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L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

Dans le Béarn – Un brocard (chevreuil mâle) « orné »  d’une ficelle en polypropylène.

L’usage de la ficelle agricole

dans nos campagnes

Ficelle naturelle en sisal et ficelle en polypropylène.

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La ficelle naturelle en sisal

La ficelle naturelle en sisal a été la seule utilisée jusque dans les années 1970 par nos agriculteurs pour lier leurs bottes de foin.

La fibre de sisal est la plus longue et la plus résistante des fibres végétales. Elle est extraite des feuilles de l’Agave sisalana (appelée communément sisal), une plante originaire de l’est du Mexique. Elle est issue d’un savoir-faire ancestral. Très résistante, cette fibre a servi et sert encore à la fabrication de cordages, sacs, toiles, chapeaux …, de tissus grossiers et de tapis. Sa production est en régression sensible du fait de la concurrence des fibres synthétiques.

La ficelle sisal agricole est encore utilisée, entre autres, pour les botteleuses basse et moyenne densité. Il existe plusieurs modèles de ficelles avec des diamètres/charges de rupture adaptés à l’utilisation prévue.

Issue d’une matière 100% naturelle, elle est écologique et totalement biodégradable à l’état naturel. Non traitée, elle est utilisée en agriculture biologique.

Elle reste sensible à l’humidité et à la moisissure. Certains modèles sont traités avec une huile spéciale contre les rongeurs et l’humidité, non dangereuse, mais qui ne sont dans ce cas-là pas autorisés en agriculture biologique.

La ficelle en polypropylène

Depuis la mise en service dans les années 70 des presses à bottes haute densité dans nos campagnes, une nouvelle matière est utilisée pour la ficelle agricole, le polypropylène (sigle PP).

Ces nouveaux types de presse ont nécessité l’utilisation d’une ficelle plus résistante que le sisal avec plus de sécurité au nouage, ainsi qu’un diamètre et structure constants. La ficelle agricole en polypropylène a répondu à cette demande.

Le polypropylène est une matière hydrophobe et très légère (il surnage toujours à la surface de l’eau), peu onéreuse. Il souffre par contre d’une faible résistance aux UV et les ficelles reçoivent un traitement de protection. Il n’est pas biodégradable mais il est 100% recyclable. On peut le recycler plusieurs fois avant d’atteindre sa fin de vie où il sera incinéré sans émettre, en principe, de substances toxiques (cela dépend des additifs rajoutés pour des besoins spécifiques).

La ficelle se décline en plusieurs couleurs, noire, blanche, ou bleue bien souvent. Certains colorants sont organiques de grade alimentaire. Il en existe différents modèles adaptés au matériel utilisé : presse moyenne densité, à haute densité et presse à balle ronde (pour les balles rondes, le liage filet en polyéthylène haute densité prend le dessus).

Elle est aussi régulièrement utilisée, en couleur bleue, comme clôture provisoire pour délimiter un couloir de déplacement de bovins ou pour fermer un champ. Les vaches l’évitent. Les études sont contradictoires concernant la vision des couleurs des bovins. Certaines affirment qu’ils voient essentiellement les ondes bleu-vert.

Elle est vendue en gros pour les agriculteurs, par paquets de deux bobines ou plus de 5 kg minimum et même par palettes. Pour avoir une idée de ce que cela représente, une ficelle standard de diamètre 3.5mm a une longueur de 336m/kg, 1 800 mètres pour une seule bobine.

Pourquoi cet article

Les avancées technologiques ont permis de remplacer l’usage en grande quantité de la ficelle naturelle en sisal par celle en polypropylène non biodégradable. J’en trouve de plus en plus, oubliée dans des haies ou sur les chemins partout où je passe pour faire de la photo animalière. Mais, également, sur des « endroits » qui m’interpellent, comme sur les photos suivantes :

La ficelle en polypropylène a une résistance à la rupture qui dépend de son diamètre. On la décrit régulièrement en indiquant le nombre de mètres par kilo de ficelle. La ficelle de 3.5mm (336 m/kg) qui semble être celle de mes photos (blanche ou bleue), a une résistance à la rupture de 135-140kg. En se débattant, l’animal peut s’emprisonner dans une pelote de plusieurs brins. Les nœuds sont heureusement moins résistants.

Sur les clichés ci-dessus, l’animal a réussi à la rompre à deux endroits.

Dans le piémont pyrénéen, pendant le brame (début octobre 2019). « La corde au cou »!

Plus sérieusement, ce cerf, même s’il s’est libéré et que ses bois tomberont bientôt, aurait pu se mutiler!

Le risque classique pour cette ficelle qui serait abandonnée dans la Nature, bien qu’elle soit inerte, est le même que celui engendré par tous les plastiques, c’est l’accumulation exponentielle de déchets sur notre planète; rien de bien nouveau! Si elle a tendance à se dégrader sous l’action des rayons U.V, elle ne disparaît pas pour autant. Elle a juste des possibilités accrues d’être un jour ingérée par un animal quelconque, sur terre, dans une étable ou dans l’eau.

Quelques exemples de situations que l’on trouve en bien des endroits où la ficelle en polypropylène peut présenter un risque pour la faune quand elle est oubliée.

Mais il y a aussi des situations où un animal peut être piégé, rester longtemps à l’agonie et mourir sur place ou ailleurs s’il n’arrive pas à se libérer ou à se nourrir. Il faut en avoir conscience.

Que faire pour rester positif ? C’est une bonne question. On ne va pas quand même demander de tout interdire! Personnellement, si je vois de la ficelle oubliée par terre, je la ramasse. Si elle ne m’est pas utile, je la mets au recyclage.

La surprise, quand on la ramasse, c’est la longueur finale! 

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

27 juillet 2019 – Combat sur la pelouse pendant le rut. Attention au bois dépourvu d’andouiller, c’est une arme « fatale » qui favorise la suprématie de son propriétaire! 

Que se passe-t’il en été chez les chevreuils

30 juillet 2019 – La première apparition des jumeaux!

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le chevreuil. Il est l’un de mes animaux préférés pour sa finesse et son élégance. J’ai l’opportunité de côtoyer régulièrement toute une famille, grâce à la présence d’une pelouse que je laisse en friche. Les bêtes l’ont adoptée et viennent la visiter pour brouter de jeunes pousses d’acacias et autres, pour y faire la sieste et même parfois s’y réfugier. Elles s’occupent aussi activement des fruits du verger. L’article de ce jour leur est destiné.

Contrairement à ce que je prévoyais dans mon dernier article du mois de mai à leur propos, le maître des lieux de l’an dernier n’est pas resté. Un brocard au trophée atypique a fait son apparition à la mi-mars sur la friche; il ne s’est pas imposé de suite. Après deux mois de coexistence apparemment pacifique avec son prédécesseur, il règne maintenant en maître absolu et chasse tous les prétendants, du moins jusqu’à la fin du rut, courant août. Le précédent occupant des lieux était pourtant une bête massive et robuste et je suis étonné qu’il ait laissé sa place. Je ne l’ai plus revu depuis fin mai.

La chevrette amène sa nouvelle progéniture chez nous pour la troisième année consécutive. Elle avait momentanément disparu début mai pour mettre bas après avoir délaissé sa dernière fille, née en mai ou juin 2018 et devenue depuis une jolie chevrette.

Cette jeune et jolie chevrette, après avoir quitté sa mère début mai, est restée encore quelques jours chez nous avant de disparaître fin mai, en même temps que l’ancien maître des lieux avec qui je l’avais observé à plusieurs reprises. Ils ont migré (ensemble?) vers un autre territoire. Ainsi va la vie des chevreuils.

Cette année, la chevrette a deux petits. Ce nombre dépend du poids de la mère comme je l’ai fait remarquer dans un article précédent. Un poids minimum de 20 kg est nécessaire pour porter un futur faon: 20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons. Il arrive qu’une chevrette ait 3 faons dans un milieu particulièrement favorable. Cette année tout comme l’an dernier, je ne sais pas à quel moment la chevrette a mis bas. Elle disparaît pendant plusieurs semaines et réapparaît enfin chez nous avec sa progéniture déjà grande, capable de se nourrir seule. Les deux petits nouveaux resteront avec leur mère jusqu’au mois de mai prochain: devenus adultes, ils quitteront aussi leur mère qui s’isolera à nouveau pour mettre bas.

Pour rappel, le jeune chevreuil s’appelle un faon jusqu’à 6 mois (novembre), puis un chevrillard (mâle et femelle) jusqu’à 12 mois (mai suivant). Au-delà, on l’appelle Brocard (mâle) ou Chevrette (femelle).

Quelques moments immortalisés :

9 juin 2019 – Le maître des lieux de l’an dernier a quitté son territoire. Le nouveau « locataire » marque les arbres en frottant ses bois (on appelle cela un « frottis »), puis il dépose une sécrétion forte qui provient de glandes situées à la base des bois, pour signaler sa présence à ses rivaux.

Parfois, de l’herbe reste accrochée à ses bois. Ses oreilles retroussées trahissent son excitation, il ne faut pas venir le déranger.

10 juin 2019 – Le brocard a toutes ses chances devant un adversaire : un bois sans andouiller et l’autre avec deux andouillers partant de la base.

10 juin 2019 – Le brocard au verger. Les prunes sont encore vertes, mais qu’importe! Il les adore! Il a son beau poil roux d’été. Les pommiers et les pruniers croulent sous le poids des fruits! Pendant tout le mois de juin et une bonne partie de juillet, il sera seul à fréquenter le verger.

24 juillet 2019 – Première apparition d’un faon, seul, à la nuit tombée! Il ne restera qu’un instant!

27 juillet 2019 – Le rut a déjà commencé; çà chauffe aux quatre coins de la pelouse! Le chevreuil de gauche, au trophée modeste, m’est familier. Il avait fait quelques apparitions courant mai, mais il n’était pas resté. Notre brocard s’est déjà battu à plusieurs reprises; son pelage est marqué par des « estafilades » mais il tient bon!

27 juillet 2019 – « Aïe, ma tête ». Le jeune brocard n’a aucune chance devant la force et le trophée du maître des lieux. Poursuivi inlassablement dans les champs voisins et après quelques rebiffades inutiles, il abandonnera les lieux (après avoir insisté quand même pendant deux jours).

27 juillet 2019 – Un faisan Obscur! Les graminées et les cachettes dans les hautes herbes attirent du monde!

28 juillet 2019 – Tour de garde sous la pluie. Quelques estafilades apparaissent sur le dos. Une petite plaie sur la partie droite de son poitrail, invisible sur ce cliché, va rapidement guérir.  

29 juillet 2019 – Quelques clichés du brocard que j’aime bien, pris sous une belle lumière tardive et au travers de la végétation. On y voit bien la particularité de ses deux bois.

30 juillet 2019 – Coucou!

30 juillet 2019 – La chevrette réapparaît pour la première fois depuis début mai, accompagnée par ses deux faons et intéressée par les prunes! La végétation puis la distance entre eux m’empêchera de les avoir tous les trois sur un cliché.

Le faon à l’arrière-plan est manifestement un peu plus grand.

30 juillet 2019 – Pommes, prunes, feuilles, tout intéresse le plus petit des faons.

31 juillet 2019 – La chevrette vient faire un tour aux pommes et aux prunes avec le plus petit de ses deux faons.

07 août 2019 – La chevrette fait une apparition tardive avec ses deux faons. Le plus grand est toujours en retrait, à l’orée du bois.

11 août 2019, sous la pluie. Le rut tire à sa fin! L’excitation retombe chez notre brocard et la pelouse retrouve sa quiétude. Il va bientôt abandonner son comportement territorial. Quelques instants après ce cliché, il frotte les glandes de son front au feuillage d’un chêne des marais (ce que l’on appelle un «  »frottis« ) puis effectue ce que l’on appelle un « grattis« , c’est-à-dire qu’il va encore marquer son territoire en grattant le sol qu’il imprègne de l’odeur de ses glandes pédieuses (glandes des pieds). Le tout est appelé un « régalis« . Il va ensuite se coucher tranquillement dans l’herbe pour se reposer sur sa « couchette » pendant plus d’une heure, les sens toujours aux aguets. « Le repos du guerrier », que l’on peut visionner Ici.

11 août 219, dans la soirée. La chevrette vient se restaurer, seule.

La chevrette a réinvesti les lieux après les avoir délaissés pendant près de trois mois pour mettre bas et allaiter ses faons à l’abri du danger. Elle a aussi sans doute été « couverte » par le brocard « au trophée atypique » : c’est un moment particulier où les faons sont laissés seuls, comme j’ai pu le constater à la fréquentation du verger. Maintenant, les deux jumeaux vont retrouver leur mère à plein temps jusqu’au printemps suivant, en principe; ils ne sont pas tirés d’affaire et ne le seront en fait jamais. Tout ce petit monde va passer quelques jours sereins, jusqu’à l’Ouverture de la chasse, une période perturbatrice (pour ne pas dire plus).

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

J’ai la chance d’habiter sur le territoire d’une chevrette qui a donné naissance à un faon, l’été dernier. J’ai été le témoin de beaucoup d’instants de vie, pendant un an.

Les naissances de faons ont lieu pour la plupart entre la mi-mai et la mi-juin. C’est alors que va naître une relation fusionnelle entre la mère et son (ses) petit(s). Dans les premiers jours et en cas de danger, la mère frappe le sol avec son sabot qui déclenche chez le faon le réflexe de se tapir sans bouger. Elle s’éloigne du nouveau-né afin de ne pas attirer l’attention sur lui. Le faon a la faculté de retenir également son odeur pour échapper au prédateur. Il va par la suite suivre sa mère en permanence pour l’apprentissage de la Vie, en copiant ses moindres mouvements.

13 Juin 2018 – La naissance approche

La chevrette partage le territoire avec deux beaux brocards, un « quatre cors » et un « six cors ». Ils s’intéressent tous les trois aux pommes de la St-Jean du verger ainsi qu’aux graminées de la pelouse, en friche depuis plusieurs années. Une jeune chevrette de l’année précédente fait parfois elle aussi une incursion sous les pommiers.

13 juin 2018 – Ma dernière observation de la chevrette, avant qu’elle mette bas.

18 juin 2018 – Le maître des lieux, le quatre cors

Les pommes sont un mets de choix pour les chevreuils.

Sur la « pelouse »,  sous une pluie fine. Les chevreuils sont très sélectifs dans leur recherche de nourriture, ici des feuilles de pissenlit.

« Je me soulage ».

3 juillet 2018 – Le rut approche

Au moment du rut, le brocard défend farouchement son territoire contre tout intrus. Il frotte ses bois sur les arbres pour évacuer la tension nerveuse mais aussi pour marquer son domaine, déchirant l’écorce et laissant son odeur. Souvent, il gratte le sol en même temps, laissant aussi son odeur sur le sol. S’il croise un autre mâle sur son territoire, il le charge et, si l’autre mâle fait front, ils se battent, bois contre bois. Le perdant s’enfuit et le gagnant le poursuit avant de revenir sur son territoire.

Le 3 juillet, alors que le brocard  » six cors » a laissé des traces la nuit précédente sur les troncs d’arbre et les arbustes, une séquence vidéo le montre en train d’être chassé par le maître des lieux, le « quatre cors ». Lien de ma vidéo : https://vimeo.com/339319031

Que devient la chevrette?

Le « bambi » galope après sa mère, en bordure d’une culture.

Sur mon piège photo, la chevrette a « perdu du tour de taille » entre le 18 et le 22 juin.

Le 4 juillet, deux semaines plus tard, son faon apparaît enfin sur une séquence vidéo, en train de courir après sa mère. A ce moment-là, il peut encore être victime d’un accident agricole avec les fenaisons et les récoltes.

 24 Juillet 2018 – Le « quatre cors », toujours fidèle aux pommes

Le brocard « quatre cors » sous un pommier. Son concurrent a disparu de la pelouse. 

1 Septembre 2018 – Premier témoignage photo Mère et fille

Les pommes au verger sont une valeur sûre pour les chevreuils. Il y en a tellement que l’on peut bien partager! Et voilà enfin la présentation du petit animal à la maison.

Le faon apparaît enfin un soir, à la limite du sous-bois. Sa robe n’est pratiquement plus tachetée. Les tâches commencent à s’estomper à partir de 6 semaines.

Mère et fille (mais çà, je ne le savais pas encore).

7 septembre 2018 – Apparition dans un champ de luzerne

Et le 7 septembre, je peux m’en approcher dans un champ de luzerne, proche de la maison, où ils sont très occupés. A partir de maintenant, je les verrai régulièrement, jusqu’à la séparation en mai prochain.

7 septembre 2018, sous une belle lumière du soir – J’ai raté l’épisode des premiers jours du faon. Il est bien reconnaissable à ses oreilles d’une longueur disproportionnée par rapport à sa tête.

7 septembre 2018 – Portrait de face à quelques mètres : si je me relève, il file immédiatement dans le sous-bois!

7 septembre 2018 – La Mère, à proximité de son faon! 

11 Septembre 2018 – On joue sur la « pelouse »

Le chevreuil change de pelage deux fois dans l’année, en avril-mai et en septembre-octobre. Les jeunes muent en premier. Celle du faon a commencé au niveau du poitrail. Cette dernière mue est bien plus discrète dans toutes les catégories d’âge.

L’herbe de la pelouse en friche a pris une triste allure mais les chevreuils l’affectionnent. Les jeunes pousses d’acacias protégées de la tonte est un mets de choix pour eux.

« Je gambade dans une allée tondue, au milieu des premières feuilles mortes d’érables ». L’automne approche.

L’herbe est en train de faner et de s’aplatir.

Le brocard « quatre cors » a donné de sa personne pendant le rut : un bois est cassé. 

La tâche blanche, une fleur mal placée!

Les deux clichés ci-dessus sont trompeurs. Tout ce petit monde joue ensemble. Il y aura même un moment où le faon part à la poursuite du brocard!

Le sevrage du faon a lieu en octobre/novembre. Il devient un chevrillard jusqu’à un an. Pendant tout cet automne et cet hiver, la chevrette et son petit restent ensemble, avec parfois un brocard. En effet, à cette période-là, les mâles abandonnent leur comportement solitaire et territorial et rejoignent les femelles et leurs petits. Il y a eu des mauvais moments à passer. J’ai vu à plusieurs reprises un mâle débarquer de nulle part et se lancer dans une poursuite effrénée après le chevrillard. Ce n’était plus un jeu! Pour information, le rut principal a eu lieu en juillet-août mais il peut y avoir un rut secondaire en octobre-décembre.

Dès le début de la saison de la chasse, toute cette famille va être très discrète dans la journée. Dans les environs, il y aura des battues ; je vais me demander à chaque fois s’ils vont se sauver. Pendant les 6 mois suivants, j’aurai quand même l’occasion de les voir parfois le matin et/ou le soir, à des moments où la lumière est réduite et je n’ai aucun cliché montrable.

14 mars 2019 – Observation d’un mâle avec le tandem Mère-Fille

Le printemps est là et l’herbe repousse. La campagne commence à verdir et les journées rallongent. L’herbe de la pelouse a fané et s’est aplatie pendant l’hiver, puis elle repousse à nouveau. Les chevreuils sortent du sous-bois bien plus souvent. Les brocards vont quitter les structures familiales dans lesquelles ils se sont intégré à l’automne, pour reprendre une vie de solitaire consacrée en particulier à la défense de leur territoire. Les plus vieux sont les premiers à avoir leurs bois neufs, afin de défendre ce territoire face aux prétendants plus jeunes.

Le chevrillard est devenue une chevrette, un peu plus petite que sa mère pour le moment. Un brocard d’âge mûr est encore avec la famille, différent des deux quatre cors et six cors de l’an passé. Son trophée est atypique. Il frotte encore ses bois sur l’arbuste en arrière-plan et sur les troncs d’arbre pour se débarrasser des reliquats de velours; mais aussi, pour signaler sa présence aux autres mâles. Il s’attaque aux plantations mais il faut savoir payer un certain prix pour avoir le plaisir de l’observation. Je protège les jeunes plantations auxquelles je tiens par du grillage pendant quelque temps. Tout le monde a commencé à muer, « la Jeune » étant la plus précoce.

14 mars 2019 – Le brocard d’âge mûr, « La Jeune » (au centre) et la chevrette (toute à droite). Avec le temps, on s’habitue à ces petites bêtes, on parle d’elles avec empathie et on s’ « inquiète » quand on ne les voie pas de quelques jours! 

Une vue rapprochée du brocard ci-dessus. Ses bois atypiques ont encore quelques reliquats de velours. On le reverra quelques semaines plus tard sur la pelouse.

6 Avril 2019 – … sur le gazon

Les chevreuils ne boivent pas, ils se désaltèrent avec la rosée ainsi qu’avec la partie liquide de leur alimentation. Et il faut bien qu’ils urinent. La partie en friche de la pelouse est « arrosée », comme vous pouvez le voir!

C’est le printemps et l’herbe repousse. La chevrette, en pleine mue, n’est vraiment pas à son avantage. 

« La Jeune » – Le poil a quasiment disparu de son cou. Elle est « folasse » et se lance parfois dans des galops désordonnés autour de sa mère.

« La Jeune » aussi, … comme sa mère! Le pelage d’été commence à apparaître autour de ses oreilles.

A nouveau la mère, avec un début de pelage d’été sur le front. Sa mue est en retard par rapport à celle de sa fille. Elle a un petit ventre rond, c’est bon signe!

1 mai 2019 – Les derniers moments du couple fusionnel

Trois semaines ont passé. La Mère et la fille sont encore ensemble mais plus pour longtemps. Les clichés suivants sont les derniers où je pourrai observer ce duo fusionnel depuis juin dernier. La mère va bientôt mettre bas, d’ici 2 ou 3 semaines!

La mère, à l’arrière-plan, a le ventre qui s’est encore arrondi! La Jeune est toute « fine »!

La mue de « la Jeune » a bien avancé.

Un cliché qui j’aime beaucoup, au milieu des fleurs. La mue chez la mère est toujours en cours alors qu’elle est pratiquement terminée chez sa fille. 

4 mai 2019 – Seule!

4 mai 2019 – La petite chevrette a été chassée, d’abord par sa mère; mais aussi, peu après ce cliché, par un brocard surgi du champ en culture à l’arrière-plan. C’est sa destinée. Elle doit maintenant apprendre à faire face seule.

4 mai 2019 – Chassée par ce brocard qui, lui aussi, est en train de muer.

Et depuis? Mes dernières observations de mai sur la pelouse!

Les visites de brocards se succèdent sur la pelouse. C’est la loi du plus fort. Les nouveaux cherchent un territoire et les anciens le défendent. Il y en a principalement deux qui sont là régulièrement : le « quatre cors de la saison précédente », mâle dominant avec deux corps supplémentaires très discrets et un deuxième mâle, celui au trophée atypique (constitué de trois cors).

Le mâle dominant :

5 Mai 2019 – Le « quatre cors de l’an dernier »  frottera ses bois sur tous les arbustes pour se signaler aux prétendants potentiels. 

Quel mâle!

25 mai 2019 – Toujours le « quatre cors » avec ses deux cors supplémentaires très discrets! Avec un fait nouveau, … 

La jeune chevrette :

25 mai 2019 – … il accompagne la petite chevrette qui a terminé sa mue. Elle est maintenant une adulte et elle sera en âge de procréer à la prochaine période de rut, si elle a atteint un poids autour de vingt kilos minimum.

Et le deuxième brocard des lieux, très facilement reconnaissable : un bois unique à gauche et un bois avec deux cors partant de la base à droite :

L’herbe est à point pour y faire de bonnes siestes ou, tout simplement, s’y réfugier. C’est un havre de paix!

La jeune chevrette est donc, pour l’instant, restée sur le territoire où elle est née. Je n’ai pas revu sa mère depuis un mois, c’est-à-dire depuis le 1er mai. A-t’elle mis bas? L’an dernier, la mère avait été visible jusqu’au 13 juin pour donner naissance juste après et ne revenir sur la pelouse avec son faon que le 1 septembre! Il me tarde de voir son petit et pour cela, l’utilisation d’un piège photographique est très utile. Je verrai bien!

« Le » message

On n’est pas obligés de tondre toute sa pelouse! Laissons-en en friche et on sera surpris de voir la faune accaparer les lieux, d’observer une grande variété de fleurs sauvages et de constater le retour de bien d’insectes dont certains nous sont inconnus. Les pommiers attirent les chevreuils, qui ne dédaignent pas non plus les cerises tombées à terre. Quelques arbustes à baies sauvages comme haies et la Nature s’installe devant sa porte!

29 mai 2019 – Une visite nocturne des grosses bêtes.

Tout cela n’est pas idyllique et il faut accepter des compromis quand on habite « à la campagne » comme … avoir la pelouse régénérée de temps en temps par les grosses bêtes!

« Confidences au pied de l’arbre ».

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Mars, le pelage mue

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Mars, le pelage mue

De fin février au mois d’avril, les chevreuils perdent leurs poils d’hiver. D’abord les plus jeunes, suivis par leurs aînés. Ils tombent par touffes en commençant par la tête et le cou, puis les membres pour terminer par le tronc. Le pelage passe du gris foncé / brun, épais, au roux parfois vif, assez ras. Le changement d’épaisseur du pelage dans ce sens-là rend la mue de printemps très spectaculaire. Ces bêtes si sympathiques prennent alors une drôle d’allure. Habituellement photogéniques, elles ne sont plus à leur avantage pendant quelques jours.

Parti de bon matin photographier en billebaude, alors que je suivais un chemin entre un champ de luzerne et une terre fraîchement labourée, une chevrette immobile dans l’herbe a attirée mon regard. La présence d’un talus et un vent favorable m’ont permis de l’approcher, sans l’inquiéter. La suite en images (clichés pris le 16 mars 2019) :

Cette chevrette, immobile dans ce champ de luzerne, est captivée par quelque chose. Je suis son regard!

Un couple de chevreuils est tranquillement en train de se chauffer au soleil matinal, en boule dans une petite cuvette appelée « couchette ».

Au bout de quelques minutes, la chevrette vient rejoindre le couple.

Il est 9h00 et il fait très bon au soleil! Les animaux ne sont assoupis qu’en apparence, les oreilles restent à l’écoute!

Je continue à m’approcher, en contrebas du talus. La chevrette isolée reste sur le qui-vive!

Le couple! Le brocard a déjà un certain âge : on le devine à l’allure de ses bois qui commencent à dégénérer. Aussi, ses bois a lui ont fini de pousser alors que les jeunes sujets ont toujours leurs velours.

La chevrette isolée se relève, après 32 mn de repos. 

Un peu de toilette? Pendant la mue, il arrive que le chevreuil mange ses poils.

Elle se dirige vers le bord du champ.

Au bord du talus, elle hésite pour le descendre.

Le pelage démange. On aperçoit çà et là l’emplacement de touffes de poils arrachés par grattage ou avec les dents.

Elle se décide finalement à descendre tranquillement le talus qui m’a permis de l’approcher.

Plaqué contre le talus, j’ai du mal à la voir; elle aussi, elle hésite, 

Mon camouflage est efficace, elle ne réagit pas.

« Je te souris ».

Elle traverse tranquillement le sentier vers le labour. 

Le brocard s’est relevé.

Il attaque sa toilette. La chute des poils est, chez lui, plus avancée.

… et il attaque aussi la luzerne. Quelle allure!

Pendant ce temps, la première chevrette a traversé le chemin et traverse maintenant le labour, avant de regagner le bois.

Le brocard et la deuxième chevrette descendent à leur tour le talus.

La traversée du chemin.

Traverser un labour, c’est « pénible ».

Petit regard vers moi, avant de rentrer dans le bois pour se reposer jusqu’au soir. Entre le premier et le dernier cliché, 62 minutes se sont écoulées.

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Un Brocard en velours (23 février 2019)

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Un Brocard en velours (23 février 2019)

Il y a des soirées où la lumière est belle et où la chance vous sourit. Parti observer les signes d’activité de blaireaux autour de leurs terriers, je suis tombé sur ce brocard en train de brouter l’herbe dans une prairie et je l’ai vu avant qu’il ne me voit. Les conditions étaient bonnes pour qu’il m’approche par curiosité.

Le tête-à-tête initial.

Curieux, il approche prudemment.

Premier moment d’hésitation. Il va galoper quelques mètres sur la gauche en s’éloignant, avant de me faire face à nouveau.

On est quand même assez près, cela ne va pas durer. Il finit par comprendre !

Première fuite à la lisière du bois, où se trouve la chevrette. Il ne connaît toujours pas ce qui l’intrigue.

La fuite vers le haut de la prairie! La chevrette que je ne voyais pas n’était pas loin, en bas de la pente.

Le couple va s’arrêter pour observer, et la chevrette va finalement s’éloigner tranquillement dans les ronces du bois. Le brocard hésite encore, il n’a toujours pas « compris ».

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – La Chevrette de Janvier (30 janvier 2019)

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – La Chevrette de Janvier (30 janvier 2019)

Petit tour dans la soirée en bordure des champs de maïs ramassé, dans les environs de Gerderest (30 janvier 2019). Une chevrette curieuse fait le spectacle.

Le couple à la lisière du champ en hivernage; les brocards sont toujours les derniers à sortir.

La chevrette est curieuse, elle s’est s’avancée.

Le mâle enfin s’avance. Il restera toujours en retrait par rapport à la femelle.

La chevrette s’est approchée de moi. 

Elle hésite!

Elle balance la tête, renifle l’air!

Elle n’a pas compris qui est là mais elle préfère faire demi-tour! Elle ira rejoindre le brocard resté prudemment en arrière. Puis, finalement, ils vont disparaître tous les deux au travers des ronces qui envahissent la bordure du sous-bois.

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Février en velours

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh, Béarn – Février en velours

(Chevrette curieuse).

Le Chevreuil  dans le Vic-Bilh (Béarn)

Un mois de février en velours

(Les clichés d’illustration sont pris en majeure partie au mois de février).

(Sous le soleil matinal – Brocard au début de la repousse des bois).

(Brocard au gagnage dans une prairie).

Nous ne sommes que le 23 février, mais tout se passe comme si le printemps était déjà là. Les belles journées ensoleillées se succèdent depuis plusieurs jours. Les jonquilles, les primevères, les pervenches, les mimosas,  les pommiers du Japon … sont en fleurs. Les abeilles butinent les merisiers et les pruniers sauvages, les merles chantent au lever du jour et au coucher du soleil, accompagnés le soir par les grives. Les grues ont entamé leur migration retour.

Les chevreuils profitent de ce renouveau. On les voit plus souvent dans les prairies et dans les champs de maïs ramassé, où ils se repaissent d’herbe tendre. Aussi, la période de chasse qui les poussent à la méfiance arrive bientôt à sa fin, le 28 du mois; les palombes repartent et les sous-bois sont moins courus.

Le chevreuil (Capreolus capreolus) est un animal que j’aime pour sa finesse et son élégance et le Vic-Bilh est une région où il est bien représenté. Le biotope s’y prête, mélange de terres à polyculture, de prairies et de forêts de chênes, de châtaigniers et d’acacias. Il prospère tout en étant régulé comme partout ailleurs par des plans de chasse.

(Deux femelles sont hors champ. Ce groupe formé pour la mauvaise saison est sur le point de se séparer)

(Un brocard et 4 chevrettes dont 2 jeunes, sous la gelée matinale).

Il a passé l’hiver en petits groupes familiaux qui vont bientôt se défaire. Ici, l’habitat est dispersé au milieu d’exploitations agricoles constituées de parcelles morcelées ; humains et chevreuils vivent plutôt bien ensemble. Les meilleurs moments pour le rencontrer et le photographier sont le matin et surtout le soir.

Dans le Béarn et même plus loin, le chevreuil est souvent appelé, à tord bien sûr, biche. J’ai essayé de corriger cette erreur auprès de pas mal d’amis mais cela reste ancré dans les mœurs. On ne peut pourtant pas les confondre, cerfs et biches ne sont pas présents dans le Vic-Bilh et la morphologie est bien différente. Il arrive qu’un cerf élaphe soit de passage chez nous à la période du rut mais c’est tout. Les grands cervidés fréquentent le piémont pyrénéen et la forêt landaise.

Un peu de terminologie

A gauche, une jeune chevrette en train de muer

Au centre, un jeune brocard (avec toujours ses velours et en train de muer) et une femelle adulte

A droite, une femelle (présence de la brosse vulvaire) adulte (la mue  n’a pas commencée) en arrière-plan 

et un mâle plus âgé que celui du centre, en train de perdre ses velours 

L’appellation « chevreuil » s’applique indifféremment au mâle et à la femelle. La femelle du chevreuil est la « chevrette ». Le jeune s’appelle le « faon » jusqu’à l’âge de 6 mois puis « chevrillard » de 6 à 12 mois, et cela quel que soit le sexe. Vers le sixième mois, c’est-à-dire vers le mois de novembre, deux protubérances osseuses commencent à apparaître sur l’os frontal du jeune mâle, sous velours. Ce sont les futurs pivots. Les premiers bois ne se forment que plus tard, de mars à juin.

Le chevreuil du Vic-Bilh Barn brocard chevrette faon chevrillard daguet

(Au centre, chevrillard avec ses tout premiers bois, très petits).

A un an, le chevrillard mâle, devient un « brocard » pour le restant de sa vie; il porte deux petites dagues fourchues ou non, mais sans les meules qui n’apparaîtront qu’à la prochaine repousse. La meule est le renflement situé à la base des bois, en forme d’anneau et portant de nombreuses excroissances appelées pierrures. Elle fait le lien avec le pivot déjà cité.

Les tout premiers bois du brocard sont de petite taille, plus petits que les oreilles. Seul le mâle porte des bois, caducs, qui tomberont tous les ans à l’automne! La maturité sexuelle commence pour les deux sexes au début de la seconde année ; elle est également conditionnée par son poids pour la femelle.

Dès la deuxième année, chaque bois va s’orner à sa partie supérieure de pointes. La pointe peut s’appeler également « cor » ou « andouiller », indifféremment. La tige centrale entre la meule et la pointe est le merrain, qui a des perlures ressemblant à des gouttelettes; on dit que le bois est « perlé ».

Quelques informations utiles sur le chevreuil

(Beau brocard en pleine force de l’âge, à la nuit tombée).

Le chevreuil adulte pèse entre 15 et 30 kg en moyenne, selon les territoires et la densité de population  (à âge égal et dans de bonnes conditions de nourriture, la femelle est un peu plus petite et plus légère de 2 à 3 kg). En cas de surpopulation, la corpulence des animaux diminue, ainsi que la résistance aux maladies. Pour information, le cerf élaphe adulte pèse entre 160 et 250 kg et la biche, entre 90 et 150 kg : il est donc difficile de confondre un cerf avec un chevreuil, même de loin. Ce poids n’est qu’un ordre d’idée représentant des fourchettes mini/maxi et les chiffres dépendent des sources consultées. Pour le chevreuil et le cerf élaphe, la taille est fortement influencée par l’habitat. Elle augmente des Pyrénées vers l’est de la France et on trouve les plus grands spécimens en Lorraine, dans le Jura et dans les Ardennes.

(Deux photos de brocard. En haut, on voit les bois naissants, donc aucun problème d’identification. En bas, absence de la brosse vulvaire).

Après la chute des bois à l’automne, un moyen de différencier les mâles des femelles est la tâche claire et érectile située sur le fessier, que l’on appelle le miroir : en forme de haricot (partie convexe dirigée vers le haut) chez le brocard et de cœur inversé chez la chevrette. Cela ne me paraît pas d’ailleurs toujours évident de faire la différence. Ce miroir (appelé aussi roze) est blanc en hiver et jaunâtre en été. Il double de taille quand il est hérissé et avertit les congénères en cas de danger.

(Présence de la brosse vulvaire en partie basse du miroir chez la femelle, à gauche).

(Chez ce couple d’âge mûr, la femelle est un peu plus petite que le mâle et on voit bien la brosse vulvaire de profil).

La chevrette possède à la base du miroir une fausse queue constituée de long poils clairs, la brosse vulvaire, bien visible de profil (le chevreuil n’a pas de queue). Quant au brocard, on peut repérer de profil son pinceau pénien. L’aspect général de l’animal, vu de loin, est aussi une indication :  pour le brocard, la partie antérieure de son corps est plus large que la partie postérieure; chez la chevrette, au contraire, le centre de gravité est placé vers l’arrière-train.

« Triste mine »

Le chevreuil subit deux mues par an, à l’automne où son poil vire progressivement au gris-brun, bien épais, et au printemps : il devient alors d’une belle couleur roux vif et ras. La mue de printemps est brutale et la perte des poils lui donne vraiment une triste mine. Elle a déjà commencé et sera bien visible sur tous les sujets d’ici 3 à 4 semaines. La mue est plus précoce chez les jeunes. La chute des poils débute par la tête, le cou puis les membres et enfin le tronc.

Le chevreuil, contrairement au cerf, boit très rarement. Il se désaltère grâce à la rosée matinale .

Quelques informations sur les faons

Faon de biche, avec sa robe semée de taches disparates,

à ne pas confondre avec le faon de la chevrette, dont les taches sont alignées.

Les faons naissent entre la mi-mai et la mi-juin pour la plupart ; ils sont tachetés pendant les deux premiers mois de leur vie. Les taches sont alignées sur le dos et sur les flancs contrairement à celles du faon de cerf qui sont éparses. Les taches blanches s’estompent et disparaissent en octobre au plus tard. Lorsqu’ils naissent, les faons n’ont pas d’odeur corporelle dans les premières semaines de leur vie, particularité qui les protège de certains prédateurs comme les chiens errants et les renards. Une heure après la naissance, les jeunes se tiennent déjà debout sur leurs pattes, puis ils font leurs premiers pas.

Les portées sont de deux petits en moyenne (mâle et femelle), plus rarement trois. Le nombre est conditionné par le poids de la femelle; plus elle est lourde et plus elle a des chances de mettre bas un nombre conséquent de petits, mais un poids autour de 20 kg minimum est nécessaire. La taille de la portée est généralement de 2 faons (20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons) . Elle peut atteindre 3 jeunes dans les milieux particulièrement favorables.

(A droite, un chevrillard avec ses premiers bois recouverts de velours. Il vit encore avec sa mère et sera bientôt chassé).

Le sevrage est achevé en octobre-novembre mais les petits restent avec la mère jusqu’à l’approche de la mise-bas suivante, à la fin du printemps, et sont ensuite chassés. Ils partent alors à la recherche d’un territoire disponible.

La mortalité est importante chez les faons ; dans les cas de naissances multiples, je vois la plupart du temps l’un des deux petits disparaître assez vite : par prédation (chiens errants, renards, sangliers …), accidentellement (réseau routier, noyade …), ou tout autre raison. La période des foins et des moissons est dramatique pour eux : en effet, le réflexe nature du faon encore très jeune est de se tapir au lieu de s’enfuir à l’approche de la faucheuse ou de la moissonneuse qui ne peut le voir et l’accident est fatal. Ils sont parfois infestés par les tiques, comme d’ailleurs leurs parents. La mortalité peut aller jusqu’à 90 % à la fin du premier hiver.

Mode de vie du chevreuil

(Très beau brocard, dans la force de l’âge).

Le chevreuil est sédentaire et reste toute l’année sur le même territoire, d’une superficie d’une vingtaine d’hectares environ mais variable suivant les ressources en nourriture.

(Groupe au gagnage après le coucher du soleil).

A l’approche du printemps, les petits groupes familiaux constitués à l’automne et pendant l’hiver se séparent et les mâles, solitaires sauf à la période du rut, retrouvent leurs comportements territoriaux jusqu’à la fin août. A la période du rut de mi-juillet à la mi-août, le mâle le défend farouchement et laisse son empreinte olfactive en frottant les glandes situées à la base de ses bois sur les troncs d’arbre et en grattant la terre.

(Brocard sur sa « couchette » dans un champ de luzerne, un soir d’été).

Le chevreuil alterne les phases d’activité et de repos dans la journée, mais il va de préférence au gagnage au lever du jour et au crépuscule. Il s’approche facilement des habitations les jours de mauvais temps. Quand il fait partie d’une troupe, le brocard sort le dernier à découvert, très méfiant. Le chevreuil est également actif la nuit. Quand il a décidé de se reposer, on peut parfois l’observer à la lisière du bois, au crépuscule, en train de tourner en rond tout en grattant le sol avec ses pattes avant pour en dégager la végétation, avant de se coucher en boule. Ces « couchettes » est une indication de leur présence.

Le chevreuil a une mauvaise vue surtout basée sur le mouvement, mais un excellent odorat et l’ouïe fine. Si un danger est identifié, il détale prestement. Dérangé, il émet pendant la fuite une série d’aboiements rauques ressemblant à ceux d’un chien, un signe d’inquiétude face à un danger potentiel non identifié, ou de colère! En sécurité dans le sous-bois et si le danger n’est toujours pas identifié, il répète longuement son cri avant de s’éloigner définitivement.

D’un naturel curieux et si quelque chose attire son attention, le chevreuil s’approche par étapes prudentes et s’arrête en bougeant la tête dans tous les sens pour chercher à identifier ce qui l’intrigue. S’il ne nous a pas repéré, il y a quelques opportunités pour faire de beaux clichés de proximité.

Les bois perdus en octobre-novembre ont commencé à repousser aussitôt durant l’hiver. Pendant cette repousse, ils sont recouverts d’une peau appelée velours qui protège et nourrit les bois pendant leur croissance. Quand celle-ci s’achève, l’irrigation du velours cesse et ce dernier se dessèche. Il va alors tomber en lambeaux que le chevreuil élimine en se frottant sur les écorces des arbres tout en occasionnant quelques dégâts, de mars à avril suivant les sujets. Les vieux brocards perdent leurs bois les premiers et les nouveaux bois seront alors opérationnels avant ceux des plus jeunes ; ils ont ainsi une longueur d’avance pour défendre leur territoire face aux générations « montantes ».

Comment avoir une idée empirique de l’âge d’un brocard

On arrive à déterminer approximativement l’âge du chevreuil par l’examen de sa denture; cela ne peut se faire que sur un individu prélevé. Sur un brocard bien vivant, la détermination de son âge est possible par sa tête mais c’est une chose peu facile, plus empirique. Les formes les plus classiques pour les bois (indépendantes de l’âge), sont le daguet, le 4 cors (avec deux andouillers antérieurs), et le 6 cors (un troisième andouiller vers l’avant). L’andouiller le plus bas est toujours dirigé vers l’avant. Un chevreuil âgé de 7 à 8 ans est déjà considéré comme étant vieux, pour une espérance de vie maximale de dix à douze ans.

(Brocard au début de sa 2ème année; ses premiers bois ont poussé et il ne vit plus avec sa mère).

_Le brocard d’un an a un cou long et frêle. Sa tête porte deux dagues de la longueur des oreilles.

(Daguet, ou  brocard « assassin »)

_Le brocard de deux ans a un cou moins mince; il porte une tache blanche au-dessus du noir des naseaux. Le bois est déjà creusé de gouttières. Chaque bois a deux cors (andouillers antérieurs) et parfois, dans de bonnes conditions, un embryon plus ou moins développé d’un troisième cors (andouiller vers l’avant). Aussi, un brocard de 2 ans peut ne posséder que 2 simples dagues – d’où le nom de « daguet » donné à l’animal à ce stade de sa vie. Un brocard portant des bois dépourvus d’andouillers est appelé brocard « assassin ». En effet, lors de combats à la période du rut, aucune garde ne vient arrêter les pointes qui peuvent se planter profondément dans les flancs ou le crâne de l’adversaire.

_Le brocard de trois ans a un cou épaissi, au front gris foncé et la masse du corps se porte sur l’avant. Les bois sont jolis, ne sont ni épais, ni encore bien perlés et ils ont chacun trois beaux cors bien marqués. La meule est plus grosse mais moins longue. Un brocard de deux à trois ans est considéré comme jeune.

_Les brocards à partir de quatre ans n’ont plus la tache blanche nasale. Les bois continuent à avoir trois cors chacun. Un chevreuil de 4 à 5 ans est considéré comme mature et possède alors ses bois les plus massifs.

_Le nombre de cors n’augmentera plus par la suite, les perlures deviendront plus abondantes, les gouttières plus profondes, les meules tendront à se rapprocher jusqu’à paraître soudées l’une à l’autre. Le nombre de cors n’est pas fonction de l’âge et ce nombre peut diminuer quand l’animal vieillit.

_Dès l’âge de 6 ans, le mâle devient un brocard âgé et la masse de ses bois régresse. Les cors d’un animal âgé de 7-8 ans sont courts et émoussés, les perlures sont rares.

Les vieux brocards muent plus tard que les jeunes. Quelques vieux sujets des deux sexes portent une « serviette », tache claire et ovale sur le poitrail, à la base du cou, parfois en deux parties.

En France, le chevreuil est une espèce classée gibier et soumise à des plans de chasse obligatoires depuis 1978. Aujourd’hui, on estime à 1,5 million le nombre d’individus et les prélèvements par les plans de chasse de la saison 2016/2017 est de 580 000.

Aucune menace ne pèse sur l’espèce, la population augmente régulièrement.

Article rédigé le 23 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de données trouvées sur internet, dont :

http://www.jyrousseau.com/le_chevr.shtml

http://dianehautsbosc.canalblog.com/archives/2007/07/27/5555197.html