanistes du monde entier, lancés à sa recherche dans une quête fiévreuse pour sa rareté.

Les clichés de cet article proviennent d’une station en vallée d’Ossau.

Description de la plante

La plante à différents stades de sa floraison.

 Une araignée, une Thomise, chasse sur la fleur de droite.

Une vue d’ensemble – La floraison est déjà bien avancée (14 septembre 2019).

Elle pousse entre 600 et 1 800 m d’altitude environ dans des zones en fortes pentes et peu accessibles (entre 30 et 70°), de préférence en pied de falaise calcaire sur les pelouses rocailleuses. Elle a besoin de fraîcheur, d’humidité et elle affectionne l’exposition Est.

Tige dressée simple, avec capitule solitaire.

Deux tiges séparées dressées, plus ou moins ramifiées avec des ensembles de capitules.

C’est une grande plante vivace des milieux ouverts et ensoleillés. Sa taille peut atteindre une soixantaine de centimètres de hauteur et même plus en fonction de la végétation environnante; il peut y avoir compétition pour trouver la lumière. Sa tige est dressée et très feuillée sur toute la hauteur. Les fleurs centrales, en forme de tube de couleur jaune, sont hermaphrodites; elles sont entourées sur toute la circonférence et sur un seul rang de fleurs femelles en forme de languettes bleues lilas. L’inflorescence se présente sous la forme d’un capitule (ensemble de nombreuses petites fleurs qui se touchent) solitaire de 5 cm de diamètre environ ou par groupe de 2 jusqu’à 10 capitules.

Elle fleurit au moment où la plupart des autres plantes sont déjà fanées, entre mi-août et fin septembre; la floraison sur la station de mes photos était déjà bien avancée à la mi-septembre. La pollinisation est assurée par les insectes et la dispersion des graines se fait essentiellement par le vent.

Les premières mentions bibliographiques de l’existence de l’Aster des Pyrénées sont inscrites dans les catalogues de plantes cultivées au Jardin du Roy à Paris, fondé à partir de 1626 (ouvrage de Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, datant de 1636). La plante aurait été donnée par le fils d’un jardinier du roi Henri IV (né à Pau), qui entretenait un jardin appelé « Jardin Royal »: cette plante était dite « venue des Pyrénées ».

De par sa grande rareté, cette aster a été très recherchée par les botanistes collectionneurs au 19è siècle et jusqu’à la moitié du 20è siècle, notamment pour la conservation en herbier; elle était en quelque sorte un Graal végétal. Même si elle a une longue espérance de vie (40 à 50 ans), sa cueillette effrénée dans le passé, la fermeture des milieux, sa consommation par la faune sauvage ou domestique, concourent progressivement à son déclin. Longtemps mal connue, elle fut considérée au bord de l’extinction.

Plan National d’Actions (PNA) 2012-2017 en faveur de l’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées fait l’objet d’un Plan National d’Actions démarré en 2012 pour une durée fixée à 5 ans (2012-2017), animé par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Une évaluation était prévue à la fin du plan afin d’apprécier l’efficacité des actions menées et de disposer d’un nouveau bilan de l’état de conservation de cette plante.

Je n’ai pas trouvé à ce jour (novembre 2019) la trace du bilan de ce PNA sur une publication officielle. Il a peut-être été prolongé ou le bilan n’est peut-être toujours pas sorti. J’actualiserai mon article dès que j’aurai du nouveau. Sur un document publié en 2018, il y est fait mention que les travaux menés auraient permis d’identifier 11 localités différentes sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne et de confirmer la disparition d’anciennes stations (En 2012, la présentation du  PNA mentionnait un total de 15 localités).

Le maintien du pâturage et la connaissance de cette espèce emblématique par le public et les acteurs locaux sont probablement les clés de sa préservation. Un débat existe, comme pour tout ce qui est rare (et dans notre cas très rare), concernant la conduite à tenir concernant la divulgation de la localisation précise des différentes stations. La connaissance de la grande rareté et du statut de cette plante peut certainement empêcher dans bien des cas de faire des erreurs irréparables.

Recto de la carte postale de sensibilisation éditée en 2016 (Photo : G. Couëron/CBNPMP) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees). 

Verso de la carte postale de sensibilisation (illustration: Aurélie Calmet) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees).

Une des actions du Plan National est d’ailleurs la sensibilisation des habitants et des scolaires des vallées concernées à la fragilité de ce patrimoine si rare. Avec l’appui du réseau « Education Pyrénées vivantes », le groupe de travail a élaboré des outils de communication (dont la carte postale ci-dessus) et pédagogiques. La communication auprès du public a démarré début 2016.

Des « sorties découvertes » de cette plante pour le grand public sont organisées par des organismes comme le CPIE Béarn.

Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze

En vallée d’Ossau, un célèbre berger botaniste, Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze, œuvra pour la connaissance et la protection de l’aster des Pyrénées. Sa vie, très passionnante, est un bel exemple d’autodidacte. Né en 1797 à Bagès (hameau de Béost, près de Laruns), il mourut  presque centenaire en 1893, en ayant jamais quitté son village natal. Issu d’un milieu de bergers cultivateurs, il quitta très tôt l’école à ses 11 ans pour reprendre l’activité de ses parents. Doté de facultés intellectuelles hors du commun dont une exceptionnelle qualité d’assimilation, il se passionna pour beaucoup de disciplines dont la botanique, qui lui donna l’occasion d’apprendre le latin pour l’aider dans la compréhension indispensable de la classification utilisée dans cette discipline. Il acquiert une réputation mondiale auprès des grands botanistes de son temps.

Il avait entre autres découvert l’Aster des Pyrénées sur deux stations et en avait ramené un pied qu’il cultivait dans son jardin. A la demande de ses correspondants, il leur fournissait ainsi des échantillons : la bibliographie raconte qu’il diffusa volontairement une fausse indication de localités afin de préserver les stations de cueillettes qui auraient entraîné la destruction irrémédiable de cette plante si rare. D’après les herbiers connus de nos jours, les récoltes en vallée d’Ossau cessent à la fin du 19e siècle, peut-être lié à la disparition du berger, qui emporta avec lui le secret de la localisation de l’Aster des Pyrénées en vallée d’Ossau.

Il a confectionné plusieurs herbiers pour certains de ses correspondants ou pour être vendus. Son herbier personnel (travail monumental confectionné pendant une quarantaine d’années), qu’il avait vendu en 1875 à la ville des Eaux-Bonnes quand il a pris sa retraite, a été depuis déposé en 2000 au Conservatoire botanique à Bagnères-de-Bigorre. Il ouvre ses portes chaque vendredi de l’été à 16h00 pour changer notre regard sur la biodiversité floristique (visite gratuite dans la limite des places disponibles, sur réservation).

L’Association Pierrine Gaston-Sacaze fondée en 1992 à Béost fait revivre son souvenir et encourage toute activité visant à la connaissance du milieu naturel et humain dans l’esprit de l’œuvre de Pierrine Gaston Sacaze. Elle a contribué à la sauvegarde de son herbier personnel.

l’Aster des Alpes (Aster alpinus)

Aster des Alpes solitaire (début juillet 2019). Une tige simple avec un capitule toujours solitaire.

Aster des Alpes « en bouquet » de plusieurs pieds séparés (début juillet 2019).

On ne peut confondre l’aster des Pyrénées avec une autre aster non endémique et répandue poussant plus tôt sur les pelouses rocailleuses de nos montagnes, l’Aster des Alpes (Aster alpinus). Celle-ci est de taille bien plus modeste; sa tige dressée, simple, ne mesure que 15 cm de haut environ et pouvant aller jusqu’à une trentaine de cm. Elle fleurit aussi plus tôt, à partir du mois de juin et dans des zones bien plus accessibles, jusqu’à 2 200m environ. Les deux capitules se ressemblent mais celui de l’Aster des Alpes est toujours solitaire.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles (sauf la carte postale de l’Aster des Pyrénées, dont je cite en légende l’origine) et de mes observations sur le terrain. Je conseille de visiter les sources bibliographiques suivantes, très intéressantes sur ce sujet :

http://houbigant-journal-voyage.pireneas.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=19&Itemid=32

_http://cbnpmp.blogspot.com/2015/06/aster-des-pyrenees.html

_http://www.side.developpement-durable.gouv.fr/EXPLOITATION/DEFAULT/doc/IFD/IFD_REFDOC_0517683/Plan-national-d-actions-en-faveur-de-l-aster-des-Pyrenees-Aster-pyrenaeus-Desf.ex-DC.-2012-2017

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/le-personnage/

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/botanique/

_https://www.afbiodiversite.fr/sites/default/files/actualites/

En 2018, sur les 4 982 espèces de plantes indigènes recensées sur le territoire français, 742 (15%) figurent sur la liste rouge des espèces menacées ou quasi menacées. La flore pyrénéenne est particulièrement menacée. Ce document, le premier à dresser un bilan objectif de ce niveau de menace (après plus de 3 années de travaux) est réalisé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) France. La population de l’Aster des Pyrénées continue à diminuer; elle est classée quasi menacée sur la liste rouge.

 

 

 

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 4) – Le brame

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 4) – Le brame

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Le Brame

Dans la rédaction de mes articles, j’aborde en priorité ce qui est important pour moi de retenir afin de mieux comprendre et apprécier la Nature. J’essaie de l’illustrer avec mes photos.

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) ne fait pas (encore) partie de mon environnement immédiat et j’aime bien aller à sa rencontre en montagne.

Après avoir publié sur son origine, sa population, le vocabulaire nécessaire pour mieux le connaître et son mode de vie, voilà enfin mon dernier article consacré au brame.

Le brame

Il annonce le début de la période de reproduction qui a lieu à la fin de l’été – début de l’automne. Le cerf est alors en rut, une période très épuisante pour lui où il perdra beaucoup de poids. Il en « oublie » parfois de s’alimenter.

Au lever du soleil. Ce « pauvre » cerf semble bien exténué par une nuit agité. Il disparaît rapidement dans la végétation pour récupérer jusqu’en soirée.

Les cerfs sont souvent fidèles aux mêmes lieux et retournent dans le secteur où ils ont vu le jour. Ils peuvent parcourir de longues distances pour revenir chaque année au même endroit, la place de brame.

Les grands mâles se rapprochent des femelles tandis que les plus jeunes forment de petits groupes à part.

Polygame, le cerf va d’abord se constituer un harem. Il regroupe les femelles pour mieux les surveiller sur un territoire qu’il va défendre âprement en défiant les rivaux qui oseraient s’y aventurer. C’est le meilleur moment pour l’observation visuelle du « roi de la forêt ».

A découvert à la lisière d’un bois, …

Dans une clairière, …

Sur une crête, …

Au bord d’une falaise, …

Dans des éboulis, …

Sur une « pelouse »,

En effet, concentré sur sa quête amoureuse, il est beaucoup moins craintif et se montre volontiers à découvert à la lisière d’un bois, dans une clairière, en surplomb sur une crête ou au bord d’une falaise.

Mâle et femelles commencent à se manifester en fin d’après-midi.

Les femelles sortent à découvert les premières.

Le mâle descend prudemment, …

…, et rejoint les femelles à découvert.

Les biches sont les premières à sortir du couvert pour venir brouter tranquillement dans les estives et surveiller les environs. Le mâle, méfiant, ne sortira qu’en dernier et plus tard.

A la moindre alerte, il file se réfugier sous le couvert.

Devant un danger potentiel, il est bien plus prompt à fuir que les femelles, qui s’éloignent en bon ordre sans paniquer. Quand elles aperçoivent un humain de loin, elles s’arrêtent de manger et peuvent le laisser encore un peu avancer, tant qu’il reste dans leur champ de vision. Si l’humain est momentanément hors de celui-ci, elles en profitent pour décamper.

Sur ce cliché, on peut remarquer la différence de couleur sur le pelage; une des deux biches a déjà mué.

Le meilleur moment pour assister au spectacle du brame est, pour moi, juste avant la tombée de la nuit et depuis un point dominant. Il faut être déjà en place bien plus tôt et rester discret.

Quand le mâle apparaît, il pousse son cri rauque et puissant pour prévenir les femelles qu’il est bien là et pour intimider ses concurrents potentiels, le fameux brame, raire ou rée. Le terme « raire » ou « rée » s’applique d’ailleurs aussi à d’autres espèces lors du rut, comme le chevreuil, le chamois, l’isard.

Le soleil va bientôt éclairer et réchauffer le versant de la montagne. Il est bientôt l’heure d’aller se reposer pour la journée!

D’un versant à l’autre de la montagne, son cri résonne à partir de 18h00-19h00 jusqu’à tard dans la nuit et aussi de l’aurore jusqu’aux environs de 9h00; tout cela dépend du lieu et de l’avancement de la reproduction.

Un moment de quiétude en soirée sur une estive du piémont pyrénéen – Ce superbe « 12 cors » y règne en maître absolu, sans concurrence. Deux faons au premier plan, deux biches et une bichette à leur gauche. Cette année, il était absent mais j’y suis très peu allé. J’espère, bien sûr, l’y revoir! Celui-là, je ne l’ai jamais entendu bramer.

Les meilleures places d’écoute sont celles bien sûr où ils sont nombreux; s’il n’y a pas de brame, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de cerf mais simplement qu’il n’y a pas de compétition.

Excité, il lacère le sol avec ses bois,  frotte son front contre la végétation haute.

Le cerf montre son excitation en tirant et rentrant la langue à plusieurs reprises pour la passer sur son museau. Il peut aussi s’asperger le ventre et le museau d’un puissant parfum, composé de… sperme et d’urine!

Ce jeune mâle s’approche prudemment de quelques femelles, déjà sous la domination d’un autre mâle momentanément absent.

Le mâle dominant intervient rapidement et éloigne ses femelles, tandis que le faon s’attarde à faire « ami-ami » avec le nouveau-venu.

Le mâle dominant revient sur ses pas, après avoir éloigné son harem. Il est en colère! Un autre jeune s’est approché.

Le « jeune », à gauche, n’en mène pas large (à voir ses oreilles); il ne fait pas le poids. Il n’insiste pas et feint d’ignorer le mâle.

Le dominant revient vers ses femelles, qu’il repousse vers les hauteurs!

Si un rival se présente pour revendiquer la place, les deux cerfs tentent d’abord de s’impressionner en bramant puis se jaugent en se déplaçant l’un à côté de l’autre, en bavant et tirant la langue. La plupart du temps, l’intimidation suffit pour repousser le prétendant qui n’insistera pas.

Quand les deux antagonistes sont de puissance égale et qu’aucun des deux ne veut céder la place, la confrontation est inévitable. Les deux cervidés s’affrontent alors en se jetant l’un contre l’autre, la tête en avant afin de déséquilibrer l’adversaire et le chasser. Les bois s’entrechoquent dans un bruit sec. Quand le vaincu prend la fuite, il est brièvement poursuivi par le maître de la place qui, après s’être assuré que le challenger est bien en déroute, poussera à son intention un cri triomphant.

Trois « huit cors » rôdent sur le flanc de la montagne, à distance prudente d’un dominant.

Les plus jeunes rôdent à la périphérie. L’un d’entre eux profite parfois de cette situation d’affrontement pour couvrir une femelle réceptive à l’insu du maître de la place. Ils ont aussi leur chance à la fin du rut, quand le dominant, trop épuisé, baisse la garde.

Dans les estives du piémont, le harem est un peu plus important qu’en altitude. 

En effet, dans les endroits escarpés, il est plus difficile pour le mâle de regrouper ou de maintenir groupées les femelles récalcitrantes.

La femelle n’est réceptive que peu de temps, une seule journée. Il est vital pour la reproduction de l’espèce que l’observation du brame, qui est une pratique qui se développe de plus en plus, ne vienne perturber les animaux à un moment si sensible. Elle demande de garder des distances respectables et d’être discret, de ne pas les perturber par des comportements inappropriés (utilisation d’un éclairage, par exemple); tout cela n’est en fait qu’une simple question de bon sens.

L’augmentation importante de son taux de testostérone durant cette période rend le cerf agressif. L’animal, qui fuit normalement devant un danger, peut se sentir menacé s’il est dérangé dans son environnement immédiat et avoir un comportement impulsif. Bien que les attaques de cerfs soient très rares, il est inutile de se mettre en danger.

Mon meilleur souvenir de brame

C’est le récit d’une belle rencontre, la meilleure façon pour moi de remercier ce bel animal qui m’a fait ressentir des sensations inattendues et inoubliables :

« Alors que je commençais tranquillement à redescendre vers la vallée à l’approche de la nuit, il a surgi devant moi, comme venu de nulle part. Après quelques pas de côté provoqués par la surprise, il me fait à nouveau face, tranquille et intrigué. Entre-temps, j’ai relevé lentement mon téléobjectif et mon visage est masqué par la protection anti-bruit.

Rendu discret par mes vêtements couleur camouflage, il a du mal à me discerner et ne sait apparemment pas à quoi il a affaire. Le temps s’est figé de part et d’autre. Mon cœur bat fort. J’arrive à trouver le réglage iso/vitesse qui me permet de figer ce moment. J’aurai la chance qu’il garde une immobilité parfaite.

Puis on s’observe dans un grand silence, mon regard légèrement décalé au-dessus du viseur de l’appareil photo. Mes bras, relevés, commencent à trembler sous l’effort pour garder la position immobile. Je n’en peux plus mais je ne veux pas qu’il parte.

Après m’avoir bien toisé et évalué, il décide enfin de s’éloigner et me laisse le champ libre pour continuer la descente. Il était temps, la nuit arrive vite. 

Je redescendrai, prudemment, en évitant au début d’allumer la frontale pour ne pas perturber la magie d’une rencontre réussie. Tout fut parfait, je rejoins la voiture sans encombre ».

Le bel animal à une heure tardive.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Pour assister au combat de deux cerfs dans les Pyrénées, suivre le lien qui mène à ma petite vidéo sur Vimeo : c’est ICI.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 3) – Son mode de vie

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 3) – Son mode de vie

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie III – Comportement, mœurs et vie sociale

Après avoir abordé dans les précédents articles l’origine et la population du Cerf élaphe (Cervus elaphus) dans les Pyrénées suivi par le vocabulaire utile pour mieux le connaître, voici maintenant quelques informations sur son mode de vie. Je traiterai ensuite dans un dernier article du brame.

Comportement du cerf élaphe

A l’approche de la nuit – Ces trois femelles m’ont repéré : leurs oreilles dressées à l’écoute, elles sont immobiles, leurs museaux tendus vers le même point. Elles restent longuement à m’observer jusqu’à ce que je passe sous le couvert. Elles vont alors disparaître furtivement, sans que je m’en aperçoive.

L’ouïe et surtout l’odorat du cerf élaphe sont très développés. Il peut détecter une odeur suspecte jusqu’à 300 m, avec vent favorable. Sa vue est meilleure que celle du chevreuil, mais en cas de parfaite immobilité, le cerf élaphe aura du mal à vous identifier; j’ai pu le vérifier à plusieurs reprises.

Au crépuscule, fin septembre – Deux daguets (nés il y a environ 16 mois) en compagnie d’un faon de l’année (avec encore ses taches). Il est le petit frère (ou sœur) de l’un des deux. Les velours des daguets sont très petits, les dagues commencent juste à pousser: cela m’intrigue. D’après la littérature, cela pourrait être un signe de croissance défectueuse. Dans tous les cas, les daguets les plus précoces à avoir leurs dagues sont aussi ceux promus à un bel avenir du point de vue ramure.

Il a des habitudes essentiellement crépusculaires et nocturnes. En montagne, son cycle journalier est régulier: il quitte les fonds de vallée le matin pour monter vers des zones plus tranquilles où il se reposera toute la journée. Il redescend en soirée pour se nourrir et rejoindre les points d’eau où il se souille pour se débarrasser des parasites. La souille (flaque d’eau boueuse où l’animal se vautre) est fréquentée par les deux sexes en été et pendant les mues, par le mâle pendant le brame.

A l’approche de la nuit – Un joli mâle, à la sortie de la souille. Sa crinière (ou fanon) est mouillée. Il va passer un petit moment à s’ébrouer devant moi.

Il recherche sa nourriture à l’aube et au crépuscule. C’est un herbivore et un ruminant; sa consommation quotidienne de végétaux est en moyenne de 10 à 15 kg. Elle est composée pour beaucoup d’herbes diverses auxquelles s’ajoutent des feuilles d’arbre et d’arbuste, des bourgeons, des rejets, des écorces, des bruyères, des fruits divers (glands, marrons et châtaignes en automne et en hiver). Il aime bien les pommes. La variété de son alimentation est fonction de la diversité du territoire occupé. Il boit très peu, se contentant comme le chevreuil de l’eau contenue dans les végétaux et de la rosée du matin (sauf en été et en période de rut).

Moeurs du cerf élaphe

Les premiers émois d’un cerf sur sa troisième année – Il n’aura pas l’occasion de conclure (chassé par le mâle dominant).

La maturité sexuelle est atteinte vers 18-24 mois chez le mâle; c’est aussi l’âge où il va quitter le noyau familial. Au brame suivant, sur sa troisième année (et jusqu’à 5-6 ans), il peut être actif mais non dominant, s’il y a de la concurrence. Il sera en effet confronté à bien plus fort que lui et il n’aura de descendance assurée que quand il sera en capacité de s’imposer.

Un soir d’été sur une crête – Une biche d’un certain âge, reconnaissable à son museau allongé. 

Dans la brume en altitude, à la fin d’une journée un peu triste mais propice à l’approche de ces animaux attachants. 

Cette maturité sexuelle est située entre dix-huit et trente mois chez la femelle, parfois plus. Elle a besoin d’un poids d’environ 60 kg pour une première reproduction. Elle n’est sexuellement réceptive qu’une seule journée dans l’année, à la période du brame. Elle donnera naissance en mai-juin à un seul faon par an après une gestation de huit mois environ (225 – 245 jours). La biche s’isole alors de la harde pour la mise bas dans une zone non enherbée, à l’abri du dérangement et la rejoindra à nouveau dès que le faon est capable de la suivre, environ 15 jours plus tard. Elle retrouve la bichette ou le daguet de l’année précédente.

Allaitement du faon, un soir de septembre en montagne.

A la naissance, le faon pèse de 6 à 9 kg environ (le mâle est plus lourd que la femelle) et sa croissance est rapide pour atteindre 45 à 60 kg à 6 mois. Il est sevré dès l’âge de 6 mois et l’allaitement peut encore durer jusqu’à 8-10 mois.

La maturité corporelle est atteinte vers 4-5 ans chez la biche (80 à 130 kg, pour 1,00 à 1,20 m au garrot) et vers 7-8 ans chez le cerf (130 à 250 kg, pour 1,20 à 1,45 m au garrot). Ces valeurs morphologiques différent sensiblement selon les sources consultées et c’est normal; elle dépendent du biotope et il ne faut les retenir que comme un ordre d’idée.

Un mâle dominant avec une de ses biches, dans une estive fin septembre.

Je rappelle que le cerf élaphe pyrénéen, espèce réintroduite, s’est adapté à son environnement montagnard en étant plus petit, plus léger (jusqu’à 170 kg environ) et plus agile que celui de la plaine!

Un faon dans une estive, fin septembre. Les taches blanches sont encore bien présentes.

A la même période mais en altitude. Ce faon a déjà perdu sa livrée tachetée, son pelage a bientôt fini de muer.

Et ce faon-là (à droite et toujours à la même période), a perdu ses taches mais garde encore son pelage d’été.

La livrée brun clair du faon est tachetée de blanc à la naissance. Ces tâches disparaissent à partir du 4ème mois, à la mue d’automne. Pour information, la disposition de ces tâches sur les flancs sont disparates alors qu’elles sont alignées chez le faon de la chevrette (femelle du chevreuil). Mais le meilleur moyen pour les différencier, en dehors de la taille bien sûr, est que le faon du cerf élaphe a une queue, contrairement à celui de chevreuil. 

Dans une forêt de conifères, au mois de mai – Une biche adulte,au milieu des arbres couchés par une tempête.

Quelques secondes plus tard, c’est au tour de sa fille de passer, devenue maintenant une bichette avec encore son poil d’hiver.

La couleur du pelage de l’espèce varie suivant les saisons et elle est plus foncée pour le mâle. L’espèce connait deux mues par an, un pelage d’été léger brun-roux (avril-mai), celui de l’hiver étant plus épais pour lutter contre le froid, gris-brun (octobre). Comme pour le chevreuil, la mue de printemps est très marquée.

Un cerf d’âge mûr.

Au-delà de huit ans, un cerf est considéré d’âge mûr. Il ne grandit pratiquement plus et tout l’apport alimentaire en minéraux d’ossification est entièrement disponible pour la repousse des bois (celle-ci arrive plus tardivement chez les jeunes). La croissance de la ramure s’accélère aussi. La couronne majestueuse portée par le « Roi de la forêt » devient d’année en année de plus en plus imposante.

Un autre mâle, lui aussi dans la force de l’âge. 

Leur espérance de vie est d’une quinzaine d’années environ.

La vie sociale du cerf élaphe

Ce sont des animaux grégaires. Hors période de reproduction, ils se répartissent en deux groupes où mâles et femelles adultes vivent séparés la majeure partie de l’année. Les deux groupes ont des territoires propres, bien distincts. Les grands cerfs se tiennent vraiment à l’écart, dans des secteurs souvent beaucoup plus lointains que ceux des femelles. Les mâles choisissent leurs secteurs en privilégiant la discrétion et la tranquillité, les femelles d’après la qualité de la nourriture. Elles ne s’éloignent généralement pas du lieu où elles sont nées; les mâles, eux, y reviennent pour le brame.

A l’approche de la nuit. De gauche à droite, la biche, le faon et en arrière-plan, la bichette.

L’organisation sociale est matriarcale. Le noyau familial de base est constituée par la mère accompagnée de son faon. La jeune femelle de l’année précédente reste avec elle jusqu’à ses deux ans. Plus tard, elle restera à proximité directe de celle-ci et gardera des contacts avec sa mère la vie durant.

Une harde de plusieurs femelles adultes est généralement constituée d’individus apparentés. En effet, la jeune biche née deux ans 1/2 plus tôt et pouvant être elle-même suitée, s’associe assez souvent au trio de sa mère, formant alors une harde de quatre ou cinq animaux et ainsi de suite. C’est surtout pendant l’hiver que ces groupes familiaux se réunissent pour former une plus grande harde sous la vigilance de la vieille biche qui devient meneuse.

Dans une estive, fin septembre – Une biche adulte, son faon de l’année encore tacheté et en partie caché par la végétation qui me protège, son daguet avec encore ses velours. Il quittera sa mère dans les semaines qui suivent le rut.

Le jeune mâle, par contre, quitte sa mère vers l’âge de 18 à 24 mois. Il rejoint une harde de mâles déjà existante ou en fonde une nouvelle avec des mâles de son âge.

Un cerf adulte sur sa place de brame, en altitude. Devant lui, un groupe matriarcal constitué d’une biche, sa bichette et son faon.

Les mâles de deux ans et plus vivent donc aussi en hardes dont la cohésion varie au cours des saisons. Fin août, les groupes se disloquent à l’approche du rut. La hiérarchie s’affirme et les grands mâles deviennent individualistes. Au début de l’automne, le cerf gagne la place de brame. Après le rut (qui a lieu de la mi-septembre à la mi-octobre), les mâles quittent la place et retournent sur leurs quartiers de nourrissage où ils se regroupent à nouveau. Cet instinct grégaire leur assure une meilleure protection contre les dangers. Du jour au lendemain et contrairement au chevreuil, ils reviennent rarement à couvert au même endroit pour se reposer, leur territoire vital est grand. Certains vieux mâles restent seuls et s’isolent.

Ces hardes de mâles ou de femelles ont des effectifs plus restreints dans nos contreforts pyrénéens qu’en plaine.

Je vous encourage à regarder mon article suivant, consacré uniquement au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain et de sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 2) – Le vocabulaire et les classes d’âge du cerf

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 2) – Le vocabulaire et les classes d’âge du cerf

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie II – Vocabulaire et classes d’âge du cerf 

Après avoir parlé dans mon précédent article de l’origine et de la population du Cerf élaphe dans les Pyrénées, j’aborde ici le vocabulaire qu’il est, je pense, important de connaître. Je parlerai dans les publications suivantes des autres thèmes qui m’intéressent sur cet animal comme son comportement, sa vie sociale et le brame.

Le vocabulaire dédié à l’animal

Une harde de femelles à la période du rut, fin septembre. Elle est composée de deux faons, deux daguets avec encore leurs velours et quatre femelles dont probablement trois biches et une bichette.

Le terme « Cerf élaphe » désigne aussi bien la femelle que le mâle. La harde désigne indifféremment un regroupement de femelles avec leur progéniture ou un regroupement de mâles.

Fin septembre – Un faon encore tacheté dans une estive.

A partir de l’âge de 6 mois, un vocabulaire particulier en rapport avec l’avancement en âge s’applique à chaque sexe :

     _La femelle se dénomme faon jusqu’à un an (qui correspond à la venue au monde du faon suivant), bichette jusqu’à ses deux ans puis biche au-delà; elle est alors en âge de procréer. Elle est suitée si son faon l’accompagne, meneuse quand elle se trouve en tête d’une harde qu’elle dirige. Une biche âgée et stérile est appelée bréhaigne.

« J’ai vu une biche! ». Dans l’esprit de beaucoup de gens, biche ou chevreuil (mâle ou femelle), c’est la même chose. J’ai régulièrement essayé de corriger cette erreur, avec peu de succès, je l’avoue.

Fin septembre – Une biche adulte et son faon dont le pelage a pratiquement mué.

Un faon encore tacheté, sa mère et une bichette (sa grande sœur).

    _Le mâle se dénomme faon jusqu’à l’apparition de ses pivots, à partir de ses 6 mois ou un peu plus tard; le pivot est l’assise génératrice de ses futurs bois. Jusqu’alors, il était difficile de le différencier de la femelle. Au-delà et jusqu’à l’âge d’un an, on le dénomme hère. A un an, il devient un daguet, puis cerf au-delà de deux ans. Le daguet porte deux dagues qui grandissent sous velours, surtout à partir de juillet : ce sont des bois sans meule ni ramifications, dont la croissance sera terminée fin août-septembre. Le velours tombe courant septembre-début octobre: le daguet est alors âgé d’environ 1 an 1/2.

Un 10 cors dans la force de l’âge.

On caractérise souvent le mâle par le nombre de ces ramifications. Par exemple, le 10 cors porte cinq andouillers sur chaque bois. On parle aussi de cerf de 1ère, 2ème ou … 10ème tête, … (expression que j’ai entendu pour la première fois cette année) suivant qu’il a des bois pour la 1ère, 2ème ou … 10ème année. En principe, le cerf de 1ère tête est daguet et les deux termes sont souvent confondus. Au-delà, l’âge précis du cerf est délicat à donner, on le verra plus loin.

Le vocabulaire dédié aux bois du cerf

Les bois du cerf – A la base : 1- Le pivot; 2- La meule; 3- Le merrain;

Puis, les andouillers caractéristiques : 4- L’andouiller de massacre 5- Le surandouiller 6- La chevillure (andouiller médian)

Et la partie sommitale : 7- La fourche, composée de 2 cors et 8- L’empaumure, composée de minimum 3 cors ou plus. 

Le pivot, déjà cité, est une protubérance osseuse sur l’os frontal du mâle; elle abrite l’assise génératrice des bois.

La meule est le renflement en forme d’anneau situé à la base des bois et elle n’apparaît qu’à la deuxième repousse (le daguet n’en porte pas). Elle fait le lien entre le pivot et le merrain.

Le merrain est le tronc des bois du cerf d’où partent les ramifications caractéristiques appelées andouillers ou cors. Il est situé au-dessus de la meule. Le mot « merrain » est employé à partir de la deuxième repousse: le daguet a perdu ses dagues et est devenu un jeune cerf de deux ans dont les bois portent ses premières ramifications.

Les bois sont des organes osseux vascularisés, constitués de la meule et du merrain d’où partent les andouillers ou cors, qui se dirigent généralement vers l’avant. La ramure représente l’ensemble des deux bois.

On dit qu’un cerf ravale quand, arrivé à un âge avancé, son nombre de cors diminue, sa ramure régresse en taille.

Parmi les andouillers, on distingue l’andouiller de massacre, premier andouiller du bas, puis le surandouiller, la chevillure (andouiller médian).

On arrive, enfin, à la partie sommitale des bois : elle peut être composée d’une simple pointe, d’une fourche (deux pointes) ou d’une empaumure.

Un mâle adulte avec une fourche à gauche et une empaumure à droite.

On considère comme empaumure toute formation minimale de 3 pointes d’au moins cinq centimètres au-dessus de la chevillure ou andouiller médian. Ces trois pointes (ou plus) sont alors appelées épois. La trochure, andouiller qui vient parfois s’insérer sur le merrain entre la chevillure et la formation sommitale, est à compter dans l’empaumure.

Cette partie sommitale sert à définir des classes d’âge pour le mâle, sujet que l’on abordera un peu plus loin.

Quelques informations sur les bois de cerf

La croissance des bois (ainsi que le nombre de cors) dépend à la fois de la génétique, de la richesse alimentaire du milieu et de la densité d’animaux. Quand les conditions de vie sont très bonnes, les bois connaissent une croissance rapide, se ramifiant plus précocement. A l’inverse, les jeunes cerfs sont majoritairement porteurs de pointes sommitales.

Les bois sont caducs; ils tombent tous les ans à la fin de l’hiver. Les vieux cerfs les perdent en premier (à partir de fin février) tandis que les jeunes daguets sont les derniers à les perdre, à partir du mois d’avril. En l’absence de ces bois, on les appelle tous des mulets. La repousse commence aussitôt sous forme de velours et la minéralisation des nouveaux bois est rapide. Elles se termine en juillet-août (pour les plus vieux) par la chute du velours et la coloration du bois.

Un cerf adulte à la ramure brune.

Cette coloration du bois dépend des essences d’arbres sur lesquels le cerf le(s) frotte(nt). Elle est le résultat d’une oxydation des pigments qui se trouvent sur celui-ci. En effet, cette oxydation pour être complète nécessite l’intervention de sucs contenus dans la sève de l’arbre. On a constaté que l’animal ayant frotté ses bois sur des hêtres ou des bouleaux avait une ramure rousse, qu’elle était brune avec le chêne, le frêne et les résineux, noirâtre avec le charme et le tremble. Tout le bois n’est pas coloré; les extrémités des andouillers restent blancs, la sève ne se fixant pas à ces endroits-là par suite des frottements fréquents auxquels ils sont exposés.

La morphologie des bois étant déterminée par le patrimoine génétique, il apparaît très improbable de rencontrer deux cerfs aux ramures identiques. La forme des bois varie individuellement et on peut identifier le porteur avec cette caractéristique, d’une année sur l’autre.

La longueur des merrains, le volume et la masse des bois augmentent régulièrement avec l’âge, mais pas le nombre d’andouillers. Ce nombre n’indique absolument pas l’âge du cerf!

La croissance des bois est continue sur un an, avant leur renouvellement. Elle ralentit vers 8-10 ans et se stabilise vers 12 ans. La ramure peut être de grande taille. Chaque bois peut peser jusqu’à 4-6 kg pour une longueur de 0,80 à 1 mètre sur un bel animal.

Dans nos Pyrénées, le nombre moyen de cors est de 10-12, avec un maximum de 18 cors.

Les classes d’âge du cerf

Quand je vois un cerf de belle prestance en photo, je me demande régulièrement: quel est son âge? Il est difficile de répondre avec précision à moins d’être un spécialiste de la question.

Malgré les exceptions toujours présentes, on peut déjà en avoir un ordre d’idée. En effet, la forme sommitale de la ramure des mâles reflète globalement leur classe d’âge. En l’observant, on peut distinguer trois catégories de cerfs:

Schéma extrait de l’ouvrage du Docteur Varin: Chevreuil Cerf et Sanglier. Utile pour le rappel de certains termes.

Les cerfs à pointes: ce sont les daguets (2 dagues), les 4 cors (avec l’andouiller de massacre), 6 cors (avec l’arrivée de l’andouiller médian ou chevillure), 8 cors à surandouillers.

Pendant le brame – Tout à gauche, un jeune cerf à pointes sur sa deuxième année reste à l’écart. Il est possible que sa mère fasse partie de la harde et qu’il en a été exclu par ce mâle dominant, un dix cors d’un certain âge.

Un jeune 4 corps, fin septembre : les meules sont bien présentes, les dagues sont longues avec une courbure en lyre. L’andouiller de massacre est bien développé et il manque l’andouiller médian ou chevillure : c’est en quelque sorte un six corps raté, de deux ans révolus (appelé 2è tête).

Un jeune six corps,  fin septembre : andouillers de massacre (peu développés), surandouillers, andouillers médians appelés chevillures, puis la pointe. Il a trois ans révolus (appelé un 3è tête).

Ces individus à pointes sont essentiellement des jeunes (de la 1ère à la 3è tête, de un à trois ans). Un jeune de deux ans sera normalement six corps et peut même déjà, dans les meilleurs cas, devenir 8 corps. Le surandouiller n’apparaît, sauf cas exceptionnels, qu’à partir de la troisième année.

Les cerfs à fourches: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre et l’andouiller médian (la chevillure). Ce sont donc les 8 cors sans surandouillers et les 10 cors à surandouillers, avec une fourche au-dessus de la chevillure. Ils se rencontrent dans toutes les classes d’âge, jusqu’au vieux 8 ou 10 cors perpétuels :

Un dix cors à fourches à surandouillers, adulte.

Les cerfs à empaumures: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre, l’andouiller médian et  au moins trois pointes ou épois à l’empaumure. Ce sont donc les 10 cors sans surandouillers, les 12 cors et plus avec surandouillers. Ce sont surtout des animaux adultes (de 6 à 8 ans), mûrs (9, 10 ans, à leur apogée physique et comportementale) et au-delà (les vieux cerfs ravalent au-delà de 12 ans) :

Un 12 cors à empaumures.

L’analyse d’un bois retrouvé dans la nature peut également donner une idée de la classe d’âge. La meule forme une margelle qui, en fonction du vieillissement, devient rehaussée de pierrures: leur nombre s’amplifie avec le temps. Elle s’élargit et s’amenuise en longueur au fur et à mesure que les années passent. Le merrain, lisse chez les jeunes, s’enrichit plus tard de nodulations rugueuses en forme de perles ou perlures. Il présente aussi des sillons linéaires dans l’axe du bois, les gouttières, qui seront de plus en plus profondément sculptées. Le poids et l’épaisseur du bois d’un cerf adulte augmente avec les années; ce poids se déplace vers le bas.

Un dernier regard avant de disparaître sur l’autre versant de la montagne.

Je vous encourage à regarder mes articles suivants, consacrés au mode de vie du cerf, puis au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet, dont celle-ci:

http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Cerf-elaphe-ar978#

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

Dans le Béarn – Un brocard (chevreuil mâle) « orné »  d’une ficelle en polypropylène.

L’usage de la ficelle agricole

dans nos campagnes

Ficelle naturelle en sisal et ficelle en polypropylène.

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La ficelle naturelle en sisal

La ficelle naturelle en sisal a été la seule utilisée jusque dans les années 1970 par nos agriculteurs pour lier leurs bottes de foin.

La fibre de sisal est la plus longue et la plus résistante des fibres végétales. Elle est extraite des feuilles de l’Agave sisalana (appelée communément sisal), une plante originaire de l’est du Mexique. Elle est issue d’un savoir-faire ancestral. Très résistante, cette fibre a servi et sert encore à la fabrication de cordages, sacs, toiles, chapeaux …, de tissus grossiers et de tapis. Sa production est en régression sensible du fait de la concurrence des fibres synthétiques.

La ficelle sisal agricole est encore utilisée, entre autres, pour les botteleuses basse et moyenne densité. Il existe plusieurs modèles de ficelles avec des diamètres/charges de rupture adaptés à l’utilisation prévue.

Issue d’une matière 100% naturelle, elle est écologique et totalement biodégradable à l’état naturel. Non traitée, elle est utilisée en agriculture biologique.

Elle reste sensible à l’humidité et à la moisissure. Certains modèles sont traités avec une huile spéciale contre les rongeurs et l’humidité, non dangereuse, mais qui ne sont dans ce cas-là pas autorisés en agriculture biologique.

La ficelle en polypropylène

Depuis la mise en service dans les années 70 des presses à bottes haute densité dans nos campagnes, une nouvelle matière est utilisée pour la ficelle agricole, le polypropylène (sigle PP).

Ces nouveaux types de presse ont nécessité l’utilisation d’une ficelle plus résistante que le sisal avec plus de sécurité au nouage, ainsi qu’un diamètre et structure constants. La ficelle agricole en polypropylène a répondu à cette demande.

Le polypropylène est une matière hydrophobe et très légère (il surnage toujours à la surface de l’eau), peu onéreuse. Il souffre par contre d’une faible résistance aux UV et les ficelles reçoivent un traitement de protection. Il n’est pas biodégradable mais il est 100% recyclable. On peut le recycler plusieurs fois avant d’atteindre sa fin de vie où il sera incinéré sans émettre, en principe, de substances toxiques (cela dépend des additifs rajoutés pour des besoins spécifiques).

La ficelle se décline en plusieurs couleurs, noire, blanche, ou bleue bien souvent. Certains colorants sont organiques de grade alimentaire. Il en existe différents modèles adaptés au matériel utilisé : presse moyenne densité, à haute densité et presse à balle ronde (pour les balles rondes, le liage filet en polyéthylène haute densité prend le dessus).

Elle est aussi régulièrement utilisée, en couleur bleue, comme clôture provisoire pour délimiter un couloir de déplacement de bovins ou pour fermer un champ. Les vaches l’évitent. Les études sont contradictoires concernant la vision des couleurs des bovins. Certaines affirment qu’ils voient essentiellement les ondes bleu-vert.

Elle est vendue en gros pour les agriculteurs, par paquets de deux bobines ou plus de 5 kg minimum et même par palettes. Pour avoir une idée de ce que cela représente, une ficelle standard de diamètre 3.5mm a une longueur de 336m/kg, 1 800 mètres pour une seule bobine.

Pourquoi cet article

Les avancées technologiques ont permis de remplacer l’usage en grande quantité de la ficelle naturelle en sisal par celle en polypropylène non biodégradable. J’en trouve de plus en plus, oubliée dans des haies ou sur les chemins partout où je passe pour faire de la photo animalière. Mais, également, sur des « endroits » qui m’interpellent, comme sur les photos suivantes :

La ficelle en polypropylène a une résistance à la rupture qui dépend de son diamètre. On la décrit régulièrement en indiquant le nombre de mètres par kilo de ficelle. La ficelle de 3.5mm (336 m/kg) qui semble être celle de mes photos (blanche ou bleue), a une résistance à la rupture de 135-140kg. En se débattant, l’animal peut s’emprisonner dans une pelote de plusieurs brins. Les nœuds sont heureusement moins résistants.

Sur les clichés ci-dessus, l’animal a réussi à la rompre à deux endroits.

Dans le piémont pyrénéen, pendant le brame (début octobre 2019). « La corde au cou »!

Plus sérieusement, ce cerf, même s’il s’est libéré et que ses bois tomberont bientôt, aurait pu se mutiler!

Le risque classique pour cette ficelle qui serait abandonnée dans la Nature, bien qu’elle soit inerte, est le même que celui engendré par tous les plastiques, c’est l’accumulation exponentielle de déchets sur notre planète; rien de bien nouveau! Si elle a tendance à se dégrader sous l’action des rayons U.V, elle ne disparaît pas pour autant. Elle a juste des possibilités accrues d’être un jour ingérée par un animal quelconque, sur terre, dans une étable ou dans l’eau.

Quelques exemples de situations que l’on trouve en bien des endroits où la ficelle en polypropylène peut présenter un risque pour la faune quand elle est oubliée.

Mais il y a aussi des situations où un animal peut être piégé, rester longtemps à l’agonie et mourir sur place ou ailleurs s’il n’arrive pas à se libérer ou à se nourrir. Il faut en avoir conscience.

Que faire pour rester positif ? C’est une bonne question. On ne va pas quand même demander de tout interdire! Personnellement, si je vois de la ficelle oubliée par terre, je la ramasse. Si elle ne m’est pas utile, je la mets au recyclage.

La surprise, quand on la ramasse, c’est la longueur finale! 

Sortie C.E.N. Aquitaine – Zones humides du plateau du Benou (16 juin 2019)

Sortie C.E.N. Aquitaine – Zones humides du plateau du Benou (16 juin 2019)

L’entrée du plateau du Benou avec, devant la forêt de conifères, « les Fontaines de Houndas ».

(transhumance du 11-07-2014) .

Les Zones Humides du plateau du Benou

Les Fontaines de Houndas, avec au premier plan le ruisseau des Serres (14 juin 2019).

Le pic du Ger, depuis le plateau de Roland.

Le thème de cette sortie organisée par le Conservatoire des Espaces Naturels d’Aquitaine est la découverte des milieux aquatiques (ruisseau, zones humides) du plateau du Benou et des espèces associées. Elle a été très riche en enseignements apportés par notre Chargée de missions responsable de la sortie et en échanges entre les participants, dans un climat de convivialité très agréable.

Très absorbé par les explications ainsi que par mes observations, je n’ai pris que peu de photos! Certains clichés de cet article proviennent d’autres occasions et je le mentionne en indiquant la date du cliché. Mais l’essentiel, c’est quand même tout ce que j’ai à retenir. En somme, une journée bien remplie avec une expérience que je renouvellerai avec plaisir.

Un peu d’historique sur le plateau du Benou

L’entrée du plateau du Benou avec les « Fontaines de Houndas », depuis les crêtes de Lazerque (16 décembre 2016). En face, le pic du Ger, la vallée d’Ossau, puis les Cinq Monts avec son pic de Gerbe, le Lauriolle, le Mailh Massibé.

Le plateau de Roland (au centre le parking de stationnement), depuis les crêtes de Lazerque (16 décembre 2016). En face, le pic de Gerbe (tout à gauche), le Lauriolle, le Mailh Massibé, le Rocher d’Aran,  l’Ourlénotte et l’Ourlène.

Le plateau du Benou ou tout simplement Le Benou est situé sur la route du col de Marie-Blanque reliant la vallée d’Ossau à la vallée d’Aspe. Il est le point de départ de nombreuses balades et randonnées.

Il est dominé au nord par le massif du Soum de Counée (1361m) et au sud, par le massif du Pic de l’Ourlène (1813m). Entre les deux massifs, dans la dépression qui forme le plateau, passe une faille très importante. Elle est constituée de brèches et d’écailles, de terrains variés et de roches basiques intrusives. Pour information, une écaille est comparable à un copeau géant de croûte terrestre coincé dans une faille.

Ce relief n’est pas visible facilement, à part les écailles constituées de roches plus dures émergeant du plateau comme le Turon de la Técouère, vestige de l’érosion glaciaire.

En contrebas : le Turon de la Técouère (1067m), « écaille » de croûte terrestre coincée dans la faille du plateau du Benou. Cliché pris depuis le Soum de Counée (1361m), le 30 avril 2019. 

En effet à la fin du Quaternaire, le plateau était recouvert d’un glacier suspendu. L’érosion provoquée par son déplacement a remodelé le paysage : la lherzolite du Turon de la Técouère a résisté et de là vient la présence insolite sur le plateau de ce sommet modeste et très caractéristique ressemblant à une pyramide, culminant à 1067m (1).

Haut-lieu du pastoralisme ossalois, on peut y admirer ses nombreuses granges; à l’arrivée des beaux jours, le bétail y évolue en liberté. Avec ce beau soleil dominical, beaucoup de gens sont venus pique-niquer ou simplement se promener. Les sonnailles des troupeaux retentissent et rajoutent un petit air de fête. La présence de la « Salers » et de la « Gasconne » (dont un très beau taureau) m’a particulièrement interpellé. Ce sont deux races que j’aime particulièrement.

Transhumance du 11 juillet 2014 – Traversée du plateau par le bétail, en direction de Laruns et des estives d’Ayous.

La transhumance du bétail du plateau du Benou vers l’estive d’Ayous est un grand événement de la vallée d’Ossau et elle déplace beaucoup de monde. Elle a lieu cette année les 5 et 6 juillet (2019). Voici un lien vers une petite vidéo sans prétention que j’avais réalisée en 2012 lors de la traversée du village de Laruns ( https://vimeo.com/56898620).

Transhumance du 11 juillet 2014 – Traversée de la zone de résurgence de l’eau aux « Fontaines de Houndas ».

Résumé de la sortie

Après avoir laissé nos voitures au plateau de Roland (880m d’altitude) au parking prévu à cet effet, nous avons remonté à pied la piste à circulation restreinte pour rejoindre le plateau de la Técouère (890m). A partir de là, nous avons prospecté les berges de l’Arriou Tort ainsi que les zones humides environnantes (tourbières, marais, …) jusqu’aux sources du ruisseau au pied du Turon de la Técouère.

Nous sommes ensuite revenus sur nos pas par la piste jusqu’au plateau de Roland pour localiser et observer les dolines dites de Roland puis nous avons suivi l’Arriou Tort jusqu’à sa disparition dans des gouffres appelés « pertes karstiques ». Ces pertes se situent au contact entre les argiles glaciaires résultant de l’érosion du glacier et les calcaires mésozoïques (sédiments marins). Certains gouffres sont alimentés, d’autres actuellement à sec. L’eau va transiter dans le karst de ces calcaires du Mésosoïque pour réapparaître plus bas dans une zone appelée les Fontaines de Houndas, à l’entrée du plateau (pour information, un karst est ensemble de réseaux de galeries souterraines, creusées par les eaux, dans les massifs calcaires). Ces résurgences vont donner naissance au ruisseau des Serres, affluent du gave d’Ossau.

Enfin, en deuxième partie de la journée, nous allons nous déplacer au parking situé à proximité de la chapelle de Houndas au bord de la D294, en face des « Fontaines de Houndas » à l’entrée du plateau. Nous y continuerons notre prospection en remontant le ruisseau des Serres vers les sources et les zones humides (bottes indispensables).

Que peut-on observer

La Tétragnathe étirée (Tetragnatha extensa).

La Thomise variable ou araignée crabe (Misumena vatia), une femelle – 11/09/2018. Celle que j’ai observé était jaune comme sur ce cliché, mais elle peut être aussi blanche ou vert pâle. Elle adopte (dans une certaine mesure) la couleur de son support, surtout des fleurs. Le mâle est foncé et plus petit que la femelle. 

Bouvier commun.

œdémère noble femelle (Oedemera nobilis).

En plus des nombreux odonates (libellules et demoiselles dont l’Agrion de Mercure, donné comme rare mais bien représenté ici), on observera des papillons, quelques éphémères, des larves de trichoptères à fourreau (ou porte-bois), des insectes divers et variés (scarabées, araignées, etc.).

Bondrée apivore (13/07/2017).

Tarier pâtre mâle (9/04/2017)

Bruant jaune mâle (19/9/2017)

Mais aussi des passereaux dont le serin Sini et le Bruant jaune, une pie-grièche écorcheur, la linotte mélodieuse, le Tarier pâtre ainsi que des rapaces: des vautours fauves, un percnoptère d’Egypte et une bondrée apivore pas farouche.

Pour information, le Bruant jaune peut facilement être confondu avec le Bruant zizi qui est moins coloré que le premier chez les deux sexes. Le Bruant zizi, chez le mâle, présente une face rayée typique : menton, haut de la gorge et trait sourcilier noirâtres, sourcil jaune.

Ce site est également important pour la reproduction de la Grenouille rousse (Rana temporaria) dont nous avons observé la présence d’un adulte ainsi que de très nombreuses grenouillettes. Aussi des têtards de crapaud accoucheur à un stade bien avancé, de nombreux vairons, un goujon (qui ne devait pas être seul), le Triton palmé, des larves diverses, etc.

Lézard vivipare de Lantz (deux clichés pris dans une autre tourbière).

Sans oublier le Lézard vivipare de Lantz (Zootoca vivipara louislantzi) : très lié aux tourbières, il apprécie notamment les sphaignes, qui sont des plantes sans fleurs et sans racines qui poussent sous la forme de coussinets qui ne cessent de croître; elles constituent la végétation principale d’une tourbière et sont à l’origine de la formation de la tourbe. Ce lézard est uniquement en son genre!

En effet, le Lézard vivipare Zootoca vivipara, très largement distribué aux quatre coins du monde, présente la particularité d’avoir des populations vivipares tandis que d’autres sont ovipares (2), (3), (4). Il en existe quatre sous-espèces dont deux que nous trouvons en France  :

   -la sous-espèce Zootoca vivipara louislantzi ou Lézard vivipare de Lantz (5) est présente uniquement dans nos Pyrénées, le Pays Basque et le massif landais, et elle est ovipare! La Garonne constitue la limite de son extension vers le nord. Ailleurs, on la trouve aussi en Espagne dans les Monts Cantabriques. Les œufs sont conservés dans l’utérus jusqu’aux stades embryonnaires où intervient alors la ponte, constituée de cinq à six œufs en moyenne (jusqu’à dix) qui seront incubés dans le milieu naturel.

   -la sous-espèce Zootoca vivipara vivipara est présente dans d’autres régions. En Aquitaine, elle semble présente dans l’extrême nord-est de la Dordogne et probablement en Lot-et-Garonne. Elle est ovovivipare. A l’échelle des temps géologiques, la viviparité est apparue dans certaines populations chez ce lézard durant les glaciations du Quaternaire et aurait été sélectionnée par l’Evolution en raison de l’avantage procuré par la meilleure résistance au froid. La population pyrénéenne, elle, n’a pas évolué!

   -Aucune zone de contact n’est connue entre les deux sous-espèces.

Comme son nom l’indique, la viviparité est un mode de reproduction où le développement embryonnaire a lieu à l’intérieur de l’organisme de la femelle qui fournit les apports nutritifs et met au monde des jeunes entièrement formés.

Pour le Lézard vivipare comme la sous-espèce « vivipera », il n’y a pas d’apport nutritif de la mère à l’embryon: la dénomination de « vivipare » est donc mal appropriée. Il s’agit en fait d’ovoviviparité : dans cette modalité, le développement embryonnaire complet se déroule dans un œuf en consommant les réserves qu’il contient, à l’intérieur des voies génitales de la femelle jusqu’à son éclosion. La femelle donne alors naissance à des jeunes immédiatement actifs, autonomes et indépendants.

Le Trèfle d’eau, au début de la floraison.

Nous avons observé aussi pas mal de fleurs dont le Trèfle d’eau que je ne connaissais pas, la Linaigrette, la Grassette, etc. Les orchidées étaient présentes également, avec l’Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii) et l’Orchis maculé ou tacheté (Dactylorhiza maculata).

Ces deux orchidées sont facilement confondues et l’identification est parfois problématique. Après l’observation de terrain, je me suis replongé dans mes ouvrages pour contrôler mes critères d’identification de ces deux espèces (sources : « à la découverte des Orchidées d’Aquitaine » et « Les Orchidées de France, Belgique et Luxembourg » – Parthénope Collection). Un bon moyen pour les différencier est l’observation du labelle, situé en bas de la fleur et constitué de trois lobes.

Orchis de Fuchs, …

Orchis de Fuchs, …

Orchis de Fuchs, de couleurs variables.

  -chez l’Orchis de Fuchs, il est très fortement trilobé et le lobe médian est pointu et plus long que les latéraux mais de largeur équivalente. S’il y a un doute, on regarde la première feuille à la base du pied qui doit être ronde (non pointue).

Orchis maculé ou tacheté, …

Orchis maculé ou tacheté.

  -chez l’Orchis maculé ou tacheté, il est faiblement trilobé et le lobe médian, lui aussi pointu, est plus étroit que les latéraux et il ne les dépasse pas. A l’inverse de la précédente, la première feuille à la base du pied est pointue.

Il est certain qu’après cette journée très agréable, je vais regarder le plateau du Benou sous un œil très différent!

Article rédigé à partir des enseignements de la journée, de mes observations personnelles, de mes photos personnelles ainsi que de recherches bibliographiques dont je cite les liens :

(1) http://sigesaqi.brgm.fr/IMG/pdf/1-balade_hydrogeologique_benou_-_introduction.pdf

(2)http://reptile-database.reptarium.cz/species?genus=Zootoca&species=vivipara&search_param=%28%28taxon%3D%27Lacertidae%27%29%29

(3) https://www.zobodat.at/pdf/HER_21_3_4_0123-0146.pdf

(4)http://www.trameverteetbleue.fr/sites/default/files/syntheses-bibliographiques-especes/131219_lezard_vivipare_avril2012.pdf

(5) http://www.lacerta.de/AS/Bibliografie/BIB_11068.pdf

Sortie CPIE Béarn – Une tourbière aux richesses insoupçonnées (15 juin 2019)

Sortie CPIE Béarn – Une tourbière aux richesses insoupçonnées (15 juin 2019)

Extrait d’un panneau pédagogique présent sur le site, fourni par le Parc National des Pyrénées.

La tourbière de Pédestarrès (Louvie-Juzon)

Coupe schématique d’une tourbière – Panneau pédagogique sur le site, fourni par le Parc National des Pyrénées (extrait).

La tourbière de Pédestarrès, appelée aussi Tourbières de l’Auga, est une des rares tourbières bombées des Pyrénées. Elle est localisée entre les communes de Louvie-Juzon et de Sainte-Colome, dans les Pyrénées-Atlantiques. Elle a une histoire et des richesses à dévoiler ; elle a fait l’objet de nombreuses publications dans des revues scientifiques au niveau national et même international, comme « relique inestimable et rarissime ». Elle restitue par exemple (en partie) l’histoire du glacier d’Ossau pendant sa phase de retrait (bien que celui-ci n’ait pas recouvert le site, arrêté par un verrou rocheux) mais aussi bien d’autres informations scientifiques de première importance lors de campagnes de carottage de la tourbe. On y apprend également que l’Homme arrive sur ces lieux il y a 4 800 ans.

Une Droséra, plante carnivore bien présente dans la tourbière.

Ce site est en fait composé d’une tourbière principale (qui a été exploitée), propriété de la commune de Louvie-Juzon et de trois petites tourbières annexes (seulement drainées), interrompues par des prairies humides et des boisements. Elles sont bien distinctes et à des stades d’évolution différents. Le Conseil général a acquis en 2005 une de ces trois tourbières annexes interdite d’accès depuis, en raison de sa politique de gestion d’espaces naturels sensibles (ENS).

Ces tourbières ont été pendant très longtemps utilisées comme lieu de pâturage, ce qui leur a permis d’éviter leur fermeture naturelle. Après la Première Guerre Mondiale, l’administration cherche à développer l’exploitation des tourbières pyrénéennes comme une ressource potentielle de combustible. Commence alors le début de l’exploitation de la tourbière principale, où la tourbe est utilisée comme moyen de chauffage notamment pour les bâtiments publics du village.

En 1979, une société des environs en obtient la concession pour une exploitation industrielle. L’extraction intensive de la tourbe débute en 1991 après l’assèchement de la tourbière par des drains. Enrichie en matière organique, cette tourbe de qualité est ensuite commercialisée comme terreau pour les cultures de pépinière et horticoles. En 2001, cette concession n’est pas renouvelée et l’exploitation est définitivement arrêtée en 2003 par arrêté préfectoral. La pression avait été mise dès le début par les associations locales environnementales et les scientifiques pour que l’exploitation soit arrêtée.

A partir de 2008 un projet commence à voir le jour, avec pour objectif la restauration écologique du site et sa valorisation par la commune. Dès 2011, les jeunes habitants sont impliqués au sein de chantiers de restauration.

Cette démarche s’inscrit dans la nécessité de conserver et de valoriser ce patrimoine naturel, véritable bibliothèque à ciel ouvert où se cumulent 11 000 ans de l’histoire du piémont pyrénéen, emprisonnés sur plus de 7 mètres d’épaisseur de tourbe par endroits. Au cours du XXème siècle, on a constaté la disparition de près de 50% de la superficie des tourbières en France. Une prise de conscience progressive de l’intérêt scientifique, écologique et patrimonial de celles-ci a permis une nouvelle gestion de ces milieux uniques.

La Mairie de Louvie-Juzon a fait le choix de faire connaître ce site au grand public en accès libre. Le village se situe dans l’aire d’adhésion du Parc national des Pyrénées, qui est un des partenaires du projet : celui-ci a mis en place des panneaux pédagogiques.

La sortie d’aujourd’hui est organisée par le CPIE Béarn, avec l’intervention d’un accompagnateur qui nous fera découvrir cet environnement unique et trop méconnu : elle est riche en enseignements et je la recommande. 

Quelques informations sur les tourbières

Cet écosystème se caractérise, en premier lieu, par un sol saturé en permanence d’une eau stagnante ou très peu mobile privant de l’oxygène nécessaire à leur métabolisme les micro-organismes (bactéries et champignons) responsables de la décomposition et du recyclage de la matière organique. Dans ces conditions asphyxiantes, la litière végétale ne se minéralise que très lentement et très partiellement. Elle s’accumule alors, progressivement, formant un dépôt de matière organique mal ou non décomposée : la tourbe.​

Véritable roche végétale fossile, la tourbe est donc un sol organique issu de la dégradation incomplète de débris végétaux dans un milieu saturé en eau. Elle contient au moins 20 % de carbone et peut s’accumuler sur plusieurs mètres d’épaisseur, au rythme moyen de 0,2 à 1 mm par an. C’est un matériau combustible.

La plupart des tourbières s’étant formées après le retrait de la dernière glaciation (glaciation du Würm, il y a environ 12 000 ans), les dépôts de tourbe généralement observés ont une épaisseur comprise entre 50 cm et 5 à 10 m.

Les végétaux édificateurs de la tourbe sont essentiellement des bryophytes hygrophiles comme les sphaignes ou les mousses, des plantes sans fleurs n’ayant ni racines, ni tissus spécialisés pour la conduction de la sève.

Une tourbière est active tant que se poursuivent les processus d’élaboration et d’accumulation de la tourbe à partir de ces végétaux. Si ces processus cessent, la tourbière devient inactive… mais est parfois susceptible de se régénérer.

Selon la nature des végétaux dont elles sont issues, les tourbes présentent des caractéristiques bien marquées. Les tourbes blondes issues de la transformation des sphaignes, sont généralement des matériaux à faible densité, poreux, acides et riches en fibres de cellulose : c’est le cas de la tourbe de Louvie-Juzon. La tourbe blonde formée de sphaignes est celle qui est principalement utilisée en horticulture. Celle-ci possède de nombreuses propriétés physico-chimiques qui améliorent la structure, la capacité de rétention d’eau, l’aération et le pouvoir tampon des sols.

Les tourbes brunes ou noires sont issues de la décomposition plus avancée de grands hélophytes (plantes palustres qui vivent dans la vase mais dont les feuilles sont au-dessus de la ligne de flottaison). Ce sont des matériaux compacts, humifiés, contenant moins de fibres et dont la structure est plastique. Il existe des tourbes aux caractéristiques intermédiaires.

Sphaignes et Droséra – Extrait d’un panneau pédagogique sur le site, fourni par le Parc National des Pyrénées.

Les tourbières jouent un rôle écologique important. La tourbe a la capacité d’être une réserve d’eau. Comme une éponge, elle peut stocker d’importantes quantités d’eau qui seront restituées à la saison sèche. La tourbière se révèle donc un écosystème primordial dans la régulation du débit des cours d’eau.

Les tourbières sont aussi des réserves de biodiversité. Les conditions de vie (peu d’oxygène, beaucoup d’acidité) y sont très difficiles pour la faune et la flore. Aussi, on y trouve des espèces spécifiques à ces milieux hostiles : plantes carnivores (droséras), sphaignes, lézard vivipare, insectes, libellules et toute une faune de batraciens. Ces végétaux et animaux forment un groupe biologique particulier qui évolue dans un écosystème dont les buttes de sphaignes en sont les éléments les plus remarquables.

Quelques photos faites lors de la sortie

Une Dolomède des marais (Dolomedes fimbriatus). Ici, une femelle avec son cocon.

La Dolomède des marais est une araignée-pêcheuse; elle reste normalement à proximité immédiate de l’eau mais elle est également capable de marcher sur l’eau voire de plonger. Elle attrape principalement les insectes qui habitent les plantes des berges, mais elle peut aussi capturer les têtards, ou mêmes de temps en temps les petits poissons. Vers la fin du printemps le mâle parade longuement en bougeant les pattes antérieures devant la femelle jusqu’à qu’elle accepte l’accouplement. Deux à trois semaines après l’accouplement, la femelle tisse des cocons dans lesquels elle entourera ses œufs. Elle porte les cocons avec elle pendant quelques semaines et les installe dans une toile pouponnière lorsque les jeunes araignées sont prêts à éclore.

Un juvénile de Criquet vert (Mecostethus parapleurus).

Un Criquet ensanglanté (Stetophyma grossum) sur une Droséra. Il habite exclusivement les marécages, les tourbières et les prairies très humides.

Le Criquet ensanglanté doit son nom aux marques plus ou moins rouges que la femelle peut porter, mais ces taches ne sont pas toujours présentes, ou visibles. Les mâles sont parfois ornés de jaune vif et de vert.

Bruyère à quatre angles (Erica tetralix). Une bruyère des milieux humides et acides, aux fleurs roses. Appelée ainsi car les feuilles (que l’on devine à la base) forment quatre angles bien réguliers.

Droséra avec, dans le coin en bas à droite, une sauterelle verte.

La Narthécie des marais ( Narthecium ossifragum).

La Narthécie des marais est une plante très élégante qui pousse dans les tourbières à sphaignes. Elle est appelée aussi Narthécie brise-os ou Narthécie ossifrage. Le nom de « brise-os » provient d’une croyance selon laquelle cette plante provoquait la fracture des os des troupeaux qui la mangeaient. En réalité, il est fort probable que ces fractures étaient causées par les difficultés d’accès aux endroits où elle croît.

Un site très riche en agrions et libellules.

Des œufs d’une origine qui m’est inconnue.

Le Lézard vivipare – Extrait d’un panneau pédagogique fourni par le Parc National des Pyrénées.

Autre faune remarquable du site, illustrée par des clichés que j’ai pris ailleurs

Lézard vivipare de Lantz (deux photos prises dans une autre tourbière).

Le Lézard vivipare de Lantz (Zootoca vivipara sous-espèce louislantzy) est uniquement présent dans nos Pyrénées, le Pays Basque et le massif landais (voir mon article suivant du 16 juin 2019 sur la sortie au plateau du Benou). Il est exceptionnel. En effet, il est resté ovipare, alors que l’espèce très largement distribuée aux quatre coins du monde a évolué vers l’ovoviviparité.

Ce lézard, bien présent lors de notre sortie, est plus timide que le Lézard des murailles. Il n’est pas facile à photographier et il fut plus rapide que moi (il vaut mieux privilégier un téléobjectif pour l’immortaliser).

Grenouille rousse (photo prise au bord d’un lac d’altitude).

La Grenouille rousse (Rana temporaria) est de couleur très variable mais jamais verte. On peut facilement la confondre avec la Grenouille agile (Rana dalmatina). A cause d’une météo peu propice, on n’en a pas observé lors de cette sortie.

« Gardons à l’esprit que lorsqu’on achète de la tourbe en jardinerie pour nos plantes,

on contribue à la disparition de plusieurs milliers d’années de notre histoire ».

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, des panneaux de présentation de la tourbière sur le site (fournis par le Parc National, cité) et de sources internet, en particulier :

www.tela-botanica.org/actu/IMG/CCTP.doc

M2GEP2015_Thibault_CASTETS_Anais_LORIER.pdf

 

Le cirque d’Estaubé

Le cirque d’Estaubé

Le cirque d’Estaubé (31 mai 2019)

Le cirque d’Estaubé est un très beau site pour s’imprégner de la beauté de nos Pyrénées. Situé sur le territoire du Parc National, il se prête parfaitement à une sortie Nature. Plus petit que ses voisins de Gavarnie et de Troumouse, il en est aussi plus sauvage; il est très intéressant par la diversité des paysages, de la faune, de la flore et pour ses nombreuses cascades, tout en restant d’accès facile. On y accède depuis le village de Gèdre où on prend la D922 en direction du barrage des Gloriettes. A l’embranchement du pont de l’Araillé avant le village de Héas, on prend à droite la D176 étroite et sinueuse. On accède alors au bout de quelques kilomètres à un parking situé au pied du barrage. Ce parking est vite rempli en période d’affluence et il vaut mieux arriver tôt. Un deuxième parking plus petit situé plus bas demandera un peu plus d’effort aux personnes intéressées uniquement par l’accès au lac. La route est fermée en hiver à cause de la présence de neige.

Le premier centre d’intérêt est le lac des Gloriettes, situé à 1668m d’altitude. Le barrage qui le domine permet d’avoir un joli panorama sur le site avec une vue sur les crêtes du cirque. Il est accessible en quelques minutes à partir du parking supérieur. Il faut compter une heure environ pour faire le tour complet du lac sur un sentier de découverte, sans les arrêts (longueur 2.9 km avec peu de dénivelé, autour de 80 m). Le site est hors Parc National mais il est classé Natura 2000. Ce tour est très intéressant: flore diverse, marmottes, beaux panoramas. Les panneaux explicatifs incitent à le faire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en passant d’abord sur la digue du barrage. On peut cependant le faire aussi dans l’autre sens, en partant du fond du parking.

On peut aussi poursuivre dans le cirque d’Estaubé, ce que nous avons fait. Les photos de l’article sont prises avec mon portable (panoramas) ou avec un téléobjectif. Elles ont essentiellement un intérêt « Nature », c’était le but de cette sortie. Je recommande vivement d’avoir avec soi une paire de jumelles pour profiter au mieux des nombreuses opportunités offertes.

La sortie d’aujourd’hui est une boucle jusqu’au fond du cirque, au Pla d’Ailhet où se trouve la cascade du même nom. La météo était parfaite; le premier nuage n’est apparu que dans la soirée.

Le panneau de présentation du sentier de découverte du lac des Gloriettes, avant de passer sur la digue du barrage.

L’aller, jusqu’au fond du cirque

Après être passé sur la digue du barrage, on continue sur une piste jusqu’à une bifurcation avec des panneaux de directions. On prend sur la gauche en descendant vers la bordure du lac, dans la direction du Parc National.

Poteau indicateur des diverses directions, après le barrage. Tout droit, on va vers le plateau de Coumély (0h30) et ses granges, vers Gèdre par le sentier de Ramond (2h00) ou vers Gavarnie (2h15).

Le plateau de Coumély (photographié à la fin de la sortie d’un point de vue au-dessus du parking).

A cette bifurcation, on peut augmenter l’intérêt de la sortie en faisant d’abord le détour au plateau de Coumély et ses granges (1h00 environ A/R sans les pauses, avec un magnifique point-de-vue sur le lac et le cirque avant d’arriver aux premières granges. Aucune difficulté), puis reprendre le sentier de découverte.

Le lac des Gloriettes (sens inverse des aiguilles d’une montre). La partie grise et minérale des rochers est sous eau quand le lac est plein. Au fond, on aperçoit quelques sommets du cirque d’Estaubé encore enneigés.

Le sentier dans ce sens passe près de la bordure du lac, alors qu’il la surplombe sur la rive opposée. Au fur et à mesure de la progression, le cirque va se dévoiler. On observe dès le départ la Fritillaire des Pyrénées ou Fritillaire noire (Fritillaria pyrenaica), endémique des Cévennes méridionales, des Corbières et des Pyrénées, relativement rare. Elles ne sont pas totalement en fleur et je n’ai pas pris de photo.

Les premières marmottes; il y en aura bien d’autres dans la journée.

L’accenteur mouchet (Prunella modularis), un passereau sobre ressemblant à un moineau par son plumage. Très discret en période hivernale, le mâle se tient bien en vue en période de reproduction pour chanter. 

Le site est aussi fréquenté par le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) et le Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros). Avec ce beau soleil, tout le monde chante! On arrive ainsi au fond du lac. Puis on continue tout droit sur le chemin bien tracé en remontant la vallée le long de la rive gauche du gave d’Estaubé (gave à main gauche) se jetant derrière nous dans le lac. Après avoir passé un portillon pour le bétail, on longe une zone humide avec des panneaux explicatifs sur ce milieu naturel.

On arrive alors à une bifurcation avec un poteau indicateur de directions (0h30 depuis le départ) :

1-On peut continuer sur le sentier de découverte avec le retour au parking des Gloriettes par l’autre rive du lac (0h35). Il faut alors bifurquer à gauche et cette direction est commune avec celles se dirigeant vers la cabane de Groutte (1h45) ou le cirque de Troumouse (3h30). On traverse le gave sur une passerelle. On passera par là au retour pour finir le tour du lac.

2-Ou on continue tout droit dans le cirque.  

C’est ce que nous avons fait. On continue donc dans la direction indiquée pour la cabane d’Estaubé (1h00), la Hourquette d’Alans (3h15) ou le Port de Pinède (3h30).

Un peu plus loin, le sentier longe la limite du Parc National (à main droite). On continue le chemin jusqu’à un embranchement indiquant à nouveau plusieurs possibilités (oh50 depuis le parking). A ce niveau-là, on entre dans le Parc National! (matérialisé par le panneau de la réglementation au sein du Parc et les fameuses têtes d’isard rouge sur fond blanc).

L’embranchement est matérialisé par les deux panneaux suivants :

3-On peut bifurquer à gauche sur un chemin proche de l’eau, en direction de la cabane d’Estaubé que l’on atteint après avoir traversé le gave sur le pont d’Estaubé (niveau promenade – 1h30 environ depuis le départ; 1h15 pour la descente – dénivelé faible, moins de 100m – 7 km A/R environ).

De la cabane, on peut continuer jusqu’au fond du cirque en remontant le gave jusqu’au Pla d’Ailhet (1834 m) et sa cascade (1899m) (niveau marche – Balisage jaune – 2h30 environ depuis le départ; 2h00 pour la descente – dénivelé positif 230 m – 12 km A/R environ). Au-delà, la progression n’est plus possible.

4-ou continuer par le sentier à main droite, bien tracé, qui s’éloigne du gave en prenant de l’altitude, avec les trois possibilités indiquées sur le panneau : Hourquette d’Alans (2h15), Port Neuf de Pinède (2h30), Les Espuguettes (2h40). Mais aussi, brèche et refuge de Tuquerouye. La Hourquette d’Alans se fait aussi en traversée du barrage des Gloriettes à Gavarnie : après l’avoir franchie (2430m), on bascule dans le cirque de Gavarnie vers le refuge des Espuguettes et on descend à Gavarnie. Pour ces options qui ne sont plus de la sortie Nature mais de la randonnée de haute-montagne, il y a des topos très bien faits sur internet.

5-On peut rester rive gauche du gave (gave à main gauche) en suivant la direction vers la Hourquette d’Alans, pour aller visiter une jolie cascade sur le ruisseau de Pouey Arrabi. On descend ensuite hors sentier vers le Pla d’Ailhet pour retrouver sa cascade au fond du cirque, en traversant le gave à pied. Cette option permet de découvrir les deux rives du gave d’Estaubé.

C’est ce que nous avons fait ce jour-là car le niveau du gave permettait de le traverser dans sa partie supérieure sans trop se mouiller les chaussures.

Le cirque d’Estaubé, avec de gauche à droite :

Le pic Blanc (2828m), Le Port Neuf de Pinède (2466m), la punta del Forcarral (2716m), le Pic de Pinède (2860m), la brèche de Tuquerouye (2666m), le pic de Tuquerouye (2819m), la brèche des deux Bornes. Encore cachés, en continuant vers la droite : le Grand Astazou (3071m), le pic Rouge de Pailla (2780m) et la Hourquette d’Alans (2430m). 

Vue rapprochée sur le pic Blanc (2828m).

Vue rapprochée sur le port Neuf de Pinède (2466m) et la punta del Forcarral (2716m).

Vue encore plus rapprochée sur le port Neuf de Pinède (2466m).

Vue rapprochée sur le pic de Pinède (2860m).

Vue rapprochée de la brèche de Tuquerouye, avec le piton de la Borne de Tuquerouye Oriental (2471m).

Vue rapprochée sur le pic de Tuquerouye (2819m), avec la brèche des deux Bornes, située à droite.

Vue très rapprochée de la brèche située à gauche du sommet du Tuquerouye (voir cliché précédent).

Vue rapprochée de la brèche des deux Bornes.

Vue encore plus rapprochée de la brèche des deux Bornes. 

Le pic Rouge de Pailla (2780m). La Hourquette d’Alans (2430m) est sur la droite, hors cadre.

Un doublé de marmottes.

Et toujours des marmottes.

Choucards à bec jaune, sur fond de brèche de Tuquerouye.

Un moment particulier : une « explication » entre un Traquet motteux (une femelle) et une marmotte.

Primevère farineuse (Primula farinosa).

Gentiane de Koch (Gentiana kochiana).

Gentiane de printemps ou Gentiane printanière (Gentiana verna).

Primevère farineuse (Primula farinosa).

Saxifrage aizoon (saxifraga paniculata).

Parterre de fleurs au bord du gave (Primevère farineuse et Grassette vulgaire).

Jonquilles et Gentiane de Koch.

Primevère farineuse et Grassette vulgaire (Pinguicula vulgaris).

Une des nombreuses cascades alimentant le gave d’Estaubé, côté rive gauche (prise au téléobjectif avec deux focales différentes).

Visite au pied de la cascade un peu à l’écart du sentier menant à la Hourquette d’Alans, avant de quitter celui-ci pour descendre vers le Pla d’Ailhet. Ruisseau de Pouey Arrabi.

La descente hors sentier vers le Pla d’Ailhet pour traverser le gave d’Estaubé. Au fond du cirque, on aperçoit le névé empêchant la progression vers la cascade du Pla d’Ailhet.

Vue rapprochée du névé par-dessus le gave d’Escaubé, empêchant la progression vers la cascade du Pla d’Ailhet.

Traversée du gave au niveau du Pla d’Ailhet. En haut du cliché à droite, les deux pitons sous la brèche des deux bornes s’appellent « Les deux Bornes ».

Sur le Pla d’Ailhet, en direction du fond du cirque.

A la source du gave, le même gros névé qui barre l’accès plus avant pour la cascade du Pla d’Ailhet.

Une « curiosité sur un rocher » à la source du gave.

Sur le sommet d’un énorme rocher, à la source du gave. 

Impossible d’aller voir la cascade du Pla d’Ailhet.

Au bord du névé, avec le gave qui coule par-dessous.

La cascade du Pla d’Ailhet est située vers la gauche et au-dessus de la barre rocheuse surplombant le névé. 

Vue rapprochée sur la cascade du Pla d’Ailhet (à gauche), avec l’accès bloqué par plusieurs névés. 

Vue rapprochée de la cascade située au milieu du cliché panoramique, juste au-dessus du névé.

Le refuge de Tuquerouye en haut de la brèche de Tuquerouye, depuis le fond du cirque.Tout à droite, le piton de la Borne de Tuquerouye Oriental.

Vue rapprochée sur le refuge de Tuquerouye et sa Vierge (surplombant le refuge, à sa gauche). Le refuge inauguré le 5 août 1890 est le plus vieux et le plus haut refuge des Pyrénées (2666 m), agrandi en 1927 et restauré en 1999. Quelques jours après l’inauguration, le 11 août 1890, cette statue de la Vierge pesant 75 kg est montée à dos d’homme par le guide François Bernat-Salles depuis Gavarnie.

Le Grand Astazou (3071m), une vue rapprochée depuis le fond du cirque.

Un éterlou (isard d’un an, né en mai 2018).

Un deuxième éterlou, légèrement plus haut que le précédent.

Moment sympa sur les premiers contreforts au fond du cirque : la rencontre de deux éterlous, chassés par leurs mères qui viennent de mettre bas. On ne verra pas d’autres isards de la sortie. 

Le retour vers le lac des Gloriettes et le parking

Une vue différente du pic Rouge de Pailla (2780m), en quittant le fond du cirque. Il domine la Hourquette d’Alans (2430m) située à droite, hors cadre.

Au pied du massif montagneux, le chemin monte en lacets jusqu’à la Hourquette d’Alans (2430m) encore enneigée, toute à gauche.

Le retour s’effectue rive droite du gave d’Estaubé (gave à main gauche), en le suivant jusqu’à la cabane d’Estaubé, puis en obliquant vers le pont d’Estaubé où on retrouve le chemin aller. On le continue jusqu’à la bifurcation pour terminer le tour du lac par le sentier de découverte.

Le gave d’Estaubé grossit, alimenté par de nombreux ruisseaux descendant des deux versants de la montagne.

Je verrai à deux reprises un cincle plongeur ou Merle d’eau (Cinclus cinclus), mais il était trop pressé et je n’ai pas pu l’immortaliser.

Cascades sur un des nombreux ruisseaux alimentant le gave.

C’est la troisième carcasse trouvée dans le cirque, avant de repasser sur le pont d’Estaubé.

Au loin en se retournant, le premier nuage de la journée se forme côté Espagne, au-dessus de la brèche de Tuquerouye (à droite, le pic de Tuquerouye).

Cliché pris au même moment que le précédent, au format portrait.

Encore des marmottes, en train de faire une roulade. Elles auront été très nombreuses, lors de cette sortie.

Le gave d’Estaubé.

Vues rapprochées de l’effet de la lumière et du vent sur l’eau dévalant les falaises.

On sort du Parc National et on arrive à la première bifurcation de ce matin.

Ce matin, on est arrivé du barrage des Gloriettes (0h30) et on s’est dirigé vers la Hourquette d’Alans. On a quitté plus haut le sentier pour traverser le gave à pied , direction le fond du cirque.

Maintenant, on reprend le parcours de découverte (parking des gloriettes) qui fait le tour du lac des Gloriettes dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.  

Encore une cascade!

Primevère farineuse.

Myosotis …

Le lac des Gloriettes, que l’on domine sur la deuxième partie du sentier de découverte.

Prendre la direction du parking.

Encore une cascade!

Toujours le lac des Gloriettes.

Les granges de Coumély dominant le barrage des Gloriettes. Mon dernier cliché de la sortie, pris au-dessus du parking. 

Cet article n’est pas un topo; je vous recommande de vous munir de la carte IGN au 1:25 000 1748 OT. Les temps de marche ne sont qu’indicatifs. En effet, le but principal de la sortie était, avant tout, d’ouvrir les yeux sur la Nature! Nous avons été bien occupés toute la journée.

Information sur la cabane de Groutte

Dans la deuxième partie du tour du lac des Gloriettes par le sentier de découverte, vous verrez ce panneau situé à 15 mn du retour au parking, à l’opposé de la digue du barrage. Je vous conseille de chercher un topo sur « la randonnée au lac des Gloriettes depuis la cabane de Groutte ». En effet, il est possible de se garer en voiture à cette cabane en pierre, située sur le bord de la route en direction du cirque de Troumouse après le village de Héas (comme pour le parking des Gloriettes, il vaut mieux arriver tôt en période de grande affluence). Le sentier à partir de cette cabane jusqu’au lac des Gloriettes ne présente pas de difficulté et la sortie peut se combiner avec une boucle autour du lac ou dans le cirque d’Estaubé avec un retour au point de départ (ou prévoir l’utilisation de deux voitures).

Renardeaux pris au piège …. photographique

Renardeaux pris au piège …. photographique

L’un des trois renardeaux découvrant le piège photographique (03 mai 2019) – Copie écran d’une vidéo. 

Instants de vie de renardeaux

Nés début avril, les renardeaux sont sortis du terrier. Ils se promènent dans les environs immédiats à toute heure de la nuit mais également du jour. Leur distance d’investigation est d’une vingtaine de mètres. Je les surveille avec un piège photographique. Je les laisse tranquille et je ne tente pas de prendre de photos : ils pourraient partir ailleurs.

Deux des trois renardeaux – Le troisième est à droite, derrière la végétation (02 mai 2019) – Copie écran d’une vidéo.

Les séquences vidéos de nuit sont obtenues avec un éclairage nocturne à base de leds dites « noires » (940 nm). Ces leds sont quasiment invisibles pour ces animaux. Elles éclairent la zone se trouvant devant le piège photographique mais elles ne dégagent pratiquement aucune luminosité. Leur seul point négatif est leur portée, assez limitée.

Sur les séquences vidéos (liens en bas de ce post), on voit au maximum trois renardeaux ensemble. Ils peuvent être généralement plus nombreux, quatre à cinq petits en moyenne, mais cela dépend de certains facteurs comme par exemple l’abondance de la nourriture et l’âge de la mère. La mortalité est élevée chez les jeunes.

Nés sourds et aveugles, ils ne pesaient alors qu’une centaine de grammes mais ils grandissent vite. Leur mère est restée en permanence avec eux et elle les a allaité pendant quatre semaines. Ils commencent à consommer de petites proies à partir de 3 semaines. La femelle est pendant cette période d’allaitement nourrie par le mâle. A partir d’un mois, les petits sortent du terrier et ils sont éduqués par les parents. Leur face est devenue rousse et leur fourrure passe progressivement du gris souris au roux. Ils vont être rapidement sevrés, à partir de 6 semaines. Je vois qu’ils commencent déjà à rechercher d’eux-mêmes de la nourriture. Pour l’instant, ils restent dans le sous-bois, à proximité de leur terrier caché sous les ronciers.

Je n’ai vu qu’une seule fois les parents sur les vidéos, filmées sur une période de cinq jours. Il est 09h00 du matin : l’un passe brièvement devant le piège photo et l’autre fait sa toilette en arrière-plan. Sur les séquences nocturnes, on voit de temps en temps que les petits sont attentifs, intéressés par un événement derrière le piège vidéo et ils disparaissent de l’écran. Probablement l’arrivée d’un parent! Pendant la journée, ils jouent à proximité du terrier, du moins pour l’instant.

Renardeau venant se rasseoir toujours à la même place – Copie écran d’une vidéo.

Le choix de l’emplacement d’un piège photographique est plus complexe qu’il n’y parait. En effet, la pose est « en aveugle » : en dehors des coulées, il faut souvent tâtonner pour avoir un bon cadrage. Il faut savoir aussi que les renards adultes (ainsi que les blaireaux) distinguent quand même une faible luminosité sur les pièges photographiques et ils ont une réaction immédiate : faire demi-tour à vive allure. Ces animaux sont très rusés et « percutent » vite. Les renardeaux ne remarquent le piège photographique qu’au cours de la première journée de sa pose; pourtant, celui-ci est discret. Ils vont rapidement s’y habituer et se mettre à jouer.

Il ne faut pas rechercher de proximité comme celle de l’entrée du terrier pour installer ce type de camera : la famille déménagerait ailleurs.

Une petite bouille sympa! – Copie écran d’une vidéo.

Sur les vidéos, l’un des renardeaux est plus hardi pour explorer et les deux autres restent souvent ensemble. D’un jour à l’autre, ils font les pauses aux mêmes endroits : chacun a sa place réservée. La nuit, on se promène dans les abords immédiats en attendant le retour du père pour manger ; le jour, on joue. Une vie de renardeau!

Après avoir déplacé le piège vidéo une dizaine de mètres en arrière de l’aire de jeu, mes suppositions se confirment. On voit un adulte faire des allées et venues entre 21h00 et 6h30: il s’agit en fait des deux parents, que l’on arrive à différencier à leur queue légèrement différente. Parmi les renardeaux, il y en a un vraiment hardi, il explore et seulement de nuit, les deux autres restent en retrait. A aucune moment ils n’apparaissent de jour sur ce rayon d’investigation agrandi. Le déplacement du piège confirme bien que les parents ne sortent que la nuit et que les renardeaux, de jour, ne jouent qu’à proximité immédiate du terrier.

Le père des trois renardeaux en train de muloter à 500 mètres environ du terrier (04 mai 2019)

Le père a un rayon d’investigation assez grand, ainsi que je peux le remarquer sur des séquences récupérées à la même période. Je l’y surprends la plupart du temps à muloter, à partir de 22h00. Je l’apercevrai sans doute bientôt de jour pour nourrir sa famille qui va devenir de plus en plus exigeante en quantité de nourriture.

Les séquences sont postées sur Vimeo afin de ne pas surcharger mon site internet. Il suffit de suivre les liens ci-après :

Un petit résumé parmi les séquences filmées durant la nuit : https:/https://vimeo.com/334379041

De même, pour quelques séquences de jour : https://vimeo.com/334761127

 

 

 

 

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

 

Sierra de Gredos, le 7 mai 2018 – Tous mes clichés de bouquetins de l’article sont pris le même jour.b

Le Bouquetin Ibérique (Nom scientifique : Capra pyrenaica),

de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Bouquetins mâles au repos sur une pelouse, dans la Sierra de Gredos.

Préambule

Le Bouquetin ibérique appelé aussi bouquetin d’Espagne est un beau mammifère auquel je m’intéresse depuis peu. Il ne faisait pas partie de mon environnement mais les choses sont en train de changer, avec le retour de cet animal chez nous, on le verra plus loin en dernière partie de cet article.

Anciennement présent sur le versant français des Pyrénées, en Andorre, en Espagne et au Portugal, le bouquetin ibérique subsiste de nos jours en Espagne et au nord du Portugal. Il occupe des habitats très variés, tous caractérisés par la présence d’escarpements rocheux : depuis le bord de mer en Andalousie à moins de 200 m d’altitude, jusqu’aux plus hautes montagnes de la péninsule à plus de 3 000 m d’altitude (Sierra Nevada, Sierra de Gredos). Les différentes populations, aujourd’hui isolées, formaient un ensemble par le passé.

Il regroupe quatre sous-espèces, dont deux ont disparu : Capra pyrenaica ssp. lusitanica ou bouquetin portugais et Capra pyrenaica ssp. pyrenaica ou bouquetin des Pyrénées.

Le bouquetin portugais Capra pyrenaica ssp. lusitanica avait des cornes différentes de toutes les autres sous-espèces ibériques, plus petites et presque deux fois plus larges. Il  habitait les zones montagneuses du nord du Portugal, de la Galice, des Asturies et de la Cantabrie occidentale. Jusqu’en 1800, il était assez répandu mais son déclin a ensuite été rapide à mesure que la pression de la chasse augmentait. En 1870, il était devenu rare. Le dernier troupeau d’environ une douzaine d’animaux a été enregistré en 1886. Une vieille femelle a été capturée vivante en septembre 1889, mais n’a survécu que trois jours. Deux autres femelles ont été retrouvées mortes l’année suivante, victimes d’une avalanche en Galice. Le dernier bouquetin portugais connu en Espagne est mort en 1890 et la dernière observation connue faite au Portugal était une femelle dans la Serra do Gerês en 1892.

Sur le versant espagnol des Pyrénées, un nombre restreint de bouquetins des Pyrénées Capra pyrenaica ssp. pyrenaica survivait dans le parc national d’Ordesa y Monte Perdido, dont la création en 1918 devait justement les sauvegarder. Il en restait 50 en 1952, 20 en 1970 avec une dernière reproduction en 1987. Le dernier connu, une femelle nommée Celia, a été retrouvée morte le 6 janvier 2000, le crâne fracassé par la chute d’un arbre lors d’une violente tempête. Sur le versant français, les deux derniers bouquetins des Pyrénées ont été abattus en 1910 près du lac de Gaube, au dessus de Cauterets. Chassés jusqu’à l’extinction!

En Espagne, la population encore en vie est constituée par les deux sous-espèces restantes, victoriae et hispanica. Elle avait disparu de plusieurs régions et dans d’autres, elle avait diminué de manière conséquente. Le fait d’être une espèce unique au monde, endémique de la péninsule, en avait fait un grand gibier recherché pour le tir et le trophée. Un programme de conservation est né en 1950 à l’échelle nationale, avec la création de nombreuses Réserves.

Au début des années 1990, la population était estimée à 7 900 individus. Dans une étude complète sur le bouquetin ibérique parue en Espagne en 2012, quelques 50 000 individus sont distribués dans la péninsule ibérique en plus de 27 noyaux dont les plus importants sont: Sierra Nevada (16 000 exemplaires), Gredos (8 000), Maestrazgo (7 000), Ronda et Grazalema (4 000), Cazorla (2 500), Tejeda et Almijara (2 500), Antequera (2 000), Sierra Morena (2 000) et Muela de Cortés (1 500) ; ces chiffres proviennent d’études antérieures effectuées en 1997 et 2002. C’est en partie la création en 1905 de la Réserve royale de chasse de la Sierra de Gredos par le roi Alfonso XIII qui a permis à l’Espagne de garder l’espèce en vie.

En juin 2017, on signale que la population a augmenté de façon exponentielle dans la Sierra de Guadarrama depuis la réintroduction de l’espèce en 1990. Elle est de 4 000 alors qu’il ne faudrait pas qu’elle dépasse idéalement 1 300. La question du surpeuplement de ce noyau de population avec les risques qu’elle génère est devenue préoccupante : le repeuplement d’autres zones par prélèvement d’individus est une des méthodes adoptées, entre autres, pour en limiter le nombre.

Le Bouquetin ibérique

Description

Le Bouquetin ibérique a une allure générale de chèvre mais il est beaucoup plus massif. Le mâle s’appelle le bouc, la femelle l’étagne et le jeune, le cabri.

Trapucampé sur des pattes robustes munies de sabots incroyablement adhérents à la roche, il ignore le vertige. Il saute à travers des murs presque verticaux ou même de la glace. Timide et calme, il a un bon sens de l’odorat et de l’ouïe.  

Hardes de mâles (boucs) adultes, d’âges variés.

Femelle (étagne) et cabris, sur une pelouse à basse altitude. Les mâles (boucs) sont plus haut, au milieu des névés.

Très grégaire, il vit en harde avec d’une part les mâles adultes, de l’autre les femelles et leurs petits de l’année ainsi que les sujets âgés de trois ans au plus. Bien qu’il ne migre pas, le mâle peut faire de longs voyages erratiques pendant l’hiver.

Une Etagne, reconnaissable à sa robe à dominante marron et à ses courtes cornes, presque droites.

Un jeune bouc, reconnaissable à ses cornes développées et à sa barbe naissante.

Un bouc plus âgé.

Deux boucs d’un âge très vénérable.

Le pelage varie en épaisseur et couleur selon les saisons, devenant plus clair et plus court en été. Il noircit au fil des ans au niveau des extrémités, du cou, du ventre et du dos chez le bouc. Il est à dominante marron chez la femelle. Le mâle porte une petite barbe drue sous le menton.

Quelques cornes remarquables portées par des sujets d’un âge avancé.

Ses cornes lui donnent une silhouette caractéristique. Il en porte très tôt et celles-ci ne tombent pas. Elles croissent durant toute la vie de l’individu mais surtout avant 7 ans. La croissance est annuelle sur la base de cernes. Elles peuvent atteindre 90 cm chez le mâle adulte. Leur forme est très variable, le plus souvent torsadée en lyre et finement annelées, incurvées vers l’arrière et dont les extrémités sont dirigées vers le haut et l’extérieur. Les bourrelets sont peu marqués. Ces attributs assurent la suprématie sexuelle chez les mâles qui s’affrontent en de spectaculaires et sonores combats lors de la période de rut.

 

L’Etagne.

La femelle (étagne) possède des cornes plus modestes, plus droites et ne dépassant pas les 25 cm. Un net dimorphisme sexuel est présent chez cette espèce, les mâles mesurant près de 85 cm au garrot pour 60-90 kg, contre 70 cm et 30-45 kg pour les femelles. Ces données varient légèrement selon les sources consultées.

Il évolue indifféremment de jour comme de nuit, même si ses heures d’activité maximales sont localisées le matin et en fin d’après-midi, vers le crépuscule. En hiver, il s’active pendant les heures centrales de la journée, quand il fait plus chaud.

Habitat

Le rocher est l’habitat principal du Bouquetin, qui affectionne les milieux escarpés aux falaises et vires nombreuses, plutôt orientés au sud et rapidement déneigés à proximité de pelouses. Il s’adapte très bien à des altitudes et des climats très différents. Il préfère les milieux ouverts, et fréquente peu la forêt. Il a besoin de vastes étendues même si les femelles se contentent d’un espace plus réduit que celui des mâles.

Une harde de mâles d’âges variés à basse altitude, où l’herbe a déjà bien verdi.

Un mâle solitaire en altitude, en train de se frotter les cornes au milieu de petites jonquilles qui fleurissent par milliers.

Ce besoin d’espace varie fortement en fonction des ressources alimentaires et des saisons. L’hiver et la neige repoussent les animaux vers le bas des versants tandis qu’en été, ils sont attirés par la fraîcheur et la qualité de la végétation près des crêtes.

La sous-espèce Capra pyrenaica victoriae est présente principalement, avec 10 000 individus actuellement, dans la Sierra de Gredos (entre les provinces de Cáceres et d’Ávila), dans la Sierra de Guadarrama, et également à Las Batuecas (Sierra de Francia, au sud de Salamanque).

La sous-espèce Capra pyrenaica hispanica (appelée aussi bouquetin de Beceite), la plus répandue, est présente dans les zones montagneuses près de la Méditerranée, la population principale étant dans la Sierra Nevada. On la trouve dans les puertos de Tortosa – Beceite (Catalogne), Maestrazgo (Teruel y Castellón), les Sierras de Cuenca, Muela de Cortés (Valence), la Sierra de Alcaraz, les Sierras de Cazorla y Segura (province de Jaén), la Sierra Madrona, la Serria Nevada (Grenade), la Sierra de Lújar, la Sierra de la Contraviesa , les Sierras de Tejeda y Almijara (Almería), la Serranía de Ronda (province de Cadix), la Sierra de las Nieves, Serranía de Cuenca (province de Cuenca) et la Sierra de Grazalema.

Régime alimentaire

Le Bouquetin ibérique s’alimente de végétaux, consommant de préférence des graminées à la belle saison, des ligneux en automne et en hiver, voire des lichens et des mousses lorsque les conditions deviennent trop rudes. Son régime alimentaire est plus éclectique et diversifié que celui de notre Isard. Vivant dans les rochers, il n’occasionne de dégâts ni aux forêts ni aux pâtures.

Reproduction

C’est une espèce polygame. Le rut induit souvent de grands déplacements chez les mâles. Le temps de chaleur est entre novembre et janvier. Les mâles se comportent de manière agressive les uns envers les autres et se livrent à de violents combats pour les femelles. Ils se lèvent sur leurs pattes de derrière et se cognent les cornes lorsqu’ils retombent. Le vainqueur se fait alors un petit harem qu’il abandonne après les accouplements.

Une mère (en haut à gauche) et plusieurs cabris.

La gestation dure environ 5 mois et les naissances ont lieu entre avril et juin, un ou deux cabris allaité(s) jusqu’à l’âge de six mois. La mise-bas s’effectue de préférence dans un endroit inaccessible aux prédateurs. Le jeune reste pendant presque 2 ans avec sa mère (âge où il atteint sa maturité sexuelle), formant ainsi avec d’autres mères des petites hardes de 10-20 individus.

A l’âge de 3 ans, les jeunes mâles forment des groupes indépendants, qui perdurent au cours du temps. Les bouquetins ont une longévité moyenne de 12-15 ans et peuvent vivre jusqu’à 20 ans.

La Sierra de Gredos

Lever du soleil sur les sommets culminants de la Sierra de Gredos (7 mai 2018) – De gauche à droite, El Pico Almanzor (2592m, point culminant de la Sierra), El Ameal de Pablo (2505m), la Galana (2564m, au centre) avec à droite en arrière-plan El Riscos del Grute, puis El Canchal de la Galana (2479m). Je n’ai pas identifié le sommet arrondi tout à droite.

La Sierra de Gredos est une chaîne de montagnes appartenant au système central , située entre les provinces de Salamanque, Cáceres, Ávila, Madrid et Tolède. Son altitude maximale se situe dans la province d’Ávila, avec le Pico Almanzor à 2592 mètres d’altitude. La neige y est présente des mois de décembre à mai. J’y ai fait la rencontre de mes premiers bouquetins ibériques et de la fameuse Gorgebleue, un passereau très photogénique recherché par les photographes naturalistes.

Alphonse XIII d’Espagne y a créé en 1905 le refuge royal de chasse de la Sierra de Gredos afin de limiter la chasse au bouquetin dans la région et de sauver la population locale alors réduite. Aujourd’hui, le bouquetin ibérique y est toujours chassé, sous certaines restrictions.

Les principales espèces animales que l’on peut y rencontrer aujourd’hui sont donc le bouquetin ibérique (Capra pyrenaica), le chevreuil (Capreolus capreolus), la perdrix rouge (Alectoris rufa), l’aigle royal (Aquila chrysaetos), l’aigle impérial (Aquila adalberti), la bondrée apivore (Pernis apivorus), le vautour moine (Aegypius monachus) et le vautour fauve (Gyps fulvus).

Montée vers le cirque de Gredos – La neige est toujours présente en ce début de mois de mai. Tout à gauche, el Pico Almanzor! (cliché pris avec mon portable).

Le « terrain de jeu » des bouquetins – Rochers et pelouses dégagées de neige.

Une partie de la chaîne est déclarée « Parc régional de la Sierra de Gredos« . C’est un espace naturel protégé qui couvre une superficie de 86 397 ha. Il est reconnu comme une destination idéale pour observer les étoiles par la « Fondation Starlight« .

On y note la présence d’espèces menacées ou singulières, telles que le desman ibérique (Galemys pyrenaicus rufulus), ou la loutre (Lutra lutra). Le desman ibérique Galemys pyrenaicus rufulus est une des deux sous-espèces du desman des Pyrénées Galemys pyrenaicus, l’autre étant Galemys pyrenaicus pyrenaicus, vivant exclusivement dans nos Pyrénées. Un projet de conservation du desman ibérique mené en 2018 et 2019 par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche, de l’Alimentation et de l’Environnement, a pour objet de mener des actions de préservation de l’habitat à la source des rivières Aravalle et Becedillas, deux affluents du fleuve Tormes, situées à l’ouest de la Sierra de Gredos.

La Plataforma de Gredos est le principal point d’accès au cœur du parc, à une altitude de 1750 m, à la fin du route d’une longueur de 12 km partant du village de Hoyos del Espino et menant à un grand parking. Cette route a été construite dans les années 40, à la demande du dictateur Francisco Franco, dans le but de faciliter l’accès à son terrain de chasse.

Le cirque de Gredos depuis Las Barrerones (2210m) – De gauche à droite, Los Tres Hermanitos (avec à ses pieds, la « Laguna Grande »), El Casquerazo, la Portilla de los Machos, el Cuchillar de las Navajas, el pico Almanzor, el Ameal de Pablo, la Galana et el Risco del Grute en partie caché (cliché pris avec mon portable). 

« Circo de Gredos » – Extrait de la carte Google Earth, annotée.

Il y a un itinéraire qui mène au centre du cirque glaciaire de Gredos, très fréquenté en été par les touristes et les alpinistes. C’est celui que j’ai emprunté début mai dernier pour photographier les bouquetins. Le sentier commence à la Plataforma de Gredos (1750 m) et commence à monter vers le sud-ouest pour atteindre les Barrerones (2210 m). De là, le sentier descend au sud jusqu’à la Laguna Grande et le refuge Elola. La distance aller est d’environ 6,4 km. C’est l’un des endroits les plus importants du parc régional. Ce cirque glaciaire est le plus étendu de tout le système central, avec une superficie d’ environ 33 hectares.

À l’est du cirque se trouve le pic Almanzor, le plus haut de la chaîne de montagnes avec ses 2592 mètres d’altitude. Dans la partie inférieure du cirque, et donc au nord-est de celui-ci, se trouve la « Laguna Grande« , également d’origine glaciaire, à une altitude de 1940 m. Elle est aujourd’hui gelée et recouverte de neige. À côté de cette lagune se trouve le refuge Elola, très fréquenté par les alpinistes qui montent au sommet de l’Almanzor (cliché pris avec mon portable).

Le Cirque de Gredos se trouve dans le bassin hydrographique de la rivière Tormes, un affluent du Duero – cliché pris avec mon portable depuis los Barrerones (2210 m).

Ma seule rencontre du jour, un couple d’Espagnols de la région, cliché pris avec mon portable pendant la descente. Le monsieur a gravi la plupart des plus hauts sommets de nos Pyrénées françaises. Je n’aime plus trop me promener seul en montagne, en particulier dans la neige quand je ne connais pas les lieux et nous avons terminé la montée ensemble. Je me suis attardé pour prendre des photos et ils sont redescendus en premier. Et ce que je redoute parfois est arrivé devant moi. Avant ce cliché, le monsieur est passé en partie au travers du manteau neigeux printanier gelé et avait du mal à en ressortir. Heureusement, il s’est dégagé sans mal avant mon arrivée. Comme quoi, tout peut arriver dans cet environnement et j’en ai un peu souri, mais après!

Tout le long de l’itinéraire, outre les bouquetins ibériques, j’aurai l’occasion de rencontrer, autant durant la montée que lors du retour, de nombreux passereaux. Par moments, ils s’envolent carrément à mes pieds, des moments très sympas. Trois jours plus tôt, j’avais rencontré en Estrémadure un ornithologue allemand spécialisé dans la prises de photos d’oiseaux pour des guides naturalistes. Il m’avait raconté ces moments qu’il avait lui-même vécus et j’avoue que j’avais été d’abord un peu réticent à le croire. C’est un peu sous son incitation que j’ai choisi cette destination pour essayer de trouver à l’origine, non pas le bouquetin ibérique mais, la Gorgebleue! Et j’ai été comblé, en photographiant les deux : sentiment de plénitude en redescendant vers la voiture! Les passereaux rencontrés feront l’objet du prochain article, celui-là est déjà bien conséquent.

Mon dernier cliché de cette sortie, que j’aime bien. La harde s’éloigne tranquillement le long du chemin cairné et ce sujet se retourne pour m’observer, avant de s’éloigner à son tour.

Le retour de Capra pyrenaica dans nos Pyrénées

Ce mois d’avril 2019, le Bouquetin ibérique vient au devant de notre actualité régionale. Le jeudi 11,  il y avait du monde sur la commune d’Accous, dans la Vallée d’Aspe. Tous sont en effet venus assister à un grand moment : le lâcher au lieu-dit Aoulet de sept bouquetins ibériques originaires du parc national de la Sierra de Guadarrama en Espagne, le premier pas vers la création d’un nouveau noyau dans les Pyrénées françaises. Ils s’appellent Babeth, Batman, Hardy, Franky, Lazagne, Caramel et Espoir. Les jeunes générations sont impliquées dans la démarche et les enfants des établissements scolaires des environs ont été invités à donner un petit nom aux nouveaux arrivants. Ils sont aussi invités à assister aux lâchers des animaux. Hélas, je n’ai pu être présent à cet événement. Ce premier lâcher en Haut-Béarn marque le retour historique de ces ongulés emblématiques en terres béarnaises, depuis leur disparition il y a plus d’un siècle. D’ici 2020, ce sont 75 bouquetins qui devraient être réintroduits au total dans cette région des Pyrénées, dont 26 avant la fin de l’été. Le projet de réintroduction dans le Haut-Béarn devrait s’articuler autour de trois lâchers en vallée d’Aspe et trois autres en vallée d’Ossau où le bouquetin pointera le bout de ses cornes en 2020.

Mais le programme de réintroduction de l’espèce dans les Pyrénées françaises a en fait débuté en 2014.  Après de longs pourparlers entre la France et l’Espagne, la décision de réintroduire le bouquetin dans les Pyrénées a été prise par les gouvernements concernés (français, andorran et espagnol) en avril 2014. Les critères de réintroduction (forte variabilité génétique, enjeu sanitaire avec absence de gale sarcoptique) a conduit à la décision d’un mixage des noyaux fondateurs réintroduits, basés sur une double provenance à partir des populations des secteurs de la Sierra de Guadarrama et de Gredos, toutes les deux peuplées de la sous-espèce victoriae.

Au cours de l’été de la même année, 37 individus (Capra pyrenaica ssp. victoriae) en provenance de la sierra de Gredos ont été lâchés : 15 dans le Parc National des Pyrénées (Péguère-Ardiden, commune de Cauterets, Hautes-Pyrénées) et 22 dans dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises (cirque de Cagateille, commune d’Ustou). La population de Gredos est celle qui paraît la plus facilement adaptable au milieu pyrénéen du fait d’une similitude climatique avec un climat enneigé et froid. Les premières naissances côté français sont enregistrées dès le printemps 2015 (trois dont une issue d’une reproduction Pyrénéenne et 2 du lâcher en avril 2015 de femelles gestantes). En 2016, c’est sur la commune de Gèdre, dans la vallée de Luz/Gavarnie, que les lâchers ont été effectués par la Parc national des Pyrénées. L’objectif est de renforcer le noyau initial et d’étendre le territoire. Chaque bête est équipée de boucles auriculaires (et certaines ont en plus un collier GPS) qui permettent de les identifier et de les suivre, afin de les étudier.

D’autres réintroductions ont eu lieu par la suite dans ces deux départements; on compte à ce jour 95 lâchers (39 mâles/56 femelles) dans le parc naturel des Pyrénées ariégeoises et 109 (45 mâles/64 femelles) dans les Hautes-Pyrénées (https://www.bouquetin-pyrenees.fr/chronologie-des-lachers). La population de 140 individus qui évoluent aujourd’hui sur le territoire du Parc national des Pyrénées, et les dernières saisons de reproduction fructueuses (49 cabris en 3 ans) sont des signes encourageants pour un retour pérenne de cette espèce sauvage emblématique. Deux d’entre eux, des mâles nommés Arfi et Rico, ont déjà été vus en exploration dans le Haut-Béarn en 2016. Pour 2018, 28 cabris ont été découverts dans les Pyrénées, 13 dans le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises et 15 dans le Parc national des Pyrénées. Ces chiffres sont des minima puisque toutes les femelles n’ont pas pu être observées cette année.

Selon certains experts, une population est cependant estimée viable lorsque elle atteint deux cent individus environ. L’objectif du projet dans le Parc national des Pyrénées est maintenant de réaliser une implantation durable de deux noyaux de population en vallées d’Aspe et d’Ossau capables de se développer et de se connecter à terme avec les noyaux déjà existants en vallées de Luz et de Cauterets. L’expérience montre que les animaux sont fidèles aux sites de lâcher pour la grande majorité des individus.

Parfois confondu avec son cousin le bouquetin des Alpes (Capra ibex), le bouquetin ibérique est toutefois une espèce à part, avec des caractéristiques qui lui sont propres. La première de toutes, celle qui permet de distinguer à coup sûr un ibérique d’un bouquetin alpin, ce sont la forme des cornes. Chez Capra pyrenaica, elles forment en effet une torsade, tandis que chez Capra ibex, elles sont en courbe linéaire. L’Ibérique est aussi plus petit que son cousin alpin.

« Restaurer le bouquetin constitue un acte de réparation des pertes causées par l’homme sur le patrimoine naturel durant les temps historiques. Préalablement à toute réintroduction, la condition exigeant que soit éliminée la cause principale de sa disparition est aujourd’hui remplie grâce au statut de protection d’espèce protégée du bouquetin ibérique (arrêté du 15 septembre 2012) qui interdit de fait la chasse au bouquetin sur le versant français ».

Article rédigé le 19 avril 2019, à partir de mes photos personnelles (reflex et téléphone portable), de constations faites sur place et de publications sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens principaux :

https://es.wikipedia.org/wiki/Capra_pyrenaica

https://es.wikipedia.org/wiki/Sierra_de_Gredos

https://www.bouquetin-pyrenees.fr

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/bouquetin-iberique

Le village d’Accous en vallée d’Aspe, sous les étoiles. En arrière-plan, le cirque d’Accous avec de gauche à droite, le Pic de Bergon (2068m), le pic de La Marère (2221m). Au fond, le col d’Iseye, puis le Ronglet (2180m). 

On peut remarquer sur la colline dominant le village la réalisation du graphiste et dessinateur Thierry Fresneau qui, depuis juin 2007, crée des visuels intégrés dans le paysage, ici l’Ours pour l’année 2015. Ses œuvres délivrent des messages ou incitent à réfléchir. Ici, selon lui, l’ours est là pour interroger touristes et habitants sur « leur lien avec la nature, avec l’animal, et avec ce qui les fait vivre aussi ». 2019 sera-t’elle l’année du bouquetin?

 

 

Sortie Nature au lac de Gaube (29 mars 2019)

Sortie Nature au lac de Gaube (29 mars 2019)

Le lac de Gaube gelé avec en arrière-plan, le massif du Vignemale (culminant à 3298m avec la Pique Longue, plus haut sommet des Pyrénées françaises) et le glacier du Petit Vignemale (29 mars 2019)

Le lac de Gaube est un lac d’altitude (1725m) situé dans les Hautes-Pyrénées, au-dessus du Pont d’Espagne. On y accède par le GR10 en direction du refuge des Oulettes de Gaube ou en montant par la piste de ski alpin hors saison (initialement prévue le 31 mars, la fermeture a eu lieu une semaine plus tôt). On peut aussi faire une boucle. La neige est encore présente en cette période et le lac est gelé. Le passage par la piste de ski (fermée et hors période d’avalanches) permet d’observer l’activité des isards sur les versants bien exposés.

L’Isard vit surtout au-dessus de la limite des arbres, en zone d’éboulis et de pelouses. En hiver, il descend en forêt ou sur les pentes où il y a moins de neige. L’altitude des zones de présence varie selon la période de l’année entre 1 200 et 2 500m environ; ces valeurs ne sont qu’indicatives. Au printemps, on peut avoir l’occasion de les approcher à des distances raisonnables avec un téléobjectif, alors qu’ils reprennent des forces sur les parties déneigées des versants bien exposés. A la belle saison,ils remonteront vers les zones d’éboulis et sur les crêtes.

Le chevreuil préfère la forêt et on le rencontre jusqu’aux environs de 2 000 m, d’après la littérature. L’altitude maximum où j’en ai vu est autour de 1 650m, au-dessus de Payolle (Hautes-Pyrénées).

En hiver et au printemps, les deux mammifères peuvent cohabiter sur les mêmes zones, à proximité des forêts de sapins et … c’était le bon jour pour les immortaliser! La suite en images :

Les chevreuils 

Ce Brocard (nom du chevreuil mâle) magnifique, bien trapu, vient de sortir de la forêt de sapins (autour de 1 550m). On devine sa serviette blanche sur le cou portée en hiver par les sujets qui ont déjà un certain âge. Ses bois sont bien formés. On le dit « assassin », à cause de ses bois dépourvus d’andouillers. En effet, lors d’un combat à la période du rut, l’absence de ceux-ci peut causer des blessures sévères chez l’adversaire.

La Chevrette (nom du chevreuil femelle) suivait derrière. Le couple a encore son pelage d’hiver (en plaine, les chevreuils ont commencé à muer depuis bientôt un mois). 

Le couple s’arrête un instant, intrigué et sur le qui-vive. Ils étaient précédés par deux autres chevreuils qui ne se sont pas arrêtés. Apparemment, ils n’aiment pas être à découvert.

Monsieur détale suivi par Madame, elle aussi au galop. Bien qu’ils soient plus craintifs que les isards, je pense que leur attitude est inhabituelle. Ils ont sans doute été dérangés. Ils se réfugient à nouveau sous le couvert des sapins.

Les isards

Ils sont là, en train de brouter tranquillement sur le bas des pentes encore bien enneigées, entre la sortie de la forêt et le lac de Gaube! Ils ne lèvent même pas la tête par curiosité. Dans cette harde, j’en ai compté 9.

Ces isards ne sont pas du tout craintifs, très occupés à se nourrir. Ils reconstituent leurs réserves en profitant de la fonte de la neige. Au fur et à mesure que la montagne se dégagera de son manteau blanc, ils remonteront vers les sommets et il sera alors un peu plus difficile de les approcher.

Rougequeue noir mâle, en tenue nuptiale.

Deux Pinsons des arbres mâles. Ils étaient autour d’une quinzaine de mâles à picorer dans l’herbe qui commence à apparaître. Aucune femelle à l’horizon.

Autour du lac de Gaube, il y avait aussi pas mal de passereaux en train de se nourrir sur les endroits déneigés.

Une vue zoomée sur le glacier du Petit Vignemale, depuis le lac de Gaube (25 mars 2019).

Lumières sur la chaîne des Pyrénées depuis le Vic-Bilh (26 janvier 2019)

Lumières sur la chaîne des Pyrénées depuis le Vic-Bilh (26 janvier 2019)

Les lumières du couchant sur la chaîne des Pyrénées depuis les hauteurs du Vic-Bilh sont magnifiques depuis quelques jours ; un aperçu dans la direction du pic d’Anie (cirque de Lescun).

Lumières en direction du sud, vers l’Espagne. Au-dessus de l’horizon, la ligne THT EDF 400 kV venant de Marsillon (près de Lacq-Artix) et se dirigeant vers la gauche dans la direction de Toulouse et … plus loin.

 

Soleil couchant sur la chaîne des Pyrénées depuis le Vic-Bilh

Tout à gauche, le Visaurin (2670m), situé en Espagne dans la province de Huesca. Il est situé entre les massifs d’Aspe et d’Anie; c’est le plus haut sommet pyrénéen rencontré en venant depuis l’océan Atlantique. Pratiquement au milieu, le pic d’Anie (2504m) faisant partie du cirque de Lescun.

Depuis longtemps, ce bouquet de pins situé sur une crête vers l’ouest en direction des Pyrénées du Pays Basque attire mon regard. Le Pin est un arbre peu courant dans le Vic-Bilh, qui est plutôt dédié aux chênes et châtaigniers.

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

(Nom scientifique : Gypaetus barbatus)

2018, une année riche en rencontres 

Le Gypaète barbu est le plus grand rapace d’Europe, et aussi le plus rare. Le rencontrer est, pour moi, un véritable cadeau venu du ciel.

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou, encore enneigé (Vallée d’Aspe)

J’ai photographié mon tout premier gypaète barbu début mars 2016, lors d’un « bol d’air » pris en vallée d’Aspe, sur le plateau du Benou. La neige était encore présente. A la fin de la journée qui avait été plutôt maussade et alors que je surplombais le village de Lescun, j’ai aperçu cette forme inhabituelle qui descendait la vallée pour disparaître derrière la montagne. Pensif, je continuais à admirer ce beau cirque de Lescun avec ses sommets mythiques comme les aiguilles d’Ansabère, les deux Billare, … quand quelque chose me fit me retourner instinctivement. C’était lui, se dirigeant droit sur moi à basse altitude, majestueux! Mon cœur bondit ! Sans crainte, il plana devant moi, silencieux. Quelle noblesse! Puis il s’éloigna en m’observant toujours du coin de l’œil (comme j’ai pu le constater sur mes clichés) avant de disparaître. Contrairement aux vautours, il est plutôt rare qu’il fasse une nouvelle passe. De toute façon, au vu de ce qu’il tenait entre ses serres, il allait à son nid. Quel souvenir ! Cette rencontre a été pour moi un véritable privilège.

Je n’ai plus revu de gypaète jusqu’en septembre 2018. Ces derniers mois ont été riches en événements ; cinq rencontres dans cinq endroits différents. Ce fut pour moi un festival d’apparitions : en vallée d’Ossau à deux reprises, en vallée d’Aspe, en vallée d’Aure et en Haute-Garonne. Le gypaète est manifestement un oiseau curieux : trois d’entre eux sont venus me voir à quelques mètres à plusieurs reprises.

26 septembre 2018 14:00 – Gypaète barbu adulte passant devant l’Ossau, cliché pris depuis le col d’Ayous  avec une focale de 200mm, insuffisante

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col lors d’une randonnée en vallée d’Aure

02 octobre 2018 12:00 – Gypaète barbu juvénile à la Hourquette Chermentas (Hautes-Pyrénées)

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué,  au pied de la face sud de l’Ossau

23 novembre 2018 13:40 – Gypaète barbu au début d’une averse de neige, en vallée d’Aspe

Description du Gypaète barbu

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

Les deux sexes sont semblables, avec la femelle plus grande que le mâle. Le gypaète barbu tient son nom des « mèches » de plumes noires qui encadrent son gros bec recourbé, en formant une barbiche. Il est facilement reconnaissable à l’âge adulte grâce à la couleur rouille orangé de son plumage ventral. Cette couleur n’est pas génétique, elle provient d’une teinture due à des bains répétés d’eau ou de boue ferrugineuses. Les yeux sont jaunes, entourés d’un cercle d’un rouge intense qui lui donne un regard menaçant. Le bec est fort et puissant, aplati latéralement et très crochu. Les pattes sont emplumées. La tête est de couleur crème. Un masque noir entoure ses yeux, et les deux parties du masque se rejoignent sur le haut de la tête, en une fine ligne noire. Ses épaules et ses ailes sont formées d’un plumage ardoisé. Chacune de ses plumes est ornée d’une raie blanche. Il pèse entre 5 et 7 kg pour une envergure entre 2m50 et 2m80. Il peut vivre longtemps, plus de 30 ans.

Gypaète barbu juvénile poursuivi par un Crave à bec rouge 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué au pied de la face sud de l’Ossau, dans le brouillard qui sévira une bonne partie de la randonnée

L’immature est brun, avec la tête noirâtre. Il acquiert son plumage adulte après 6 ans.

Habitat

Le Gypaète est sédentaire et vit chez nous toute l’année en haute montagne, généralement en couple. Leur territoire s’étend sur plus de 50 000 ha, entre 700 et 2300 m environ et comprenant des sites de falaises et surtout de grandes zones de pâtures et d’éboulis où l’oiseau trouve sa nourriture. Il le défend âprement contre l’intrusion de ses congénères.

11 octobre 2018 – Gypaète barbu adulte poursuivi par un grand Corbeau

Il est peu agressif et poursuit rarement les oiseaux qui s’approchent de son nid. Je l’ai vu à plusieurs reprises être pris à partie par bien plus petit que lui sans réaction autre que continuer son chemin.

Lors de journées ensoleillées, … ou pas, on peut apercevoir sa silhouette longiligne aux ailes effilées et à la queue en losange haut dans le ciel, planant au-dessus de son territoire à la recherche de nourriture.

Reproduction

11 octobre 2018 16:30 – Un couple de Gypaètes barbus au Port de Balès (1755m)  entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées

Le Gypaète barbu vit en couple et reste fidèle à son partenaire. La parade nuptiale a lieu à l’automne vers la mi-novembre (novembre-décembre). A cette occasion, le couple se livre à des jeux aériens, des vols synchrones, des offrandes, des courbettes ou encore à des soins respectifs.

Le couple construit ou aménage un de ses nids, dans des anfractuosités de falaises inaccessibles et bien à l’abri des intempéries. Les nids sont occupés à intervalles de 4 ou 5 ans, afin de permettre la disparition des parasites accumulés. Il est situé le plus souvent entre 1 500 et 1 800 mètres. Les matériaux utilisés sont multiples : branches, herbes, laine de mouton, poils d’origine animale, ossements, morceaux de peau, …

La femelle gypaète dépose un ou deux œufs début janvier (entre décembre et février). L’incubation dure environ de 55 à 60 jours. Elle est assurée de façon alternée par le mâle et la femelle et se poursuit après l’éclosion jusqu’à ce que le jeune poussin soit apte à réguler sa température. En général, le poussin le plus malingre périt, affamé par le plus vigoureux. Le femelle s’occupe attentivement du petit, et reste au nid pendant plusieurs jours. Le mâle apporte la majeure partie des proies et des os. Le jeune s’envole vers la mi-juillet et est nourri par les parents pendant encore 1 à 2 semaines après son envol.

Le jeune quitte le territoire vers la fin juillet et présente un fort erratisme qui l’entraîne sur toute la chaîne pyrénéenne avant de revenir progressivement s’installer le plus souvent près de son territoire de naissance. Il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 8-10 ans.

Alimentation

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou (Vallée d’Aspe)

Le Gypaète barbu contribue à l’élimination des carcasses en montagne. Les 3/4 de sa nourriture sont constitués d’os, de pattes, de tendons et de ligaments. Il repère les cadavres de moutons ou d’isards et attend que les vautours aient nettoyé la partie molle pour se servir. Il se saisit des os et quand ceux-ci sont trop volumineux, il les laisse tomber d’une hauteur de 50 à 100 mètres sur des pierriers pour les briser. Il recommence autant de fois qu’il est nécessaire. C’est la raison pour laquelle on le surnomme « le casseur d’os ». Son gosier élastique est large et il peut engloutir directement des os entiers qui sont dissous par les sucs digestifs.

Population, répartition et menaces sur le Gypaète barbu

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure

« En France, il est présent dans les Pyrénées, en Corse. Il a été réintroduit avec succès dans les Alpes et récemment dans les Cévennes. Le Parc national des Pyrénées a constitué, avec le Pays basque, la zone de sauvegarde du Gypaète barbu. Depuis 50 ans, le nombre de couples a augmenté, passant de 3 à 4 couples dans les années 1950 pour atteindre, en 2016, 14 couples dans le Parc national des Pyrénées. 2 à 4 couples sont présents dans chacune des vallées. Menacé de disparition, le Gypaète barbu fait l’objet d’un suivi scientifique important en France et en Espagne. Cette espèce fait l’objet d’un plan national de restauration. Depuis 20 ans, le Parc national apporte un complément alimentaire à certains couples en hiver pour aider à l’élevage du jeune. Une surveillance annuelle est faite pour éviter les abandons de nids suite à survol d’hélicoptères ou autres intrusions ».

Le gypaète barbu est le rapace le plus rare d’Europe. Dans l’ensemble des Pyrénées, le nombre de couples est passé de 61 en 1995 à 160 en 2018, dont 43 sur le versant français. Treize jeunes se sont envolés l’été dernier, nés au sein d’un espace protégé plus à l’abri des dérangements. Rien n’est définitivement gagné, notamment à l’extrémité ouest du massif où la population est en déclin (il ne reste plus que 2 couples au Pays Basque contre 4 en l’an 2000) et où les gypaètes se reproduisent mal à cause de dérangements fréquents aux abords de leurs sites de nidification : survols, travaux bruyants, chasse en battue, fréquentation routière, sports de nature, écobuage, etc.

Le principal prédateur du gypaète était l’homme qui l’a chassé avant qu’il soit protégé en avril 1979 (convention de Berne).

Aujourd’hui, les premiers ennemis de l’oiseau sont souvent les lignes électriques et les câbles des remontées mécaniques. Des mesures de prévention ont été prises pour éviter les échecs de reproduction dus à l’impact des activités humaines comme le survol des nids par les hélicoptères, les parapentes, les delta-plane, les avions de tourisme et aussi les passages trop près du nid des grimpeurs, des photographes animaliers.

En 2018, le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage 64 Hegalaldia a accueilli trois gypaètes barbus pour des soins :

– « Silvanio, une femelle âgée de 22 ans découverte le 30 janvier par des chasseurs sur la commune de Mendive dans le Pays Basque. Équipée d’une balise GPS, Silviano avait ingéré une boucle d’oreille de brebis en s’alimentant dans le milieu naturel. Une boucle qui avait déclenché un début d’occlusion intestinale et suffisamment douloureuse pour qu’elle s’écrase au sol occasionnant au passage quelques blessures physiques. Durant sa captivité Silviano a complètement digéré cette boucle, entraînant une intoxication au plomb et donc la chute de bon nombre de plumes et un état de faiblesse général. Après avoir eu droit à un lourd traitement pour diminuer les concentrations de plomb dans son sang et après avoir passé un long moment en volière de réhabilitation, Silviano a pu retrouver le milieu naturel d’origine le samedi 23 juin 2018 à 11h au sommet du col d’Haltza, sur la D18 entre Lecumberry et Iraty.

– Le 4 mars 2018, un deuxième gypaète est également trouvé et signalé par des chasseurs sur la commune de Laruns cette fois. Rapidement pris en charge par les agents du Parc National des Pyrénées, ces derniers ont aussi rapatrié l’oiseau jusqu’au centre de soins Hegalaldia. Après avoir heurté une ligne électrique, l’oiseau avait frôlé la mort. En état de choc, amaigri (moins de 4 kilogrammes) et en hypothermie, ilsouffrait de plusieurs plaies aux ailes, aux pattes et sur le corps. Sans oublier le crâne, très touché : ce dernier avait probablement subi l’acharnement des corvidés une fois l’oiseau au sol. Son pronostic vital était engagé. Pris en charge pendant quatre mois par l’association, le grand rapace a pu être relâché en Vallée d’Ossau sur le site de Tormon près du col du Pourtalet, le lundi 23 juillet à 14h.

– Biès (le troisième récupéré), a été trouvé mal-en-point sur le Parc National des Pyrénées. Équipé de marquages alaires, l’oiseau avait développé une infection généralisée et souffrait également d’une importante luxation à une épaule. Il avait également plusieurs rémiges de l’aile droite de sectionnées, ce qui l’handicape d’autant plus. Il est toujours à ma connaissance au centre de soins à la date de rédaction de cet article.
Note: le marquage alaire est couramment utilisé chez les rapaces planeurs. Il consiste à la pose de marques en plastique sur les ailes et permet une reconnaissance individuelle de chaque oiseau à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Hegalaldia est une association de protection de la nature, reconnue d’intérêt général. Elle gère l’unique centre de sauvegarde pour la faune sauvage des Pyrénées-Atlantiques (64). Située à Ustaritz, elle intervient aussi sur les départements voisins du sud des Landes et des Hautes-Pyrénées. Elle est soutenue par des bénévoles et par des dons.

En France, le Gypaète barbu est intégralement protégé, classé « En Danger »

Article rédigé le 18 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/gypaete.barbu.html

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/gypaete-barbu

https://www.hegalaldia.org/

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le compagnon des pêcheurs

Lors d’une randonnée automnale récente dans la vallée d’Ossau, occupé à photographier un oiseau dans le lit d’un gave sur le plateau de Bious, une amie m’observait de loin. Plus tard, elle m’a demandé ce que je faisais et je lui ai parlé du Cincle plongeur. Finalement, elle m’a donné l’idée d’écrire cet article et je l’en remercie.

(octobre 2018 – Cincle plongeur dans le gave de Bious).

(octobre 2018 – l’automne au coucher du soleil sur le plateau de Bious et son gave, au pied de l’Ossau).

Au-dessus des eaux vives du Piémont pyrénéen et des lacs de moyenne montagne, un cri particulier que je reconnais entre mille retient parfois mon attention ; il me fait parfois battre le cœur un peu plus vite. C’est celui d’un Cincle plongeur. Il arrive alors vers moi, rasant la surface de l’eau d’un vol rapide et direct.

Je n’y ai pas toujours prêté attention. J’ai « ouvert les yeux » alors que mon fils Damien m’initiait à la photo. Nous étions allés ensemble dans le Jura pour un séjour de pêche à la mouche chez son ami Nicolas et j’ai aperçu cet oiseau atypique dans le décor des rivières jurassiennes. Je demandai alors à Nicolas le nom de cet oiseau étonnant et unique par son comportement. Depuis, j’ai une affection particulière pour l’« âme » de nos torrents pyrénéens: Gaves, Nestes et Nives aux eaux pures et galopantes.

(Le pays des nestes (Hautes-Pyrénées) depuis le col d’Aspin, au retour d’une sortie aux cincles).

Le cincle est présent et niche en Europe, de l’Espagne à l’Islande, et jusqu’en Russie et en Turquie. En Norvège, il est devenu l’oiseau national. En France, on le rencontre en Corse, les Pyrénées, les Alpes, le Massif central, le Morvan, le quart nord-est et sud-est de la France, sauf la plaine méditerranéenne. On le trouve aussi en Asie et en Afrique du nord.

DESCRIPTION DU CINCLE PLONGEUR

Le cincle plongeur est un oiseau brun au plastron blanc et à la silhouette ronde et trapue, qui vit aux abords des rivières à cours rapide et peu profondes au lit caillouteux. On le surnomme le « merle d’eau » ; il est cependant plus petit que notre Merle noir (Turdus merula). Ses ailes courtes et sa queue souvent dressée lui donnent l’allure d’un gros troglodyte. Mâle et femelle se ressemblent, mais cette dernière est légèrement plus petite.

Son plumage épais est imperméable et lui procure une bonne isolation pour supporter l’eau glacée des torrents.

Les yeux ont une membrane nictitante (1) blanchâtre, visible quand il cligne des yeux. Cette membrane protège ses yeux quand il est immergé. Il voit aussi bien sous que hors de l’eau.

(1)Nictitante : la membrane nictitante est une troisième paupière transparente ou translucide que possèdent certains animaux qui recouvre l’œil afin de le protéger et l’humidifier tout en permettant une certaine visibilité.

COMPORTEMENT

Le cincle plongeur a des particularités étonnantes : c’est le seul passereau à pouvoir plonger et marcher au fond de l’eau. Ses griffes et sa force lui permettent de résister au courant parfois violent et de s’agripper sur le lit du cours d’eau. Il nage sous l’eau à l’aide de ses puissantes ailes entrouvertes.

Il se perche souvent sur une pierre dans l’eau où il exécute d’incessantes révérences, exposant ainsi sa poitrine blanche ; en particulier au cours des parades nuptiales ou lorsque il est excité.

Il défend aussi son territoire contre les intrusions des autres cincles du secteur, posé sur un rocher au milieu de l’eau.

Il peut disparaître brusquement après un bref plongeon depuis son perchoir. On le verra ressortir un peu plus bas.

Le cincle plongeur est habituellement vu seul ou en couple. Sédentaire, il reste sur son territoire toute l’année. Les jeunes, chassés par les parents de leur territoire, doivent se disperser. Ils peuvent changer parfois de cours d’eau.

Il trahit sa présence par l’accumulation de fientes liquides blanches sur certains galets.

HABITAT

Le Cincle plongeur fréquente les fleuves, les rivières et les torrents au cours rapide, au fond rocailleux et où se trouvent des rochers plus ou moins immergés. C’est le compagnon des pêcheurs de truites à la mouche.

Il a besoin d’enrochement à proximité ou de ponts pour nidifier. Il s’adapte bien aux développements humains sur les rives quand l’eau traverse une ville. Il a quand même besoin de rivières proches de l’état naturel, propres et bien oxygénées et de suffisamment de tranquillité.

Le lac Casterau en vallée d’Ossau, où j’ai fait la rencontre de mon premier cincle dans les Pyrénées.

Je n’oublierai plus ce moment-là!

On le trouve parfois sur les bords des lacs, mais surtout dans des zones assez élevées. Dans les Pyrénées, je le trouve régulièrement au bord des lacs d’Ayous à 2000 mètres d’altitude.

ALIMENTATION ET METHODE DE PÊCHE

Le cincle se nourrit principalement de larves d’insectes aquatiques et de petits crustacés qu’il déniche en fouillant le fond du cours d’eau.

On le voit souvent perché sur un rocher au milieu de l’eau, regardant les flots en effectuant de brèves courbettes. Une fois que la proie est détectée, il plonge la tête la première même si le courant est rapide et agité.

Ensuite, il marche sur le fond en agrippant les pierres et les graviers qu’ils retourne afin de faire sortir les petits invertébrés qui s’y cachent. Il marche souvent à contre-courant, les ailes à demi-ouvertes, avec la tête baissée pour localiser une éventuelle proie. La force du courant contre son dos courbé le maintient collé au lit de la rivière.

On le voit aussi la tête plongée dans l’eau en train de retourner les cailloux. Ses plongées durent plusieurs secondes et sont consacrées uniquement à la recherche de nourriture.

Après le plongeon, il lui arrive de se laisser flotter dans le sens du courant sur une courte distance, avec les ailes partiellement ouvertes avant d’émerger.

Afin de glisser sous la surface, il se tend vers le bas, avec la tête bien baissée et le corps oblique, et une fois dans l’eau, il agrippe le fond avec ses griffes puissantes et bouge librement.

Il marche et court aussi sur le sol, sur les rives des cours d’eau, pour chercher des insectes terrestres.

REPRODUCTION

La saison de reproduction a lieu au printemps, et la ponte en mars-avril. Les couples commencent à se former à partir de janvier. Les parades nuptiales sont observables à tout moment de l’année, mais sont plus nombreuses en mars et avril. Au début, la femelle fuit les avances du mâle, qui chante en sa présence, marchant ou nageant comme un canard autour d’elle. La scène est superbe mais elle ne dure pas ; je n’ai pas eu le réflexe de l’immortaliser, captivé par le spectacle. Lorsque la saison des amours approche, la femelle sollicite de la nourriture à son partenaire, en se repliant sur elle-même et agitant ses ailes. Le mâle s’exécute à contrecœur au début, et c’est lorsque ils échangent de la nourriture que le couple est formé.

(Un couple près du nid, situé dans l’enrochement).

La construction du nid s’effectue entre février et avril, avec de la mousse, des tiges et des feuilles, principalement des feuilles de chêne pédonculé.

L’espèce est protégée et classée « préoccupation mineure ».

Article rédigé le 29 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cincle_plongeur et ses liens externes

http://www.oiseaux-birds.com/dossier-cincle-plongeur.html

http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Cincle-plongeur.html

23 février 2018 – Le gardien de la Neste (Hautes-Pyrénées).