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Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 4) – Le brame

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 4) – Le brame

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Le Brame

Dans la rédaction de mes articles, j’aborde en priorité ce qui est important pour moi de retenir afin de mieux comprendre et apprécier la Nature. J’essaie de l’illustrer avec mes photos.

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) ne fait pas (encore) partie de mon environnement immédiat et j’aime bien aller à sa rencontre en montagne.

Après avoir publié sur son origine, sa population, le vocabulaire nécessaire pour mieux le connaître et son mode de vie, voilà enfin mon dernier article consacré au brame.

Le brame

Il annonce le début de la période de reproduction qui a lieu à la fin de l’été – début de l’automne. Le cerf est alors en rut, une période très épuisante pour lui où il perdra beaucoup de poids. Il en « oublie » parfois de s’alimenter.

Au lever du soleil. Ce « pauvre » cerf semble bien exténué par une nuit agité. Il disparaît rapidement dans la végétation pour récupérer jusqu’en soirée.

Les cerfs sont souvent fidèles aux mêmes lieux et retournent dans le secteur où ils ont vu le jour. Ils peuvent parcourir de longues distances pour revenir chaque année au même endroit, la place de brame.

Les grands mâles se rapprochent des femelles tandis que les plus jeunes forment de petits groupes à part.

Polygame, le cerf va d’abord se constituer un harem. Il regroupe les femelles pour mieux les surveiller sur un territoire qu’il va défendre âprement en défiant les rivaux qui oseraient s’y aventurer. C’est le meilleur moment pour l’observation visuelle du « roi de la forêt ».

A découvert à la lisière d’un bois, …

Dans une clairière, …

Sur une crête, …

Au bord d’une falaise, …

Dans des éboulis, …

Sur une « pelouse »,

En effet, concentré sur sa quête amoureuse, il est beaucoup moins craintif et se montre volontiers à découvert à la lisière d’un bois, dans une clairière, en surplomb sur une crête ou au bord d’une falaise.

Mâle et femelles commencent à se manifester en fin d’après-midi.

Les femelles sortent à découvert les premières.

Le mâle descend prudemment, …

…, et rejoint les femelles à découvert.

Les biches sont les premières à sortir du couvert pour venir brouter tranquillement dans les estives et surveiller les environs. Le mâle, méfiant, ne sortira qu’en dernier et plus tard.

A la moindre alerte, il file se réfugier sous le couvert.

Devant un danger potentiel, il est bien plus prompt à fuir que les femelles, qui s’éloignent en bon ordre sans paniquer. Quand elles aperçoivent un humain de loin, elles s’arrêtent de manger et peuvent le laisser encore un peu avancer, tant qu’il reste dans leur champ de vision. Si l’humain est momentanément hors de celui-ci, elles en profitent pour décamper.

Sur ce cliché, on peut remarquer la différence de couleur sur le pelage; une des deux biches a déjà mué.

Le meilleur moment pour assister au spectacle du brame est, pour moi, juste avant la tombée de la nuit et depuis un point dominant. Il faut être déjà en place bien plus tôt et rester discret.

Quand le mâle apparaît, il pousse son cri rauque et puissant pour prévenir les femelles qu’il est bien là et pour intimider ses concurrents potentiels, le fameux brame, raire ou rée. Le terme « raire » ou « rée » s’applique d’ailleurs aussi à d’autres espèces lors du rut, comme le chevreuil, le chamois, l’isard.

Le soleil va bientôt éclairer et réchauffer le versant de la montagne. Il est bientôt l’heure d’aller se reposer pour la journée!

D’un versant à l’autre de la montagne, son cri résonne à partir de 18h00-19h00 jusqu’à tard dans la nuit et aussi de l’aurore jusqu’aux environs de 9h00; tout cela dépend du lieu et de l’avancement de la reproduction.

Un moment de quiétude en soirée sur une estive du piémont pyrénéen – Ce superbe « 12 cors » y règne en maître absolu, sans concurrence. Deux faons au premier plan, deux biches et une bichette à leur gauche. Cette année, il était absent mais j’y suis très peu allé. J’espère, bien sûr, l’y revoir! Celui-là, je ne l’ai jamais entendu bramer.

Les meilleures places d’écoute sont celles bien sûr où ils sont nombreux; s’il n’y a pas de brame, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de cerf mais simplement qu’il n’y a pas de compétition.

Excité, il lacère le sol avec ses bois,  frotte son front contre la végétation haute.

Le cerf montre son excitation en tirant et rentrant la langue à plusieurs reprises pour la passer sur son museau. Il peut aussi s’asperger le ventre et le museau d’un puissant parfum, composé de… sperme et d’urine!

Ce jeune mâle s’approche prudemment de quelques femelles, déjà sous la domination d’un autre mâle momentanément absent.

Le mâle dominant intervient rapidement et éloigne ses femelles, tandis que le faon s’attarde à faire « ami-ami » avec le nouveau-venu.

Le mâle dominant revient sur ses pas, après avoir éloigné son harem. Il est en colère! Un autre jeune s’est approché.

Le « jeune », à gauche, n’en mène pas large (à voir ses oreilles); il ne fait pas le poids. Il n’insiste pas et feint d’ignorer le mâle.

Le dominant revient vers ses femelles, qu’il repousse vers les hauteurs!

Si un rival se présente pour revendiquer la place, les deux cerfs tentent d’abord de s’impressionner en bramant puis se jaugent en se déplaçant l’un à côté de l’autre, en bavant et tirant la langue. La plupart du temps, l’intimidation suffit pour repousser le prétendant qui n’insistera pas.

Quand les deux antagonistes sont de puissance égale et qu’aucun des deux ne veut céder la place, la confrontation est inévitable. Les deux cervidés s’affrontent alors en se jetant l’un contre l’autre, la tête en avant afin de déséquilibrer l’adversaire et le chasser. Les bois s’entrechoquent dans un bruit sec. Quand le vaincu prend la fuite, il est brièvement poursuivi par le maître de la place qui, après s’être assuré que le challenger est bien en déroute, poussera à son intention un cri triomphant.

Trois « huit cors » rôdent sur le flanc de la montagne, à distance prudente d’un dominant.

Les plus jeunes rôdent à la périphérie. L’un d’entre eux profite parfois de cette situation d’affrontement pour couvrir une femelle réceptive à l’insu du maître de la place. Ils ont aussi leur chance à la fin du rut, quand le dominant, trop épuisé, baisse la garde.

Dans les estives du piémont, le harem est un peu plus important qu’en altitude. 

En effet, dans les endroits escarpés, il est plus difficile pour le mâle de regrouper ou de maintenir groupées les femelles récalcitrantes.

La femelle n’est réceptive que peu de temps, une seule journée. Il est vital pour la reproduction de l’espèce que l’observation du brame, qui est une pratique qui se développe de plus en plus, ne vienne perturber les animaux à un moment si sensible. Elle demande de garder des distances respectables et d’être discret, de ne pas les perturber par des comportements inappropriés (utilisation d’un éclairage, par exemple); tout cela n’est en fait qu’une simple question de bon sens.

L’augmentation importante de son taux de testostérone durant cette période rend le cerf agressif. L’animal, qui fuit normalement devant un danger, peut se sentir menacé s’il est dérangé dans son environnement immédiat et avoir un comportement impulsif. Bien que les attaques de cerfs soient très rares, il est inutile de se mettre en danger.

Mon meilleur souvenir de brame

C’est le récit d’une belle rencontre, la meilleure façon pour moi de remercier ce bel animal qui m’a fait ressentir des sensations inattendues et inoubliables :

« Alors que je commençais tranquillement à redescendre vers la vallée à l’approche de la nuit, il a surgi devant moi, comme venu de nulle part. Après quelques pas de côté provoqués par la surprise, il me fait à nouveau face, tranquille et intrigué. Entre-temps, j’ai relevé lentement mon téléobjectif et mon visage est masqué par la protection anti-bruit.

Rendu discret par mes vêtements couleur camouflage, il a du mal à me discerner et ne sait apparemment pas à quoi il a affaire. Le temps s’est figé de part et d’autre. Mon cœur bat fort. J’arrive à trouver le réglage iso/vitesse qui me permet de figer ce moment. J’aurai la chance qu’il garde une immobilité parfaite.

Puis on s’observe dans un grand silence, mon regard légèrement décalé au-dessus du viseur de l’appareil photo. Mes bras, relevés, commencent à trembler sous l’effort pour garder la position immobile. Je n’en peux plus mais je ne veux pas qu’il parte.

Après m’avoir bien toisé et évalué, il décide enfin de s’éloigner et me laisse le champ libre pour continuer la descente. Il était temps, la nuit arrive vite. 

Je redescendrai, prudemment, en évitant au début d’allumer la frontale pour ne pas perturber la magie d’une rencontre réussie. Tout fut parfait, je rejoins la voiture sans encombre ».

Le bel animal à une heure tardive.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Pour assister au combat de deux cerfs dans les Pyrénées, suivre le lien qui mène à ma petite vidéo sur Vimeo : c’est ICI.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 3) – Son mode de vie

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 3) – Son mode de vie

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie III – Comportement, mœurs et vie sociale

Après avoir abordé dans les précédents articles l’origine et la population du Cerf élaphe (Cervus elaphus) dans les Pyrénées suivi par le vocabulaire utile pour mieux le connaître, voici maintenant quelques informations sur son mode de vie. Je traiterai ensuite dans un dernier article du brame.

Comportement du cerf élaphe

A l’approche de la nuit – Ces trois femelles m’ont repéré : leurs oreilles dressées à l’écoute, elles sont immobiles, leurs museaux tendus vers le même point. Elles restent longuement à m’observer jusqu’à ce que je passe sous le couvert. Elles vont alors disparaître furtivement, sans que je m’en aperçoive.

L’ouïe et surtout l’odorat du cerf élaphe sont très développés. Il peut détecter une odeur suspecte jusqu’à 300 m, avec vent favorable. Sa vue est meilleure que celle du chevreuil, mais en cas de parfaite immobilité, le cerf élaphe aura du mal à vous identifier; j’ai pu le vérifier à plusieurs reprises.

Au crépuscule, fin septembre – Deux daguets (nés il y a environ 16 mois) en compagnie d’un faon de l’année (avec encore ses taches). Il est le petit frère (ou sœur) de l’un des deux. Les velours des daguets sont très petits, les dagues commencent juste à pousser: cela m’intrigue. D’après la littérature, cela pourrait être un signe de croissance défectueuse. Dans tous les cas, les daguets les plus précoces à avoir leurs dagues sont aussi ceux promus à un bel avenir du point de vue ramure.

Il a des habitudes essentiellement crépusculaires et nocturnes. En montagne, son cycle journalier est régulier: il quitte les fonds de vallée le matin pour monter vers des zones plus tranquilles où il se reposera toute la journée. Il redescend en soirée pour se nourrir et rejoindre les points d’eau où il se souille pour se débarrasser des parasites. La souille (flaque d’eau boueuse où l’animal se vautre) est fréquentée par les deux sexes en été et pendant les mues, par le mâle pendant le brame.

A l’approche de la nuit – Un joli mâle, à la sortie de la souille. Sa crinière (ou fanon) est mouillée. Il va passer un petit moment à s’ébrouer devant moi.

Il recherche sa nourriture à l’aube et au crépuscule. C’est un herbivore et un ruminant; sa consommation quotidienne de végétaux est en moyenne de 10 à 15 kg. Elle est composée pour beaucoup d’herbes diverses auxquelles s’ajoutent des feuilles d’arbre et d’arbuste, des bourgeons, des rejets, des écorces, des bruyères, des fruits divers (glands, marrons et châtaignes en automne et en hiver). Il aime bien les pommes. La variété de son alimentation est fonction de la diversité du territoire occupé. Il boit très peu, se contentant comme le chevreuil de l’eau contenue dans les végétaux et de la rosée du matin (sauf en été et en période de rut).

Moeurs du cerf élaphe

Les premiers émois d’un cerf sur sa troisième année – Il n’aura pas l’occasion de conclure (chassé par le mâle dominant).

La maturité sexuelle est atteinte vers 18-24 mois chez le mâle; c’est aussi l’âge où il va quitter le noyau familial. Au brame suivant, sur sa troisième année (et jusqu’à 5-6 ans), il peut être actif mais non dominant, s’il y a de la concurrence. Il sera en effet confronté à bien plus fort que lui et il n’aura de descendance assurée que quand il sera en capacité de s’imposer.

Un soir d’été sur une crête – Une biche d’un certain âge, reconnaissable à son museau allongé. 

Dans la brume en altitude, à la fin d’une journée un peu triste mais propice à l’approche de ces animaux attachants. 

Cette maturité sexuelle est située entre dix-huit et trente mois chez la femelle, parfois plus. Elle a besoin d’un poids d’environ 60 kg pour une première reproduction. Elle n’est sexuellement réceptive qu’une seule journée dans l’année, à la période du brame. Elle donnera naissance en mai-juin à un seul faon par an après une gestation de huit mois environ (225 – 245 jours). La biche s’isole alors de la harde pour la mise bas dans une zone non enherbée, à l’abri du dérangement et la rejoindra à nouveau dès que le faon est capable de la suivre, environ 15 jours plus tard. Elle retrouve la bichette ou le daguet de l’année précédente.

Allaitement du faon, un soir de septembre en montagne.

A la naissance, le faon pèse de 6 à 9 kg environ (le mâle est plus lourd que la femelle) et sa croissance est rapide pour atteindre 45 à 60 kg à 6 mois. Il est sevré dès l’âge de 6 mois et l’allaitement peut encore durer jusqu’à 8-10 mois.

La maturité corporelle est atteinte vers 4-5 ans chez la biche (80 à 130 kg, pour 1,00 à 1,20 m au garrot) et vers 7-8 ans chez le cerf (130 à 250 kg, pour 1,20 à 1,45 m au garrot). Ces valeurs morphologiques différent sensiblement selon les sources consultées et c’est normal; elle dépendent du biotope et il ne faut les retenir que comme un ordre d’idée.

Un mâle dominant avec une de ses biches, dans une estive fin septembre.

Je rappelle que le cerf élaphe pyrénéen, espèce réintroduite, s’est adapté à son environnement montagnard en étant plus petit, plus léger (jusqu’à 170 kg environ) et plus agile que celui de la plaine!

Un faon dans une estive, fin septembre. Les taches blanches sont encore bien présentes.

A la même période mais en altitude. Ce faon a déjà perdu sa livrée tachetée, son pelage a bientôt fini de muer.

Et ce faon-là (à droite et toujours à la même période), a perdu ses taches mais garde encore son pelage d’été.

La livrée brun clair du faon est tachetée de blanc à la naissance. Ces tâches disparaissent à partir du 4ème mois, à la mue d’automne. Pour information, la disposition de ces tâches sur les flancs sont disparates alors qu’elles sont alignées chez le faon de la chevrette (femelle du chevreuil). Mais le meilleur moyen pour les différencier, en dehors de la taille bien sûr, est que le faon du cerf élaphe a une queue, contrairement à celui de chevreuil. 

Dans une forêt de conifères, au mois de mai – Une biche adulte,au milieu des arbres couchés par une tempête.

Quelques secondes plus tard, c’est au tour de sa fille de passer, devenue maintenant une bichette avec encore son poil d’hiver.

La couleur du pelage de l’espèce varie suivant les saisons et elle est plus foncée pour le mâle. L’espèce connait deux mues par an, un pelage d’été léger brun-roux (avril-mai), celui de l’hiver étant plus épais pour lutter contre le froid, gris-brun (octobre). Comme pour le chevreuil, la mue de printemps est très marquée.

Un cerf d’âge mûr.

Au-delà de huit ans, un cerf est considéré d’âge mûr. Il ne grandit pratiquement plus et tout l’apport alimentaire en minéraux d’ossification est entièrement disponible pour la repousse des bois (celle-ci arrive plus tardivement chez les jeunes). La croissance de la ramure s’accélère aussi. La couronne majestueuse portée par le « Roi de la forêt » devient d’année en année de plus en plus imposante.

Un autre mâle, lui aussi dans la force de l’âge. 

Leur espérance de vie est d’une quinzaine d’années environ.

La vie sociale du cerf élaphe

Ce sont des animaux grégaires. Hors période de reproduction, ils se répartissent en deux groupes où mâles et femelles adultes vivent séparés la majeure partie de l’année. Les deux groupes ont des territoires propres, bien distincts. Les grands cerfs se tiennent vraiment à l’écart, dans des secteurs souvent beaucoup plus lointains que ceux des femelles. Les mâles choisissent leurs secteurs en privilégiant la discrétion et la tranquillité, les femelles d’après la qualité de la nourriture. Elles ne s’éloignent généralement pas du lieu où elles sont nées; les mâles, eux, y reviennent pour le brame.

A l’approche de la nuit. De gauche à droite, la biche, le faon et en arrière-plan, la bichette.

L’organisation sociale est matriarcale. Le noyau familial de base est constituée par la mère accompagnée de son faon. La jeune femelle de l’année précédente reste avec elle jusqu’à ses deux ans. Plus tard, elle restera à proximité directe de celle-ci et gardera des contacts avec sa mère la vie durant.

Une harde de plusieurs femelles adultes est généralement constituée d’individus apparentés. En effet, la jeune biche née deux ans 1/2 plus tôt et pouvant être elle-même suitée, s’associe assez souvent au trio de sa mère, formant alors une harde de quatre ou cinq animaux et ainsi de suite. C’est surtout pendant l’hiver que ces groupes familiaux se réunissent pour former une plus grande harde sous la vigilance de la vieille biche qui devient meneuse.

Dans une estive, fin septembre – Une biche adulte, son faon de l’année encore tacheté et en partie caché par la végétation qui me protège, son daguet avec encore ses velours. Il quittera sa mère dans les semaines qui suivent le rut.

Le jeune mâle, par contre, quitte sa mère vers l’âge de 18 à 24 mois. Il rejoint une harde de mâles déjà existante ou en fonde une nouvelle avec des mâles de son âge.

Un cerf adulte sur sa place de brame, en altitude. Devant lui, un groupe matriarcal constitué d’une biche, sa bichette et son faon.

Les mâles de deux ans et plus vivent donc aussi en hardes dont la cohésion varie au cours des saisons. Fin août, les groupes se disloquent à l’approche du rut. La hiérarchie s’affirme et les grands mâles deviennent individualistes. Au début de l’automne, le cerf gagne la place de brame. Après le rut (qui a lieu de la mi-septembre à la mi-octobre), les mâles quittent la place et retournent sur leurs quartiers de nourrissage où ils se regroupent à nouveau. Cet instinct grégaire leur assure une meilleure protection contre les dangers. Du jour au lendemain et contrairement au chevreuil, ils reviennent rarement à couvert au même endroit pour se reposer, leur territoire vital est grand. Certains vieux mâles restent seuls et s’isolent.

Ces hardes de mâles ou de femelles ont des effectifs plus restreints dans nos contreforts pyrénéens qu’en plaine.

Je vous encourage à regarder mon article suivant, consacré uniquement au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain et de sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 2) – Le vocabulaire et les classes d’âge du cerf

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 2) – Le vocabulaire et les classes d’âge du cerf

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie II – Vocabulaire et classes d’âge du cerf 

Après avoir parlé dans mon précédent article de l’origine et de la population du Cerf élaphe dans les Pyrénées, j’aborde ici le vocabulaire qu’il est, je pense, important de connaître. Je parlerai dans les publications suivantes des autres thèmes qui m’intéressent sur cet animal comme son comportement, sa vie sociale et le brame.

Le vocabulaire dédié à l’animal

Une harde de femelles à la période du rut, fin septembre. Elle est composée de deux faons, deux daguets avec encore leurs velours et quatre femelles dont probablement trois biches et une bichette.

Le terme « Cerf élaphe » désigne aussi bien la femelle que le mâle. La harde désigne indifféremment un regroupement de femelles avec leur progéniture ou un regroupement de mâles.

Fin septembre – Un faon encore tacheté dans une estive.

A partir de l’âge de 6 mois, un vocabulaire particulier en rapport avec l’avancement en âge s’applique à chaque sexe :

     _La femelle se dénomme faon jusqu’à un an (qui correspond à la venue au monde du faon suivant), bichette jusqu’à ses deux ans puis biche au-delà; elle est alors en âge de procréer. Elle est suitée si son faon l’accompagne, meneuse quand elle se trouve en tête d’une harde qu’elle dirige. Une biche âgée et stérile est appelée bréhaigne.

« J’ai vu une biche! ». Dans l’esprit de beaucoup de gens, biche ou chevreuil (mâle ou femelle), c’est la même chose. J’ai régulièrement essayé de corriger cette erreur, avec peu de succès, je l’avoue.

Fin septembre – Une biche adulte et son faon dont le pelage a pratiquement mué.

Un faon encore tacheté, sa mère et une bichette (sa grande sœur).

    _Le mâle se dénomme faon jusqu’à l’apparition de ses pivots, à partir de ses 6 mois ou un peu plus tard; le pivot est l’assise génératrice de ses futurs bois. Jusqu’alors, il était difficile de le différencier de la femelle. Au-delà et jusqu’à l’âge d’un an, on le dénomme hère. A un an, il devient un daguet, puis cerf au-delà de deux ans. Le daguet porte deux dagues qui grandissent sous velours, surtout à partir de juillet : ce sont des bois sans meule ni ramifications, dont la croissance sera terminée fin août-septembre. Le velours tombe courant septembre-début octobre: le daguet est alors âgé d’environ 1 an 1/2.

Un 10 cors dans la force de l’âge.

On caractérise souvent le mâle par le nombre de ces ramifications. Par exemple, le 10 cors porte cinq andouillers sur chaque bois. On parle aussi de cerf de 1ère, 2ème ou … 10ème tête, … (expression que j’ai entendu pour la première fois cette année) suivant qu’il a des bois pour la 1ère, 2ème ou … 10ème année. En principe, le cerf de 1ère tête est daguet et les deux termes sont souvent confondus. Au-delà, l’âge précis du cerf est délicat à donner, on le verra plus loin.

Le vocabulaire dédié aux bois du cerf

Les bois du cerf – A la base : 1- Le pivot; 2- La meule; 3- Le merrain;

Puis, les andouillers caractéristiques : 4- L’andouiller de massacre 5- Le surandouiller 6- La chevillure (andouiller médian)

Et la partie sommitale : 7- La fourche, composée de 2 cors et 8- L’empaumure, composée de minimum 3 cors ou plus. 

Le pivot, déjà cité, est une protubérance osseuse sur l’os frontal du mâle; elle abrite l’assise génératrice des bois.

La meule est le renflement en forme d’anneau situé à la base des bois et elle n’apparaît qu’à la deuxième repousse (le daguet n’en porte pas). Elle fait le lien entre le pivot et le merrain.

Le merrain est le tronc des bois du cerf d’où partent les ramifications caractéristiques appelées andouillers ou cors. Il est situé au-dessus de la meule. Le mot « merrain » est employé à partir de la deuxième repousse: le daguet a perdu ses dagues et est devenu un jeune cerf de deux ans dont les bois portent ses premières ramifications.

Les bois sont des organes osseux vascularisés, constitués de la meule et du merrain d’où partent les andouillers ou cors, qui se dirigent généralement vers l’avant. La ramure représente l’ensemble des deux bois.

On dit qu’un cerf ravale quand, arrivé à un âge avancé, son nombre de cors diminue, sa ramure régresse en taille.

Parmi les andouillers, on distingue l’andouiller de massacre, premier andouiller du bas, puis le surandouiller, la chevillure (andouiller médian).

On arrive, enfin, à la partie sommitale des bois : elle peut être composée d’une simple pointe, d’une fourche (deux pointes) ou d’une empaumure.

Un mâle adulte avec une fourche à gauche et une empaumure à droite.

On considère comme empaumure toute formation minimale de 3 pointes d’au moins cinq centimètres au-dessus de la chevillure ou andouiller médian. Ces trois pointes (ou plus) sont alors appelées épois. La trochure, andouiller qui vient parfois s’insérer sur le merrain entre la chevillure et la formation sommitale, est à compter dans l’empaumure.

Cette partie sommitale sert à définir des classes d’âge pour le mâle, sujet que l’on abordera un peu plus loin.

Quelques informations sur les bois de cerf

La croissance des bois (ainsi que le nombre de cors) dépend à la fois de la génétique, de la richesse alimentaire du milieu et de la densité d’animaux. Quand les conditions de vie sont très bonnes, les bois connaissent une croissance rapide, se ramifiant plus précocement. A l’inverse, les jeunes cerfs sont majoritairement porteurs de pointes sommitales.

Les bois sont caducs; ils tombent tous les ans à la fin de l’hiver. Les vieux cerfs les perdent en premier (à partir de fin février) tandis que les jeunes daguets sont les derniers à les perdre, à partir du mois d’avril. En l’absence de ces bois, on les appelle tous des mulets. La repousse commence aussitôt sous forme de velours et la minéralisation des nouveaux bois est rapide. Elles se termine en juillet-août (pour les plus vieux) par la chute du velours et la coloration du bois.

Un cerf adulte à la ramure brune.

Cette coloration du bois dépend des essences d’arbres sur lesquels le cerf le(s) frotte(nt). Elle est le résultat d’une oxydation des pigments qui se trouvent sur celui-ci. En effet, cette oxydation pour être complète nécessite l’intervention de sucs contenus dans la sève de l’arbre. On a constaté que l’animal ayant frotté ses bois sur des hêtres ou des bouleaux avait une ramure rousse, qu’elle était brune avec le chêne, le frêne et les résineux, noirâtre avec le charme et le tremble. Tout le bois n’est pas coloré; les extrémités des andouillers restent blancs, la sève ne se fixant pas à ces endroits-là par suite des frottements fréquents auxquels ils sont exposés.

La morphologie des bois étant déterminée par le patrimoine génétique, il apparaît très improbable de rencontrer deux cerfs aux ramures identiques. La forme des bois varie individuellement et on peut identifier le porteur avec cette caractéristique, d’une année sur l’autre.

La longueur des merrains, le volume et la masse des bois augmentent régulièrement avec l’âge, mais pas le nombre d’andouillers. Ce nombre n’indique absolument pas l’âge du cerf!

La croissance des bois est continue sur un an, avant leur renouvellement. Elle ralentit vers 8-10 ans et se stabilise vers 12 ans. La ramure peut être de grande taille. Chaque bois peut peser jusqu’à 4-6 kg pour une longueur de 0,80 à 1 mètre sur un bel animal.

Dans nos Pyrénées, le nombre moyen de cors est de 10-12, avec un maximum de 18 cors.

Les classes d’âge du cerf

Quand je vois un cerf de belle prestance en photo, je me demande régulièrement: quel est son âge? Il est difficile de répondre avec précision à moins d’être un spécialiste de la question.

Malgré les exceptions toujours présentes, on peut déjà en avoir un ordre d’idée. En effet, la forme sommitale de la ramure des mâles reflète globalement leur classe d’âge. En l’observant, on peut distinguer trois catégories de cerfs:

Schéma extrait de l’ouvrage du Docteur Varin: Chevreuil Cerf et Sanglier. Utile pour le rappel de certains termes.

Les cerfs à pointes: ce sont les daguets (2 dagues), les 4 cors (avec l’andouiller de massacre), 6 cors (avec l’arrivée de l’andouiller médian ou chevillure), 8 cors à surandouillers.

Pendant le brame – Tout à gauche, un jeune cerf à pointes sur sa deuxième année reste à l’écart. Il est possible que sa mère fasse partie de la harde et qu’il en a été exclu par ce mâle dominant, un dix cors d’un certain âge.

Un jeune 4 corps, fin septembre : les meules sont bien présentes, les dagues sont longues avec une courbure en lyre. L’andouiller de massacre est bien développé et il manque l’andouiller médian ou chevillure : c’est en quelque sorte un six corps raté, de deux ans révolus (appelé 2è tête).

Un jeune six corps,  fin septembre : andouillers de massacre (peu développés), surandouillers, andouillers médians appelés chevillures, puis la pointe. Il a trois ans révolus (appelé un 3è tête).

Ces individus à pointes sont essentiellement des jeunes (de la 1ère à la 3è tête, de un à trois ans). Un jeune de deux ans sera normalement six corps et peut même déjà, dans les meilleurs cas, devenir 8 corps. Le surandouiller n’apparaît, sauf cas exceptionnels, qu’à partir de la troisième année.

Les cerfs à fourches: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre et l’andouiller médian (la chevillure). Ce sont donc les 8 cors sans surandouillers et les 10 cors à surandouillers, avec une fourche au-dessus de la chevillure. Ils se rencontrent dans toutes les classes d’âge, jusqu’au vieux 8 ou 10 cors perpétuels :

Un dix cors à fourches à surandouillers, adulte.

Les cerfs à empaumures: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre, l’andouiller médian et  au moins trois pointes ou épois à l’empaumure. Ce sont donc les 10 cors sans surandouillers, les 12 cors et plus avec surandouillers. Ce sont surtout des animaux adultes (de 6 à 8 ans), mûrs (9, 10 ans, à leur apogée physique et comportementale) et au-delà (les vieux cerfs ravalent au-delà de 12 ans) :

Un 12 cors à empaumures.

L’analyse d’un bois retrouvé dans la nature peut également donner une idée de la classe d’âge. La meule forme une margelle qui, en fonction du vieillissement, devient rehaussée de pierrures: leur nombre s’amplifie avec le temps. Elle s’élargit et s’amenuise en longueur au fur et à mesure que les années passent. Le merrain, lisse chez les jeunes, s’enrichit plus tard de nodulations rugueuses en forme de perles ou perlures. Il présente aussi des sillons linéaires dans l’axe du bois, les gouttières, qui seront de plus en plus profondément sculptées. Le poids et l’épaisseur du bois d’un cerf adulte augmente avec les années; ce poids se déplace vers le bas.

Un dernier regard avant de disparaître sur l’autre versant de la montagne.

Je vous encourage à regarder mes articles suivants, consacrés au mode de vie du cerf, puis au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet, dont celle-ci:

http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Cerf-elaphe-ar978#

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

27 juillet 2019 – Combat sur la pelouse pendant le rut. Attention au bois dépourvu d’andouiller, c’est une arme « fatale » qui favorise la suprématie de son propriétaire! 

Que se passe-t’il en été chez les chevreuils

30 juillet 2019 – La première apparition des jumeaux!

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le chevreuil. Il est l’un de mes animaux préférés pour sa finesse et son élégance. J’ai l’opportunité de côtoyer régulièrement toute une famille, grâce à la présence d’une pelouse que je laisse en friche. Les bêtes l’ont adoptée et viennent la visiter pour brouter de jeunes pousses d’acacias et autres, pour y faire la sieste et même parfois s’y réfugier. Elles s’occupent aussi activement des fruits du verger. L’article de ce jour leur est destiné.

Contrairement à ce que je prévoyais dans mon dernier article du mois de mai à leur propos, le maître des lieux de l’an dernier n’est pas resté. Un brocard au trophée atypique a fait son apparition à la mi-mars sur la friche; il ne s’est pas imposé de suite. Après deux mois de coexistence apparemment pacifique avec son prédécesseur, il règne maintenant en maître absolu et chasse tous les prétendants, du moins jusqu’à la fin du rut, courant août. Le précédent occupant des lieux était pourtant une bête massive et robuste et je suis étonné qu’il ait laissé sa place. Je ne l’ai plus revu depuis fin mai.

La chevrette amène sa nouvelle progéniture chez nous pour la troisième année consécutive. Elle avait momentanément disparu début mai pour mettre bas après avoir délaissé sa dernière fille, née en mai ou juin 2018 et devenue depuis une jolie chevrette.

Cette jeune et jolie chevrette, après avoir quitté sa mère début mai, est restée encore quelques jours chez nous avant de disparaître fin mai, en même temps que l’ancien maître des lieux avec qui je l’avais observé à plusieurs reprises. Ils ont migré (ensemble?) vers un autre territoire. Ainsi va la vie des chevreuils.

Cette année, la chevrette a deux petits. Ce nombre dépend du poids de la mère comme je l’ai fait remarquer dans un article précédent. Un poids minimum de 20 kg est nécessaire pour porter un futur faon: 20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons. Il arrive qu’une chevrette ait 3 faons dans un milieu particulièrement favorable. Cette année tout comme l’an dernier, je ne sais pas à quel moment la chevrette a mis bas. Elle disparaît pendant plusieurs semaines et réapparaît enfin chez nous avec sa progéniture déjà grande, capable de se nourrir seule. Les deux petits nouveaux resteront avec leur mère jusqu’au mois de mai prochain: devenus adultes, ils quitteront aussi leur mère qui s’isolera à nouveau pour mettre bas.

Pour rappel, le jeune chevreuil s’appelle un faon jusqu’à 6 mois (novembre), puis un chevrillard (mâle et femelle) jusqu’à 12 mois (mai suivant). Au-delà, on l’appelle Brocard (mâle) ou Chevrette (femelle).

Quelques moments immortalisés :

9 juin 2019 – Le maître des lieux de l’an dernier a quitté son territoire. Le nouveau « locataire » marque les arbres en frottant ses bois (on appelle cela un « frottis »), puis il dépose une sécrétion forte qui provient de glandes situées à la base des bois, pour signaler sa présence à ses rivaux.

Parfois, de l’herbe reste accrochée à ses bois. Ses oreilles retroussées trahissent son excitation, il ne faut pas venir le déranger.

10 juin 2019 – Le brocard a toutes ses chances devant un adversaire : un bois sans andouiller et l’autre avec deux andouillers partant de la base.

10 juin 2019 – Le brocard au verger. Les prunes sont encore vertes, mais qu’importe! Il les adore! Il a son beau poil roux d’été. Les pommiers et les pruniers croulent sous le poids des fruits! Pendant tout le mois de juin et une bonne partie de juillet, il sera seul à fréquenter le verger.

24 juillet 2019 – Première apparition d’un faon, seul, à la nuit tombée! Il ne restera qu’un instant!

27 juillet 2019 – Le rut a déjà commencé; çà chauffe aux quatre coins de la pelouse! Le chevreuil de gauche, au trophée modeste, m’est familier. Il avait fait quelques apparitions courant mai, mais il n’était pas resté. Notre brocard s’est déjà battu à plusieurs reprises; son pelage est marqué par des « estafilades » mais il tient bon!

27 juillet 2019 – « Aïe, ma tête ». Le jeune brocard n’a aucune chance devant la force et le trophée du maître des lieux. Poursuivi inlassablement dans les champs voisins et après quelques rebiffades inutiles, il abandonnera les lieux (après avoir insisté quand même pendant deux jours).

27 juillet 2019 – Un faisan Obscur! Les graminées et les cachettes dans les hautes herbes attirent du monde!

28 juillet 2019 – Tour de garde sous la pluie. Quelques estafilades apparaissent sur le dos. Une petite plaie sur la partie droite de son poitrail, invisible sur ce cliché, va rapidement guérir.  

29 juillet 2019 – Quelques clichés du brocard que j’aime bien, pris sous une belle lumière tardive et au travers de la végétation. On y voit bien la particularité de ses deux bois.

30 juillet 2019 – Coucou!

30 juillet 2019 – La chevrette réapparaît pour la première fois depuis début mai, accompagnée par ses deux faons et intéressée par les prunes! La végétation puis la distance entre eux m’empêchera de les avoir tous les trois sur un cliché.

Le faon à l’arrière-plan est manifestement un peu plus grand.

30 juillet 2019 – Pommes, prunes, feuilles, tout intéresse le plus petit des faons.

31 juillet 2019 – La chevrette vient faire un tour aux pommes et aux prunes avec le plus petit de ses deux faons.

07 août 2019 – La chevrette fait une apparition tardive avec ses deux faons. Le plus grand est toujours en retrait, à l’orée du bois.

11 août 2019, sous la pluie. Le rut tire à sa fin! L’excitation retombe chez notre brocard et la pelouse retrouve sa quiétude. Il va bientôt abandonner son comportement territorial. Quelques instants après ce cliché, il frotte les glandes de son front au feuillage d’un chêne des marais (ce que l’on appelle un «  »frottis« ) puis effectue ce que l’on appelle un « grattis« , c’est-à-dire qu’il va encore marquer son territoire en grattant le sol qu’il imprègne de l’odeur de ses glandes pédieuses (glandes des pieds). Le tout est appelé un « régalis« . Il va ensuite se coucher tranquillement dans l’herbe pour se reposer sur sa « couchette » pendant plus d’une heure, les sens toujours aux aguets. « Le repos du guerrier », que l’on peut visionner Ici.

11 août 219, dans la soirée. La chevrette vient se restaurer, seule.

La chevrette a réinvesti les lieux après les avoir délaissés pendant près de trois mois pour mettre bas et allaiter ses faons à l’abri du danger. Elle a aussi sans doute été « couverte » par le brocard « au trophée atypique » : c’est un moment particulier où les faons sont laissés seuls, comme j’ai pu le constater à la fréquentation du verger. Maintenant, les deux jumeaux vont retrouver leur mère à plein temps jusqu’au printemps suivant, en principe; ils ne sont pas tirés d’affaire et ne le seront en fait jamais. Tout ce petit monde va passer quelques jours sereins, jusqu’à l’Ouverture de la chasse, une période perturbatrice (pour ne pas dire plus).

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

J’ai la chance d’habiter sur le territoire d’une chevrette qui a donné naissance à un faon, l’été dernier. J’ai été le témoin de beaucoup d’instants de vie, pendant un an.

Les naissances de faons ont lieu pour la plupart entre la mi-mai et la mi-juin. C’est alors que va naître une relation fusionnelle entre la mère et son (ses) petit(s). Dans les premiers jours et en cas de danger, la mère frappe le sol avec son sabot qui déclenche chez le faon le réflexe de se tapir sans bouger. Elle s’éloigne du nouveau-né afin de ne pas attirer l’attention sur lui. Le faon a la faculté de retenir également son odeur pour échapper au prédateur. Il va par la suite suivre sa mère en permanence pour l’apprentissage de la Vie, en copiant ses moindres mouvements.

13 Juin 2018 – La naissance approche

La chevrette partage le territoire avec deux beaux brocards, un « quatre cors » et un « six cors ». Ils s’intéressent tous les trois aux pommes de la St-Jean du verger ainsi qu’aux graminées de la pelouse, en friche depuis plusieurs années. Une jeune chevrette de l’année précédente fait parfois elle aussi une incursion sous les pommiers.

13 juin 2018 – Ma dernière observation de la chevrette, avant qu’elle mette bas.

18 juin 2018 – Le maître des lieux, le quatre cors

Les pommes sont un mets de choix pour les chevreuils.

Sur la « pelouse »,  sous une pluie fine. Les chevreuils sont très sélectifs dans leur recherche de nourriture, ici des feuilles de pissenlit.

« Je me soulage ».

3 juillet 2018 – Le rut approche

Au moment du rut, le brocard défend farouchement son territoire contre tout intrus. Il frotte ses bois sur les arbres pour évacuer la tension nerveuse mais aussi pour marquer son domaine, déchirant l’écorce et laissant son odeur. Souvent, il gratte le sol en même temps, laissant aussi son odeur sur le sol. S’il croise un autre mâle sur son territoire, il le charge et, si l’autre mâle fait front, ils se battent, bois contre bois. Le perdant s’enfuit et le gagnant le poursuit avant de revenir sur son territoire.

Le 3 juillet, alors que le brocard  » six cors » a laissé des traces la nuit précédente sur les troncs d’arbre et les arbustes, une séquence vidéo le montre en train d’être chassé par le maître des lieux, le « quatre cors ». Lien de ma vidéo : https://vimeo.com/339319031

Que devient la chevrette?

Le « bambi » galope après sa mère, en bordure d’une culture.

Sur mon piège photo, la chevrette a « perdu du tour de taille » entre le 18 et le 22 juin.

Le 4 juillet, deux semaines plus tard, son faon apparaît enfin sur une séquence vidéo, en train de courir après sa mère. A ce moment-là, il peut encore être victime d’un accident agricole avec les fenaisons et les récoltes.

 24 Juillet 2018 – Le « quatre cors », toujours fidèle aux pommes

Le brocard « quatre cors » sous un pommier. Son concurrent a disparu de la pelouse. 

1 Septembre 2018 – Premier témoignage photo Mère et fille

Les pommes au verger sont une valeur sûre pour les chevreuils. Il y en a tellement que l’on peut bien partager! Et voilà enfin la présentation du petit animal à la maison.

Le faon apparaît enfin un soir, à la limite du sous-bois. Sa robe n’est pratiquement plus tachetée. Les tâches commencent à s’estomper à partir de 6 semaines.

Mère et fille (mais çà, je ne le savais pas encore).

7 septembre 2018 – Apparition dans un champ de luzerne

Et le 7 septembre, je peux m’en approcher dans un champ de luzerne, proche de la maison, où ils sont très occupés. A partir de maintenant, je les verrai régulièrement, jusqu’à la séparation en mai prochain.

7 septembre 2018, sous une belle lumière du soir – J’ai raté l’épisode des premiers jours du faon. Il est bien reconnaissable à ses oreilles d’une longueur disproportionnée par rapport à sa tête.

7 septembre 2018 – Portrait de face à quelques mètres : si je me relève, il file immédiatement dans le sous-bois!

7 septembre 2018 – La Mère, à proximité de son faon! 

11 Septembre 2018 – On joue sur la « pelouse »

Le chevreuil change de pelage deux fois dans l’année, en avril-mai et en septembre-octobre. Les jeunes muent en premier. Celle du faon a commencé au niveau du poitrail. Cette dernière mue est bien plus discrète dans toutes les catégories d’âge.

L’herbe de la pelouse en friche a pris une triste allure mais les chevreuils l’affectionnent. Les jeunes pousses d’acacias protégées de la tonte est un mets de choix pour eux.

« Je gambade dans une allée tondue, au milieu des premières feuilles mortes d’érables ». L’automne approche.

L’herbe est en train de faner et de s’aplatir.

Le brocard « quatre cors » a donné de sa personne pendant le rut : un bois est cassé. 

La tâche blanche, une fleur mal placée!

Les deux clichés ci-dessus sont trompeurs. Tout ce petit monde joue ensemble. Il y aura même un moment où le faon part à la poursuite du brocard!

Le sevrage du faon a lieu en octobre/novembre. Il devient un chevrillard jusqu’à un an. Pendant tout cet automne et cet hiver, la chevrette et son petit restent ensemble, avec parfois un brocard. En effet, à cette période-là, les mâles abandonnent leur comportement solitaire et territorial et rejoignent les femelles et leurs petits. Il y a eu des mauvais moments à passer. J’ai vu à plusieurs reprises un mâle débarquer de nulle part et se lancer dans une poursuite effrénée après le chevrillard. Ce n’était plus un jeu! Pour information, le rut principal a eu lieu en juillet-août mais il peut y avoir un rut secondaire en octobre-décembre.

Dès le début de la saison de la chasse, toute cette famille va être très discrète dans la journée. Dans les environs, il y aura des battues ; je vais me demander à chaque fois s’ils vont se sauver. Pendant les 6 mois suivants, j’aurai quand même l’occasion de les voir parfois le matin et/ou le soir, à des moments où la lumière est réduite et je n’ai aucun cliché montrable.

14 mars 2019 – Observation d’un mâle avec le tandem Mère-Fille

Le printemps est là et l’herbe repousse. La campagne commence à verdir et les journées rallongent. L’herbe de la pelouse a fané et s’est aplatie pendant l’hiver, puis elle repousse à nouveau. Les chevreuils sortent du sous-bois bien plus souvent. Les brocards vont quitter les structures familiales dans lesquelles ils se sont intégré à l’automne, pour reprendre une vie de solitaire consacrée en particulier à la défense de leur territoire. Les plus vieux sont les premiers à avoir leurs bois neufs, afin de défendre ce territoire face aux prétendants plus jeunes.

Le chevrillard est devenue une chevrette, un peu plus petite que sa mère pour le moment. Un brocard d’âge mûr est encore avec la famille, différent des deux quatre cors et six cors de l’an passé. Son trophée est atypique. Il frotte encore ses bois sur l’arbuste en arrière-plan et sur les troncs d’arbre pour se débarrasser des reliquats de velours; mais aussi, pour signaler sa présence aux autres mâles. Il s’attaque aux plantations mais il faut savoir payer un certain prix pour avoir le plaisir de l’observation. Je protège les jeunes plantations auxquelles je tiens par du grillage pendant quelque temps. Tout le monde a commencé à muer, « la Jeune » étant la plus précoce.

14 mars 2019 – Le brocard d’âge mûr, « La Jeune » (au centre) et la chevrette (toute à droite). Avec le temps, on s’habitue à ces petites bêtes, on parle d’elles avec empathie et on s’ « inquiète » quand on ne les voie pas de quelques jours! 

Une vue rapprochée du brocard ci-dessus. Ses bois atypiques ont encore quelques reliquats de velours. On le reverra quelques semaines plus tard sur la pelouse.

6 Avril 2019 – … sur le gazon

Les chevreuils ne boivent pas, ils se désaltèrent avec la rosée ainsi qu’avec la partie liquide de leur alimentation. Et il faut bien qu’ils urinent. La partie en friche de la pelouse est « arrosée », comme vous pouvez le voir!

C’est le printemps et l’herbe repousse. La chevrette, en pleine mue, n’est vraiment pas à son avantage. 

« La Jeune » – Le poil a quasiment disparu de son cou. Elle est « folasse » et se lance parfois dans des galops désordonnés autour de sa mère.

« La Jeune » aussi, … comme sa mère! Le pelage d’été commence à apparaître autour de ses oreilles.

A nouveau la mère, avec un début de pelage d’été sur le front. Sa mue est en retard par rapport à celle de sa fille. Elle a un petit ventre rond, c’est bon signe!

1 mai 2019 – Les derniers moments du couple fusionnel

Trois semaines ont passé. La Mère et la fille sont encore ensemble mais plus pour longtemps. Les clichés suivants sont les derniers où je pourrai observer ce duo fusionnel depuis juin dernier. La mère va bientôt mettre bas, d’ici 2 ou 3 semaines!

La mère, à l’arrière-plan, a le ventre qui s’est encore arrondi! La Jeune est toute « fine »!

La mue de « la Jeune » a bien avancé.

Un cliché qui j’aime beaucoup, au milieu des fleurs. La mue chez la mère est toujours en cours alors qu’elle est pratiquement terminée chez sa fille. 

4 mai 2019 – Seule!

4 mai 2019 – La petite chevrette a été chassée, d’abord par sa mère; mais aussi, peu après ce cliché, par un brocard surgi du champ en culture à l’arrière-plan. C’est sa destinée. Elle doit maintenant apprendre à faire face seule.

4 mai 2019 – Chassée par ce brocard qui, lui aussi, est en train de muer.

Et depuis? Mes dernières observations de mai sur la pelouse!

Les visites de brocards se succèdent sur la pelouse. C’est la loi du plus fort. Les nouveaux cherchent un territoire et les anciens le défendent. Il y en a principalement deux qui sont là régulièrement : le « quatre cors de la saison précédente », mâle dominant avec deux corps supplémentaires très discrets et un deuxième mâle, celui au trophée atypique (constitué de trois cors).

Le mâle dominant :

5 Mai 2019 – Le « quatre cors de l’an dernier »  frottera ses bois sur tous les arbustes pour se signaler aux prétendants potentiels. 

Quel mâle!

25 mai 2019 – Toujours le « quatre cors » avec ses deux cors supplémentaires très discrets! Avec un fait nouveau, … 

La jeune chevrette :

25 mai 2019 – … il accompagne la petite chevrette qui a terminé sa mue. Elle est maintenant une adulte et elle sera en âge de procréer à la prochaine période de rut, si elle a atteint un poids autour de vingt kilos minimum.

Et le deuxième brocard des lieux, très facilement reconnaissable : un bois unique à gauche et un bois avec deux cors partant de la base à droite :

L’herbe est à point pour y faire de bonnes siestes ou, tout simplement, s’y réfugier. C’est un havre de paix!

La jeune chevrette est donc, pour l’instant, restée sur le territoire où elle est née. Je n’ai pas revu sa mère depuis un mois, c’est-à-dire depuis le 1er mai. A-t’elle mis bas? L’an dernier, la mère avait été visible jusqu’au 13 juin pour donner naissance juste après et ne revenir sur la pelouse avec son faon que le 1 septembre! Il me tarde de voir son petit et pour cela, l’utilisation d’un piège photographique est très utile. Je verrai bien!

« Le » message

On n’est pas obligés de tondre toute sa pelouse! Laissons-en en friche et on sera surpris de voir la faune accaparer les lieux, d’observer une grande variété de fleurs sauvages et de constater le retour de bien d’insectes dont certains nous sont inconnus. Les pommiers attirent les chevreuils, qui ne dédaignent pas non plus les cerises tombées à terre. Quelques arbustes à baies sauvages comme haies et la Nature s’installe devant sa porte!

29 mai 2019 – Une visite nocturne des grosses bêtes.

Tout cela n’est pas idyllique et il faut accepter des compromis quand on habite « à la campagne » comme … avoir la pelouse régénérée de temps en temps par les grosses bêtes!

« Confidences au pied de l’arbre ».

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Février en velours

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Février en velours

(Chevrette curieuse).

Le Chevreuil  dans le Vic-Bilh (Béarn)

Un mois de février en velours

(Les clichés d’illustration sont pris en majeure partie au mois de février).

(Sous le soleil matinal – Brocard au début de la repousse des bois).

(Brocard au gagnage dans une prairie).

Nous ne sommes que le 23 février, mais tout se passe comme si le printemps était déjà là. Les belles journées ensoleillées se succèdent depuis plusieurs jours. Les jonquilles, les primevères, les pervenches, les mimosas,  les pommiers du Japon … sont en fleurs. Les abeilles butinent les merisiers et les pruniers sauvages, les merles chantent au lever du jour et au coucher du soleil, accompagnés le soir par les grives. Les grues ont entamé leur migration retour.

Les chevreuils profitent de ce renouveau. On les voit plus souvent dans les prairies et dans les champs de maïs ramassé, où ils se repaissent d’herbe tendre. Aussi, la période de chasse qui les poussent à la méfiance arrive bientôt à sa fin, le 28 du mois; les palombes repartent et les sous-bois sont moins courus.

Le chevreuil (Capreolus capreolus) est un animal que j’aime pour sa finesse et son élégance et le Vic-Bilh est une région où il est bien représenté. Le biotope s’y prête, mélange de terres à polyculture, de prairies et de forêts de chênes, de châtaigniers et d’acacias. Il prospère tout en étant régulé comme partout ailleurs par des plans de chasse.

(Deux femelles sont hors champ. Ce groupe formé pour la mauvaise saison est sur le point de se séparer)

(Un brocard et 4 chevrettes dont 2 jeunes, sous la gelée matinale).

Il a passé l’hiver en petits groupes familiaux qui vont bientôt se défaire. Ici, l’habitat est dispersé au milieu d’exploitations agricoles constituées de parcelles morcelées ; humains et chevreuils vivent plutôt bien ensemble. Les meilleurs moments pour le rencontrer et le photographier sont le matin et surtout le soir.

Dans le Béarn et même plus loin, le chevreuil est souvent appelé, à tord bien sûr, biche. J’ai essayé de corriger cette erreur auprès de pas mal d’amis mais cela reste ancré dans les mœurs. On ne peut pourtant pas les confondre, cerfs et biches ne sont pas présents dans le Vic-Bilh et la morphologie est bien différente. Il arrive qu’un cerf élaphe soit de passage chez nous à la période du rut mais c’est tout. Les grands cervidés fréquentent le piémont pyrénéen et la forêt landaise.

Un peu de terminologie

A gauche, une jeune chevrette en train de muer

Au centre, un jeune brocard (avec toujours ses velours et en train de muer) et une femelle adulte

A droite, une femelle (présence de la brosse vulvaire) adulte (la mue  n’a pas commencée) en arrière-plan 

et un mâle plus âgé que celui du centre, en train de perdre ses velours 

L’appellation « chevreuil » s’applique indifféremment au mâle et à la femelle. La femelle du chevreuil est la « chevrette ». Le jeune s’appelle le « faon » jusqu’à l’âge de 6 mois puis « chevrillard » de 6 à 12 mois, et cela quel que soit le sexe. Vers le sixième mois, c’est-à-dire vers le mois de novembre, deux protubérances osseuses commencent à apparaître sur l’os frontal du jeune mâle, sous velours. Ce sont les futurs pivots. Les premiers bois ne se forment que plus tard, de mars à juin.

Le chevreuil du Vic-Bilh Barn brocard chevrette faon chevrillard daguet

(Au centre, chevrillard avec ses tout premiers bois, très petits).

A un an, le chevrillard mâle, devient un « brocard » pour le restant de sa vie; il porte deux petites dagues fourchues ou non, mais sans les meules qui n’apparaîtront qu’à la prochaine repousse. La meule est le renflement situé à la base des bois, en forme d’anneau et portant de nombreuses excroissances appelées pierrures. Elle fait le lien avec le pivot déjà cité.

Les tout premiers bois du brocard sont de petite taille, plus petits que les oreilles. Seul le mâle porte des bois, caducs, qui tomberont tous les ans à l’automne! La maturité sexuelle commence pour les deux sexes au début de la seconde année ; elle est également conditionnée par son poids pour la femelle.

Dès la deuxième année, chaque bois va s’orner à sa partie supérieure de pointes. La pointe peut s’appeler également « cor » ou « andouiller », indifféremment. La tige centrale entre la meule et la pointe est le merrain, qui a des perlures ressemblant à des gouttelettes; on dit que le bois est « perlé ».

Quelques informations utiles sur le chevreuil

(Beau brocard en pleine force de l’âge, à la nuit tombée).

Le chevreuil adulte pèse entre 15 et 30 kg en moyenne, selon les territoires et la densité de population  (à âge égal et dans de bonnes conditions de nourriture, la femelle est un peu plus petite et plus légère de 2 à 3 kg). En cas de surpopulation, la corpulence des animaux diminue, ainsi que la résistance aux maladies. Pour information, le cerf élaphe adulte pèse entre 160 et 250 kg et la biche, entre 90 et 150 kg : il est donc difficile de confondre un cerf avec un chevreuil, même de loin. Ce poids n’est qu’un ordre d’idée représentant des fourchettes mini/maxi et les chiffres dépendent des sources consultées. Pour le chevreuil et le cerf élaphe, la taille est fortement influencée par l’habitat. Elle augmente des Pyrénées vers l’est de la France et on trouve les plus grands spécimens en Lorraine, dans le Jura et dans les Ardennes.

(Deux photos de brocard. En haut, on voit les bois naissants, donc aucun problème d’identification. En bas, absence de la brosse vulvaire).

Après la chute des bois à l’automne, un moyen de différencier les mâles des femelles est la tâche claire et érectile située sur le fessier, que l’on appelle le miroir : en forme de haricot (partie convexe dirigée vers le haut) chez le brocard et de cœur inversé chez la chevrette. Cela ne me paraît pas d’ailleurs toujours évident de faire la différence. Ce miroir (appelé aussi roze) est blanc en hiver et jaunâtre en été. Il double de taille quand il est hérissé et avertit les congénères en cas de danger.

(Présence de la brosse vulvaire en partie basse du miroir chez la femelle, à gauche).

(Chez ce couple d’âge mûr, la femelle est un peu plus petite que le mâle et on voit bien la brosse vulvaire de profil).

La chevrette possède à la base du miroir une fausse queue constituée de long poils clairs, la brosse vulvaire, bien visible de profil (le chevreuil n’a pas de queue). Quant au brocard, on peut repérer de profil son pinceau pénien. L’aspect général de l’animal, vu de loin, est aussi une indication :  pour le brocard, la partie antérieure de son corps est plus large que la partie postérieure; chez la chevrette, au contraire, le centre de gravité est placé vers l’arrière-train.

« Triste mine »

Le chevreuil subit deux mues par an, à l’automne où son poil vire progressivement au gris-brun, bien épais, et au printemps : il devient alors d’une belle couleur roux vif et ras. La mue de printemps est brutale et la perte des poils lui donne vraiment une triste mine. Elle a déjà commencé et sera bien visible sur tous les sujets d’ici 3 à 4 semaines. La mue est plus précoce chez les jeunes. La chute des poils débute par la tête, le cou puis les membres et enfin le tronc.

Le chevreuil, contrairement au cerf, boit très rarement. Il se désaltère grâce à la rosée matinale .

Quelques informations sur les faons

Faon de biche, avec sa robe semée de taches disparates,

à ne pas confondre avec le faon de la chevrette, dont les taches sont alignées.

Les faons naissent entre la mi-mai et la mi-juin pour la plupart ; ils sont tachetés pendant les deux premiers mois de leur vie. Les taches sont alignées sur le dos et sur les flancs contrairement à celles du faon de cerf qui sont éparses. Les taches blanches s’estompent et disparaissent en octobre au plus tard. Lorsqu’ils naissent, les faons n’ont pas d’odeur corporelle dans les premières semaines de leur vie, particularité qui les protège de certains prédateurs comme les chiens errants et les renards. Une heure après la naissance, les jeunes se tiennent déjà debout sur leurs pattes, puis ils font leurs premiers pas.

Les portées sont de deux petits en moyenne (mâle et femelle), plus rarement trois. Le nombre est conditionné par le poids de la femelle; plus elle est lourde et plus elle a des chances de mettre bas un nombre conséquent de petits, mais un poids autour de 20 kg minimum est nécessaire. La taille de la portée est généralement de 2 faons (20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons) . Elle peut atteindre 3 jeunes dans les milieux particulièrement favorables.

(A droite, un chevrillard avec ses premiers bois recouverts de velours. Il vit encore avec sa mère et sera bientôt chassé).

Le sevrage est achevé en octobre-novembre mais les petits restent avec la mère jusqu’à l’approche de la mise-bas suivante, à la fin du printemps, et sont ensuite chassés. Ils partent alors à la recherche d’un territoire disponible.

La mortalité est importante chez les faons ; dans les cas de naissances multiples, je vois la plupart du temps l’un des deux petits disparaître assez vite : par prédation (chiens errants, renards, sangliers …), accidentellement (réseau routier, noyade …), ou tout autre raison. La période des foins et des moissons est dramatique pour eux : en effet, le réflexe nature du faon encore très jeune est de se tapir au lieu de s’enfuir à l’approche de la faucheuse ou de la moissonneuse qui ne peut le voir et l’accident est fatal. Ils sont parfois infestés par les tiques, comme d’ailleurs leurs parents. La mortalité peut aller jusqu’à 90 % à la fin du premier hiver.

Mode de vie du chevreuil

(Très beau brocard, dans la force de l’âge).

Le chevreuil est sédentaire et reste toute l’année sur le même territoire, d’une superficie d’une vingtaine d’hectares environ mais variable suivant les ressources en nourriture.

(Groupe au gagnage après le coucher du soleil).

A l’approche du printemps, les petits groupes familiaux constitués à l’automne et pendant l’hiver se séparent et les mâles, solitaires sauf à la période du rut, retrouvent leurs comportements territoriaux jusqu’à la fin août. A la période du rut de mi-juillet à la mi-août, le mâle le défend farouchement et laisse son empreinte olfactive en frottant les glandes situées à la base de ses bois sur les troncs d’arbre et en grattant la terre.

(Brocard sur sa « couchette » dans un champ de luzerne, un soir d’été).

Le chevreuil alterne les phases d’activité et de repos dans la journée, mais il va de préférence au gagnage au lever du jour et au crépuscule. Il s’approche facilement des habitations les jours de mauvais temps. Quand il fait partie d’une troupe, le brocard sort le dernier à découvert, très méfiant. Le chevreuil est également actif la nuit. Quand il a décidé de se reposer, on peut parfois l’observer à la lisière du bois, au crépuscule, en train de tourner en rond tout en grattant le sol avec ses pattes avant pour en dégager la végétation, avant de se coucher en boule. Ces « couchettes » est une indication de leur présence.

Le chevreuil a une mauvaise vue surtout basée sur le mouvement, mais un excellent odorat et l’ouïe fine. Si un danger est identifié, il détale prestement. Dérangé, il émet pendant la fuite une série d’aboiements rauques ressemblant à ceux d’un chien, un signe d’inquiétude face à un danger potentiel non identifié, ou de colère! En sécurité dans le sous-bois et si le danger n’est toujours pas identifié, il répète longuement son cri avant de s’éloigner définitivement.

D’un naturel curieux et si quelque chose attire son attention, le chevreuil s’approche par étapes prudentes et s’arrête en bougeant la tête dans tous les sens pour chercher à identifier ce qui l’intrigue. S’il ne nous a pas repéré, il y a quelques opportunités pour faire de beaux clichés de proximité.

Les bois perdus en octobre-novembre ont commencé à repousser aussitôt durant l’hiver. Pendant cette repousse, ils sont recouverts d’une peau appelée velours qui protège et nourrit les bois pendant leur croissance. Quand celle-ci s’achève, l’irrigation du velours cesse et ce dernier se dessèche. Il va alors tomber en lambeaux que le chevreuil élimine en se frottant sur les écorces des arbres tout en occasionnant quelques dégâts, de mars à avril suivant les sujets. Les vieux brocards perdent leurs bois les premiers et les nouveaux bois seront alors opérationnels avant ceux des plus jeunes ; ils ont ainsi une longueur d’avance pour défendre leur territoire face aux générations « montantes ».

Comment avoir une idée empirique de l’âge d’un brocard

On arrive à déterminer approximativement l’âge du chevreuil par l’examen de sa denture; cela ne peut se faire que sur un individu prélevé. Sur un brocard bien vivant, la détermination de son âge est possible par sa tête mais c’est une chose peu facile, plus empirique. Les formes les plus classiques pour les bois (indépendantes de l’âge), sont le daguet, le 4 cors (avec deux andouillers antérieurs), et le 6 cors (un troisième andouiller vers l’avant). L’andouiller le plus bas est toujours dirigé vers l’avant. Un chevreuil âgé de 7 à 8 ans est déjà considéré comme étant vieux, pour une espérance de vie maximale de dix à douze ans.

(Brocard au début de sa 2ème année; ses premiers bois ont poussé et il ne vit plus avec sa mère).

_Le brocard d’un an a un cou long et frêle. Sa tête porte deux dagues de la longueur des oreilles.

(Daguet, ou  brocard « assassin »)

_Le brocard de deux ans a un cou moins mince; il porte une tache blanche au-dessus du noir des naseaux. Le bois est déjà creusé de gouttières. Chaque bois a deux cors (andouillers antérieurs) et parfois, dans de bonnes conditions, un embryon plus ou moins développé d’un troisième cors (andouiller vers l’avant). Aussi, un brocard de 2 ans peut ne posséder que 2 simples dagues – d’où le nom de « daguet » donné à l’animal à ce stade de sa vie. Un brocard portant des bois dépourvus d’andouillers est appelé brocard « assassin ». En effet, lors de combats à la période du rut, aucune garde ne vient arrêter les pointes qui peuvent se planter profondément dans les flancs ou le crâne de l’adversaire.

_Le brocard de trois ans a un cou épaissi, au front gris foncé et la masse du corps se porte sur l’avant. Les bois sont jolis, ne sont ni épais, ni encore bien perlés et ils ont chacun trois beaux cors bien marqués. La meule est plus grosse mais moins longue. Un brocard de deux à trois ans est considéré comme jeune.

_Les brocards à partir de quatre ans n’ont plus la tache blanche nasale. Les bois continuent à avoir trois cors chacun. Un chevreuil de 4 à 5 ans est considéré comme mature et possède alors ses bois les plus massifs.

_Le nombre de cors n’augmentera plus par la suite, les perlures deviendront plus abondantes, les gouttières plus profondes, les meules tendront à se rapprocher jusqu’à paraître soudées l’une à l’autre. Le nombre de cors n’est pas fonction de l’âge et ce nombre peut diminuer quand l’animal vieillit.

_Dès l’âge de 6 ans, le mâle devient un brocard âgé et la masse de ses bois régresse. Les cors d’un animal âgé de 7-8 ans sont courts et émoussés, les perlures sont rares.

Les vieux brocards muent plus tard que les jeunes. Quelques vieux sujets des deux sexes portent une « serviette », tache claire et ovale sur le poitrail, à la base du cou, parfois en deux parties.

En France, le chevreuil est une espèce classée gibier et soumise à des plans de chasse obligatoires depuis 1978. Aujourd’hui, on estime à 1,5 million le nombre d’individus et les prélèvements par les plans de chasse de la saison 2016/2017 est de 580 000.

Aucune menace ne pèse sur l’espèce, la population augmente régulièrement.

Article rédigé le 23 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de données trouvées sur internet, dont :

http://www.jyrousseau.com/le_chevr.shtml

http://dianehautsbosc.canalblog.com/archives/2007/07/27/5555197.html