logo
Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

J’ai la chance d’habiter sur le territoire d’une chevrette qui a donné naissance à un faon, l’été dernier. J’ai été le témoin de beaucoup d’instants de vie, pendant un an.

Les naissances de faons ont lieu pour la plupart entre la mi-mai et la mi-juin. C’est alors que va naître une relation fusionnelle entre la mère et son (ses) petit(s). Dans les premiers jours et en cas de danger, la mère frappe le sol avec son sabot qui déclenche chez le faon le réflexe de se tapir sans bouger. Elle s’éloigne du nouveau-né afin de ne pas attirer l’attention sur lui. Le faon a la faculté de retenir également son odeur pour échapper au prédateur. Il va par la suite suivre sa mère en permanence pour l’apprentissage de la Vie, en copiant ses moindres mouvements.

13 Juin 2018 – La naissance approche

La chevrette partage le territoire avec deux beaux brocards, un « quatre cors » et un « six cors ». Ils s’intéressent tous les trois aux pommes de la St-Jean du verger ainsi qu’aux graminées de la pelouse, en friche depuis plusieurs années. Une jeune chevrette de l’année précédente fait parfois elle aussi une incursion sous les pommiers.

13 juin 2018 – Ma dernière observation de la chevrette, avant qu’elle mette bas.

18 juin 2018 – Le maître des lieux, le quatre cors

Les pommes sont un mets de choix pour les chevreuils.

Sur la « pelouse »,  sous une pluie fine. Les chevreuils sont très sélectifs dans leur recherche de nourriture, ici des feuilles de pissenlit.

« Je me soulage ».

3 juillet 2018 – Le rut approche

Au moment du rut, le brocard défend farouchement son territoire contre tout intrus. Il frotte ses bois sur les arbres pour évacuer la tension nerveuse mais aussi pour marquer son domaine, déchirant l’écorce et laissant son odeur. Souvent, il gratte le sol en même temps, laissant aussi son odeur sur le sol. S’il croise un autre mâle sur son territoire, il le charge et, si l’autre mâle fait front, ils se battent, bois contre bois. Le perdant s’enfuit et le gagnant le poursuit avant de revenir sur son territoire.

Le 3 juillet, alors que le brocard  » six cors » a laissé des traces la nuit précédente sur les troncs d’arbre et les arbustes, une séquence vidéo le montre en train d’être chassé par le maître des lieux, le « quatre cors ». Lien de ma vidéo : https://vimeo.com/339319031

Que devient la chevrette?

Le « bambi » galope après sa mère, en bordure d’une culture.

Sur mon piège photo, la chevrette a « perdu du tour de taille » entre le 18 et le 22 juin.

Le 4 juillet, deux semaines plus tard, son faon apparaît enfin sur une séquence vidéo, en train de courir après sa mère. A ce moment-là, il peut encore être victime d’un accident agricole avec les fenaisons et les récoltes.

 24 Juillet 2018 – Le « quatre cors », toujours fidèle aux pommes

Le brocard « quatre cors » sous un pommier. Son concurrent a disparu de la pelouse. 

1 Septembre 2018 – Premier témoignage photo Mère et fille

Les pommes au verger sont une valeur sûre pour les chevreuils. Il y en a tellement que l’on peut bien partager! Et voilà enfin la présentation du petit animal à la maison.

Le faon apparaît enfin un soir, à la limite du sous-bois. Sa robe n’est pratiquement plus tachetée. Les tâches commencent à s’estomper à partir de 6 semaines.

Mère et fille (mais çà, je ne le savais pas encore).

7 septembre 2018 – Apparition dans un champ de luzerne

Et le 7 septembre, je peux m’en approcher dans un champ de luzerne, proche de la maison, où ils sont très occupés. A partir de maintenant, je les verrai régulièrement, jusqu’à la séparation en mai prochain.

7 septembre 2018, sous une belle lumière du soir – J’ai raté l’épisode des premiers jours du faon. Il est bien reconnaissable à ses oreilles d’une longueur disproportionnée par rapport à sa tête.

7 septembre 2018 – Portrait de face à quelques mètres : si je me relève, il file immédiatement dans le sous-bois!

7 septembre 2018 – La Mère, à proximité de son faon! 

11 Septembre 2018 – On joue sur la « pelouse »

Le chevreuil change de pelage deux fois dans l’année, en avril-mai et en septembre-octobre. Les jeunes muent en premier. Celle du faon a commencé au niveau du poitrail. Cette dernière mue est bien plus discrète dans toutes les catégories d’âge.

L’herbe de la pelouse en friche a pris une triste allure mais les chevreuils l’affectionnent. Les jeunes pousses d’acacias protégées de la tonte est un mets de choix pour eux.

« Je gambade dans une allée tondue, au milieu des premières feuilles mortes d’érables ». L’automne approche.

L’herbe est en train de faner et de s’aplatir.

Le brocard « quatre cors » a donné de sa personne pendant le rut : un bois est cassé. 

La tâche blanche, une fleur mal placée!

Les deux clichés ci-dessus sont trompeurs. Tout ce petit monde joue ensemble. Il y aura même un moment où le faon part à la poursuite du brocard!

Le sevrage du faon a lieu en octobre/novembre. Il devient un chevrillard jusqu’à un an. Pendant tout cet automne et cet hiver, la chevrette et son petit restent ensemble, avec parfois un brocard. En effet, à cette période-là, les mâles abandonnent leur comportement solitaire et territorial et rejoignent les femelles et leurs petits. Il y a eu des mauvais moments à passer. J’ai vu à plusieurs reprises un mâle débarquer de nulle part et se lancer dans une poursuite effrénée après le chevrillard. Ce n’était plus un jeu! Pour information, le rut principal a eu lieu en juillet-août mais il peut y avoir un rut secondaire en octobre-décembre.

Dès le début de la saison de la chasse, toute cette famille va être très discrète dans la journée. Dans les environs, il y aura des battues ; je vais me demander à chaque fois s’ils vont se sauver. Pendant les 6 mois suivants, j’aurai quand même l’occasion de les voir parfois le matin et/ou le soir, à des moments où la lumière est réduite et je n’ai aucun cliché montrable.

14 mars 2019 – Observation d’un mâle avec le tandem Mère-Fille

Le printemps est là et l’herbe repousse. La campagne commence à verdir et les journées rallongent. L’herbe de la pelouse a fané et s’est aplatie pendant l’hiver, puis elle repousse à nouveau. Les chevreuils sortent du sous-bois bien plus souvent. Les brocards vont quitter les structures familiales dans lesquelles ils se sont intégré à l’automne, pour reprendre une vie de solitaire consacrée en particulier à la défense de leur territoire. Les plus vieux sont les premiers à avoir leurs bois neufs, afin de défendre ce territoire face aux prétendants plus jeunes.

Le chevrillard est devenue une chevrette, un peu plus petite que sa mère pour le moment. Un brocard d’âge mûr est encore avec la famille, différent des deux quatre cors et six cors de l’an passé. Son trophée est atypique. Il frotte encore ses bois sur l’arbuste en arrière-plan et sur les troncs d’arbre pour se débarrasser des reliquats de velours; mais aussi, pour signaler sa présence aux autres mâles. Il s’attaque aux plantations mais il faut savoir payer un certain prix pour avoir le plaisir de l’observation. Je protège les jeunes plantations auxquelles je tiens par du grillage pendant quelque temps. Tout le monde a commencé à muer, « la Jeune » étant la plus précoce.

14 mars 2019 – Le brocard d’âge mûr, « La Jeune » (au centre) et la chevrette (toute à droite). Avec le temps, on s’habitue à ces petites bêtes, on parle d’elles avec empathie et on s’ « inquiète » quand on ne les voie pas de quelques jours! 

Une vue rapprochée du brocard ci-dessus. Ses bois atypiques ont encore quelques reliquats de velours. On le reverra quelques semaines plus tard sur la pelouse.

6 Avril 2019 – … sur le gazon

Les chevreuils ne boivent pas, ils se désaltèrent avec la rosée ainsi qu’avec la partie liquide de leur alimentation. Et il faut bien qu’ils urinent. La partie en friche de la pelouse est « arrosée », comme vous pouvez le voir!

C’est le printemps et l’herbe repousse. La chevrette, en pleine mue, n’est vraiment pas à son avantage. 

« La Jeune » – Le poil a quasiment disparu de son cou. Elle est « folasse » et se lance parfois dans des galops désordonnés autour de sa mère.

« La Jeune » aussi, … comme sa mère! Le pelage d’été commence à apparaître autour de ses oreilles.

A nouveau la mère, avec un début de pelage d’été sur le front. Sa mue est en retard par rapport à celle de sa fille. Elle a un petit ventre rond, c’est bon signe!

1 mai 2019 – Les derniers moments du couple fusionnel

Trois semaines ont passé. La Mère et la fille sont encore ensemble mais plus pour longtemps. Les clichés suivants sont les derniers où je pourrai observer ce duo fusionnel depuis juin dernier. La mère va bientôt mettre bas, d’ici 2 ou 3 semaines!

La mère, à l’arrière-plan, a le ventre qui s’est encore arrondi! La Jeune est toute « fine »!

La mue de « la Jeune » a bien avancé.

Un cliché qui j’aime beaucoup, au milieu des fleurs. La mue chez la mère est toujours en cours alors qu’elle est pratiquement terminée chez sa fille. 

4 mai 2019 – Seule!

4 mai 2019 – La petite chevrette a été chassée, d’abord par sa mère; mais aussi, peu après ce cliché, par un brocard surgi du champ en culture à l’arrière-plan. C’est sa destinée. Elle doit maintenant apprendre à faire face seule.

4 mai 2019 – Chassée par ce brocard qui, lui aussi, est en train de muer.

Et depuis? Mes dernières observations de mai sur la pelouse!

Les visites de brocards se succèdent sur la pelouse. C’est la loi du plus fort. Les nouveaux cherchent un territoire et les anciens le défendent. Il y en a principalement deux qui sont là régulièrement : le « quatre cors de la saison précédente », mâle dominant avec deux corps supplémentaires très discrets et un deuxième mâle, celui au trophée atypique (constitué de trois cors).

Le mâle dominant :

5 Mai 2019 – Le « quatre cors de l’an dernier »  frottera ses bois sur tous les arbustes pour se signaler aux prétendants potentiels. 

Quel mâle!

25 mai 2019 – Toujours le « quatre cors » avec ses deux cors supplémentaires très discrets! Avec un fait nouveau, … 

La jeune chevrette :

25 mai 2019 – … il accompagne la petite chevrette qui a terminé sa mue. Elle est maintenant une adulte et elle sera en âge de procréer à la prochaine période de rut, si elle a atteint un poids autour de vingt kilos minimum.

Et le deuxième brocard des lieux, très facilement reconnaissable : un bois unique à gauche et un bois avec deux cors partant de la base à droite :

L’herbe est à point pour y faire de bonnes siestes ou, tout simplement, s’y réfugier. C’est un havre de paix!

La jeune chevrette est donc, pour l’instant, restée sur le territoire où elle est née. Je n’ai pas revu sa mère depuis un mois, c’est-à-dire depuis le 1er mai. A-t’elle mis bas? L’an dernier, la mère avait été visible jusqu’au 13 juin pour donner naissance juste après et ne revenir sur la pelouse avec son faon que le 1 septembre! Il me tarde de voir son petit et pour cela, l’utilisation d’un piège photographique est très utile. Je verrai bien!

« Le » message

On n’est pas obligés de tondre toute sa pelouse! Laissons-en en friche et on sera surpris de voir la faune accaparer les lieux, d’observer une grande variété de fleurs sauvages et de constater le retour de bien d’insectes dont certains nous sont inconnus. Les pommiers attirent les chevreuils, qui ne dédaignent pas non plus les cerises tombées à terre. Quelques arbustes à baies sauvages comme haies et la Nature s’installe devant sa porte!

29 mai 2019 – Une visite nocturne des grosses bêtes.

Tout cela n’est pas idyllique et il faut accepter des compromis quand on habite « à la campagne » comme … avoir la pelouse régénérée de temps en temps par les grosses bêtes!

« Confidences au pied de l’arbre ».

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh (Béarn)

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh (Béarn)

(Chevrette curieuse).

Le Chevreuil  dans le Vic-Bilh (Béarn)

Un mois de février en velours

(Les clichés d’illustration sont pris en majeure partie au mois de février).

(Sous le soleil matinal – Brocard au début de la repousse des bois).

(Brocard au gagnage dans une prairie).

Nous ne sommes que le 23 février, mais tout se passe comme si le printemps était déjà là. Les belles journées ensoleillées se succèdent depuis plusieurs jours. Les jonquilles, les primevères, les pervenches, les mimosas,  les pommiers du Japon … sont en fleurs. Les abeilles butinent les merisiers et les pruniers sauvages, les merles chantent au lever du jour et au coucher du soleil, accompagnés le soir par les grives. Les grues ont entamé leur migration retour.

Les chevreuils profitent de ce renouveau. On les voit plus souvent dans les prairies et dans les champs de maïs ramassé, où ils se repaissent d’herbe tendre. Aussi, la période de chasse qui les poussent à la méfiance arrive bientôt à sa fin, le 28 du mois; les palombes repartent et les sous-bois sont moins courus.

Le chevreuil (Capreolus capreolus) est un animal que j’aime pour sa finesse et son élégance et le Vic-Bilh est une région où il est bien représenté. Le biotope s’y prête, mélange de terres à polyculture, de prairies et de forêts de chênes, de châtaigniers et d’acacias. Il prospère tout en étant régulé comme partout ailleurs par des plans de chasse.

(Deux femelles sont hors champ. Ce groupe formé pour la mauvaise saison est sur le point de se séparer)

(Un brocard et 4 chevrettes dont 2 jeunes, sous la gelée matinale).

Il a passé l’hiver en petits groupes familiaux qui vont bientôt se défaire. Ici, l’habitat est dispersé au milieu d’exploitations agricoles constituées de parcelles morcelées ; humains et chevreuils vivent plutôt bien ensemble. Les meilleurs moments pour le rencontrer et le photographier sont le matin et surtout le soir.

Dans le Béarn et même plus loin, le chevreuil est souvent appelé, à tord bien sûr, biche. J’ai essayé de corriger cette erreur auprès de pas mal d’amis mais cela reste ancré dans les mœurs. On ne peut pourtant pas les confondre, cerfs et biches ne sont pas présents dans le Vic-Bilh et la morphologie est bien différente. Il arrive qu’un cerf élaphe soit de passage chez nous à la période du rut mais c’est tout. Les grands cervidés fréquentent le piémont pyrénéen et la forêt landaise.

Un peu de terminologie

A gauche, une jeune chevrette en train de muer

Au centre, un jeune brocard (avec toujours ses velours et en train de muer) et une femelle adulte

A droite, une femelle (présence de la brosse vulvaire) adulte (la mue  n’a pas commencée) en arrière-plan 

et un mâle plus âgé que celui du centre, en train de perdre ses velours 

L’appellation « chevreuil » s’applique indifféremment au mâle et à la femelle. La femelle du chevreuil est la « chevrette ». Le jeune s’appelle le « faon » jusqu’à l’âge de 6 mois puis « chevrillard » de 6 à 12 mois, et cela quel que soit le sexe. Vers le sixième mois, c’est-à-dire vers le mois de novembre, deux protubérances osseuses commencent à apparaître sur l’os frontal du jeune mâle, sous velours. Ce sont les futurs pivots. Les premiers bois ne se forment que plus tard, de mars à juin.

Le chevreuil du Vic-Bilh Barn brocard chevrette faon chevrillard daguet

(Au centre, chevrillard avec ses tout premiers bois, très petits).

A un an, le chevrillard mâle, devient un « brocard » pour le restant de sa vie; il porte deux petites dagues fourchues ou non, mais sans les meules qui n’apparaîtront qu’à la prochaine repousse. La meule est le renflement situé à la base des bois, en forme d’anneau et portant de nombreuses excroissances appelées pierrures. Elle fait le lien avec le pivot déjà cité.

Les tout premiers bois du brocard sont de petite taille, plus petits que les oreilles. Seul le mâle porte des bois, caducs, qui tomberont tous les ans à l’automne! La maturité sexuelle commence pour les deux sexes au début de la seconde année ; elle est également conditionnée par son poids pour la femelle.

Dès la deuxième année, chaque bois va s’orner à sa partie supérieure de pointes. La pointe peut s’appeler également « cor » ou « andouiller », indifféremment. La tige centrale entre la meule et la pointe est le merrain, qui a des perlures ressemblant à des gouttelettes; on dit que le bois est « perlé ».

Quelques informations utiles sur le chevreuil

(Beau brocard en pleine force de l’âge, à la nuit tombée).

Le chevreuil adulte pèse entre 15 et 30 kg en moyenne, selon les territoires et la densité de population  (à âge égal et dans de bonnes conditions de nourriture, la femelle est un peu plus petite et plus légère de 2 à 3 kg). En cas de surpopulation, la corpulence des animaux diminue, ainsi que la résistance aux maladies. Pour information, le cerf élaphe adulte pèse entre 160 et 250 kg et la biche, entre 90 et 150 kg : il est donc difficile de confondre un cerf avec un chevreuil, même de loin. Ce poids n’est qu’un ordre d’idée représentant des fourchettes mini/maxi et les chiffres dépendent des sources consultées. Pour le chevreuil et le cerf élaphe, la taille est fortement influencée par l’habitat. Elle augmente des Pyrénées vers l’est de la France et on trouve les plus grands spécimens en Lorraine, dans le Jura et dans les Ardennes.

(Deux photos de brocard. En haut, on voit les bois naissants, donc aucun problème d’identification. En bas, absence de la brosse vulvaire).

Après la chute des bois à l’automne, un moyen de différencier les mâles des femelles est la tâche claire et érectile située sur le fessier, que l’on appelle le miroir : en forme de haricot (partie convexe dirigée vers le haut) chez le brocard et de cœur inversé chez la chevrette. Cela ne me paraît pas d’ailleurs toujours évident de faire la différence. Ce miroir (appelé aussi roze) est blanc en hiver et jaunâtre en été. Il double de taille quand il est hérissé et avertit les congénères en cas de danger.

(Présence de la brosse vulvaire en partie basse du miroir chez la femelle, à gauche).

(Chez ce couple d’âge mûr, la femelle est un peu plus petite que le mâle et on voit bien la brosse vulvaire de profil).

La chevrette possède à la base du miroir une fausse queue constituée de long poils clairs, la brosse vulvaire, bien visible de profil (le chevreuil n’a pas de queue). Quant au brocard, on peut repérer de profil son pinceau pénien. L’aspect général de l’animal, vu de loin, est aussi une indication :  pour le brocard, la partie antérieure de son corps est plus large que la partie postérieure; chez la chevrette, au contraire, le centre de gravité est placé vers l’arrière-train.

« Triste mine »

Le chevreuil subit deux mues par an, à l’automne où son poil vire progressivement au gris-brun, bien épais, et au printemps : il devient alors d’une belle couleur roux vif et ras. La mue de printemps est brutale et la perte des poils lui donne vraiment une triste mine. Elle a déjà commencé et sera bien visible sur tous les sujets d’ici 3 à 4 semaines. La mue est plus précoce chez les jeunes. La chute des poils débute par la tête, le cou puis les membres et enfin le tronc.

Le chevreuil, contrairement au cerf, boit très rarement. Il se désaltère grâce à la rosée matinale .

Quelques informations sur les faons

Faon de biche, avec sa robe semée de taches disparates,

à ne pas confondre avec le faon de la chevrette, dont les taches sont alignées.

Les faons naissent entre la mi-mai et la mi-juin pour la plupart ; ils sont tachetés pendant les deux premiers mois de leur vie. Les taches sont alignées sur le dos et sur les flancs contrairement à celles du faon de cerf qui sont éparses. Les taches blanches s’estompent et disparaissent en octobre au plus tard. Lorsqu’ils naissent, les faons n’ont pas d’odeur corporelle dans les premières semaines de leur vie, particularité qui les protège de certains prédateurs comme les chiens errants et les renards. Une heure après la naissance, les jeunes se tiennent déjà debout sur leurs pattes, puis ils font leurs premiers pas.

Les portées sont de deux petits en moyenne (mâle et femelle), plus rarement trois. Le nombre est conditionné par le poids de la femelle; plus elle est lourde et plus elle a des chances de mettre bas un nombre conséquent de petits, mais un poids autour de 20 kg minimum est nécessaire. La taille de la portée est généralement de 2 faons (20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons) . Elle peut atteindre 3 jeunes dans les milieux particulièrement favorables.

(A droite, un chevrillard avec ses premiers bois recouverts de velours. Il vit encore avec sa mère et sera bientôt chassé).

Le sevrage est achevé en octobre-novembre mais les petits restent avec la mère jusqu’à l’approche de la mise-bas suivante, à la fin du printemps, et sont ensuite chassés. Ils partent alors à la recherche d’un territoire disponible.

La mortalité est importante chez les faons ; dans les cas de naissances multiples, je vois la plupart du temps l’un des deux petits disparaître assez vite : par prédation (chiens errants, renards, sangliers …), accidentellement (réseau routier, noyade …), ou tout autre raison. La période des foins et des moissons est dramatique pour eux : en effet, le réflexe nature du faon encore très jeune est de se tapir au lieu de s’enfuir à l’approche de la faucheuse ou de la moissonneuse qui ne peut le voir et l’accident est fatal. Ils sont parfois infestés par les tiques, comme d’ailleurs leurs parents. La mortalité peut aller jusqu’à 90 % à la fin du premier hiver.

Mode de vie du chevreuil

(Très beau brocard, dans la force de l’âge).

Le chevreuil est sédentaire et reste toute l’année sur le même territoire, d’une superficie d’une vingtaine d’hectares environ mais variable suivant les ressources en nourriture.

(Groupe au gagnage après le coucher du soleil).

A l’approche du printemps, les petits groupes familiaux constitués à l’automne et pendant l’hiver se séparent et les mâles, solitaires sauf à la période du rut, retrouvent leurs comportements territoriaux jusqu’à la fin août. A la période du rut de mi-juillet à la mi-août, le mâle le défend farouchement et laisse son empreinte olfactive en frottant les glandes situées à la base de ses bois sur les troncs d’arbre et en grattant la terre.

(Brocard sur sa « couchette » dans un champ de luzerne, un soir d’été).

Le chevreuil alterne les phases d’activité et de repos dans la journée, mais il va de préférence au gagnage au lever du jour et au crépuscule. Il s’approche facilement des habitations les jours de mauvais temps. Quand il fait partie d’une troupe, le brocard sort le dernier à découvert, très méfiant. Le chevreuil est également actif la nuit. Quand il a décidé de se reposer, on peut parfois l’observer à la lisière du bois, au crépuscule, en train de tourner en rond tout en grattant le sol avec ses pattes avant pour en dégager la végétation, avant de se coucher en boule. Ces « couchettes » est une indication de leur présence.

Le chevreuil a une mauvaise vue surtout basée sur le mouvement, mais un excellent odorat et l’ouïe fine. Si un danger est identifié, il détale prestement. Dérangé, il émet pendant la fuite une série d’aboiements rauques ressemblant à ceux d’un chien, un signe d’inquiétude face à un danger potentiel non identifié, ou de colère! En sécurité dans le sous-bois et si le danger n’est toujours pas identifié, il répète longuement son cri avant de s’éloigner définitivement.

D’un naturel curieux et si quelque chose attire son attention, le chevreuil s’approche par étapes prudentes et s’arrête en bougeant la tête dans tous les sens pour chercher à identifier ce qui l’intrigue. S’il ne nous a pas repéré, il y a quelques opportunités pour faire de beaux clichés de proximité.

Les bois perdus en octobre-novembre ont commencé à repousser aussitôt durant l’hiver. Pendant cette repousse, ils sont recouverts d’une peau appelée velours qui protège et nourrit les bois pendant leur croissance. Quand celle-ci s’achève, l’irrigation du velours cesse et ce dernier se dessèche. Il va alors tomber en lambeaux que le chevreuil élimine en se frottant sur les écorces des arbres tout en occasionnant quelques dégâts, de mars à avril suivant les sujets. Les vieux brocards perdent leurs bois les premiers et les nouveaux bois seront alors opérationnels avant ceux des plus jeunes ; ils ont ainsi une longueur d’avance pour défendre leur territoire face aux générations « montantes ».

Comment avoir une idée empirique de l’âge d’un brocard

On arrive à déterminer approximativement l’âge du chevreuil par l’examen de sa denture; cela ne peut se faire que sur un individu prélevé. Sur un brocard bien vivant, la détermination de son âge est possible par sa tête mais c’est une chose peu facile, plus empirique. Les formes les plus classiques pour les bois (indépendantes de l’âge), sont le daguet, le 4 cors (avec deux andouillers antérieurs), et le 6 cors (un troisième andouiller vers l’avant). L’andouiller le plus bas est toujours dirigé vers l’avant. Un chevreuil âgé de 7 à 8 ans est déjà considéré comme étant vieux, pour une espérance de vie maximale de dix à douze ans.

(Brocard au début de sa 2ème année; ses premiers bois ont poussé et il ne vit plus avec sa mère).

_Le brocard d’un an a un cou long et frêle. Sa tête porte deux dagues de la longueur des oreilles.

(Daguet, ou  brocard « assassin »)

_Le brocard de deux ans a un cou moins mince; il porte une tache blanche au-dessus du noir des naseaux. Le bois est déjà creusé de gouttières. Chaque bois a deux cors (andouillers antérieurs) et parfois, dans de bonnes conditions, un embryon plus ou moins développé d’un troisième cors (andouiller vers l’avant). Aussi, un brocard de 2 ans peut ne posséder que 2 simples dagues – d’où le nom de « daguet » donné à l’animal à ce stade de sa vie. Un brocard portant des bois dépourvus d’andouillers est appelé brocard « assassin ». En effet, lors de combats à la période du rut, aucune garde ne vient arrêter les pointes qui peuvent se planter profondément dans les flancs ou le crâne de l’adversaire.

_Le brocard de trois ans a un cou épaissi, au front gris foncé et la masse du corps se porte sur l’avant. Les bois sont jolis, ne sont ni épais, ni encore bien perlés et ils ont chacun trois beaux cors bien marqués. La meule est plus grosse mais moins longue. Un brocard de deux à trois ans est considéré comme jeune.

_Les brocards à partir de quatre ans n’ont plus la tache blanche nasale. Les bois continuent à avoir trois cors chacun. Un chevreuil de 4 à 5 ans est considéré comme mature et possède alors ses bois les plus massifs.

_Le nombre de cors n’augmentera plus par la suite, les perlures deviendront plus abondantes, les gouttières plus profondes, les meules tendront à se rapprocher jusqu’à paraître soudées l’une à l’autre. Le nombre de cors n’est pas fonction de l’âge et ce nombre peut diminuer quand l’animal vieillit.

_Dès l’âge de 6 ans, le mâle devient un brocard âgé et la masse de ses bois régresse. Les cors d’un animal âgé de 7-8 ans sont courts et émoussés, les perlures sont rares.

Les vieux brocards muent plus tard que les jeunes. Quelques vieux sujets des deux sexes portent une « serviette », tache claire et ovale sur le poitrail, à la base du cou, parfois en deux parties.

En France, le chevreuil est une espèce classée gibier et soumise à des plans de chasse obligatoires depuis 1978. Aujourd’hui, on estime à 1,5 million le nombre d’individus et les prélèvements par les plans de chasse de la saison 2016/2017 est de 580 000.

Aucune menace ne pèse sur l’espèce, la population augmente régulièrement.

Article rédigé le 23 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de données trouvées sur internet, dont :

http://www.jyrousseau.com/le_chevr.shtml

http://dianehautsbosc.canalblog.com/archives/2007/07/27/5555197.html