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Le Grimpereau des Jardins

Le Grimpereau des Jardins

Grimpereau des jardins dans la mousse du tronc d’un mûrier platane, à la recherche d’insectes.

Le Grimpereau des jardins

(Certhia brachydactyla)

Le Grimpereau des jardins est un petit oiseau discret assez commun et qui vit en solitaire (hors période de reproduction). Son plumage dorsal terne de couleur écorce et sa petite taille le font passer facilement inaperçu. Les deux sexes sont identiques. On le reconnait très facilement à son bec légèrement arqué et à sa façon de rechercher sa nourriture, composée d’insectes et d’araignées: il grimpe le long des troncs d’arbres et des grosses branches, en spirale et toujours en remontant. Puis il recommence à la base du tronc suivant. C’est un oiseau très remuant.

Sa queue rigide s’appuie sur le tronc et le maintient en équilibre. Ses pattes courtes lui donnent l’impression de ramper sur le tronc.

On peut aussi rencontrer une autre espèce très semblable à celui-ci, le Grimpereau des bois (Certhis familiaris). Un néophyte va les confondre. Il est possible cependant de différencier les deux espèces grâce à certains petits détails morphologiques (bec et ongle postérieur plus ou moins long, légères différences de couleur du plumage); cela demande une bonne connaissance de chaque espèce. Le meilleur moyen de les distinguer est le chant particulier à chacun, assez différent. Encore faut-il que l’individu à identifier veuille bien chanter.

L’aire de répartition du Grimpereau des jardins se limite à l’Europe de l’Ouest (hors Royaume-Uni) et les régions adjacentes et elle chevauche en grande partie sur notre continent celle du Grimpereau des bois, très vaste (de l’Irlande au Japon et à l’Himalaya). Le grimpereau des bois est peu présent en France, essentiellement dans les régions montagneuses. On peut le rencontrer par exemple le long de la chaîne des Pyrénées du centre en remontant vers l’est.

Le Grimpereau des jardins est sédentaire et il aime les vieux arbres où il trouvera sa nourriture: il vit dans les bois de feuillus, les parcs, les jardins et les vergers à haute tige. On le trouve généralement à plus basse altitude que son « cousin » des bois. Celui-ci est inféodé aux forêts mixtes et de conifères à une altitude supérieure.

Longtemps, j’ai pensé que la seule différence entre les deux espèces était leur biotope; comme je peux le constater maintenant en m’étant documenté pour identifier mon spécimen, ce n’était pas un argument suffisant. Le moyen est le plus simple pour l’identifier sur une photo est, je pense, d’observer la barre alaire.

Bordure de la barre alaire en escalier chez le Grimpereau des jardins (barre régulière chez son cousin) – Cliché pivoté largement recadré.

Source bibliographique très bien documentée consultée :

_http://www.ornithomedia.com/pratique/identification/distinguer-grimpereaux-bois-jardins-01297.html

 

Son bec, long et légèrement courbé, lui permet de fouiller les anfractuosités des vieux troncs.

Le Torcol fourmilier – Une observation dans le Vic-Bilh

Le Torcol fourmilier – Une observation dans le Vic-Bilh

09 novembre 2019 à 15h00 – Un Torcol familier dans le Vic-Bilh, probablement en cours de migration. Il m’a fallu un bon moment pour le localiser et réussir une mise au point. Ce cliché sert uniquement à témoigner de sa présence chez nous. Pour une meilleure connaissance de cette espèce, de nombreuses photos sont disponibles sur internet.

Le Torcol fourmilier (Jynx torquilla)

Je viens de rencontrer mon premier Torcol fourmilier, sur le territoire de Gerderest, un petit village du Vic-Bilh. Il se tenait dans une haie en bordure d’une prairie occupée par des vaches, entourée d’une forêt de chênes et de pins. Après un été et un début d’automne très secs, il a bien plu ces derniers jours avec un épisode neigeux important en montagne (jusqu’à 1m00 de neige à l’ouest des Pyrénées). Cette nuit, j’ai entendu passer des grues et ce matin, de nombreuses grives s’envolent de partout dans les haies. De petites volées de grues continuent à passer dans la journée vers les Pyrénées. Il fait très frais et mon pauvre Torcol le ressent manifestement; je pense qu’il est étonnant de le rencontrer ici et dans ces conditions à cette période de l’année. Il est probablement en chemin pour trouver des températures plus clémentes vers l’Afrique. Il fait sans doute lui aussi partie de cette vague migratoire. Nous sommes placés sur l’axe de migration connu de l’espèce. Je ne l’ai pas revu les 3 jours suivants.

09 novembre 2019, face aux Pyrénées enneigées – Alouettes en cours de migration reprenant des forces dans un labour d’hiver.

09 novembre 2019 – Elles se dirigent toutes vers les Pyrénées. Le lendemain, elles seront obligées de rebrousser chemin ou de changer de direction vers l’océan.

09 novembre 2019 – La chaîne des Pyrénées enneigées depuis le Vic-Bilh, au même moment.

C’est un oiseau proche parent des pics et un peu plus petit qu’une grive; il doit son nom à la curieuse façon qu’il a de tordre son cou très mobile et tourner la tête dans tous les sens.

Son plumage mimétique a la couleur de l’écorce et rappelle celui de l’Engoulevent d’Europe, que j’ai plus souvent l’occasion d’observer. Les deux sexes sont semblables. Il peut être difficile à observer et ce fut mon cas: après l’avoir vu s’envoler d’une haie, j’ai eu bien du mal à le localiser au sein d’un arbre voisin, un jeune châtaignier envahi par la végétation. L’espèce a l’habitude de se déplacer ainsi, en courts trajets sans hâte d’un arbre à l’autre.

Il se nourrit surtout au sol, se déplaçant par bonds successifs. Comme son nom le laisse deviner, il recherche essentiellement les fourmis certaines espèces), leurs larves et leurs nymphes, qu’il attrape de sa longue langue collante. Il collecte aussi d’autres petits insectes sur l’écorce ou les fissures des arbres et des arbustes.

Ce n’est pas un oiseau forestier. Il fréquente les campagnes cultivées avec vergers à haute tige, prés, bocages à herbe rase, bois clairs entrecoupés de champs, bosquets de feuillus, parcs, … Sa présence est un bon indicateur de milieu préservé. Les sites fréquentés sont en général bien secs et bien exposés aux rayons du soleil.

Migrateur, il a des mœurs plutôt solitaires. Il migre de nuit. L’aire de répartition de l’espèce est vaste. Les populations hivernant en Afrique nichent dans la majeure partie de l’Europe de l’Ouest. L’arrivée sur les sites de nidification s’effectue principalement en mars-avril. Le départ s’amorce en août avec un pic au début du mois de septembre et se poursuit jusqu’en octobre. A cette occasion, les observations visuelles sont plus faciles, l’espèce perdant de sa discrétion naturelle. La migration de mon spécimen en dehors de ce créneau m’intrigue.

En période de nidification, le couple recherche un territoire avec des vieux arbres présentant des cavités et des zones herbacées (pelouses, prairies) pour la recherche alimentaire. Il choisit une cavité naturelle pour son nid ou utilise un nid de pic vide. Sa distribution géographique en France pendant la nidification est apparemment homogène dans le Sud-Ouest, une partie du Massif Central et l’Est de la France du nord au sud (Alsace, massif alpin…). Dans les Pyrénées Atlantiques, on le trouve jusqu’à 650m d’altitude d’après les témoignages de présence.

Les quartiers d’hivernage se situent le long des rivages de la Méditerranée, en Afrique du Nord et jusqu’au sud du Sahara. Des individus hivernent régulièrement aussi en France dans les départements du littoral méditerranéen, principalement dans les Bouches-du-Rhône et en Corse.

La densité de population est évaluée à l’écoute: le chant permet de déceler la présence des nicheurs, dont la discrétion rend les contacts visuels difficiles. L’espèce est classée « de préoccupation mineure », mais elle est strictement protégée en France; les effectifs nicheurs s’avèrent en diminution probable de 20 à 50% depuis les années 70. Ce mauvais état de conservation se traduit également par une restriction de son aire de répartition, causes pour la plupart liées aux activités humaines. L’effectif français est estimé à quelques milliers de couples (entre 15 000 et 35 000 en 2012, données Inventaire National du Patrimoine Naturel) et ne représente qu’une faible proportion des effectifs européens.

Si vous en possession d’informations concernant la présence du Torcol fourmilier dans les Pyrénées Atlantiques, les Landes, le Gers ou les Hautes-Pyrénées, je suis intéressé.

(vous pouvez me contacter par la messagerie du site ou l’indiquer en commentaire). 

Source bibliographique principalement consultée, bien documentée :

_https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Torcol-fourmilier.pdf

 

L’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées

Vue d’ensemble de l’inflorescence et de la compétition avec le milieu environnement, qui peut entraîner sa disparition.

L’Aster des Pyrénées (Aster pyrenaeus)

L’Aster des Pyrénées est une plante endémique des Pyrénées et des Monts cantabriques (trois stations dans le Parc des Picos de Europa), très rare et protégée depuis 1982. En France, on ne la trouve (dans le dernier bilan officiel de 2012) que dans les Pyrénées Atlantiques (10 localités) et dans les Hautes-Pyrénées (3 localités). Les populations, dynamiques à l’ouest de la chaîne, sont menacées d’extinction vers l’est du fait de leurs faibles effectifs. Discrète, presque banale, elle a cependant passionné dans le passé des botanistes du monde entier, lancés à sa recherche dans une quête fiévreuse pour sa rareté.

Les clichés de cet article proviennent d’une station en vallée d’Ossau.

Description de la plante

La plante à différents stades de sa floraison.

 Une araignée, une Thomise, chasse sur la fleur de droite.

Une vue d’ensemble – La floraison est déjà bien avancée (14 septembre 2019).

Elle pousse entre 600 et 1 800 m d’altitude environ dans des zones en fortes pentes et peu accessibles (entre 30 et 70°), de préférence en pied de falaise calcaire sur les pelouses rocailleuses. Elle a besoin de fraîcheur, d’humidité et elle affectionne l’exposition Est.

Tige dressée simple, avec capitule solitaire.

Deux tiges séparées dressées, plus ou moins ramifiées avec des ensembles de capitules.

C’est une grande plante vivace des milieux ouverts et ensoleillés. Sa taille peut atteindre une soixantaine de centimètres de hauteur et même plus en fonction de la végétation environnante; il peut y avoir compétition pour trouver la lumière. Sa tige est dressée et très feuillée sur toute la hauteur. Les fleurs centrales, en forme de tube de couleur jaune, sont hermaphrodites; elles sont entourées sur toute la circonférence et sur un seul rang de fleurs femelles en forme de languettes bleues lilas. L’inflorescence se présente sous la forme d’un capitule (ensemble de nombreuses petites fleurs qui se touchent) solitaire de 5 cm de diamètre environ ou par groupe de 2 jusqu’à 10 capitules.

Elle fleurit au moment où la plupart des autres plantes sont déjà fanées, entre mi-août et fin septembre; la floraison sur la station de mes photos était déjà bien avancée à la mi-septembre. La pollinisation est assurée par les insectes et la dispersion des graines se fait essentiellement par le vent.

Les premières mentions bibliographiques de l’existence de l’Aster des Pyrénées sont inscrites dans les catalogues de plantes cultivées au Jardin du Roy à Paris, fondé à partir de 1626 (ouvrage de Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, datant de 1636). La plante aurait été donnée par le fils d’un jardinier du roi Henri IV (né à Pau), qui entretenait un jardin appelé « Jardin Royal »: cette plante était dite « venue des Pyrénées ».

De par sa grande rareté, cette aster a été très recherchée par les botanistes collectionneurs au 19è siècle et jusqu’à la moitié du 20è siècle, notamment pour la conservation en herbier; elle était en quelque sorte un Graal végétal. Même si elle a une longue espérance de vie (40 à 50 ans), sa cueillette effrénée dans le passé, la fermeture des milieux, sa consommation par la faune sauvage ou domestique, concourent progressivement à son déclin. Longtemps mal connue, elle fut considérée au bord de l’extinction.

Plan National d’Actions (PNA) 2012-2017 en faveur de l’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées fait l’objet d’un Plan National d’Actions démarré en 2012 pour une durée fixée à 5 ans (2012-2017), animé par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Une évaluation était prévue à la fin du plan afin d’apprécier l’efficacité des actions menées et de disposer d’un nouveau bilan de l’état de conservation de cette plante.

Je n’ai pas trouvé à ce jour (novembre 2019) la trace du bilan de ce PNA sur une publication officielle. Il a peut-être été prolongé ou le bilan n’est peut-être toujours pas sorti. J’actualiserai mon article dès que j’aurai du nouveau. Sur un document publié en 2018, il y est fait mention que les travaux menés auraient permis d’identifier 11 localités différentes sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne et de confirmer la disparition d’anciennes stations (En 2012, la présentation du  PNA mentionnait un total de 15 localités).

Le maintien du pâturage et la connaissance de cette espèce emblématique par le public et les acteurs locaux sont probablement les clés de sa préservation. Un débat existe, comme pour tout ce qui est rare (et dans notre cas très rare), concernant la conduite à tenir concernant la divulgation de la localisation précise des différentes stations. La connaissance de la grande rareté et du statut de cette plante peut certainement empêcher dans bien des cas de faire des erreurs irréparables.

Recto de la carte postale de sensibilisation éditée en 2016 (Photo : G. Couëron/CBNPMP) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees). 

Verso de la carte postale de sensibilisation (illustration: Aurélie Calmet) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees).

Une des actions du Plan National est d’ailleurs la sensibilisation des habitants et des scolaires des vallées concernées à la fragilité de ce patrimoine si rare. Avec l’appui du réseau « Education Pyrénées vivantes », le groupe de travail a élaboré des outils de communication (dont la carte postale ci-dessus) et pédagogiques. La communication auprès du public a démarré début 2016.

Des « sorties découvertes » de cette plante pour le grand public sont organisées par des organismes comme le CPIE Béarn.

Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze

En vallée d’Ossau, un célèbre berger botaniste, Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze, œuvra pour la connaissance et la protection de l’aster des Pyrénées. Sa vie, très passionnante, est un bel exemple d’autodidacte. Né en 1797 à Bagès (hameau de Béost, près de Laruns), il mourut  presque centenaire en 1893, en ayant jamais quitté son village natal. Issu d’un milieu de bergers cultivateurs, il quitta très tôt l’école à ses 11 ans pour reprendre l’activité de ses parents. Doté de facultés intellectuelles hors du commun dont une exceptionnelle qualité d’assimilation, il se passionna pour beaucoup de disciplines dont la botanique, qui lui donna l’occasion d’apprendre le latin pour l’aider dans la compréhension indispensable de la classification utilisée dans cette discipline. Il acquiert une réputation mondiale auprès des grands botanistes de son temps.

Il avait entre autres découvert l’Aster des Pyrénées sur deux stations et en avait ramené un pied qu’il cultivait dans son jardin. A la demande de ses correspondants, il leur fournissait ainsi des échantillons : la bibliographie raconte qu’il diffusa volontairement une fausse indication de localités afin de préserver les stations de cueillettes qui auraient entraîné la destruction irrémédiable de cette plante si rare. D’après les herbiers connus de nos jours, les récoltes en vallée d’Ossau cessent à la fin du 19e siècle, peut-être lié à la disparition du berger, qui emporta avec lui le secret de la localisation de l’Aster des Pyrénées en vallée d’Ossau.

Il a confectionné plusieurs herbiers pour certains de ses correspondants ou pour être vendus. Son herbier personnel (travail monumental confectionné pendant une quarantaine d’années), qu’il avait vendu en 1875 à la ville des Eaux-Bonnes quand il a pris sa retraite, a été depuis déposé en 2000 au Conservatoire botanique à Bagnères-de-Bigorre. Il ouvre ses portes chaque vendredi de l’été à 16h00 pour changer notre regard sur la biodiversité floristique (visite gratuite dans la limite des places disponibles, sur réservation).

L’Association Pierrine Gaston-Sacaze fondée en 1992 à Béost fait revivre son souvenir et encourage toute activité visant à la connaissance du milieu naturel et humain dans l’esprit de l’œuvre de Pierrine Gaston Sacaze. Elle a contribué à la sauvegarde de son herbier personnel.

l’Aster des Alpes (Aster alpinus)

Aster des Alpes solitaire (début juillet 2019). Une tige simple avec un capitule toujours solitaire.

Aster des Alpes « en bouquet » de plusieurs pieds séparés (début juillet 2019).

On ne peut confondre l’aster des Pyrénées avec une autre aster non endémique et répandue poussant plus tôt sur les pelouses rocailleuses de nos montagnes, l’Aster des Alpes (Aster alpinus). Celle-ci est de taille bien plus modeste; sa tige dressée, simple, ne mesure que 15 cm de haut environ et pouvant aller jusqu’à une trentaine de cm. Elle fleurit aussi plus tôt, à partir du mois de juin et dans des zones bien plus accessibles, jusqu’à 2 200m environ. Les deux capitules se ressemblent mais celui de l’Aster des Alpes est toujours solitaire.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles (sauf la carte postale de l’Aster des Pyrénées, dont je cite en légende l’origine) et de mes observations sur le terrain. Je conseille de visiter les sources bibliographiques suivantes, très intéressantes sur ce sujet :

http://houbigant-journal-voyage.pireneas.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=19&Itemid=32

_http://cbnpmp.blogspot.com/2015/06/aster-des-pyrenees.html

_http://www.side.developpement-durable.gouv.fr/EXPLOITATION/DEFAULT/doc/IFD/IFD_REFDOC_0517683/Plan-national-d-actions-en-faveur-de-l-aster-des-Pyrenees-Aster-pyrenaeus-Desf.ex-DC.-2012-2017

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/le-personnage/

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/botanique/

_https://www.afbiodiversite.fr/sites/default/files/actualites/

En 2018, sur les 4 982 espèces de plantes indigènes recensées sur le territoire français, 742 (15%) figurent sur la liste rouge des espèces menacées ou quasi menacées. La flore pyrénéenne est particulièrement menacée. Ce document, le premier à dresser un bilan objectif de ce niveau de menace (après plus de 3 années de travaux) est réalisé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) France. La population de l’Aster des Pyrénées continue à diminuer; elle est classée quasi menacée sur la liste rouge.

 

 

 

La Grande Outarde ou Outarde barbue – Mon retour dans les steppes de Villafáfila (avril 2019)

La Grande Outarde ou Outarde barbue – Mon retour dans les steppes de Villafáfila (avril 2019)

La Grande Outarde ou Outarde barbue
(Nom scientifique : Otis tarda)

Mon retour dans les steppes de Villafáfila

En arrière-plan, la chaîne enneigée des monts Cantabriques, connus en particulier pour « Los Picos de Europa ».

J’ai découvert pour la première fois l’Outarde barbue lors d’un séjour ornithologique en Espagne dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-Léon, au-dessus de Zamora. C’était le 30 avril 2017. Chez cette espèce, le mâle de belle corpulence (le plus lourd oiseau volant d’Europe) est particulièrement photogénique au moment de sa parade nuptiale et lors de cette première visite, celle-ci était déjà terminée. Les femelles étaient vraisemblablement en train de nicher et seuls quelques mâles en petits groupes erraient par-ci par-là.

J’y suis revenu en 2018, à partir du 1er Mai. Elle était à ses débuts, retardée par un printemps pluvieux. J’ai pu faire de belles observations mais les femelles ne se montraient que très peu.

Cette année 2019, j’y suis retourné pour la troisième fois et j’ai pu me rendre compte « que ce n’est jamais pareil ». C’était le 10 avril dans l’après-midi puis le 18 à partir des premières lueurs du jour et j’ai pu assister à des spectacles encore différents. Tout d’abord, j’ai vu un nombre bien plus important d’outardes avec des regroupements spectaculaires. Aussi, les femelles étaient plus nombreuses et peu de mâles paradaient. Je suis sans doute passé au moment des prémices de ce beau spectacle annuel.

J’ai eu aussi l’agréable surprise de constater la présence de petites volées de Tadornes de Belon, absentes les deux années précédentes.

Je rappelle que l’Outarde barbue est un oiseau très craintif et je ne l’observe qu’à grande distance (téléobjectif ou longue-vue incontournable). La suite en photos :

Photos prises le 10 avril 2019 au soir :

Les petits groupes d’outardes sont nombreux et quelques mâles paradent mais bien trop loin pour mon téléobjectif. La lagune de Barillos située au bord de la route entre Tapioles et Villafáfila est à sec, comme il y a deux ans.

Deux femelles en compagnie d’un mâle.

Un aperçu de l’un des biotopes fréquentés par les outardes. A l’arrière-plan, une ligne Haute-Tension: c’est un danger reconnu pour les outardes.

Un groupes de mâles d’âges variés.

Un mâle adulte et solitaire.

En toile de fond, une partie de la chaîne, enneigée, des Monts Cantabriques.

Autre paysage typique de Villafáfila : une mosaïque de cultures à l’infini, sans un arbre.

Les photographier en vol permet parfois de faire des clichés « de proximité relative ».

Cette cabane verte (dont j’ai rencontré plusieurs exemplaires) m’interpelle. Je pense à un poste d’affût privé (et sans doute payant) pour les outardes.

Panneau de présentation du village de Villarin de Campos, de ses lagunes et de ses 68 pigeonniers (entre ruines et bon état/restauré).

Avocettes sur la lagune de Villardon (située à Villarin de Campos, à proximité de Villafáfila).

Les vanneaux sont très présents à Villafáfila, où ils doivent probablement nicher.

Photos prises le 18 avril 2019 au matin (8 jours après les précédentes) :

J’espérais de belles couleurs à l’aube et malheureusement, il a plu toute la nuit suivi par un brouillard matinal. Le ciel était chargé. Le manque de lumière a été préjudiciable à l’ambiance des photos. L’activité des outardes s’en est ressentie et les premières ne se sont montrées qu’assez tard dans la matinée; le soleil était déjà bien haut.

Tadornes de Belon au lever du jour, près de Otero de Sariegos . Tout à gauche des tadornes, un animal de petite taille qui bougeait de temps en temps et que je n’ai pu identifier!

Les Tadornes de Belon, qui vont et viennent dans les cultures. J’en ai observé autour d’une trentaine en petits groupes.

L’espèce est donnée comme nicheuse à Villafáfila. 

Jeune mâle à gauche. La différence de gabarit avec « l’ancien » en arrière-plan est évidente.

Ces deux mâles sont prêts pour parader. Ils se maintiennent à bonne distance l’un de l’autre. Les femelles ne sont pas loin mais elles restent très discrètes.

La seule photo de mâle en train de parader que j’ai pu faire. Il y a eu d’autres occasions dans la matinée, toutes trop loin!

Au second plan, le village de Cerecinos de Campos. 

Divers regroupements de mâles, dans la région de Cerecinos de Campos!

L’élan initial : tout en puissance! L’envergure du mâle va jusqu’à 2m40 (et parfois plus) et son poids monte jusqu’à 17 kg.

Le même mâle, en vitesse de croisière.

Mâles adultes solitaires aux « moustaches » bien développées.

Et les vanneaux sont toujours là!

Pour en savoir plus sur l’outarde barbue : http://www.lanaturemoi.com/2019/01/23/la-grande-outarde-ou-outarde-barbue

A bientôt, peut-être?

La Couleuvre helvétique ou Couleuvre à collier (15 mai 2019)

La Couleuvre helvétique ou Couleuvre à collier (15 mai 2019)

La Couleuvre helvétique 

(Nom scientifique : Natrix helvetica)

J’ai eu une surprise cet après-midi, alors que j’allais relever un piège photographique installé sur une souille de sangliers : j’ai rencontré une jeune couleuvre à collier en train de chasser dans une grande flaque d’eau à proximité d’un ruisseau. J’ai passé un peu plus d’une demi-heure à l’observer en train de nager, allant et venant avec la tête dans ou au-dessus de l’eau. Bien que discrète, l’agitation inhabituelle causée par ses ondulations a attiré mon attention. Les rayons du soleil qui passaient au travers des frondaisons des arbres éclairaient idéalement la scène.

La Couleuvre helvétique « Natrix helvetica » que l’on appelle communément une couleuvre à collier est la couleuvre la plus fréquente en France. On la trouve dans presque tous les départements. Quand elle est jeune, elle reste à proximité de l’eau où elle peut nager et plonger à la recherche de nourriture comme les têtards, petits poissons et invertébrés … . Les sujets adultes, quant à eux, peuvent vivre à l’écart des points d’eau. On la trouve jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. Les mâles sont plus petits, un peu moins d’1m00 généralement et jusqu’à 1m40 pour les femelles. Les données divergent d’une vingtaine de centimètres selon les sources consultées.

Elle est très facile à reconnaître avec son « collier » qui se présente sous la forme de deux bandes en forme de croissant de couleurs blanche ou jaune crème et noire sur la nuque. Toutes les espèces de couleuvres à collier doivent d’ailleurs leur nom vernaculaire à la présence de celui-ci.

La partie visible de son corps est d’après la littérature de couleur très variable, d’un gris ou marron plus ou moins clair (parfois bleuté ou verdâtre), accompagné de quelques taches noires longitudinales.

Jusqu’à un passé récent, il existait deux espèces de couleuvres à collier en Europe, « Natrix astreptophora » et « Natrix natrix ». Cette dernière comportait 15 sous-espèces dont celle que l’on trouve en France, appelée alors « Natrix natrix helvetica ».

Une nouvelle étude publiée en 2017 dans la revue Scientific Reports a proposé une révision de la taxinomie de la couleuvre à collier, grâce à l’avancée des connaissances apportée par les progrès de la génétique. L’une des conclusions de cette étude est que les couleuvres à collier de l’ouest de l’Europe appartiennent en fait à une espèce différenciée, « Natrix helvetica » (auparavant considérée comme une sous-espèce de « Natrix natrix »).

La couleuvre à collier que l’on trouve en France, appelée jusqu’en 2017 « Natrix natrix helvetica » (sauf dans l’Aude et les Pyrénées Orientales), est depuis devenue une espèce à part entière et doit être nommée Couleuvre helvétique « Natrix helvetica » (certaines publications sur internet ne sont pas à jour). Chez « Natrix helvetica », le « collier » est très marqué, aussi bien chez les jeunes que chez les adultes. L’iris est de couleur jaunâtre.

Dans les départements de l’Aude et des Pyrénées orientales, la couleuvre à collier appelée avant 2017 « Natrix natrix astreptophora » (présente également dans la péninsule ibérique), a été élevée elle aussi au rang d’espèce. Elle s’appelle désormais la Couleuvre astreptophore « Natrix astreptophora », dont les particularités sont les suivantes :  à l’âge adulte, les individus n’ont pas de « collier »; l’œil est rouge vif tandis que la tête est grise, voire bleutée.

Pour rappel, la tête des couleuvres, de forme arrondie avec quelques grosses écailles sur le crâne permet de les différencier au premier coup d’œil des vipères dont la tête est triangulaire avec de nombreuses et fines écailles. Elles sont ovipares tandis que les vipères sont vivipares. Leur pupille est ronde, en fente verticale chez les vipères.

Comme tous les serpents, la couleuvre à collier est pratiquement sourde. En revanche, sa vue est bien développée et l’aide à chasser et à détecter les dangers. De nombreuses couleuvres diurnes, à pupille ronde et cristallin jaune, ont une rétine qui ne comporte que des cônes, cellules assurant la vision colorée et fonctionnant en lumière intense. Le frétillement de la langue, typique des serpents, leur permet de percevoir les odeurs.

La couleuvre à collier est une très bonne nageuse et elle se nourrit de ce qu’elle trouve dans et au bord de l’eau. Les jeunes, comme nous l’avons déjà vu plus haut, se nourrissent de larves, de têtards, de petits poissons et autres ressources trouvées uniquement dans le milieu aquatique. Dès que leur gueule est assez grande, le menu s’enrichit d’amphibiens (grenouilles, rainettes, tritons, …) et parfois des rongeurs (campagnols, mulots, musaraignes, …). Elle est alors moins dépendante de la proximité de l’eau.

Les proies sont avalées vivantes; les mâchoires de la couleuvre peuvent fortement s’écarter et elle est capable d’avaler des proies plus grandes que sa tête. La taille des proies reste proportionnelle à la taille de l’individu.

Elle ne possède pas de venin et ne présente donc aucun danger. Cependant, il vaut mieux l’éviter. Lorsqu’elle se sent en danger, elle peut éjecter un liquide nauséabond par le cloaque. Elle peut aussi simuler la mort en s’enroulant sur le dos, flasque, la bouche ouverte et la langue pendante; elle peut parfois, alors, émettre son odeur nauséabonde (surtout lorsque elle est saisie).

La Couleuvre helvétique juvénile, à comparer avec la Couleuvre verte et jaune juvénile ci-dessous.

Une Couleuvre verte et jaune juvénile (Vic-Bilh). 

La confusion des juvéniles est possible avec ceux de la Couleuvre verte et jaune (« Hierophis viridiflavus« ). Les 3  clichés ci-dessus permettent de voir la différence.

Dès que la flaque est passée dans l’ombre, la couleuvre est remontée dans la végétation. L’observation fut sympa, même si je ne suis pas spécialement fan de moments à passer avec les reptiles. Le choix des photos privilégie l’animal dans son élément, l’eau; il n’y a donc pas de gros plans. Assez régulièrement, ces gros plans sont obtenus en manipulant l’animal ou en le retenant prisonnier.

Victimes depuis toujours de leur mauvaise réputation, les serpents et les couleuvres en particulier sont concernés par l’érosion de la biodiversité. Le nombre d’espèces de couleuvres en France métropolitaine est deux fois plus important que celui de vipères, en gros. Avec les récents changements amenés par l’avancée des connaissances, je ne m’aventure pas à les citer, je me tromperais sûrement. Il m’arrive parfois d’en rencontrer, aussi bien en plaine qu’en montagne mais les occasions ont bien diminué ces dernières années.

Pour mon département des Pyrénées-Atlantiques on peut rencontrer, en plaine et en montagne (altitude maximum variable selon les espèces) :

Couleuvres (5 espèces, inoffensives) : la couleuvre helvétique (objet de cet article), la couleuvre vipérine (inféodée aux milieux aquatiques, altitude maximum 1 000 m), la couleuvre verte et jaune (qui est en fait noire et jaune, la plus grande et qui aime monter dans les arbres), la coronelle lisse et la coronelle girondine (qui peut facilement se confondre avec la précédente).

Vipères (morsure dangereuse) : la vipère aspic (Vipera aspis zinnikeri) et la vipère de Seoane ou des Pyrénées. La vipère de Seoane a une répartition très restreinte. Elle est présente le long de la frontière avec l’Espagne depuis la côte, au sud de Saint-Jean-de-Luz où elle est devenue très rare, jusqu’au massif d’Iraty où elle atteint sa limite Est, en passant par la vallée des Aldudes. Elle atteint côté français l’altitude maximale de 1250 m. C’est une des espèces les plus menacées d’extinction en Europe.

Depuis le 12 mai 1979 (ce n’est pas si vieux), ces reptiles font partie des espèces protégées.

Article présenté avec mes photos personnelles. Pour en savoir plus sur cet animal :

http://www.naturemp.org/Couleuvre-a-collier.html

http://www.serpentsdefrance.fr/Couleuvreacollier.php

http://coronella.free.fr/natnat.php

https://www.nature.com/articles/s41598-017-07847-9#additional-information

Deux couleuvres helvétiques en train de chasser en tandem au bord d’un petit ruisseau.

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Mars, le pelage mue

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Mars, le pelage mue

De fin février au mois d’avril, les chevreuils perdent leurs poils d’hiver. D’abord les plus jeunes, suivis par leurs aînés. Ils tombent par touffes en commençant par la tête et le cou, puis les membres pour terminer par le tronc. Le pelage passe du gris foncé / brun, épais, au roux parfois vif, assez ras. Le changement d’épaisseur du pelage dans ce sens-là rend la mue de printemps très spectaculaire. Ces bêtes si sympathiques prennent alors une drôle d’allure. Habituellement photogéniques, elles ne sont plus à leur avantage pendant quelques jours.

Parti de bon matin photographier en billebaude, alors que je suivais un chemin entre un champ de luzerne et une terre fraîchement labourée, une chevrette immobile dans l’herbe a attirée mon regard. La présence d’un talus et un vent favorable m’ont permis de l’approcher, sans l’inquiéter. La suite en images (clichés pris le 16 mars 2019) :

Cette chevrette, immobile dans ce champ de luzerne, est captivée par quelque chose. Je suis son regard!

Un couple de chevreuils est tranquillement en train de se chauffer au soleil matinal, en boule dans une petite cuvette appelée « couchette ».

Au bout de quelques minutes, la chevrette vient rejoindre le couple.

Il est 9h00 et il fait très bon au soleil! Les animaux ne sont assoupis qu’en apparence, les oreilles restent à l’écoute!

Je continue à m’approcher, en contrebas du talus. La chevrette isolée reste sur le qui-vive!

Le couple! Le brocard a déjà un certain âge : on le devine à l’allure de ses bois qui commencent à dégénérer. Aussi, ses bois a lui ont fini de pousser alors que les jeunes sujets ont toujours leurs velours.

La chevrette isolée se relève, après 32 mn de repos. 

Un peu de toilette? Pendant la mue, il arrive que le chevreuil mange ses poils.

Elle se dirige vers le bord du champ.

Au bord du talus, elle hésite pour le descendre.

Le pelage démange. On aperçoit çà et là l’emplacement de touffes de poils arrachés par grattage ou avec les dents.

Elle se décide finalement à descendre tranquillement le talus qui m’a permis de l’approcher.

Plaqué contre le talus, j’ai du mal à la voir; elle aussi, elle hésite, 

Mon camouflage est efficace, elle ne réagit pas.

« Je te souris ».

Elle traverse tranquillement le sentier vers le labour. 

Le brocard s’est relevé.

Il attaque sa toilette. La chute des poils est, chez lui, plus avancée.

… et il attaque aussi la luzerne. Quelle allure!

Pendant ce temps, la première chevrette a traversé le chemin et traverse maintenant le labour, avant de regagner le bois.

Le brocard et la deuxième chevrette descendent à leur tour le talus.

La traversée du chemin.

Traverser un labour, c’est « pénible ».

Petit regard vers moi, avant de rentrer dans le bois pour se reposer jusqu’au soir. Entre le premier et le dernier cliché, 62 minutes se sont écoulées.

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Février en velours

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Février en velours

(Chevrette curieuse).

Le Chevreuil  dans le Vic-Bilh (Béarn)

Un mois de février en velours

(Les clichés d’illustration sont pris en majeure partie au mois de février).

(Sous le soleil matinal – Brocard au début de la repousse des bois).

(Brocard au gagnage dans une prairie).

Nous ne sommes que le 23 février, mais tout se passe comme si le printemps était déjà là. Les belles journées ensoleillées se succèdent depuis plusieurs jours. Les jonquilles, les primevères, les pervenches, les mimosas,  les pommiers du Japon … sont en fleurs. Les abeilles butinent les merisiers et les pruniers sauvages, les merles chantent au lever du jour et au coucher du soleil, accompagnés le soir par les grives. Les grues ont entamé leur migration retour.

Les chevreuils profitent de ce renouveau. On les voit plus souvent dans les prairies et dans les champs de maïs ramassé, où ils se repaissent d’herbe tendre. Aussi, la période de chasse qui les poussent à la méfiance arrive bientôt à sa fin, le 28 du mois; les palombes repartent et les sous-bois sont moins courus.

Le chevreuil (Capreolus capreolus) est un animal que j’aime pour sa finesse et son élégance et le Vic-Bilh est une région où il est bien représenté. Le biotope s’y prête, mélange de terres à polyculture, de prairies et de forêts de chênes, de châtaigniers et d’acacias. Il prospère tout en étant régulé comme partout ailleurs par des plans de chasse.

(Deux femelles sont hors champ. Ce groupe formé pour la mauvaise saison est sur le point de se séparer)

(Un brocard et 4 chevrettes dont 2 jeunes, sous la gelée matinale).

Il a passé l’hiver en petits groupes familiaux qui vont bientôt se défaire. Ici, l’habitat est dispersé au milieu d’exploitations agricoles constituées de parcelles morcelées ; humains et chevreuils vivent plutôt bien ensemble. Les meilleurs moments pour le rencontrer et le photographier sont le matin et surtout le soir.

Dans le Béarn et même plus loin, le chevreuil est souvent appelé, à tord bien sûr, biche. J’ai essayé de corriger cette erreur auprès de pas mal d’amis mais cela reste ancré dans les mœurs. On ne peut pourtant pas les confondre, cerfs et biches ne sont pas présents dans le Vic-Bilh et la morphologie est bien différente. Il arrive qu’un cerf élaphe soit de passage chez nous à la période du rut mais c’est tout. Les grands cervidés fréquentent le piémont pyrénéen et la forêt landaise.

Un peu de terminologie

A gauche, une jeune chevrette en train de muer

Au centre, un jeune brocard (avec toujours ses velours et en train de muer) et une femelle adulte

A droite, une femelle (présence de la brosse vulvaire) adulte (la mue  n’a pas commencée) en arrière-plan 

et un mâle plus âgé que celui du centre, en train de perdre ses velours 

L’appellation « chevreuil » s’applique indifféremment au mâle et à la femelle. La femelle du chevreuil est la « chevrette ». Le jeune s’appelle le « faon » jusqu’à l’âge de 6 mois puis « chevrillard » de 6 à 12 mois, et cela quel que soit le sexe. Vers le sixième mois, c’est-à-dire vers le mois de novembre, deux protubérances osseuses commencent à apparaître sur l’os frontal du jeune mâle, sous velours. Ce sont les futurs pivots. Les premiers bois ne se forment que plus tard, de mars à juin.

Le chevreuil du Vic-Bilh Barn brocard chevrette faon chevrillard daguet

(Au centre, chevrillard avec ses tout premiers bois, très petits).

A un an, le chevrillard mâle, devient un « brocard » pour le restant de sa vie; il porte deux petites dagues fourchues ou non, mais sans les meules qui n’apparaîtront qu’à la prochaine repousse. La meule est le renflement situé à la base des bois, en forme d’anneau et portant de nombreuses excroissances appelées pierrures. Elle fait le lien avec le pivot déjà cité.

Les tout premiers bois du brocard sont de petite taille, plus petits que les oreilles. Seul le mâle porte des bois, caducs, qui tomberont tous les ans à l’automne! La maturité sexuelle commence pour les deux sexes au début de la seconde année ; elle est également conditionnée par son poids pour la femelle.

Dès la deuxième année, chaque bois va s’orner à sa partie supérieure de pointes. La pointe peut s’appeler également « cor » ou « andouiller », indifféremment. La tige centrale entre la meule et la pointe est le merrain, qui a des perlures ressemblant à des gouttelettes; on dit que le bois est « perlé ».

Quelques informations utiles sur le chevreuil

(Beau brocard en pleine force de l’âge, à la nuit tombée).

Le chevreuil adulte pèse entre 15 et 30 kg en moyenne, selon les territoires et la densité de population  (à âge égal et dans de bonnes conditions de nourriture, la femelle est un peu plus petite et plus légère de 2 à 3 kg). En cas de surpopulation, la corpulence des animaux diminue, ainsi que la résistance aux maladies. Pour information, le cerf élaphe adulte pèse entre 160 et 250 kg et la biche, entre 90 et 150 kg : il est donc difficile de confondre un cerf avec un chevreuil, même de loin. Ce poids n’est qu’un ordre d’idée représentant des fourchettes mini/maxi et les chiffres dépendent des sources consultées. Pour le chevreuil et le cerf élaphe, la taille est fortement influencée par l’habitat. Elle augmente des Pyrénées vers l’est de la France et on trouve les plus grands spécimens en Lorraine, dans le Jura et dans les Ardennes.

(Deux photos de brocard. En haut, on voit les bois naissants, donc aucun problème d’identification. En bas, absence de la brosse vulvaire).

Après la chute des bois à l’automne, un moyen de différencier les mâles des femelles est la tâche claire et érectile située sur le fessier, que l’on appelle le miroir : en forme de haricot (partie convexe dirigée vers le haut) chez le brocard et de cœur inversé chez la chevrette. Cela ne me paraît pas d’ailleurs toujours évident de faire la différence. Ce miroir (appelé aussi roze) est blanc en hiver et jaunâtre en été. Il double de taille quand il est hérissé et avertit les congénères en cas de danger.

(Présence de la brosse vulvaire en partie basse du miroir chez la femelle, à gauche).

(Chez ce couple d’âge mûr, la femelle est un peu plus petite que le mâle et on voit bien la brosse vulvaire de profil).

La chevrette possède à la base du miroir une fausse queue constituée de long poils clairs, la brosse vulvaire, bien visible de profil (le chevreuil n’a pas de queue). Quant au brocard, on peut repérer de profil son pinceau pénien. L’aspect général de l’animal, vu de loin, est aussi une indication :  pour le brocard, la partie antérieure de son corps est plus large que la partie postérieure; chez la chevrette, au contraire, le centre de gravité est placé vers l’arrière-train.

« Triste mine »

Le chevreuil subit deux mues par an, à l’automne où son poil vire progressivement au gris-brun, bien épais, et au printemps : il devient alors d’une belle couleur roux vif et ras. La mue de printemps est brutale et la perte des poils lui donne vraiment une triste mine. Elle a déjà commencé et sera bien visible sur tous les sujets d’ici 3 à 4 semaines. La mue est plus précoce chez les jeunes. La chute des poils débute par la tête, le cou puis les membres et enfin le tronc.

Le chevreuil, contrairement au cerf, boit très rarement. Il se désaltère grâce à la rosée matinale .

Quelques informations sur les faons

Faon de biche, avec sa robe semée de taches disparates,

à ne pas confondre avec le faon de la chevrette, dont les taches sont alignées.

Les faons naissent entre la mi-mai et la mi-juin pour la plupart ; ils sont tachetés pendant les deux premiers mois de leur vie. Les taches sont alignées sur le dos et sur les flancs contrairement à celles du faon de cerf qui sont éparses. Les taches blanches s’estompent et disparaissent en octobre au plus tard. Lorsqu’ils naissent, les faons n’ont pas d’odeur corporelle dans les premières semaines de leur vie, particularité qui les protège de certains prédateurs comme les chiens errants et les renards. Une heure après la naissance, les jeunes se tiennent déjà debout sur leurs pattes, puis ils font leurs premiers pas.

Les portées sont de deux petits en moyenne (mâle et femelle), plus rarement trois. Le nombre est conditionné par le poids de la femelle; plus elle est lourde et plus elle a des chances de mettre bas un nombre conséquent de petits, mais un poids autour de 20 kg minimum est nécessaire. La taille de la portée est généralement de 2 faons (20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons) . Elle peut atteindre 3 jeunes dans les milieux particulièrement favorables.

(A droite, un chevrillard avec ses premiers bois recouverts de velours. Il vit encore avec sa mère et sera bientôt chassé).

Le sevrage est achevé en octobre-novembre mais les petits restent avec la mère jusqu’à l’approche de la mise-bas suivante, à la fin du printemps, et sont ensuite chassés. Ils partent alors à la recherche d’un territoire disponible.

La mortalité est importante chez les faons ; dans les cas de naissances multiples, je vois la plupart du temps l’un des deux petits disparaître assez vite : par prédation (chiens errants, renards, sangliers …), accidentellement (réseau routier, noyade …), ou tout autre raison. La période des foins et des moissons est dramatique pour eux : en effet, le réflexe nature du faon encore très jeune est de se tapir au lieu de s’enfuir à l’approche de la faucheuse ou de la moissonneuse qui ne peut le voir et l’accident est fatal. Ils sont parfois infestés par les tiques, comme d’ailleurs leurs parents. La mortalité peut aller jusqu’à 90 % à la fin du premier hiver.

Mode de vie du chevreuil

(Très beau brocard, dans la force de l’âge).

Le chevreuil est sédentaire et reste toute l’année sur le même territoire, d’une superficie d’une vingtaine d’hectares environ mais variable suivant les ressources en nourriture.

(Groupe au gagnage après le coucher du soleil).

A l’approche du printemps, les petits groupes familiaux constitués à l’automne et pendant l’hiver se séparent et les mâles, solitaires sauf à la période du rut, retrouvent leurs comportements territoriaux jusqu’à la fin août. A la période du rut de mi-juillet à la mi-août, le mâle le défend farouchement et laisse son empreinte olfactive en frottant les glandes situées à la base de ses bois sur les troncs d’arbre et en grattant la terre.

(Brocard sur sa « couchette » dans un champ de luzerne, un soir d’été).

Le chevreuil alterne les phases d’activité et de repos dans la journée, mais il va de préférence au gagnage au lever du jour et au crépuscule. Il s’approche facilement des habitations les jours de mauvais temps. Quand il fait partie d’une troupe, le brocard sort le dernier à découvert, très méfiant. Le chevreuil est également actif la nuit. Quand il a décidé de se reposer, on peut parfois l’observer à la lisière du bois, au crépuscule, en train de tourner en rond tout en grattant le sol avec ses pattes avant pour en dégager la végétation, avant de se coucher en boule. Ces « couchettes » est une indication de leur présence.

Le chevreuil a une mauvaise vue surtout basée sur le mouvement, mais un excellent odorat et l’ouïe fine. Si un danger est identifié, il détale prestement. Dérangé, il émet pendant la fuite une série d’aboiements rauques ressemblant à ceux d’un chien, un signe d’inquiétude face à un danger potentiel non identifié, ou de colère! En sécurité dans le sous-bois et si le danger n’est toujours pas identifié, il répète longuement son cri avant de s’éloigner définitivement.

D’un naturel curieux et si quelque chose attire son attention, le chevreuil s’approche par étapes prudentes et s’arrête en bougeant la tête dans tous les sens pour chercher à identifier ce qui l’intrigue. S’il ne nous a pas repéré, il y a quelques opportunités pour faire de beaux clichés de proximité.

Les bois perdus en octobre-novembre ont commencé à repousser aussitôt durant l’hiver. Pendant cette repousse, ils sont recouverts d’une peau appelée velours qui protège et nourrit les bois pendant leur croissance. Quand celle-ci s’achève, l’irrigation du velours cesse et ce dernier se dessèche. Il va alors tomber en lambeaux que le chevreuil élimine en se frottant sur les écorces des arbres tout en occasionnant quelques dégâts, de mars à avril suivant les sujets. Les vieux brocards perdent leurs bois les premiers et les nouveaux bois seront alors opérationnels avant ceux des plus jeunes ; ils ont ainsi une longueur d’avance pour défendre leur territoire face aux générations « montantes ».

Comment avoir une idée empirique de l’âge d’un brocard

On arrive à déterminer approximativement l’âge du chevreuil par l’examen de sa denture; cela ne peut se faire que sur un individu prélevé. Sur un brocard bien vivant, la détermination de son âge est possible par sa tête mais c’est une chose peu facile, plus empirique. Les formes les plus classiques pour les bois (indépendantes de l’âge), sont le daguet, le 4 cors (avec deux andouillers antérieurs), et le 6 cors (un troisième andouiller vers l’avant). L’andouiller le plus bas est toujours dirigé vers l’avant. Un chevreuil âgé de 7 à 8 ans est déjà considéré comme étant vieux, pour une espérance de vie maximale de dix à douze ans.

(Brocard au début de sa 2ème année; ses premiers bois ont poussé et il ne vit plus avec sa mère).

_Le brocard d’un an a un cou long et frêle. Sa tête porte deux dagues de la longueur des oreilles.

(Daguet, ou  brocard « assassin »)

_Le brocard de deux ans a un cou moins mince; il porte une tache blanche au-dessus du noir des naseaux. Le bois est déjà creusé de gouttières. Chaque bois a deux cors (andouillers antérieurs) et parfois, dans de bonnes conditions, un embryon plus ou moins développé d’un troisième cors (andouiller vers l’avant). Aussi, un brocard de 2 ans peut ne posséder que 2 simples dagues – d’où le nom de « daguet » donné à l’animal à ce stade de sa vie. Un brocard portant des bois dépourvus d’andouillers est appelé brocard « assassin ». En effet, lors de combats à la période du rut, aucune garde ne vient arrêter les pointes qui peuvent se planter profondément dans les flancs ou le crâne de l’adversaire.

_Le brocard de trois ans a un cou épaissi, au front gris foncé et la masse du corps se porte sur l’avant. Les bois sont jolis, ne sont ni épais, ni encore bien perlés et ils ont chacun trois beaux cors bien marqués. La meule est plus grosse mais moins longue. Un brocard de deux à trois ans est considéré comme jeune.

_Les brocards à partir de quatre ans n’ont plus la tache blanche nasale. Les bois continuent à avoir trois cors chacun. Un chevreuil de 4 à 5 ans est considéré comme mature et possède alors ses bois les plus massifs.

_Le nombre de cors n’augmentera plus par la suite, les perlures deviendront plus abondantes, les gouttières plus profondes, les meules tendront à se rapprocher jusqu’à paraître soudées l’une à l’autre. Le nombre de cors n’est pas fonction de l’âge et ce nombre peut diminuer quand l’animal vieillit.

_Dès l’âge de 6 ans, le mâle devient un brocard âgé et la masse de ses bois régresse. Les cors d’un animal âgé de 7-8 ans sont courts et émoussés, les perlures sont rares.

Les vieux brocards muent plus tard que les jeunes. Quelques vieux sujets des deux sexes portent une « serviette », tache claire et ovale sur le poitrail, à la base du cou, parfois en deux parties.

En France, le chevreuil est une espèce classée gibier et soumise à des plans de chasse obligatoires depuis 1978. Aujourd’hui, on estime à 1,5 million le nombre d’individus et les prélèvements par les plans de chasse de la saison 2016/2017 est de 580 000.

Aucune menace ne pèse sur l’espèce, la population augmente régulièrement.

Article rédigé le 23 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de données trouvées sur internet, dont :

http://www.jyrousseau.com/le_chevr.shtml

http://dianehautsbosc.canalblog.com/archives/2007/07/27/5555197.html

Le Hibou des marais

Le Hibou des marais

Le Hibou des marais
(Nom scientifique : Asio flameus)
Avec le témoignage de sa présence dans le Béarn

Le Hibou des marais est un oiseau de taille moyenne. Partiellement diurne, c’est l’un des rapaces nocturnes les plus visibles à observer de jour, car il chasse surtout au crépuscule et tôt le matin. Il a beaucoup de succès auprès des photographes animaliers.

C’est un nomade qui se déplace en fonction de l’abondance de ses proies préférées, les campagnols. J’ai eu la chance de le rencontrer deux fois dans le Béarn, plus précisément dans le Vic-Bilh.

La première fois, c’était en bordure du vignoble du château de Gayon (Madiran et Pacherenc), le 6 mars 2016 – 19:50.

On était pratiquement à la nuit et il m’a surpris. Je me demandais ce que c’était. Les conditions pour l’immortaliser étaient mauvaises, le soleil était déjà couché. Heureusement, après quelques allées et venues, il m’est venu droit dessus et il s’est posé sur un piquet de vigne près de moi.

J’avais déjà vu des photos sur internet mais j’étais à des lieues de penser à lui. Une petite recherche m’en a appris un peu plus sur cette espèce et en particulier, que sa présence en ces lieux devait être rare. En effet, elle n’est pas avérée dans les Pyrénées-Atlantiques. Je ne l’ai pas revu les soirs suivants. Il ne devait être que de passage. C’est un migrateur!

01 mai 2017 – 09:20 Hibou des marais à Villafafila (Castilla y Leon) 

La rencontre suivante fut début mai 2017, dans une région où sa présence était courante : les steppes de Villafafila en Espagne, dans la région de Zamora. J’ai pu alors longuement observer leur comportement et en photographier un en plein jour. Je suis revenu à Villafafila début mai 2018 et je n’ai rien vu : un printemps pluvieux avait évité le pullulement des campagnols et les hiboux étaient parti chercher leur nourriture ailleurs.

(30 décembre 2018 – 17:30 – Palombes au dortoir à Gerderest, face au Pyrénées)

Ma deuxième rencontre dans le Béarn a eu lieu très récemment, pratiquement à domicile. Et cela m’a fait très plaisir : inutile de courir très loin, je l’avais à portée de main. Notre rencontre a été totalement fortuite, le 30 décembre au soir. J’observais le ballet aérien d’une grosse volée de palombes au-dessus de son dortoir, dans un vallon abrité face aux Pyrénées. Les lumières hivernales au coucher du soleil étaient magnifiques, d’une belle teinte rose jusqu’au niveau du pic du Midi de Bigorre.

30 décembre 2018 -17:50 – Nouvelle rencontre dans le Vic-Bilh avec le Hibou des marais, furtive! Cette deuxième observation n’était pas très probante!!!

Il a surgi, venant de nulle part et je me demandais ce que c’était. Intrigué, je l’ai photographié (focale équivalente à 900mm) mais les paramètres du reflex étaient bien en deçà de ce qui était nécessaire pour avoir un cliché net. Cette fois-là encore, il faisait déjà sombre et l’oiseau était loin, plus loin que la précédente rencontre au château de Gayon, il y avait presque trois ans déjà. Il allait et venait à quelques mètres au-dessus de la prairie en la quadrillant, plongeant de temps en temps pour se poser à terre et redémarrant un peu plus tard.

31 décembre 2018 – 17:35 – Hibou des marais au-dessus de la prairie abandonnée

Je revins le lendemain au même endroit peu après 17h00, avec le secret espoir de revoir ce rapace dont je n’étais pas sûr de l’identification; pas étonnant, quand on voit la qualité des clichés de la veille. A 17h35, jackpot! Il apparut enfin et recommença son ballet aérien au-dessus de la prairie abandonnée. Quel spectacle! J’avais eu le temps de me préparer à cette nouvelle rencontre, avec des paramètres qui me faisaient hélas monter en iso, mais qui me permettraient de figer le vol élégant et feutré de ce bel oiseau, devant un ciel aux belles couleurs pastel qui se développaient vers l’est!

Un spectacle qui dura une dizaine de minutes environ, avec des lumières qui disparaissaient progressivement!

A moment donné, il se prit de querelle avec une buse variable (à gauche sur le cliché) et s’éloigna un instant de son aire de chasse, sur fond de palombes qui se posaient au dortoir. Les belles couleurs du ciel continuaient à s’estomper, même sur la chaîne des Pyrénées.

Il revint enfin directement vers moi et me montra une dernière fois sa belle voilure. Pour ne pas le perturber et déjà trop content qu’il soit revenu, je m’éloignai discrètement. Une belle façon de terminer l’année 2018, comme je ne l’aurais jamais espéré : avoir eu à domicile dans les dernières heures de 2018 ce que j’étais allé cherché vainement quelques mois plus tôt à des centaines de kilomètres de là. Je ne savais pas encore que ce serait notre dernière rencontre mais qu’importe, je l’ai bien appréciée.

J’y suis revenu une semaine plus tard et les jours suivants : je ne l’ai plus revu malgré avoir sillonné toute la plaine de Gerderest, une plaine que j’affectionne car elle a encore gardé un aspect naturel. Il peut avoir changé d’endroit mais aussi d’horaires, peut-être? Il chasse aussi la nuit. Cela restera pour moi un excellent souvenir!

Description du Hibou des marais

31 décembre 2018 – 17:50 – Hibou des marais au-dessus de la prairie abandonnée – Simacourbe, dans le Vic-Bilh (Béarn)

06 mars 2016, 19:50 – Hibou des marais dans les vignes – Gayon, dans le Vic-Bilh (Béarn)

Les couleurs du hibou des marais lui fournissent un très bon camouflage au milieu des herbes. Son plumage est brun à jaune-roux avec des stries noires sur la poitrine, l’abdomen et le dos. Les ailes et la queue sont striées. Les ailes sont longues et étroites. Leur dessous est blanc avec une pointe noire. L’oiseau se déplace avec aisance, en battant des ailes régulièrement ou en planant brièvement en formant un V bien ouvert. Sa tête, bien ronde, porte des aigrettes très réduites, à peine visibles. Ses yeux jaunes sont cernés de noir et entourés de disques blanchâtres.

Reproduction

Le hibou des marais se reproduit sur les sites où la nourriture est abondante. Il affectionne particulièrement les espaces ouverts comme les champs en friche, les prairies humides, les marais et les grandes steppes herbeuses. Le nid, préparé au mois d’avril, est une simple cuvette creusée en grattant le sol dans la végétation. Sommaire, il est tapissé de brins d’herbes et de brindilles. Il est caché sous des broussailles, dans les roseaux ou dans les touffes d’herbes, souvent près de l’eau.

En France, le hibou des marais est un nicheur irrégulier que l’on rencontre le long des côtes de la façade atlantique, de la Gironde jusqu’au Morbihan. Son lieu de nidification est erratique, dicté par la nourriture disponible. On le trouve régulièrement dans le Marais Breton (Loire-Atlantique et Vendée). Il reste en France un nicheur très rare aux effectifs très fluctuants, estimés entre 10 et 100 couples en 1997. Je n’ai pas trouvé de statistiques plus récentes.

Où l’observer facilement

Les populations du nord de l’Europe sont migratrices strictes. Ailleurs, les hiboux des marais sont migrateurs partiels. Cette espèce présente un nomadisme marqué durant toute l’année, si bien que les apparitions en France peuvent se produire pendant toute l’année. Les oiseaux du nord de l’Europe hivernent plus ou moins loin vers le sud, en particulier en France. Cela dépend de la rigueur hivernale et de la disponibilité en proies. Les mouvements vers le sud ont lieu en septembre-novembre, vers le nord en mars-mai.

En France, la population hivernale subit de fortes variations d’une année à l’autre ; elle était évaluée dans une fourchette allant de 200 à 500 individus en 1997. Certains hivers, des afflux ont été constatés, comme durant l’hiver 2002-2003. Un effectif national minimum de 650 oiseaux avait été recensé.

Les principales observations se font dans les plaines maritimes le long du littoral Atlantique et de la Manche et le long de la côte de la mer du Nord, en Ardenne, dans le sud-est de l’Ile de France, également en Camargue et en Crau, en Lorraine, et dans une grande partie du centre de la France, au gré des afflux lors des vagues de froid ou suite à des saisons de reproduction à forte production démographique. Ailleurs, sa présence est sporadique et dépend de la nourriture disponible.

Le Hibou des marais est largement distribué dans le monde entier. L’espèce est classée « préoccupation mineure » au niveau mondial

Article rédigé le 30 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications interne sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hibou_des_marais

http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Hibou-des-marais.html

http://www.oiseaux.net/oiseaux/hibou.des.marais.html

https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Hibou-desmarais.pdf

06 mars 2016 – 20:00 Hibou des marais à Gayon, dans le Vic-Bilh (Béarn)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le compagnon des pêcheurs

Lors d’une randonnée automnale récente dans la vallée d’Ossau, occupé à photographier un oiseau dans le lit d’un gave sur le plateau de Bious, une amie m’observait de loin. Plus tard, elle m’a demandé ce que je faisais et je lui ai parlé du Cincle plongeur. Finalement, elle m’a donné l’idée d’écrire cet article et je l’en remercie.

(octobre 2018 – Cincle plongeur dans le gave de Bious).

(octobre 2018 – l’automne au coucher du soleil sur le plateau de Bious et son gave, au pied de l’Ossau).

Au-dessus des eaux vives du Piémont pyrénéen et des lacs de moyenne montagne, un cri particulier que je reconnais entre mille retient parfois mon attention ; il me fait parfois battre le cœur un peu plus vite. C’est celui d’un Cincle plongeur. Il arrive alors vers moi, rasant la surface de l’eau d’un vol rapide et direct.

Je n’y ai pas toujours prêté attention. J’ai « ouvert les yeux » alors que mon fils Damien m’initiait à la photo. Nous étions allés ensemble dans le Jura pour un séjour de pêche à la mouche chez son ami Nicolas et j’ai aperçu cet oiseau atypique dans le décor des rivières jurassiennes. Je demandai alors à Nicolas le nom de cet oiseau étonnant et unique par son comportement. Depuis, j’ai une affection particulière pour l’« âme » de nos torrents pyrénéens: Gaves, Nestes et Nives aux eaux pures et galopantes.

(Le pays des nestes (Hautes-Pyrénées) depuis le col d’Aspin, au retour d’une sortie aux cincles).

Le cincle est présent et niche en Europe, de l’Espagne à l’Islande, et jusqu’en Russie et en Turquie. En Norvège, il est devenu l’oiseau national. En France, on le rencontre en Corse, les Pyrénées, les Alpes, le Massif central, le Morvan, le quart nord-est et sud-est de la France, sauf la plaine méditerranéenne. On le trouve aussi en Asie et en Afrique du nord.

DESCRIPTION DU CINCLE PLONGEUR

Le cincle plongeur est un oiseau brun au plastron blanc et à la silhouette ronde et trapue, qui vit aux abords des rivières à cours rapide et peu profondes au lit caillouteux. On le surnomme le « merle d’eau » ; il est cependant plus petit que notre Merle noir (Turdus merula). Ses ailes courtes et sa queue souvent dressée lui donnent l’allure d’un gros troglodyte. Mâle et femelle se ressemblent, mais cette dernière est légèrement plus petite.

Son plumage épais est imperméable et lui procure une bonne isolation pour supporter l’eau glacée des torrents.

Les yeux ont une membrane nictitante (1) blanchâtre, visible quand il cligne des yeux. Cette membrane protège ses yeux quand il est immergé. Il voit aussi bien sous que hors de l’eau.

(1)Nictitante : la membrane nictitante est une troisième paupière transparente ou translucide que possèdent certains animaux qui recouvre l’œil afin de le protéger et l’humidifier tout en permettant une certaine visibilité.

COMPORTEMENT

Le cincle plongeur a des particularités étonnantes : c’est le seul passereau à pouvoir plonger et marcher au fond de l’eau. Ses griffes et sa force lui permettent de résister au courant parfois violent et de s’agripper sur le lit du cours d’eau. Il nage sous l’eau à l’aide de ses puissantes ailes entrouvertes.

Il se perche souvent sur une pierre dans l’eau où il exécute d’incessantes révérences, exposant ainsi sa poitrine blanche ; en particulier au cours des parades nuptiales ou lorsque il est excité.

Il défend aussi son territoire contre les intrusions des autres cincles du secteur, posé sur un rocher au milieu de l’eau.

Il peut disparaître brusquement après un bref plongeon depuis son perchoir. On le verra ressortir un peu plus bas.

Le cincle plongeur est habituellement vu seul ou en couple. Sédentaire, il reste sur son territoire toute l’année. Les jeunes, chassés par les parents de leur territoire, doivent se disperser. Ils peuvent changer parfois de cours d’eau.

Il trahit sa présence par l’accumulation de fientes liquides blanches sur certains galets.

HABITAT

Le Cincle plongeur fréquente les fleuves, les rivières et les torrents au cours rapide, au fond rocailleux et où se trouvent des rochers plus ou moins immergés. C’est le compagnon des pêcheurs de truites à la mouche.

Il a besoin d’enrochement à proximité ou de ponts pour nidifier. Il s’adapte bien aux développements humains sur les rives quand l’eau traverse une ville. Il a quand même besoin de rivières proches de l’état naturel, propres et bien oxygénées et de suffisamment de tranquillité.

Le lac Casterau en vallée d’Ossau, où j’ai fait la rencontre de mon premier cincle dans les Pyrénées.

Je n’oublierai plus ce moment-là!

On le trouve parfois sur les bords des lacs, mais surtout dans des zones assez élevées. Dans les Pyrénées, je le trouve régulièrement au bord des lacs d’Ayous à 2000 mètres d’altitude.

ALIMENTATION ET METHODE DE PÊCHE

Le cincle se nourrit principalement de larves d’insectes aquatiques et de petits crustacés qu’il déniche en fouillant le fond du cours d’eau.

On le voit souvent perché sur un rocher au milieu de l’eau, regardant les flots en effectuant de brèves courbettes. Une fois que la proie est détectée, il plonge la tête la première même si le courant est rapide et agité.

Ensuite, il marche sur le fond en agrippant les pierres et les graviers qu’ils retourne afin de faire sortir les petits invertébrés qui s’y cachent. Il marche souvent à contre-courant, les ailes à demi-ouvertes, avec la tête baissée pour localiser une éventuelle proie. La force du courant contre son dos courbé le maintient collé au lit de la rivière.

On le voit aussi la tête plongée dans l’eau en train de retourner les cailloux. Ses plongées durent plusieurs secondes et sont consacrées uniquement à la recherche de nourriture.

Après le plongeon, il lui arrive de se laisser flotter dans le sens du courant sur une courte distance, avec les ailes partiellement ouvertes avant d’émerger.

Afin de glisser sous la surface, il se tend vers le bas, avec la tête bien baissée et le corps oblique, et une fois dans l’eau, il agrippe le fond avec ses griffes puissantes et bouge librement.

Il marche et court aussi sur le sol, sur les rives des cours d’eau, pour chercher des insectes terrestres.

REPRODUCTION

La saison de reproduction a lieu au printemps, et la ponte en mars-avril. Les couples commencent à se former à partir de janvier. Les parades nuptiales sont observables à tout moment de l’année, mais sont plus nombreuses en mars et avril. Au début, la femelle fuit les avances du mâle, qui chante en sa présence, marchant ou nageant comme un canard autour d’elle. La scène est superbe mais elle ne dure pas ; je n’ai pas eu le réflexe de l’immortaliser, captivé par le spectacle. Lorsque la saison des amours approche, la femelle sollicite de la nourriture à son partenaire, en se repliant sur elle-même et agitant ses ailes. Le mâle s’exécute à contrecœur au début, et c’est lorsque ils échangent de la nourriture que le couple est formé.

(Un couple près du nid, situé dans l’enrochement).

La construction du nid s’effectue entre février et avril, avec de la mousse, des tiges et des feuilles, principalement des feuilles de chêne pédonculé.

L’espèce est protégée et classée « préoccupation mineure ».

Article rédigé le 29 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cincle_plongeur et ses liens externes

http://www.oiseaux-birds.com/dossier-cincle-plongeur.html

http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Cincle-plongeur.html

23 février 2018 – Le gardien de la Neste (Hautes-Pyrénées).

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue
( Avutarda Común – Great Bustard )
(Nom scientifique : Otis tarda)

L’Outarde barbue est un oiseau tout simplement magnifique, que l’on peut observer facilement en Espagne dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-Léon, au-dessus de Zamora. J’en ai entendu parler pour la première fois en avril 2017 pendant un séjour naturaliste en Estrémadure, lors d’une conversation entre deux ornithologues. L’un était italien et l’autre français ; c’était au cours d’un repas pris ensemble dans un restaurant accueillant à cette époque de l’année pas mal d’étrangers passionnés d’oiseaux de toutes sortes. Quand j’ai vu l’oiseau apparaître sur l’écran du reflex, j’ai été définitivement conquis ! Quelques jours plus tard, j’allais leur rendre visite sur le chemin de retour en France. J’y suis de nouveau revenu en mai 2018 et j’espère bien encore y revenir. Cet oiseau vaut le voyage. La meilleure époque pour leur rendre visite est celle correspondant à leur parade nuptiale, qui a lieu normalement la deuxième quinzaine du mois d’avril pour Villafáfila (elle varie suivant les régions d’Espagne). Elle peut aussi glisser de quelques jours en fonction des conditions météorologiques. En 2017 année de grande sécheresse, elle était terminée lors de mon passage le 30 avril mais j’ai pu encore observer de jolis groupes sans aucune parade, une soixantaine d’individus au total dont une volée d’une vingtaine d’oiseaux. Les lagunes étaient à sec. En 2018, la parade a été retardée à cause d’un printemps pluvieux. Elle était à ses débuts le 01 mai et j’ai pu faire de belles observations. Par contre, le Hibou des marais (Asio flammeus) qui était présent en 2017, n’était pas revenu en 2018 : le printemps pluvieux avait empêché la prolifération des campagnols, leur principale nourriture.

Pour photographier l’outarde à Villafáfila, il vaut mieux utiliser un grand téléobjectif (focale 400mm et plus) mais on fait comme on peut. Les occasions rapprochées sont rares et elles nécessitent de prendre de bonnes précautions afin de respecter sa tranquillité. L’affût fixe est interdit sans l’obtention d’une autorisation préalable, qu’il faut demander (au moins quinze jours avant le déplacement) au directeur de « la Reserva Natural de Las Lagunas de Villafáfila ». Il existe quelques rares affûts fixes payants sur des terres privées ; il faut compter une somme non négligeable, sans garantie que les outardes seront bien au rendez-vous et à la bonne distance espérée. Personnellement, je préfère compter sur ma « veine » naturaliste.

Les meilleurs moments pour la photo sont le matin et au coucher du soleil. Dans la journée, la turbulence atmosphérique est élevée. La vision aux jumelles est floue et les photos sont de mauvaise qualité.

Un groupe d’outardes barbues mâle au bord d’une lagune.

Description de l’Outarde barbue

L’outarde barbue a le corps corpulent et elle est haute sur pattes. Le mâle est l’oiseau le plus lourd d’Europe capable de voler. Il est deux fois plus lourd que la femelle.

La taille varie entre 75 et 105cm, pour une envergure entre 170 et 190cm chez la femelle, 210 à 240cm chez le mâle. Le poids de la femelle varie entre 3,5 et 4kg, celui du mâle entre 7 et 17kg.

C’est un oiseau très farouche, que l’on ne peut observer que de loin. L’outarde a une excellente vue. Elle vit en petits groupes. Il y en a toujours au moins une qui observe pendant que les autres se nourrissent. Elle se déplace majestueusement, le cou bien droit. A la moindre alerte, elle s’éloigne lentement et prudemment; elle peut aussi courir très vite. Au moindre danger, elle s’envole. Par déontologie et par respect de la nature, on évite de les déranger. L’espèce a particulièrement besoin de calme !

Avec un peu de temps et de la patience, on peut arriver à faire de belles observations : une paire de jumelles ou une longue-vue sont des instruments indispensables !

Outardes barbues femelle.

Un mâle faisant la cour; la femelle est indifférente. Sur ce cliché, on peut apprécier la différence de gabarit.

La femelle est brun roussâtre sur le dessus du corps, blanche dessous, avec le cou gris. Son plumage est plus terne que celui du mâle. Les juvéniles ressemblent à la femelle. Les femelles sont moins nombreuses que les mâles. Plus petites, elles passent facilement inaperçues au milieu du couvert et j’en ai peu photographiées.

Le mâle porte en plus une bande pectorale rousse et en plumage nuptial, de larges moustaches blanches. Ce sont de longues plumes qui partent de chaque côté de la base du bec et retombent le long du cou. Elles peuvent atteindre la longueur de 12 à 15cm. Ces moustaches apparaissent vers l’âge de 3 ans et poussent régulièrement jusqu’à 6 ans.

Le mâle adulte en âge de procréer (à partir de 5-6 ans) change de plumage vers le mois de janvier. Il le changera à nouveau d’août à septembre. Il a les parties supérieures barrées noir et roux. Les ailes présentent une large tache blanche quand elles sont fermées. La queue est comme le dos, avec une large bande terminale noire et l’extrémité blanche. Les parties inférieures sont blanches. La tête et le devant du cou sont bleu-gris pâle, pour devenir blanc et ensuite châtain vif sur le bas du cou et la poitrine. Les yeux sont brun foncé. Les longues pattes robustes et les doigts forts sont gris.

Le mâle non-nicheur n’a pas les longues moustaches ; le cou et la poitrine sont gris clair au lieu de châtain.

A l’envol, le décollage est long avec de grands battements d’ailes dévoilant la belle envergure de cet oiseau. Il vole à faible hauteur ; ses ailes sont en partie blanches avec l’extrémité noire.

Habitat

L’Outarde barbue vit dans les paysages ouverts tels que les zones cultivées avec quelques arbres isolés et les steppes. Elle peut ainsi voir le danger venir de loin. On la trouve en Espagne dans les grandes mosaïques de jachère céréalière et de pâturages.

Comme pour bien d’autres espèces, malheureusement, son déclin est induit par la mécanisation et l’intensification de l’agriculture, par l’utilisation des pesticides et herbicides, par l’urbanisation et la réduction de son habitat. Les collisions avec les lignes électriques est une cause importante de mortalité non naturelle. L’espèce a également été chassée dans le passé, comme j’ai pu le constater : on trouve dans certains lieux publics comme les bars et les restaurants, des photos anciennes de trophées de chasse de mâles. Sa chasse a été interdite en Espagne en 1980.

Reproduction

Le mâle peut se reproduire à l’âge de 5-6 ans et la femelle vers 2-3 ans. Les mâles et les femelles vivent en groupes séparés, excepté pendant la parade nuptiale qui dure une quinzaine de jours environ. Elle a lieu à partir de mars et varie suivant la région et les conditions climatiques. Les mâles se rassemblent alors dans des endroits traditionnels appelés « Leks » ou « arènes », où ils attirent les femelles et paradent devant elles. Ils rivalisent d’apparence pour attirer l’attention des dulcinées. Je n’ai pas assisté à des intimidations ou disputes entre mâles à ce moment-là ; j’ai lu dans la littérature que des combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

La parade nuptiale est spectaculaire. Pour impressionner, le mâle renvoie sa tête en arrière, redresse sa queue et gonfle d’air une poche située sur le devant du cou. Il dresse ses longues moustaches et se contorsionne. Il arrive à faire pivoter ses ailes pour exposer l’envers de son plumage. Méconnaissable, il ressemble alors à une grosse boule de plumes d’un blanc immaculé. Le spectacle est simplement magnifique. Pendant quelques minutes, il pivote sur place face aux femelles ou se déplace lentement dans leur direction; son blanc éclatant sur fond de verdure le rend visible à une distance considérable. Une fois exposé, il maintient la posture pendant quelques minutes et en secouant ses plumes pour accentuer son apparence. Les femelles restent indifférentes et ce sont elles qui feront leur choix pour s’accoupler au moment voulu, après quelques jours de parade des mâles.

Le nid caché dans les herbes hautes, rudimentaire, consiste en une petite dépression creusée ou non dans le sol, parfois tapissé des quelques herbes écrasées. L’incubation et le nourrissage sont assurés par la femelle.

Les mâles, pendant ce temps, se rassemblent en petites bandes et errent dans les champs, indifférents. Les jeunes sont capables de voler à cinq semaines et restent avec leur mère jusqu’à un an environ.

Alimentation

L’outarde barbue est omnivore et son régime alimentaire varie suivant les saisons. Elle se nourrit surtout de végétaux en particulier de luzerne, également d’insectes, vers, lézards, amphibiens, petits rongeurs …

Population de l’Outarde barbue

L’espèce a disparu de France à la fin du 19è siècle. Près de chez nous, on la trouve essentiellement en Espagne (environ 60 % de la population mondiale) et un peu au Portugal (Castro Verde, dans le district de Beja, …).

Les chiffres différent selon les sources consultées. Je n’ai pas trouvé de statistiques récentes. Pour donner un ordre d’idée, il y en avait entre 29 400 et 34 300 en 2010 et 2 668 oiseaux ont été recensés en mars 2005 à Villafáfila.

L’espèce vit en général une dizaine d’années mais elle peut vivre plus longtemps, 15 ans et plus. La mortalité chez les mâles est plus élevée ; pendant les deux premières années de leur maturité, de violents combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

L’outarde barbue n’est pas vraiment migratrice. Elle peut se déplacer en petits groupes en fonction des conditions climatiques et de la ressource alimentaire vers un site plus favorable. Ces migrations partielles sont différentes selon le sexe : mâles et femelles migrent séparément dans des proportions variables en fonction de leurs particularités sexuelles liées à leur aptitude à procréer. On peut dire que l’espèce est sédentaire.

Les immatures peuvent faire des déplacements importants et un peu erratiques: de juin à août 2009, la présence de deux outardes barbues immatures a été validée à plusieurs reprises dans les Pyrénées-Atlantiques (région de Nabas). Le 5 août, elles seront revues par des ornithologues comptabilisant les oiseaux migrateurs, en train de remontant le vallon de Larrau vers l’Espagne. Toujours en 2009 et au mois d’août, un jeune mâle est vu à plusieurs reprises dans le Gers (région de Faget-Abbatial). En novembre 2013, une jeune outarde barbue s’est égarée aux Sables d’Olonne, épuisée. Baguée outre-Manche, elle a été ramenée au pays par des soigneurs anglais. L’Angleterre mène depuis 2004 un programme de réintroduction de l’espèce à partir d’individus nés en Russie.

Où observer facilement l’Outarde barbue

Le meilleur endroit pour l’observer à une distance encore raisonnable est, à ma connaissance, en l’Espagne dans la réserve naturelle de Villafáfila d’une superficie totale de 32.541 hectares et à une altitude de 700m. Une partie de la réserve est strictement interdite pour la protection de l’espèce. Il existe aussi des restrictions de circulation sur certaines routes et chemins agricoles. Respectez les différents panneaux de signalisation, autant pour la protection des espèces que pour la tranquillité des autochtones vivant et travaillant sur la réserve.

Je conseille d’aller se renseigner à la « Casa de la Reserva » (à 1,5km avant d’arriver à Villafáfila depuis Tapioles sur la ZA-715). Vérifier auparavant les jours et les heures d’ouverture. Le Centre peut vous fournir un dépliant et des conseils utiles.

L’espèce est classée « Vulnérable ».

Quelques oiseaux observés à Villafáfila à la même période

Un effort important est mené pour la nidification des petits rapaces et autres dans les steppes de Villafáfila

avec l’installation de nichoirs sur des poteaux (lutte écologique contre les campagnols des moissons).

Pour information, de nombreuses espèces d’oiseaux peuvent être observées et photographiées dans la région de Villafáfila, dont les lagunes est une halte migratoire de l’automne au printemps. C’est aussi un site intéressant pour l’observation de petites rapaces.

Le Hibou des marais (Asio flammeus) présent en 2017, absent en 2018.

Turbulences atmosphériques à midi.

Le Busard Saint Martin.

Cigognes dans la verdure.

Vanneau au bord d’une petite lagune.

Villafáfila, la terre nourricière.

Ouvrages utilisés pour mes séjours ornithologiques en Espagne :
« Where to watch birds in Southern and Western Spain », 3è édition.
« Where to watch birds in Northern and Eastern Spain », 3è édition (Steppes et lagunes de Villafáfila, p163 à 166).

On peut y retrouver les autres sites d’observation de l’Outarde barbue en Espagne, et ceux de bien d’autres espèces d’oiseaux!

Article rédigé le 22 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://es.wikipedia.org/wiki/Otis_tarda

http://www.oiseaux.net/oiseaux/outarde.barbue.html

http://oiseaux-birds.com/fiche-outarde-barbue.html

L’un des nombreux pigeonniers historiques et typiques, éparpillés au hasard dans les grandes plaines de Villafáfila.

Certains servent d’abri et de nichoirs à des colonies de faucons crécerellette (Falco naumanni) et autres espèces.

L’Echasse noire (Black Stilt)

L’Echasse noire (Black Stilt)

15 décembre 2017-14:30 – Echasse noire ou Black Stilt – Région de Twizel.

L’Echasse noire (Black Stilt)

(Nom scientifique : Himantopus novaezelandiae)

L’Echasse noire est un oiseau endémique de la Nouvelle-Zélande. En langue Maori, on la connaît sous le joli nom de Kakï. J’en ai entendu parler pour la première fois lors d’une conversation avec le propriétaire du camping au Glentanner Park Center (district de Mackenzie), alors que je revenais d’une sortie à l’aube avec mon appareil photo. « Avez-vous vu les kakï » ?

C’est ainsi que j’ai appris l’existence de ce limicole le plus rare au monde et dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Je suis revenu le lendemain-matin à l’endroit où je n’avais pas su voir la perle noire, dans les méandres de l’embouchure de la Tasman River qui alimente le lac Pukaki. Ma première rencontre fut une juvénile qui resta longuement autour de moi, un plaisir photographique avec un bel oiseau d’une élégance remarquable!

L’échasse noire était autrefois largement répandue, se reproduisant et hivernant dans les îles du Nord et du Sud de la Nouvelle-Zélande. Après un déclin à long terme, sa présence est maintenant limitée essentiellement au bassin du Mackenzie, haut plateau près du centre de l’île du Sud peu peuplé et connu pour ses élevages de moutons, ses vastes lacs glaciaires, ses cieux limpides pour l’astronomie, son tournage de scènes du Seigneur des Anneaux, etc.

L’Echasse noire est un oiseau classé « En danger critique d’extinction » !!!

1 4 décembre 2017 – Lever du soleil sur le bassin de la Tasman river, dominé par le Mount Cook / Aoraki,

le point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

4 décembre 2017 – Tasman glacier et Lake Tasman, alimentant la Tasman river.

Dominés par le Mount Cook / Aoraki bien enneigé.

Méandres (au fond) de la Tasman River venant  du glacier Tasman, au pied du Mount Cook / Aoraki.

Devant à gauche, la Hooker river venant des glaciers Mueller et Hooker. En bas à droite, Mount Cook Village.

1 5 décembre 2017 – L’un des nombreux chenaux de la Tasman river qui alimente le Lake Pukaki,

aujourd’hui d’un bleu laiteux typique des lacs d’origine glaciaire.

Description de l’Echasse noire

15 décembre 2017  – Echasse noire baguée – Région de Twizel.

Le plumage et le bec de l’échasse noire sont entièrement noirs. Les pattes sont rougeâtre rose et les yeux sont rouges. Les deux sexes sont identiques. La taille est équivalente à celle de notre Echasse blanche (Himantopus himantopus). L’espèce est peu farouche. Les couples restent généralement ensemble pour la vie.

Au-dessus de l’échasse noire, une Sterne à front noir – Black-fronted tern (Chlidonias albostriatus).

Espèce endémique.  C’est la seule sterne qui se reproduit exclusivement à l’intérieur des terres (rivières à tresses de l’est et du sud de l’île du Sud). La population en régression, estimée entre 5 000 et 10 000 individus, a les mêmes ennemis que l’échasse noire.

15 décembre 2017 10h45 – Echasse noire juvénile baguée – Tasman River

Les juvéniles, c’est-à-dire les oiseaux ayant le plumage acquis lors de la sortie du nid, ont la poitrine, le cou et la tête blancs. Le dos, le ventre et les sous-caudales sont noirs, le reste du corps blanc à l’exception d’un masque noir sur et en arrière de l’œil. Les immatures (ne sont plus juvéniles mais ne sont pas encore capables de se reproduire) sont presque entièrement noirs mais on peut voir quelques plumes blanches çà et là sur le corps, surtout sur le devant.

Juvéniles et immatures peuvent être confondus avec l’Echasse d’Australie (Himantopus leucocephalus). Quelques plumes de ventre noires les distinguent des échasses. Ils deviennent entièrement noirs vers 18 mois.

15 décembre 2017 – Echasses noires juvéniles à l’abri d’un vent violent – Tasman River.

15 décembre 2017 – Echasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde – Tasman River.

15 décembre 2017 – Une autre échasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde.

La séquence de couleurs est unique  pour une identification formelle : je vous présente BKGBK/ RO.

15 décembre 2017 – Echasse d’Australie (White-headed stilt) – Tasman River.

27 juin 2014 – Echasses blanches (Himantopus himantopus) – Lac de Corbères  – Pyrénées Atlantiques (France).

15 décembre 2017 – Echasse noire (Black stilt) et Echasses d’Australie (White-headed stilt)

Région de Twizel.

Les échasses noires sont agressives envers les autres échasses, qu’elles dominent dans les conflits territoriaux.

15 décembre 2017-14:30 – Conflit territorial entre une échasse noire et deux échasses d’Australie.

Habitat

L’habitat de reproduction typique de l’échasse noire est une combinaison de lits de rivière à tresses et de zones humides à proximité telles que des marais, des étangs et les bords peu profonds des lacs. En hiver, elle reste près des sites de reproduction. Quand un gel des zones d’eau calme survient pendant plusieurs semaines, elle peut descendre vers les grands deltas pour se nourrir.

Son habitat a été dégradé par le développement de l’agriculture avec l’assèchement des zones humides, les barrages hydroélectriques, l’expansion des loisirs aquatiques, l’introduction de plantes qui ont envahi certains espaces ouverts où elle habite.

14 décembre 2017 – Lake Pukaki, dominé par les Southern Alps et normalement d’un magnifique bleu laiteux par beau temps. Ce lac d’origine glaciaire alimenté par les glaciers Tasman et Hooker, fait partie de l’énorme projet hydroélectrique Waitaki.

Il a été artificiellement surélevé à deux reprises (9 mètres en 1952 et 37 mètres en 1976, ce qui a contribué à la diminution de l’habitat de l’échasse noire. Il fournit plus de la moitié de la capacité de stockage d’hydroélectricité de la Nouvelle-Zélande et son niveau peut artificiellement varier de 13.8 mètres. 

Certains cours d’eau à tresses ont été plus ou moins canalisés par l’homme pour éviter les inondations et d’autres souffrent de la propagation de plantes comme le saule fragile (Salix fragilis) et le lupin Russell (Lupinus polyphyllus).

16 décembre 2017 – L’Ahuriri river, une rivière à tresses typique, avec les berges envahies par le lupin et quelques saules fragiles. Les mammifères carnassiers sont particulièrement aidés par ce couvert pour approcher l’échasse noire.

Reproduction

Actuellement, la reproduction a lieu exclusivement au-dessus de la Waitaki River, une rivière à tresses qui est parmi les cours d’eau les plus importants du bassin de Mackenzie. Les couples nicheurs sont confinés à la zone située entre les bassins des lacs Tekapo et Pukaki, au nord de la rivière Ahuriri.

La plupart des échasses noires y restent toute l’année. Elle niche principalement sur les berges sèches de lit de rivières en galets et de lacs. Elle y est plus vulnérable que sur des îles. Les couples nichent en solitaire et sont très éloignés les uns des autres, contrairement aux autres espèces d’échasses qui nichent en colonie. Cela les rend plus sensibles à la prédation.

Le nid consiste en une dépression dans le sol, tapissée d’herbe et de brindilles. Il est le plus souvent placé près de l’eau ce qui le rend vulnérable aux crues. Les parents incubent leurs 4 œufs à tour de rôle. Il peut y avoir une ponte de remplacement.

L’échasse noire a une longévité de onze ans et elle commence à se reproduire à l’âge de deux, plus généralement trois ans.

Alimentation

Elle se nourrit principalement d’invertébrés aquatiques, de mollusques et de petits poissons.

Population de l’Echasse noire

L’introduction volontaire de mammifères terrestres européens comme le surmulot, le chat, le furet, la belette et l’hermine pour contrôler la population de lapins a été très néfaste pour l’échasse noire. Elle avait auparavant très peu d’ennemis terrestres.

15 décembre 2017  – 7h00 – Lapins matinaux en bordure de la Tasman river.

12 décembre 2017  – 20h00 – « C’est chaud » – Lake McGregor, près du lac Tekapo .

Outre la perte de son habitat et la prédation par les mammifères introduits, une autre menace a pesé sur l’espèce avec sa raréfaction dans le milieu naturel : l’hybridation avec l’échasse d’Australie (Himantopus leucocephalus) qui ressemble beaucoup à notre Echasse blanche (Himantopus himantopus), hybridation causée par la difficulté à trouver un partenaire. Cette hybridation est détectable par la présence de quelques plumes blanches chez l’adulte. Depuis que l’échasse noire est suivie de façon intensive, l’hybridation de l’espèce a été considérablement réduite.

Les effectifs dénombrés fluctuent un peu suivant les sources que j’ai consultées. Les informations suivantes sont fiables :

La population comptait peut-être entre 500 et 1 000 oiseaux dans les années 1940, on n’a pas de comptage précis. A ce moment-là, elle avait déjà cessé de se reproduire dans l’île du Nord depuis longtemps. Elle a commencé à décliner rapidement au début des années 1950 et seulement 68 adultes ont été dénombrés en 1962. Les effectifs ont continué à baisser pour atteindre 23 oiseaux en 1981, début de la protection et de la gestion intensive de l’espèce. L’échasse noire s’élève facilement en captivité, et elle y est à l’abri des prédateurs et de l’hybridation. Des échasses noires ont jusqu’à cinq couvées par saison en captivité. Les œufs sont enlevés et placés en couveuse pour permettre une nouvelle ponte.

En 1984, il y avait 32 adultes dans la nature et ils étaient 52 en 1992 dont 10 couples nicheurs (32 en captivité, dont 11 femelles et 10 mâles). En 1999-2000, la population reproductrice sauvage ne comprenait plus que quatre couples et un maximum de 31 adultes.

Depuis lors, la population a augmenté principalement grâce à la libération annuelle de 80 à 100 immatures et juvéniles élevés en captivité. Le Department of Conservation (DOC) gère un programme d’incubation à Twizel, en partenariat avec l’Isaac Conservation and Wildlife Trust à Christchurch.

Depuis 2013, le nombre de couples sauvages nicheurs a fluctué entre 17 et 28 couples et la population adulte totale est passée de 61 à 91 en 2016, 106 oiseaux en 2017, d’après le Department of Conservation. Elle est alors la plus élevée jamais enregistrée depuis le début de la prise en charge en 1981.

En août 2016, 26 juvéniles élevés à Christchurch par le « The Isaac Conservation and Wildlife Trust » sont relâchés sur le delta de la Godley River, rivière à tresses alimentée par le Godley Glacier et débouchant sur le lac Tekapo. C’est un nouveau site, afin de tester l’acclimatation de l’espèce. L’expérience sera positive.

En octobre 2016, deux échasses noires lâchées début janvier dans la vallée de Tasman et disparues dès le lendemain ont été vues dans la vallée d’Arahura sur la côte ouest (première observation d’échasses noires depuis le début de l’archivage en 1979).

En janvier 2017, le Department of Conservation à Twizel a relâché 19 oiseaux juvéniles sur la Tasman River, et 60 au mois d’août. 51 juvéniles élevés à Christchurch sont aussi relâchés au mois d’août sur le delta de la Godley River.

1 5 décembre 2017 – Echasses noire juvéniles, relâchées en août 2017 ? – Tasman River.

Chaque spécimen d’Echasse noire juvénile que j’ai pu photographier au bord de la Tasman River a une lourde responsabilité : celle de la survie de son espèce en milieu sauvage. Cela en fait un oiseau particulièrement fascinant pour moi.

13 décembre 2017 – Lake Tekapo, lac d’origine glaciaire d’un bleu laiteux malgré le vent et le temps couvert,

avec au fond le Mount Cook / Aoraki et l’embouchure de la Godley river.

Le taux de survie jusqu’à l’âge de la reproduction parmi les lâchers de juvéniles et d’immatures reste bas à 29%, avec une augmentation récente à 49% sur la Tasman River, où un contrôle à grande échelle des prédateurs est en cours. Grâce à la reproduction en captivité, presque toutes les échasses noires dans le milieu naturel sont de race pure. Les couples reproducteurs sont choisis par des tests ADN pour éviter la consanguinité. La majorité de la population adulte, aujourd’hui, a été élevée en captivité et remise en liberté, d’œufs pondus dans la nature ou d’origine captifs. L’échasse noire aurait, sinon, disparue définitivement.

En janvier 2018, 14 juvéniles ont été relâchés sur la Tasman river, et 71 au mois d’août. 64 juvéniles ont également été relâchés au mois d’août sur la Godley river. En août 2018, la population sauvage de l’échasse noire est estimée à 132 oiseaux adultes, pour 23 en 1981 !

Un projet à grande échelle, « Te Manahuna Aoraki Project », a vu le jour très récemment, en novembre 2018. Il est axé sur « la restauration des paysages naturels emblématiques et des espèces menacées du haut bassin du Mackenzie et du parc national Aoraki ». Le lien vers leur site en cours de construction à la date de publication de cet article est : www.temanahunaaoraki.org. C’est un grand espoir pour le futur, en particulier pour la sauvegarde de l’Echasse noire !

On peut suivre l’actualité des projets de sauvegarde de l’Echasse noire sur Facebook, avec : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », et « Kakī Recovery Programme ».

L’Echasse noire est actuellement considérée comme étant en Danger Critique d’Extinction.

Où observer facilement l’Echasse noire

Je propose l’embouchure de la Tasman River; se renseigner au Glentanner Park Center. Il est primordial de respecter la tranquillité de ces oiseaux pour augmenter leurs chances de survie !

15 décembre 2017 – Tasman River Ecosystem Care Code.

Quelques oiseaux observés dans le delta de la Tasman River

L’Aigrette à face blanche – White-faced heron (Ardea novaehollandiae).

Migration naturelle d’Australie dans les années 1940.

Le Vanneau soldat – Masked lapwing (Vanellus miles) – Arrivé naturellement en 1932.

Tadorne du paradis – Paradise shelduck (Tadorna variegata) – Endémique. La femelle a la tête blanche.

Pluvier à double collier en plumage nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) Endémique et vulnérable au niveau national (à cause des mammifères prédateurs introduits).

Pluvier à double collier en plumage pré-nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) .

Toutes les photos de cet article sont personnelles et ne sont pas libres de droits. Article rédigé le 14 janvier 2019, à partir de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

Facebook : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », « Kaki Recovery Programme »

http://www.oiseaux.net/oiseaux/echasse.noire.html

https://en.wikipedia.org/wiki/Black_stilt

https://www.doc.govt.nz/globalassets/documents/science-and-technical/TSRP04.pdf

https://www.doc.govt.nz/nature/native-animals/birds/birds-a-z/black-stilt-kaki/

https://blog.doc.govt.nz/2017/01/25/successful-start-for-newest-kaki/

14 décembre 2017 – premières lueurs sur le Mount Cook/Aoraki,

point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

Le manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

Le manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

(16 décembre 2017-19:35 – Retour de la pêche, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Un survivant, le Manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

(Nom scientifique : Mégadyptes antipodes)

Le manchot Antipode vit exclusivement en Nouvelle-Zélande du Sud. Très timide et peu sociable, il préfère vivre en solitaire ou en couple. Espèce endémique et menacée, il est l’un des manchots les plus rares au monde. Il est en danger d’extinction.

La terre lui fournit un habitat de nidification ainsi que des espaces de repos et de mue. La mer lui fournit la nourriture et elle est également essentielle à la dispersion et à son déplacement entre les habitats terrestres. Il se nourrit principalement de poissons.

L’espèce se reproduit le long des côtes est et sud-est, ainsi que sur l’île Stewart, les îles Auckland et les îles Campbell. ll existe quatre grandes régions de reproduction sur le continent : la péninsule de Banks, l’Otago du Nord, la péninsule d’Otago et les Catlins. Une réserve protégeant plus de 10% de la population continentale a été créée à Long Point dans les Catlins en novembre 2007 par le Département Of Conservation (DOC) et le Yellow-Eyed Penguin Trust.

Le manchot Antipode ou manchot à yeux jaunes est devenu une espèce phare du tourisme axé sur la nature. Les colonies sur la péninsule d’Otago sont un lieu touristique recherché, où les visiteurs peuvent observer de près les manchots sur des sites aménagés et protégés.

(16 décembre 2017-19:50 – Profiter de la chaleur des derniers rayons du soir, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Description

Le manchot Antipode est un manchot de taille moyenne mesurant 65–80 cm de haut (quatrième plus grand manchot). Son poids varie en cours d’année, en moyenne de 4 à 8 kg juste avant la mue et de 3 à 6 kg après la mue. Il a une tête jaune pâle avec quelques plumes noires, un iris jaune. Le menton et la gorge sont noir brunâtre. Une bande de jaune vif coule de ses yeux autour de la tête. Le juvénile a la tête plus grise sans bande et leurs yeux ont un iris gris. Les deux sexes se ressemblent; le mâle est plus grand que la femelle.

Il vit dans les forêts indigènes et les garrigues côtières. Les sites de nidification sont choisis avec soin, avec une protection contre les intempéries et la chaleur du soleil. Ils sont accessibles depuis la mer via des plateformes rocheuses ou des plages de sable ou de gravier.

Il peut vivre longtemps, certains individus atteignent 20 ans. Il ne supporte pas la captivité.

Reproduction

Ce manchot niche généralement dans la forêt ou dans les broussailles, sur les pentes ou les ravins, ou sur le rivage même, face à la mer. Le nid lui-même est un bol peu profond généralement rempli de brindilles, d’herbe et d’autres végétaux. Ces zones sont généralement situées dans de petites baies ou dans les zones de pointe de grandes baies.

(16 décembre 2017-19:25 – Retour au nid, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Les sites de nidification sont bien dissimulés sous une végétation dense, les deux sexes contribuant à la construction du nid. Les couples peuvent y être vus ensemble dès juillet-août. La date moyenne de ponte est le 24 septembre sur la péninsule d’Otago, mais elle peut survenir plus tard dans des endroits plus au sud. Une couvée de deux œufs est pondue à 3 à 5 jours d’intervalle. Aucune ponte de remplacement n’a lieu. Les deux sexes couvent les œufs à partir de la ponte du deuxième œuf, de sorte que l’éclosion (principalement en novembre) est synchrone. La période d’incubation varie entre 39 et 51 jours.

(16 décembre 2017-20:26 – Retour au nid, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Pendant les six premières semaines après l’éclosion, les poussins sont gardés pendant la journée par l’un des parents tandis que l’autre est en train de se nourrir en mer. L’adulte en quête de nourriture revient au moins tous les jours pour nourrir les poussins et soulager le partenaire.

Après que les poussins aient atteint l’âge de six semaines, les deux parents vont en mer. Les poussins quittent d’habitude le nid à la mi-février et sont totalement indépendants à partir de ce moment-là.

(16 décembre 2017- 20:05 – Repos sur la plage, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Alimentation

Le manchot Antipode se nourrit principalement sur le plateau continental entre 2 km et 25 km au large, plongeant à des profondeurs allant de 40 à 120 m. Les manchots reproducteurs entreprennent généralement deux types de sorties en quête de nourriture: des excursions d’une journée où les oiseaux partent à l’aube et reviennent dans la soirée, à une distance pouvant aller jusqu’à 25 km de la côte, et des excursions plus courtes, au cours desquelles les oiseaux s’éloignent rarement de leur nid plus de quatre heures ou de plus de 7 km environ.

Ils pêchent des poissons de fond telles que le sprat (poisson au dos bleuté et au ventre argenté de 10 à 15cm de longueur), la morue rouge, l’ahuru (une espèce de morue mesurant jusqu’à 13cm), le menidia (petit poisson argenté) et la morue bleue, ainsi que des céphalopodes et des crustacés.

(16 décembre 2017-20:45 – Un retardataire, retour de la pêche, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Population du manchot Antipode

Depuis leurs premiers contacts avec des humains, les manchots Antipode ont connu des moments difficiles. Ils étaient traditionnellement chassés pour se nourrir et des incendies ont détruit de vastes étendues d’habitat. Cet habitat a également été remplacé par des propriétés agricoles et par l’urbanisation des côtes. Les filets de pêche les enchevêtrent en mer et, à terre, des mammifères prédateurs introduits par l’homme ont contribué à décimer la population restante.

Aujourd’hui, ces prédateurs (furets, chats, chiens … ) errent toujours dans les campagnes et continuent à arpenter l’espace côtier occupé par les manchots, mettant ainsi leur vie en danger.

Les prédateurs naturels de la mer comprennent l’escolar (poisson mesurant 1m30 en moyenne), les requins, les otaries à fourrure et les lions de mer. Les blessures les plus courantes causées par l’escolar sont les morsures aux pattes et à l’abdomen, devenant fatales si elles ne sont pas traitées. Les activités humaines en mer (pêche, pollution) ont aussi une influence très importante sur la tendance à la baisse de l’espèce.

(17 décembre 2017-13:20 – Otarie à fourrure – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

(17 décembre 2017-17:30 – Famille d’otaries à fourrure – Taiaroa Head – Otago Peninsula)

Une forte diminution du nombre de nids au cours des années 1980, suivie d’un événement de mortalité massive en janvier 1990, a réduit le nombre total de nids à 140 couples sur l’ensemble de la côte d’Otago lors de la saison suivante. En outre, les prédateurs tuaient jusqu’à 60% des poussins sur certains sites. Suite au travail accompli par les groupes de défense de la Nature visant à réduire le nombre des prédateurs, le nombre de couples a augmenté pour atteindre environ 600 couples sur le continent néo-zélandais en 1996/97.

Depuis cette époque, le nombre de nids a fluctué entre 400 et 600 couples. A partir de la saison 2008/09, une baisse progressive de la population a conduit à un minimum de 255 couples en 2015/16 – le niveau le plus bas depuis 1990/91.

Au cours de la saison 2016/17, il y avait environ 266 couples nicheurs. La forte diminution du nombre de nids est le résultat cumulatif d’une autre mortalité massive non identifiée en janvier 2013, d’une famine généralisée en 2014 et d’une augmentation de la prédation par l’escolar au début de 2015.

Leur nombre continue de diminuer en dépit des efforts actuels de gestion de la conservation. Ils sont considérés comme des sentinelles océaniques, aidant à comprendre les effets de la pollution, de la surpêche et du changement climatique. Ils sont très sensibles aux variations des océans et tirent la sonnette d’alarme quant aux menaces qui pèsent sur les écosystèmes marins.

Interférence du tourisme

Les perturbations non contrôlées et d’intensité relativement élevée provoquées par les touristes sont associées à une réduction du succès de la reproduction. Les personnes entrant dans les zones de nidification stressent les manchots nicheurs, très émotifs. Cela peut amener les adultes à retarder leur retour au nid en présence de personnes. Au final, la nourriture est consommée en mer par l’adulte et un repas non pris par le poussin devient une question de vie ou de mort.

(17 décembre 2017-13:50 – Séchage au soleil – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

Où l’observer facilement

On peut l’observer sans guide local sur des plages d’Oamaru, sur quelques plages proches de Dunedin et dans les Catlins. Par exemple: Allans Beach, Sandfly Bay (Péninsule d’Otago) ; Roaring Bay (près de Nugget Point), Hinahina Forest, Long Point et Curio Bay (Catlins).

Certaines activités touristiques commerciales de la péninsule d’Otago permettent aussi de l’observer comme à «Penguin Place», une réserve privée sur la route pour Taiaroa Head.

Personnellement, j’ai pu photographier ce magnifique oiseau sur les lieux suivants : Bushy Beach Scenic Reserve – Otago (je pensais voir sortir de l’eau des dizaines de manchots, au coucher du soleil : en fait, ce soir-là, je n’observerai qu’un couple et trois individus isolés. La population se limiterait à une dizaine d’individus sur ce site, d’après ce que j’ai lu) et Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago (un individu isolé).

(17 décembre 2017 – Moment de repos – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

Depuis août 2010, le manchot antipode est protégé par la loi américaine Endangered Species Act .

Article rédigé le 08 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur place et de publications internet, dont:

http://nzbirdsonline.org.nz/species/yellow-eyed-penguin

https://www.yellow-eyedpenguin.org.nz/

https://www.doc.govt.nz/nature/native-animals/birds/birds-a-z/penguins/yellow-eyed-penguin-hoiho/

Pour en savoir plus, consulter cette bibliographie très bien documentée.

Le Grand Paon de nuit

Le Grand Paon de nuit

Femelle à gauche, mâle à droite (reconnaissables aux antennes).

Le Grand Paon de nuit

(Nom scientifique : Saturnia pyri)

Le Grand Paon de nuit est le plus grand papillon d’Europe, d’une envergure remarquable. J’ai fait sa découverte récemment dans mon jardin du Vic-Bilh dans les Pyrénées-Atlantiques, par hasard, en nettoyant un massif de plantes envahi par des feuilles mortes poussées par le vent cet hiver, à proximité du verger. En fait, ils étaient deux, un mâle et une femelle, très discrets et que l’on confondait avec les feuilles.

N’ayant jamais eu l’opportunité de rencontrer ce papillon auparavant, je n’avais aucune information sur lui ; je me doutais seulement qu’il s’agissait de papillons de nuit. Leur envergure exceptionnelle m’a interpelé et je l’ai donc mesurée, en évitant de les perturber ou de les toucher : 151 millimètres chez la femelle ! Le mâle, bien réveillé, faisait vibrer ses ailes et je l’ai laissé tranquille.

Ce papillon doit son nom aux cercles de couleurs présents sur ses quatre ailes, les ocelles, rappelant l’ornementation des plumes de la queue des paons. Ces « yeux », comme chez d’autres papillons, ont un effet dissuasif pour se préserver des prédateurs. Je leur trouve personnellement un effet hypnotique. Il a un « cousin », le Petit Paon de nuit (Eudia pavonia), mais avec lequel on ne peut le confondre, celui-ci ne mesurant qu’entre 55 et 80 millimètres (le mâle est plus petit que la femelle).

Le Grand Paon de nuit est rare en Béarn et il se raréfie ailleurs. Dans la mise à jour de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) du 6 décembre 2017, il n’y a pas de données sur sa présence dans le 32, 40, 64 et 65.

Il peut voler de jour, comme j’ai eu l’occasion de le constater quand le mâle a pris son envol, plus léger que la femelle qui avait probablement encore ses œufs. Son vol est impressionnant ; de nuit, on pourrait le confondre avec une chauve-souris. Ses ailes sont étalées au repos. Son corps est très trapu. Ses pattes, pourvues de griffes, ont une très bonne accroche ; il dégage une impression de force et de puissance.

ll n’a qu’une génération par an et sa durée de vie est très réduite, moins d’une semaine. Des données plus précises indiquent une durée de vie de 3 jours pour le mâle tandis que la femelle vivrait jusqu’à une dizaine de jours. Durant cette courte vie, il ne s’alimente pas : il ne possède pas de trompe. A-t-elle disparu parce qu’il ne l’utilisait pas ou n’a-t-elle jamais existé ? Son temps est dédié uniquement à la reproduction. Les deux sexes sont identiques. Le mâle se différencie de la femelle en observant les antennes : fines, très brièvement pectinées chez la femelle ; très développées et doublement pectinées (c.à.d, en forme de peigne) chez le mâle. On remarquera aussi les rondeurs abdominales de la femelle, bien plus prononcées avec la présence des œufs. La période de vol s’étend de fin mars à juin, suivant les régions. Ce papillon de nuit est présent dans toute la partie sud de la France, absent au-dessus d’une ligne passant au niveau de la région parisienne. Il est aussi présent en Europe sous les mêmes latitudes.

Femelle reconnaissable à ses antennes peu développées

Le mâle cherche les femelles aux premières heures de la nuit. Celle-ci, prête à être fécondée, émet des phéromones pour attirer le mâle qui les repère jusqu’à 5 kilomètres et même au-delà (jusqu’à 10 kilomètres suivant les sources), grâce aux « capteurs » de ses antennes. L’accouplement met fin à l’émission de ces phéromones, et à l’attractivité sexuelle. Les œufs sont pondus sur des arbres à feuilles caduques (surtout sur les arbres fruitiers) d’où émergeront de magnifiques chenilles d’une douzaine de centimètres, d’abord noires avec des bandes rouges et qui deviendront d’une belle couleur vert pomme avec des tubercules bleu turquoise portant des soies raides. La chenille, ni urticante ni dangereuse, se développe sur les espèces d’arbres suivants, répandus dans les vergers : pommier, prunier, prunellier, poirier, cognassier, pêcher, amandier (surtout) et dans les parcs : tilleuls, hêtre, frêne, châtaignier, noisetier, saules, peupliers … Puis elle s’enferme dans un cocon brun de 5 à 6 centimètres avant de se transformer en chrysalide. Cette dernière se métamorphosera en un nouvel adulte, 1 voire 2, et même 3 ans plus tard.

Mes spécimens étaient probablement en cours de reproduction. Les ai-je perturbés ? Sans doute et bien involontairement mais ils étaient tous les deux en très bonne santé. Le mâle s’est donc envolé et j’ai remis la femelle délicatement en place sans la toucher, là où je les avais involontairement perturbés ; elle avait disparu le lendemain-matin. Je ferai plus attention à leur éventuelle présence dans le futur, ainsi qu’à celle d’œufs, de chenilles ou de chrysalides que la bibliographie qui m’a aidé à écrire ce petit résumé, m’a appris à reconnaître !

Mâle reconnaissable à ses antennes bien « peignées ».

grand paon de nuit saturnia pyri béarn vic-bilh

Gros plan sur la tête de la Femelle (absence de trompe)

grand paon de nuit saturnia pyri béarn vic-bilh

Gros plan sur la tête du mâle (extrémité des pattes pourvues de griffes)

Article rédigé le 14 mai 2018 à partir de mes photos, d’observations personnelles et en résumant de la bibliographie consultée sur internet, dont :

-Jean-Henri Fabre  : https://www.e-fabre.com/e-texts/souvenirs_entomologiques/grand_paon.htm

-André Lequet  : https://www.insectes-net.fr/paon/paon2.htm

-Bernard … : http://www.baladesentomologiques.com/article-grand-paon-de-nuit-saturnia-pyri-visiteur-de-la-nuit-122468395.html

Le Caméléon commun (Portugal)

Le Caméléon commun (Portugal)

Le Caméléon commun

(Nom scientifique : Chamaeleo chamaeleon)

Le Caméléon commun est un reptile bien sympathique, très utile et totalement inoffensif mesurant au maximum une trentaine de centimètres de long. Quand il se sent agressé, il prend des positions d’attaque et d’intimidation, ouvrant sa bouche et soufflant pour reprendre ensuite son indolence naturelle. Il ne mordra que rarement ; lorsqu’il le fait, il relâche de suite la pression de ses mâchoires ce qui fait que les rares cas de morsures humaines sont inoffensifs et quasiment indolores.

Il est la seule espèce de caméléon vivant en Europe. On ne le trouve que dans le sud du Portugal (l’Algarve), le sud de l’Espagne (l’Andalousie), en Sicile, à Malte, en Crête et à Chypre. 

J’ai fait sa connaissance lors de vacances dans le Sud du Portugal, où j’ai pu le photographier dans l’île barrière de Culatra. Diurne, il est exclusivement arboricole et on peut le rencontrer en train de se chauffer au soleil à l’abri du vent. Il ne descend pratiquement jamais à terre, sauf la femelle pour pondre ses œufs. Par grand vent, il reste à l’abri dans la végétation où il est alors quasiment impossible de le distinguer à cause de son mimétisme. Il se nourrit d’insectes et d’arthropodes, petits animaux invertébrés dont le corps est composé de segments. Il vit en solitaire, sauf au moment de la reproduction qui s’étend de mi-juillet à fin septembre. En Algarve, il s’accouple au mois d’août. Le Caméléon commun est ovipare et la femelle pond ses œufs en octobre après une gestation d’environ deux mois, entre 10 et 30 environ, enfouis dans un sol meuble. L’incubation dépend de la température et du taux d’humidité. L’éclosion a lieu en mai, étalée sur une à deux semaines et les jeunes mesurent environ 35 millimètres jusqu’au cloaque. Ils grimpent de suite à un arbre et commencent alors à se nourrir.

Il est protégé en Europe par la Convention de Berne du 19 septembre 1979, signée par le gouvernement portugais le 3 décembre 1981. Tout prélèvement, toute commercialisation, tout transport et toute détention sont totalement interdits.

Il est très territorial et vit dans un biotope sec. Il adopte un arbuste ou un buisson dont il fait son gîte. Son habitat en Algarve se caractérise par la présence de pins maritimes, de genêts blancs et de la végétation de dunes. Dans les dunes côtières des îles barrières, on peut l’observer dans des buissons de deux ou trois mètres.

Au Portugal, cette espèce a été introduite. Il apparaît dans l’Algarve de l’est au XXè Siècle, probablement en 1918 où il aurait été apporté du sud de l’Espagne ou du Maroc par des pêcheurs ou des travailleurs (entre Monte Gordo et Vila Real de Santo Antonio proches de l’Espagne, séparé par le fleuve frontière Guadiana). Ils se sont très bien adaptés au point de coloniser rapidement toute la bande côtière jusqu’à Quarteira.

Une étude de 2005 sur sa répartition détermine une population fragmentée en lien direct avec l’impact de l’urbanisme, le long du littoral entre Vila Real de Santo Antonio et Lagos. Cette fragmentation est très importante entre Quarteira et Lagos. La plus grande densité côtière est à la pointe est de l’Algarve entre Vila Real et Monte Gordo. La population la plus importante des îles barrières de la ria Formosa est celle de Tavira où je n’en ai personnellement pas vu. La végétation y est plus propice avec la présence de pins maritimes et de genêts.

La peau du Caméléon commun a une couleur très variable et peut changer relativement vite, allant du jaune clair au vert (au repos), au brun rougeâtre (quand il est prêt à combattre un congénère) ou presque noir (pour traverser une bande de sable en plein soleil), mais rarement d’une apparence uniforme. Cette mosaïque de couleurs lui permet de se fondre dans le milieu.

Les doigts sont soudés en deux groupes (trois et deux, terminés par des griffes) opposables l’un à l’autre pour une bonne préhension, la queue est préhensile également.

Ses yeux sont logés dans des cônes sertis dans une orbite circulaire et bougent indépendamment. Il peut voir dans deux directions différentes en même temps. La vision est stéréoscopique et elle lui permet de bien calculer la distance de la proie. Sa technique de chasse est l’immobilité, à l’affût.

(On peut noter sur ce cliché le changement de pigmentation par rapport au cliché précédent, correspondant à un changement du milieu environnant)

L’espèce est en danger d’extinction au Portugal. On le comptait par milliers il y a quelques années d’après la tradition populaire que j’ai pu recueillir. C’est maintenant devenu difficile d’en voir un. Je n’ai pas trouvé de statistiques chiffrées sur sa présence, ni de mention de plan de protection ou de sauvegarde.

Il a été victime d’un certain engouement du public et le prélèvement lui a causé beaucoup de tort. Or, il ne peut vivre plus d’un mois en captivité.

Son habitat se réduit de plus en plus avec le changement des pratiques agricoles et la part grandissante de l’urbanisme et du tourisme de masse. La présence de plus en plus importante de routes, outre la mortalité par l’écrasement, isole les groupes d’individus.

Article rédigé le 23 mai 2017, à partir de mes photos, de constatations faites sur place, de témoignages verbaux et de bibliographie internet, dont : « Distribution and Conservation of the Common Chameleon, Chameleo chameleon, in Algarve, Southern Portugal », paru en janvier 2005 dans Israel Journal of Zoology.

Mon site de photos de Nature « lanaturemoi »

Mon site de photos de Nature « lanaturemoi »

Mon site de photos de nature « LaNaturEMoi » a vu le jour avec l’aide précieuse de mon fils aîné qui en a eu l’idée. 

La photographie est pour moi un loisir qui occupe une partie de mon temps libre. Plus jeune, je m’y étais déjà un peu intéressé en développant mes propres photos Noir & Blanc dans un club. Cette première expérience a pris fin lors d’un déménagement.

L’apparition de la photo numérique a relancé mon intérêt et en 2013 j’ai acheté mon premier reflex Nikon, encore encouragé par mon fils. Avec le format raw, j’ai découvert une nouvelle façon de développer ses clichés. 

J’ai commencé à mettre en ligne mes photos de Nature sur un compte Facebook pour en faire profiter mes proches. Par la même occasion, j’ai fait la connaissance de belles personnes qui partagent les mêmes passions que moi. Hélas, FB a aussi des inconvénients. Las d’y constater certains comportements que je n’approuve pas du tout et en particulier dans le milieu de la photo animalière, je m’en suis éloigné sans regret.

Lors de mes balades photos, je rencontre régulièrement des promeneurs, randonneurs, chasseurs, pêcheurs avec qui j’aime bien échanger quelques mots. Ils me demandent parfois si je diffuse mes photos : c’est devenu la raison d’être de ce site, depuis ce mois de février 2016. Les photos ne sont pas libres de droit. La messagerie permet de me contacter.

Photographier, c’est être curieux, ouvrir les yeux sur son environnement, savoir capter les moments insolites et les belles lumières mai aussi … prendre tout simplement un bon bol d’air en se bougeant un peu, ce qui est mon cas! Mes domaines préférés sont la photographie animalière et la macro, la photo du ciel nocturne, celle de mes coins préférés du Béarn et des Pyrénées, quelques reportages sur mes voyages ; bref, la Nature en général!

Refuge d'Ayous - Lever du Soleil sur l'Ossau et le lac GentauLever du Jour

Refuge d’Ayous – Lever du Soleil sur l’Ossau et le lac Gentau

 

Bonne visite à toutes et à tous – Jacques