logo
La Peña de Oroel (Jaca) – 7 juin 2019

La Peña de Oroel (Jaca) – 7 juin 2019

L’éperon rocheux de la Peña de Oroel et sa croix, tout à gauche à son sommet.

La Peña de Oroel (Jaca)

La Peña de Oroel (1769m) qui domine Jaca (en Aragon, au pied des Pyrénées sur l’axe Pau – Saragosse par le Tunnel du Somport) est une très belle destination pour les adeptes de la randonnée avec un peu de dénivelé. Je la conseille en particulier quand nous sommes lassés par les mauvaises conditions météo de notre côté des Pyrénées. Il n’y a pas de difficulté particulière.

Pour s’y rendre, à la sortie sud de Jaca, on prend l’A-1205 en direction de Buernes et de San Juan de la Peña. Après quelques kilomètres, on quitte la route principale pour prendre une route étroite à main gauche (virage serré). On arrive rapidement au Parador de Oroel (qui est un simple refuge), appelé aussi refuge Mirador de Oroel.

Le refuge Mirador de Oroel, au téléobjectif depuis la « Cruz de Oroel »

Présentation de l’itinéraire au départ du sentier.

Le départ de la randonnée est indiquée par un panneau (1186m). Il y a deux possibilités : aller directement à la Cruz de Oroel (1769m), au sommet de la Peña (dénivelé 613 m cumulé pour 8,59 km avec mes A/R sur mon GPS), avec la possibilité de faire un détour à l’aller ou au retour vers l’ermitage de « la Virgen de la Cueva ». Pour plus d’informations sur le topo, il y a des sites incontournables comme celui de Topopyrénées de Mariano, site auquel vous pouvez vous abonner. Il y a une mine d’informations sur les Pyrénées, conseils très utiles, randonnées avec traces GPS, faune et flore avec de magnifiques photos.

Quelques photos pendant la montée

Aperçu sur la Cruz de Oroel dressée au sommet de la Peña du même nom, pendant la montée.

Aperçu sur la plaine de Jaca et sa mosaïque de parcelles, pendant la montée.

A la sortie de la forêt, en direction de la Cruz de Oroel (1769m).

A l’approche de la Cruz de Oroel (1769m).

Depuis la ligne de crête, la végétation côté versant sud change. A l’horizon sur la droite dans la continuité du passage de la ligne HT, los Mallos de Riglos (côté gauche) suivies par la Peña Rueba (falaises claires côté droit).

400m environ de vide, versant nord.

A nos pieds, Jaca et les mosaïques de parcelles cultivées qui l’entourent – Le panorama sur la chaîne des Pyrénées avec au centre, la vallée de l’Aragon.

La pointe ouest de la Peña de Oroel avec, tout au fond à l’ouest, l’embalse de Yesa.

Rencontre au sommet!

Sur le chemin du retour, la vue en direction de la pointe est de la Peña de Oroel.

Un panorama grandiose sur la chaîne des Pyrénées

Ce qui m’a plu avant tout, c’est le beau panorama sur la chaîne des Pyrénées côté espagnol, avec des sommets bien connus comme le Bisaurin à l’ouest (2669m). Situé dans la province de Huesca, c’est le plus haut sommet pyrénéen rencontré en venant depuis l’océan Atlantique entre les massifs d’Aspe et d’Anie : je le vois très bien depuis la maison et il a pour moi une importance particulière. A l’est, on aurait dû apercevoir l’Aneto (3404m, le plus haut sommet des Pyrénées) mais je n’ai pas réussi à le localiser : en effet ce jour-là, certains sommets sont restés noyés dans les nuages.

De gauche à droite : los Dientes de Batanes – Le massif du Vignemale  et la Pique-Longue (3298m) – El Pico de la Tendeñera (pratiquement au centre dans le nuage) – Les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche (la Brèche de Roland, à sa droite, est occultée) – Le Casque de Marboré – La Tour de Marboré – Le pic du Marboré – Le Cylindre du Marboré. 

De gauche à droite : Les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche (la Brèche de Roland, à sa droite, est occultée) – Le Casque de Marboré – La Tour du Marboré – Le pic du Marboré – Le Cylindre du Marboré (dans les nuages) – Le Mont Perdu (dans les nuages) – Le Soum de Ramond (dans les nuages) – Le col d’Añisclo – Las Très Marias, puis à nouveau les nuages cachant l’Aneto!

Quelques vues sur des sommets connus

On identifie très bien quelques sommets du versant espagnol comme le Visaurin, le pic d’Aspe (2645m, qui nous domine quand on va au Somport), le Vignemale (sommet culminant des Pyrénées françaises à 3298m), le Taillon (3144m), la Fausse Brèche et d’autres 3.000m mythiques du cirque de Gavarnie; ainsi que d’autres sommets dont la liste suit en photos de l’ouest vers l’est.

Le Visaurin ou Bisaurín en espagnol (2654m).

De gauche à droite : el pico Llena del Bozo (2566m) – La Llena de la Garganta (2599m) – l’Aspe (2645m) – El pico Lecherín (2561m) – El pico Tortiellas (2364m).

La vallée du fleuve Aragon.

La Collarada (2886m) – La Collaradeta (2742m).

Le plus haut sommet à gauche, la Peña Retona (2781m).

Vue rapprochée sur la Peña Retona (2781m).

Au centre, la Peña Telera (2764m) avec, sur la droite en arrière-plan de la Peña Blanca, les pics d’Enfer (3082m).

Vue rapprochée sur la Peña Telera (2764m).

Los Dientes de Batanes (2894m), deuxièmes sommets à partir de la gauche puis le massif du Vignemale avec la Pique-Longue (3298m).

Plus haut sommet vers la gauche, la Tendeñera (2853m).

Les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche (la Brèche de Roland, à sa droite, est occultée) – Le Casque de Marboré – La Tour du Marboré – A l’extrémité droite, le début du pic du Marboré.

Vue rapprochée sur les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche.

Le Casque de Marboré – La Tour du Marboré, à la base du pic du Marboré (dû à l’angle de vue) – Le Cylindre du Marboré – Le Mont Perdu – Le Soum de Ramond. Au milieu du tiers inférieur, le canyon d’Ordesa.

Le ballet aérien des vautours

J’ai bien apprécié aussi le balai aérien des vautours nichant dans les falaises de poudingue de la face nord de la Peña. La présence de certaines fleurs m’a aussi interpellé : du muguet sauvage au début du sentier ainsi que quelques rares pieds de Sceau de Salomon odorant. Sur la crête de la Peña côté du versant sud, on trouve également de nombreuses Tulipes australes, une fleur que je n’avais jamais observé auparavant. Je n’ai pas su prendre le temps de les photographier.

Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

 

L’envol pour la traversée des Pyrénées au lever du soleil, avec étape à l’embalse de la Sotorena (sur l’Alberca de Alboré)

Séjour ornithologique en Espagne – 11 février 2019

La lagune de Gallocanta

pour l’observation de la grue cendrée (Nom scientifique Grus grus)

Présentation de la lagune

Le village de Gallocanta (152 habitants) au bord de la lagune du même nom.

La lagune de Gallocanta est la plus grande lagune d’eau salée intérieure d’Europe. Elle est située à une altitude de 990 mètres, au cœur de la chaîne ibérique entre les provinces de Saragosse et de Teruel (communauté d’Aragon). C’est une zone humide d’importance internationale et une réserve naturelle remarquable. Ses dimensions sont importantes, 7,5 km de long et 2,5 km dans sa partie la plus large pour une superficie de 1 400 à 1900 ha suivant le degré d’inondation, avec une zone périphérique de protection d’environ 4 500 haLa profondeur moyenne est de 70 centimètres et la profondeur maximale en période d’inondation est d’environ 2 mètres. Le bassin lui-même est délimité par les chaînes de montagne Santa Cruz et Pardos au nord, la chaîne de montagnes Menera au sud et la chaîne de montagnes Caldereros à l’est. La lagune est entourée par les villages de Gallocanta, Berrueco, Tornos, Bello et Las Cuerlas

Le climat de la région est méditerranéen continental, avec des températures de -21 ° C en hiver et 30 ° C en été. La pluie est rare et irrégulière (450 mm par an), mais avec des chutes de neige durant les mois d’hiver et des gros orages dans les mois d’été.

Extrait de la carte Google Earth, avec les principales étapes de la migration des grues de part et d’autre des Pyrénées (épingles jaunes).

Elle a un grand intérêt ornithologique pour les espèces migratrices. Elle est en particulier une étape incontournable (avec l’embalse de la Sotorena, objet de mon précédent article) sur la route de l’ouest pour la migration automnale (ou post-nuptiale) des grues cendrées entre les Pyrénées et les zones d’hivernage dans le sud de l’Espagne; et, bien sûr, l’inverse pour la migration du printemps.

Environ 25 000 grues y séjournent durant l’hiver, population à peu près équivalente à celle qui séjourne à Arjuzanx (Landes), dans le parc naturel régional des Landes de Gascogne. Elles se nourrissent dans les champs environnants où on pratique la culture intensive de maïs (grâce à l’irrigation), du tournesol et d’autres céréales, de la luzerne, etc. Ces champs offrent l’occasion d’y observer certains oiseaux de steppe à la bonne période : la Grande outarde ou Outarde barbue (Otis tarda), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax), le Ganga unibande (Pterocles orientalis) et l’Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) qui se regroupent souvent en petit nombre à la fin de l’été et le début de l’automne pour se rendre plus au sud où ils hivernent.

Une petite volée de Tadornes de Belon au lever du jour – Très nombreuses.

D’autres grands oiseaux migrateurs peuvent utiliser la lagune pour se reposer, comme les cigognes (dont la cigogne noire) ainsi que quelques flamands roses. Les anatidés peuvent y être très abondants en fonction du niveau d’inondation. On trouve également pas mal de rapaces.

Marais et roselières, au sud de la lagune.

Le sud de la lagune est alimentée par de petits cours d’eau, des eaux de ruissellement et des sources d’eau douce, propices au développement de roselières. Les grues viennent s’y laver les plumes et se désaltérer.

La salinité de la lagune est très élevée, jusqu’à dix fois supérieure à celle de l’eau de mer en fonction de l’évaporation. La forte concentration de sel dans les eaux empêche toute présence de poisson. Plus de 220 espèces d’oiseaux peuvent cependant se reposer ou séjourner dans cet environnement , comptage cumulé sur toutes les périodes de l’année.

Chevreuils et sangliers dans le givre matinal.

Parmi les mammifères, les chevreuils et sangliers sont facilement observables, ainsi que les renards et autre faune courante.

Mon séjour à Gallocanta

C’est dans ce petit paradis que je débarque en début d’après-midi, ce mardi 12 février 2019, suite aux conseils de trois ornithologues très sympathiques rencontrés le jour précédent à l’embalse de la Sotorena (province de Huesca).

Source de ce document : Memoria de gestion Reserva Natural Dirigida de la Laguna de 2016

(Gobierno de Aragon-Departamiento de Desarrollo Rural).

Le trajet sur l’A23 depuis ma dernière destination, Montmesa, se passe sans histoire. La distance prévue est de 205 km pour environ 2h30. Après avoir contourné Saragosse, à la hauteur de Carinena, j’aperçois pas mal d’amandiers en fleurs. La route monte régulièrement et à un moment, mes oreilles se débouchent; on est en altitude. Je passe un petit col à 925m, el purto de Rueda. Je prends la sortie 232 pour la N330 jusqu’à ma nouvelle destination, le village de Gallocanta. Beaucoup de paysages de steppes vallonnées le long de la nationale; quelques arbres isolés sur une terre très rouge. Quelques tracteurs sont en train de la travailler. A l’horizon, une chaîne de montagnes avec des sommets arrondis, dont un est enneigé à l’arrière-plan. La ville de Daroca semble avoir une histoire intéressante, avec plusieurs centaines de mètres de remparts dont certains ont été restaurés. J’apprendrai que cette ville a été celte, puis romaine, puis arabe, puis indépendante, pour enfin devenir espagnole. Il me reste encore une quinzaine de kilomètres à faire sur une route qui monte avec beaucoup de lacets, au milieu d’un paysage montagneux et aride par endroits. Quelques forêts de chênes-lièges et des plantations d’arbres fruitiers en fonction de l’exposition. Après avoir passé à nouveau un petit col, je redescends en apercevant au loin ma lagune, sur un immense plateau qui s’étend à perte de vue.

Arrivé sur un point dominant la lagune, je suis agréablement surpris par son importance ainsi que de constater qu’il n’y a aucune végétation qui l’entoure. Il n’y a pratiquement pas d’arbres et ceux qui ont eu le courage de pousser sont plutôt rabougris. Les terres cultivés descendent en pente très douce vers l’eau. Il fait très beau et la réverbération à la surface est importante; c’est très joli. Il ne fait que 9 °C, avec du vent.

Mes premières grues au bord de la lagune, depuis « el Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Le village de Gallocanta, à l’heure « del almuerzos ».

Les premières grues sont déjà visibles, c’est bon signe pour la suite du séjour. Je rentre dans Gallocanta, village classique d’Aragon aux murs couleur de terre ou blanchis à la chaux et absolument désert, même pas une voiture. Un chien qui traînait par là vient me tenir compagnie. J’oubliais! Es la hora del almuerzos! Il est 14h00 et j’ai fait 520  km depuis le départ de mon domicile. 

« El Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Je m’arrête au Centre d’information sur la réserve naturelle de Gallocanta (Centro de Visitantes). Il a fermé à 13h30 et il ne rouvre qu’à 15h30. Ce n’est pas grave. Je commence à prospecter en prenant le sentier praticable qui fait le tour du site, long de trente-trois kilomètres avec de temps en temps un observatoire panoramique assez éloigné de la berge. Direction l’observatorio de los Aguanares!

L’observatorio de Los Aguanares, situé au bord de la partie nord de la lagune. Le niveau de l’eau est bien en retrait.

Vue vers l’est depuis los Aguanares.

Deux vues vers l’ouest depuis los Aguanares.

Vues vers le sud, depuis los Aguanares.

Le niveau d’eau n’est pas à son maximum en ce moment. Le moment de la journée n’est pas propice à la photographie, il y a peu d’oiseaux et la lumière trop éclatante. Je m’arrête un instant à l’observatoire de Los Aguanares, sans insister. Je poursuis mon tour vers l’observatoire de La Ermita. Pendant quelques kilomètres, le chemin s’éloigne de l’eau pour ménager une zone de tranquillité interdite d’accès. Il monte ensuite vers le prochain point de vue.

L’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, sur les hauteurs en face du village de Gallocanta, avec un point de vue dominant sur la lagune côté nord-ouest. 

Vue plongeante sur le nord de la lagune, depuis l’observatoire de los Ojos.

Vue zoomée depuis los Ojos.

Arrivé à l’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, je fais une halte à l’observatoire de La Ermita, puis à celui de Los Ojos. La vue plongeante sur les berges où les grues sont paisiblement en train de se nourrir est bien plus intéressante et la lumière plus flatteuse que mon précédent arrêt. Je continue ensuite vers le mirador de La Reguera. 

Grues en train de se toiser, près du mirador de La Reguera. Moment typique de la parade nuptiale.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera – La parage nuptiale a commencé.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. Le tracteur a dû se frayer un passage.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. L’envol dans la lumière du soir, pour laisser passer un tracteur. 

Sur le circuit vers le mirador de la Reguera, j’observe quelques linottes mélodieuses, des bruants, une volée de perdrix et … une surprise dans un champ : une grosse volée de plus de 500 grues proches du chemin. Je les observe un bon moment, jusqu’à ce qu’un tracteur arrive derrière moi. Je me gare mieux pour le laisser passer et celui-ci s’avance vers les grues qui ne bougent pas. Il est à la limite de les pousser pour que, finalement, elles s’écartent pour le laisser passer. Et moi qui avait peur de les perturber! Manifestement, elles sont habituées aux engins agricoles mais il ne faut pas croire pour autant qu’elles sont apprivoisées. C’est sympa de les voir faire et j’aurai l’occasion de faire mes premières photos en me rapprochant jusqu’au mirador de La Reguera. Elles ont des chances d’être réussies : il est bientôt 18 h et la lumière jaunit. Le soleil est bas et les couleurs deviennent très belles. Je me fais plaisir. A peine envolées, poussées par le tracteur, les grues se reposent un peu plus loin, en trompettant.

Entre le mirador de la Reguera et le village de Bello. 

Dans les environs de los « Arboles de Mateo ».

Dans un champ juste avant l’entrée du village de Bello, une partie de la parade nuptiale dans la lumière rasante du soir, 

avec un couple accompagné par le jeune de l’an dernier.

Les grues, avec cette belle journée ensoleillée, ont manifestement l’intention de traîner assez tard. Je continue mon tour tout en observant quelques petits groupes dans les champs, par-ci par-là. J’ai l’occasion de photographier deux grues en train de parader, les ailes dépliées, et de les observer longuement. Le rituel pré-nuptial a déjà commencé, avant la remontée vers le Nord de l’Europe. 

« Pour ce rituel, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, en décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant. Ce rituel est visible aussi, en partie, sur d’autres photos ».

Je traverse le village de Bello puis je me dirige vers le village de Tornos. Après « el Centro de Interprétation de Bello », je ne vois qu’au dernier moment la bifurcation pour reprendre le tour de la lagune; je verrai çà demain, il est tant d’aller assister au coucher des gruesà mon point de départ.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta. 

Le tour du site est terminé. Je suis de nouveau arrivé au centre d’interprétation qui domine le fond de la lagune, côté nord. Le spectacle est très intéressant. Le soir tombe et les grues reviennent au dortoir. Les grues migrantes arrivées dans la journée se sont d’abord posées dans l’eau et sur les berges, puis elles se sont envolées d’un seul tenant pour aller se nourrir dans les champs plus au nord. Ce sont probablement les mêmes qui reviennent à cette heure très tardive. J’observerai également ce phénomène le jour suivant. Que c’est beau! La surface de l’eau reflète les couleurs du ciel qui passe du jaune doré au rouge intense puis revient vers le jaune. Elles sont loin et on n’y voit plus beaucoup; heureusement, j’ai un objectif lumineux. Je pose mon matériel sur le trépied et je continue à photographier. Elles continuent à arriver dans l’obscurité et on peut entendre leur chant très puissant retentir d’un peu partout, même venant de champs très lointains. C’est la première fois que je peux assister à ce spectacle très coloré au bord de l’eau.

Le retour des grues à la nuit tombée. Vue d’ensemble du nord de la lagune, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Il est 19 heures; je ne peux plus photographier mais je continue à me régaler, tout en pensant qu’il faut que je prenne une décision pour dormir! Parti de la maison avec des courbatures partout et un gros mal de tête, j’ai écarté la grippe comme l’une des causes possibles, ne me sentant pas le front chaud. Je choisis la sagesse en me reposant dans un bon lit plutôt que de dormir dans la voiture, solution que j’aime bien pourtant car elle me laisse une liberté totale. Il est bientôt 20h00 et je me dirige vers l’auberge Allucant à Gallocanta. Accueillante et très chaleureuse, elle a de la place, heureusement pour moi. J’y passerai une bonne soirée et une bonne nuit. Avec en projet d’être présent avant l’aube afin de voir les grues dans leur sommeil!


Mercredi 13 février 2019 – J’ai prévenu le patron, Javier, que je partirai très tôt pour assister au départ des grues et que l’on ne se verrait sans doute pas. Le ciel est magnifique, très étoilé et sans un seul nuage. Il fait froid et j’ai la surprise de trouver le pare-brise gelé; je perdrai du temps à le dégeler. Il fait – 4 °C. La campagne est magnifique, la végétation est givrée; toute la plaine est blanche.

Premières lueurs de la deuxième journée, depuis « los Aguanares ».

Depuis « los Aguanares ». Le ciel rosit.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Les premières lueurs du jour sont déjà passées quand j’arrive à l’observatoire « Los Aguanares »; j’ai calculé trop juste! Cela me décide déjà pour rester un jour de plus, je tiens absolument à observer les grues lorsqu’elles sont encore sur leur dortoir. En effet, elles décollent toutes ensemble au moment où j’arrive, c’est leur heure! J’ai les doigts gelés et quelques difficultés à paramétrer mon reflex. La lagune est d’un calme olympien, la surface est lisse comme un miroir. Quelques grues sont quand même restées, ce qui me laisse l’occasion de faire tranquillement quelques photos. Au fur et à mesure que la lumière paraît, la campagne « scintille ». La température a continué à chuter et le spectacle est top.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Depuis « los Aguanares ». Direction l’embalse de la Sotorena, puis les Pyrénées.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Direction les champs alentour.

A 8h30, le soleil a bien dépassé les hauteurs des montagnes environnantes et il ne reste plus de grues au dortoir; je reviens à la voiture pour aller observer les grues dans les champs alentour. Demain, je reviendrai absolument de nuit. 

Entre Los Ojos et Las Cuerlas, dans les champs.

Entre Los Ojos et Las Cuerlas – Chevreuils dans la steppe.

Entre Las Cuerlas et le mirador de La Reguera – Brumes bleutées matinales.

Dans les champs près du mirador de La Reguera. La grosse concentration des grues de la veille. Où ont’elles dormi?

La campagne est intéressante, il y a pas mal de rapaces, dont des faucons crécerelle et des busards saint-martin. A l’arrivée au mirador de « La Reguera », les grues sont toujours là mais plus craintives que la veille. Quel attroupement! Ont-elles passé la nuit dans les champs? Je ne saurais le dire, la matinée est déjà avancée. Une chose est sûre, je les entendais chanter de loin hier dans la nuit et ce matin avant d’arriver. Je me fais encore plaisir à les photographier, on ne se lasse pas de ce genre de spectacle. Que vais-je faire de tous ces clichés?

Tadornes de Belon.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Une parade nuptiale.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

10h00 du matin, ce mercredi! La température remonte doucement, il fait un beau soleil! Je continue le sentier en direction du village de Bello. Au bord de la lagune mais assez loin de mon poste d’observation, un gros rassemblement d’anatidés que je prends d’abord pour des Tadornes de Belon. J’en voie parfois quelques-unes au lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées).  Les clichés me donneront raison. On l’appelle « Tarro blanco » en espagnol. C’est un bel oiseau!

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Parade nuptiale.

Dans un champ, à l’entrée du village de Bello.

En arrière-plan dans les turbulences de l’air, le village de Tornos.

Arrivé à l’opposé de la lagune, plein sud, je ne voie plus de grues. C’est pourtant à partir de là qu’il est conseillé de faire le tour du site, avec le soleil dans le dos. Les jours se suivent et peuvent ne pas se ressembler. Le soleil est maintenant haut, il est 11 heures. La lumière est dure et les brumes de chaleur commencent à perturber la netteté des clichés. Depuis mon arrivée hier, je remarque que je suis le seul photographe / randonneur. 

Le fond de la lagune, au sud, avec le village de Las Cuerlas.

En fait, les grues sont bien là, posées au milieu des roselières dans la partie où émergent des sources d’eau douce. Elles pataugent à la recherche de nourriture dans cette zone marécageuse et sont en fait bien plus nombreuses que dans la partie nord. J’aperçois un garde en voiture dans la Réserve Naturelle, salarié du gouvernement d’Aragon. Rencontre qui tombe à pic, elle me permet de repérer le chemin autorisé dans le périmètre de la lagune, que j’avais deviné trop tard hier. Il se dirige vers le mirador del Canizar. J’apprendrai que l’entrée de ce chemin est un bon spot pour observer l’arrivée des grues venant de la la migration.

Le mirador del Canizar.

Depuis le mirador del Canizar. Vue vers le fond de la lagune et vers « el Centro de Interprétation de Bello ».

Depuis le mirador del Canizar. Arrivée d’un groupe de chevreuils.

Depuis le mirador del Canizar. Chevreuils et grues font bon ménage.

Depuis le mirador del Canizar, j’ai l’occasion de surveiller le mouvement des grues dans les marais de la partie sud; il y en a, je pense, autour de 4 000. Un petit groupe de chevreuils traverse en pataugeant dans l’eau. La scène est très sympa. Je me contenterai ensuite d’observations visuelles, bien que lointaines. Il est déjà 14h00 et les perturbations atmosphériques sont particulièrement prononcées au travers d’un téléobjectif ou de lunettes d’observation. Je vais profiter de ce moment où il n’y a plus grand chose à faire pour passer à l’auberge réserver une nuit supplémentaire. A partir de 16h00, je reviens à l’observatoire « Los Aguanares ». Les grues sont plus nombreuses qu’hier.

Depuis Los Aguanares – Les grues arrivées de migration dans l’après-midi repartent se nourrir dans les champs en passant au-dessus de moi. Au fond, l’observatoire Los Ojos.

Depuis Los Aguanares – Vue vers l’observatoire del Centro de Interprétation de Gallocanta, libre d’accès. 

Entre 16h30 et 17h00, les grues redécollent de la partie nord de la lagune. Clichés de proximité.

Entre 16h30 et 17h00, toutes les grues repartent vers le nord pour ne revenir qu’à la tombée de la nuit: cela me confirme que ce sont sans doute des grues de passage. J’aurai ce soir l’occasion de faire quelques rencontres. Tout d’abord, un photographe passionné par les grues venu spécialement de Salamanque : il me passera pas mal d’informations dont certaines sont reprises dans cet article, confirmées par mes recherches. Il y aura ensuite Enric, avec qui on échangera nos adresses de site internet. Et enfin, juste avant la tombée de la nuit, trois messieurs ornithologues sont arrivés, des Espagnols étrangers à la région. L’un deux m’a indiqué un spot pour des gypaètes barbus dans le parc national d’Ordesa et du Mont Perdu, « La Garganta de Escuain », très intéressant pour lui. Toutes mes rencontres du jour ont été positives!

Depuis Los Aguanares. Rayons rasants sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil – Il faut monter en iso!

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil. La lagune est encore calme.

En ombre chinoise, « el ermita Virgen del Buen Acuerdo », avec un point d’observation sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des grues à la tombée de la nuit. Les volées se suivent, nombreuses.  

En surplomb, l’observatoire de Los Ojos.

Depuis Los Aguanares. Vues partielles des grues au dortoir. Les conditions ne sont plus propices pour la photo.

Les grues sont revenues en nombre vers 19h30 alors que la luminosité avait bien faibli. Un spectacle magnifique qui continuera même à la nuit noire!

De retour à l’auberge tardivement, j’aurai l’occasion de finir la soirée en discutant encore d’ornithologie avec un couple venu également observer les oiseaux dans la région. J’apprendrai aussi sur internet que toutes les grues ayant hiverné sur le site d’Arjuzanx (Landes) sont reparties ce mercredi. Le comptage officiel à Gallocanta ce mercredi 13 février est de 22 013 grues sur le site du gouvernement d’Aragon, avec un maximum de 35 316 sept jours plus tard.

Je rappelle au passage les grandes étapes de la migration pré-nuptiale des grues cendrées quittant les vastes plaines et la dehesa de l’Estrémadure pour le Nord de l’Europe : la lagune de Gallocanta (objet de cet article), l’embalse de la Sotorena (précédent article), traversée des Pyrénées jusqu’au site d’Arjuzanx (Landes, objet d’un futur article) puis le lac du Der (Champagne-Ardennes).


Jeudi 15 février 2019 – Ce matin, je ne me suis pas fait piéger! J’ai mis la veille une protection contre le gel sur le pare-brise que je garde toujours dans un coffre bien pratique du Partner. Le ciel est toujours aussi magnifiquement étoilé et sans aucune pollution lumineuse quand je pars. Arrivé à l’observatoire « Los Aguanares », j’aurais l’occasion cette fois-ci d’assister au réveil des grues alors qu’il fait encore nuit. La brume est en train de se former sur la lagune!

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». La plupart des grues sommeillent encore. (temps de pose 1 sec, iso 800 et ouverture maxi). 

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Lueurs de l’aube et envahissement de la brume.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Les premières grues s’envolent vers l’est.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». L’envol en masse, au-dessus de l’observatoire. Cliché éclairci (il fait encore sombre).

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». « A bientôt ».

Il fait très froid et j’attrape l’onglet au contact du matériel photo qui se refroidit lui aussi. J’ai du mal à le tenir malgré mes gants (un peu trop légers pour la circonstance). Au fur et à mesure que l’aube surgit, les grues s’agitent de plus en plus et le « top départ » est donné à 7h50 et ne dure que quelques minutes. Il ne reste plus qu’une dizaine de grues sur le site alors que le soleil n’est pas encore levé.

Ayant assisté à son lever la veille, je n’attendrai pas une seconde fois et je repars parcourir la campagne environnante, recouverte de givre.

L’ambiance est magnifique sous le givre. Le brouillard envahit le paysage et masque le lever du soleil. Je ferai quelques jolies rencontres avec la faune après l’observatoire de Los Ojos dans une zone herbeuse non entretenue, avec deux groupes de chevreuils et neuf sangliers. Il fait – 4° C, ce matin.

Paysages de brumes vers les villages de Las Cuerlos et Bello.

Paysages de brume vers le village de Bello. Quelques grues se nourrissent déjà au premier plan.

Le soleil éclaire parfois la cime des rares arbres disséminés dans la campagne.

Le mirador de La Reguera, pris en direction du sud de la lagune.

Près du mirador de La Reguera, enveloppé dans le brouillard – La (très) grosse volée du grues est encore là!

Parade nuptiale dans la brume et la gelée matinale, qui ne refroidissent pas les ardeurs!

Je me répète : « pour le rite pré-nuptial, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant ». Magnifique à observer, et … un peu incompréhensible.

Le faucon crécerelle est lui aussi un peu « givré ». Il se laisse approcher sans problème, un peu frigorifié.

Depuis le « Centro de Interpretation de Bello ». La brume au-dessus de la lagune.

Il n’a pas dû pleuvoir depuis un petit moment, les pistes sont poussiéreuses et la voiture en profite. Elle mérite déjà un bon lavage. Le soleil commence à percer vers 10h00 et je passe au  Centre d’interprétation de Bello dès son ouverture. J’y récupère leur dépliant de présentation, très bien fait. On m’y confirme la présence de l’Outarde barbue mais ce n’est pas la bonne période. Ici, elle serait un migrateur partiel qui arriverait de la Castille en avril/mai. Le brouillard s’est levé et on retrouve la lumière dure bien connue et peu propice à la photographie. Par contre, la lagune elle-même reste noyée dans la brume. J’ai fait les photos que je voulais et je n’ai aucune raison de m’attarder plus longtemps sur le site.

Il y a une zone que je n’ai pas explorée (découverte tardivement) et qui peut être intéressante, c’est celle située au bord du chemin reliant Tornos à Torralba de los Sisones, puis Blancas. Elle est autorisée. Il y a aussi des photos de paysage intéressantes à faire depuis les hauteurs de Berrueco, au coucher du soleil (mirador El Castillo de Berrueco). Je le garde pour une autre fois. C’est certain, je reviendrai avec un programme élaboré : il y a beaucoup de choses à voir et à faire ici!

Sur le dépliant, je vois qu’il y a une autre petite lagune située à une dizaine de kilomètres, la lagune de la Zaida, et je décide d’aller y faire un tour avant de quitter la région: le Centre d’interprétation me l’a conseillée. Je prends d’abord un café dans un petit bar au village de Bello, pour m’imprégner une dernière fois de cette ambiance espagnole que j’aime bien.

Aux abords de la Lagunica, entre les villages de Bello et Tornos.

Deuxième et dernier passage d’observation des grues à proximité du mirador del Canizar, avant de quitter définitivement la lagune.

Vers 11h00, il fait + 7° C. Je prends la route vers Zaida, en longeant une dernière fois la lagune côté est. J’apercevrai encore un groupe de six un peu plus tard, dans une zone cultivée. L’atmosphère se réchauffe et comme je suis moins concentré sur les grues, je remarque pas mal d’alouettes et de bruants proyer, des chardonnerets et pas mal d’autres passereaux. Finalement, je me rends compte qu’il y a bien plus de grues disséminées autour de la lagune aujourd’hui qu’hier. Elles sont même très nombreuses autour du Centre d’interprétation de Gallocanta, celui qui était fermé à mon arrivée avant-hier et où il n’y en avait aucune.

Il est midi et ma dernière vision avant de quitter définitivement la lagune est la vue sur « Los Aguanares » dont les berges commencent à se remplir de grues. Journée de grand passage? Sans doute, confirmé par le recensement que j’ai trouvé plus tard pour cet article sur le site dédié du gouvernement d’Aragon.

Source officiel du document : site internet Gobierno de Aragon

La laguna de la Zaida

Partie d’un dépliant du Centre d’Information de la réserve naturelle à Bello.

La lagune de la Zaida située à proximité de celle de Gallocanta présente un intérêt évident pour l’avifaune, avec son eau douce. Elle est alimentée par les ruisseaux descendant de la Sierra de Santa Cruz. Son seul inconvénient est qu’elle n’est pas permanente. En effet, un barrage fut construit au XVIè siècle avec une porte qui, par un accord et une année sur deux, empêche l’arrivée d’eau du ruisseau à la dépression de la lagune. Quand la porte est fermée, l’eau est détournée par un canal d’évacuation vers la lagune de Gallocanta (appelé « Acequia Nueva »). De cette manière, la terre de la lagune est cultivée pendant un an et quand la récolte est terminée, les vannes sont rouvertes à la mi-août et la lagune est à nouveau remplie d’eau. On peut y trouver un oiseau nicheur intéressant, le Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis), la Guifette moustac (Chlidonias hybrida), des vanneaux huppés, des foulques et divers canards. Et, bien sûr, … des grues, beaucoup de grues au moment où j’y suis passé!

Les années pluvieuses, bien remplie, elle a un diamètre d’environ deux kilomètres couvrant 215 ha pour une profondeur moyenne d’un mètre. Les années où la pluviométrie est moins généreuse, la surface inondée peut être beaucoup plus petite ou complètement sèche, avec les chaumes de l’année précédente dans de nombreux cas.

Vues d’ensemble de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

Entre Gallocanta et la Zaida, j’ai l’occasion d’observer quelques petits groupes de grues en train de se nourrir un peu partout dans les champs. Une approche est parfois possible avec quelques précautions. Après avoir pris la direction de La Molina de Aragon, on tourne à droite un peu plus loin en direction de El Monastorio de Piedra et on longe la lagune sur la droite. Une piste permet de suivre les berges de la lagune côté est puis nord. La première impression est inhabituelle, le paysage ressemble à celui de champs inondés. Rien d’étonnant quand on connaît l’historique que je ne découvrirai que plus tard. Il y a vraiment beaucoup de grues, mais assez éloignées de mon poste d’observation : dans l’eau, sur la terre ferme et certaines en train de tourner : tout cela dans un brouhaha étourdissant. Un sacré spectacle! Rien à voir avec Gallocanta, où elles étaient dispersées. J’ai même le sentiment qu’il y en a bien plus ici!

Vues un peu plus rapprochées de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

J’ai la surprise d’y retrouver Enric, rencontré la veille à « Los Aguanares ». Il était déjà venu l’année précédente et avait été déçu, la lagune était à sec : j’en ai maintenant l’explication! J’ai fait quelques clichés, surtout d’ambiance car il ne faut pas trop espérer faire des photos de proximité. Il n’y a aucune végétation pour se cacher et aucun abri. Il n’y a aucune protection particulière sur ce site mais tout est une question de déontologie. Les aubes et les crépuscules doivent y être spectaculaires, … une année sur deux. Pas de rendez-vous maintenant avant deux ans, du moins pour cette lagune! Je reprends le chemin du retour vers 14h00, très satisfait de mon séjour qui, bien que court, a été très bien rempli.

Je vais suivre les conseils de ma rencontre d’hier-soir et je décide de faire un détour à l’approche des Pyrénées, direction Ainsa pour repérer le spot des gypaètes barbus, les gorges d’Escuain. Ces gorges sont situées dans la partie sud-est du parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu, dans la province de Huesca (Aragon). La lumière s’adoucit et les paysages sont très beaux. Certains sommets sont enneigés.

Le petit village d’Escuain, où je rencontrerai plus de chats que d’habitants (village très typique en cours de restauration et complètement désert).

Vue depuis le village d’Escuain.

Gorges d’Escuain au coucher du soleil.

Dernières lumières en redescendant du village d’Escuain (route en très mauvais état).

J’arrive au village d’Escuain peu avant le coucher du soleil, en montant par une route raide (pente jusqu’à 25%), étroite, sinueuse et en très mauvais état (nids de poule et bas-côtés défoncés) avec présence de neige de temps en autre. Heureusement, je ne croiserai qu’une voiture. Le petit village a beaucoup de charme avec ses murs en pierres, ses lauzes et ses cheminées aragonaises, abandonné mais en cours de restauration. Le toit de l’église est effondré, le clocher est toujours présent. Le cimetière attenant, lui, semble entretenu et le lavoir a été restauré. J’imagine un instant la vie reprendre dans ces rues très étroites, un autre monde aujourd’hui disparu. Une antenne parabolique et 4 éclairages publics détonnent dans cette ambiance. Le village est traversé par le GR 15 et c’est le point de départ de quelques randonnées. Il fait très frais, tout est dans l’ombre. La lumière jaunit sur les parois verticales alentour. L’endroit est superbe mais il est trop tard pour observer les rapaces. Qu’importe! Je sais déjà que cela vaudra le coup d’y revenir en prenant mon temps. Direction maintenant le tunnel de Bielsa pour traverser les Pyrénées où je retrouverai la neige, qui n’a pas beaucoup fondue.

En résumé, un petit séjour très positif avec 1100 km effectués sur 4 journées complètes. Mes trois amis ornithologues de Montmesa m’ont très bien conseillé pour compléter mon séjour, je les en remercie. Ils m’avaient aussi conseillé « el Delta del Ebro ». Peut-être le but de ma prochaine sortie? Ces rencontres ont toujours été pour moi et jusqu’à présent enrichissantes.

Où loger à Gallocanta

L’un de mes trois amis ornithologues rencontrés à l’embalse de la Sotorena m’avait prévenu qu’il pouvait faire assez froid à Gallocanta, situé sur un plateau en altitude, et que je risquerai sans doute d’avoir froid si je dormais dans la voiture. Il m’a conseillé d’aller plutôt à l’auberge du village, l’Allucant, très sympathique. C’est ce qu’il faisait lui-même plutôt que de dormir dans le camping-car. Je l’ai écouté et j’ai été ravi par l’accueil, par le rapport qualité/prix, par l’amabilité du personnel, par le calme, … Le patron, Javier, est très à l’écoute et connait bien la faune locale. C’est une auberge avec lits en dortoir ou des chambres privatives et on met et ramasse son couvert. Le sentiment général qui s’en dégage est celui de la convivialité et de l’authentique. J’ai eu la surprise d’y voir affiché la mise à jour manuscrite du comptage des grues sur la lagune. Et puis, quel plaisir de baigner dans cette atmosphère prenante en entendant le chant des grues depuis l’auberge. J’y reviendrai avec plaisir.

Article rédigé le 31 mars 2019, à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet, dont principalement :

https://champagne-ardenne.lpo.fr/grue-cendree/grus/gallocanta?showall=1

14 février 2019 10h41 – La Grue cendrée (Grus grus), laguna de Gallocanta.