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La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

Au-delà des montagnes.

La migration de la Grue cendrée

par delà les Pyrénées

Quelques informations générales

Notre Béarn est situé sur « la voie de l’Ouest » de la migration post-nuptiale de la Grue cendrée. Chaque année à la même époque, le cri puissant et caractéristique de ce bel oiseau en route vers l’Espagne retentit dans le ciel béarnais. C’est, je pense, le seul chant que la plupart des gens reconnaissent sans se tromper. « J’ai entendu passer les grues »! Combien de fois ai-je entendu cette phrase, synonyme de changement de saison et de l’arrivée du froid. Elle occupe avec la Cigogne blanche une place particulière dans le cœur des hommes.

Les grues cendrées émettent en vol un cri régulier, une sorte de « kroouh » qui permet au groupe de rester en contact. Il est répété par chaque individu à intervalle régulier. Le passage imminent d’un vol important est annoncé par un joyeux tintamarre. Nous levons alors les yeux vers le ciel pour tenter de repérer leur formation particulière en ligne ou en V. Ce n’est pas toujours évident de les localiser; leurs manifestations vocales très sonores les font souvent croire bien plus proches qu’elles ne le sont en réalité. Il faut parfois aller les chercher bien haut. Elles migrent même la nuit et ce cri les trahit, audible à des kilomètres à la ronde.

En vol, on pourrait les confondre de très loin avec la cigogne blanche mais celle-ci reste silencieuse et elle migre plus tôt, dès la fin juillet et jusqu’à la mi-septembre pour la plupart des effectifs.

Dans les Landes, région d’Arjuzanx – Une grue cendrée au gagnage dans un champ de maïs ramassé.

Dans les Landes, région de Sabres (près d’Arjuzanx) – Grues cendrées et palombes dans un champ de maïs ramassé, en bordure d’une forêt de pins.

Dans les Landes – Le retour des grues cendrées aux dortoirs d’Arjuzanx (en bas à gauche, on distingue le mirador pour l’observation des grues dans leur élément liquide).

Lac collinaire de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), au soir – Le retour des grues dans la Réserve, après avoir passé la journée à se nourrir dans les champs des environs.

Région de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), quelques grues sur fond de pic du midi de Bigorre (2 876m).

Les grues cendrées quittent leurs zones de nidification vers la mi-octobre et jusqu’à début décembre, en fonction des conditions climatiques. Celles qui passent chez nous viennent de Finlande, Suède et Norvège pour aller vers l’Espagne. Leurs principales haltes migratoires en France sont le lac du Der en Champagne-Ardenne, le camp du Poteau à Captieux (Gironde) et la réserve d’Arjuzanx (Landes), ainsi que le site de Puydarrieux dans les Hautes-Pyrénées. Je ferai plus tard un article dédié à chacune de ces deux dernières haltes migratoires et d’hivernage.

Les grues las grullas Embalse de La Sotorena Alberca de Arboré Montmesa Huesca Aragon

Embalse de la Sotorena, aux premiers rayons de soleil (février 2019) – Les grues se restaurent dans les champs givrés, avant de reprendre le chemin de la migration vers le Nord de l’Europe.

Lagune de Gallocanta (février 2019) – Le réveil des grues dans la brume, peu avant l’aube.

Après avoir traversé la chaîne des Pyrénées, elles font route en Espagne vers l’embalse de la Sotorona et la lagune de Gallocanta, puis vers l’Estrémadure et le Nord de l’Afrique. Les zones de halte et d’hivernage sont choisies en fonction des conditions climatiques, de l’abondance de la nourriture et de la présence de l’eau pour se protéger des prédateurs comme le renard.

Assister au spectacle de la traversée des Pyrénées est un moment privilégié. J’ai eu l’occasion d’y assister récemment à plusieurs reprises.

La traversée des Pyrénées dans le val d’Azun

Après quelques jours de conditions déplorables avec beaucoup de pluie en plaine et de neige en montagne pour un mois de novembre, la météo s’est enfin arrangée. Ce 19 novembre 2019, la chaîne des Pyrénées est bien dégagée; les grues saisissent l’occasion!

En direction « del sol »!

Le pic du Midi d’Arrens (2 267m).

Le Palas (2 974 m).

Le Palas (2 974 m),  le Courouaou devant (2 691 m) puis le Batboucou (2 651m) à droite.

A gauche, le pic de Batboucou (2 651m).

Traversée des Pyrénées dans la vallée des Gaves

Ce 03 décembre au matin, les sommets des Pyrénées sont dans le brouillard. Beaucoup de grues sont déjà passées dans la nuit, venant entre autres d’Arjuzanx. En effet, plusieurs milliers grues y font une halte depuis plusieurs jours pour se nourrir dans les champs de maïs ramassé. Contrairement à leurs habitudes, elles ne reviennent pas le soir dans les dortoirs de la Réserve mais restent à l’extérieur dans les champs inondés par les grosses pluies de novembre, les marais, les lagunes, les coupes rases… Tout est gorgé d’eau. Après l’accalmie du matin brumeux, la migration reprend en début d’après-midi lors d’une éclaircie dans le ciel pyrénéen. En fin de soirée, on verra quelques volées faire demi-tour pour passer la nuit au pied de la montagne.

Une volée de grues cendrées remontant « la vallée des Gaves », sur fond de Casque du Marboré (3 006m), l’un des fameux sommets du cirque de Gavarnie.

Leur voyage vers des cieux plus cléments pour y passer l’hiver m’a souvent fait rêver et en début d’année, je suis allé les voir en Espagne dans certains de leurs lieux d’hivernage et dans leurs deux principales haltes migratoires : l’embalse de la Sotorena et la lagune de Gallocanta. Si vous êtes intéressés par des informations plus précises, voici les liens vers mes articles :

Pour l’embalse de la Sotorena, cliquer ICI,

Et pour la lagune de Gallocanta, c’est ICI.

Bonne lecture! 

Observation du Hibou des marais dans les plaines de Villafafila en Castille-et-León

Observation du Hibou des marais dans les plaines de Villafafila en Castille-et-León

Observation du Hibou des marais (Asio flammeus)

dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-León (octobre 2019)

Envol d’Outardes barbues au crépuscule. Le manque de lumière ne m’a pas permis de « figer » la scène.

Je suis passé ce mois d’octobre à Villafáfila pour me documenter sur la Grande Outarde ou Outarde barbue à l’automne.

Par la même occasion, j’ai fait la rencontre un soir du Hibou des marais. Je l’y avais déjà observé lors d’un précédent séjour en mai 2017. Cette espèce est normalement présente à Villafáfila toute l’année (information trouvée dans l’ouvrage « Where to watch birds in Northern & Eastern Spain ») et j’en ai eu ainsi la confirmation.

Cependant, cette présence est tributaire de l’abondance de la nourriture. A la période de nidification 2018, au mois de mai, il était déjà absent depuis plusieurs mois: un printemps pluvieux avait empêché le pullulement habituel des campagnols et les hiboux étaient parti chercher leur nourriture ailleurs.

A l’affût de campagnols au milieu de la végétation sèche. Il bénéficie d’un bon mimétisme.

Ce rapace m’est bien sympathique et je lui ai consacré un article complet sur son mode de vie: vous pouvez le consulter ICI

 

La Grande Outarde ou Outarde barbue – Mon retour dans les steppes de Villafáfila (avril 2019)

La Grande Outarde ou Outarde barbue – Mon retour dans les steppes de Villafáfila (avril 2019)

La Grande Outarde ou Outarde barbue
(Nom scientifique : Otis tarda)

Mon retour dans les steppes de Villafáfila

En arrière-plan, la chaîne enneigée des monts Cantabriques, connus en particulier pour « Los Picos de Europa ».

J’ai découvert pour la première fois l’Outarde barbue lors d’un séjour ornithologique en Espagne dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-Léon, au-dessus de Zamora. C’était le 30 avril 2017. Chez cette espèce, le mâle de belle corpulence (le plus lourd oiseau volant d’Europe) est particulièrement photogénique au moment de sa parade nuptiale et lors de cette première visite, celle-ci était déjà terminée. Les femelles étaient vraisemblablement en train de nicher et seuls quelques mâles en petits groupes erraient par-ci par-là.

J’y suis revenu en 2018, à partir du 1er Mai. Elle était à ses débuts, retardée par un printemps pluvieux. J’ai pu faire de belles observations mais les femelles ne se montraient que très peu.

Cette année 2019, j’y suis retourné pour la troisième fois et j’ai pu me rendre compte « que ce n’est jamais pareil ». C’était le 10 avril dans l’après-midi puis le 18 à partir des premières lueurs du jour et j’ai pu assister à des spectacles encore différents. Tout d’abord, j’ai vu un nombre bien plus important d’outardes avec des regroupements spectaculaires. Aussi, les femelles étaient plus nombreuses et peu de mâles paradaient. Je suis sans doute passé au moment des prémices de ce beau spectacle annuel.

J’ai eu aussi l’agréable surprise de constater la présence de petites volées de Tadornes de Belon, absentes les deux années précédentes.

Je rappelle que l’Outarde barbue est un oiseau très craintif et je ne l’observe qu’à grande distance (téléobjectif ou longue-vue incontournable). La suite en photos :

Photos prises le 10 avril 2019 au soir :

Les petits groupes d’outardes sont nombreux et quelques mâles paradent mais bien trop loin pour mon téléobjectif. La lagune de Barillos située au bord de la route entre Tapioles et Villafáfila est à sec, comme il y a deux ans.

Deux femelles en compagnie d’un mâle.

Un aperçu de l’un des biotopes fréquentés par les outardes. A l’arrière-plan, une ligne Haute-Tension: c’est un danger reconnu pour les outardes.

Un groupes de mâles d’âges variés.

Un mâle adulte et solitaire.

En toile de fond, une partie de la chaîne, enneigée, des Monts Cantabriques.

Autre paysage typique de Villafáfila : une mosaïque de cultures à l’infini, sans un arbre.

Les photographier en vol permet parfois de faire des clichés « de proximité relative ».

Cette cabane verte (dont j’ai rencontré plusieurs exemplaires) m’interpelle. Je pense à un poste d’affût privé (et sans doute payant) pour les outardes.

Panneau de présentation du village de Villarin de Campos, de ses lagunes et de ses 68 pigeonniers (entre ruines et bon état/restauré).

Avocettes sur la lagune de Villardon (située à Villarin de Campos, à proximité de Villafáfila).

Les vanneaux sont très présents à Villafáfila, où ils doivent probablement nicher.

Photos prises le 18 avril 2019 au matin (8 jours après les précédentes) :

J’espérais de belles couleurs à l’aube et malheureusement, il a plu toute la nuit suivi par un brouillard matinal. Le ciel était chargé. Le manque de lumière a été préjudiciable à l’ambiance des photos. L’activité des outardes s’en est ressentie et les premières ne se sont montrées qu’assez tard dans la matinée; le soleil était déjà bien haut.

Tadornes de Belon au lever du jour, près de Otero de Sariegos . Tout à gauche des tadornes, un animal de petite taille qui bougeait de temps en temps et que je n’ai pu identifier!

Les Tadornes de Belon, qui vont et viennent dans les cultures. J’en ai observé autour d’une trentaine en petits groupes.

L’espèce est donnée comme nicheuse à Villafáfila. 

Jeune mâle à gauche. La différence de gabarit avec « l’ancien » en arrière-plan est évidente.

Ces deux mâles sont prêts pour parader. Ils se maintiennent à bonne distance l’un de l’autre. Les femelles ne sont pas loin mais elles restent très discrètes.

La seule photo de mâle en train de parader que j’ai pu faire. Il y a eu d’autres occasions dans la matinée, toutes trop loin!

Au second plan, le village de Cerecinos de Campos. 

Divers regroupements de mâles, dans la région de Cerecinos de Campos!

L’élan initial : tout en puissance! L’envergure du mâle va jusqu’à 2m40 (et parfois plus) et son poids monte jusqu’à 17 kg.

Le même mâle, en vitesse de croisière.

Mâles adultes solitaires aux « moustaches » bien développées.

Et les vanneaux sont toujours là!

Pour en savoir plus sur l’outarde barbue : http://www.lanaturemoi.com/2019/01/23/la-grande-outarde-ou-outarde-barbue

A bientôt, peut-être?

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue
( Avutarda Común – Great Bustard )
(Nom scientifique : Otis tarda)

L’Outarde barbue est un oiseau tout simplement magnifique, que l’on peut observer facilement en Espagne dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-Léon, au-dessus de Zamora. J’en ai entendu parler pour la première fois en avril 2017 pendant un séjour naturaliste en Estrémadure, lors d’une conversation entre deux ornithologues. L’un était italien et l’autre français ; c’était au cours d’un repas pris ensemble dans un restaurant accueillant à cette époque de l’année pas mal d’étrangers passionnés d’oiseaux de toutes sortes. Quand j’ai vu l’oiseau apparaître sur l’écran du reflex, j’ai été définitivement conquis ! Quelques jours plus tard, j’allais leur rendre visite sur le chemin de retour en France. J’y suis de nouveau revenu en mai 2018 et j’espère bien encore y revenir. Cet oiseau vaut le voyage. La meilleure époque pour leur rendre visite est celle correspondant à leur parade nuptiale, qui a lieu normalement la deuxième quinzaine du mois d’avril pour Villafáfila (elle varie suivant les régions d’Espagne). Elle peut aussi glisser de quelques jours en fonction des conditions météorologiques. En 2017 année de grande sécheresse, elle était terminée lors de mon passage le 30 avril mais j’ai pu encore observer de jolis groupes sans aucune parade, une soixantaine d’individus au total dont une volée d’une vingtaine d’oiseaux. Les lagunes étaient à sec. En 2018, la parade a été retardée à cause d’un printemps pluvieux. Elle était à ses débuts le 01 mai et j’ai pu faire de belles observations. Par contre, le Hibou des marais (Asio flammeus) qui était présent en 2017, n’était pas revenu en 2018 : le printemps pluvieux avait empêché la prolifération des campagnols, leur principale nourriture.

Pour photographier l’outarde à Villafáfila, il vaut mieux utiliser un grand téléobjectif (focale 400mm et plus) mais on fait comme on peut. Les occasions rapprochées sont rares et elles nécessitent de prendre de bonnes précautions afin de respecter sa tranquillité. L’affût fixe est interdit sans l’obtention d’une autorisation préalable, qu’il faut demander (au moins quinze jours avant le déplacement) au directeur de « la Reserva Natural de Las Lagunas de Villafáfila ». Il existe quelques rares affûts fixes payants sur des terres privées ; il faut compter une somme non négligeable, sans garantie que les outardes seront bien au rendez-vous et à la bonne distance espérée. Personnellement, je préfère compter sur ma « veine » naturaliste.

Les meilleurs moments pour la photo sont le matin et au coucher du soleil. Dans la journée, la turbulence atmosphérique est élevée. La vision aux jumelles est floue et les photos sont de mauvaise qualité.

Un groupe d’outardes barbues mâle au bord d’une lagune.

Description de l’Outarde barbue

L’outarde barbue a le corps corpulent et elle est haute sur pattes. Le mâle est l’oiseau le plus lourd d’Europe capable de voler. Il est deux fois plus lourd que la femelle.

La taille varie entre 75 et 105cm, pour une envergure entre 170 et 190cm chez la femelle, 210 à 240cm chez le mâle. Le poids de la femelle varie entre 3,5 et 4kg, celui du mâle entre 7 et 17kg.

C’est un oiseau très farouche, que l’on ne peut observer que de loin. L’outarde a une excellente vue. Elle vit en petits groupes. Il y en a toujours au moins une qui observe pendant que les autres se nourrissent. Elle se déplace majestueusement, le cou bien droit. A la moindre alerte, elle s’éloigne lentement et prudemment; elle peut aussi courir très vite. Au moindre danger, elle s’envole. Par déontologie et par respect de la nature, on évite de les déranger. L’espèce a particulièrement besoin de calme !

Avec un peu de temps et de la patience, on peut arriver à faire de belles observations : une paire de jumelles ou une longue-vue sont des instruments indispensables !

Outardes barbues femelle.

Un mâle faisant la cour; la femelle est indifférente. Sur ce cliché, on peut apprécier la différence de gabarit.

La femelle est brun roussâtre sur le dessus du corps, blanche dessous, avec le cou gris. Son plumage est plus terne que celui du mâle. Les juvéniles ressemblent à la femelle. Les femelles sont moins nombreuses que les mâles. Plus petites, elles passent facilement inaperçues au milieu du couvert et j’en ai peu photographiées.

Le mâle porte en plus une bande pectorale rousse et en plumage nuptial, de larges moustaches blanches. Ce sont de longues plumes qui partent de chaque côté de la base du bec et retombent le long du cou. Elles peuvent atteindre la longueur de 12 à 15cm. Ces moustaches apparaissent vers l’âge de 3 ans et poussent régulièrement jusqu’à 6 ans.

Le mâle adulte en âge de procréer (à partir de 5-6 ans) change de plumage vers le mois de janvier. Il le changera à nouveau d’août à septembre. Il a les parties supérieures barrées noir et roux. Les ailes présentent une large tache blanche quand elles sont fermées. La queue est comme le dos, avec une large bande terminale noire et l’extrémité blanche. Les parties inférieures sont blanches. La tête et le devant du cou sont bleu-gris pâle, pour devenir blanc et ensuite châtain vif sur le bas du cou et la poitrine. Les yeux sont brun foncé. Les longues pattes robustes et les doigts forts sont gris.

Le mâle non-nicheur n’a pas les longues moustaches ; le cou et la poitrine sont gris clair au lieu de châtain.

A l’envol, le décollage est long avec de grands battements d’ailes dévoilant la belle envergure de cet oiseau. Il vole à faible hauteur ; ses ailes sont en partie blanches avec l’extrémité noire.

Habitat

L’Outarde barbue vit dans les paysages ouverts tels que les zones cultivées avec quelques arbres isolés et les steppes. Elle peut ainsi voir le danger venir de loin. On la trouve en Espagne dans les grandes mosaïques de jachère céréalière et de pâturages.

Comme pour bien d’autres espèces, malheureusement, son déclin est induit par la mécanisation et l’intensification de l’agriculture, par l’utilisation des pesticides et herbicides, par l’urbanisation et la réduction de son habitat. Les collisions avec les lignes électriques est une cause importante de mortalité non naturelle. L’espèce a également été chassée dans le passé, comme j’ai pu le constater : on trouve dans certains lieux publics comme les bars et les restaurants, des photos anciennes de trophées de chasse de mâles. Sa chasse a été interdite en Espagne en 1980.

Reproduction

Le mâle peut se reproduire à l’âge de 5-6 ans et la femelle vers 2-3 ans. Les mâles et les femelles vivent en groupes séparés, excepté pendant la parade nuptiale qui dure une quinzaine de jours environ. Elle a lieu à partir de mars et varie suivant la région et les conditions climatiques. Les mâles se rassemblent alors dans des endroits traditionnels appelés « Leks » ou « arènes », où ils attirent les femelles et paradent devant elles. Ils rivalisent d’apparence pour attirer l’attention des dulcinées. Je n’ai pas assisté à des intimidations ou disputes entre mâles à ce moment-là ; j’ai lu dans la littérature que des combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

La parade nuptiale est spectaculaire. Pour impressionner, le mâle renvoie sa tête en arrière, redresse sa queue et gonfle d’air une poche située sur le devant du cou. Il dresse ses longues moustaches et se contorsionne. Il arrive à faire pivoter ses ailes pour exposer l’envers de son plumage. Méconnaissable, il ressemble alors à une grosse boule de plumes d’un blanc immaculé. Le spectacle est simplement magnifique. Pendant quelques minutes, il pivote sur place face aux femelles ou se déplace lentement dans leur direction; son blanc éclatant sur fond de verdure le rend visible à une distance considérable. Une fois exposé, il maintient la posture pendant quelques minutes et en secouant ses plumes pour accentuer son apparence. Les femelles restent indifférentes et ce sont elles qui feront leur choix pour s’accoupler au moment voulu, après quelques jours de parade des mâles.

Le nid caché dans les herbes hautes, rudimentaire, consiste en une petite dépression creusée ou non dans le sol, parfois tapissé des quelques herbes écrasées. L’incubation et le nourrissage sont assurés par la femelle.

Les mâles, pendant ce temps, se rassemblent en petites bandes et errent dans les champs, indifférents. Les jeunes sont capables de voler à cinq semaines et restent avec leur mère jusqu’à un an environ.

Alimentation

L’outarde barbue est omnivore et son régime alimentaire varie suivant les saisons. Elle se nourrit surtout de végétaux en particulier de luzerne, également d’insectes, vers, lézards, amphibiens, petits rongeurs …

Population de l’Outarde barbue

L’espèce a disparu de France à la fin du 19è siècle. Près de chez nous, on la trouve essentiellement en Espagne (environ 60 % de la population mondiale) et un peu au Portugal (Castro Verde, dans le district de Beja, …).

Les chiffres différent selon les sources consultées. Je n’ai pas trouvé de statistiques récentes. Pour donner un ordre d’idée, il y en avait entre 29 400 et 34 300 en 2010 et 2 668 oiseaux ont été recensés en mars 2005 à Villafáfila.

L’espèce vit en général une dizaine d’années mais elle peut vivre plus longtemps, 15 ans et plus. La mortalité chez les mâles est plus élevée ; pendant les deux premières années de leur maturité, de violents combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

L’outarde barbue n’est pas vraiment migratrice. Elle peut se déplacer en petits groupes en fonction des conditions climatiques et de la ressource alimentaire vers un site plus favorable. Ces migrations partielles sont différentes selon le sexe : mâles et femelles migrent séparément dans des proportions variables en fonction de leurs particularités sexuelles liées à leur aptitude à procréer. On peut dire que l’espèce est sédentaire.

Les immatures peuvent faire des déplacements importants et un peu erratiques: de juin à août 2009, la présence de deux outardes barbues immatures a été validée à plusieurs reprises dans les Pyrénées-Atlantiques (région de Nabas). Le 5 août, elles seront revues par des ornithologues comptabilisant les oiseaux migrateurs, en train de remontant le vallon de Larrau vers l’Espagne. Toujours en 2009 et au mois d’août, un jeune mâle est vu à plusieurs reprises dans le Gers (région de Faget-Abbatial). En novembre 2013, une jeune outarde barbue s’est égarée aux Sables d’Olonne, épuisée. Baguée outre-Manche, elle a été ramenée au pays par des soigneurs anglais. L’Angleterre mène depuis 2004 un programme de réintroduction de l’espèce à partir d’individus nés en Russie.

Où observer facilement l’Outarde barbue

Le meilleur endroit pour l’observer à une distance encore raisonnable est, à ma connaissance, en l’Espagne dans la réserve naturelle de Villafáfila d’une superficie totale de 32.541 hectares et à une altitude de 700m. Une partie de la réserve est strictement interdite pour la protection de l’espèce. Il existe aussi des restrictions de circulation sur certaines routes et chemins agricoles. Respectez les différents panneaux de signalisation, autant pour la protection des espèces que pour la tranquillité des autochtones vivant et travaillant sur la réserve.

Je conseille d’aller se renseigner à la « Casa de la Reserva » (à 1,5km avant d’arriver à Villafáfila depuis Tapioles sur la ZA-715). Vérifier auparavant les jours et les heures d’ouverture. Le Centre peut vous fournir un dépliant et des conseils utiles.

L’espèce est classée « Vulnérable ».

Quelques oiseaux observés à Villafáfila à la même période

Un effort important est mené pour la nidification des petits rapaces et autres dans les steppes de Villafáfila

avec l’installation de nichoirs sur des poteaux (lutte écologique contre les campagnols des moissons).

Pour information, de nombreuses espèces d’oiseaux peuvent être observées et photographiées dans la région de Villafáfila, dont les lagunes est une halte migratoire de l’automne au printemps. C’est aussi un site intéressant pour l’observation de petites rapaces.

Le Hibou des marais (Asio flammeus) présent en 2017, absent en 2018.

Turbulences atmosphériques à midi.

Le Busard Saint Martin.

Cigognes dans la verdure.

Vanneau au bord d’une petite lagune.

Villafáfila, la terre nourricière.

Ouvrages utilisés pour mes séjours ornithologiques en Espagne :
« Where to watch birds in Southern and Western Spain », 3è édition.
« Where to watch birds in Northern and Eastern Spain », 3è édition (Steppes et lagunes de Villafáfila, p163 à 166).

On peut y retrouver les autres sites d’observation de l’Outarde barbue en Espagne, et ceux de bien d’autres espèces d’oiseaux!

Article rédigé le 22 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://es.wikipedia.org/wiki/Otis_tarda

http://www.oiseaux.net/oiseaux/outarde.barbue.html

http://oiseaux-birds.com/fiche-outarde-barbue.html

L’un des nombreux pigeonniers historiques et typiques, éparpillés au hasard dans les grandes plaines de Villafáfila.

Certains servent d’abri et de nichoirs à des colonies de faucons crécerellette (Falco naumanni) et autres espèces.