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Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 1) – Son origine et la population

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 1) – Son origine et la population

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie I – Origine de l’espèce, aperçu sur sa population

Un mâle dans la force de l’âge. 

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) est le plus grand mammifère sauvage que l’on puisse trouver en France, à l’exception de l’ours. Il était à l’origine une espèce de milieux ouverts devenue forestière avec l’augmentation de l’activité humaine. On le retrouve aujourd’hui dans les massifs boisés très étendus, d’autant plus s’ils sont peu fréquentés par l’homme. Le mâle ou cerf est un animal majestueux qui a son heure de gloire auprès des photographes à la période du brame. C’est en effet le moment où il est le plus facile à observer. La plupart des clichés de mes articles consacrés à cet animal sont d’ailleurs pris à cette période-là. La biche, sa femelle, est plus facile à rencontrer le reste de l’année.

Origine de l’espèce

Présente depuis la préhistoire dans la montagne pyrénéenne et sur son piémont, cette espèce a été considérée comme éteinte autour des années 1700, causé par une pression excessive de la chasse et la diminution de la surface occupée par les forêts. En 1875, une réintroduction de l’espèce est menée avec un premier lâcher dans le Luchonnais. Les résultats sont initialement encourageants mais après 1920, l’espèce a de nouveau sévèrement décliné.

Vigilant sur une crête!

A partir des années 1950, quelques dizaines d’individus provenant de la réserve de chasse de Chambord ont été relâchés pour la réintroduire à nouveau. Les premiers sont relâchés dans les Hautes-Pyrénées en 1958 en trois fois sur la commune de Ferrère, dans la vallée de Barousse (2 mâles et 10 femelles pleines). Les lâchers suivants ont lieu en Haute-Garonne avec douze autres sur la commune de Cagire suivi de sept biches et trois cerfs en 1966 et 1969 à Luchon, et enfin deux mâles et trois femelles à Melles.

Biche adulte dans une estive.

Un cliché que j’aime bien, au lever du soleil. Une biche, avec son nouveau pelage gris, début octobre. 

A partir de cette souche unique de 38 bêtes (une femelle a péri noyée), les effectifs du cerf élaphe se sont fortement développés et ont colonisé intégralement la zone de piémont mais aussi la haute chaîne. Son aire de répartition locale va maintenant de la limite de la Haute-Garonne à celle des Hautes-Pyrénées, (et vers les Pyrénées-Atlantiques, lire plus loin) selon une densité s’amenuisant de l’est vers l’ouest.

Une scène pas courante, aux premiers rayons du soleil. Un cerf et deux biches (en bas à droite) broutent en compagnie de deux isards (en haut à gauche et au milieu). 

Pour ces Pyrénées centrales, la superficie occupée par le cerf élaphe a été multipliée par 5 de 1985 à 2015 et elle continue à s’étendre. La colonisation a été surtout spectaculaire dans le milieu montagnard.

Les divers intervenants ont décidé qu’il n’avait pas sa place au nord de l’autoroute A64 (Toulouse-Tarbes), pour des questions de sécurité liées à la présence de celle-ci. Une autre raison importante est la présence (dans des départements limitrophes concernés comme le Gers) de massifs forestiers trop petits pour éviter des préjudices aux arbres. En effet, en dessous de 600 m environ, le cerf est nettement inféodé aux forêts de feuillus et résineux.

Dans la sécurité du sous-bois.

Plus récemment une seconde souche de l’espèce est apparue dans les Pyrénées-Atlantiques, au Pays Basque. Son origine provient d’individus issus des monts de Tolède au centre de la Péninsule ibérique et réintroduits dans la partie navarraise (vallées de Salazar et d’Aezkoa) de la forêt d’Iraty. Ces animaux qui n’ont pas de frontières ont essaimé vers la forêt d’Iraty de Soule et le massif des Arbailles au début des années 1980. La forêt d’Iraty est considérée comme étant la plus grande hêtraie d’Europe; elle s’étage de 900 à 1500 m d’altitude de part et d’autre de la frontière franco-espagnole, sur 17 000 hectares dont 2 300 côté français. Des lâchers ont également eu lieu avec succès en Haute Soule en 2006. Depuis 2009, une nouvelle population issue d’un enclos particulier est apparue entre les vallées d’Aspe et d’Ossau, qui comprenait au départ trois individus.

Dans les Pyrénées – Rencontre avec une biche sur une crête, un soir d’été.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, le souhait est de limiter (et interdire si possible) l’implantation de l’espèce au nord de l’autoroute A 64 (Tarbes-Bayonne). A ce jour, on estime la population totale de ce noyau de l’ouest de la chaîne aux alentours de 500 cerfs et biches. Ils se sont bien acclimatés et continuent à prospérer dans ce secteur par endroits inaccessible.

Le cerf élaphe s’est bien adapté au milieu pyrénéen et les individus montagnards sont devenus plus sveltes que la souche d’origine. Un mâle d’âge mûr pèse jusqu’à 170 kg environ, pour 250 kg en plaine. En fin d’été et à l’automne, il monte en altitude (au-dessus de 1 000 m) sur les places de brame à la rencontre des femelles, fréquentant les bordures forestières supérieures puis il redescend en hiver dans les fonds des vallées comme les Baronnies (altitude moyenne 500m) où il reste en sous-bois. Les biches sont généralement sédentaires.

Il est également présent comme espèce réintroduite à la même période des années 1950 dans d’autres départements à l’est de la chaîne des Pyrénées où je ne suis jamais allé l’observer, de l’Ariège aux Pyrénées Orientales en passant par l’Aude.

L’estimation des effectifs au niveau national

Le réseau « Ongulés sauvages » de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) suit l’évolution du cerf élaphe en France depuis 1985 par le biais d’une enquête réalisée tous les 5 ans. Elle est conduite à l’échelle départementale et réalisée par les interlocuteurs techniques ONCFS et FDC (Fédérations Départementales de la Chasse) du réseau.

Le cerf élaphe progresse de façon continue à l’échelle nationale, malgré la mise en place de plans de chasse avec l’attribution de quotas annuels de prélèvement (plans généralisés à l’ensemble du territoire national depuis la loi 78-1240 du 29 décembre 1978, article 17).

Jusqu’en 2010, les effectifs étaient estimés par un minimum et un maximum. Exemple : 30 000 à 45 000 individus en 1985 (9 305 prélevés pour la saison 1984-1985); 55 000 à 75 000 individus en 1995 (18 151 prélevés saison 1994-1995); 130 000 à 190 000 en 2010 (49 344 prélevés saison 2009-2010).

Cette estimation des effectifs nationaux était une donnée subjective et elle tenait dans une fourchette très large. La validité de ces estimations était vérifiée d’une enquête à l’autre, en utilisant le nombre de cerfs réalisés par le plan de chasse qui est une donnée beaucoup plus fiable. L’ONCFS partait du principe qu’une population devrait être en augmentation si les prélèvements (qui sont des données connues) sont inférieurs à 25% des effectifs estimés, et qu’elle devrait diminuer si les prélèvements sont supérieurs à 35%. Toutes les zones dont les données n’étaient pas cohérentes étaient vérifiées et les estimations revues avec les interlocuteurs techniques des départements concernés.

Lors de la dernière enquête en 2015, cette notion a été définitivement abandonnée en accord avec la stratégie de l’ONCFS, qui privilégie à l’heure actuelle le suivi et la gestion des populations par les Indicateurs de Changement Ecologique (ICE) et non plus par des estimations d’effectifs. Il existe quatre indicateurs spécifiques au cerf: un indicateur appelé « Indice Nocturne » pour l’abondance des populations et trois autres pour la performance des individus prélevés (« masse corporelle des jeunes », « longueur des dagues » et « taux de gestation des femelles de deuxième année »). Ce suivi est complété par deux autres indicateurs pour la pression exercée sur le milieu forestier, mais qui s’appliquent à tous les ongulés (« variation de la pression de consommation des ongulés » et « variation de la pression de consommation des ongulés sur les semis de chêne »).

Pour la campagne de chasse 2017-2018, 62 418 individus tous confondus ont été prélevés au niveau national.

La population pyrénéenne

Mâle adulte en altitude, parmi les myrtilliers.

On sait que la population du cerf élaphe dans les Pyrénées est en progression continue depuis sa réintroduction. Je n’ai pas trouvé d’information récente sur sa population. La raison en est le changement de stratégie de l’ONCFS évoquée dans le paragraphe précédent. Les comptages sont rendus difficiles par la complexité du biotope et par le développement géographique des populations. La séparation des massifs à cerf n’est plus aussi évidente à l’heure actuelle que par le passé.

Période du brame dans les Pyrénées – Un cerf et une biche adultes, celle-ci accompagnée de son faon (à sa gauche) et de sa fille de l’année précédente.

L’observation sur secteur de rut des mâles et femelles et les écoutes à la période du brame pour apprécier l’évolution de la répartition spatiale ne sont plus utilisés. L’indice nocturne de présence en fin de chasse fournit une tendance d’évolution des effectifs.

On voit bien que l’estimation est très aléatoire; les intervenants ont des difficultés pour s’avancer au-delà d’une impression de tendance.

Dans le plan de chasse 2017-2018, il a été prélevé 1 477 individus (âges et sexes confondus) dans les Pyrénées-Orientales, 1 623 en Ariège, 1 761 dans la Haute-Garonne, 1 902 dans les Hautes-Pyrénées et 156 dans les Pyrénées-Atlantiques, en deçà des quotas attribués pour tous ces départements.

En considérant que cette population augmente malgré les prélèvements effectués et que ceux-ci représentent 20 à 25% des effectifs, j’avance comme ordre d’ici une fourchette de 8 000 à 10 000 individus pour la Haute-Garonne, un peu moins pour les Hautes-Pyrénées et 500 à 600 pour les Pyrénées-Atlantiques.

Une rencontre en soirée.

Je vous encourage à regarder mes trois articles suivants, consacrés d’abord au vocabulaire spécifique au cerf élaphe et à ses classes d’âge, puis à son mode de vie et enfin, au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de quelques sources internet dont je cite les liens :

http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Cerf-elaphe-ar978#

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/ongules/reseau_ongules_sauvages_oncfs_fnc.pdf

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/publications/revue%20faune%20sauvage/FS-314-trente-ans-de-suivi-cerf-france.pdf

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.faune-aquitaine.org/userfiles/Atlasmammifres/AMSATome2.pdf

http://www.pyrenees-orientales.gouv.fr/content/download/16935/135834/file/2-Partie-1-projet-SDGC-2016-2022.pdf

http://www.hautes-pyrenees.gouv.fr/IMG/pdf/Memoire_Redaction_final_cle0d26ec.pdf

https://oatao.univ-toulouse.fr/12176/1/Mottier-Vidal_12176.pdf