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Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

 

L’envol pour la traversée des Pyrénées au lever du soleil, avec étape à l’embalse de la Sotorena (sur l’Alberca de Alboré)

Séjour ornithologique en Espagne – 11 février 2019

La lagune de Gallocanta

pour l’observation de la grue cendrée (Nom scientifique Grus grus)

Présentation de la lagune

Le village de Gallocanta (152 habitants) au bord de la lagune du même nom.

La lagune de Gallocanta est la plus grande lagune d’eau salée intérieure d’Europe. Elle est située à une altitude de 990 mètres, au cœur de la chaîne ibérique entre les provinces de Saragosse et de Teruel (communauté d’Aragon). C’est une zone humide d’importance internationale et une réserve naturelle remarquable. Ses dimensions sont importantes, 7,5 km de long et 2,5 km dans sa partie la plus large pour une superficie de 1 400 à 1900 ha suivant le degré d’inondation, avec une zone périphérique de protection d’environ 4 500 haLa profondeur moyenne est de 70 centimètres et la profondeur maximale en période d’inondation est d’environ 2 mètres. Le bassin lui-même est délimité par les chaînes de montagne Santa Cruz et Pardos au nord, la chaîne de montagnes Menera au sud et la chaîne de montagnes Caldereros à l’est. La lagune est entourée par les villages de Gallocanta, Berrueco, Tornos, Bello et Las Cuerlas

Le climat de la région est méditerranéen continental, avec des températures de -21 ° C en hiver et 30 ° C en été. La pluie est rare et irrégulière (450 mm par an), mais avec des chutes de neige durant les mois d’hiver et des gros orages dans les mois d’été.

Extrait de la carte Google Earth, avec les principales étapes de la migration des grues de part et d’autre des Pyrénées (épingles jaunes).

Elle a un grand intérêt ornithologique pour les espèces migratrices. Elle est en particulier une étape incontournable (avec l’embalse de la Sotorena, objet de mon précédent article) sur la route de l’ouest pour la migration automnale (ou post-nuptiale) des grues cendrées entre les Pyrénées et les zones d’hivernage dans le sud de l’Espagne; et, bien sûr, l’inverse pour la migration du printemps.

Environ 25 000 grues y séjournent durant l’hiver, population à peu près équivalente à celle qui séjourne à Arjuzanx (Landes), dans le parc naturel régional des Landes de Gascogne. Elles se nourrissent dans les champs environnants où on pratique la culture intensive de maïs (grâce à l’irrigation), du tournesol et d’autres céréales, de la luzerne, etc. Ces champs offrent l’occasion d’y observer certains oiseaux de steppe à la bonne période : la Grande outarde ou Outarde barbue (Otis tarda), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax), le Ganga unibande (Pterocles orientalis) et l’Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) qui se regroupent souvent en petit nombre à la fin de l’été et le début de l’automne pour se rendre plus au sud où ils hivernent.

Une petite volée de Tadornes de Belon au lever du jour – Très nombreuses.

D’autres grands oiseaux migrateurs peuvent utiliser la lagune pour se reposer, comme les cigognes (dont la cigogne noire) ainsi que quelques flamands roses. Les anatidés peuvent y être très abondants en fonction du niveau d’inondation. On trouve également pas mal de rapaces.

Marais et roselières, au sud de la lagune.

Le sud de la lagune est alimentée par de petits cours d’eau, des eaux de ruissellement et des sources d’eau douce, propices au développement de roselières. Les grues viennent s’y laver les plumes et se désaltérer.

La salinité de la lagune est très élevée, jusqu’à dix fois supérieure à celle de l’eau de mer en fonction de l’évaporation. La forte concentration de sel dans les eaux empêche toute présence de poisson. Plus de 220 espèces d’oiseaux peuvent cependant se reposer ou séjourner dans cet environnement , comptage cumulé sur toutes les périodes de l’année.

Chevreuils et sangliers dans le givre matinal.

Parmi les mammifères, les chevreuils et sangliers sont facilement observables, ainsi que les renards et autre faune courante.

Mon séjour à Gallocanta

C’est dans ce petit paradis que je débarque en début d’après-midi, ce mardi 12 février 2019, suite aux conseils de trois ornithologues très sympathiques rencontrés le jour précédent à l’embalse de la Sotorena (province de Huesca).

Source de ce document : Memoria de gestion Reserva Natural Dirigida de la Laguna de 2016

(Gobierno de Aragon-Departamiento de Desarrollo Rural).

Le trajet sur l’A23 depuis ma dernière destination, Montmesa, se passe sans histoire. La distance prévue est de 205 km pour environ 2h30. Après avoir contourné Saragosse, à la hauteur de Carinena, j’aperçois pas mal d’amandiers en fleurs. La route monte régulièrement et à un moment, mes oreilles se débouchent; on est en altitude. Je passe un petit col à 925m, el purto de Rueda. Je prends la sortie 232 pour la N330 jusqu’à ma nouvelle destination, le village de Gallocanta. Beaucoup de paysages de steppes vallonnées le long de la nationale; quelques arbres isolés sur une terre très rouge. Quelques tracteurs sont en train de la travailler. A l’horizon, une chaîne de montagnes avec des sommets arrondis, dont un est enneigé à l’arrière-plan. La ville de Daroca semble avoir une histoire intéressante, avec plusieurs centaines de mètres de remparts dont certains ont été restaurés. J’apprendrai que cette ville a été celte, puis romaine, puis arabe, puis indépendante, pour enfin devenir espagnole. Il me reste encore une quinzaine de kilomètres à faire sur une route qui monte avec beaucoup de lacets, au milieu d’un paysage montagneux et aride par endroits. Quelques forêts de chênes-lièges et des plantations d’arbres fruitiers en fonction de l’exposition. Après avoir passé à nouveau un petit col, je redescends en apercevant au loin ma lagune, sur un immense plateau qui s’étend à perte de vue.

Arrivé sur un point dominant la lagune, je suis agréablement surpris par son importance ainsi que de constater qu’il n’y a aucune végétation qui l’entoure. Il n’y a pratiquement pas d’arbres et ceux qui ont eu le courage de pousser sont plutôt rabougris. Les terres cultivés descendent en pente très douce vers l’eau. Il fait très beau et la réverbération à la surface est importante; c’est très joli. Il ne fait que 9 °C, avec du vent.

Mes premières grues au bord de la lagune, depuis « el Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Le village de Gallocanta, à l’heure « del almuerzos ».

Les premières grues sont déjà visibles, c’est bon signe pour la suite du séjour. Je rentre dans Gallocanta, village classique d’Aragon aux murs couleur de terre ou blanchis à la chaux et absolument désert, même pas une voiture. Un chien qui traînait par là vient me tenir compagnie. J’oubliais! Es la hora del almuerzos! Il est 14h00 et j’ai fait 520  km depuis le départ de mon domicile. 

« El Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Je m’arrête au Centre d’information sur la réserve naturelle de Gallocanta (Centro de Visitantes). Il a fermé à 13h30 et il ne rouvre qu’à 15h30. Ce n’est pas grave. Je commence à prospecter en prenant le sentier praticable qui fait le tour du site, long de trente-trois kilomètres avec de temps en temps un observatoire panoramique assez éloigné de la berge. Direction l’observatorio de los Aguanares!

L’observatorio de Los Aguanares, situé au bord de la partie nord de la lagune. Le niveau de l’eau est bien en retrait.

Vue vers l’est depuis los Aguanares.

Deux vues vers l’ouest depuis los Aguanares.

Vues vers le sud, depuis los Aguanares.

Le niveau d’eau n’est pas à son maximum en ce moment. Le moment de la journée n’est pas propice à la photographie, il y a peu d’oiseaux et la lumière trop éclatante. Je m’arrête un instant à l’observatoire de Los Aguanares, sans insister. Je poursuis mon tour vers l’observatoire de La Ermita. Pendant quelques kilomètres, le chemin s’éloigne de l’eau pour ménager une zone de tranquillité interdite d’accès. Il monte ensuite vers le prochain point de vue.

L’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, sur les hauteurs en face du village de Gallocanta, avec un point de vue dominant sur la lagune côté nord-ouest. 

Vue plongeante sur le nord de la lagune, depuis l’observatoire de los Ojos.

Vue zoomée depuis los Ojos.

Arrivé à l’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, je fais une halte à l’observatoire de La Ermita, puis à celui de Los Ojos. La vue plongeante sur les berges où les grues sont paisiblement en train de se nourrir est bien plus intéressante et la lumière plus flatteuse que mon précédent arrêt. Je continue ensuite vers le mirador de La Reguera. 

Grues en train de se toiser, près du mirador de La Reguera. Moment typique de la parade nuptiale.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera – La parage nuptiale a commencé.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. Le tracteur a dû se frayer un passage.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. L’envol dans la lumière du soir, pour laisser passer un tracteur. 

Sur le circuit vers le mirador de la Reguera, j’observe quelques linottes mélodieuses, des bruants, une volée de perdrix et … une surprise dans un champ : une grosse volée de plus de 500 grues proches du chemin. Je les observe un bon moment, jusqu’à ce qu’un tracteur arrive derrière moi. Je me gare mieux pour le laisser passer et celui-ci s’avance vers les grues qui ne bougent pas. Il est à la limite de les pousser pour que, finalement, elles s’écartent pour le laisser passer. Et moi qui avait peur de les perturber! Manifestement, elles sont habituées aux engins agricoles mais il ne faut pas croire pour autant qu’elles sont apprivoisées. C’est sympa de les voir faire et j’aurai l’occasion de faire mes premières photos en me rapprochant jusqu’au mirador de La Reguera. Elles ont des chances d’être réussies : il est bientôt 18 h et la lumière jaunit. Le soleil est bas et les couleurs deviennent très belles. Je me fais plaisir. A peine envolées, poussées par le tracteur, les grues se reposent un peu plus loin, en trompettant.

Entre le mirador de la Reguera et le village de Bello. 

Dans les environs de los « Arboles de Mateo ».

Dans un champ juste avant l’entrée du village de Bello, une partie de la parade nuptiale dans la lumière rasante du soir, 

avec un couple accompagné par le jeune de l’an dernier.

Les grues, avec cette belle journée ensoleillée, ont manifestement l’intention de traîner assez tard. Je continue mon tour tout en observant quelques petits groupes dans les champs, par-ci par-là. J’ai l’occasion de photographier deux grues en train de parader, les ailes dépliées, et de les observer longuement. Le rituel pré-nuptial a déjà commencé, avant la remontée vers le Nord de l’Europe. 

« Pour ce rituel, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, en décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant. Ce rituel est visible aussi, en partie, sur d’autres photos ».

Je traverse le village de Bello puis je me dirige vers le village de Tornos. Après « el Centro de Interprétation de Bello », je ne vois qu’au dernier moment la bifurcation pour reprendre le tour de la lagune; je verrai çà demain, il est tant d’aller assister au coucher des gruesà mon point de départ.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta. 

Le tour du site est terminé. Je suis de nouveau arrivé au centre d’interprétation qui domine le fond de la lagune, côté nord. Le spectacle est très intéressant. Le soir tombe et les grues reviennent au dortoir. Les grues migrantes arrivées dans la journée se sont d’abord posées dans l’eau et sur les berges, puis elles se sont envolées d’un seul tenant pour aller se nourrir dans les champs plus au nord. Ce sont probablement les mêmes qui reviennent à cette heure très tardive. J’observerai également ce phénomène le jour suivant. Que c’est beau! La surface de l’eau reflète les couleurs du ciel qui passe du jaune doré au rouge intense puis revient vers le jaune. Elles sont loin et on n’y voit plus beaucoup; heureusement, j’ai un objectif lumineux. Je pose mon matériel sur le trépied et je continue à photographier. Elles continuent à arriver dans l’obscurité et on peut entendre leur chant très puissant retentir d’un peu partout, même venant de champs très lointains. C’est la première fois que je peux assister à ce spectacle très coloré au bord de l’eau.

Le retour des grues à la nuit tombée. Vue d’ensemble du nord de la lagune, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Il est 19 heures; je ne peux plus photographier mais je continue à me régaler, tout en pensant qu’il faut que je prenne une décision pour dormir! Parti de la maison avec des courbatures partout et un gros mal de tête, j’ai écarté la grippe comme l’une des causes possibles, ne me sentant pas le front chaud. Je choisis la sagesse en me reposant dans un bon lit plutôt que de dormir dans la voiture, solution que j’aime bien pourtant car elle me laisse une liberté totale. Il est bientôt 20h00 et je me dirige vers l’auberge Allucant à Gallocanta. Accueillante et très chaleureuse, elle a de la place, heureusement pour moi. J’y passerai une bonne soirée et une bonne nuit. Avec en projet d’être présent avant l’aube afin de voir les grues dans leur sommeil!


Mercredi 13 février 2019 – J’ai prévenu le patron, Javier, que je partirai très tôt pour assister au départ des grues et que l’on ne se verrait sans doute pas. Le ciel est magnifique, très étoilé et sans un seul nuage. Il fait froid et j’ai la surprise de trouver le pare-brise gelé; je perdrai du temps à le dégeler. Il fait – 4 °C. La campagne est magnifique, la végétation est givrée; toute la plaine est blanche.

Premières lueurs de la deuxième journée, depuis « los Aguanares ».

Depuis « los Aguanares ». Le ciel rosit.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Les premières lueurs du jour sont déjà passées quand j’arrive à l’observatoire « Los Aguanares »; j’ai calculé trop juste! Cela me décide déjà pour rester un jour de plus, je tiens absolument à observer les grues lorsqu’elles sont encore sur leur dortoir. En effet, elles décollent toutes ensemble au moment où j’arrive, c’est leur heure! J’ai les doigts gelés et quelques difficultés à paramétrer mon reflex. La lagune est d’un calme olympien, la surface est lisse comme un miroir. Quelques grues sont quand même restées, ce qui me laisse l’occasion de faire tranquillement quelques photos. Au fur et à mesure que la lumière paraît, la campagne « scintille ». La température a continué à chuter et le spectacle est top.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Depuis « los Aguanares ». Direction l’embalse de la Sotorena, puis les Pyrénées.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Direction les champs alentour.

A 8h30, le soleil a bien dépassé les hauteurs des montagnes environnantes et il ne reste plus de grues au dortoir; je reviens à la voiture pour aller observer les grues dans les champs alentour. Demain, je reviendrai absolument de nuit. 

Entre Los Ojos et Las Cuerlas, dans les champs.

Entre Los Ojos et Las Cuerlas – Chevreuils dans la steppe.

Entre Las Cuerlas et le mirador de La Reguera – Brumes bleutées matinales.

Dans les champs près du mirador de La Reguera. La grosse concentration des grues de la veille. Où ont’elles dormi?

La campagne est intéressante, il y a pas mal de rapaces, dont des faucons crécerelle et des busards saint-martin. A l’arrivée au mirador de « La Reguera », les grues sont toujours là mais plus craintives que la veille. Quel attroupement! Ont-elles passé la nuit dans les champs? Je ne saurais le dire, la matinée est déjà avancée. Une chose est sûre, je les entendais chanter de loin hier dans la nuit et ce matin avant d’arriver. Je me fais encore plaisir à les photographier, on ne se lasse pas de ce genre de spectacle. Que vais-je faire de tous ces clichés?

Tadornes de Belon.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Une parade nuptiale.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

10h00 du matin, ce mercredi! La température remonte doucement, il fait un beau soleil! Je continue le sentier en direction du village de Bello. Au bord de la lagune mais assez loin de mon poste d’observation, un gros rassemblement d’anatidés que je prends d’abord pour des Tadornes de Belon. J’en voie parfois quelques-unes au lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées).  Les clichés me donneront raison. On l’appelle « Tarro blanco » en espagnol. C’est un bel oiseau!

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Parade nuptiale.

Dans un champ, à l’entrée du village de Bello.

En arrière-plan dans les turbulences de l’air, le village de Tornos.

Arrivé à l’opposé de la lagune, plein sud, je ne voie plus de grues. C’est pourtant à partir de là qu’il est conseillé de faire le tour du site, avec le soleil dans le dos. Les jours se suivent et peuvent ne pas se ressembler. Le soleil est maintenant haut, il est 11 heures. La lumière est dure et les brumes de chaleur commencent à perturber la netteté des clichés. Depuis mon arrivée hier, je remarque que je suis le seul photographe / randonneur. 

Le fond de la lagune, au sud, avec le village de Las Cuerlas.

En fait, les grues sont bien là, posées au milieu des roselières dans la partie où émergent des sources d’eau douce. Elles pataugent à la recherche de nourriture dans cette zone marécageuse et sont en fait bien plus nombreuses que dans la partie nord. J’aperçois un garde en voiture dans la Réserve Naturelle, salarié du gouvernement d’Aragon. Rencontre qui tombe à pic, elle me permet de repérer le chemin autorisé dans le périmètre de la lagune, que j’avais deviné trop tard hier. Il se dirige vers le mirador del Canizar. J’apprendrai que l’entrée de ce chemin est un bon spot pour observer l’arrivée des grues venant de la la migration.

Le mirador del Canizar.

Depuis le mirador del Canizar. Vue vers le fond de la lagune et vers « el Centro de Interprétation de Bello ».

Depuis le mirador del Canizar. Arrivée d’un groupe de chevreuils.

Depuis le mirador del Canizar. Chevreuils et grues font bon ménage.

Depuis le mirador del Canizar, j’ai l’occasion de surveiller le mouvement des grues dans les marais de la partie sud; il y en a, je pense, autour de 4 000. Un petit groupe de chevreuils traverse en pataugeant dans l’eau. La scène est très sympa. Je me contenterai ensuite d’observations visuelles, bien que lointaines. Il est déjà 14h00 et les perturbations atmosphériques sont particulièrement prononcées au travers d’un téléobjectif ou de lunettes d’observation. Je vais profiter de ce moment où il n’y a plus grand chose à faire pour passer à l’auberge réserver une nuit supplémentaire. A partir de 16h00, je reviens à l’observatoire « Los Aguanares ». Les grues sont plus nombreuses qu’hier.

Depuis Los Aguanares – Les grues arrivées de migration dans l’après-midi repartent se nourrir dans les champs en passant au-dessus de moi. Au fond, l’observatoire Los Ojos.

Depuis Los Aguanares – Vue vers l’observatoire del Centro de Interprétation de Gallocanta, libre d’accès. 

Entre 16h30 et 17h00, les grues redécollent de la partie nord de la lagune. Clichés de proximité.

Entre 16h30 et 17h00, toutes les grues repartent vers le nord pour ne revenir qu’à la tombée de la nuit: cela me confirme que ce sont sans doute des grues de passage. J’aurai ce soir l’occasion de faire quelques rencontres. Tout d’abord, un photographe passionné par les grues venu spécialement de Salamanque : il me passera pas mal d’informations dont certaines sont reprises dans cet article, confirmées par mes recherches. Il y aura ensuite Enric, avec qui on échangera nos adresses de site internet. Et enfin, juste avant la tombée de la nuit, trois messieurs ornithologues sont arrivés, des Espagnols étrangers à la région. L’un deux m’a indiqué un spot pour des gypaètes barbus dans le parc national d’Ordesa et du Mont Perdu, « La Garganta de Escuain », très intéressant pour lui. Toutes mes rencontres du jour ont été positives!

Depuis Los Aguanares. Rayons rasants sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil – Il faut monter en iso!

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil. La lagune est encore calme.

En ombre chinoise, « el ermita Virgen del Buen Acuerdo », avec un point d’observation sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des grues à la tombée de la nuit. Les volées se suivent, nombreuses.  

En surplomb, l’observatoire de Los Ojos.

Depuis Los Aguanares. Vues partielles des grues au dortoir. Les conditions ne sont plus propices pour la photo.

Les grues sont revenues en nombre vers 19h30 alors que la luminosité avait bien faibli. Un spectacle magnifique qui continuera même à la nuit noire!

De retour à l’auberge tardivement, j’aurai l’occasion de finir la soirée en discutant encore d’ornithologie avec un couple venu également observer les oiseaux dans la région. J’apprendrai aussi sur internet que toutes les grues ayant hiverné sur le site d’Arjuzanx (Landes) sont reparties ce mercredi. Le comptage officiel à Gallocanta ce mercredi 13 février est de 22 013 grues sur le site du gouvernement d’Aragon, avec un maximum de 35 316 sept jours plus tard.

Je rappelle au passage les grandes étapes de la migration pré-nuptiale des grues cendrées quittant les vastes plaines et la dehesa de l’Estrémadure pour le Nord de l’Europe : la lagune de Gallocanta (objet de cet article), l’embalse de la Sotorena (précédent article), traversée des Pyrénées jusqu’au site d’Arjuzanx (Landes, objet d’un futur article) puis le lac du Der (Champagne-Ardennes).


Jeudi 15 février 2019 – Ce matin, je ne me suis pas fait piéger! J’ai mis la veille une protection contre le gel sur le pare-brise que je garde toujours dans un coffre bien pratique du Partner. Le ciel est toujours aussi magnifiquement étoilé et sans aucune pollution lumineuse quand je pars. Arrivé à l’observatoire « Los Aguanares », j’aurais l’occasion cette fois-ci d’assister au réveil des grues alors qu’il fait encore nuit. La brume est en train de se former sur la lagune!

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». La plupart des grues sommeillent encore. (temps de pose 1 sec, iso 800 et ouverture maxi). 

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Lueurs de l’aube et envahissement de la brume.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Les premières grues s’envolent vers l’est.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». L’envol en masse, au-dessus de l’observatoire. Cliché éclairci (il fait encore sombre).

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». « A bientôt ».

Il fait très froid et j’attrape l’onglet au contact du matériel photo qui se refroidit lui aussi. J’ai du mal à le tenir malgré mes gants (un peu trop légers pour la circonstance). Au fur et à mesure que l’aube surgit, les grues s’agitent de plus en plus et le « top départ » est donné à 7h50 et ne dure que quelques minutes. Il ne reste plus qu’une dizaine de grues sur le site alors que le soleil n’est pas encore levé.

Ayant assisté à son lever la veille, je n’attendrai pas une seconde fois et je repars parcourir la campagne environnante, recouverte de givre.

L’ambiance est magnifique sous le givre. Le brouillard envahit le paysage et masque le lever du soleil. Je ferai quelques jolies rencontres avec la faune après l’observatoire de Los Ojos dans une zone herbeuse non entretenue, avec deux groupes de chevreuils et neuf sangliers. Il fait – 4° C, ce matin.

Paysages de brumes vers les villages de Las Cuerlos et Bello.

Paysages de brume vers le village de Bello. Quelques grues se nourrissent déjà au premier plan.

Le soleil éclaire parfois la cime des rares arbres disséminés dans la campagne.

Le mirador de La Reguera, pris en direction du sud de la lagune.

Près du mirador de La Reguera, enveloppé dans le brouillard – La (très) grosse volée du grues est encore là!

Parade nuptiale dans la brume et la gelée matinale, qui ne refroidissent pas les ardeurs!

Je me répète : « pour le rite pré-nuptial, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant ». Magnifique à observer, et … un peu incompréhensible.

Le faucon crécerelle est lui aussi un peu « givré ». Il se laisse approcher sans problème, un peu frigorifié.

Depuis le « Centro de Interpretation de Bello ». La brume au-dessus de la lagune.

Il n’a pas dû pleuvoir depuis un petit moment, les pistes sont poussiéreuses et la voiture en profite. Elle mérite déjà un bon lavage. Le soleil commence à percer vers 10h00 et je passe au  Centre d’interprétation de Bello dès son ouverture. J’y récupère leur dépliant de présentation, très bien fait. On m’y confirme la présence de l’Outarde barbue mais ce n’est pas la bonne période. Ici, elle serait un migrateur partiel qui arriverait de la Castille en avril/mai. Le brouillard s’est levé et on retrouve la lumière dure bien connue et peu propice à la photographie. Par contre, la lagune elle-même reste noyée dans la brume. J’ai fait les photos que je voulais et je n’ai aucune raison de m’attarder plus longtemps sur le site.

Il y a une zone que je n’ai pas explorée (découverte tardivement) et qui peut être intéressante, c’est celle située au bord du chemin reliant Tornos à Torralba de los Sisones, puis Blancas. Elle est autorisée. Il y a aussi des photos de paysage intéressantes à faire depuis les hauteurs de Berrueco, au coucher du soleil (mirador El Castillo de Berrueco). Je le garde pour une autre fois. C’est certain, je reviendrai avec un programme élaboré : il y a beaucoup de choses à voir et à faire ici!

Sur le dépliant, je vois qu’il y a une autre petite lagune située à une dizaine de kilomètres, la lagune de la Zaida, et je décide d’aller y faire un tour avant de quitter la région: le Centre d’interprétation me l’a conseillée. Je prends d’abord un café dans un petit bar au village de Bello, pour m’imprégner une dernière fois de cette ambiance espagnole que j’aime bien.

Aux abords de la Lagunica, entre les villages de Bello et Tornos.

Deuxième et dernier passage d’observation des grues à proximité du mirador del Canizar, avant de quitter définitivement la lagune.

Vers 11h00, il fait + 7° C. Je prends la route vers Zaida, en longeant une dernière fois la lagune côté est. J’apercevrai encore un groupe de six un peu plus tard, dans une zone cultivée. L’atmosphère se réchauffe et comme je suis moins concentré sur les grues, je remarque pas mal d’alouettes et de bruants proyer, des chardonnerets et pas mal d’autres passereaux. Finalement, je me rends compte qu’il y a bien plus de grues disséminées autour de la lagune aujourd’hui qu’hier. Elles sont même très nombreuses autour du Centre d’interprétation de Gallocanta, celui qui était fermé à mon arrivée avant-hier et où il n’y en avait aucune.

Il est midi et ma dernière vision avant de quitter définitivement la lagune est la vue sur « Los Aguanares » dont les berges commencent à se remplir de grues. Journée de grand passage? Sans doute, confirmé par le recensement que j’ai trouvé plus tard pour cet article sur le site dédié du gouvernement d’Aragon.

Source officiel du document : site internet Gobierno de Aragon

La laguna de la Zaida

Partie d’un dépliant du Centre d’Information de la réserve naturelle à Bello.

La lagune de la Zaida située à proximité de celle de Gallocanta présente un intérêt évident pour l’avifaune, avec son eau douce. Elle est alimentée par les ruisseaux descendant de la Sierra de Santa Cruz. Son seul inconvénient est qu’elle n’est pas permanente. En effet, un barrage fut construit au XVIè siècle avec une porte qui, par un accord et une année sur deux, empêche l’arrivée d’eau du ruisseau à la dépression de la lagune. Quand la porte est fermée, l’eau est détournée par un canal d’évacuation vers la lagune de Gallocanta (appelé « Acequia Nueva »). De cette manière, la terre de la lagune est cultivée pendant un an et quand la récolte est terminée, les vannes sont rouvertes à la mi-août et la lagune est à nouveau remplie d’eau. On peut y trouver un oiseau nicheur intéressant, le Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis), la Guifette moustac (Chlidonias hybrida), des vanneaux huppés, des foulques et divers canards. Et, bien sûr, … des grues, beaucoup de grues au moment où j’y suis passé!

Les années pluvieuses, bien remplie, elle a un diamètre d’environ deux kilomètres couvrant 215 ha pour une profondeur moyenne d’un mètre. Les années où la pluviométrie est moins généreuse, la surface inondée peut être beaucoup plus petite ou complètement sèche, avec les chaumes de l’année précédente dans de nombreux cas.

Vues d’ensemble de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

Entre Gallocanta et la Zaida, j’ai l’occasion d’observer quelques petits groupes de grues en train de se nourrir un peu partout dans les champs. Une approche est parfois possible avec quelques précautions. Après avoir pris la direction de La Molina de Aragon, on tourne à droite un peu plus loin en direction de El Monastorio de Piedra et on longe la lagune sur la droite. Une piste permet de suivre les berges de la lagune côté est puis nord. La première impression est inhabituelle, le paysage ressemble à celui de champs inondés. Rien d’étonnant quand on connaît l’historique que je ne découvrirai que plus tard. Il y a vraiment beaucoup de grues, mais assez éloignées de mon poste d’observation : dans l’eau, sur la terre ferme et certaines en train de tourner : tout cela dans un brouhaha étourdissant. Un sacré spectacle! Rien à voir avec Gallocanta, où elles étaient dispersées. J’ai même le sentiment qu’il y en a bien plus ici!

Vues un peu plus rapprochées de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

J’ai la surprise d’y retrouver Enric, rencontré la veille à « Los Aguanares ». Il était déjà venu l’année précédente et avait été déçu, la lagune était à sec : j’en ai maintenant l’explication! J’ai fait quelques clichés, surtout d’ambiance car il ne faut pas trop espérer faire des photos de proximité. Il n’y a aucune végétation pour se cacher et aucun abri. Il n’y a aucune protection particulière sur ce site mais tout est une question de déontologie. Les aubes et les crépuscules doivent y être spectaculaires, … une année sur deux. Pas de rendez-vous maintenant avant deux ans, du moins pour cette lagune! Je reprends le chemin du retour vers 14h00, très satisfait de mon séjour qui, bien que court, a été très bien rempli.

Je vais suivre les conseils de ma rencontre d’hier-soir et je décide de faire un détour à l’approche des Pyrénées, direction Ainsa pour repérer le spot des gypaètes barbus, les gorges d’Escuain. Ces gorges sont situées dans la partie sud-est du parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu, dans la province de Huesca (Aragon). La lumière s’adoucit et les paysages sont très beaux. Certains sommets sont enneigés.

Le petit village d’Escuain, où je rencontrerai plus de chats que d’habitants (village très typique en cours de restauration et complètement désert).

Vue depuis le village d’Escuain.

Gorges d’Escuain au coucher du soleil.

Dernières lumières en redescendant du village d’Escuain (route en très mauvais état).

J’arrive au village d’Escuain peu avant le coucher du soleil, en montant par une route raide (pente jusqu’à 25%), étroite, sinueuse et en très mauvais état (nids de poule et bas-côtés défoncés) avec présence de neige de temps en autre. Heureusement, je ne croiserai qu’une voiture. Le petit village a beaucoup de charme avec ses murs en pierres, ses lauzes et ses cheminées aragonaises, abandonné mais en cours de restauration. Le toit de l’église est effondré, le clocher est toujours présent. Le cimetière attenant, lui, semble entretenu et le lavoir a été restauré. J’imagine un instant la vie reprendre dans ces rues très étroites, un autre monde aujourd’hui disparu. Une antenne parabolique et 4 éclairages publics détonnent dans cette ambiance. Le village est traversé par le GR 15 et c’est le point de départ de quelques randonnées. Il fait très frais, tout est dans l’ombre. La lumière jaunit sur les parois verticales alentour. L’endroit est superbe mais il est trop tard pour observer les rapaces. Qu’importe! Je sais déjà que cela vaudra le coup d’y revenir en prenant mon temps. Direction maintenant le tunnel de Bielsa pour traverser les Pyrénées où je retrouverai la neige, qui n’a pas beaucoup fondue.

En résumé, un petit séjour très positif avec 1100 km effectués sur 4 journées complètes. Mes trois amis ornithologues de Montmesa m’ont très bien conseillé pour compléter mon séjour, je les en remercie. Ils m’avaient aussi conseillé « el Delta del Ebro ». Peut-être le but de ma prochaine sortie? Ces rencontres ont toujours été pour moi et jusqu’à présent enrichissantes.

Où loger à Gallocanta

L’un de mes trois amis ornithologues rencontrés à l’embalse de la Sotorena m’avait prévenu qu’il pouvait faire assez froid à Gallocanta, situé sur un plateau en altitude, et que je risquerai sans doute d’avoir froid si je dormais dans la voiture. Il m’a conseillé d’aller plutôt à l’auberge du village, l’Allucant, très sympathique. C’est ce qu’il faisait lui-même plutôt que de dormir dans le camping-car. Je l’ai écouté et j’ai été ravi par l’accueil, par le rapport qualité/prix, par l’amabilité du personnel, par le calme, … Le patron, Javier, est très à l’écoute et connait bien la faune locale. C’est une auberge avec lits en dortoir ou des chambres privatives et on met et ramasse son couvert. Le sentiment général qui s’en dégage est celui de la convivialité et de l’authentique. J’ai eu la surprise d’y voir affiché la mise à jour manuscrite du comptage des grues sur la lagune. Et puis, quel plaisir de baigner dans cette atmosphère prenante en entendant le chant des grues depuis l’auberge. J’y reviendrai avec plaisir.

Article rédigé le 31 mars 2019, à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet, dont principalement :

https://champagne-ardenne.lpo.fr/grue-cendree/grus/gallocanta?showall=1

14 février 2019 10h41 – La Grue cendrée (Grus grus), laguna de Gallocanta.

Les grues de l’alberca de Alboré, sur l’embalse de la Sotonera (Aragon)

Les grues de l’alberca de Alboré, sur l’embalse de la Sotonera (Aragon)

Le petit village de Montmesa (Aragon) et les grues cendrées se nourrissant dans les champs, avec la gelée matinale

Séjour ornithologique en Espagne – 11 février 2019
L’alberca de Alboré, sur l’embalse de la Sotonera
pour l’observation de la grue cendrée (Nom scientifique Grus grus)

L’envol des grues cendrées au petit matin sur l’Alberca de Arboré, depuis le Corral de Antonié.

Les belles lumières d’Espagne me manquent depuis quelques jours. L’hiver est une période toujours difficile à passer ; journées courtes, peu de lumière, le froid, l’humidité, tout cela finit par me peser. Heureusement, il a enfin neigé sur les Pyrénées, l’occasion de faire des sorties raquettes. On sent quand même que le printemps arrive : la migration retour a commencé. Lundi, je partirai. Ma destination est toute trouvée, grâce à Antoine qui, lors d’une sortie raquettes vendredi, m’a parlé des grues qui s’envolaient devant lui lors d’une sortie VTT à l’embalse de la Sotorena, en Aragon. Cela suffit pour me décider.

Ce 11 février au matin, le site d’Arjuzanx dans les Landes confirme l’arrivée de grues venant d’Espagne, avec plus de 16 000 oiseaux comptés. Les prévisions météo sont bonnes en Aragon et sur les Pyrénées à partir de demain et pour la semaine. Les grues de la péninsule ibérique vont bouger. Après avoir chargé le matériel photo et quelques affaires pour dormir dans mon Partner, me voilà donc sur la route vers l’Espagne en passant par le Pourtalet. La météo d’aujourd’hui n’est pas clémente chez nous. La vallée d’Ossau est sous la pluie avec un plafond nuageux très bas. La neige est au bord de la route depuis Laruns et la température extérieure chute.

A Gabas, les prairies sont sous la neige, une quarantaine de centimètres quand même. Le labrit et les deux patous des Pyrénées de l’auberge de l’Ossau sont au chaud aujourd’hui, pas de sieste sur le perron.

Les deux pointes de l’Ossau, vues depuis Gabas par temps dégagé.

A la sortie du village, l’Ossau est dans les nuages ; l’occasion pour rappeler qu’il y a eu encore une intervention pour secourir deux randonneurs espagnols bloqués dans le couloir de Pombie-Suzon dans la nuit de samedi à dimanche (ramenés sains et saufs à 5h30 du matin au refuge de Pombie ; une intervention de nuit très particulière). La pluie s’est changée en neige maintenant. Le lac d’Artouste est en grande partie gelé. Le chasse-neige devant moi remonte vers le col, sur la route bien dégagée.

Une femelle isard (on l’appelle une chèvre) et son chevreau, à gauche.

La face sud de l’Ossau depuis le col du Pourtalet, par beau temps

Je m’arrête un moment pour photographier des isards dans la neige, avant de passer le col du Pourtalet (1794m). Le cirque d’Aneou est magnifique et il n’y a pratiquement personne ; la température est devenu négative. Après avoir passé la frontière, je suis accueilli avec un début de soleil pendant la descente vers Gallego. Il y a moins de neige sur le versant espagnol et la route est sèche. Cà y est, je me sens en vacances. Le voile du ciel disparaît et je continue ma route sous un beau ciel bleu. Il me reste environ 2h00 de route et 120 km jusqu’à ma destination d’aujourd’hui, le petit village de Montmesa (Aragon) après avoir contourné Huesca par l’ouest. J’arriverai vers 17h30 pour assister au coucher des grues.

Le petit village de Montmesa, à mon arrivée à l’observatoire.

L’Embalse de La Sotorena – Postes principaux (*) pour l’observation de la Grue cendrée

(Impression écran de la carte Google Earth)

L’Embalse de La Sotorena – Postes principaux (*) pour l’observation de la Grue cendrée

(Impression écran de la carte Mappy)

A la sortie de Montmesa, je m’engage sur une piste poussiéreuse jusqu’à un embranchement : vers la gauche se trouve l’observatoire de Montmesa, donné comme étant un bon endroit pour les photographes. À droite, La Mezquita, qui est le meilleur endroit pour voir les grands vols de grues quitter le dortoir. Le droit chemin mène au « Corral de Antonié », où sont situés quelques vieux bâtiments de ferme. De là, on voit très bien la lagune de l’Alboré. C’est le meilleur endroit pour voir l’arrivée des grues au dortoir.

Les grues las grullas Embalse de La Sotorena Alberca de Arboré Montmesa Huesca Aragon

Les grues se posent sur une île et sur les berges, au milieu des tamaris. Cliché pris depuis l’observatoire de Montmesa

Je me dirige vers l’observatoire de Montmesa. A la descente de la voiture, je suis accueilli par quelques vanneaux et un vent froid. Le périmètre de sécurité pour la quiétude des grues est assez important et j’assisterai à leur arrivée au dortoir que de très loin. Les arrivées de grues à la Sotorena pendant la migration se font tout au long de la journée mais le mouvement les plus important vers la zone humide, à l’abri des prédateurs, est au coucher du soleil.

Sur la berge, quelques grues isolées.

Les clichés ci-dessus sont pris à proximité de la berge du réservoir hors zone de quiétude, dans la direction de Santa Zilia par le « camino verde ».

La nuit tombe sur le village de Montmesa – Cliché pris depuis la route en direction de Tormés.

Après avoir pris quelques photos, je reprends la voiture pour faire le tour du lac par le sud, en prenant une piste en direction de Santa Zilia vers le bord du réservoir. Au milieu des Tamaris, j’assisterai au coucher du soleil en marchant sur le « Camino Verde »; puis, je reprends la route en repassant par Montmesa. L’obscurité arrive trop vite, sans que j’ai pu localiser l’Alberca de Alboré, où les grues se reposent pour la nuit. Je verrai çà demain! Je dors dans le Partner à Biscarrués, un petit village tranquille; je serai à peine dérangé dans mon sommeil par un chien que j’entends longuement gémir avec insistance près de moi, juste derrière la portière.

Au matin, je repars vers la Sotorena alors qu’il fait encore nuit. Il fait plutôt froid, -1°C et le ciel est magnifique sans un seul nuage ; les étoiles scintillent. Une belle journée s’annonce, la campagne est givrée. Mon Gps ne fonctionne pas à cause de la mauvaise couverture réseau mais j’ai pu télécharger la carte de la région hier-soir en me connectant à la wifi d’un restaurant ; je quitte la route à la hauteur de Puendeluna pour un chemin en direction de lAlberca de Alboré. J’ai droit à un beau lever du jour. Les flaques d’eau sur le chemin en mauvais état sont gelées, la température a encore chuté, il fait -3°C. J’arrive enfin à un point dominant la lagune, après avoir parcouru quelques kilomètres et avoir eu un doute sur ma direction au regard de l’état du chemin.

A mon arrivée, je ne suis pas seul : deux ornithologues originaires de la région de San Sébastian sont déjà à pied-d’oeuvre avec un téléobjectif et une longue-vue (digiscope). Je vais leur dire bonjour et, très sympathiques, ils m’indiquent un bon endroit pour pouvoir photographier.

Quelques grues sont déjà dans les champs environnants au nord de la lagune, en train de picorer ou de se lisser les plumes.

D’autres petits volées les rejoignent, au fur et à mesure que le soleil se lève au-dessus des monts environnants.

Les grues sont en attente çà et là entre les tamaris, sur l’herbe givrée (un petit groupe est visible tout à droite)

Les grues ont passé la nuit sur un îlot et sur les berges. Certaines volées partent vers le Nord.

D’autres volées partent vers le sud. 

Tous les clichés ci-dessus sont pris depuis le Corral de Antonié.

L’envol des grues a commencé. Rien que pour ce spectacle, cela valait le coup de venir ! Les grues se sont réveillées alors qu’il faisait encore nuit et peu après l’aube, elles quittent l’île par petits groupes pour se reposer dans les champs voisins au nord de la lagune. Elles y arrangent leurs plumes et picorent le sol à la recherche de nourriture. Au fur et à mesure que la lumière envahit le paysage, certaines reprennent la route de la migration depuis les champs et depuis les berges de la lagune. D’autres partent vers le sud : elles font sans doute partie de celles qui séjournent encore sur le site.

Il est 8h30, le soleil éblouit le paysage maintenant et les deux ornithologues me proposent de les suivre vers un autre point de vue pour continuer à observer les grues avec le soleil dans le dos. J’accepte avec plaisir. Nous prenons un chemin différent de celui de mon arrivée et d’après un poteau indicateur, j’étais au mirador El Corral de Antonié.

Au fond, le clocher de Montmesa. Les grues quittent la lagune, en direction des Pyrénées. Cliché pris en revenant vers Montmesa par le nord.

El Corral de Antonié, depuis l’observatoire de Montmesa. Une petite volée de grues vient de décoller pour aller se nourrir dans les champs.

Je suis arrivé par un chemin en mauvais état situé à gauche des bâtiments de ferme. Le bon chemin part de la droite jusqu’à Montmesa. 

Les grues dans les champs, depuis l’observatoire de Montmesa.

Direction vers le Nord.

En arrière-plan, les monts Ibériques depuis l’observatoire.

Grues arrivant du Sud.

Ce chemin en bon état fait le tour de l’Alberca de Alboré par le nord, en direction de Montmesa. La veille, j’avais hésité pour le prendre car, sans moyen pour le vérifier, je pensais qu’il se perdait dans les champs. Nous arrivons à l’observatoire de Montmesa où je me suis arrêté hier-soir. Le vent froid d’hier est tombé mais il fait toujours un peu frisquet. Le mouvement d’envol des grues depuis la lagune continue devant nous et nous observerons aussi au-dessus de nous quelques petites volées revenant du nord à basse altitude. Les vents les empêchent-elles de migrer?

Mes compagnons du jour font un séjour ornithologique avec leurs épouses en camping-car et un troisième couple nous a rejoint, toujours en camping car, vers 10h00. Nous nous retrouvons finalement à sept autour d’un bon petit-déjeuner dans l’un des camping-cars : un bon moment de convivialité! Nous échangeons autour de notre passion commune et j’arrive tant bien que mal à me faire comprendre. Heureusement, celui qui nous a rejoint en dernier fait des séjours ornitho chez nous et m’aide à traduire. Ils me conseillent un lieu incontournable pour l’observation des grues, le plus beau à leur avis de l’Espagne et dont je n’avais jamais entendu parlé : « la laguna de Gallocanta« , qui serait située à une centaine de kilomètres en-dessous de Saragoza. D’après eux, il y aurait environ 4 000 grues actuellement à La Sotorena et jusqu’à 60 000 à Gallocanta. J’avais prévu de rester dans la région de « los Mallos de Riglos » toute proche et me voilà décidé pour prospecter ailleurs. Ma décision est motivée par le fait que les meilleurs moments pour l’observation sont le lever et le coucher de soleil et qu’entre les deux, je dois me trouver une occupation. Autant faire un peu de route pour assister au coucher des grues à Gallocanta et je m’adapterai pour la suite. Je quitte à regret mes amis de fraîche date vers 11h00, ils étaient vraiment sympathiques! Ils vont continuer leur route vers le delta del Ebro. Ces moments d’échange sont précieux. Ils étaient au courant avant moi du futur lâcher de bouquetins ibériques dans les vallées d’Ossau et d’Aspe!

Les grues à la recherche des vents porteurs, dans la région d’Almudévar (province de Huesca)

Après avoir parcouru quelques kilomètres dans la direction d’Almudévar (village jumelé avec Lembeye dans le Vic-Bilh) pour rejoindre l’A23, je verrai de nombreuses volées de grues se dirigeant vers la lagune que je viens de quitter. Il fait un beau soleil, avec une température légèrement positive, +1°C. Certaines volées tournent en rond pour prendre les vents dominants, un très joli spectacle. Elles arrivent probablement de la lagune de Gallocanta, qui est leur étape précédente sur la route de la migration. Les arrivées se feront tout le long de l’après-midi sur l’île et sur les berges de la lagune. L’entrée sur l’autoroute A23 en direction de Saragoza met fin à ce spectacle. Mon Gps (qui marche à nouveau) indique 205 km et 2h15 de trajet par l’A23 entre les deux destinations, en contournant Saragoza. En-dessous de Saragoza, dans la région de Cariñena, les amandiers sont déjà en fleurs.

J’ai passé un bon moment sur ce lieu d’hivernage et j’y reviendrai avec plaisir. J’ai de quoi me renseigner efficacement pour un futur séjour. Je retiens qu’il me faudra optimiser ma période de venue en fonction de l’avancement de la migration prénuptiale consultable sur internet, qu’il n’y a que peu de possibilités de faire des clichés de proximité. Le plus beau spectacle à mon avis a lieu au mirador El Corral de Antonié mais les grues en vol passent plus près de nous à l’observatoire de Montmesa. De même, entre Montmesa et Tormos, le pied de la « Atalaya de Tormos » (tour de défense) est un très bon point de vue pour observer l’arrivée des grues du Sud, de l’Est et du Nord-Est.

La grue cendrée en Espagne

Duo se dirigeant vers les Pyrénées, depuis La Sotorena.

La grue cendrée (grus grus) a une place à part dans le cœur des hommes. C’est, je pense, le seul oiseau que l’on est tous capables de reconnaître à son chant exceptionnellement puissant et si particulier. Elle est monogame et les couples sont unis pour la vie. L’observation d’un vol en V des grues, parfois très haut dans le ciel, est annonciateur d’un changement de température et de l’arrivée de la mauvaise saison … ou du printemps.

Elle est un exemple de réussite de la préservation des oiseaux. La population européenne a augmenté de 45 000 oiseaux en 1985 à environ 300 000 aujourd’hui. Sa principale zone d’hivernage est l’Espagne où la population est passée d’environ 15 000 en 1980 (la quasi-totalité en Estrémadure) à plus 150 000 en 2007 et plus de 200 000 en 2015. Dans les trente dernières années, 2 800 zones protégées ont été créées pour lui permettre de se reposer et de se nourrir pendant la migration ou durant l’hiver. La culture intensive du maïs a offert de nouvelles possibilités de nourrissage qui n’existaient pas auparavant. Une petite partie de la population hiverne aussi en Afrique du Nord et au Portugal. Depuis quelques années, elle hiverne en France, en particulier sur le site d’Arjuzanx (Landes) et le lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées) et j’aurai l’occasion d’en reparler dans d’autres articles.

Au printemps, les grues remontent vers leurs sites de reproduction en Europe du Nord, dans des pays comme l’Allemagne, la Finlande, la Norvège ou l’Estonie. Traditionnellement, elles migrent à travers la province de Huesca et elles prendront une route plus occidentale pour revenir à l’automne, par les Pyrénées de la Navarre et le Pays Basque.

Le recensement des grues cendrées hivernant en Espagne en 2017 a permis de déterminer un nombre record de plus de 255 000 oiseaux enregistrés dans onze communautés autonomes. L’Estrémadure est la plus importante avec 127 513 oiseaux, suivie de l’Aragon (55 177 ) et de la Castille-La Manche (42 141).

L’hivernage des grues en Aragon est quelque chose de relativement nouveau, favorisé par l’augmentation de la zone de culture du maïs et le riz mais aussi par l’augmentation générale de la population européenne et sa tendance hivernante plus au nord au cours de la dernière décennie. Le gros des grues hivernantes d’Aragon se trouvent dans la province de Zaragoza / Teruel (laguna de Gallocanta) et dans la province de Huesca.

Pour Huesca, il y a deux zones habituelles et dans chacune, il peut avoir jusqu’à 1 000 – 3 000 oiseaux : l’embalse de La Sotorena à Montmesa (ci-dessus) et le Cinca Medio (plus précisément dans la région entre Selgua et Castelflorite).

Dans la province de Zaragoza, la région de Las Cinco Villas est une nouvelle zone d’hivernage ces dernières années. Il y aurait jusqu’à 5 000 – 6 000 oiseaux. Elles se reposent à l’automne dans les chaumes de maïs et, de préférence, dans les zones inondées où le riz a été récolté. Elles y cherchent leur nourriture et elles y dorment pendant plusieurs jours. Le froid les oblige à descendre dans les endroits plus chauds du sud de l’Espagne, en Estrémadure des mouvements sont observés pendant l’hiver et la population n’est pas stable. Elle feront aussi une halte au printemps suivant les conditions météorologiques. On peut les observer dans les environs d’Ejea de los Caballeros où les grues ne se concentrent pas dans un endroit donné mais se dispersent sur plusieurs dortoirs reliés les uns aux autres.

En janvier 2018, la faible pluviométrie en Aragon a entraîné un niveau d’eau très faible dans la plupart des zones humides du bassin de Gallocanta, la plus importante zone d’hivernage de la grue en Aragon. L’ensemble des rizières et des cultures irriguées de la région de Las Cinco Villas et d’Ejea de los Caballeros est alors devenu la principale zone d’hivernage de l’espèce (en particulier à Valareña-El Bayo, Plano de Buena Vista, Sopeña et Turruquiel), accueillant près de 60% de l’ensemble des grues hivernantes en janvier. Le secteur du Cinca Medio dans la province de Huesca a suivi en importance, dans les rizières de Selgua et Monzón où 1 500 oiseaux ont été dénombrés.

L’Embalse de la Sotonera et l’Alberca de Alboré

En Aragon, l’espace choisi par les grues pour passer l’hiver est l’embalse (réservoir) de La Sotonera, lieu privilégié pour l’observation de ces oiseaux. Dans les eaux peu profondes et sur les berges bordées de tamaris, des volées d’anatidés et autres oiseaux aquatiques viennent également hiverner. Ce réservoir est aussi un lieu de pêche : bien que peuplé de plusieurs espèces très sportives, les populations sont généralement faibles avec peu de spécimens adultes. Plusieurs milliers de grues y séjournent de novembre à février, rentrant au coucher du soleil. La Sotonera est protégée en tant que Zone Spéciale de Protection des Oiseaux (ZEPA en espagnol).

D’après les statistiques consultées et plus ou moins complètes selon les années, la population de grues hivernantes n’y est pas stable. La population pour la saison 2017/2018 était en moyenne de 4 000 oiseaux pour seulement 2 000 la saison précédente. Je n’ai pas trouvé de recensement pour la saison 2018/2019; je pense, comme mes amis ornithologues, qu’il devait y avoir autour de 4 000 grues lors de mon passage avec beaucoup d’arrivées par le sud en fin de matinée du 12 février 2019.

La Sotonera est un grand réservoir situé à 20 km à l’ouest de Huesca et construit en 1963. A la queue du réservoir, il existait déjà une ancienne lagune isolée construite il y a plusieurs siècles et entourée de tamaris, l’Alberca de Alboré. Elle fait maintenant partie du réservoir avec la montée des eaux. Bien que peu connue, l’Alboré est devenue ces dernières années la deuxième zone de repos de la grue cendrée sur sa voie de migration prénuptiale de printemps, après Gallocanta. Par sa position stratégique sur cette voie, c’est le dernier arrêt pour les grues qui veulent traverser les Pyrénées entre mi-février et mi-mars et elles y prennent des forces. Les recensements maximum de grues de passage à La Sotorena entre le 15 février et le 15 mars par période de 5 ans ont été multiplié par onze, passant de 7 500 en 1985/1989 à 69 000 en 2010/2014 et 82 500 en 2015.

Leur présence à la Sotorena est très influencée par les conditions météorologiques. Bien que les grues ont l’intention de rester le moins longtemps possible à La Sotorena et voudraient repartir dès le lendemain, le nombre d’oiseaux s’accumule avec une météo défavorable, quand les vents forts et les précipitations les empêchent de traverser la chaîne de montagnes. Elles arrivent dans l’après-midi par le sud et vont se poser à l’Alboré. Les jours de grandes arrivées, les grues se posent d’abord sur l’île du réservoir pour se reposer et se déplacent plus tard vers les tamaris sur les berges et les eaux peu profondes de l’Alboré.

Le moment le plus spectaculaire est le matin avec une absence de vent, alors qu’elles s’envolent du dortoir pour traverser les Pyrénées. Dans la nuit du 02 au 03 mars 2015, un record de 82 275 grues a été enregistré sur la Sotorena. Au matin, 80 475 d’entre elles sont reparties pour disparaître par les sierras de Riglos, Loarre et Gratal. Cette année-là, une étude importante sur la migration prénuptiale a été effectuée par le Grupo Ornitológico Oscense, afin de connaître 1) le nombre de grues passant par la province de Huesca, 2) l’utilisation de la Sotorena comme dortoir, 3) les routes de la migration printanière et 4) comment l’oiseau s’adapte aux conditions météorologiques.

L’association a ainsi calculé qu’entre le 15 février et le 15 mars 2015, au moins 277 000 grues ont traversé les Pyrénées vers le nord de l’Europe. En dehors de quelques spectaculaires exceptions où elles sont aidées par de rares occasions thermiques, les grues ne sont pas capables de traverser les hautes montagnes des Pyrénées avec des sommets de plus de 3 000 mètres; elles passent dans la partie occidentale. Bien que les vents les entraînaient parfois vers les Pyrénées centrales, elles reviennent à l’ouest pour entrer en France par la Navarre (21 000) à Roncevaux (949m) ou par Huesca (256 000) en remontant les vallées de Hecho et Ansó, en face de la zone comprise en gros entre Lescun et Sainte-Eugrâce. Une minorité de grues a remonté la vallée de Gallego pour passer au Pourtalet (1794m). 90% des grues ont migré entre le 18 février et le 3 mars, avec une date médiane au 02 mars. Presque toutes les grues venaient de la lagune de Gallocanta et elles ont dormi à La Sotonera avant la traversée. La distance Gallocanta – la Sotonera en ligne droite est de 140 km mais les grues ne choisissent pas le chemin le plus court; celui-ci est influencé par le « cierzo », le vent fort qui souffle dans la vallée del Ebro depuis l’ouest/nord-ouest.

Petite volée revenant du nord et passant au-dessus de l’observatoire de Montmesa.

L’association précise aussi que des observateurs ont vu des grues exploratrices, de petits groupes sortant du dortoir de La Sotorena pour explorer le temps qu’il fait au nord pour revenir et le communiquer à leurs congénères à travers les sons et les mouvements de la tête, des observations particulièrement fascinantes.

Article écrit le 11 mars 2019 à partir de mes clichés, de mes observations personnelles sur le terrain, d’une publication internet et de sites web que je cite :

http://www.aragonnatuur.com/documents/grullasgoo2015webcopia.pdf

http://www.avesdehuesca.es/ 

www.grus-grus.eu/

L’article suivant sera consacré aux grues de « la Laguna de Gallocanta ».

13 février 2019 – Envol des grues de la lagune de Gallocanta, vers l’embase de la Sotorena puis les Pyrénées.

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh (Béarn)

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh (Béarn)

(Chevrette curieuse).

Le Chevreuil  dans le Vic-Bilh (Béarn)

Un mois de février en velours

(Les clichés d’illustration sont pris en majeure partie au mois de février).

(Sous le soleil matinal – Brocard au début de la repousse des bois).

(Brocard au gagnage dans une prairie).

Nous ne sommes que le 23 février, mais tout se passe comme si le printemps était déjà là. Les belles journées ensoleillées se succèdent depuis plusieurs jours. Les jonquilles, les primevères, les pervenches, les mimosas,  les pommiers du Japon … sont en fleurs. Les abeilles butinent les merisiers et les pruniers sauvages, les merles chantent au lever du jour et au coucher du soleil, accompagnés le soir par les grives. Les grues ont entamé leur migration retour.

Les chevreuils profitent de ce renouveau. On les voit plus souvent dans les prairies et dans les champs de maïs ramassé, où ils se repaissent d’herbe tendre. Aussi, la période de chasse qui les poussent à la méfiance arrive bientôt à sa fin, le 28 du mois; les palombes repartent et les sous-bois sont moins courus.

Le chevreuil (Capreolus capreolus) est un animal que j’aime pour sa finesse et son élégance et le Vic-Bilh est une région où il est bien représenté. Le biotope s’y prête, mélange de terres à polyculture, de prairies et de forêts de chênes, de châtaigniers et d’acacias. Il prospère tout en étant régulé comme partout ailleurs par des plans de chasse.

(Deux femelles sont hors champ. Ce groupe formé pour la mauvaise saison est sur le point de se séparer)

(Un brocard et 4 chevrettes dont 2 jeunes, sous la gelée matinale).

Il a passé l’hiver en petits groupes familiaux qui vont bientôt se défaire. Ici, l’habitat est dispersé au milieu d’exploitations agricoles constituées de parcelles morcelées ; humains et chevreuils vivent plutôt bien ensemble. Les meilleurs moments pour le rencontrer et le photographier sont le matin et surtout le soir.

Dans le Béarn et même plus loin, le chevreuil est souvent appelé, à tord bien sûr, biche. J’ai essayé de corriger cette erreur auprès de pas mal d’amis mais cela reste ancré dans les mœurs. On ne peut pourtant pas les confondre, cerfs et biches ne sont pas présents dans le Vic-Bilh et la morphologie est bien différente. Il arrive qu’un cerf élaphe soit de passage chez nous à la période du rut mais c’est tout. Les grands cervidés fréquentent le piémont pyrénéen et la forêt landaise.

Un peu de terminologie

A gauche, une jeune chevrette en train de muer

Au centre, un jeune brocard (avec toujours ses velours et en train de muer) et une femelle adulte

A droite, une femelle (présence de la brosse vulvaire) adulte (la mue  n’a pas commencée) en arrière-plan 

et un mâle plus âgé que celui du centre, en train de perdre ses velours 

L’appellation « chevreuil » s’applique indifféremment au mâle et à la femelle. La femelle du chevreuil est la « chevrette ». Le jeune s’appelle le « faon » jusqu’à l’âge de 6 mois puis « chevrillard » de 6 à 12 mois, et cela quel que soit le sexe. Vers le sixième mois, c’est-à-dire vers le mois de novembre, deux protubérances osseuses commencent à apparaître sur l’os frontal du jeune mâle, sous velours. Ce sont les futurs pivots. Les premiers bois ne se forment que plus tard, de mars à juin.

Le chevreuil du Vic-Bilh Barn brocard chevrette faon chevrillard daguet

(Au centre, chevrillard avec ses tout premiers bois, très petits).

A un an, le chevrillard mâle, devient un « brocard » pour le restant de sa vie; il porte deux petites dagues fourchues ou non, mais sans les meules qui n’apparaîtront qu’à la prochaine repousse. La meule est le renflement situé à la base des bois, en forme d’anneau et portant de nombreuses excroissances appelées pierrures. Elle fait le lien avec le pivot déjà cité.

Les tout premiers bois du brocard sont de petite taille, plus petits que les oreilles. Seul le mâle porte des bois, caducs, qui tomberont tous les ans à l’automne! La maturité sexuelle commence pour les deux sexes au début de la seconde année ; elle est également conditionnée par son poids pour la femelle.

Dès la deuxième année, chaque bois va s’orner à sa partie supérieure de pointes. La pointe peut s’appeler également « cor » ou « andouiller », indifféremment. La tige centrale entre la meule et la pointe est le merrain, qui a des perlures ressemblant à des gouttelettes; on dit que le bois est « perlé ».

Quelques informations utiles sur le chevreuil

(Beau brocard en pleine force de l’âge, à la nuit tombée).

Le chevreuil adulte pèse entre 15 et 30 kg en moyenne, selon les territoires et la densité de population  (à âge égal et dans de bonnes conditions de nourriture, la femelle est un peu plus petite et plus légère de 2 à 3 kg). En cas de surpopulation, la corpulence des animaux diminue, ainsi que la résistance aux maladies. Pour information, le cerf élaphe adulte pèse entre 160 et 250 kg et la biche, entre 90 et 150 kg : il est donc difficile de confondre un cerf avec un chevreuil, même de loin. Ce poids n’est qu’un ordre d’idée représentant des fourchettes mini/maxi et les chiffres dépendent des sources consultées. Pour le chevreuil et le cerf élaphe, la taille est fortement influencée par l’habitat. Elle augmente des Pyrénées vers l’est de la France et on trouve les plus grands spécimens en Lorraine, dans le Jura et dans les Ardennes.

(Deux photos de brocard. En haut, on voit les bois naissants, donc aucun problème d’identification. En bas, absence de la brosse vulvaire).

Après la chute des bois à l’automne, un moyen de différencier les mâles des femelles est la tâche claire et érectile située sur le fessier, que l’on appelle le miroir : en forme de haricot (partie convexe dirigée vers le haut) chez le brocard et de cœur inversé chez la chevrette. Cela ne me paraît pas d’ailleurs toujours évident de faire la différence. Ce miroir (appelé aussi roze) est blanc en hiver et jaunâtre en été. Il double de taille quand il est hérissé et avertit les congénères en cas de danger.

(Présence de la brosse vulvaire en partie basse du miroir chez la femelle, à gauche).

(Chez ce couple d’âge mûr, la femelle est un peu plus petite que le mâle et on voit bien la brosse vulvaire de profil).

La chevrette possède à la base du miroir une fausse queue constituée de long poils clairs, la brosse vulvaire, bien visible de profil (le chevreuil n’a pas de queue). Quant au brocard, on peut repérer de profil son pinceau pénien. L’aspect général de l’animal, vu de loin, est aussi une indication :  pour le brocard, la partie antérieure de son corps est plus large que la partie postérieure; chez la chevrette, au contraire, le centre de gravité est placé vers l’arrière-train.

« Triste mine »

Le chevreuil subit deux mues par an, à l’automne où son poil vire progressivement au gris-brun, bien épais, et au printemps : il devient alors d’une belle couleur roux vif et ras. La mue de printemps est brutale et la perte des poils lui donne vraiment une triste mine. Elle a déjà commencé et sera bien visible sur tous les sujets d’ici 3 à 4 semaines. La mue est plus précoce chez les jeunes. La chute des poils débute par la tête, le cou puis les membres et enfin le tronc.

Le chevreuil, contrairement au cerf, boit très rarement. Il se désaltère grâce à la rosée matinale .

Quelques informations sur les faons

Faon de biche, avec sa robe semée de taches disparates,

à ne pas confondre avec le faon de la chevrette, dont les taches sont alignées.

Les faons naissent entre la mi-mai et la mi-juin pour la plupart ; ils sont tachetés pendant les deux premiers mois de leur vie. Les taches sont alignées sur le dos et sur les flancs contrairement à celles du faon de cerf qui sont éparses. Les taches blanches s’estompent et disparaissent en octobre au plus tard. Lorsqu’ils naissent, les faons n’ont pas d’odeur corporelle dans les premières semaines de leur vie, particularité qui les protège de certains prédateurs comme les chiens errants et les renards. Une heure après la naissance, les jeunes se tiennent déjà debout sur leurs pattes, puis ils font leurs premiers pas.

Les portées sont de deux petits en moyenne (mâle et femelle), plus rarement trois. Le nombre est conditionné par le poids de la femelle; plus elle est lourde et plus elle a des chances de mettre bas un nombre conséquent de petits, mais un poids autour de 20 kg minimum est nécessaire. La taille de la portée est généralement de 2 faons (20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons) . Elle peut atteindre 3 jeunes dans les milieux particulièrement favorables.

(A droite, un chevrillard avec ses premiers bois recouverts de velours. Il vit encore avec sa mère et sera bientôt chassé).

Le sevrage est achevé en octobre-novembre mais les petits restent avec la mère jusqu’à l’approche de la mise-bas suivante, à la fin du printemps, et sont ensuite chassés. Ils partent alors à la recherche d’un territoire disponible.

La mortalité est importante chez les faons ; dans les cas de naissances multiples, je vois la plupart du temps l’un des deux petits disparaître assez vite : par prédation (chiens errants, renards, sangliers …), accidentellement (réseau routier, noyade …), ou tout autre raison. La période des foins et des moissons est dramatique pour eux : en effet, le réflexe nature du faon encore très jeune est de se tapir au lieu de s’enfuir à l’approche de la faucheuse ou de la moissonneuse qui ne peut le voir et l’accident est fatal. Ils sont parfois infestés par les tiques, comme d’ailleurs leurs parents. La mortalité peut aller jusqu’à 90 % à la fin du premier hiver.

Mode de vie du chevreuil

(Très beau brocard, dans la force de l’âge).

Le chevreuil est sédentaire et reste toute l’année sur le même territoire, d’une superficie d’une vingtaine d’hectares environ mais variable suivant les ressources en nourriture.

(Groupe au gagnage après le coucher du soleil).

A l’approche du printemps, les petits groupes familiaux constitués à l’automne et pendant l’hiver se séparent et les mâles, solitaires sauf à la période du rut, retrouvent leurs comportements territoriaux jusqu’à la fin août. A la période du rut de mi-juillet à la mi-août, le mâle le défend farouchement et laisse son empreinte olfactive en frottant les glandes situées à la base de ses bois sur les troncs d’arbre et en grattant la terre.

(Brocard sur sa « couchette » dans un champ de luzerne, un soir d’été).

Le chevreuil alterne les phases d’activité et de repos dans la journée, mais il va de préférence au gagnage au lever du jour et au crépuscule. Il s’approche facilement des habitations les jours de mauvais temps. Quand il fait partie d’une troupe, le brocard sort le dernier à découvert, très méfiant. Le chevreuil est également actif la nuit. Quand il a décidé de se reposer, on peut parfois l’observer à la lisière du bois, au crépuscule, en train de tourner en rond tout en grattant le sol avec ses pattes avant pour en dégager la végétation, avant de se coucher en boule. Ces « couchettes » est une indication de leur présence.

Le chevreuil a une mauvaise vue surtout basée sur le mouvement, mais un excellent odorat et l’ouïe fine. Si un danger est identifié, il détale prestement. Dérangé, il émet pendant la fuite une série d’aboiements rauques ressemblant à ceux d’un chien, un signe d’inquiétude face à un danger potentiel non identifié, ou de colère! En sécurité dans le sous-bois et si le danger n’est toujours pas identifié, il répète longuement son cri avant de s’éloigner définitivement.

D’un naturel curieux et si quelque chose attire son attention, le chevreuil s’approche par étapes prudentes et s’arrête en bougeant la tête dans tous les sens pour chercher à identifier ce qui l’intrigue. S’il ne nous a pas repéré, il y a quelques opportunités pour faire de beaux clichés de proximité.

Les bois perdus en octobre-novembre ont commencé à repousser aussitôt durant l’hiver. Pendant cette repousse, ils sont recouverts d’une peau appelée velours qui protège et nourrit les bois pendant leur croissance. Quand celle-ci s’achève, l’irrigation du velours cesse et ce dernier se dessèche. Il va alors tomber en lambeaux que le chevreuil élimine en se frottant sur les écorces des arbres tout en occasionnant quelques dégâts, de mars à avril suivant les sujets. Les vieux brocards perdent leurs bois les premiers et les nouveaux bois seront alors opérationnels avant ceux des plus jeunes ; ils ont ainsi une longueur d’avance pour défendre leur territoire face aux générations « montantes ».

Comment avoir une idée empirique de l’âge d’un brocard

On arrive à déterminer approximativement l’âge du chevreuil par l’examen de sa denture; cela ne peut se faire que sur un individu prélevé. Sur un brocard bien vivant, la détermination de son âge est possible par sa tête mais c’est une chose peu facile, plus empirique. Les formes les plus classiques pour les bois (indépendantes de l’âge), sont le daguet, le 4 cors (avec deux andouillers antérieurs), et le 6 cors (un troisième andouiller vers l’avant). L’andouiller le plus bas est toujours dirigé vers l’avant. Un chevreuil âgé de 7 à 8 ans est déjà considéré comme étant vieux, pour une espérance de vie maximale de dix à douze ans.

(Brocard au début de sa 2ème année; ses premiers bois ont poussé et il ne vit plus avec sa mère).

_Le brocard d’un an a un cou long et frêle. Sa tête porte deux dagues de la longueur des oreilles.

(Daguet, ou  brocard « assassin »)

_Le brocard de deux ans a un cou moins mince; il porte une tache blanche au-dessus du noir des naseaux. Le bois est déjà creusé de gouttières. Chaque bois a deux cors (andouillers antérieurs) et parfois, dans de bonnes conditions, un embryon plus ou moins développé d’un troisième cors (andouiller vers l’avant). Aussi, un brocard de 2 ans peut ne posséder que 2 simples dagues – d’où le nom de « daguet » donné à l’animal à ce stade de sa vie. Un brocard portant des bois dépourvus d’andouillers est appelé brocard « assassin ». En effet, lors de combats à la période du rut, aucune garde ne vient arrêter les pointes qui peuvent se planter profondément dans les flancs ou le crâne de l’adversaire.

_Le brocard de trois ans a un cou épaissi, au front gris foncé et la masse du corps se porte sur l’avant. Les bois sont jolis, ne sont ni épais, ni encore bien perlés et ils ont chacun trois beaux cors bien marqués. La meule est plus grosse mais moins longue. Un brocard de deux à trois ans est considéré comme jeune.

_Les brocards à partir de quatre ans n’ont plus la tache blanche nasale. Les bois continuent à avoir trois cors chacun. Un chevreuil de 4 à 5 ans est considéré comme mature et possède alors ses bois les plus massifs.

_Le nombre de cors n’augmentera plus par la suite, les perlures deviendront plus abondantes, les gouttières plus profondes, les meules tendront à se rapprocher jusqu’à paraître soudées l’une à l’autre. Le nombre de cors n’est pas fonction de l’âge et ce nombre peut diminuer quand l’animal vieillit.

_Dès l’âge de 6 ans, le mâle devient un brocard âgé et la masse de ses bois régresse. Les cors d’un animal âgé de 7-8 ans sont courts et émoussés, les perlures sont rares.

Les vieux brocards muent plus tard que les jeunes. Quelques vieux sujets des deux sexes portent une « serviette », tache claire et ovale sur le poitrail, à la base du cou, parfois en deux parties.

En France, le chevreuil est une espèce classée gibier et soumise à des plans de chasse obligatoires depuis 1978. Aujourd’hui, on estime à 1,5 million le nombre d’individus et les prélèvements par les plans de chasse de la saison 2016/2017 est de 580 000.

Aucune menace ne pèse sur l’espèce, la population augmente régulièrement.

Article rédigé le 23 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de données trouvées sur internet, dont :

http://www.jyrousseau.com/le_chevr.shtml

http://dianehautsbosc.canalblog.com/archives/2007/07/27/5555197.html

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

(Nom scientifique : Gypaetus barbatus)

2018, une année riche en rencontres 

Le Gypaète barbu est le plus grand rapace d’Europe, et aussi le plus rare. Le rencontrer est, pour moi, un véritable cadeau venu du ciel.

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou, encore enneigé (Vallée d’Aspe)

J’ai photographié mon tout premier gypaète barbu début mars 2016, lors d’un « bol d’air » pris en vallée d’Aspe, sur le plateau du Benou. La neige était encore présente. A la fin de la journée qui avait été plutôt maussade et alors que je surplombais le village de Lescun, j’ai aperçu cette forme inhabituelle qui descendait la vallée pour disparaître derrière la montagne. Pensif, je continuais à admirer ce beau cirque de Lescun avec ses sommets mythiques comme les aiguilles d’Ansabère, les deux Billare, … quand quelque chose me fit me retourner instinctivement. C’était lui, se dirigeant droit sur moi à basse altitude, majestueux! Mon cœur bondit ! Sans crainte, il plana devant moi, silencieux. Quelle noblesse! Puis il s’éloigna en m’observant toujours du coin de l’œil (comme j’ai pu le constater sur mes clichés) avant de disparaître. Contrairement aux vautours, il est plutôt rare qu’il fasse une nouvelle passe. De toute façon, au vu de ce qu’il tenait entre ses serres, il allait à son nid. Quel souvenir ! Cette rencontre a été pour moi un véritable privilège.

Je n’ai plus revu de gypaète jusqu’en septembre 2018. Ces derniers mois ont été riches en événements ; cinq rencontres dans cinq endroits différents. Ce fut pour moi un festival d’apparitions : en vallée d’Ossau à deux reprises, en vallée d’Aspe, en vallée d’Aure et en Haute-Garonne. Le gypaète est manifestement un oiseau curieux : trois d’entre eux sont venus me voir à quelques mètres à plusieurs reprises.

26 septembre 2018 14:00 – Gypaète barbu adulte passant devant l’Ossau, cliché pris depuis le col d’Ayous  avec une focale de 200mm, insuffisante

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col lors d’une randonnée en vallée d’Aure

02 octobre 2018 12:00 – Gypaète barbu juvénile à la Hourquette Chermentas (Hautes-Pyrénées)

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué,  au pied de la face sud de l’Ossau

23 novembre 2018 13:40 – Gypaète barbu au début d’une averse de neige, en vallée d’Aspe

Description du Gypaète barbu

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

Les deux sexes sont semblables, avec la femelle plus grande que le mâle. Le gypaète barbu tient son nom des « mèches » de plumes noires qui encadrent son gros bec recourbé, en formant une barbiche. Il est facilement reconnaissable à l’âge adulte grâce à la couleur rouille orangé de son plumage ventral. Cette couleur n’est pas génétique, elle provient d’une teinture due à des bains répétés d’eau ou de boue ferrugineuses. Les yeux sont jaunes, entourés d’un cercle d’un rouge intense qui lui donne un regard menaçant. Le bec est fort et puissant, aplati latéralement et très crochu. Les pattes sont emplumées. La tête est de couleur crème. Un masque noir entoure ses yeux, et les deux parties du masque se rejoignent sur le haut de la tête, en une fine ligne noire. Ses épaules et ses ailes sont formées d’un plumage ardoisé. Chacune de ses plumes est ornée d’une raie blanche. Il pèse entre 5 et 7 kg pour une envergure entre 2m50 et 2m80. Il peut vivre longtemps, plus de 30 ans.

Gypaète barbu juvénile poursuivi par un Crave à bec rouge 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué au pied de la face sud de l’Ossau, dans le brouillard qui sévira une bonne partie de la randonnée

L’immature est brun, avec la tête noirâtre. Il acquiert son plumage adulte après 6 ans.

Habitat

Le Gypaète est sédentaire et vit chez nous toute l’année en haute montagne, généralement en couple. Leur territoire s’étend sur plus de 50 000 ha, entre 700 et 2300 m environ et comprenant des sites de falaises et surtout de grandes zones de pâtures et d’éboulis où l’oiseau trouve sa nourriture. Il le défend âprement contre l’intrusion de ses congénères.

11 octobre 2018 – Gypaète barbu adulte poursuivi par un grand Corbeau

Il est peu agressif et poursuit rarement les oiseaux qui s’approchent de son nid. Je l’ai vu à plusieurs reprises être pris à partie par bien plus petit que lui sans réaction autre que continuer son chemin.

Lors de journées ensoleillées, … ou pas, on peut apercevoir sa silhouette longiligne aux ailes effilées et à la queue en losange haut dans le ciel, planant au-dessus de son territoire à la recherche de nourriture.

Reproduction

11 octobre 2018 16:30 – Un couple de Gypaètes barbus au Port de Balès (1755m)  entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées

Le Gypaète barbu vit en couple et reste fidèle à son partenaire. La parade nuptiale a lieu à l’automne vers la mi-novembre (novembre-décembre). A cette occasion, le couple se livre à des jeux aériens, des vols synchrones, des offrandes, des courbettes ou encore à des soins respectifs.

Le couple construit ou aménage un de ses nids, dans des anfractuosités de falaises inaccessibles et bien à l’abri des intempéries. Les nids sont occupés à intervalles de 4 ou 5 ans, afin de permettre la disparition des parasites accumulés. Il est situé le plus souvent entre 1 500 et 1 800 mètres. Les matériaux utilisés sont multiples : branches, herbes, laine de mouton, poils d’origine animale, ossements, morceaux de peau, …

La femelle gypaète dépose un ou deux œufs début janvier (entre décembre et février). L’incubation dure environ de 55 à 60 jours. Elle est assurée de façon alternée par le mâle et la femelle et se poursuit après l’éclosion jusqu’à ce que le jeune poussin soit apte à réguler sa température. En général, le poussin le plus malingre périt, affamé par le plus vigoureux. Le femelle s’occupe attentivement du petit, et reste au nid pendant plusieurs jours. Le mâle apporte la majeure partie des proies et des os. Le jeune s’envole vers la mi-juillet et est nourri par les parents pendant encore 1 à 2 semaines après son envol.

Le jeune quitte le territoire vers la fin juillet et présente un fort erratisme qui l’entraîne sur toute la chaîne pyrénéenne avant de revenir progressivement s’installer le plus souvent près de son territoire de naissance. Il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 8-10 ans.

Alimentation

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou (Vallée d’Aspe)

Le Gypaète barbu contribue à l’élimination des carcasses en montagne. Les 3/4 de sa nourriture sont constitués d’os, de pattes, de tendons et de ligaments. Il repère les cadavres de moutons ou d’isards et attend que les vautours aient nettoyé la partie molle pour se servir. Il se saisit des os et quand ceux-ci sont trop volumineux, il les laisse tomber d’une hauteur de 50 à 100 mètres sur des pierriers pour les briser. Il recommence autant de fois qu’il est nécessaire. C’est la raison pour laquelle on le surnomme « le casseur d’os ». Son gosier élastique est large et il peut engloutir directement des os entiers qui sont dissous par les sucs digestifs.

Population, répartition et menaces sur le Gypaète barbu

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure

« En France, il est présent dans les Pyrénées, en Corse. Il a été réintroduit avec succès dans les Alpes et récemment dans les Cévennes. Le Parc national des Pyrénées a constitué, avec le Pays basque, la zone de sauvegarde du Gypaète barbu. Depuis 50 ans, le nombre de couples a augmenté, passant de 3 à 4 couples dans les années 1950 pour atteindre, en 2016, 14 couples dans le Parc national des Pyrénées. 2 à 4 couples sont présents dans chacune des vallées. Menacé de disparition, le Gypaète barbu fait l’objet d’un suivi scientifique important en France et en Espagne. Cette espèce fait l’objet d’un plan national de restauration. Depuis 20 ans, le Parc national apporte un complément alimentaire à certains couples en hiver pour aider à l’élevage du jeune. Une surveillance annuelle est faite pour éviter les abandons de nids suite à survol d’hélicoptères ou autres intrusions ».

Le gypaète barbu est le rapace le plus rare d’Europe. Dans l’ensemble des Pyrénées, le nombre de couples est passé de 61 en 1995 à 160 en 2018, dont 43 sur le versant français. Treize jeunes se sont envolés l’été dernier, nés au sein d’un espace protégé plus à l’abri des dérangements. Rien n’est définitivement gagné, notamment à l’extrémité ouest du massif où la population est en déclin (il ne reste plus que 2 couples au Pays Basque contre 4 en l’an 2000) et où les gypaètes se reproduisent mal à cause de dérangements fréquents aux abords de leurs sites de nidification : survols, travaux bruyants, chasse en battue, fréquentation routière, sports de nature, écobuage, etc.

Le principal prédateur du gypaète était l’homme qui l’a chassé avant qu’il soit protégé en avril 1979 (convention de Berne).

Aujourd’hui, les premiers ennemis de l’oiseau sont souvent les lignes électriques et les câbles des remontées mécaniques. Des mesures de prévention ont été prises pour éviter les échecs de reproduction dus à l’impact des activités humaines comme le survol des nids par les hélicoptères, les parapentes, les delta-plane, les avions de tourisme et aussi les passages trop près du nid des grimpeurs, des photographes animaliers.

En 2018, le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage 64 Hegalaldia a accueilli trois gypaètes barbus pour des soins :

– « Silvanio, une femelle âgée de 22 ans découverte le 30 janvier par des chasseurs sur la commune de Mendive dans le Pays Basque. Équipée d’une balise GPS, Silviano avait ingéré une boucle d’oreille de brebis en s’alimentant dans le milieu naturel. Une boucle qui avait déclenché un début d’occlusion intestinale et suffisamment douloureuse pour qu’elle s’écrase au sol occasionnant au passage quelques blessures physiques. Durant sa captivité Silviano a complètement digéré cette boucle, entraînant une intoxication au plomb et donc la chute de bon nombre de plumes et un état de faiblesse général. Après avoir eu droit à un lourd traitement pour diminuer les concentrations de plomb dans son sang et après avoir passé un long moment en volière de réhabilitation, Silviano a pu retrouver le milieu naturel d’origine le samedi 23 juin 2018 à 11h au sommet du col d’Haltza, sur la D18 entre Lecumberry et Iraty.

– Le 4 mars 2018, un deuxième gypaète est également trouvé et signalé par des chasseurs sur la commune de Laruns cette fois. Rapidement pris en charge par les agents du Parc National des Pyrénées, ces derniers ont aussi rapatrié l’oiseau jusqu’au centre de soins Hegalaldia. Après avoir heurté une ligne électrique, l’oiseau avait frôlé la mort. En état de choc, amaigri (moins de 4 kilogrammes) et en hypothermie, ilsouffrait de plusieurs plaies aux ailes, aux pattes et sur le corps. Sans oublier le crâne, très touché : ce dernier avait probablement subi l’acharnement des corvidés une fois l’oiseau au sol. Son pronostic vital était engagé. Pris en charge pendant quatre mois par l’association, le grand rapace a pu être relâché en Vallée d’Ossau sur le site de Tormon près du col du Pourtalet, le lundi 23 juillet à 14h.

– Biès (le troisième récupéré), a été trouvé mal-en-point sur le Parc National des Pyrénées. Équipé de marquages alaires, l’oiseau avait développé une infection généralisée et souffrait également d’une importante luxation à une épaule. Il avait également plusieurs rémiges de l’aile droite de sectionnées, ce qui l’handicape d’autant plus. Il est toujours à ma connaissance au centre de soins à la date de rédaction de cet article.
Note: le marquage alaire est couramment utilisé chez les rapaces planeurs. Il consiste à la pose de marques en plastique sur les ailes et permet une reconnaissance individuelle de chaque oiseau à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Hegalaldia est une association de protection de la nature, reconnue d’intérêt général. Elle gère l’unique centre de sauvegarde pour la faune sauvage des Pyrénées-Atlantiques (64). Située à Ustaritz, elle intervient aussi sur les départements voisins du sud des Landes et des Hautes-Pyrénées. Elle est soutenue par des bénévoles et par des dons.

En France, le Gypaète barbu est intégralement protégé, classé « En Danger »

Article rédigé le 18 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/gypaete.barbu.html

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/gypaete-barbu

https://www.hegalaldia.org/

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure

Le Courlis cendré

Le Courlis cendré

Le Courlis cendré
(Nom scientifique Numenius arquata)
Son observation au lac de L’Ayguelongue (Béarn)

04 Février 2019-17:30 – L’amont du lac de l’Ayguelongue orienté nord-sud avec une vue sur l’Ossau enneigé

(cliché pris depuis la partie est de la digue)

Le lac de l’Ayguelongue ou d’Ayguelongue est une retenue collinaire d’une soixantaine d’hectares crée en 1999 et situé dans le Béarn (Pyrénées Atlantiques), sur les communes de Momas et de Mazerolles. Il fait partie des retenues gérées par l’Institution Adour.

Le niveau du lac varie suivant les périodes de l’année. En ce moment, début février, son déversoir donne à plein régime. Les espèces participant à la migration de printemps ont très peu d’opportunités pour se poser, à part les abords ou sur les deux petits îlots qui sont colonisés par des espèces sédentaires comme les hérons garde-boeufs, les hérons cendrés, des cormorans etc. On n’observe essentiellement à cette période que des migrateurs se posant sur l’eau, colverts, sarcelles d’hiver … et un petit groupes d’oies qui sont là depuis au moins octobre dernier.

Avec l’arrosage du maïs à partir de juin/juillet, le niveau va baisser, ce qui dégage de grandes vasières très favorables aux limicoles de passage qui entament leur migration vers le sud. Durant la période de juillet à octobre, de nombreuses espèces peuvent y être observées.

L’amont du lac est depuis quelques années colonisé par de la végétation invasive comme la Jussie. C’est la dernière vasière avant le franchissement des cols des Pyrénées par les limicoles migrateurs. On peut avoir de bonnes surprises tout au long de l’année, même si la période correspondant à la baisse du niveau du lac est la plus favorable.

Ce Lundi 4 février, j’ai eu l’agréable surprise de voir évoluer au-dessus du lac une petite volée d’oiseaux au vol très « graphique » ; j’ai pu les photographier, mais de loin. A deux reprises, des personnes qui viennent régulièrement se promener autour du lac sont venues vers moi pour me poser des questions sur ces oiseaux au chant puissant et mélodieux. Ils ne les avaient encore jamais vu et cela les intriguait : des Courlis cendrés !

Après le survol du lac et quelques tentatives infructueuses pour se poser, ils sont repartis vers le nord, au nombre de huit ! Probablement en cours de migration?

Le Courlis cendré est un oiseau qui, à chaque observation, me rappelle un très bon souvenir d’adolescence. J’ai toujours en tête notre première rencontre, lors d’un hiver très rude dans les Landes près du littoral atlantique. Une vague de froid accompagnée d’un peu de neige avait occasionné pas mal de mouvements migratoires et j’ai conservé en moi l’image de cette belle silhouette au bec atypique qui survolait lentement à basse altitude une grande prairie ouverte, à la recherche de nourriture. Cette prairie a été depuis remplacée par un grand champ de maïs.

Le courlis cendré est le plus grand de nos limicoles avec une belle envergure de 80 à 100 centimètres ; il peut peser le kilo (pour la femelle) et vit jusqu’à maximum 32 ans. On le reconnaît sans problème avec son long bec incurvé vers le bas. Les deux sexes ont un plumage identique et le mâle est plus petit que la femelle ; le mâle a aussi le bec plus court. Le retour d’hivernage a lieu de février à mai suivant la latitude.

Le courlis cendré peut seulement être confondu avec le Courlis corlieu, moins commun, plus petit et avec le bec moins courbé.

Habitat

C’est un oiseau des milieux très ouverts et le plus souvent humides. Au passage et en hivernage, on l’observe sur les vasières, qu’elles soient littorales ou de l’intérieur (comme les grands plans d’eau en vidange), dans les milieux herbacés littoraux, les estuaires, les bassins d’inondation, les grandes plaines agricoles. Le Courlis cendré est un oiseau farouche. Il se tient toujours sur ses gardes et à la moindre alerte, prend son envol.

Reproduction

Il se reproduit dans des habitats assez divers qui ont en commun une vue dégagée, un sol meuble et profond et une grande diversité végétale : marais et tourbières, prairies, landes plus ou moins humides, marais côtiers, etc.

Alimentation

Le Courlis cendré se nourrit essentiellement d’invertébrés capturés sur le sol ou dans le substrat dès lors que son bec peut s’y enfoncer. Il sonde de son long bec muni de cellules sensorielles les sols meubles ou détrempés, les vases et autres milieux riches en organismes vivants. Dans les prairies où il niche, il consomme essentiellement des insectes et des lombrics. Sur les lieux d’hivernage maritimes, il se nourrit de vers marins, de petits crabes et de mollusques.

Population et répartition

C’est une espèce qui est assez répandue dans une bonne partie du Monde. Bien qu’en régression, l’espèce ne semble pas menacée. En France, il y a deux populations principales : l’une, en déclin, sur la façade atlantique, l’autre, en progression, installée dans l’Est depuis le début du siècle. La première reste le long des côtes, l’autre migre vers le sud-ouest.

Article rédigé le 09 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/courlis.cendre.html

http://wcf.tourinsoft.com/syndication/aquitaine/d8fabc1c-3ab9-42c5-af0e-40c4e3153c90/object/PNAAQU064FS00017/Lac-d-Ayguelongue

Espèces remarquables et périodes d’observation à l’Ayguelongue (d’après le lien ci-dessus) :

Balbuzard pêcheur – De mars à mai puis d’août à novembre
Barge à queue noire – De juillet à octobre
Bécasseau cocorli – De mi-juillet à octobre
Bécasseau de Temninck – De mi-juillet à septembre
Bécasseau rousset – septembre
Bécassine des marais – D’août à avril
Bihoreau gris – Toute l’année
Chevalier sylvain – De juillet à septembre
Cigogne noire – De mi-février à mai puis de fin juillet à octobre
Combattant varié – De fin-juillet à octobre
Echasse blanche – D’août à mi-septembre
Elanion blanc – Toute l’année
Faucon hobereau – D’avril à octobre
Fuligule nyroca – De novembre à février
Grande aigrette – D’août à février
Grèbe huppé – Toute l’année
Grosbec casse-noyaux – D’octobre à mars
Guifette noire – D’avril à mai
Harle bièvre – De mi-novembre à février
Héron garde-boeufs – De juillet à mai
Héron pourpré – D’avril à mai puis de fin août à septembre
Martin-pêcheur d’Europe – Toute l’année
Petit gravelot – D’août à septembre
Pic épeichette – Toute l’année

Note : A proximité d’Ayguelongue, dans la zone géographique située autour du village de Bougarber entre Pau et Artix, se concentrerait la plus grosse population nicheuse d’élanions blancs de France (j’ai consacré récemment un article sur cet oiseau) . On y trouve également le busard cendré et le busard Saint Martin.

Novembre 2018 – Volée de Courlis cendrés en hivernage au lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées)

L’Elanion blanc

L’Elanion blanc

L’Elanion blanc
(Nom scientifique : Elanus caeruleus)
Sa présence dans le Vic-Bilh

Description

L’Elanion blanc est un petit rapace que je rencontre de plus en plus souvent dans le Vic-Bilh. On le reconnaît aisément. Il est gris et blanc avec le haut des ailes noir et les yeux rouge foncé. La tête est blanche, avec un petit masque noir autour de l’œil. Je lui trouve un air sévère. Les deux sexes sont semblables.

Un jeune Elanion blanc

Le jeune se distingue par les plumes du dos des ailes et des couvertures bordées de blanc, par des marques brunâtres sur la calotte et la poitrine.

C’est un bel oiseau photogénique et il est recherché par les photographes. Son approche à une distance raisonnable est difficile. Les tentatives d’approche sans prendre de précautions créent de réels dérangements qui lui sont à la longue néfastes.

Son arrivée en France est relativement récente. Originaire d’Afrique, l’élanion blanc était présent depuis longtemps déjà dans la péninsule ibérique. Il a franchi nos Pyrénées au début des années 1980. Depuis le premier cas de reproduction fructueux dans les Landes en 1990, il s’est implanté dans les plaines de l’Adour et le bassin de la Garonne et il continue son expansion. Il n’est pas réellement migrateur mais il peut s’adonner à un certain nomadisme, parfois très loin des sites de reproduction traditionnels.

14 février 2015 16:14 – Mon deuxième élanion blanc, dans la plaine du Lées à Arricau-Bordes

J’ai vu mon premier élanion blanc au début de l’année 2014, au bord de l’Adour dans la région de Maubourguet  (65), à la limite entre les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques. Je n’avais pas le matériel nécessaire pour en faire un bon cliché mais ce fut une belle rencontre. Le second, c’était près de mon domicile, dans la plaine du Lées à Arricau-Bordes. Depuis, je le rencontre régulièrement dans le Vic-Bilh et depuis un an, un couple s’est installé à quelques mètres de la maison.

30 avril 2015 09:40 – Couple d’élanions blancs installé à Simacourbe, face à la chaîne des Pyrénées.

On distingue l’Ossau sur la droite et, en vol, un coucou. 

02 juillet 2015 13:20 – Couple d’élanions blancs au bord du Lées à Lalonquère – Toujours sur le même territoire en 2019

Observation puis attaque!

ll est souvent posé sur des poteaux téléphoniques ou électriques (ou sur leurs lignes), à la cime des arbres et les hautes branches d’arbres morts, où il chasse à l’affût, très souvent au crépuscule. Les petites proies sont dévorées en vol, et les plus grandes sont emportées sur une branche.

Il a repéré une proie. Prêt à l’attaque! 

Différentes phases de l’attaque: survol puis plongée sur la proie, les ailes en V

Survol du territoire, à la recherche de proies

Il prospecte aussi son territoire en décrivant des cercles dans le vent. Quand il a repéré une proie, il effectue un vol stationnaire pendant quelques secondes puis plonge rapidement, les ailes en V, pour la capturer. Ce vol en « Saint-Esprit » pour repérer sa proie, peut parfois le faire confondre pour un néophyte avec le Faucon crécerelle.

Les individus se déplacent seuls ou en couples. Ils sont agressifs si un intrus s’approche de leur poste d’affût, et ils attaquent vigoureusement les autres rapaces et corvidés qui passent sur leur territoire.

Plutôt silencieux, il pousse parfois des cris aigus ou des chuintements assez facilement reconnaissables.

Son Habitat

L’Elanion blanc fréquente les grands espaces ouverts, friches, champs cultivés et prairies. A ce jour, je ne l’ai rencontré qu’en plaine.

Sa Reproduction

L’élanion blanc niche en hauteur dans un arbre souvent isolé, habituellement un chêne dans notre région. La ponte a lieu en février-mars. Le couple, sédentaire, refait un nouveau nid chaque année au même endroit, et souvent dans le même arbre. Ce nid est fait de brindilles apportées par le mâle, arrangées par la femelle. La femelle couve et le mâle la nourrit au nid ou à côté pendant cette période. A la naissance des poussins, le mâle apporte les proies et la femelle nourrit sa progéniture. Par la suite, les deux adultes partent en chasse, mais seule la femelle continue à nourrir les jeunes jusqu’à ce qu’ils puissent le faire eux-mêmes.

Les jeunes ont leur plumage complet à environ 3 semaines. Ils peuvent voler à l’âge de 30 à 35 jours si la nourriture est abondante. Les jeunes retournent au nid entre leurs vols, et sont nourris par les adultes hors du nid. L’élanion blanc est très prolifique, ce qui favorise son expansion.

Son Alimentation

Un Elanion blanc immature dépeçant une musaraigne

Un autre élanion immature dévorant un campagnol.  Il fait partie d’une fratrie de 3 élanions nés en septembre 2016.

Les deux autres sont posés au-dessus et manifestent leur présence, envieux de la proie. 

L’Elanion blanc se nourrit de différentes proies : petits mammifères comme les campagnols, musaraignes, mais aussi de gros insectes capturés en vol, petits oiseaux, petits lézards.

Sa Population et répartition

L’élanion blanc a niché pour la première fois en France en 1990 dans les Landes. Jusqu’alors, seules des observations anecdotiques étaient rapportées. Depuis, sa population n’a fait que grandir dans notre Sud-Ouest et plus récemment en Midi-Pyrénées. En 2012 et 2013, entre 110 et 120 couples sont recensés en France dont 75 à 80 % en Aquitaine et 20 % à 25 % en Midi-Pyrénées. Le site « Nature en Occitanie » voir le lien en fin d’article) propose une étude complète : « Bilan des connaissances de 1990 à 2014, de la colonisation à l’installation, de l’élanion blanc en Midi-Pyrénées ». Je n’ai pas trouvé de statistiques plus récentes.

Bien que très prolifique et en progression, l’Elanion blanc ne présentait encore en 2013 qu’une population européenne limitée, de l’ordre de 2000 individus, et reste donc fragile.

Sa concurrence avec le Faucon crécerelle

 

L’élanion blanc pourrait à terme porter préjudice au Faucon crécerelle (Falco tinnunculus), bien installé chez nous : en effet, ils occupent le même territoire et ont le même régime alimentaire.

En France, il est intégralement protégé, « En danger » sur la Liste Rouge Nationale des Oiseaux Nicheurs

Article rédigé le 07 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet, dont :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/elanion.blanc.html

http://www.naturemp.org/Elanion-blanc.html 

20 août 2017 20:00 – Un élanion blanc surveillant une prairie depuis un piquet de clôture, à Gerderest. 

(cette occasion de proximité est rare pour moi; l’oiseau n’a pas été dérangé)

Le Hibou des marais

Le Hibou des marais

Le Hibou des marais
(Nom scientifique : Asio flameus)
Avec le témoignage de sa présence dans le Béarn

Le Hibou des marais est un oiseau de taille moyenne. Partiellement diurne, c’est l’un des rapaces nocturnes les plus visibles à observer de jour, car il chasse surtout au crépuscule et tôt le matin. Il a beaucoup de succès auprès des photographes animaliers.

C’est un nomade qui se déplace en fonction de l’abondance de ses proies préférées, les campagnols. J’ai eu la chance de le rencontrer deux fois dans le Béarn, plus précisément dans le Vic-Bilh.

La première fois, c’était en bordure du vignoble du château de Gayon (Madiran et Pacherenc), le 6 mars 2016 – 19:50.

On était pratiquement à la nuit et il m’a surpris. Je me demandais ce que c’était. Les conditions pour l’immortaliser étaient mauvaises, le soleil était déjà couché. Heureusement, après quelques allées et venues, il m’est venu droit dessus et il s’est posé sur un piquet de vigne près de moi.

J’avais déjà vu des photos sur internet mais j’étais à des lieues de penser à lui. Une petite recherche m’en a appris un peu plus sur cette espèce et en particulier, que sa présence en ces lieux devait être rare. En effet, elle n’est pas avérée dans les Pyrénées-Atlantiques. Je ne l’ai pas revu les soirs suivants. Il ne devait être que de passage. C’est un migrateur!

01 mai 2017 – 09:20 Hibou des marais à Villafafila (Castilla y Leon) 

La rencontre suivante fut début mai 2017, dans une région où sa présence était courante : les steppes de Villafafila en Espagne, dans la région de Zamora. J’ai pu alors longuement observer leur comportement et en photographier un en plein jour. Je suis revenu à Villafafila début mai 2018 et je n’ai rien vu : un printemps pluvieux avait évité le pullulement des campagnols et les hiboux étaient parti chercher leur nourriture ailleurs.

(30 décembre 2018 – 17:30 – Palombes au dortoir à Gerderest, face au Pyrénées)

Ma deuxième rencontre dans le Béarn a eu lieu très récemment, pratiquement à domicile. Et cela m’a fait très plaisir : inutile de courir très loin, je l’avais à portée de main. Notre rencontre a été totalement fortuite, le 30 décembre au soir. J’observais le ballet aérien d’une grosse volée de palombes au-dessus de son dortoir, dans un vallon abrité face aux Pyrénées. Les lumières hivernales au coucher du soleil étaient magnifiques, d’une belle teinte rose jusqu’au niveau du pic du Midi de Bigorre.

30 décembre 2018 -17:50 – Nouvelle rencontre dans le Vic-Bilh avec le Hibou des marais, furtive! Cette deuxième observation n’était pas très probante!!!

Il a surgi, venant de nulle part et je me demandais ce que c’était. Intrigué, je l’ai photographié (focale équivalente à 900mm) mais les paramètres du reflex étaient bien en deçà de ce qui était nécessaire pour avoir un cliché net. Cette fois-là encore, il faisait déjà sombre et l’oiseau était loin, plus loin que la précédente rencontre au château de Gayon, il y avait presque trois ans déjà. Il allait et venait à quelques mètres au-dessus de la prairie en la quadrillant, plongeant de temps en temps pour se poser à terre et redémarrant un peu plus tard.

31 décembre 2018 – 17:35 – Hibou des marais au-dessus de la prairie abandonnée

Je revins le lendemain au même endroit peu après 17h00, avec le secret espoir de revoir ce rapace dont je n’étais pas sûr de l’identification; pas étonnant, quand on voit la qualité des clichés de la veille. A 17h35, jackpot! Il apparut enfin et recommença son ballet aérien au-dessus de la prairie abandonnée. Quel spectacle! J’avais eu le temps de me préparer à cette nouvelle rencontre, avec des paramètres qui me faisaient hélas monter en iso, mais qui me permettraient de figer le vol élégant et feutré de ce bel oiseau, devant un ciel aux belles couleurs pastel qui se développaient vers l’est!

Un spectacle qui dura une dizaine de minutes environ, avec des lumières qui disparaissaient progressivement!

A moment donné, il se prit de querelle avec une buse variable (à gauche sur le cliché) et s’éloigna un instant de son aire de chasse, sur fond de palombes qui se posaient au dortoir. Les belles couleurs du ciel continuaient à s’estomper, même sur la chaîne des Pyrénées.

Il revint enfin directement vers moi et me montra une dernière fois sa belle voilure. Pour ne pas le perturber et déjà trop content qu’il soit revenu, je m’éloignai discrètement. Une belle façon de terminer l’année 2018, comme je ne l’aurais jamais espéré : avoir eu à domicile dans les dernières heures de 2018 ce que j’étais allé cherché vainement quelques mois plus tôt à des centaines de kilomètres de là. Je ne savais pas encore que ce serait notre dernière rencontre mais qu’importe, je l’ai bien appréciée.

J’y suis revenu une semaine plus tard et les jours suivants : je ne l’ai plus revu malgré avoir sillonné toute la plaine de Gerderest, une plaine que j’affectionne car elle a encore gardé un aspect naturel. Il peut avoir changé d’endroit mais aussi d’horaires, peut-être? Il chasse aussi la nuit. Cela restera pour moi un excellent souvenir!

Description du Hibou des marais

31 décembre 2018 – 17:50 – Hibou des marais au-dessus de la prairie abandonnée – Simacourbe, dans le Vic-Bilh (Béarn)

06 mars 2016, 19:50 – Hibou des marais dans les vignes – Gayon, dans le Vic-Bilh (Béarn)

Les couleurs du hibou des marais lui fournissent un très bon camouflage au milieu des herbes. Son plumage est brun à jaune-roux avec des stries noires sur la poitrine, l’abdomen et le dos. Les ailes et la queue sont striées. Les ailes sont longues et étroites. Leur dessous est blanc avec une pointe noire. L’oiseau se déplace avec aisance, en battant des ailes régulièrement ou en planant brièvement en formant un V bien ouvert. Sa tête, bien ronde, porte des aigrettes très réduites, à peine visibles. Ses yeux jaunes sont cernés de noir et entourés de disques blanchâtres.

Reproduction

Le hibou des marais se reproduit sur les sites où la nourriture est abondante. Il affectionne particulièrement les espaces ouverts comme les champs en friche, les prairies humides, les marais et les grandes steppes herbeuses. Le nid, préparé au mois d’avril, est une simple cuvette creusée en grattant le sol dans la végétation. Sommaire, il est tapissé de brins d’herbes et de brindilles. Il est caché sous des broussailles, dans les roseaux ou dans les touffes d’herbes, souvent près de l’eau.

En France, le hibou des marais est un nicheur irrégulier que l’on rencontre le long des côtes de la façade atlantique, de la Gironde jusqu’au Morbihan. Son lieu de nidification est erratique, dicté par la nourriture disponible. On le trouve régulièrement dans le Marais Breton (Loire-Atlantique et Vendée). Il reste en France un nicheur très rare aux effectifs très fluctuants, estimés entre 10 et 100 couples en 1997. Je n’ai pas trouvé de statistiques plus récentes.

Où l’observer facilement

Les populations du nord de l’Europe sont migratrices strictes. Ailleurs, les hiboux des marais sont migrateurs partiels. Cette espèce présente un nomadisme marqué durant toute l’année, si bien que les apparitions en France peuvent se produire pendant toute l’année. Les oiseaux du nord de l’Europe hivernent plus ou moins loin vers le sud, en particulier en France. Cela dépend de la rigueur hivernale et de la disponibilité en proies. Les mouvements vers le sud ont lieu en septembre-novembre, vers le nord en mars-mai.

En France, la population hivernale subit de fortes variations d’une année à l’autre ; elle était évaluée dans une fourchette allant de 200 à 500 individus en 1997. Certains hivers, des afflux ont été constatés, comme durant l’hiver 2002-2003. Un effectif national minimum de 650 oiseaux avait été recensé.

Les principales observations se font dans les plaines maritimes le long du littoral Atlantique et de la Manche et le long de la côte de la mer du Nord, en Ardenne, dans le sud-est de l’Ile de France, également en Camargue et en Crau, en Lorraine, et dans une grande partie du centre de la France, au gré des afflux lors des vagues de froid ou suite à des saisons de reproduction à forte production démographique. Ailleurs, sa présence est sporadique et dépend de la nourriture disponible.

Le Hibou des marais est largement distribué dans le monde entier. L’espèce est classée « préoccupation mineure » au niveau mondial

Article rédigé le 30 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications interne sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hibou_des_marais

http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Hibou-des-marais.html

http://www.oiseaux.net/oiseaux/hibou.des.marais.html

https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Hibou-desmarais.pdf

06 mars 2016 – 20:00 Hibou des marais à Gayon, dans le Vic-Bilh (Béarn)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le compagnon des pêcheurs

Lors d’une randonnée automnale récente dans la vallée d’Ossau, occupé à photographier un oiseau dans le lit d’un gave sur le plateau de Bious, une amie m’observait de loin. Plus tard, elle m’a demandé ce que je faisais et je lui ai parlé du Cincle plongeur. Finalement, elle m’a donné l’idée d’écrire cet article et je l’en remercie.

(octobre 2018 – Cincle plongeur dans le gave de Bious).

(octobre 2018 – l’automne au coucher du soleil sur le plateau de Bious et son gave, au pied de l’Ossau).

Au-dessus des eaux vives du Piémont pyrénéen et des lacs de moyenne montagne, un cri particulier que je reconnais entre mille retient parfois mon attention ; il me fait parfois battre le cœur un peu plus vite. C’est celui d’un Cincle plongeur. Il arrive alors vers moi, rasant la surface de l’eau d’un vol rapide et direct.

Je n’y ai pas toujours prêté attention. J’ai « ouvert les yeux » alors que mon fils Damien m’initiait à la photo. Nous étions allés ensemble dans le Jura pour un séjour de pêche à la mouche chez son ami Nicolas et j’ai aperçu cet oiseau atypique dans le décor des rivières jurassiennes. Je demandai alors à Nicolas le nom de cet oiseau étonnant et unique par son comportement. Depuis, j’ai une affection particulière pour l’« âme » de nos torrents pyrénéens: Gaves, Nestes et Nives aux eaux pures et galopantes.

(Le pays des nestes (Hautes-Pyrénées) depuis le col d’Aspin, au retour d’une sortie aux cincles).

Le cincle est présent et niche en Europe, de l’Espagne à l’Islande, et jusqu’en Russie et en Turquie. En Norvège, il est devenu l’oiseau national. En France, on le rencontre en Corse, les Pyrénées, les Alpes, le Massif central, le Morvan, le quart nord-est et sud-est de la France, sauf la plaine méditerranéenne. On le trouve aussi en Asie et en Afrique du nord.

DESCRIPTION DU CINCLE PLONGEUR

Le cincle plongeur est un oiseau brun au plastron blanc et à la silhouette ronde et trapue, qui vit aux abords des rivières à cours rapide et peu profondes au lit caillouteux. On le surnomme le « merle d’eau » ; il est cependant plus petit que notre Merle noir (Turdus merula). Ses ailes courtes et sa queue souvent dressée lui donnent l’allure d’un gros troglodyte. Mâle et femelle se ressemblent, mais cette dernière est légèrement plus petite.

Son plumage épais est imperméable et lui procure une bonne isolation pour supporter l’eau glacée des torrents.

Les yeux ont une membrane nictitante (1) blanchâtre, visible quand il cligne des yeux. Cette membrane protège ses yeux quand il est immergé. Il voit aussi bien sous que hors de l’eau.

(1)Nictitante : la membrane nictitante est une troisième paupière transparente ou translucide que possèdent certains animaux qui recouvre l’œil afin de le protéger et l’humidifier tout en permettant une certaine visibilité.

COMPORTEMENT

Le cincle plongeur a des particularités étonnantes : c’est le seul passereau à pouvoir plonger et marcher au fond de l’eau. Ses griffes et sa force lui permettent de résister au courant parfois violent et de s’agripper sur le lit du cours d’eau. Il nage sous l’eau à l’aide de ses puissantes ailes entrouvertes.

Il se perche souvent sur une pierre dans l’eau où il exécute d’incessantes révérences, exposant ainsi sa poitrine blanche ; en particulier au cours des parades nuptiales ou lorsque il est excité.

Il défend aussi son territoire contre les intrusions des autres cincles du secteur, posé sur un rocher au milieu de l’eau.

Il peut disparaître brusquement après un bref plongeon depuis son perchoir. On le verra ressortir un peu plus bas.

Le cincle plongeur est habituellement vu seul ou en couple. Sédentaire, il reste sur son territoire toute l’année. Les jeunes, chassés par les parents de leur territoire, doivent se disperser. Ils peuvent changer parfois de cours d’eau.

Il trahit sa présence par l’accumulation de fientes liquides blanches sur certains galets.

HABITAT

Le Cincle plongeur fréquente les fleuves, les rivières et les torrents au cours rapide, au fond rocailleux et où se trouvent des rochers plus ou moins immergés. C’est le compagnon des pêcheurs de truites à la mouche.

Il a besoin d’enrochement à proximité ou de ponts pour nidifier. Il s’adapte bien aux développements humains sur les rives quand l’eau traverse une ville. Il a quand même besoin de rivières proches de l’état naturel, propres et bien oxygénées et de suffisamment de tranquillité.

Le lac Casterau en vallée d’Ossau, où j’ai fait la rencontre de mon premier cincle dans les Pyrénées.

Je n’oublierai plus ce moment-là!

On le trouve parfois sur les bords des lacs, mais surtout dans des zones assez élevées. Dans les Pyrénées, je le trouve régulièrement au bord des lacs d’Ayous à 2000 mètres d’altitude.

ALIMENTATION ET METHODE DE PÊCHE

Le cincle se nourrit principalement de larves d’insectes aquatiques et de petits crustacés qu’il déniche en fouillant le fond du cours d’eau.

On le voit souvent perché sur un rocher au milieu de l’eau, regardant les flots en effectuant de brèves courbettes. Une fois que la proie est détectée, il plonge la tête la première même si le courant est rapide et agité.

Ensuite, il marche sur le fond en agrippant les pierres et les graviers qu’ils retourne afin de faire sortir les petits invertébrés qui s’y cachent. Il marche souvent à contre-courant, les ailes à demi-ouvertes, avec la tête baissée pour localiser une éventuelle proie. La force du courant contre son dos courbé le maintient collé au lit de la rivière.

On le voit aussi la tête plongée dans l’eau en train de retourner les cailloux. Ses plongées durent plusieurs secondes et sont consacrées uniquement à la recherche de nourriture.

Après le plongeon, il lui arrive de se laisser flotter dans le sens du courant sur une courte distance, avec les ailes partiellement ouvertes avant d’émerger.

Afin de glisser sous la surface, il se tend vers le bas, avec la tête bien baissée et le corps oblique, et une fois dans l’eau, il agrippe le fond avec ses griffes puissantes et bouge librement.

Il marche et court aussi sur le sol, sur les rives des cours d’eau, pour chercher des insectes terrestres.

REPRODUCTION

La saison de reproduction a lieu au printemps, et la ponte en mars-avril. Les couples commencent à se former à partir de janvier. Les parades nuptiales sont observables à tout moment de l’année, mais sont plus nombreuses en mars et avril. Au début, la femelle fuit les avances du mâle, qui chante en sa présence, marchant ou nageant comme un canard autour d’elle. La scène est superbe mais elle ne dure pas ; je n’ai pas eu le réflexe de l’immortaliser, captivé par le spectacle. Lorsque la saison des amours approche, la femelle sollicite de la nourriture à son partenaire, en se repliant sur elle-même et agitant ses ailes. Le mâle s’exécute à contrecœur au début, et c’est lorsque ils échangent de la nourriture que le couple est formé.

(Un couple près du nid, situé dans l’enrochement).

La construction du nid s’effectue entre février et avril, avec de la mousse, des tiges et des feuilles, principalement des feuilles de chêne pédonculé.

L’espèce est protégée et classée « préoccupation mineure ».

Article rédigé le 29 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cincle_plongeur et ses liens externes

http://www.oiseaux-birds.com/dossier-cincle-plongeur.html

http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Cincle-plongeur.html

23 février 2018 – Le gardien de la Neste (Hautes-Pyrénées).

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue
( Avutarda Común – Great Bustard )
(Nom scientifique : Otis tarda)

L’Outarde barbue est un oiseau tout simplement magnifique, que l’on peut observer facilement en Espagne dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-Léon, au-dessus de Zamora. J’en ai entendu parler pour la première fois en avril 2017 pendant un séjour naturaliste en Estrémadure, lors d’une conversation entre deux ornithologues. L’un était italien et l’autre français ; c’était au cours d’un repas pris ensemble dans un restaurant accueillant à cette époque de l’année pas mal d’étrangers passionnés d’oiseaux de toutes sortes. Quand j’ai vu l’oiseau apparaître sur l’écran du reflex, j’ai été définitivement conquis ! Quelques jours plus tard, j’allais leur rendre visite sur le chemin de retour en France. J’y suis de nouveau revenu en mai 2018 et j’espère bien encore y revenir. Cet oiseau vaut le voyage. La meilleure époque pour leur rendre visite est celle correspondant à leur parade nuptiale, qui a lieu normalement la deuxième quinzaine du mois d’avril pour Villafáfila (elle varie suivant les régions d’Espagne). Elle peut aussi glisser de quelques jours en fonction des conditions météorologiques. En 2017 année de grande sécheresse, elle était terminée lors de mon passage le 30 avril mais j’ai pu encore observer de jolis groupes sans aucune parade, une soixantaine d’individus au total dont une volée d’une vingtaine d’oiseaux. Les lagunes étaient à sec. En 2018, la parade a été retardée à cause d’un printemps pluvieux. Elle était à ses débuts le 01 mai et j’ai pu faire de belles observations. Par contre, le Hibou des marais (Asio flammeus) qui était présent en 2017, n’était pas revenu en 2018 : le printemps pluvieux avait empêché la prolifération des campagnols, leur principale nourriture.

Pour photographier l’outarde à Villafáfila, il vaut mieux utiliser un grand téléobjectif (focale 400mm et plus) mais on fait comme on peut. Les occasions rapprochées sont rares et elles nécessitent de prendre de bonnes précautions afin de respecter sa tranquillité. L’affût fixe est interdit sans l’obtention d’une autorisation préalable, qu’il faut demander (au moins quinze jours avant le déplacement) au directeur de « la Reserva Natural de Las Lagunas de Villafáfila ». Il existe quelques rares affûts fixes payants sur des terres privées ; il faut compter une somme non négligeable, sans garantie que les outardes seront bien au rendez-vous et à la bonne distance espérée. Personnellement, je préfère compter sur ma « veine » naturaliste.

Les meilleurs moments pour la photo sont le matin et au coucher du soleil. Dans la journée, la turbulence atmosphérique est élevée. La vision aux jumelles est floue et les photos sont de mauvaise qualité.

Un groupe d’outardes barbues mâle au bord d’une lagune.

Description de l’Outarde barbue

L’outarde barbue a le corps corpulent et elle est haute sur pattes. Le mâle est l’oiseau le plus lourd d’Europe capable de voler. Il est deux fois plus lourd que la femelle.

La taille varie entre 75 et 105cm, pour une envergure entre 170 et 190cm chez la femelle, 210 à 240cm chez le mâle. Le poids de la femelle varie entre 3,5 et 4kg, celui du mâle entre 7 et 17kg.

C’est un oiseau très farouche, que l’on ne peut observer que de loin. L’outarde a une excellente vue. Elle vit en petits groupes. Il y en a toujours au moins une qui observe pendant que les autres se nourrissent. Elle se déplace majestueusement, le cou bien droit. A la moindre alerte, elle s’éloigne lentement et prudemment; elle peut aussi courir très vite. Au moindre danger, elle s’envole. Par déontologie et par respect de la nature, on évite de les déranger. L’espèce a particulièrement besoin de calme !

Avec un peu de temps et de la patience, on peut arriver à faire de belles observations : une paire de jumelles ou une longue-vue sont des instruments indispensables !

Outardes barbues femelle.

Un mâle faisant la cour; la femelle est indifférente. Sur ce cliché, on peut apprécier la différence de gabarit.

La femelle est brun roussâtre sur le dessus du corps, blanche dessous, avec le cou gris. Son plumage est plus terne que celui du mâle. Les juvéniles ressemblent à la femelle. Les femelles sont moins nombreuses que les mâles. Plus petites, elles passent facilement inaperçues au milieu du couvert et j’en ai peu photographiées.

Le mâle porte en plus une bande pectorale rousse et en plumage nuptial, de larges moustaches blanches. Ce sont de longues plumes qui partent de chaque côté de la base du bec et retombent le long du cou. Elles peuvent atteindre la longueur de 12 à 15cm. Ces moustaches apparaissent vers l’âge de 3 ans et poussent régulièrement jusqu’à 6 ans.

Le mâle adulte en âge de procréer (à partir de 5-6 ans) change de plumage vers le mois de janvier. Il le changera à nouveau d’août à septembre. Il a les parties supérieures barrées noir et roux. Les ailes présentent une large tache blanche quand elles sont fermées. La queue est comme le dos, avec une large bande terminale noire et l’extrémité blanche. Les parties inférieures sont blanches. La tête et le devant du cou sont bleu-gris pâle, pour devenir blanc et ensuite châtain vif sur le bas du cou et la poitrine. Les yeux sont brun foncé. Les longues pattes robustes et les doigts forts sont gris.

Le mâle non-nicheur n’a pas les longues moustaches ; le cou et la poitrine sont gris clair au lieu de châtain.

A l’envol, le décollage est long avec de grands battements d’ailes dévoilant la belle envergure de cet oiseau. Il vole à faible hauteur ; ses ailes sont en partie blanches avec l’extrémité noire.

Habitat

L’Outarde barbue vit dans les paysages ouverts tels que les zones cultivées avec quelques arbres isolés et les steppes. Elle peut ainsi voir le danger venir de loin. On la trouve en Espagne dans les grandes mosaïques de jachère céréalière et de pâturages.

Comme pour bien d’autres espèces, malheureusement, son déclin est induit par la mécanisation et l’intensification de l’agriculture, par l’utilisation des pesticides et herbicides, par l’urbanisation et la réduction de son habitat. Les collisions avec les lignes électriques est une cause importante de mortalité non naturelle. L’espèce a également été chassée dans le passé, comme j’ai pu le constater : on trouve dans certains lieux publics comme les bars et les restaurants, des photos anciennes de trophées de chasse de mâles. Sa chasse a été interdite en Espagne en 1980.

Reproduction

Le mâle peut se reproduire à l’âge de 5-6 ans et la femelle vers 2-3 ans. Les mâles et les femelles vivent en groupes séparés, excepté pendant la parade nuptiale qui dure une quinzaine de jours environ. Elle a lieu à partir de mars et varie suivant la région et les conditions climatiques. Les mâles se rassemblent alors dans des endroits traditionnels appelés « Leks » ou « arènes », où ils attirent les femelles et paradent devant elles. Ils rivalisent d’apparence pour attirer l’attention des dulcinées. Je n’ai pas assisté à des intimidations ou disputes entre mâles à ce moment-là ; j’ai lu dans la littérature que des combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

La parade nuptiale est spectaculaire. Pour impressionner, le mâle renvoie sa tête en arrière, redresse sa queue et gonfle d’air une poche située sur le devant du cou. Il dresse ses longues moustaches et se contorsionne. Il arrive à faire pivoter ses ailes pour exposer l’envers de son plumage. Méconnaissable, il ressemble alors à une grosse boule de plumes d’un blanc immaculé. Le spectacle est simplement magnifique. Pendant quelques minutes, il pivote sur place face aux femelles ou se déplace lentement dans leur direction; son blanc éclatant sur fond de verdure le rend visible à une distance considérable. Une fois exposé, il maintient la posture pendant quelques minutes et en secouant ses plumes pour accentuer son apparence. Les femelles restent indifférentes et ce sont elles qui feront leur choix pour s’accoupler au moment voulu, après quelques jours de parade des mâles.

Le nid caché dans les herbes hautes, rudimentaire, consiste en une petite dépression creusée ou non dans le sol, parfois tapissé des quelques herbes écrasées. L’incubation et le nourrissage sont assurés par la femelle.

Les mâles, pendant ce temps, se rassemblent en petites bandes et errent dans les champs, indifférents. Les jeunes sont capables de voler à cinq semaines et restent avec leur mère jusqu’à un an environ.

Alimentation

L’outarde barbue est omnivore et son régime alimentaire varie suivant les saisons. Elle se nourrit surtout de végétaux en particulier de luzerne, également d’insectes, vers, lézards, amphibiens, petits rongeurs …

Population de l’Outarde barbue

L’espèce a disparu de France à la fin du 19è siècle. Près de chez nous, on la trouve essentiellement en Espagne (environ 60 % de la population mondiale) et un peu au Portugal (Castro Verde, dans le district de Beja, …).

Les chiffres différent selon les sources consultées. Je n’ai pas trouvé de statistiques récentes. Pour donner un ordre d’idée, il y en avait entre 29 400 et 34 300 en 2010 et 2 668 oiseaux ont été recensés en mars 2005 à Villafáfila.

L’espèce vit en général une dizaine d’années mais elle peut vivre plus longtemps, 15 ans et plus. La mortalité chez les mâles est plus élevée ; pendant les deux premières années de leur maturité, de violents combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

L’outarde barbue n’est pas vraiment migratrice. Elle peut se déplacer en petits groupes en fonction des conditions climatiques et de la ressource alimentaire vers un site plus favorable. Ces migrations partielles sont différentes selon le sexe : mâles et femelles migrent séparément dans des proportions variables en fonction de leurs particularités sexuelles liées à leur aptitude à procréer. On peut dire que l’espèce est sédentaire.

Les immatures peuvent faire des déplacements importants et un peu erratiques: de juin à août 2009, la présence de deux outardes barbues immatures a été validée à plusieurs reprises dans les Pyrénées-Atlantiques (région de Nabas). Le 5 août, elles seront revues par des ornithologues comptabilisant les oiseaux migrateurs, en train de remontant le vallon de Larrau vers l’Espagne. Toujours en 2009 et au mois d’août, un jeune mâle est vu à plusieurs reprises dans le Gers (région de Faget-Abbatial). En novembre 2013, une jeune outarde barbue s’est égarée aux Sables d’Olonne, épuisée. Baguée outre-Manche, elle a été ramenée au pays par des soigneurs anglais. L’Angleterre mène depuis 2004 un programme de réintroduction de l’espèce à partir d’individus nés en Russie.

Où observer facilement l’Outarde barbue

Le meilleur endroit pour l’observer à une distance encore raisonnable est, à ma connaissance, en l’Espagne dans la réserve naturelle de Villafáfila d’une superficie totale de 32.541 hectares et à une altitude de 700m. Une partie de la réserve est strictement interdite pour la protection de l’espèce. Il existe aussi des restrictions de circulation sur certaines routes et chemins agricoles. Respectez les différents panneaux de signalisation, autant pour la protection des espèces que pour la tranquillité des autochtones vivant et travaillant sur la réserve.

Je conseille d’aller se renseigner à la « Casa de la Reserva » (à 1,5km avant d’arriver à Villafáfila depuis Tapioles sur la ZA-715). Vérifier auparavant les jours et les heures d’ouverture. Le Centre peut vous fournir un dépliant et des conseils utiles.

L’espèce est classée « Vulnérable ».

Quelques oiseaux observés à Villafáfila à la même période

Un effort important est mené pour la nidification des petits rapaces et autres dans les steppes de Villafáfila

avec l’installation de nichoirs sur des poteaux (lutte écologique contre les campagnols des moissons).

Pour information, de nombreuses espèces d’oiseaux peuvent être observées et photographiées dans la région de Villafáfila, dont les lagunes est une halte migratoire de l’automne au printemps. C’est aussi un site intéressant pour l’observation de petites rapaces.

Le Hibou des marais (Asio flammeus) présent en 2017, absent en 2018.

Turbulences atmosphériques à midi.

Le Busard Saint Martin.

Cigognes dans la verdure.

Vanneau au bord d’une petite lagune.

Villafáfila, la terre nourricière.

Ouvrages utilisés pour mes séjours ornithologiques en Espagne :
« Where to watch birds in Southern and Western Spain », 3è édition.
« Where to watch birds in Northern and Eastern Spain », 3è édition (Steppes et lagunes de Villafáfila, p163 à 166).

On peut y retrouver les autres sites d’observation de l’Outarde barbue en Espagne, et ceux de bien d’autres espèces d’oiseaux!

Article rédigé le 22 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://es.wikipedia.org/wiki/Otis_tarda

http://www.oiseaux.net/oiseaux/outarde.barbue.html

http://oiseaux-birds.com/fiche-outarde-barbue.html

L’un des nombreux pigeonniers historiques et typiques, éparpillés au hasard dans les grandes plaines de Villafáfila.

Certains servent d’abri et de nichoirs à des colonies de faucons crécerellette (Falco naumanni) et autres espèces.

L’Echasse noire (Black Stilt)

L’Echasse noire (Black Stilt)

15 décembre 2017-14:30 – Echasse noire ou Black Stilt – Région de Twizel.

L’Echasse noire (Black Stilt)

(Nom scientifique : Himantopus novaezelandiae)

L’Echasse noire est un oiseau endémique de la Nouvelle-Zélande. En langue Maori, on la connaît sous le joli nom de Kakï. J’en ai entendu parler pour la première fois lors d’une conversation avec le propriétaire du camping au Glentanner Park Center (district de Mackenzie), alors que je revenais d’une sortie à l’aube avec mon appareil photo. « Avez-vous vu les kakï » ?

C’est ainsi que j’ai appris l’existence de ce limicole le plus rare au monde et dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Je suis revenu le lendemain-matin à l’endroit où je n’avais pas su voir la perle noire, dans les méandres de l’embouchure de la Tasman River qui alimente le lac Pukaki. Ma première rencontre fut une juvénile qui resta longuement autour de moi, un plaisir photographique avec un bel oiseau d’une élégance remarquable!

L’échasse noire était autrefois largement répandue, se reproduisant et hivernant dans les îles du Nord et du Sud de la Nouvelle-Zélande. Après un déclin à long terme, sa présence est maintenant limitée essentiellement au bassin du Mackenzie, haut plateau près du centre de l’île du Sud peu peuplé et connu pour ses élevages de moutons, ses vastes lacs glaciaires, ses cieux limpides pour l’astronomie, son tournage de scènes du Seigneur des Anneaux, etc.

L’Echasse noire est un oiseau classé « En danger critique d’extinction » !!!

1 4 décembre 2017 – Lever du soleil sur le bassin de la Tasman river, dominé par le Mount Cook / Aoraki,

le point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

4 décembre 2017 – Tasman glacier et Lake Tasman, alimentant la Tasman river.

Dominés par le Mount Cook / Aoraki bien enneigé.

Méandres (au fond) de la Tasman River venant  du glacier Tasman, au pied du Mount Cook / Aoraki.

Devant à gauche, la Hooker river venant des glaciers Mueller et Hooker. En bas à droite, Mount Cook Village.

1 5 décembre 2017 – L’un des nombreux chenaux de la Tasman river qui alimente le Lake Pukaki,

aujourd’hui d’un bleu laiteux typique des lacs d’origine glaciaire.

Description de l’Echasse noire

15 décembre 2017  – Echasse noire baguée – Région de Twizel.

Le plumage et le bec de l’échasse noire sont entièrement noirs. Les pattes sont rougeâtre rose et les yeux sont rouges. Les deux sexes sont identiques. La taille est équivalente à celle de notre Echasse blanche (Himantopus himantopus). L’espèce est peu farouche. Les couples restent généralement ensemble pour la vie.

Au-dessus de l’échasse noire, une Sterne à front noir – Black-fronted tern (Chlidonias albostriatus).

Espèce endémique.  C’est la seule sterne qui se reproduit exclusivement à l’intérieur des terres (rivières à tresses de l’est et du sud de l’île du Sud). La population en régression, estimée entre 5 000 et 10 000 individus, a les mêmes ennemis que l’échasse noire.

15 décembre 2017 10h45 – Echasse noire juvénile baguée – Tasman River

Les juvéniles, c’est-à-dire les oiseaux ayant le plumage acquis lors de la sortie du nid, ont la poitrine, le cou et la tête blancs. Le dos, le ventre et les sous-caudales sont noirs, le reste du corps blanc à l’exception d’un masque noir sur et en arrière de l’œil. Les immatures (ne sont plus juvéniles mais ne sont pas encore capables de se reproduire) sont presque entièrement noirs mais on peut voir quelques plumes blanches çà et là sur le corps, surtout sur le devant.

Juvéniles et immatures peuvent être confondus avec l’Echasse d’Australie (Himantopus leucocephalus). Quelques plumes de ventre noires les distinguent des échasses. Ils deviennent entièrement noirs vers 18 mois.

15 décembre 2017 – Echasses noires juvéniles à l’abri d’un vent violent – Tasman River.

15 décembre 2017 – Echasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde – Tasman River.

15 décembre 2017 – Une autre échasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde.

La séquence de couleurs est unique  pour une identification formelle : je vous présente BKGBK/ RO.

15 décembre 2017 – Echasse d’Australie (White-headed stilt) – Tasman River.

27 juin 2014 – Echasses blanches (Himantopus himantopus) – Lac de Corbères  – Pyrénées Atlantiques (France).

15 décembre 2017 – Echasse noire (Black stilt) et Echasses d’Australie (White-headed stilt)

Région de Twizel.

Les échasses noires sont agressives envers les autres échasses, qu’elles dominent dans les conflits territoriaux.

15 décembre 2017-14:30 – Conflit territorial entre une échasse noire et deux échasses d’Australie.

Habitat

L’habitat de reproduction typique de l’échasse noire est une combinaison de lits de rivière à tresses et de zones humides à proximité telles que des marais, des étangs et les bords peu profonds des lacs. En hiver, elle reste près des sites de reproduction. Quand un gel des zones d’eau calme survient pendant plusieurs semaines, elle peut descendre vers les grands deltas pour se nourrir.

Son habitat a été dégradé par le développement de l’agriculture avec l’assèchement des zones humides, les barrages hydroélectriques, l’expansion des loisirs aquatiques, l’introduction de plantes qui ont envahi certains espaces ouverts où elle habite.

14 décembre 2017 – Lake Pukaki, dominé par les Southern Alps et normalement d’un magnifique bleu laiteux par beau temps. Ce lac d’origine glaciaire alimenté par les glaciers Tasman et Hooker, fait partie de l’énorme projet hydroélectrique Waitaki.

Il a été artificiellement surélevé à deux reprises (9 mètres en 1952 et 37 mètres en 1976, ce qui a contribué à la diminution de l’habitat de l’échasse noire. Il fournit plus de la moitié de la capacité de stockage d’hydroélectricité de la Nouvelle-Zélande et son niveau peut artificiellement varier de 13.8 mètres. 

Certains cours d’eau à tresses ont été plus ou moins canalisés par l’homme pour éviter les inondations et d’autres souffrent de la propagation de plantes comme le saule fragile (Salix fragilis) et le lupin Russell (Lupinus polyphyllus).

16 décembre 2017 – L’Ahuriri river, une rivière à tresses typique, avec les berges envahies par le lupin et quelques saules fragiles. Les mammifères carnassiers sont particulièrement aidés par ce couvert pour approcher l’échasse noire.

Reproduction

Actuellement, la reproduction a lieu exclusivement au-dessus de la Waitaki River, une rivière à tresses qui est parmi les cours d’eau les plus importants du bassin de Mackenzie. Les couples nicheurs sont confinés à la zone située entre les bassins des lacs Tekapo et Pukaki, au nord de la rivière Ahuriri.

La plupart des échasses noires y restent toute l’année. Elle niche principalement sur les berges sèches de lit de rivières en galets et de lacs. Elle y est plus vulnérable que sur des îles. Les couples nichent en solitaire et sont très éloignés les uns des autres, contrairement aux autres espèces d’échasses qui nichent en colonie. Cela les rend plus sensibles à la prédation.

Le nid consiste en une dépression dans le sol, tapissée d’herbe et de brindilles. Il est le plus souvent placé près de l’eau ce qui le rend vulnérable aux crues. Les parents incubent leurs 4 œufs à tour de rôle. Il peut y avoir une ponte de remplacement.

L’échasse noire a une longévité de onze ans et elle commence à se reproduire à l’âge de deux, plus généralement trois ans.

Alimentation

Elle se nourrit principalement d’invertébrés aquatiques, de mollusques et de petits poissons.

Population de l’Echasse noire

L’introduction volontaire de mammifères terrestres européens comme le surmulot, le chat, le furet, la belette et l’hermine pour contrôler la population de lapins a été très néfaste pour l’échasse noire. Elle avait auparavant très peu d’ennemis terrestres.

15 décembre 2017  – 7h00 – Lapins matinaux en bordure de la Tasman river.

12 décembre 2017  – 20h00 – « C’est chaud » – Lake McGregor, près du lac Tekapo .

Outre la perte de son habitat et la prédation par les mammifères introduits, une autre menace a pesé sur l’espèce avec sa raréfaction dans le milieu naturel : l’hybridation avec l’échasse d’Australie (Himantopus leucocephalus) qui ressemble beaucoup à notre Echasse blanche (Himantopus himantopus), hybridation causée par la difficulté à trouver un partenaire. Cette hybridation est détectable par la présence de quelques plumes blanches chez l’adulte. Depuis que l’échasse noire est suivie de façon intensive, l’hybridation de l’espèce a été considérablement réduite.

Les effectifs dénombrés fluctuent un peu suivant les sources que j’ai consultées. Les informations suivantes sont fiables :

La population comptait peut-être entre 500 et 1 000 oiseaux dans les années 1940, on n’a pas de comptage précis. A ce moment-là, elle avait déjà cessé de se reproduire dans l’île du Nord depuis longtemps. Elle a commencé à décliner rapidement au début des années 1950 et seulement 68 adultes ont été dénombrés en 1962. Les effectifs ont continué à baisser pour atteindre 23 oiseaux en 1981, début de la protection et de la gestion intensive de l’espèce. L’échasse noire s’élève facilement en captivité, et elle y est à l’abri des prédateurs et de l’hybridation. Des échasses noires ont jusqu’à cinq couvées par saison en captivité. Les œufs sont enlevés et placés en couveuse pour permettre une nouvelle ponte.

En 1984, il y avait 32 adultes dans la nature et ils étaient 52 en 1992 dont 10 couples nicheurs (32 en captivité, dont 11 femelles et 10 mâles). En 1999-2000, la population reproductrice sauvage ne comprenait plus que quatre couples et un maximum de 31 adultes.

Depuis lors, la population a augmenté principalement grâce à la libération annuelle de 80 à 100 immatures et juvéniles élevés en captivité. Le Department of Conservation (DOC) gère un programme d’incubation à Twizel, en partenariat avec l’Isaac Conservation and Wildlife Trust à Christchurch.

Depuis 2013, le nombre de couples sauvages nicheurs a fluctué entre 17 et 28 couples et la population adulte totale est passée de 61 à 91 en 2016, 106 oiseaux en 2017, d’après le Department of Conservation. Elle est alors la plus élevée jamais enregistrée depuis le début de la prise en charge en 1981.

En août 2016, 26 juvéniles élevés à Christchurch par le « The Isaac Conservation and Wildlife Trust » sont relâchés sur le delta de la Godley River, rivière à tresses alimentée par le Godley Glacier et débouchant sur le lac Tekapo. C’est un nouveau site, afin de tester l’acclimatation de l’espèce. L’expérience sera positive.

En octobre 2016, deux échasses noires lâchées début janvier dans la vallée de Tasman et disparues dès le lendemain ont été vues dans la vallée d’Arahura sur la côte ouest (première observation d’échasses noires depuis le début de l’archivage en 1979).

En janvier 2017, le Department of Conservation à Twizel a relâché 19 oiseaux juvéniles sur la Tasman River, et 60 au mois d’août. 51 juvéniles élevés à Christchurch sont aussi relâchés au mois d’août sur le delta de la Godley River.

1 5 décembre 2017 – Echasses noire juvéniles, relâchées en août 2017 ? – Tasman River.

Chaque spécimen d’Echasse noire juvénile que j’ai pu photographier au bord de la Tasman River a une lourde responsabilité : celle de la survie de son espèce en milieu sauvage. Cela en fait un oiseau particulièrement fascinant pour moi.

13 décembre 2017 – Lake Tekapo, lac d’origine glaciaire d’un bleu laiteux malgré le vent et le temps couvert,

avec au fond le Mount Cook / Aoraki et l’embouchure de la Godley river.

Le taux de survie jusqu’à l’âge de la reproduction parmi les lâchers de juvéniles et d’immatures reste bas à 29%, avec une augmentation récente à 49% sur la Tasman River, où un contrôle à grande échelle des prédateurs est en cours. Grâce à la reproduction en captivité, presque toutes les échasses noires dans le milieu naturel sont de race pure. Les couples reproducteurs sont choisis par des tests ADN pour éviter la consanguinité. La majorité de la population adulte, aujourd’hui, a été élevée en captivité et remise en liberté, d’œufs pondus dans la nature ou d’origine captifs. L’échasse noire aurait, sinon, disparue définitivement.

En janvier 2018, 14 juvéniles ont été relâchés sur la Tasman river, et 71 au mois d’août. 64 juvéniles ont également été relâchés au mois d’août sur la Godley river. En août 2018, la population sauvage de l’échasse noire est estimée à 132 oiseaux adultes, pour 23 en 1981 !

Un projet à grande échelle, « Te Manahuna Aoraki Project », a vu le jour très récemment, en novembre 2018. Il est axé sur « la restauration des paysages naturels emblématiques et des espèces menacées du haut bassin du Mackenzie et du parc national Aoraki ». Le lien vers leur site en cours de construction à la date de publication de cet article est : www.temanahunaaoraki.org. C’est un grand espoir pour le futur, en particulier pour la sauvegarde de l’Echasse noire !

On peut suivre l’actualité des projets de sauvegarde de l’Echasse noire sur Facebook, avec : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », et « Kakī Recovery Programme ».

L’Echasse noire est actuellement considérée comme étant en Danger Critique d’Extinction.

Où observer facilement l’Echasse noire

Je propose l’embouchure de la Tasman River; se renseigner au Glentanner Park Center. Il est primordial de respecter la tranquillité de ces oiseaux pour augmenter leurs chances de survie !

15 décembre 2017 – Tasman River Ecosystem Care Code.

Quelques oiseaux observés dans le delta de la Tasman River

L’Aigrette à face blanche – White-faced heron (Ardea novaehollandiae).

Migration naturelle d’Australie dans les années 1940.

Le Vanneau soldat – Masked lapwing (Vanellus miles) – Arrivé naturellement en 1932.

Tadorne du paradis – Paradise shelduck (Tadorna variegata) – Endémique. La femelle a la tête blanche.

Pluvier à double collier en plumage nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) Endémique et vulnérable au niveau national (à cause des mammifères prédateurs introduits).

Pluvier à double collier en plumage pré-nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) .

Toutes les photos de cet article sont personnelles et ne sont pas libres de droits. Article rédigé le 14 janvier 2019, à partir de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

Facebook : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », « Kaki Recovery Programme »

http://www.oiseaux.net/oiseaux/echasse.noire.html

https://en.wikipedia.org/wiki/Black_stilt

https://www.doc.govt.nz/globalassets/documents/science-and-technical/TSRP04.pdf

https://www.doc.govt.nz/nature/native-animals/birds/birds-a-z/black-stilt-kaki/

https://blog.doc.govt.nz/2017/01/25/successful-start-for-newest-kaki/

14 décembre 2017 – premières lueurs sur le Mount Cook/Aoraki,

point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

Le manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

Le manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

(16 décembre 2017-19:35 – Retour de la pêche, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Un survivant, le Manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

(Nom scientifique : Mégadyptes antipodes)

Le manchot Antipode vit exclusivement en Nouvelle-Zélande du Sud. Très timide et peu sociable, il préfère vivre en solitaire ou en couple. Espèce endémique et menacée, il est l’un des manchots les plus rares au monde. Il est en danger d’extinction.

La terre lui fournit un habitat de nidification ainsi que des espaces de repos et de mue. La mer lui fournit la nourriture et elle est également essentielle à la dispersion et à son déplacement entre les habitats terrestres. Il se nourrit principalement de poissons.

L’espèce se reproduit le long des côtes est et sud-est, ainsi que sur l’île Stewart, les îles Auckland et les îles Campbell. ll existe quatre grandes régions de reproduction sur le continent : la péninsule de Banks, l’Otago du Nord, la péninsule d’Otago et les Catlins. Une réserve protégeant plus de 10% de la population continentale a été créée à Long Point dans les Catlins en novembre 2007 par le Département Of Conservation (DOC) et le Yellow-Eyed Penguin Trust.

Le manchot Antipode ou manchot à yeux jaunes est devenu une espèce phare du tourisme axé sur la nature. Les colonies sur la péninsule d’Otago sont un lieu touristique recherché, où les visiteurs peuvent observer de près les manchots sur des sites aménagés et protégés.

(16 décembre 2017-19:50 – Profiter de la chaleur des derniers rayons du soir, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Description

Le manchot Antipode est un manchot de taille moyenne mesurant 65–80 cm de haut (quatrième plus grand manchot). Son poids varie en cours d’année, en moyenne de 4 à 8 kg juste avant la mue et de 3 à 6 kg après la mue. Il a une tête jaune pâle avec quelques plumes noires, un iris jaune. Le menton et la gorge sont noir brunâtre. Une bande de jaune vif coule de ses yeux autour de la tête. Le juvénile a la tête plus grise sans bande et leurs yeux ont un iris gris. Les deux sexes se ressemblent; le mâle est plus grand que la femelle.

Il vit dans les forêts indigènes et les garrigues côtières. Les sites de nidification sont choisis avec soin, avec une protection contre les intempéries et la chaleur du soleil. Ils sont accessibles depuis la mer via des plateformes rocheuses ou des plages de sable ou de gravier.

Il peut vivre longtemps, certains individus atteignent 20 ans. Il ne supporte pas la captivité.

Reproduction

Ce manchot niche généralement dans la forêt ou dans les broussailles, sur les pentes ou les ravins, ou sur le rivage même, face à la mer. Le nid lui-même est un bol peu profond généralement rempli de brindilles, d’herbe et d’autres végétaux. Ces zones sont généralement situées dans de petites baies ou dans les zones de pointe de grandes baies.

(16 décembre 2017-19:25 – Retour au nid, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Les sites de nidification sont bien dissimulés sous une végétation dense, les deux sexes contribuant à la construction du nid. Les couples peuvent y être vus ensemble dès juillet-août. La date moyenne de ponte est le 24 septembre sur la péninsule d’Otago, mais elle peut survenir plus tard dans des endroits plus au sud. Une couvée de deux œufs est pondue à 3 à 5 jours d’intervalle. Aucune ponte de remplacement n’a lieu. Les deux sexes couvent les œufs à partir de la ponte du deuxième œuf, de sorte que l’éclosion (principalement en novembre) est synchrone. La période d’incubation varie entre 39 et 51 jours.

(16 décembre 2017-20:26 – Retour au nid, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Pendant les six premières semaines après l’éclosion, les poussins sont gardés pendant la journée par l’un des parents tandis que l’autre est en train de se nourrir en mer. L’adulte en quête de nourriture revient au moins tous les jours pour nourrir les poussins et soulager le partenaire.

Après que les poussins aient atteint l’âge de six semaines, les deux parents vont en mer. Les poussins quittent d’habitude le nid à la mi-février et sont totalement indépendants à partir de ce moment-là.

(16 décembre 2017- 20:05 – Repos sur la plage, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Alimentation

Le manchot Antipode se nourrit principalement sur le plateau continental entre 2 km et 25 km au large, plongeant à des profondeurs allant de 40 à 120 m. Les manchots reproducteurs entreprennent généralement deux types de sorties en quête de nourriture: des excursions d’une journée où les oiseaux partent à l’aube et reviennent dans la soirée, à une distance pouvant aller jusqu’à 25 km de la côte, et des excursions plus courtes, au cours desquelles les oiseaux s’éloignent rarement de leur nid plus de quatre heures ou de plus de 7 km environ.

Ils pêchent des poissons de fond telles que le sprat (poisson au dos bleuté et au ventre argenté de 10 à 15cm de longueur), la morue rouge, l’ahuru (une espèce de morue mesurant jusqu’à 13cm), le menidia (petit poisson argenté) et la morue bleue, ainsi que des céphalopodes et des crustacés.

(16 décembre 2017-20:45 – Un retardataire, retour de la pêche, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Population du manchot Antipode

Depuis leurs premiers contacts avec des humains, les manchots Antipode ont connu des moments difficiles. Ils étaient traditionnellement chassés pour se nourrir et des incendies ont détruit de vastes étendues d’habitat. Cet habitat a également été remplacé par des propriétés agricoles et par l’urbanisation des côtes. Les filets de pêche les enchevêtrent en mer et, à terre, des mammifères prédateurs introduits par l’homme ont contribué à décimer la population restante.

Aujourd’hui, ces prédateurs (furets, chats, chiens … ) errent toujours dans les campagnes et continuent à arpenter l’espace côtier occupé par les manchots, mettant ainsi leur vie en danger.

Les prédateurs naturels de la mer comprennent l’escolar (poisson mesurant 1m30 en moyenne), les requins, les otaries à fourrure et les lions de mer. Les blessures les plus courantes causées par l’escolar sont les morsures aux pattes et à l’abdomen, devenant fatales si elles ne sont pas traitées. Les activités humaines en mer (pêche, pollution) ont aussi une influence très importante sur la tendance à la baisse de l’espèce.

(17 décembre 2017-13:20 – Otarie à fourrure – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

(17 décembre 2017-17:30 – Famille d’otaries à fourrure – Taiaroa Head – Otago Peninsula)

Une forte diminution du nombre de nids au cours des années 1980, suivie d’un événement de mortalité massive en janvier 1990, a réduit le nombre total de nids à 140 couples sur l’ensemble de la côte d’Otago lors de la saison suivante. En outre, les prédateurs tuaient jusqu’à 60% des poussins sur certains sites. Suite au travail accompli par les groupes de défense de la Nature visant à réduire le nombre des prédateurs, le nombre de couples a augmenté pour atteindre environ 600 couples sur le continent néo-zélandais en 1996/97.

Depuis cette époque, le nombre de nids a fluctué entre 400 et 600 couples. A partir de la saison 2008/09, une baisse progressive de la population a conduit à un minimum de 255 couples en 2015/16 – le niveau le plus bas depuis 1990/91.

Au cours de la saison 2016/17, il y avait environ 266 couples nicheurs. La forte diminution du nombre de nids est le résultat cumulatif d’une autre mortalité massive non identifiée en janvier 2013, d’une famine généralisée en 2014 et d’une augmentation de la prédation par l’escolar au début de 2015.

Leur nombre continue de diminuer en dépit des efforts actuels de gestion de la conservation. Ils sont considérés comme des sentinelles océaniques, aidant à comprendre les effets de la pollution, de la surpêche et du changement climatique. Ils sont très sensibles aux variations des océans et tirent la sonnette d’alarme quant aux menaces qui pèsent sur les écosystèmes marins.

Interférence du tourisme

Les perturbations non contrôlées et d’intensité relativement élevée provoquées par les touristes sont associées à une réduction du succès de la reproduction. Les personnes entrant dans les zones de nidification stressent les manchots nicheurs, très émotifs. Cela peut amener les adultes à retarder leur retour au nid en présence de personnes. Au final, la nourriture est consommée en mer par l’adulte et un repas non pris par le poussin devient une question de vie ou de mort.

(17 décembre 2017-13:50 – Séchage au soleil – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

Où l’observer facilement

On peut l’observer sans guide local sur des plages d’Oamaru, sur quelques plages proches de Dunedin et dans les Catlins. Par exemple: Allans Beach, Sandfly Bay (Péninsule d’Otago) ; Roaring Bay (près de Nugget Point), Hinahina Forest, Long Point et Curio Bay (Catlins).

Certaines activités touristiques commerciales de la péninsule d’Otago permettent aussi de l’observer comme à «Penguin Place», une réserve privée sur la route pour Taiaroa Head.

Personnellement, j’ai pu photographier ce magnifique oiseau sur les lieux suivants : Bushy Beach Scenic Reserve – Otago (je pensais voir sortir de l’eau des dizaines de manchots, au coucher du soleil : en fait, ce soir-là, je n’observerai qu’un couple et trois individus isolés. La population se limiterait à une dizaine d’individus sur ce site, d’après ce que j’ai lu) et Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago (un individu isolé).

(17 décembre 2017 – Moment de repos – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

Depuis août 2010, le manchot antipode est protégé par la loi américaine Endangered Species Act .

Article rédigé le 08 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur place et de publications internet, dont:

http://nzbirdsonline.org.nz/species/yellow-eyed-penguin

https://www.yellow-eyedpenguin.org.nz/

https://www.doc.govt.nz/nature/native-animals/birds/birds-a-z/penguins/yellow-eyed-penguin-hoiho/

Pour en savoir plus, consulter cette bibliographie très bien documentée.

Le Grand Paon de nuit

Le Grand Paon de nuit

Femelle à gauche, mâle à droite (reconnaissables aux antennes).

Le Grand Paon de nuit

(Nom scientifique : Saturnia pyri)

Le Grand Paon de nuit est le plus grand papillon d’Europe, d’une envergure remarquable. J’ai fait sa découverte récemment dans mon jardin du Vic-Bilh dans les Pyrénées-Atlantiques, par hasard, en nettoyant un massif de plantes envahi par des feuilles mortes poussées par le vent cet hiver, à proximité du verger. En fait, ils étaient deux, un mâle et une femelle, très discrets et que l’on confondait avec les feuilles.

N’ayant jamais eu l’opportunité de rencontrer ce papillon auparavant, je n’avais aucune information sur lui ; je me doutais seulement qu’il s’agissait de papillons de nuit. Leur envergure exceptionnelle m’a interpelé et je l’ai donc mesurée, en évitant de les perturber ou de les toucher : 151 millimètres chez la femelle ! Le mâle, bien réveillé, faisait vibrer ses ailes et je l’ai laissé tranquille.

Ce papillon doit son nom aux cercles de couleurs présents sur ses quatre ailes, les ocelles, rappelant l’ornementation des plumes de la queue des paons. Ces « yeux », comme chez d’autres papillons, ont un effet dissuasif pour se préserver des prédateurs. Je leur trouve personnellement un effet hypnotique. Il a un « cousin », le Petit Paon de nuit (Eudia pavonia), mais avec lequel on ne peut le confondre, celui-ci ne mesurant qu’entre 55 et 80 millimètres (le mâle est plus petit que la femelle).

Le Grand Paon de nuit est rare en Béarn et il se raréfie ailleurs. Dans la mise à jour de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) du 6 décembre 2017, il n’y a pas de données sur sa présence dans le 32, 40, 64 et 65.

Il peut voler de jour, comme j’ai eu l’occasion de le constater quand le mâle a pris son envol, plus léger que la femelle qui avait probablement encore ses œufs. Son vol est impressionnant ; de nuit, on pourrait le confondre avec une chauve-souris. Ses ailes sont étalées au repos. Son corps est très trapu. Ses pattes, pourvues de griffes, ont une très bonne accroche ; il dégage une impression de force et de puissance.

ll n’a qu’une génération par an et sa durée de vie est très réduite, moins d’une semaine. Des données plus précises indiquent une durée de vie de 3 jours pour le mâle tandis que la femelle vivrait jusqu’à une dizaine de jours. Durant cette courte vie, il ne s’alimente pas : il ne possède pas de trompe. A-t-elle disparu parce qu’il ne l’utilisait pas ou n’a-t-elle jamais existé ? Son temps est dédié uniquement à la reproduction. Les deux sexes sont identiques. Le mâle se différencie de la femelle en observant les antennes : fines, très brièvement pectinées chez la femelle ; très développées et doublement pectinées (c.à.d, en forme de peigne) chez le mâle. On remarquera aussi les rondeurs abdominales de la femelle, bien plus prononcées avec la présence des œufs. La période de vol s’étend de fin mars à juin, suivant les régions. Ce papillon de nuit est présent dans toute la partie sud de la France, absent au-dessus d’une ligne passant au niveau de la région parisienne. Il est aussi présent en Europe sous les mêmes latitudes.

Femelle reconnaissable à ses antennes peu développées

Le mâle cherche les femelles aux premières heures de la nuit. Celle-ci, prête à être fécondée, émet des phéromones pour attirer le mâle qui les repère jusqu’à 5 kilomètres et même au-delà (jusqu’à 10 kilomètres suivant les sources), grâce aux « capteurs » de ses antennes. L’accouplement met fin à l’émission de ces phéromones, et à l’attractivité sexuelle. Les œufs sont pondus sur des arbres à feuilles caduques (surtout sur les arbres fruitiers) d’où émergeront de magnifiques chenilles d’une douzaine de centimètres, d’abord noires avec des bandes rouges et qui deviendront d’une belle couleur vert pomme avec des tubercules bleu turquoise portant des soies raides. La chenille, ni urticante ni dangereuse, se développe sur les espèces d’arbres suivants, répandus dans les vergers : pommier, prunier, prunellier, poirier, cognassier, pêcher, amandier (surtout) et dans les parcs : tilleuls, hêtre, frêne, châtaignier, noisetier, saules, peupliers … Puis elle s’enferme dans un cocon brun de 5 à 6 centimètres avant de se transformer en chrysalide. Cette dernière se métamorphosera en un nouvel adulte, 1 voire 2, et même 3 ans plus tard.

Mes spécimens étaient probablement en cours de reproduction. Les ai-je perturbés ? Sans doute et bien involontairement mais ils étaient tous les deux en très bonne santé. Le mâle s’est donc envolé et j’ai remis la femelle délicatement en place sans la toucher, là où je les avais involontairement perturbés ; elle avait disparu le lendemain-matin. Je ferai plus attention à leur éventuelle présence dans le futur, ainsi qu’à celle d’œufs, de chenilles ou de chrysalides que la bibliographie qui m’a aidé à écrire ce petit résumé, m’a appris à reconnaître !

Mâle reconnaissable à ses antennes bien « peignées ».

grand paon de nuit saturnia pyri béarn vic-bilh

Gros plan sur la tête de la Femelle (absence de trompe)

grand paon de nuit saturnia pyri béarn vic-bilh

Gros plan sur la tête du mâle (extrémité des pattes pourvues de griffes)

Article rédigé le 14 mai 2018 à partir de mes photos, d’observations personnelles et en résumant de la bibliographie consultée sur internet, dont :

-Jean-Henri Fabre  : https://www.e-fabre.com/e-texts/souvenirs_entomologiques/grand_paon.htm

-André Lequet  : https://www.insectes-net.fr/paon/paon2.htm

-Bernard … : http://www.baladesentomologiques.com/article-grand-paon-de-nuit-saturnia-pyri-visiteur-de-la-nuit-122468395.html

Le Caméléon commun (Portugal)

Le Caméléon commun (Portugal)

Le Caméléon commun

(Nom scientifique : Chamaeleo chamaeleon)

Le Caméléon commun est un reptile bien sympathique, très utile et totalement inoffensif mesurant au maximum une trentaine de centimètres de long. Quand il se sent agressé, il prend des positions d’attaque et d’intimidation, ouvrant sa bouche et soufflant pour reprendre ensuite son indolence naturelle. Il ne mordra que rarement ; lorsqu’il le fait, il relâche de suite la pression de ses mâchoires ce qui fait que les rares cas de morsures humaines sont inoffensifs et quasiment indolores.

Il est la seule espèce de caméléon vivant en Europe. On ne le trouve que dans le sud du Portugal (l’Algarve), le sud de l’Espagne (l’Andalousie), en Sicile, à Malte, en Crête et à Chypre.

J’ai fait sa connaissance lors de vacances dans le Sud du Portugal, où j’ai pu le photographier dans l’île barrière de Culatra. Diurne, il est exclusivement arboricole et on peut le rencontrer en train de se chauffer au soleil à l’abri du vent. Il ne descend pratiquement jamais à terre, sauf la femelle pour pondre ses œufs. Par grand vent, il reste à l’abri dans la végétation où il est alors quasiment impossible de le distinguer à cause de son mimétisme. Il se nourrit d’insectes et d’arthropodes, petits animaux invertébrés dont le corps est composé de segments. Il vit en solitaire, sauf au moment de la reproduction qui s’étend de mi-juillet à fin septembre. En Algarve, il s’accouple au mois d’août. Le Caméléon commun est ovipare et la femelle pond ses œufs en octobre après une gestation d’environ deux mois, entre 10 et 30 environ, enfouis dans un sol meuble. L’incubation dépend de la température et du taux d’humidité. L’éclosion a lieu en mai, étalée sur une à deux semaines et les jeunes mesurent environ 35 millimètres jusqu’au cloaque. Ils grimpent de suite à un arbre et commencent alors à se nourrir.

Il est protégé en Europe par la Convention de Berne du 19 septembre 1979, signée par le gouvernement portugais le 3 décembre 1981. Tout prélèvement, toute commercialisation, tout transport et toute détention sont totalement interdits.

Il est très territorial et vit dans un biotope sec. Il adopte un arbuste ou un buisson dont il fait son gîte. Son habitat en Algarve se caractérise par la présence de pins maritimes, de genêts blancs et de la végétation de dunes. Dans les dunes côtières des îles barrières, on peut l’observer dans des buissons de deux ou trois mètres.

Au Portugal, cette espèce a été introduite. Il apparaît dans l’Algarve de l’est au XXè Siècle, probablement en 1918 où il aurait été apporté du sud de l’Espagne ou du Maroc par des pêcheurs ou des travailleurs (entre Monte Gordo et Vila Real de Santo Antonio proches de l’Espagne, séparé par le fleuve frontière Guadiana). Ils se sont très bien adaptés au point de coloniser rapidement toute la bande côtière jusqu’à Quarteira.

Une étude de 2005 sur sa répartition détermine une population fragmentée en lien direct avec l’impact de l’urbanisme, le long du littoral entre Vila Real de Santo Antonio et Lagos. Cette fragmentation est très importante entre Quarteira et Lagos. La plus grande densité côtière est à la pointe est de l’Algarve entre Vila Real et Monte Gordo. La population la plus importante des îles barrières de la ria Formosa est celle de Tavira où je n’en ai personnellement pas vu. La végétation y est plus propice avec la présence de pins maritimes et de genêts.

La peau du Caméléon commun a une couleur très variable et peut changer relativement vite, allant du jaune clair au vert (au repos), au brun rougeâtre (quand il est prêt à combattre un congénère) ou presque noir (pour traverser une bande de sable en plein soleil), mais rarement d’une apparence uniforme. Cette mosaïque de couleurs lui permet de se fondre dans le milieu.

Les doigts sont soudés en deux groupes (trois et deux, terminés par des griffes) opposables l’un à l’autre pour une bonne préhension, la queue est préhensile également.

Ses yeux sont logés dans des cônes sertis dans une orbite circulaire et bougent indépendamment. Il peut voir dans deux directions différentes en même temps. La vision est stéréoscopique et elle lui permet de bien calculer la distance de la proie. Sa technique de chasse est l’immobilité, à l’affût.

(On peut noter sur ce cliché le changement de pigmentation par rapport au cliché précédent, correspondant à un changement du milieu environnant)

L’espèce est en danger d’extinction au Portugal. On le comptait par milliers il y a quelques années d’après la tradition populaire que j’ai pu recueillir. C’est maintenant devenu difficile d’en voir un. Je n’ai pas trouvé de statistiques chiffrées sur sa présence, ni de mention de plan de protection ou de sauvegarde.

Il a été victime d’un certain engouement du public et le prélèvement lui a causé beaucoup de tort. Or, il ne peut vivre plus d’un mois en captivité.

Son habitat se réduit de plus en plus avec le changement des pratiques agricoles et la part grandissante de l’urbanisme et du tourisme de masse. La présence de plus en plus importante de routes, outre la mortalité par l’écrasement, isole les groupes d’individus.

Article rédigé le 23 mai 2017, à partir de mes photos, de constatations faites sur place, de témoignages verbaux et de bibliographie internet, dont : « Distribution and Conservation of the Common Chameleon, Chameleo chameleon, in Algarve, Southern Portugal », paru en janvier 2005 dans Israel Journal of Zoology.