logo

Observation du Cygne chanteur en hivernage à Solférino (Landes)

Les quatre Cygnes chanteurs au Platiet (Solférino).

Le Cygne chanteur (Cygnus cygnus) fait partie des six espèces de cygnes existant au monde. Son ancienne appellation était le Cygne sauvage. Les autres espèces sont le Cygne tuberculé (Cygnus olor, que j’ai eu l’occasion d’observer en Béarn et sur lequel j’ai déjà publié un article), le Cygne siffleur (Cygnus columbianus), le Cygne trompette (Cygnus buccinator, présent aux Etats-Unis et au Canada), le Cygne noir (Cygnus atratus, originaire d’Australie et introduit en Europe) et le Cygne à cou noir (Cygnus melancoryphus, présent dans la moitié sud de l’Amérique latine et sur les îles Falkland ou Iles Malouines dans l’Atlantique Sud).

Le Cygne siffleur se divise en deux sous-espèces :

_ le Cygne siffleur (Cygnus columbianus columbianus). Il est présent sur le continent nord-américain (nord du Canada et en Californie) et les anglophones l’appellent le Cygne de la Toundra,

_ le Cygne de Bewick (Cygnus columbianus bewickii). Ce dernier niche dans les zones humides de la toundra arctique du nord de la Russie et hiverne entre autres en Europe de l’Ouest, surtout dans les Îles britanniques et autour de la Mer du Nord, un peu sur le continent. En France, il s’arrête régulièrement sur les grands étangs en Champagne et en Camargue.

Le Cygne chanteur et le Cygne de Bewick, présents en hivernage mais rares sous nos contrées, peuvent être confondus. Pour les différencier, il faut pouvoir les observer dans de bonnes conditions. Le Cygne chanteur a le cou plus long, ce qui reste un critère un peu suggestif. L’observation du bec des deux oiseaux est plus déterminant. Il est jaune à la base et noir à l’extrémité dans les deux cas ; cependant, le jaune pour le cygne de Bewick est moins étendu, finissant en arrondi juste avant d’atteindre la narine. Autant l’un que l’autre ne peuvent être confondus avec la troisième espèce susceptible d’être observée chez nous, le Cygne tuberculé (ou Cygne muet). Ce dernier est bien plus massif et reconnaissable à la bosse noire ou tubercule, situé à la jonction du front et du bec.

.

I- Les circonstances de mon observation

Ce dimanche 30 octobre 2022, je suis allé observer à Arjuzanx (Landes) les premières grues cendrées de la saison à leur arrivée aux dortoirs. Leur migration a débuté depuis plusieurs jours déjà et je me demandais où en étaient les effectifs de la Réserve. D’après leurs manifestations visuelles et sonores, il y en avait déjà, je pense, aux environs de 5 000 (environ 10 000 d’après les comptages de la Réserve le jour suivant).

J’ai sympathisé à l’observatoire de Villenave avec un groupe d’ornithologues. Ils m’ont appris qu’ils avaient vu dans l’après-midi quatre Cygnes chanteurs posés au milieu des grues, dans les vastes étendues agricoles du Platiet, à Solférino. Cela m’a bien sûr interpelé! Je n’avais jamais eu connaissance par le passé de la présence de cette espèce en ces lieux. J’avais en tête la publication de quelques témoignages sur la côte atlantique, du côté des lacs landais. Ces quatre-là s’étaient peut-être momentanément écartés de leur couloir migratoire et ne devaient faire là qu’une courte halte.

Trois semaines plus tard, ce lundi 21 novembre, la pluie est au rendez-vous avec de la neige en montagne. La migration est momentanément bloquée. Les effectifs à Arjuzanx ont probablement augmenté. Et, bien sûr, je pense à ces Cygnes chanteurs dont on m’avait parlé. Sont-ils toujours là?

La météo était franchement mauvaise sur ces vastes étendues agricoles, en jachère à cette période de l’année. Les averses de pluie se succèdent, avec parfois de la grêle. Ce ne sont pas des conditions idéales pour l’observation. Mon arrivée est tardive, vers 16H00.

L’humidité et la douceur automnale sont propices à la germination des grains de maïs abandonnés par les moissonneuses. 

La terre en jachère est verte à perte de vue.

Quelques volées de grues sont déjà en train de passer au-dessus de moi, en direction de la Réserve. Depuis le 4 août (2022), le site d’Arjuzanx est devenu par décret ministériel la 22è réserve naturelle nationale de la région Nouvelle-Aquitaine, pour un total de 169 en France. Déjà classé depuis 1987 comme Réserve nationale de chasse et de faune sauvage, il aura fallu plus de sept années pour mener à bien ce nouveau projet, qui apporte une protection renforcée de la quiétude des espèces sauvages qui y séjournent ainsi  qu’un respect renforcé de leur environnement.

Par mauvais temps, les grues reviennent généralement plus tôt aux dortoirs.

Un téléobjectif est bien utile pour immortaliser ce bel oiseau sans le déranger.

.

Je recherche avec mes jumelles un peu partout dans les champs la présence éventuelle de ces Cygnes chanteurs et je finirai par les localiser en train de pacager, vraiment loin. Il est 16H50 et beaucoup de grues sont déjà reparties. Trois, puis quatre formes blanches apparaissent parmi un groupe d’une cinquantaine de grues : ce sont eux, ils sont restés! Toutes mes photos sont prises au téléobjectif à fort grossissement et recadrées.

Alors que les averses se succèdent et gênent la visibilité, je vais quand même rester à observer leur comportement, à l’abri dans la voiture. Les grues ne sont généralement pas effrayées si on prend les précautions nécessaires (ne pas s’arrêter à proximité, rester dans la voiture, pas de bruit, etc.).

Les Cygnes sont restés plus ou moins groupés pendant toute mon observation, au milieu des grues qui semblent indifférentes à leur présence. A deux reprises, je verrai un cygne donner des coups de bec à une grue qui s’approche de trop près. Ils ont passé leur temps à pacager à la manière des oies, à à étirer leurs ailes ou à se les dégourdir en les battant, à se reposer parfois couchés dans l’herbe dans laquelle ils disparaissent parfois de ma vue. Leurs déplacements sont de courte amplitude.

16H50 – Un cygne se lisse les plumes, deux autres s’ébattent et le quatrième, couché, est invisible.

Les vols de grues se succèdent en direction du sud, vers la Réserve.

Chamaillerie provoquée par un cygne à l’encontre d’une grue qui lui barre le passage.

La vue précédente, très fortement recadrée.

Sous la forte averse qui complique l’observation, les oiseaux attendent que « çà passe ».

Les grues « accompagnatrices » s’envolent les unes après les autres.

Il ne reste plus grand monde. L’immense étendue s’est quasiment vidée. Les cygnes commencent à s’agiter et hésitent sur la conduite à tenir.

17h35 – Les cygnes s’élancent. Le décollage sera long et laborieux avant de quitter le plateau … des grues, où il ne reste que cinq d’entre elles.

L’envol, à la queue leu leu.

Partis vers l’ouest, les cygnes virent à gauche vers le sud.

Ils prennent ensuite la même direction que les grues, vers la Réserve.

Je n’ai plus aucune raison de rester là et de toute façon, la nuit va vite arriver. Je reprends alors la route en direction de l’observatoire de Bedade. Les grues ont déserté les vastes étendues agricoles et le ciel, assombri, est quasiment vide. J’arrive au parking de Bedade sous la pluie et il n’y a personne. Rien d’étonnant! Je suis personnellement venu pour le spectacle sonore des grues que j’adore et ce soir-là, je vais être servi! Il fait nuit et je ne vois rien ; par contre, l’air saturé d’humidité transmet magnifiquement bien leurs échanges vocaux. Elles semblent excitées et cela m’interpelle.

Je saisis alors mes jumelles, pour assister à un beau spectacle dans des conditions particulières, un moment unique pour moi. Des centaines de grues en petites volées rapides tournent inlassablement à basse altitude au-dessus du dortoir du lac des Armayans. Il semblerait qu’elles ne trouvent pas suffisamment de place pour se poser. Cette ambiance vécue en solitaire à la nuit tombée est prenante et je quitterai l’endroit à regret! Les Cygnes chanteurs sont-ils parmi elles?

.

II- La confirmation de l’identité des cygnes

Les deux photos qui suivent sont de mauvaise qualité car très fortement recadrées. Elles me permettent cependant de confirmer en zoomant sur mon écran d’ordinateur l’identité de Cygnes chanteurs des quatre oiseaux observés :

Cygne chanteur, …

Chez le Cygne chanteur, le jaune du bec s’avance en pointe et dépasse la narine ; la bordure inférieure du bec est noire sur toute la longueur.

.

III- Quelques informations sur le Cygne chanteur

Comme son nom l’indique, le Cygne chanteur est le plus vocal des cygnes européens. Il pousse des cris puissants, qui ressemblent à un bruit de trompette. Son chant peut cependant se confondre avec celui du Cygne siffleur et certaines intonations peuvent s’apparenter au chant de la Grue cendrée.

Son envergure varie entre 2m10 et 2m40 environ pour un poids moyen de 8 à 11 kg (parfois plus pour le mâle) ; pour comparer avec la grue cendrée, l’envergure de cette dernière va de 1m80 à 2m40 pour un poids moyen de 4 à 7 kg.

Les deux sexes sont semblables mais le mâle est plus lourd que la femelle. Le couple est uni pour la vie.

La femelle pond quatre œufs qu’elle couve 35 jours et les jeunes sont capables de voler à partir de trois mois. Ils restent avec les parents jusqu’au début de la reproduction suivante, qui peut n’avoir lieu que l’année d’après.

Le jeune obtient sa maturité sexuelle à l’âge de 4 ans et sa longévité peut dépasser une vingtaine d’années à l’état sauvage. Les premiers hivers, les jeunes cygnes retrouvent leurs parents jusqu’à ce qu’ils soient parents à leur tour.

Il est donc possible qu’il y ait parmi mes quatre oiseaux observés, un couple avec deux de leurs jeunes.

L’espèce est grégaire et sociable en dehors de la saison de reproduction ; cet oiseau cohabite avec d’autres cygnes et autres Anatidés, ainsi qu’avec … la Grue cendrée.

Très farouche, il est difficile à approcher. On peut le rencontrer en hivernage souvent près des côtes, sur ou à proximité des grands plans d’eau douce où il passe la nuit à l’abri des prédateurs ; il fréquente aussi les prairies humides.

C’est un végétarien. Dans la journée, il s’alimente de végétaux dans les eaux peu profondes où il fourrage en trempant la tête et le cou. On le trouve aussi sur la terre ferme où il broute à la manière des oies l’herbe tendre des prairies et les restes de récoltes dans les grandes zones agricoles, loin de la présence humaine.

C’est un migrateur, le plus gros d’Europe avec le Cygne de Bewick. Les quelques individus que l’on peut rencontrer sous nos latitudes en hivernage nichent en Islande. Ils migrent vers le sud au début de l’automne, principalement vers les Iles Britanniques, le littoral de la Mer du Nord et de la Manche jusqu’à la Pointe de la Bretagne. Pendant les migrations, ils volent en V à bonne hauteur tout en lançant leurs cris de contact.

Concernant leurs effectifs, je n’ai pas trouvé de données récentes et fiables. Je m’abstiens pour l’instant.

.

IV- Présence historique des différentes espèces de cygnes dans les Landes

J’ai eu la curiosité d’aller consulter Le Catalogue Critique des Oiseaux observés dans les Départements des Landes, des Basses-Pyrénées et de la Gironde, par Pierre-Eudoxe Dubalen, paru en 1872.

Les trois espèces susceptibles d’être rencontrées de nos jours y étaient déjà répertoriées et rapportées strictement comme suit :

_ CYGNE SAUVAGE, Cygnus ferus Ray.

Cygnus musicus Bechst. _ C. melanorhynchus Mey. _ C. olor a major Pall _ C. Xantorinus Naum _ Olor musicus Wagl.

Se remarque pendant les hivers rigoureux dans tout le Sud-Ouest. Assez commun pendant les années de ses apparitions.

_ CYGNE DE BEWICK, Cygnus Bewickii Yarrell.

Cygnus olor a minor Pall _ C. Islandicus Brehm _ C. minor Keys et Blas _ Olor minor B.p.

Arrive, pendant les hivers rigoureux, avec le C. ferus ; quelques individus ont été tués en 1839. (Burguet, loc. cit.)

Depuis 1845, l’espèce s’est montrée fréquemment, tant sur les côtes de la Manche que sur celles du Golfe de Gascogne (Degland et Gerbe, Ornith. Europ., vol. II, p. 475.)

Nous n’avons d’autres renseignements sur cette espèce, qui ne figure dans aucun de nos Muséums ni collections particulières.

_ CYGNE DOMESTIQUE, Cygnus domesticus Ray.

Cygnus mansuetus Ray. _ C. gibbus Bechst. _ C. sibilus Pall. _ C. olor Vieil. _ Anas olor Gmel _ A. cygnus Linn.

En 1829-1830, on captura aux environs de Bayonne deux individus de cette espèce.

(Le Muséum de Bordeaux possède un individu abattu à La Teste et monté par le capitaine Loche, du 45è de ligne). (M. A. Docteur.?)

.

Pour résumer, le Cygne Sauvage est l’ancienne appellation du Cygne chanteur ; le Cygne de Bewick porte toujours son nom et le Cygne domestique est devenu le Cygne tuberculé, que l’on rencontre à l’état sauvage.

.

V- Bibliographie

_ Les Oiseaux voyageurs Carnet de routes ( Stephane Durand, aux éditions du Seuil – octobre 2003).

_Fiche Cygne chanteur : https://www.oiseaux.net/oiseaux/cygne.chanteur.html

Observations sur deux Tichodromes échelettes pendant un hivernage béarnais

Le Tichodrome – Un oiseau que j’adore!

J’ai déjà consacré plusieurs articles au Tichodrome échelette mais cet oiseau si particulier m’a encore appris des choses au cours de cet hivernage 2021-2022. Continue Reading..

L’hivernage du Tichodrome échelette dans le Béarn

Le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria), en tenue hivernale.

.

Les beaux jours sont là et la végétation a redémarré. La migration prénuptiale des grues est bientôt terminée. Les plus gros vols sont passés il y a un mois déjà, autour du 20 février comme chaque année ; j’ai entendu quelques retardataires trompeter la semaine dernière. Cependant et au moment où j’écris ces lignes, il a reneigé sur les Pyrénées : il est tombé une quarantaine de centimètres à 1 800 m, à la veille du printemps.

Cela ne va pas empêcher le tichodrome que je viens d’admirer sur son lieu d’hivernage dans une vallée des Pyrénées de repartir bientôt vers les hauteurs ; le moment est venu pour moi de regrouper mes observations. Continue Reading..

Le Tichodrome échelette, l’oiseau papillon

« L’oiseau papillon, vu de dessous ».

Le « Papillon » remonte la paroi en écartant ses ailes.

.

Le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria) est un petit bijou de la Nature. Son observation dans le Haut-Béarn sur son lieu d’hivernage a été pour moi un véritable privilège. J’en rêvais depuis longtemps. Et le rêve s’est enfin réalisé! J’avais déjà essayé d’aller à sa rencontre en haute montagne, sans succès jusqu’à présent. C’est avant tout un oiseau qui se mérite. Minuscule et très discret,Continue Reading..