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L’Isard des Pyrénées

L’Isard des Pyrénées

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc (isard mâle), dans la force de l’âge.

L’Isard des Pyrénées

(Nom scientifique: Rupicapra pyrenaica pyrenaica)

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre (femelle Isard) et son chevreau, né en mai dernier.

Une belle sortie en montagne est une sortie où j’ai rencontré l’Isard. Symbole de nos Pyrénées, il est l’emblème du « Parc national ». Il est assez facile de le rencontrer, à condition de rester discret. En période estivale, il vaut mieux « se lever de bonne heure ». En effet, c’est quand même un animal sauvage et farouche; le passage des premiers randonneurs peut le fait fuir en altitude ou à l’abri des regards. Aux heures chaudes, il se met à l’ombre vers les hauteurs. On l’observe généralement à des distances de sécurité assez conséquentes.

Les meilleurs moments pour moi sont au printemps, à la période où il reconstitue ses réserves et à l’automne à la période du rut : il est alors moins méfiant.

Une question revient assez souvent à son propos : quelle est la différence avec le chamois? Ma réponse était : c’est le même animal, ce n’est qu’une question de lieu. On appelle d’ailleurs l’isard, « le chamois des Pyrénées ». En effet, ils sont tous les deux classés dans le même genre « Rupicapra » ou « chèvre des rochers » mais ma réponse n’était cependant pas exacte. L’évolution de cette souche identique dans deux milieux géographiquement séparés sans interconnexion a amené quelques différences.

Le Genre « Rupicapra », qui serait venu probablement d’Asie d’après la littérature, se divise en deux espèces « rupicapra » (chamois)  et « pyrenaica » (isard), qui sont différentes génétiquement.

Les premiers « Rupicapra » auraient rejoint le sud-ouest de l’Europe vers la fin de la glaciation de Mindel, il y a 350 000 à 400 000 ans, ainsi qu’en témoignent les plus anciens vestiges connus découverts près de Tautavel, dans les Pyrénées Orientales. Par la suite, pour la période correspondant à la glaciation du Riss (-350 000 à -120 000 ans avant notre ère), on a continué à découvrir des fossiles de « Rupicapra », peu nombreux. Ils proviennent pour la plupart des Pyrénées, du Sud-ouest et de la Provence : ils présentent déjà les caractères distinctifs des chamois et des isards actuels.

Plus tard, au cours de la glaciation de Würm (-120 000 à -10 000 ans avant notre ère), les « Rupicrapa » ont vraisemblablement colonisé la majeure partie de notre continent. Les fossiles deviennent de plus en plus nombreux dans les sites escarpés à basse altitude, situés à la périphérie de la plupart des grandes chaînes de montagnes aujourd’hui peuplées de chamois et d’isards. Ces montagnes devaient à l’époque être recouvertes de glaciers les rendant inaccessibles. Quand le climat s’est radouci à partir de -10 000 ans avant notre ère, les glaciers se sont retirés à l’intérieur des massifs montagneux. Les chamois et isards ont alors regagné leurs montagnes de l’Europe centrale et occidentale, où ils ont ensuite continué à évoluer séparément.

En France, l’espèce « rupicapra » comprend deux sous-espèces : « rupicapra » ou chamois des Alpes présent de façon naturelle dans tous les départements des Alpes et du Jura et « cartusiana » ou chamois de chartreuse (massif de la chartreuse entre Grenoble et Chambery).

L’espèce « pyrenaica » comprend trois sous-espèces : « ornata » vivant dans les Abruzes (Italie centrale), « parva » vivant dans les monts Cantabriques (Espagne) et « pyrenaica » (pour l’ensemble des Pyrénées). L’isard cantabrique « pyrenaica parva » est aujourd’hui rattaché à la sous-espèce « pyrenaica pyrenaica ». L’Isard des Apennins a été menacé d’extinction dans le courant du XXè siècle; il a été sauvé grâce à la création du parc national des Abruzzes, en 1923.

Description

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Un bouc, en livrée d’hiver.

L’Isard de nos Pyrénées (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) se différencie du chamois des Alpes (Rupicapra rupicapra rupicrapa) par sa taille un peu plus petite, sa rousseur plus prononcée en été et un pelage d’hiver plus clair agrémenté d’un collier de poils noirs qui ressemble à une écharpe. Formée de deux bandes sombres qui partent de la base des oreilles et se terminant sur les pattes, cette écharpe spécifique à l’isard est bien plus marquée chez les mâles. Le changement de livrée (mue de printemps et mue d’automne) s’effectue en août-septembre et en avril-mai.

Sa hauteur au garrot est de 70 cm, 75 à 80 cm pour le chamois. Le poids du mâle oscille entre 25 et 40 kg, celui de la femelle entre 22 et 30kg. Le chamois est plus lourd d’une dizaine de kilos pour les deux sexes et il est moins agile.

Chez les deux mammifères, le mâle s’appelle le bouc, la femelle la chèvre et le jeune, le chevreau jusqu’à 1 an. Puis, jusqu’à 2 ans, l’éterlou pour le mâle et l’éterle pour la femelle. L’espérance de vie de l’isard est de 12 à 15 ans environ.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc surpris pendant sa sieste au soleil, sur une pente verglacée.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Observation du rut des isards (cliché pris par mon compagnon de sortie, Alain).

Parfaitement à l’aise en milieu accidenté, l’isard trouve son salut dans la rapidité de sa fuite. Les os longs des membres antérieurs et postérieurs forment des angles très fermés qui lui procure une souplesse et une détente remarquable. Le bord tranchant des sabots permet une adhérence élevée sur les rochers et sur la neige dure; la présence d’une peau interdigitale permet une bonne portance sur la neige.

Ses poumons sont très développés. Enfin le cœur de l’isard est un muscle gros et très puissant. Abondamment oxygéné par le sang très riche en globules rouges, il permet de soutenir des efforts intenses et violents. C’est un athlète parfait!

Sa vue et son odorat sont excellents. Il repère à grande distance tout ce qui bouge. Menacé, il émet un chuintement d’alarme caractéristique, provoquant généralement la fuite de la harde.

Pendant la majeure partie de l’année à l’exception du rut, les adultes dans les deux sexes vivent séparés, dans des groupes plus ou moins importants appelés des hardes. Les vieux mâles sont parfois solitaires. La cellule de base est constituée de la mère et de son chevreau. On trouve trois principaux types de structure sociale, avec des associations intermédiaires plus ou moins temporaires. La harde en temps que structure sociale n’est pas figée dans le temps :

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une vue partielle d’une petite harde de femelles. Sur le rocher, la présence de deux chevreaux permet de confirmer le sexe des adultes. 

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Zoom sur une autre partie de la harde précédente. A gauche et à droite, deux chevreaux (nés au mois de mai).

-les femelles et leurs chevreaux, la plupart des éterles (femelles de la deuxième année, chassées avant la nouvelle mise-bas de leurs mères et revenues quand la harde s’est reconstituée) et parfois des éterlous. La présence de ceux-ci au sein de la harde doit pouvoir s’expliquer par le fait que la mère n’ait pas été fécondée et le jeune n’a pas été chassé. Il quittera la harde plus tard de lui-même. Ces hardes plus ou moins nombreuses sont généralement sédentaires.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une harde de mâles adultes (7) et d’éterlous (5) sur une pelouse.

-les éterlous chassés par leurs mères, vivant en petits groupes auxquels peuvent s’associer de jeunes mâles adultes,

Sur les pentes bien exposées menant au lac de Gaube (29 mars 2019) – Une harde composée exclusivement de mâles adultes, en deux groupes de 3 et 6 individus. Affamés, ils ne lèvent pas la tête. 

-les mâles adultes plus âgés vivant seuls ou en petits groupes instables à l’écart des autres individus.

Les mâles sont plutôt nomades. La restriction importante des zones de nourriture à la mauvaise saison peut amener tout ce beau monde à se retrouver en un même lieu. L’analyse de la composition d’une harde d’isards est un exercice très intéressant.

L’étude des cornes 

Un bouc avec les cornes divergentes.

Les cornes de l’isard sont très intéressantes à étudier. Elles sont présentes pour les deux sexes et l’individu les conserve tout le long de la vie. Elles peuvent être divergentes dès le départ ou parallèles jusqu’aux crochets.

Elles sont visibles à partir de 3 mois environ, sous la forme d’un petit cornet de kératine, la même matière que nos ongles. Elles sont souvent cachées au milieu de poils. Avec un bon téléobjectif ou une longue-vue, on peut apercevoir ce cornet dès le 2ème mois. La croissance est importante les trois premières années et surtout la deuxième, lorsque le crochet se forme. La croissance ralentit après la troisième année pour ne plus donner, en cinquième année, qu’un segment d’environ 5 millimètres et des segments de l’ordre du millimètre ensuite.

Ce que l’on appelle la corne est en fait constituée d’un étui (la partie que l’on voit) et d’un pivot. Le pivot est une cheville d’origine osseuse dans laquelle l’étui vient s’emboîter. Il a sa hauteur définitive à l’âge de 5 ans et il occupe alors les 3/5 de la hauteur de la corne. L’étui est très fin à la base et il devient plein dès lors qu’il n’y a plus de pivot, à la hauteur du début du crochet.

Vallée d’Ossau (février 2019) – Photo très recadrée des cornes d’un mâle âgé, montrant les anneaux d’âge et les anneaux de parure. (cliché initial pris avec un objectif 400mm et un doubleur de focale, au format APS-C; la proximité apparente n’est pas effective).

La croissance des cornes s’arrête en hiver pour reprendre au début du printemps suivant, au mois de mars. Elle repousse vers le haut la partie existante. L’arrêt de croissance détermine sur l’étui un sillon circulaire, appelé anneau d’âge. Le premier sillon, positionné au point le plus élevé du crochet (entre 5 et 6 centimètres de la pointe) est difficilement observable, quasiment invisible. L’anneau d’âge ne doit pas être confondu avec l’anneau de parure, plus étroit et ne faisant pas le tour complet de la corne.

Le comptage des segments de croissance à partir de la pointe indique l’âge. C’est une des deux méthodes pour connaître l’âge à coup sûr, l’autre étant l’examen de la dentition qui est valable jusqu’à 5 ans.

L’âge réel de l’isard dans les conditions d’observation habituelles en montagne est impossible à déterminer. On peut cependant faire des estimations à distance par classe d’âge, avec l’observation de la croissance des cornes jusqu’à l’âge adulte. On peut résumer ainsi :

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un chevreau et sa mère; ses cornes sont minuscules, cachées en partie dans une touffe de poils. Il est né en mai/juin dernier.

Les chevreaux ou jeunes de la première année : A 6/7 mois, les cornes mesurent entre 3 et 5 cm environ. On est en novembre et leur croissance s’est arrêtée. Elles sont droites ou elles ont amorcé une très légère courbure vers l’arrière. Le jeune vient d’être sevré mais il reste un chevreau jusqu’au mois de mai suivant où il atteindra l’âge d’un an. Il sera alors repoussé par sa mère pour permettre à celle-ci de mettre bas à nouveau.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un jeune de la deuxième année.

Les éterles (femelles) et les éterlous (mâles), ou jeunes de la deuxième année. De un à deux ans, le crochet se forme. La hauteur des cornes progresse, au plus jusqu’à la moitié de la hauteur de l’oreille au mois de novembre pour ensuite se rapprocher de la hauteur de celle-ci sans la dépasser (après la reprise de la croissance au mois de mars) à ses deux ans révolus. Il sera alors proche de sa taille presque définitive. La maturité sexuelle des deux sexes est atteinte vers l’âge de 18 mois, en moyenne. L’éterle peut procréer, sous certaines conditions. L’éterlou « ne fait pas encore le poids » face au mâles plus âgés et se fait évincer.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Un petit groupe isolé, composé d’un bouc adulte expérimenté à l’ombre, puis un éterlou et un jeune adulte de 3 ans.

-A partir de la troisième année, l’isard est adulte. Ses cornes égalent puis dépasseront l’oreille. Le mâle ou bouc est enfin prêt pour procréer : il a atteint sa taille définitive et il peut tenter de se positionner dans la hiérarchie sociale face aux mâles plus âgés. Le seul moyen pour avoir plus de précision sur l’âge à partir de la troisième année est le comptage des segments de croissance.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un bouc âgé.

Pour les vieux sujets (à partir de la neuvième/dixième année), le pelage est plus clair et commence à grisailler. Ils ont un comportement plutôt solitaire.

Quelques éléments pour identifier le sexe de l’isard

Dans la plupart des cas (mise à part la position de miction), l’indication du sexe ne devient possible qu’à l’âge pratiquement adulte.

-L’allure générale est un critère, mais elle demande une certaine expérience : le mâle est trapu et la femelle est plus fine.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Deux chèvres avec les chevreaux, dont une femelle.

-Quel que soit l’âge, le mâle urine entre ses quatre pattes alors que la femelle le fait en arrière des postérieurs.

-Le crochet de la corne est fortement arqué chez le mâle, plus arrondi chez la femelle. Hélas, il y a des exceptions qui ne permettent pas de généraliser à coup sûr. Les cornes de la femelle sont plus fines.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc pendant la période du rut. Le pinceau pénien commence à être visible et la barbe ou crinière sur son échine est bien marquée.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre en livrée d’hiver. Absence de la barbe ou crinière.

Lécharpe visible en robe d’hiver est très marquée chez le mâle, un peu moins chez la femelle.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc avec son attribut. La barbe le long de son échine est relevée.

-La présence du pinceau pénien chez le mâle : il est évident à partir de la quatrième année et notamment en fourrure hivernale ou pendant le rut.

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015, pendant le rut) – Deux femelles (en haut et en bas) accompagnées de leurs chevreaux. La barbe (crinière) est absente.

-De même, la barbe ou crinière (étroite bande de long poils qui court le long de l’échine) est très remarquable chez les mâles adultes en pelage d’hiver, absente chez les femelles.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – « Alors, tu suis? » disait le chevreau à sa mère.

-Présence d’un chevreau au côté d’un adulte : l’adulte est donc une femelle, sa mère.

Habitat

L’isard est présent dans tous les départements pyrénéens. L’aire de distribution actuelle s’étend de façon quasi continue depuis les canyons de la Haute Soule (Pays Basque), à l’ouest, jusqu’aux contreforts orientaux du Canigou, à l’est.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Bien que l’on ne voit que des silhouettes, on n’aperçoit qu’une paire de cornes : un adulte avec un isard sans corne, c’est une femelle et son chevreau, tandem fusionnel.  

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Le chevreau est reparti derrière le rocher. Sa présence a cependant permis l’identification d’une mère.

Il vit à la belle saison en haute altitude en zone d’éboulis et de pelouses, au-dessus de la limite des arbres. Il est herbivore et la limite supérieure est aux environs de 2 500m ; l’altitude est conditionnée par la présence des pelouses qui, généralement, disparaissent en grande partie au-delà dans nos Pyrénées. La limite inférieure est au-dessus de 800 m : elle est conditionnée par l’occupation humaine avec malgré tout la nécessité de la présence d’escarpements rocheux pour sa sécurité.

Dans une enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010, l’altitude minimum observée est de 171m, dans les Pyrénées-Orientales ; le maximum atteint est de 3239 m dans les Hautes-Pyrénées et 68% de la surface occupée par l’espèce est située en-dessous de 2 000m.

Au cœur du Parc – Le lac de Gaube au printemps; à la droite, le type de pentes que les isards affectionnent.  Au fond, le massif du Vignemale.

A la mauvaise saison, il redescend en forêt à la recherche de nourriture ou pour trouver refuge contre les mauvaises conditions météo. Lorsque la couche de neige est importante, on le trouve aussi sur les versants abrupts, dans les couloirs d’avalanche où la neige tient moins et permet l’accès à la nourriture : sa présence est fréquente sur les pentes ensoleillées à Cauterets, au-dessus  du Pont d’Espagne.

Régime alimentaire

Vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Isard s’alimentant à la limite de la forêt.

L’isard est un herbivore. Il se nourrit de plantes herbacées et de jeunes pousses. En hiver, il gratte la neige si la couche est poudreuse et pas très épaisse. Sinon, il n’a pas d’autres choix que de s’attaquer aux arbres et arbustes pour  s’alimenter de feuilles, de bourgeons, d’aiguilles et d’écorces de conifères, de feuilles sèches, d’écorces de feuillus, de mousses et de lichens (quand il n’a pas le choix). Tout comme le chevreuil, il ne s’abreuve pas ou alors rarement. Les besoins en eau sont assurés par la consommation des végétaux et par la rosée matinale.

Reproduction

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015), au début de la période du rut – Ce mâle dans la force de l’âge court dans tous les sens sur son territoire, disparaissant derrière une crête et revenant sans crier gare avec des accélérés incompréhensibles. Bien caché dans la végétation, je me dis qu’il est capable de me foncer dessus sans me voir!

La période de rut de l’isard est facilement identifiable à son comportement. Les mâles qui formaient des groupes à part des femelles se rapprochent en ordre plus ou moins dispersé de celles-ci à partir de la mi-octobre. Ils deviennent moins méfiants. Il est alors relativement facile de les observer mais il faut garder en tête de ne pas les perturber dans ces moments-là qui sont très sensibles pour la pérennité de l’espèce.

Les chaleurs durent 1 à 2 jours et se renouvellent toutes les trois semaines durant la période de reproduction, tant qu’il n’y a pas eu fécondation.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Ce mâle parcourt son territoire ; pendant la période du rut, il peut perdre jusqu’à 25% de son poids.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un regroupement à l’écart de mâles adultes.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – La barbe hérissée le long de l’épine dorsale, ce bouc poursuit un concurrent de sa stature.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – Le cadre de la période du rut.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – « Le repos du guerrier ». Le rut n’a pas encore commencé, manifestement. Pas trop dépassé; en contrebas, une petite harde de 3 femelles et 2 chevreaux recensés sur un autre cliché.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Une harde de femelles avec leurs chevreaux, dérangées par l’approche de randonneurs. 

Alors que les mâles s’excitent, les femelles restent indifférentes et broutent tranquillement.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Ce mâle « dominant » va descendre à toute vitesse le couloir entre les rochers pour faire la police sur son territoire en contrebas.

La première partie du rut consiste à établir une hiérarchie sociale chez les mâles. Certains d’entre eux se lancent dans des courses longues et effrénées, les poils de l’échine hérissés; ce sont les plus âgés qui poursuivent et chassent sans ménagement les autres prétendants, généralement plus jeunes. Les dominants assurent leur territoire et rassemblent les femelles en petites groupes dont ils essaient de maintenir la cohésion. Ils peuvent alors assurer les saillies. La femelle n’est réceptive que quelques heures et l’accouplement est très bref. L’isard est polygame et ces moments sont épuisants : ils perdent beaucoup de poids. La période la plus intense court de la mi-novembre à la mi-décembre environ.

La maturité sexuelle chez les femelles est estimée à 18 mois en moyenne mais la première fécondation peut avoir lieu beaucoup plus tard, en fonction de la densité de la population et des ressources alimentaires qui conditionnent le poids corporel des jeunes femelles. A 3 ou 4 ans, toutes les femelles peuvent mettre bas. La gestation dure 23 semaines. Entre la mi-mai et la mi-juin, c’est la période du pic des naissances qui peuvent commencer début mai suivant les ans (présence tardive ou non de la neige). La femelle s’éloigne alors de la harde, chasse le chevreau de l’année passée et remonte vers les zones escarpées et isolées où elle met bas un seul chevreau qu’elle élèvera seule.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Une chevrée.

Lorsque le nouveau-venu est capable de courir et d’affronter la collectivité, elle rejoint les autres mères. Elles reforment toutes ensemble avec leurs chevreaux une harde que l’on appelle une « chevrée ».

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – La « garderie » d’enfants avec un privilégié, celui qui tête sa mère. Jusqu’à l’âge d’un mois environ, la mère provoque la tétée, puis le chevreau en prend l’initiative de plus en plus souvent.

La femelle allaite son chevreau jusqu’à l’âge de 2 mois environ, puis il s’alimente comme sa mère. Il ne la quitte jamais et imite ses moindres gestes dans une relation fusionnelle. Le sevrage se fait vers l’âge de 6 mois, au moment des « fiançailles » précédant l’accouplement suivant de la mère.

La plupart des éterles chassées par leurs mères respectives avant la mise-bas rejoignent la chevrée lorsqu’elle est constituée.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Jeux de chevreaux sur un névé. Âgés d’environ trois semaines / un mois, on devine déjà l’apparition de cornes minuscules sur certains sujets.

Evolution des populations

Dans la vallée du Marcadau – Un bouc âgé au bas d’un couloir d’avalanches.

Dans la vallée de Gaube – Avalanches sur le versant fréquenté par les isards (au fond, le massif du Vignemale). 

Vallée du Lutour  (Hautes-Pyrénées) – Reliefs d’une avalanche hivernale sur un flanc fréquenté par les isards. 

Les avalanches, le froid et la raréfaction de nourriture l’hiver sont des facteurs importants de mortalité et de régulation.

Ces dernières années, des épidémies ont aussi atteint les populations d’isards, comme la kérato-conjonctivite aiguë infectieuse (K.C.I.) apparue entre 1980 et 1982 et revenue entre 2006 et 2008 et la Pestivirose, maladie virale apparue en 2001-2002 avec des mortalités massives et revenue entre 2010 et 2013 dans certains secteurs comme le département de l’Ariège, en vallée d’Aure et en vallée de Luz.

La kérato-conjonctivite aiguë infectieuse est une infection oculaire très contagieuse, fréquente chez les ovins et caprins domestiques. Elle se caractérise par une inflammation de la cornée entraînant aux stades les plus avancés, une opacité voire la perforation de celle-ci pouvant conduire à la mort : l’animal en effet ne peut plus se déplacer correctement et ne s’alimente plus. Il se déshydrate, s’amaigrit et meurt, parfois suite à un traumatisme ou à une chute (15 à 20% de mortalité).

Les effectifs peuvent varier sensiblement d’une année à l’autre en fonction de ces événements. Les données officielles de comptage les plus récentes que j’ai pu trouver sont également dans l’enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010 : 15 260 (1988); 24 630 (1994); 27 000 (2005) et 31 160 (2010); tous ces chiffres sont sur le versant français et ne sont qu’un minimum, vu la complexité de l’acquisition de ces données.

Interdite en cœur de Parc, la chasse est ailleurs soumise à un plan de chasse qui limite le nombre d’isards tués chaque année.

Le Parc national des Pyrénées Occidentales

Le Parc national des Pyrénées Occidentales a été crée le 23 mars 1967 à cheval entre les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées avec, parmi ses objectifs, la protection de la population d’isards menacée d’extinction si aucune action n’était menée. Il est constituée d’une zone centrale (appelée « cœur du Parc » depuis 2006) de 457 km2 (45 700 ha sur 15 communes) et d’une zone périphérique de 2063 km2 (206 300 ha sur 65 communes), appelée depuis 2006 « aire optimale d’adhésion ». L’intérêt de cette distinction est la réglementation plus souple dans la zone périphérique, destinée à bénéficier d’investissements d’ordres économique, social et culturel afin de freiner l’exode rural et de développer l’équipement touristique de la région.

Le lac det Mail (situé en bordure du coeur du Parc) et le pic du Néouvielle (à droite).

De roche en roche, jusqu’aux plus hautes crêtes, une silhouette stylisée d’une tête d’isard rouge sur fond blanc délimite le coeur du Parc national des Pyrénées de la zone périphérique.

L’article 1er de la loi du 14 avril 2006 a proposé une nouvelle structuration des parcs nationaux. L’ancienne zone périphérique est intégrée au parc national, intégration laissée au libre choix des communes dont le territoire est concerné et qui auront décidé de concourir à la protection du parc national en adhérant à la charte du Parc.

A l’intérieur du Parc, on vieillit paisiblement.

Aujourd’hui, on compte quelques 4 000 isards répartis sur l’ensemble du Parc. En 2015, dans sa partie haut-béarnaise, il y avait 1 200 individus en vallée d’Aspe et 800 en vallée d’Ossau.     

Article rédigé le 02 mai 2019 à partir de mes photos personnelles, des constatations faites sur place et de publications internet avec lesquelles je me suis documenté :

http://oatao.univ-toulouse.fr/869/1/picco_869.pdf (la bibliographie de cette thèse comporte une liste très complète d’ouvrages à consulter, dont sont issus beaucoup d’informations disponibles sur internet).

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/isard

 http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Chamois-et-lIsard-ar643

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/ongules/montagne/Enquete_Ongules_montagne2011_isard.pdf

« Par une belle après-midi de novembre » – Le bouc s’éloigne tranquillement.

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

 

Sierra de Gredos, le 7 mai 2018 – Tous mes clichés de bouquetins de l’article sont pris le même jour.b

Le Bouquetin Ibérique (Nom scientifique : Capra pyrenaica),

de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Bouquetins mâles au repos sur une pelouse, dans la Sierra de Gredos.

Préambule

Le Bouquetin ibérique appelé aussi bouquetin d’Espagne est un beau mammifère auquel je m’intéresse depuis peu. Il ne faisait pas partie de mon environnement mais les choses sont en train de changer, avec le retour de cet animal chez nous, on le verra plus loin en dernière partie de cet article.

Anciennement présent sur le versant français des Pyrénées, en Andorre, en Espagne et au Portugal, le bouquetin ibérique subsiste de nos jours en Espagne et au nord du Portugal. Il occupe des habitats très variés, tous caractérisés par la présence d’escarpements rocheux : depuis le bord de mer en Andalousie à moins de 200 m d’altitude, jusqu’aux plus hautes montagnes de la péninsule à plus de 3 000 m d’altitude (Sierra Nevada, Sierra de Gredos). Les différentes populations, aujourd’hui isolées, formaient un ensemble par le passé.

Il regroupe quatre sous-espèces, dont deux ont disparu : Capra pyrenaica ssp. lusitanica ou bouquetin portugais et Capra pyrenaica ssp. pyrenaica ou bouquetin des Pyrénées.

Le bouquetin portugais Capra pyrenaica ssp. lusitanica avait des cornes différentes de toutes les autres sous-espèces ibériques, plus petites et presque deux fois plus larges. Il  habitait les zones montagneuses du nord du Portugal, de la Galice, des Asturies et de la Cantabrie occidentale. Jusqu’en 1800, il était assez répandu mais son déclin a ensuite été rapide à mesure que la pression de la chasse augmentait. En 1870, il était devenu rare. Le dernier troupeau d’environ une douzaine d’animaux a été enregistré en 1886. Une vieille femelle a été capturée vivante en septembre 1889, mais n’a survécu que trois jours. Deux autres femelles ont été retrouvées mortes l’année suivante, victimes d’une avalanche en Galice. Le dernier bouquetin portugais connu en Espagne est mort en 1890 et la dernière observation connue faite au Portugal était une femelle dans la Serra do Gerês en 1892.

Sur le versant espagnol des Pyrénées, un nombre restreint de bouquetins des Pyrénées Capra pyrenaica ssp. pyrenaica survivait dans le parc national d’Ordesa y Monte Perdido, dont la création en 1918 devait justement les sauvegarder. Il en restait 50 en 1952, 20 en 1970 avec une dernière reproduction en 1987. Le dernier connu, une femelle nommée Celia, a été retrouvée morte le 6 janvier 2000, le crâne fracassé par la chute d’un arbre lors d’une violente tempête. Sur le versant français, les deux derniers bouquetins des Pyrénées ont été abattus en 1910 près du lac de Gaube, au dessus de Cauterets. Chassés jusqu’à l’extinction!

En Espagne, la population encore en vie est constituée par les deux sous-espèces restantes, victoriae et hispanica. Elle avait disparu de plusieurs régions et dans d’autres, elle avait diminué de manière conséquente. Le fait d’être une espèce unique au monde, endémique de la péninsule, en avait fait un grand gibier recherché pour le tir et le trophée. Un programme de conservation est né en 1950 à l’échelle nationale, avec la création de nombreuses Réserves.

Au début des années 1990, la population était estimée à 7 900 individus. Dans une étude complète sur le bouquetin ibérique parue en Espagne en 2012, quelques 50 000 individus sont distribués dans la péninsule ibérique en plus de 27 noyaux dont les plus importants sont: Sierra Nevada (16 000 exemplaires), Gredos (8 000), Maestrazgo (7 000), Ronda et Grazalema (4 000), Cazorla (2 500), Tejeda et Almijara (2 500), Antequera (2 000), Sierra Morena (2 000) et Muela de Cortés (1 500) ; ces chiffres proviennent d’études antérieures effectuées en 1997 et 2002. C’est en partie la création en 1905 de la Réserve royale de chasse de la Sierra de Gredos par le roi Alfonso XIII qui a permis à l’Espagne de garder l’espèce en vie.

En juin 2017, on signale que la population a augmenté de façon exponentielle dans la Sierra de Guadarrama depuis la réintroduction de l’espèce en 1990. Elle est de 4 000 alors qu’il ne faudrait pas qu’elle dépasse idéalement 1 300. La question du surpeuplement de ce noyau de population avec les risques qu’elle génère est devenue préoccupante : le repeuplement d’autres zones par prélèvement d’individus est une des méthodes adoptées, entre autres, pour en limiter le nombre.

Le Bouquetin ibérique

Description

Le Bouquetin ibérique a une allure générale de chèvre mais il est beaucoup plus massif. Le mâle s’appelle le bouc, la femelle l’étagne et le jeune, le cabri.

Trapucampé sur des pattes robustes munies de sabots incroyablement adhérents à la roche, il ignore le vertige. Il saute à travers des murs presque verticaux ou même de la glace. Timide et calme, il a un bon sens de l’odorat et de l’ouïe.  

Hardes de mâles (boucs) adultes, d’âges variés.

Femelle (étagne) et cabris, sur une pelouse à basse altitude. Les mâles (boucs) sont plus haut, au milieu des névés.

Très grégaire, il vit en harde avec d’une part les mâles adultes, de l’autre les femelles et leurs petits de l’année ainsi que les sujets âgés de trois ans au plus. Bien qu’il ne migre pas, le mâle peut faire de longs voyages erratiques pendant l’hiver.

Une Etagne, reconnaissable à sa robe à dominante marron et à ses courtes cornes, presque droites.

Un jeune bouc, reconnaissable à ses cornes développées et à sa barbe naissante.

Un bouc plus âgé.

Deux boucs d’un âge très vénérable.

Le pelage varie en épaisseur et couleur selon les saisons, devenant plus clair et plus court en été. Il noircit au fil des ans au niveau des extrémités, du cou, du ventre et du dos chez le bouc. Il est à dominante marron chez la femelle. Le mâle porte une petite barbe drue sous le menton.

Quelques cornes remarquables portées par des sujets d’un âge avancé.

Ses cornes lui donnent une silhouette caractéristique. Il en porte très tôt et celles-ci ne tombent pas. Elles croissent durant toute la vie de l’individu mais surtout avant 7 ans. La croissance est annuelle sur la base de cernes. Elles peuvent atteindre 90 cm chez le mâle adulte. Leur forme est très variable, le plus souvent torsadée en lyre et finement annelées, incurvées vers l’arrière et dont les extrémités sont dirigées vers le haut et l’extérieur. Les bourrelets sont peu marqués. Ces attributs assurent la suprématie sexuelle chez les mâles qui s’affrontent en de spectaculaires et sonores combats lors de la période de rut.

 

L’Etagne.

La femelle (étagne) possède des cornes plus modestes, plus droites et ne dépassant pas les 25 cm. Un net dimorphisme sexuel est présent chez cette espèce, les mâles mesurant près de 85 cm au garrot pour 60-90 kg, contre 70 cm et 30-45 kg pour les femelles. Ces données varient légèrement selon les sources consultées.

Il évolue indifféremment de jour comme de nuit, même si ses heures d’activité maximales sont localisées le matin et en fin d’après-midi, vers le crépuscule. En hiver, il s’active pendant les heures centrales de la journée, quand il fait plus chaud.

Habitat

Le rocher est l’habitat principal du Bouquetin, qui affectionne les milieux escarpés aux falaises et vires nombreuses, plutôt orientés au sud et rapidement déneigés à proximité de pelouses. Il s’adapte très bien à des altitudes et des climats très différents. Il préfère les milieux ouverts, et fréquente peu la forêt. Il a besoin de vastes étendues même si les femelles se contentent d’un espace plus réduit que celui des mâles.

Une harde de mâles d’âges variés à basse altitude, où l’herbe a déjà bien verdi.

Un mâle solitaire en altitude, en train de se frotter les cornes au milieu de petites jonquilles qui fleurissent par milliers.

Ce besoin d’espace varie fortement en fonction des ressources alimentaires et des saisons. L’hiver et la neige repoussent les animaux vers le bas des versants tandis qu’en été, ils sont attirés par la fraîcheur et la qualité de la végétation près des crêtes.

La sous-espèce Capra pyrenaica victoriae est présente principalement, avec 10 000 individus actuellement, dans la Sierra de Gredos (entre les provinces de Cáceres et d’Ávila), dans la Sierra de Guadarrama, et également à Las Batuecas (Sierra de Francia, au sud de Salamanque).

La sous-espèce Capra pyrenaica hispanica (appelée aussi bouquetin de Beceite), la plus répandue, est présente dans les zones montagneuses près de la Méditerranée, la population principale étant dans la Sierra Nevada. On la trouve dans les puertos de Tortosa – Beceite (Catalogne), Maestrazgo (Teruel y Castellón), les Sierras de Cuenca, Muela de Cortés (Valence), la Sierra de Alcaraz, les Sierras de Cazorla y Segura (province de Jaén), la Sierra Madrona, la Serria Nevada (Grenade), la Sierra de Lújar, la Sierra de la Contraviesa , les Sierras de Tejeda y Almijara (Almería), la Serranía de Ronda (province de Cadix), la Sierra de las Nieves, Serranía de Cuenca (province de Cuenca) et la Sierra de Grazalema.

Régime alimentaire

Le Bouquetin ibérique s’alimente de végétaux, consommant de préférence des graminées à la belle saison, des ligneux en automne et en hiver, voire des lichens et des mousses lorsque les conditions deviennent trop rudes. Son régime alimentaire est plus éclectique et diversifié que celui de notre Isard. Vivant dans les rochers, il n’occasionne de dégâts ni aux forêts ni aux pâtures.

Reproduction

C’est une espèce polygame. Le rut induit souvent de grands déplacements chez les mâles. Le temps de chaleur est entre novembre et janvier. Les mâles se comportent de manière agressive les uns envers les autres et se livrent à de violents combats pour les femelles. Ils se lèvent sur leurs pattes de derrière et se cognent les cornes lorsqu’ils retombent. Le vainqueur se fait alors un petit harem qu’il abandonne après les accouplements.

Une mère (en haut à gauche) et plusieurs cabris.

La gestation dure environ 5 mois et les naissances ont lieu entre avril et juin, un ou deux cabris allaité(s) jusqu’à l’âge de six mois. La mise-bas s’effectue de préférence dans un endroit inaccessible aux prédateurs. Le jeune reste pendant presque 2 ans avec sa mère (âge où il atteint sa maturité sexuelle), formant ainsi avec d’autres mères des petites hardes de 10-20 individus.

A l’âge de 3 ans, les jeunes mâles forment des groupes indépendants, qui perdurent au cours du temps. Les bouquetins ont une longévité moyenne de 12-15 ans et peuvent vivre jusqu’à 20 ans.

La Sierra de Gredos

Lever du soleil sur les sommets culminants de la Sierra de Gredos (7 mai 2018) – De gauche à droite, El Pico Almanzor (2592m, point culminant de la Sierra), El Ameal de Pablo (2505m), la Galana (2564m, au centre) avec à droite en arrière-plan El Riscos del Grute, puis El Canchal de la Galana (2479m). Je n’ai pas identifié le sommet arrondi tout à droite.

La Sierra de Gredos est une chaîne de montagnes appartenant au système central , située entre les provinces de Salamanque, Cáceres, Ávila, Madrid et Tolède. Son altitude maximale se situe dans la province d’Ávila, avec le Pico Almanzor à 2592 mètres d’altitude. La neige y est présente des mois de décembre à mai. J’y ai fait la rencontre de mes premiers bouquetins ibériques et de la fameuse Gorgebleue, un passereau très photogénique recherché par les photographes naturalistes.

Alphonse XIII d’Espagne y a créé en 1905 le refuge royal de chasse de la Sierra de Gredos afin de limiter la chasse au bouquetin dans la région et de sauver la population locale alors réduite. Aujourd’hui, le bouquetin ibérique y est toujours chassé, sous certaines restrictions.

Les principales espèces animales que l’on peut y rencontrer aujourd’hui sont donc le bouquetin ibérique (Capra pyrenaica), le chevreuil (Capreolus capreolus), la perdrix rouge (Alectoris rufa), l’aigle royal (Aquila chrysaetos), l’aigle impérial (Aquila adalberti), la bondrée apivore (Pernis apivorus), le vautour moine (Aegypius monachus) et le vautour fauve (Gyps fulvus).

Montée vers le cirque de Gredos – La neige est toujours présente en ce début de mois de mai. Tout à gauche, el Pico Almanzor! (cliché pris avec mon portable).

Le « terrain de jeu » des bouquetins – Rochers et pelouses dégagées de neige.

Une partie de la chaîne est déclarée « Parc régional de la Sierra de Gredos« . C’est un espace naturel protégé qui couvre une superficie de 86 397 ha. Il est reconnu comme une destination idéale pour observer les étoiles par la « Fondation Starlight« .

On y note la présence d’espèces menacées ou singulières, telles que le desman ibérique (Galemys pyrenaicus rufulus), ou la loutre (Lutra lutra). Le desman ibérique Galemys pyrenaicus rufulus est une des deux sous-espèces du desman des Pyrénées Galemys pyrenaicus, l’autre étant Galemys pyrenaicus pyrenaicus, vivant exclusivement dans nos Pyrénées. Un projet de conservation du desman ibérique mené en 2018 et 2019 par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche, de l’Alimentation et de l’Environnement, a pour objet de mener des actions de préservation de l’habitat à la source des rivières Aravalle et Becedillas, deux affluents du fleuve Tormes, situées à l’ouest de la Sierra de Gredos.

La Plataforma de Gredos est le principal point d’accès au cœur du parc, à une altitude de 1750 m, à la fin du route d’une longueur de 12 km partant du village de Hoyos del Espino et menant à un grand parking. Cette route a été construite dans les années 40, à la demande du dictateur Francisco Franco, dans le but de faciliter l’accès à son terrain de chasse.

Le cirque de Gredos depuis Las Barrerones (2210m) – De gauche à droite, Los Tres Hermanitos (avec à ses pieds, la « Laguna Grande »), El Casquerazo, la Portilla de los Machos, el Cuchillar de las Navajas, el pico Almanzor, el Ameal de Pablo, la Galana et el Risco del Grute en partie caché (cliché pris avec mon portable). 

« Circo de Gredos » – Extrait de la carte Google Earth, annotée.

Il y a un itinéraire qui mène au centre du cirque glaciaire de Gredos, très fréquenté en été par les touristes et les alpinistes. C’est celui que j’ai emprunté début mai dernier pour photographier les bouquetins. Le sentier commence à la Plataforma de Gredos (1750 m) et commence à monter vers le sud-ouest pour atteindre les Barrerones (2210 m). De là, le sentier descend au sud jusqu’à la Laguna Grande et le refuge Elola. La distance aller est d’environ 6,4 km. C’est l’un des endroits les plus importants du parc régional. Ce cirque glaciaire est le plus étendu de tout le système central, avec une superficie d’ environ 33 hectares.

À l’est du cirque se trouve le pic Almanzor, le plus haut de la chaîne de montagnes avec ses 2592 mètres d’altitude. Dans la partie inférieure du cirque, et donc au nord-est de celui-ci, se trouve la « Laguna Grande« , également d’origine glaciaire, à une altitude de 1940 m. Elle est aujourd’hui gelée et recouverte de neige. À côté de cette lagune se trouve le refuge Elola, très fréquenté par les alpinistes qui montent au sommet de l’Almanzor (cliché pris avec mon portable).

Le Cirque de Gredos se trouve dans le bassin hydrographique de la rivière Tormes, un affluent du Duero – cliché pris avec mon portable depuis los Barrerones (2210 m).

Ma seule rencontre du jour, un couple d’Espagnols de la région, cliché pris avec mon portable pendant la descente. Le monsieur a gravi la plupart des plus hauts sommets de nos Pyrénées françaises. Je n’aime plus trop me promener seul en montagne, en particulier dans la neige quand je ne connais pas les lieux et nous avons terminé la montée ensemble. Je me suis attardé pour prendre des photos et ils sont redescendus en premier. Et ce que je redoute parfois est arrivé devant moi. Avant ce cliché, le monsieur est passé en partie au travers du manteau neigeux printanier gelé et avait du mal à en ressortir. Heureusement, il s’est dégagé sans mal avant mon arrivée. Comme quoi, tout peut arriver dans cet environnement et j’en ai un peu souri, mais après!

Tout le long de l’itinéraire, outre les bouquetins ibériques, j’aurai l’occasion de rencontrer, autant durant la montée que lors du retour, de nombreux passereaux. Par moments, ils s’envolent carrément à mes pieds, des moments très sympas. Trois jours plus tôt, j’avais rencontré en Estrémadure un ornithologue allemand spécialisé dans la prises de photos d’oiseaux pour des guides naturalistes. Il m’avait raconté ces moments qu’il avait lui-même vécus et j’avoue que j’avais été d’abord un peu réticent à le croire. C’est un peu sous son incitation que j’ai choisi cette destination pour essayer de trouver à l’origine, non pas le bouquetin ibérique mais, la Gorgebleue! Et j’ai été comblé, en photographiant les deux : sentiment de plénitude en redescendant vers la voiture! Les passereaux rencontrés feront l’objet du prochain article, celui-là est déjà bien conséquent.

Mon dernier cliché de cette sortie, que j’aime bien. La harde s’éloigne tranquillement le long du chemin cairné et ce sujet se retourne pour m’observer, avant de s’éloigner à son tour.

Le retour de Capra pyrenaica dans nos Pyrénées

Ce mois d’avril 2019, le Bouquetin ibérique vient au devant de notre actualité régionale. Le jeudi 11,  il y avait du monde sur la commune d’Accous, dans la Vallée d’Aspe. Tous sont en effet venus assister à un grand moment : le lâcher au lieu-dit Aoulet de sept bouquetins ibériques originaires du parc national de la Sierra de Guadarrama en Espagne, le premier pas vers la création d’un nouveau noyau dans les Pyrénées françaises. Ils s’appellent Babeth, Batman, Hardy, Franky, Lazagne, Caramel et Espoir. Les jeunes générations sont impliquées dans la démarche et les enfants des établissements scolaires des environs ont été invités à donner un petit nom aux nouveaux arrivants. Ils sont aussi invités à assister aux lâchers des animaux. Hélas, je n’ai pu être présent à cet événement. Ce premier lâcher en Haut-Béarn marque le retour historique de ces ongulés emblématiques en terres béarnaises, depuis leur disparition il y a plus d’un siècle. D’ici 2020, ce sont 75 bouquetins qui devraient être réintroduits au total dans cette région des Pyrénées, dont 26 avant la fin de l’été. Le projet de réintroduction dans le Haut-Béarn devrait s’articuler autour de trois lâchers en vallée d’Aspe et trois autres en vallée d’Ossau où le bouquetin pointera le bout de ses cornes en 2020.

Mais le programme de réintroduction de l’espèce dans les Pyrénées françaises a en fait débuté en 2014.  Après de longs pourparlers entre la France et l’Espagne, la décision de réintroduire le bouquetin dans les Pyrénées a été prise par les gouvernements concernés (français, andorran et espagnol) en avril 2014. Les critères de réintroduction (forte variabilité génétique, enjeu sanitaire avec absence de gale sarcoptique) a conduit à la décision d’un mixage des noyaux fondateurs réintroduits, basés sur une double provenance à partir des populations des secteurs de la Sierra de Guadarrama et de Gredos, toutes les deux peuplées de la sous-espèce victoriae.

Au cours de l’été de la même année, 37 individus (Capra pyrenaica ssp. victoriae) en provenance de la sierra de Gredos ont été lâchés : 15 dans le Parc National des Pyrénées (Péguère-Ardiden, commune de Cauterets, Hautes-Pyrénées) et 22 dans dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises (cirque de Cagateille, commune d’Ustou). La population de Gredos est celle qui paraît la plus facilement adaptable au milieu pyrénéen du fait d’une similitude climatique avec un climat enneigé et froid. Les premières naissances côté français sont enregistrées dès le printemps 2015 (trois dont une issue d’une reproduction Pyrénéenne et 2 du lâcher en avril 2015 de femelles gestantes). En 2016, c’est sur la commune de Gèdre, dans la vallée de Luz/Gavarnie, que les lâchers ont été effectués par la Parc national des Pyrénées. L’objectif est de renforcer le noyau initial et d’étendre le territoire. Chaque bête est équipée de boucles auriculaires (et certaines ont en plus un collier GPS) qui permettent de les identifier et de les suivre, afin de les étudier.

D’autres réintroductions ont eu lieu par la suite dans ces deux départements; on compte à ce jour 95 lâchers (39 mâles/56 femelles) dans le parc naturel des Pyrénées ariégeoises et 109 (45 mâles/64 femelles) dans les Hautes-Pyrénées (https://www.bouquetin-pyrenees.fr/chronologie-des-lachers). La population de 140 individus qui évoluent aujourd’hui sur le territoire du Parc national des Pyrénées, et les dernières saisons de reproduction fructueuses (49 cabris en 3 ans) sont des signes encourageants pour un retour pérenne de cette espèce sauvage emblématique. Deux d’entre eux, des mâles nommés Arfi et Rico, ont déjà été vus en exploration dans le Haut-Béarn en 2016. Pour 2018, 28 cabris ont été découverts dans les Pyrénées, 13 dans le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises et 15 dans le Parc national des Pyrénées. Ces chiffres sont des minima puisque toutes les femelles n’ont pas pu être observées cette année.

Selon certains experts, une population est cependant estimée viable lorsque elle atteint deux cent individus environ. L’objectif du projet dans le Parc national des Pyrénées est maintenant de réaliser une implantation durable de deux noyaux de population en vallées d’Aspe et d’Ossau capables de se développer et de se connecter à terme avec les noyaux déjà existants en vallées de Luz et de Cauterets. L’expérience montre que les animaux sont fidèles aux sites de lâcher pour la grande majorité des individus.

Parfois confondu avec son cousin le bouquetin des Alpes (Capra ibex), le bouquetin ibérique est toutefois une espèce à part, avec des caractéristiques qui lui sont propres. La première de toutes, celle qui permet de distinguer à coup sûr un ibérique d’un bouquetin alpin, ce sont la forme des cornes. Chez Capra pyrenaica, elles forment en effet une torsade, tandis que chez Capra ibex, elles sont en courbe linéaire. L’Ibérique est aussi plus petit que son cousin alpin.

« Restaurer le bouquetin constitue un acte de réparation des pertes causées par l’homme sur le patrimoine naturel durant les temps historiques. Préalablement à toute réintroduction, la condition exigeant que soit éliminée la cause principale de sa disparition est aujourd’hui remplie grâce au statut de protection d’espèce protégée du bouquetin ibérique (arrêté du 15 septembre 2012) qui interdit de fait la chasse au bouquetin sur le versant français ».

Article rédigé le 19 avril 2019, à partir de mes photos personnelles (reflex et téléphone portable), de constations faites sur place et de publications sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens principaux :

https://es.wikipedia.org/wiki/Capra_pyrenaica

https://es.wikipedia.org/wiki/Sierra_de_Gredos

https://www.bouquetin-pyrenees.fr

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/bouquetin-iberique

Le village d’Accous en vallée d’Aspe, sous les étoiles. En arrière-plan, le cirque d’Accous avec de gauche à droite, le Pic de Bergon (2068m), le pic de La Marère (2221m). Au fond, le col d’Iseye, puis le Ronglet (2180m). 

On peut remarquer sur la colline dominant le village la réalisation du graphiste et dessinateur Thierry Fresneau qui, depuis juin 2007, crée des visuels intégrés dans le paysage, ici l’Ours pour l’année 2015. Ses œuvres délivrent des messages ou incitent à réfléchir. Ici, selon lui, l’ours est là pour interroger touristes et habitants sur « leur lien avec la nature, avec l’animal, et avec ce qui les fait vivre aussi ». 2019 sera-t’elle l’année du bouquetin?