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L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

Dans le Béarn – Un brocard (chevreuil mâle) « orné »  d’une ficelle en polypropylène.

L’usage de la ficelle agricole

dans nos campagnes

Ficelle naturelle en sisal et ficelle en polypropylène.

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La ficelle naturelle en sisal

La ficelle naturelle en sisal a été la seule utilisée jusque dans les années 1970 par nos agriculteurs pour lier leurs bottes de foin.

La fibre de sisal est la plus longue et la plus résistante des fibres végétales. Elle est extraite des feuilles de l’Agave sisalana (appelée communément sisal), une plante originaire de l’est du Mexique. Elle est issue d’un savoir-faire ancestral. Très résistante, cette fibre a servi et sert encore à la fabrication de cordages, sacs, toiles, chapeaux …, de tissus grossiers et de tapis. Sa production est en régression sensible du fait de la concurrence des fibres synthétiques.

La ficelle sisal agricole est encore utilisée, entre autres, pour les botteleuses basse et moyenne densité. Il existe plusieurs modèles de ficelles avec des diamètres/charges de rupture adaptés à l’utilisation prévue.

Issue d’une matière 100% naturelle, elle est écologique et totalement biodégradable à l’état naturel. Non traitée, elle est utilisée en agriculture biologique.

Elle reste sensible à l’humidité et à la moisissure. Certains modèles sont traités avec une huile spéciale contre les rongeurs et l’humidité, non dangereuse, mais qui ne sont dans ce cas-là pas autorisés en agriculture biologique.

La ficelle en polypropylène

Depuis la mise en service dans les années 70 des presses à bottes haute densité dans nos campagnes, une nouvelle matière est utilisée pour la ficelle agricole, le polypropylène (sigle PP).

Ces nouveaux types de presse ont nécessité l’utilisation d’une ficelle plus résistante que le sisal avec plus de sécurité au nouage, ainsi qu’un diamètre et structure constants. La ficelle agricole en polypropylène a répondu à cette demande.

Le polypropylène est une matière hydrophobe et très légère (il surnage toujours à la surface de l’eau), peu onéreuse. Il souffre par contre d’une faible résistance aux UV et les ficelles reçoivent un traitement de protection. Il n’est pas biodégradable mais il est 100% recyclable. On peut le recycler plusieurs fois avant d’atteindre sa fin de vie où il sera incinéré sans émettre, en principe, de substances toxiques (cela dépend des additifs rajoutés pour des besoins spécifiques).

La ficelle se décline en plusieurs couleurs, noire, blanche, ou bleue bien souvent. Certains colorants sont organiques de grade alimentaire. Il en existe différents modèles adaptés au matériel utilisé : presse moyenne densité, à haute densité et presse à balle ronde (pour les balles rondes, le liage filet en polyéthylène haute densité prend le dessus).

Elle est aussi régulièrement utilisée, en couleur bleue, comme clôture provisoire pour délimiter un couloir de déplacement de bovins ou pour fermer un champ. Les vaches l’évitent. Les études sont contradictoires concernant la vision des couleurs des bovins. Certaines affirment qu’ils voient essentiellement les ondes bleu-vert.

Elle est vendue en gros pour les agriculteurs, par paquets de deux bobines ou plus de 5 kg minimum et même par palettes. Pour avoir une idée de ce que cela représente, une ficelle standard de diamètre 3.5mm a une longueur de 336m/kg, 1 800 mètres pour une seule bobine.

Pourquoi cet article

Les avancées technologiques ont permis de remplacer l’usage en grande quantité de la ficelle naturelle en sisal par celle en polypropylène non biodégradable. J’en trouve de plus en plus, oubliée dans des haies ou sur les chemins partout où je passe pour faire de la photo animalière. Mais, également, sur des « endroits » qui m’interpellent, comme sur les photos suivantes :

La ficelle en polypropylène a une résistance à la rupture qui dépend de son diamètre. On la décrit régulièrement en indiquant le nombre de mètres par kilo de ficelle. La ficelle de 3.5mm (336 m/kg) qui semble être celle de mes photos (blanche ou bleue), a une résistance à la rupture de 135-140kg. En se débattant, l’animal peut s’emprisonner dans une pelote de plusieurs brins. Les nœuds sont heureusement moins résistants.

Sur les clichés ci-dessus, l’animal a réussi à la rompre à deux endroits.

Dans le piémont pyrénéen, pendant le brame (début octobre 2019). « La corde au cou »!

Plus sérieusement, ce cerf, même s’il s’est libéré et que ses bois tomberont bientôt, aurait pu se mutiler!

Le risque classique pour cette ficelle qui serait abandonnée dans la Nature, bien qu’elle soit inerte, est le même que celui engendré par tous les plastiques, c’est l’accumulation exponentielle de déchets sur notre planète; rien de bien nouveau! Si elle a tendance à se dégrader sous l’action des rayons U.V, elle ne disparaît pas pour autant. Elle a juste des possibilités accrues d’être un jour ingérée par un animal quelconque, sur terre, dans une étable ou dans l’eau.

Quelques exemples de situations que l’on trouve en bien des endroits où la ficelle en polypropylène peut présenter un risque pour la faune quand elle est oubliée.

Mais il y a aussi des situations où un animal peut être piégé, rester longtemps à l’agonie et mourir sur place ou ailleurs s’il n’arrive pas à se libérer ou à se nourrir. Il faut en avoir conscience.

Que faire pour rester positif ? C’est une bonne question. On ne va pas quand même demander de tout interdire! Personnellement, si je vois de la ficelle oubliée par terre, je la ramasse. Si elle ne m’est pas utile, je la mets au recyclage.

La surprise, quand on la ramasse, c’est la longueur finale! 

La bâche d’ensilage, « un envers du décor » – Septembre 2019

La bâche d’ensilage, « un envers du décor » – Septembre 2019

Triste spectacle que ces bâches et ficelles emportées dans le lit de ce ruisseau où elles ont été « oubliées » !

La bâche plastique d’ensilage

ou la pollution d’un petit ruisseau du Vic-Bilh

Enfin propre, et … naturel après quelques efforts!

L’ensilage a permis l’industrialisation de l’agriculture et l’élevage dense, hors sol. Cette technique de conservation a connu un essor significatif dans notre pays dès la fin des années 60 associé à celui du machinisme agricole et au développement de la culture du maïs. La conservation de l’herbe par ensilage s’est développée avec l’intensification de la production fourragère, afin d’optimiser sa gestion annuelle.

Les films de bâche d’ensilage pour la couverture de tas de fourrage sont devenus un incontournable pour certaines exploitations agricoles tournées vers l’élevage. Ils sont utilisés sur deux types de silos, le silo taupinière et le silo couloir (délimité par deux murs), où ils recouvrent le tas de fourrage sur une largeur de 6 à 20 mètres.

Fabriqués à partir de polyéthylène (PE), la fonction de ces films est d’obtenir une bonne étanchéité à l’air et à l’eau. Leur durée de vie (exposition aux UV) est communément d’une année mais peut aller jusqu’à deux à trois ans dans certains cas. Certains agriculteurs recouvrent la bâche neuve avec la bâche de l’année précédente afin d’assurer une protection physique supplémentaire. Leur épaisseur est généralement comprise entre 100 et 180 microns (0,10 à 0,18 millimètre). Ils sont apparus sur le marché il y a pas mal d’années déjà, sans qu’il y est en parallèle une filière bien structurée de collecte des matériaux usagés. Depuis 2008, la situation a évolué dans le bon sens.

Cependant, des bâches restent encore entassées de nos jours en bordure de chemin ou de champ, recouvertes par la végétation, mais aussi dans des lieux où elles ont un impact plus nocif sur l’environnement. C’est la raison de cet article.

Un petit ruisseau pollué par de la bâche d’ensilage.

En juillet 2018, je suis revenu me promener avec mon fils au bord d’un petit ruisseau où nous allions parfois pêcher. C’était il y a une vingtaine d’années déjà, le temps passe vite. Cette promenade devait être un plaisir, nous avions gardé le souvenir d’un joli coin de nature et nous espérions assister au frai des vairons et en faire des photos. Nous l’avons retrouvé dans un triste état!

La désolation! Il y en a partout comme çà!

De la bâche d’ensilage mais aussi des grands sacs en plastique se délitant en petits morceaux.

Les lambeaux de bâche accrochent un peu partout dans la végétation et se déchirent, accompagnés de bouts de ficelle en polypropylène (sigle PP). 

Désolant!

Dès les premiers mètres dans le lit du ruisseau, c’est un désastre! C’est un cimetière de bâche d’ensilage! Il y en a partout, dans le lit et sur les rives! Ce ruisseau a connu un débordement inhabituel il y a plusieurs années déjà, comme on peut le constater aux stigmates encore visibles malgré le temps passé. Lors de cette inondation, l’eau a entraîné avec elle un dépôt de bâches situé probablement à proximité immédiate, mais aussi des sacs plastiques et autres déchets divers et variés. Des lambeaux pendaient partout, accrochés aux branches des arbres, coincés au milieu des troncs charriés par la montée des eaux, partiellement enfouis dans le lit du ruisseau par le sable et les graviers transportés, accrochés aux racines, etc. Il y en avait de toutes tailles, de quelques centimètres jusqu’à plusieurs mètres.

La partie émergée seulement. Certaines bâches sont enfouies sous plusieurs dizaines de centimètres de sable et de graviers.

Des bâches, mais aussi des ficelles en polypropylène.

Elles se déchirent en petits morceaux. Et toujours de la ficelle!

Heureusement, les racines jouent un rôle de ralentisseur de la dispersion des déchets. 

Le spectacle est de plus en plus désolant au fur et à mesure que l’on remonte le ruisseau. Heureusement, le ruisseau n’a pas cessé de vivre : quel plaisir d’observer dans les trous d’eau la présence d’une quantité impressionnante de vairons, goujons et autres petits poissons comme la lamproie de rivière, qui évoluent sans s’inquiéter de la présence de tous ces déchets!

On se promet tous les deux de faire quelque chose pour ce ruisseau, il ne peut rester en l’état! Cela ne sera pas possible dans l’immédiat mais l’idée va rester ancrée en moi.

Le nettoyage du ruisseau.

Ce dimanche 16 septembre 2018, au moment du déjeuner, il me vient brusquement une idée : il fait très beau, si j’allais nettoyer ce pauvre ruisseau? « La grande journée mondiale de nettoyage de la planète 2018 » est déjà passée d’un jour mais il n’est jamais trop tard pour essayer de bien faire. De plus, c’est le moment où le débit d’eau est au plus bas et le lit du ruisseau est partout accessible. Les feuilles commencent déjà à tomber, il ne faut pas tarder. Avant que mes bonnes intentions ne retombent (cela m’arrive parfois), me voilà parti! En effet, je me demande de plus en plus souvent à quoi tout cela peut bien servir! Le temps qui passe est devenu le temps qu’il me reste et je ferais mieux de l’occuper à autre chose! Mais je sais que je ferai plaisir à quelqu’un, si ce n’est à moi!

Rassemblement en tas des déchets souillés de sable, graviers et végétaux divers, avant de les remonter au point de collecte.

Je passerai en fait deux journées à nettoyer la partie la plus visiblement polluée, en regroupant les bâches et déchets divers par tas puis en rassemblant le tout à un endroit accessible pour la collecte. Je ne compte pas les suées en tirant sur les lambeaux de bâches partiellement enterrés et les A/R pour remonter les tas alourdis par l’eau piégée dans les replis et les détritus divers (sable, graviers, etc.).

L’évacuation des déchets

Opération de collecte et d’évacuation des déchets avec une remorque.

Tout s’est bien passé tant qu’il ne s’agissait que de transpirer. Maintenant, les complications arrivent. Ignorant de la réglementation sur ce type de déchets, je voyais les choses d’une façon très simpliste en pensant ramener mes déchets (qui ne m’appartiennent pas) à la déchetterie publique. « Non, Monsieur, nous ne les prenons pas. Il s’agit de bâche agricole, il y a une filière de collecte spécifique pour cela. Mais je ne suis pas un agriculteur, je suis un particulier. Cela ne change rien, je ne peux rien pour vous. Je vous conseille de vous renseigner dans le milieu agricole ».

Nettoyage des bâches et autres déchets plastiques à l’eau, puis séchage et triage.

De retour à la maison avec mon chargement, je passe quelques appels pour résoudre ce problème imprévu, à aborder avec tact dans ma situation de particulier qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Après quelques contacts, je trouve enfin une solution pour évacuer proprement et dans le respect total de la législation en vigueur ma cargaison encombrante auprès d’un organisme habilité. Et, bien sûr, j’ai eu droit à la remarque : « pourquoi faites-vous çà? Ce n’est pourtant pas à vous de le faire ». Rien n’est aussi évident!

Malheureusement, l’agriculteur a probablement commis une erreur dont il n’est peut-être même pas au courant. Je n’ai personnellement aucune idée de l’origine de ces déchets. Ils ont sans doute été stockés à une époque où il n’existait pas de filière de collecte. Mais où sont donc tous les garde-fous à ce genre de situation? Il n’en manque pas pourtant, qui sont plus concernés que moi!

Je suis revenu voir le ruisseau ces jours-ci, un an après l’avoir nettoyé. Il n’a pas plu depuis longtemps et son niveau est au plus bas, c’est impeccable pour vérifier son état. Quel plaisir de le retrouver sous son aspect naturel! J’ai eu quand même deux demi-journées de nettoyage pour terminer le travail comme je le souhaitais.

Quelques bribes éparses de plastique traînent encore par-ci, par-là, c’est négligeable. A droite, un résidu de sac plastique, matière qui se dégrade rapidement en nombreux morceaux.

Ce bout de bâche se retrouve à nu et est facilement récupérable.

En laissant les choses en l’état, les …aines de m2 de bâches présentes finissent en confettis qui sont entraînés vers l’aval. Durée de vie du Polyéthylène? 

Un morceau de bâche charrié par les eaux depuis l’amont.

Un morceau de pneu, une courroie, de la ficelle en polypropylène, de la bâche brûlée, etc.

La partie que j’avais nettoyé l’an dernier était pratiquement propre; j’ai seulement ramassé quelques petits lambeaux accrochés çà et là à quelques branches.

A partir de là, je commence à retrouver quelques déchets charriés depuis l’amont sur une partie que j’avais déjà nettoyé, rien d’important. 

Jusque là, la quantité de déchets ramassés sur la partie nettoyée l’an dernier remplit au 3/4 un sac poubelle de 100 litres, c’est un succès pour moi!

La limite amont de la zone nettoyée l’an dernier (2018) est évidente, la voici!

Etat n°1 : avant le nettoyage.

La quantité de lambeaux de bâches récupérés uniquement sur la photo ci-dessus!

Un martin-pêcheur est venu se poser en ma présence sur la branche, attiré par les fourmis qui sortaient des bâches où une fourmilière s’était installée. Il m’a agréablement surpris!

Etat n°2 : après le nettoyage. 

La limite amont de mon intervention de cette année (2019) est située au niveau de cette confluence, à laquelle je ne toucherai pas pour laisser un témoignage! On devine à gauche des lambeaux retenus par les ronces. 

Puis, j’ai continué le nettoyage jusqu’à une confluence au-delà duquel le ruisseau se restreint et est partiellement fermé par la végétation envahissante sur les rives; il est donc peu accessible. Les déchets, retenus par les ronces, n’iront pas plus bas et les enlever serait un chantier qui n’est plus compatible avec mes possibilités d’intervention.

Sur la carte des cours d’eau de la Direction départementale des Territoires et de la Mer des Pyrénées-Atlantiques en date 8 février 2019, le cours d’eau au-delà de la confluence est à expertiser (comme bien d’autres, il n’y a aucun rapport avec le sujet de cet article). S’il l’est un jour, cela sera peut-être bénéfique pour lui.

Bâche enfouie à quelques mètres du bord, lorsque le ruisseau est sorti de son lit (avant). 

Bâche enfouie à quelques mètres du bord, lorsque le ruisseau est sorti de son lit (après). 

L’an dernier, cette bâche était enfouie et retenue par un arbre enseveli dans le lit du ruisseau. Je n’avait pu enlever que la partie émergée. Les eaux en période hivernale l’ont dégagée et l’ont rendue accessible. 

La bâche dégagée. J’ai mis un point d’honneur à enlever tout ce qui pouvait rester encore apparent dans le lit du ruisseau.

La deuxième demi-journée a été consacrée à déterrer à la pioche les lambeaux de bâches restés partiellement enfouis depuis l’an dernier et à évacuer le tout.

J’ai ensuite pris le temps de faire un A/R pour m’assurer que ce petit coin que j’ai redécouvert après l’avoir longtemps ignoré était enfin « PROPRE »! La suite en quelques clichés :

Désormais, je pourrai amener du monde dans ce petit cours d’eau qui a retrouvé son aspect naturel sur 440 mètres de son parcours. C’est si insignifiant mais quand même si utile pour toute la biodiversité insoupçonnée qui l’a adopté. J’ai été surpris d’y observer des Grenouilles Agiles de toutes tailles que j’ai fait bondir pendant mon intervention.

Je termine ce petit reportage par un rappel de la réglementation applicable aux bâches d’ensilage, pour ceux qui ont encore le courage de lire. Personnellement, j’en ai retiré des enseignements sur les filières des déchets. L’information ne circule jamais assez! Et ceux qui devraient savoir ne sont pas toujours les mieux informés!

Le cadre réglementaire des déchets 

Article L 541-2 du code de l’Environnement (ordonnance n°2010 -1579 du 17 décembre 2010 – art.2, consultable ICI ) : « Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d’en assurer ou d’en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du code de l’environnement. Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu’à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. Tout producteur ou détenteur de déchets s’assure que la personne à qui il les remet est autorisée à les prendre en charge ».

Article L 541-3 du code de l’environnement (modifié par la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019 – art. 9, consultable ICI ) : « Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du code de l’environnement et des règlements pris pour leur application, l’autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu’il encourt et, après l’avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut le mettre en demeure d’effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé ». … 

Article L 172 du code de l’environnement, définissant l’autorité titulaire du pouvoir de police compétente (modifié par la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 – art.30, consultable ICI ) : « Outre les officiers et agents de police judiciaire et les autres agents publics spécialement habilités par le présent code, sont habilités à rechercher et à constater les infractions aux dispositions du présent code et des textes pris pour son application et aux dispositions du code pénal relatives à l’abandon d’ordures, déchets, matériaux et autres objets les fonctionnaires et agents publics affectés dans les services de l’Etat chargés de la mise en œuvre de ces dispositions, ou à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, dans les parcs nationaux et à l’Agence française pour la biodiversité ».  

Article 16 du code de police pénale, définissant la qualité d’officier de police judiciaire, consultable ICI, la qualité d’agence de police judiciaire (Article 20) consultable ICI et agent de police judiciaire adjoint (Article 21) consultable ICI.

La filière de récupération et de valorisation des F.A.U

Les FAU (Films Agricoles Usagés), issus d’une activité professionnelle, sont considérés comme des déchets professionnels. Les exploitations agricoles détentrices de ces déchets ont la responsabilité directe de la gestion et de l’élimination de ceux-ci. Elles doivent être en mesure de prouver qu’elles ont bien évacué leurs déchets dans les conditions requises. L’enfouissement et le brûlage sont interdits. Jusqu’en 2009, les agriculteurs se trouvaient souvent sans solution. Les bâches d’ensilage sont collectées depuis 2009 dans les Pyrénées Atlantiques.

Les déchetteries ne sont pas tenues d’accepter ces types de déchets (pages 19 et 48 du Plan départemental de gestion des déchets ménagers et assimilés des Pyrénées Atlantiques, novembre 2008, consultable ICI ).

En 2008, le Comité français des Plastiques en Agriculture crée la commission APE (Agriculture Plastiques et Environnement) et met progressivement en place la filière nationale de collecte et de valorisation des films plastiques agricoles usagés confiée à Adivalor. Elle permet :
– la mise en conformité du monde agricole avec  la réglementation,
– l’apport aux agriculteurs d’une solution pour l’élimination de ces films plastiques usagés,
– une contribution à la protection de l’environnement par abandon des pratiques d’élimination devenues interdites (brûlage, enfouissement, mise en décharge),
– une économie de matières premières par fabrication de matière première secondaire,
–  le développement des capacités de recyclage et la création d’emplois.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, la chambre d’Agriculture des Pyrénées-Atlantiques en partenariat avec les distributeurs, la Fédération départementale des Cumas (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole), le GDS (Groupements de Défense Sanitaire, associations gérées par et pour les éleveurs) et Adivalor (Agriculteurs, Distributeurs, Industriels, pour la Valorisation des déchets agricoles), propose depuis quelques années déjà un ensemble de collectes adaptées aux besoins :
– produits phytosanitaires ou vétérinaires,
– bidons usagés,
– big-bag, sac d’engrais de semence,
bâches plastique, filets, ficelles.

Les déchets sont à rapporter au distributeur. Chaque apport de produits, quel qu’il soit, donne lieu à la remise d’un bon de livraison à l’agriculteur certifiant la gestion de ses déchets selon des « bonnes pratiques agricoles ». Ce document doit être conservé dans le cadre de la conditionnalité des aides PAC (Politique Agricole Commune). Aujourd’hui, Adivalor (structure 100 % professionnelle agricole) et les distributeurs contribuent financièrement en totalité aux opérations mises en place.

Dans les Pyrénées-Atlantiques (mais aussi dans tous les départements), une collecte des déchets annuelle est aussi proposée aux agriculteurs auprès de plusieurs sites, à des dates définies à l’avance et selon certaines modalités. Pour en savoir plus, cliquer  ICI

 Le recyclage des films agricoles

Constitués de polymères homogènes et de bonne qualité, les films agricoles permettent un recyclage facile et donnent naissance à une matière première secondaire de bonne qualité. En revanche, ils peuvent avoir un taux de souillure (terre, eau, débris végétaux) assez élevé, le plus souvent très supérieur à beaucoup de films d’origine industrielle. Ils doivent être nettoyés, pliés et séparés!

La bonne pratique est de : dérouler entièrement les bâches, puis d’enlever les corps étrangers (pierres, morceaux de bois, etc.) avant de les balayer pour retirer un maximum d’ensilage, de terre et de sable. Ensuite, les plier puis les ficeler, avant de les stocker à l’abri.

Sources consultées :

https://pa.chambre-agriculture.fr/gestion-de-lentreprise/je-securise-mon-entreprise/gerer-ses-dechets/

https://www.adivalor.fr/collectes/films_plastiques_elevage.html

http://www.nouvelle-aquitaine.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/plan_64.pdf

https://www.dechets-nouvelle-aquitaine.fr/gestion-dechets/?dpt=64&dcht=57&orgtype=7

Biès, femelle Gypaète barbu

Biès, femelle Gypaète barbu

Le retour à la liberté de Biès,

femelle Gypaète barbu (28 août 2019)

L’histoire de Biès

Biès est une femelle Gypaète barbu âgée de 7 ans, marquée en Espagne pour le suivi de quelques oiseaux de son espèce. Au mois de mars 2018, elle est découverte mal-en-point par un habitant du village de Bedous en vallée d’Aspe, qui prévient le Parc National. Les gardes du Parc viennent la récupérer et la confient au Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage des Pyrénées-Atlantiques, l’association Hegalaldia basée à Ustaritz (64). Elle est en hypothermie avec une grosse luxation de l’épaule droite; la quasi-totalité des rémiges primaires (grandes plumes) de la main droite sont sectionnées net, la rendant incapable de voler.

Exemple de marquages alaires sur un gypaète barbu photographié en Aragon le 23 juillet 2019. Il s’agit de Bolisla, un mâle reproducteur âgé de plus de sept ans, avec des bandes alaires rouge et jaune 2F et équipé d’une balise Gps. Pour en savoir plus sur les identifications, c’est ICI !  

Prise en charge au centre de soins, l’état général de l’oiseau n’est pas fameux. Les soigneurs lui retirent ses marquages alaires pour voir plus en profondeur ses plaies. Ils constatent qu’elle souffre aussi d’une infection généralisée due à la pose récente de ces marquages mal positionnés : ce sont des bandes en plastique (genre bâche de camion en différentes couleurs) fixées sur les ailes. Leur but est de permettre une reconnaissance individuelle de chaque oiseau à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Mise sous traitement à base d’antibiotiques pour arrêter l’infection, son état s’améliore légèrement. Après un long moment passé dans une volière adaptée pour sa rééducation, la mobilité de son aile s’est un peu corrigée.

En septembre 2018, l’oiseau est transféré dans une volière de 50 mètres de long. Il commence aussi des séances d’ostéopathie.

Ne constatant aucune mue du plumage depuis son accueil qui date d’un an, une « greffe » de quatre plumes (opération appelée enture) est tentée au mois de mars 2019 afin que l’oiseau retrouve le plumage fonctionnel qui lui permettrait de faire travailler son épaule luxée et de soigner son mal. L’opération consiste à prolonger les moignons restants des rémiges primaires (sectionnés près de la base) par des rémiges rapportées et raccourcies pour respecter la longueur totale; le raccordement s’effectuant par un embout cylindrique enduit de colle et enfilé de part et d’autre dans la partie creuse du rachis.

L’opération réussit et dès son retour en volière, l’oiseau s’exerce déjà au vol. Dans cette volière spéciale de grande longueur et après quelques semaines d’exercice, la luxation de l’épaule disparaît. La reconstitution artificielle de ses plumes ne peut cependant pas permettre à l’oiseau d’avoir une portance suffisante s’il est relâché, la solution n’est que temporaire.

Et la bonne nouvelle arrive enfin! Biès effectue une mue au bon moment et qui lui permet de perdre deux de ces plumes « greffées » au profit de deux nouvelles plumes en parfait état. L’association Hegalaldia envisage enfin une remise en liberté.

Le retour à la liberté de Biès (28 août 2019)

L’événement est programmé pour le mercredi 28 août 2019, sur les hauteurs d’Accous, en présence de gardes du Parc National, d’élus locaux, de journalistes et du public prévenu par les médias et réseaux sociaux. La suite en images :

L’arrivée de Biès dans sa cage de transport sur le lieu de la remise en liberté, au-dessus d’Accous. Accompagnée par ses soigneurs d’Hegalaldia et de gardes du Parc National.

La sortie de Biès de sa cage de transport.

Un dernier salut à son public, venu assister à sa remise en liberté.

L’envol. On aperçoit bien sur ce cliché l’enture effectuée sur la deuxième rémige primaire sur son aile droite.

Biès s’éloigne, …

… puis, revient, entamant plusieurs allers/retours en contrebas du lieu de son relâcher. Un moment chargé d’émotion!

Un milan royal se joint à elle un instant, puis elle disparaît du regard en contrebas dans la vallée.

Un petit moment plus tard, elle réapparaît et tournoie au-dessus du public venu assister à son envol, pour le plaisir de tous. On peut remarquer qu’elle a perdu pendant ses soins la couleur rouille de son plumage ventral. Celle-ci reviendra un peu plus tard après quelques bains dans les sources d’eau ferrugineuse.

Est-elle revenue pour remercier toutes celles et ceux qui l’ont soigné pendant presque 18 mois?

Un vautour fauve se joint à elle, et ils entament tous les deux un ballet ascensionnel.

Quel plaisir de voir ce bel oiseau retrouver la liberté!

Biès s’éloigne définitivement. Bon vent!

La montagne enfin retrouvée!

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de la bibliographie suivante :

https://www.sudouest.fr/2019/08/28/video-pyrenees-le-gypaete-barbu-soigne-par-hegalaldia-a-pris-son-envol-6493067-4955.php

https://www.hegalaldia.org/

Bilans de santé de Biès communiqués au public par l’association Hegalaldia

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh

27 juillet 2019 – Combat sur la pelouse pendant le rut. Attention au bois dépourvu d’andouiller, c’est une arme « fatale » qui favorise la suprématie de son propriétaire! 

Que se passe-t’il en été chez les chevreuils

30 juillet 2019 – La première apparition des jumeaux!

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le chevreuil. Il est l’un de mes animaux préférés pour sa finesse et son élégance. J’ai l’opportunité de côtoyer régulièrement toute une famille, grâce à la présence d’une pelouse que je laisse en friche. Les bêtes l’ont adoptée et viennent la visiter pour brouter de jeunes pousses d’acacias et autres, pour y faire la sieste et même parfois s’y réfugier. Elles s’occupent aussi activement des fruits du verger. L’article de ce jour leur est destiné.

Contrairement à ce que je prévoyais dans mon dernier article du mois de mai à leur propos, le maître des lieux de l’an dernier n’est pas resté. Un brocard au trophée atypique a fait son apparition à la mi-mars sur la friche; il ne s’est pas imposé de suite. Après deux mois de coexistence apparemment pacifique avec son prédécesseur, il règne maintenant en maître absolu et chasse tous les prétendants, du moins jusqu’à la fin du rut, courant août. Le précédent occupant des lieux était pourtant une bête massive et robuste et je suis étonné qu’il ait laissé sa place. Je ne l’ai plus revu depuis fin mai.

La chevrette amène sa nouvelle progéniture chez nous pour la troisième année consécutive. Elle avait momentanément disparu début mai pour mettre bas après avoir délaissé sa dernière fille, née en mai ou juin 2018 et devenue depuis une jolie chevrette.

Cette jeune et jolie chevrette, après avoir quitté sa mère début mai, est restée encore quelques jours chez nous avant de disparaître fin mai, en même temps que l’ancien maître des lieux avec qui je l’avais observé à plusieurs reprises. Ils ont migré (ensemble?) vers un autre territoire. Ainsi va la vie des chevreuils.

Cette année, la chevrette a deux petits. Ce nombre dépend du poids de la mère comme je l’ai fait remarquer dans un article précédent. Un poids minimum de 20 kg est nécessaire pour porter un futur faon: 20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons. Il arrive qu’une chevrette ait 3 faons dans un milieu particulièrement favorable. Cette année tout comme l’an dernier, je ne sais pas à quel moment la chevrette a mis bas. Elle disparaît pendant plusieurs semaines et réapparaît enfin chez nous avec sa progéniture déjà grande, capable de se nourrir seule. Les deux petits nouveaux resteront avec leur mère jusqu’au mois de mai prochain: devenus adultes, ils quitteront aussi leur mère qui s’isolera à nouveau pour mettre bas.

Pour rappel, le jeune chevreuil s’appelle un faon jusqu’à 6 mois (novembre), puis un chevrillard (mâle et femelle) jusqu’à 12 mois (mai suivant). Au-delà, on l’appelle Brocard (mâle) ou Chevrette (femelle).

Quelques moments immortalisés :

9 juin 2019 – Le maître des lieux de l’an dernier a quitté son territoire. Le nouveau « locataire » marque les arbres en frottant ses bois (on appelle cela un « frottis »), puis il dépose une sécrétion forte qui provient de glandes situées à la base des bois, pour signaler sa présence à ses rivaux.

Parfois, de l’herbe reste accrochée à ses bois. Ses oreilles retroussées trahissent son excitation, il ne faut pas venir le déranger.

10 juin 2019 – Le brocard a toutes ses chances devant un adversaire : un bois sans andouiller et l’autre avec deux andouillers partant de la base.

10 juin 2019 – Le brocard au verger. Les prunes sont encore vertes, mais qu’importe! Il les adore! Il a son beau poil roux d’été. Les pommiers et les pruniers croulent sous le poids des fruits! Pendant tout le mois de juin et une bonne partie de juillet, il sera seul à fréquenter le verger.

24 juillet 2019 – Première apparition d’un faon, seul, à la nuit tombée! Il ne restera qu’un instant!

27 juillet 2019 – Le rut a déjà commencé; çà chauffe aux quatre coins de la pelouse! Le chevreuil de gauche, au trophée modeste, m’est familier. Il avait fait quelques apparitions courant mai, mais il n’était pas resté. Notre brocard s’est déjà battu à plusieurs reprises; son pelage est marqué par des « estafilades » mais il tient bon!

27 juillet 2019 – « Aïe, ma tête ». Le jeune brocard n’a aucune chance devant la force et le trophée du maître des lieux. Poursuivi inlassablement dans les champs voisins et après quelques rebiffades inutiles, il abandonnera les lieux (après avoir insisté quand même pendant deux jours).

27 juillet 2019 – Un faisan Obscur! Les graminées et les cachettes dans les hautes herbes attirent du monde!

28 juillet 2019 – Tour de garde sous la pluie. Quelques estafilades apparaissent sur le dos. Une petite plaie sur la partie droite de son poitrail, invisible sur ce cliché, va rapidement guérir.  

29 juillet 2019 – Quelques clichés du brocard que j’aime bien, pris sous une belle lumière tardive et au travers de la végétation. On y voit bien la particularité de ses deux bois.

30 juillet 2019 – Coucou!

30 juillet 2019 – La chevrette réapparaît pour la première fois depuis début mai, accompagnée par ses deux faons et intéressée par les prunes! La végétation puis la distance entre eux m’empêchera de les avoir tous les trois sur un cliché.

Le faon à l’arrière-plan est manifestement un peu plus grand.

30 juillet 2019 – Pommes, prunes, feuilles, tout intéresse le plus petit des faons.

31 juillet 2019 – La chevrette vient faire un tour aux pommes et aux prunes avec le plus petit de ses deux faons.

07 août 2019 – La chevrette fait une apparition tardive avec ses deux faons. Le plus grand est toujours en retrait, à l’orée du bois.

11 août 2019, sous la pluie. Le rut tire à sa fin! L’excitation retombe chez notre brocard et la pelouse retrouve sa quiétude. Il va bientôt abandonner son comportement territorial. Quelques instants après ce cliché, il frotte les glandes de son front au feuillage d’un chêne des marais (ce que l’on appelle un «  »frottis« ) puis effectue ce que l’on appelle un « grattis« , c’est-à-dire qu’il va encore marquer son territoire en grattant le sol qu’il imprègne de l’odeur de ses glandes pédieuses (glandes des pieds). Le tout est appelé un « régalis« . Il va ensuite se coucher tranquillement dans l’herbe pour se reposer sur sa « couchette » pendant plus d’une heure, les sens toujours aux aguets. « Le repos du guerrier », que l’on peut visionner Ici.

11 août 219, dans la soirée. La chevrette vient se restaurer, seule.

La chevrette a réinvesti les lieux après les avoir délaissés pendant près de trois mois pour mettre bas et allaiter ses faons à l’abri du danger. Elle a aussi sans doute été « couverte » par le brocard « au trophée atypique » : c’est un moment particulier où les faons sont laissés seuls, comme j’ai pu le constater à la fréquentation du verger. Maintenant, les deux jumeaux vont retrouver leur mère à plein temps jusqu’au printemps suivant, en principe; ils ne sont pas tirés d’affaire et ne le seront en fait jamais. Tout ce petit monde va passer quelques jours sereins, jusqu’à l’Ouverture de la chasse, une période perturbatrice (pour ne pas dire plus).

Le Coucou gris – L’observation d’un juvénile (04 août 2019)

Le Coucou gris – L’observation d’un juvénile (04 août 2019)

Coucou gris juvénile – Observation du 4 août 2019.

Le Coucou gris

(Nom scientifique : Cuculus canorus)

Le Coucou gris est un migrateur strict, largement connu du grand public par son chant mais aussi méconnu par sa discrétion. Il est très commun et difficile à observer : c’est un oiseau solitaire (hors reproduction) et qui se montre très peu. Le chant du mâle permet parfois de le localiser et la femelle est quasiment invisible.

En France, la façade atlantique est colonisée la première, lors de son retour aux beaux jours. Dans le Vic-Bilh, j’attends le premier chant avec impatience, il confirme l’arrivée du printemps. C’est celui du mâle, qui arrive avant les femelles : 28 mars 2009, 24 mars 2010, 26 mars 2011, 24 mars 2012, 22 mars 2013, 30 mars 2014, 28 mars 2016, 27 mars 2017, 28 mars 2018, 25 mars 2019! Et avant? Je ne pouvais pas vivre aussi bien au rythme de la Nature et mes observations étaient moins fiables.

Une fois arrivé, le « cou-cou » sonore, clair et répétitif du mâle résonne à toute-heure, parfois très tôt; c’est celui de la parade pour attirer les femelles et pour éloigner les rivaux. On l’entend essentiellement pendant la période de reproduction. La femelle ne chante pas. Elle pousse un cri qui ressemble à une sorte de gloussement, une série assez longue de sons descendants. Le mâle répond aussi bien au chant d’un autre mâle qu’au cri de la femelle, et peut être attiré facilement par une imitation surtout en début de cycle reproducteur, où il est assez excité.

J’ai régulièrement l’occasion de l’observer en vol, quand il traverse entre deux bosquets d’arbres. On peut le confondre facilement avec un épervier : c’est ce que j’ai failli faire aujourd’hui, pensant qu’ils étaient tous partis! Jusqu’à présent, je n’étais pas sensibilisé à la migration retardée des jeunes!

Coucou gris juvénile se nourrissant sur une pelouse.

L’oiseau se nourrit majoritairement de chenilles qu’il trouve sur le sol, les plantes ou les buissons, avec une prédilection pour les grandes poilues, et souvent urticantes, que délaissent beaucoup d’autres espèces. Son arrivée par la façade atlantique est à mon avis en partie liée à la présence en très grand nombre de la chenille processionnaire dans les forêts de pins, au début du printemps. Cette chenille a très peu de prédateurs : les différentes espèces de mésanges consomment les œufs l’été et les jeunes chenilles en automne et en hiver, puis les coucous prennent le relais au début du printemps pendant la procession, puis la huppe faciès s’attaque aux chrysalides, et enfin l’engoulevent mange les papillons adulte.

Si son arrivée est claironnée, son départ est beaucoup plus discret.

Après s’être reproduits en pratiquant la méthode du parasitisme de couvée, les parents coucous peuvent déjà repartir vers l’Afrique au début de l’été. En effet, ils n’ont pas besoin de couver les œufs ni de nourrir les jeunes et ils nous quittent avant que les jeunes coucous soient prêts pour migrer.

Cette reproduction est largement documentée sur internet, si on veut plus de détails. Après le début de la ponte de l’espèce-hôte choisie, la femelle remplace un seul œuf par nid (en le gobant parfois) par un des siens : elle dépose ainsi en moyenne une dizaine d’œufs dans une dizaine de nids différents d’oiseaux-hôtes, au cours du printemps. Elle pond un œuf tous les deux jours et le nombre total d’œufs peut être bien plus élevé, jusqu’à une trentaine à la fin juin, d’après la littérature. Chaque femelle semble se spécialiser dans le parasitisme d’une espèce-hôte particulière, peut-être celle qui l’a élevée. L’œuf se rapproche par sa couleur de ceux de l’espèce-hôte. Il n’existe pas d’œuf de coucou type : les teintes sont très variables.

Le taux de réussite de la reproduction est assez faible, de l’ordre de 20 à 30 %.

Dans le Vic-Bilh, le coucou adulte se met en route de fin juin à mi-juillet environ. Je ne m’en rends pas compte de suite à cause de sa discrétion habituelle: le chant si caractéristique du mâle s’est espacé dans la deuxième quinzaine de juin et je ne remarque leur absence définitive qu’au bout de quelques jours, quand la forêt est redevenue « silencieuse » et que je n’observe plus ce vol rapide et direct à basse altitude entre deux bosquets.

C’est un migrateur solitaire, qui vole essentiellement de nuit. Après avoir accumulé des réserves énergétiques suffisantes sous forme de graisse, il migre directement en parcourant de très grandes distances!

Le jeune coucou, quant à lui, s’envole un à deux mois plus tard, sans avoir jamais connu ses vrais parents : il est instinctivement capable de migrer seul, sans qu’un adulte lui montre le chemin. Le comportement du coucou est en effet inné et le jeune trouve instinctivement les quartiers d’hiver de l’espèce lors de son premier long voyage en solitaire, un voyage vers l’inconnu! Il fait partie de ces migrateurs au long cours (ou longue-distance) qui hivernent au sud du Sahara, essentiellement des espèces insectivores comme lui et dont la source d’alimentation est trop rare au nord du Sahara en hiver pour subvenir à leurs besoins. Ce sont les premières espèces migratrices à repartir.

La destination finale des coucous ne se recoupe pas suffisamment selon les sources consultées et je préfère rester vague à ce sujet.

Ce dimanche 4 août, j’observais les allées et venues d’un oiseau pris d’abord pour un épervier et j’ai découvert ce juvénile sur mes clichés : j’ai alors appris quelque chose de nouveau pour moi, la migration retardée des jeunes coucous!

Les jeunes ont des plumages variables mais souvent roux avec une tache blanche à la nuque, que l’on voit bien sur les clichés.

Chassé par un Geai des chênes! La ressemblance avec un rapace (épervier, entre autres) peut entraîner une méprise chez d’autres oiseaux et déclencher leur attaque à coups de bec.

06 août 2019 – Notre deuxième rencontre, sous une belle lumière matinale. Je ne le reverrai plus. L’approcher ainsi m’a bien appris sur le mode de vie de cet oiseau. Bon vent vers l’Afrique!

« Le folklore, dans mes Landes natales entre autres,  raconte que si un promeneur a de l’argent en poche lorsqu’il entend le premier coucou de l’année, il sera riche l’année entière ».

Article rédigé à partir de mes photos personnelles. Sources bibliographiques consultées :

https://www.migraction.net/index.php?m_id=1517&bs=169

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.nature79.org/userfiles/COINnaturaliste/Ornitho/FicheCoucou.pdf

https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Coucou-gris.pdf

La Réserve de biosphère de Castro Verde (Portugal) – Avril 2019

La Réserve de biosphère de Castro Verde (Portugal) – Avril 2019

Une Outarde canepetière (mâle).

La Réserve de Biosphère

de Castro Verde (Portugal) – Avril 2019

Une petite volée de Gangas Unibande.

Présentation

Située au sud du Portugal, dans l’arrière-pays de la région de Baixo Alentejo, cette réserve de biosphère couvre près de 57 000 ha. Elle comporte la steppe céréalière la plus importante du Portugal, l’un des paysages ruraux les plus menacés de la région méditerranéenne. La population y vit notamment de la production extensive de céréales et de l’élevage du bétail.

Elle présente un niveau d’endémisme élevé en ce qui concerne sa flore.

Un aperçu sur la Réserve de Biosphère de Castro Verde.

Cette plaine, à qui l’été donne un ton blanchâtre, est habituellement désignée sous le nom de « Campo Branco » ou « Champ Blanc » . C’est une zone de protection spéciale de l’avifaune. On y compte près de 200 espèces, des oiseaux de steppe comme la grande outarde, et des espèces endémiques comme l’aigle impérial ibérique, l’un des oiseaux de proie les plus menacés au monde. On y trouve aussi d’autres espèces typiques comme l’œdicnème criard (également appelé « courlis de terre »), le Ganga unibande.

La « Mascotte », à l’échelle … plus grande que nature. 

La Grande Outarde est le symbole de Castro Verde. Parmi les 1500 outardes existant au Portugal, 1350 vivent ici. J’y suis passé au moment de la parade nuptiale mais je n’ai pas eu l’occasion de voir le mâle en train de parader. Elles y sont observables de bien plus loin que, par exemple, à Villafafila en Espagne.

Quant au faucon crécerellette, il arrive en février et repart au début de l’été, après avoir fait ses nids au sommet d’édifices en ruines. L’outarde canepetière trouve dans ces grands champs de céréales l’habitat idéal pour toute l’année. Elle est plus facilement approchable que sa « grande cousine ».

A l’Office du Tourisme de Castro Verde, vous pouvez acheter un petit guide très intéressant à un prix modique, bien fait et bien illustré. Il comporte tous les renseignements nécessaires sur les associations, les organisations locales, les transports, les restaurants, etc. et surtout : six itinéraires pédestres entre 4 et 19 km pour découvrir le Campo Branco avec les noms/photos des espèces d’oiseaux observables sur chaque parcours. La référence de ce guide : « Walks in the Campo Branco », édité en portugais et en anglais par la LPN (Ligue de Protection de la Nature du Portugal).

L’accès au Centre d’Éducation Environnementale de Vale Gonçalinho. 

Le panneau de présentation du projet LIFE Estepárias (2009-2012), au Centre de Vale Gonçalinho.

Le Centre d’Éducation Environnementale de Vale Gonçalinho peut aussi vous fournir des informations pour profiter pleinement de votre séjour. La visite de ce Centre est intéressante et je la recommande; le personnel d’accueil est compétant. C’est le point de départ de l’un des itinéraires pédestres, le Parcours 6 « Vale Gonçalinho – Pereiras”, parcours sur lequel ont été faites les photos de l’article.

Panneau pédagogique à l’entrée de l’itinéraire pédestre »Vale Gonçalinho – Pereiras”, dans la Réserve.

La Grande Outarde (Otis tarda)

Un mâle solitaire. Il reste un long moment à m’observer (de très loin), depuis une butte.

L’envol, toujours impressionnant.

Les clôtures, un danger pour les outardes. Celui-ci a été minimisé par la mise en oeuvre du projet LIFE Estepárias (2009-2012).

Passage devant les ruines d’une exploitation agricole, colonisée par une multitude de faucons crécerellettes ; j’ai eu l’impression qu’il en sortait de partout. On en voit deux posés sur l’arête du toit. 

Un couple d’outardes barbues.

J’ai déjà présenté à deux reprises ce bel oiseau observé dans les steppes de Villafáfila (Espagne) avec un descriptif complet et beaucoup de photos d’illustration. Vous le retrouverez facilement dans les archives (voir ICI ). J’ai été particulièrement content de pouvoir les observer également au Portugal. Je n’ai vu que des mâles et très peu, mais cela n’a rien changé à mon plaisir.

L’Outarde Canepetière (Tetrax tetrax)

Un habitat rongé par la modernisation.

Un couple d’outardes canepetière en vol.

C’est un très bel oiseau méfiant et difficile à observer. J’espérais faire sa rencontre depuis un petit moment déjà. Elle est également présente à Villafáfila (Espagne) mais je ne l’y ai jamais vue.

Le mâle, en tenue nuptiale.

Le plumage de la femelle, très discret, fait penser à celui d’une poule faisane. 

Le dimorphisme sexuel est au maximum en période nuptiale, d’avril à juillet. A cette période, le plumage nuptial des mâles est arboré de remarquables motifs sur la tête et le cou (colliers noirs et blancs). Mais, après la mue post-nuptiale complète de juillet à octobre, mâles et femelles présentent un plumage quasi identique.

Mâle chanteur dans sa prairie.

Son habitat de prédilection est la steppe semi-aride. Elle fréquente des terrains dégagés et ouverts : pâtures, cultures de céréales et d’autres herbacées. En hiver et pendant la migration, on la trouve dans les prairies et les grandes étendues plates. Son régime alimentaire se compose essentiellement d’insectes et de végétaux.

Son vol est rapide avec de brefs planés. C’est une espèce de taille moyenne, avec une envergure jusqu’à 1m15.

Largement répandue autrefois, l’espèce a décliné à partir du 19è siècle et il ne reste plus que deux noyaux. L’aire de nidification occidentale couvre essentiellement l’Espagne et le Portugal, puis la France, l’Italie (essentiellement la Sardaigne) et le Maroc. La Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan, le Kirghistan, l’extrême nord-ouest de la Chine et le nord de l’Iran sont habités par les populations orientales. Les deux populations ne sont pas ou plus connectées.

Une Outarde canepetière mâle sur son territoire, en train de chanter.

Outarde canepetière mâle, avec les plumes du cou « gonflées ».

Le comportement le plus spectaculaire est la parade nuptiale du mâle qui défend son territoire. L’espèce établit des leks, sorte de communauté de mâles hiérarchisée autour d’une arène centrale où les femelles viennent observer et choisir les reproducteurs les plus démonstratifs lors de « parades sautées ». Celles-ci se matérialisent par un comportement de chant souvent ponctué d’un saut avec battement d’ailes rapide, en exposant les couleurs blanc et noir du cou. Les poursuites entre mâles rivaux servent également à attirer les femelles. Le suivi des populations dans les publications se fait souvent par le comptage des mâles chanteurs.

Le site de nidification est situé en général à proximité des places de chant (de moins de 100 m jusqu’à 1km parfois). Le nid est une simple dépression creusée dans la terre et garnie de quelques herbes. La femelle pond en général dans la deuxième quinzaine de mai et les œufs (2 à 5) sont incubés en 20-22 jours. Le nombre d’œufs par couvée a diminué ces dernières années. La femelle assure seule la couvaison, le nourrissage et l’apprentissage des jeunes poussins (les outardeaux), nidifuges, qui ne voleront qu’à l’âge de 1 mois.

Après consultation de nombreuses sources, je n’ai pas pu trouver d’enquête précise récente sur la population d’outardes canepetières au Portugal. Les informations disponibles sont le plus souvent antérieures à 2010 et difficiles à exploiter (méthodes de comptage, période de comptage). Certaines données se contredisent ou varient largement selon les sources. Cependant, comme partout ailleurs y compris l’Espagne, l’Outarde canepetière y est en régression malgré la mise en place de mesures de protection, avec la raréfaction des insectes et le changement des pratiques agricoles. D’après BirdLife International (1), la population a fortement baissé en Espagne de 46% entre 1998 (100 000 à 200 000 individus dans les années 1990) et 2012 et de 47% au Portugal entre 2003-2006 (13 250 à 21 771 mâles reproducteurs) et 2016 (5 546 à 13 207 mâles reproducteurs). Comme on peut le constater, les données bien qu’imprécises indiquent une tendance évidente au déclin.

Quelques précisions sur sa présence en France : l’espèce est séparée en deux grandes populations. Le Centre-Ouest accueille la dernière population migratrice d’Outarde canepetière dans ses grandes plaines céréalières, notamment en Poitou-Charentes, atteignant à l’est les départements de l’Indre et du Loir-et-Cher et au sud, la Dordogne. Les mâles arrivent sur leurs sites de nidification de fin mars à début mai, surtout dans la première quinzaine d’avril. Présents par petits groupes, ils se dispersent rapidement pour prendre possession d’un territoire. Les femelles arrivent à partir de la mi-avril. Mâles et femelles sont fidèles à leur lieu de reproduction. A partir de juillet, les mâles se regroupent pour muer. Les femelles, accompagnées de leurs jeunes, les rejoignent progressivement à la fin de l’été. La taille des troupes augmente jusqu’à la mi-septembre (on parle alors de rassemblements post-nuptiaux) et elles restent visibles jusqu’aux départs en migration qui ont lieu pour l’essentiel avant le 15 octobre et pendant la nuit. Elles passent ensuite l’hiver en Espagne pour la grande majorité. Cette population du Centre-Ouest était en voie d’extinction; entre 1970 et 2000, ses effectifs ont diminué de 95 %. Un plan de sauvegarde a été mis en place en 1997 avant leur disparition complète qui était prévue pour 2010 (Life Nature Outarde 1997-2001 et 2004-2009). Certains agriculteurs volontaires ont été accompagnés financièrement pour  garder un habitat pour l’espèce en mettant des parcelles en jachère, souvent semées de luzerne.

Sur le pourtour méditerranéen, la population est sédentaire et elle est en lente progression. Elle ne se déplace qu’entre sites d’hivernage et de reproduction. Elle y bénéficie aussi de mesures de protection. Elle hiverne massivement dans la plaine de la Crau dans les Bouches-du-Rhône (populations provenant de Provence et du Gard), les Costières du Gard et dans la Basse Plaine du Vidourle (entre Gard et Hérault). On la trouve aussi dans les plaines de Pujaut et de Beaucaire (Gard). Les déplacements vers les sites d’hivernage s’effectuent surtout à la fin-septembre. Les habitats d’alimentation changent au cours de l’hiver au gré de la pousse des cultures. Adaptation oblige, l’outarde canepetière y affectionne aussi les plate-formes aéronautiques.

En 1980, la population nationale était estimée à 7 200 mâles chanteurs. Elle est passée à 1 270 en 2000 puis elle est remontée à 1 550 en 2004. Cette augmentation par rapport à l’année 2000 était uniquement due à l’augmentation de la population sédentaire méditerranéenne, qui représentait 80% de la population nationale. Avec les différentes mesures de protection, le nombre de mâles chanteurs est passé à 1 776 en 2008 et 2758 en 2012 (dont 1 583 dans la région PACA, représentant 57% de la population nationale). J’espère bien faire un jour sa rencontre … en France.

Le Ganga unibande (Pterocles orientalis)

Je n’en avais encore jamais vu! De la taille d’une perdrix, cet oiseau grégaire fréquente les steppes sèches et les zones arides et semi-désertiques avec une végétation clairsemée. On le retrouve principalement sur les terrains plats de plaines, de sables d’argiles ou encore les sols graveleux, parfois recouverts de pierres. On peut parfois le retrouver sur les sols artificiels comme les terrains d’aviation. Il évite les zones totalement dépourvues de végétation. Son habitat est assez répandu, notamment en Espagne et au Portugal. En France, il est absent. Une espèce voisine, le Ganga cata (Pterocles alchata) est présente dans la plaine de la Crau (steppe semi-aride située aux portes d’Arles et delta fossile de la Durance). En dehors de la période de reproduction, il forme des troupes nombreuses qui survolent les terres dans un vol très rapide.

Gangas Unibande – Deux mâles. 

Gangas Unibande – Trois mâles puis une femelle. 

Gangas unibande : Mâle – Femelle-Mâle-Femelle.

Gangas unibande : une femelle puis un mâle.

 La tête, le cou et la poitrine du mâle sont gris, tirant vers l’ocre. Ses parties inférieures sont noires et les supérieures brun doré avec des marques plus foncées. Le bas de la poitrine porte une fine ligne noire, et la gorge une tache châtaine.

La femelle a les parties supérieures plus brunes et plus finement marquées, et cette coloration générale s’étend à la tête et la poitrine. Ses parties inférieures et la bande pectorale sont comme chez le mâle.

Il se nourrit principalement de petites graines. Dans les derniers jours de l’hiver, les troupes se désagrègent et les couples vont occuper leurs territoires traditionnels, généralement identiques à ceux des années précédentes. Avant la nidification, les mâles poursuivent les femelles en tournoyant dans les airs jusqu’à ce qu’elles se posent. Lorsqu’ils sont à terre, le mâle entame alors une parade nuptiale, tournant autour de sa partenaire, hérissant son plumage et fléchissant les pattes.

Le mâle participe à la couvaison en assurant l’incubation pendant la nuit, d’une heure avant le coucher du soleil jusqu’à quatre heures après l’aube. Les poussins sont nidifuges et capables de se nourrir assez rapidement. Toutefois, ils dépendent de leurs parents pour la boisson. Le mâle est chargé de la collecte de l’eau qu’il emmagasine dans les plumes de son poitrail. Quand il revient au nid, les jeunes prélèvent la boisson nécessaire en aspirant l’eau contenu dans son plumage.

Ganga unibande – Un mâle solitaire.

D’après BirdLife International 2015 (2), la population européenne est estimée dans la fourchette de 10 400 à 19 100 couples, ce qui équivaut à 20 800 – 38 200 individus matures. L’Europe représente environ 15% de l’aire de répartition mondiale. Toujours en Europe, on estime que la taille de la population va diminuer au rythme actuel de 50 à 79% en 17 ans (trois générations).

Cette espèce se reproduit dans la péninsule ibérique et le nord-ouest de l’Afrique (y compris les îles Canaries), et de la Turquie jusqu’au sud-ouest de l’Asie centrale jusqu’au sud de la Chine, et jusqu’au sud de l’Iran et du Pakistan. En Europe, la principale menace pour cette espèce est l’intensification de l’agriculture.

Le Faucon crécerellette (Falco naumanni)

Faucon crécerellette femelle (je n’ai pu approcher de mâle dans les mêmes conditions).

On peut facilement le confondre avec le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), beaucoup plus commun :

        -Le crécerellette, très rare chez nous, est plus svelte,

        -Le plumage du mâle du crécerellette se distingue par la présence d’une bande bleutée sur l’aile et l’absence de taches noires sur son manteau roux. Ses rectrices grises sont terminées par une barre noire. Cette barre noire se retrouve également chez sa femelle,

        -La femelle crécerellette a un plumage entièrement brun tacheté et barré. La distinction avec la femelle crécerelle, très semblable, n’est pas toujours simple. Le critère imparable pour les différencier est la couleur des ongles des serres : claires pour le crécerellette, noires pour le crécerelle.

En France, on ne le trouve que dans le Sud, dans les Bouches-du-Rhône et dans l’Hérault, c’est la limite de sa répartition au nord de l’Europe. Il y est présent du mois de mars jusqu’au début du mois d’octobre. Il passe le reste de l’année en Afrique de l’Ouest. C’est le plus petit de nos rapaces diurnes. Dans les années 1970, sa population européenne a diminué de 90 %, du fait de la dégradation de ses habitats (pesticides, intensification des pratiques agricoles…). Protégé, il a bénéficié chez nous d’un plan national de restauration (2002-2006) et d’un plan national d’action (2011-2015).

Suite à ces actions de conservation, la population française est remontée à plus de 422 couples en 2018 (3). Cette population reste localisée en trois noyaux de population : la plaine de la Crau (161 couples), l’ouest de l’Hérault (220 couples) et l’est de l’Aude (41 couples).

D’après BirdLife International 2015 (4), la population européenne est estimée à 30 500-38 000 couples, soit 61 000 à 76 100 individus matures, dont près de la moitié en Espagne. L’espèce se reproduit en Espagne, Portugal, France, Italie, Grèce, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, … Les oiseaux hivernent dans le sud de l’Espagne, dans le sud de la Turquie, à Malte et dans l’Afrique de l’ouest et du Sud.

Un couple de faucons crécerellettes. La compétition inter-spécifique, par exemple avec le Choucas des tours pour l’occupation des cavités de nidification, est une des causes de sa raréfaction.

La population semble être stable ou en légère augmentation dans de nombreuses parties de son aire de répartition, y compris en Europe (BirdLife International 2015). Cette tendance est considérée comme stable au cours des trois dernières générations (estimée à 17 ans).

Une des deux tours de nidification construite pour la recolonisation du faucon crécerellette (80 nids) dans le cadre du projet LIFE Estepárias 2009-2012. La cabane à gauche sert d’observatoire et d’affût pour photographier crécerellettes et rolliers d’Europe, louée à la demi-journée au Centre d’interprétation.

Quelques autres espèces d’oiseaux

On peut y trouver d’autres espèces d’oiseaux comme le Busard cendré (Circus pygargus), le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus), la Chevêche d’Athéna (Athene noctua), la Huppe fasciée (Upupa epops), l’Oedicnème criard (Burhinus œdicnemus), la Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), le Rollier d’Europe (Coracias garrulus), le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), différentes espèces d’alouettes, etc.

Une pie-grièche à tête rousse (mâle).

Le Bruant proyer (Emberiza calandra)

Le Busard cendré (Circus pygargus).

La Buse variable (Buteo buteo)

Le Guêpier d’Europe (Merops apiaster), incontournable.

Le projet LIFE Estepárias (2009-2012)

Trois espèces prioritaires d’oiseaux de steppe énumérées à l’annexe I de la directive « Oiseaux » (directive n°79-409 de la Communauté Européenne) sont extrêmement vulnérables aux changements de pratiques agricoles qui entraînent la perte et la fragmentation de l’habitat, principaux facteurs de leur statut extrêmement défavorable en Europe : ces espèces emblématiques sont la grande outarde (Otis tarda), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax) et le faucon crécerellette (Falco naumanni).

La Réserve de Biosphère de Castro Verde et le Centre d’Éducation Environnementale de Vale Gonçalinho (tout à gauche). 

Au Portugal, en raison de la disparition avancée des systèmes d’exploitation extensive, ces espèces sont maintenant presque entièrement confinées à la région de l’Alentejo. Plus de 80% des populations de grandes outardes et 70% des populations de faucons crécerellettes sont concentrées dans un seul site, la Zone de Protection Spéciale (Z.P.S.) de Castro Verde (site Natura 2000). Plusieurs menaces ont été identifiées dans ces zones : la perte d’habitat, la fragmentation de l’habitat, la perte de sites de nidification, les lignes électriques, la prédation et la perturbation.

Afin de tenter d’enrayer ce déclin et peut-être d’inverser cette tendance, un projet européen LIFE (L’Instrument Financier Européen) « Estepárias » référencé LIFE07 NAT / P / 000654 s’est déroulé entre 2009 et 2012 (l’objectif de ces projets LIFE est l’application, la mise à jour et le développement de projets orientés nature au moyen de politiques environnementales et de projets de hautes valeurs ajoutées). Il était consacré à la conservation de la Grande Outarde, de l’Outarde canepetière et du Faucon crécerellette dans quatre Zones de Protection Spéciale du sud de l’Alentejo (« Baixo Alentejo »): Castro Verde, Piçarras, Vale do Guadiana et Mourão/Moura/Barrancos.  

Le projet LIFE « Estepárias » a eu pour résultat : de protéger les zones importantes de parade nuptiale de la grande Outarde par l’achat de nouvelles terres (fond européen, fonds privés de la LPO et dons), de minimiser l’impact avec les lignes électriques (signalisations anti-collision), enlever des clôtures ou minimiser leur impact (grillages fins, signalisation anti-collision), installer des passages dans les clôtures, augmenter la disponibilité de l’eau (abreuvoirs, mini-barrages) et de la nourriture dans les périodes de grande sécheresse, construction de deux tours de nidification pour la recolonisation du faucon crécerellette, récupérer et soigner les sujets blessés, sensibiliser la population et les écoles par l’information et la communication, promouvoir la participation des agriculteurs, propriétaires et gestionnaires cynégétiques, … .

En mars 2018, l’équipe de suivi externe de LIFE a effectué une visite post projet, cinq ans et demi après l’achèvement du projet. Cela a permis de constater que les objectifs initiaux étaient atteints et parfois même dépassés (5) – Voir le lien vers le compte-rendu complet en fin d’article (cliquer également sur l’onglet du site LIFE « Esteparias »: en savoir plus).

Ces travaux ont largement contribué à la création de la Réserve de biosphère de Castro Verde, qui a été approuvée en 2016.  Le projet LIFE a donc joué un rôle clé dans la mise en place de tendances stables ou à la hausse pour les populations des espèces ciblées dans les sites Natura 2000 sélectionnés, notamment celui de Castro Verde.

Le Busard cendré (Circus pygargus).

Rollier d’Europe (Coracias garrulus).

Parmi les effets secondaires bénéfiques du projet, on peut citer les impacts positifs sur d’autres espèces menacées, telles que le Busard cendré (Circus pygargus) et le Rollier d’Europe (Coracias garrulus); ces derniers bénéficiant des travaux visant à augmenter les sites de nidification de faucons crécerellettes.

Cependant, les données de 2016 concernant les outardes canepetières au niveau national ont montré une forte baisse de 47% (plus marquée en dehors des zones Natura 2000) et les données de 2017-2018 concernant la grande outarde à Castro Verde indiquaient également un déclin de la population. Le rapport de visite a exprimé sa préoccupation pour la gestion agricole qui modifie l’habitat des oiseaux et contrecarre l’impact positif du projet;  en particulier, le programme agro-environnemental a été jugé peu adapté aux conditions locales et sous-utilisé.

Toutes les solutions développées par le projet ont été intégrées dans des manuels de bonnes pratiques à l’usage des entités impliquées dans la gestion agro-environnementale, afin de faciliter le transfert de connaissances vers d’autres sites du réseau Natura 2000 en Europe.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, des observations de terrain et de sources bibliographiques, en particulier :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/outarde.canepetiere.html

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/PNA_Outarde-canepetiere_2011-2015.pdf

(1) http://datazone.birdlife.org/species/factsheet/little-bustard-tetrax-tetrax/text

(2) http://datazone.birdlife.org/species/factsheet/black-bellied-sandgrouse-pterocles-orientalis/text

(3) : https://oreme.org/observation/ecopop/faucon-crecerellette/

(4) http://datazone.birdlife.org/species/factsheet/lesser-kestrel-falco-naumanni/text

(5) http://ec.europa.eu/environment/life/project/Projects/index.cfm?fuseaction=search.dspPage&n_proj_id=3356#RM

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon

(Nom scientifique : Leiothrix lutea)

Informations générales

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon est un magnifique oiseau au chant mélodieux (mâle) originaire d’Asie du Sud-Est et non du Japon comme son nom commun le laisse imaginer. Introduit en France pour alimenter les volières d’ornement, on le trouve depuis quelques années à l’état sauvage. La colonie la plus importante se trouve dans le Sud-Ouest. A l’origine, une dizaine d’individus se seraient échappés au début des années 1990 d’une volière couchée par une rafale de vent chez un particulier dans la région de Laroin (Pyrénées-Atlantiques). Ces oiseaux se sont parfaitement adaptés à leur nouvel environnement et se sont reproduits. Leur résistance naturelle aux conditions difficiles (celles des contreforts de l’Himalaya) ont également facilité leur implantation chez nous.

Cette origine, donnée au conditionnel dans une étude sérieuse, n’a pu bien sûr être validée en l’absence d’un suivi de ces oiseaux-là après cet incident. Ce qui est sûr est qu’ils ne peuvent provenir que d’un retour à l’état sauvage, qu’il soit accidentel ou voulu!

Depuis, ils ont continué leur expansion à partir de ce foyer. Ils ont colonisé une bonne partie du Béarn et ont étendu leur aire de répartition jusqu’à la côte basco-landaise d’une part, et en plein massif landais d’autre part. On a signalé également la présence d’un foyer au bord du bassin d’Arcachon dans les données 2019 de l’INPN.

Les effectifs béarnais sont les plus importants de l’Hexagone (en gros, plusieurs milliers). Ailleurs en Métropole, on signale la présence de petits noyaux reproducteurs en île-de-France, dans le Val-d’Oise (forêt de Montmorency et Vexin français) et dans les Yvelines (autour de Meulan) ainsi que dans les Alpes-Maritimes, dans la région de Nice. Je n’ai pas trouvé d’information récente sur les effectifs.

Contrairement au comportement d’autres espèces invasives, cette espèce ne semble pas perturber leur écosystème d’adoption.

Sa période de nidification s’étale de mai à juillet. Dans la nature, le nid est construit en forme de coupe profonde faite à l’aide de mousse, de paille, d’écorces, de brindilles et de radicelles, le fond est garni de crin. Il est habituellement placé sur la fourche d’une branche à peu de hauteur du sol. Ils vivent en couples au moment de la nidification; en dehors de cette période, on les trouve en petits groupes.

Mes observations

Dans notre Vic-Bilh, j’ai aperçu pour la première fois ce bel oiseau en juin 2014 à Lalongue, dans une haie très touffue entourant une prairie en bordure d’un ruisseau. L’espèce pouvait y être présente déjà depuis quelque temps mais cet oiseau est très discret et difficile à localiser au milieu de la végétation. Peu farouche, on peut l’approcher assez facilement mais le photographier reste un challenge : il est très vif et remuant.

Quand j’ai vu mon tout premier Léiothrix, il m’a interpellé :  je me suis dit tout de suite que cet oiseau était « exotique » et certainement échappé d’une cage. Puis j’en ai vu d’autres. J’ai fait alors des recherches sur internet et j’ai découvert son histoire. J’ai trouvé un peu plus tard un autre foyer dans la région de Gerderest, toujours au bord d’un ruisseau puis à Simacourbe ; les petites colonies locales se sont multipliées par la suite, généralement composées de 5 à 10 individus. Il est devenu courant chez nous et depuis l’été 2018, un groupe s’est fixé près de chez moi, intéressé à l’automne par les prunelles sauvages des haies et en cette saison par les cerises.

Les journées à la météo maussade, s’il reste encore un oiseau qui veut bien chanter, c’est lui!

Un léiothrix jaune dans un roncier, au mois de mars dernier. La couleur du bec peut être entièrement noire, et rouge quelques mois plus tard. Ce n’est pas un élément de dimorphisme.

Je le rencontre régulièrement dans des grands ronciers et fourrés, dans les végétations très denses en bordure de chemin, de prairies ou le long de petits ruisseaux dans des zones boisées.

On le décèle la plupart du temps par l’émission au sein de la végétation de petits gloussements discrets à notre approche. Puis le groupe commence à s’agiter et s’envole, la plupart du temps de branches très basses vers les hauteurs environnantes. Ils s’éloignent alors camouflés par la végétation dense en poussant en même temps des cris d’alarme, un genre de crépitement prolongé. Enfin, le silence revient et on ne sait pas ce qu’ils sont devenus, à moins de se rapprocher de nouveau.

Léiothrix en train de consommer des baies sauvages.

Léiothrix dans un roncier, au début de la saison des mûres.

Il vit habituellement dans les fourrés. Il est peu courant de le surprendre en train de se nourrir à terre.

Il est principalement insectivore, mais il se nourrit également de divers fruits et de baies sauvages.

Pas toujours évident de le distinguer dans la végétation, même à découvert.

Si on veut mieux le connaître, on trouve pas mal d’informations sur internet. Cet oiseau nouveau dans notre écosystème fait l’objet d’études et j’ai mis en fin d’article quelques liens vers des publications que j’ai trouvées intéressantes.

Comment différencier mâle et femelle

Les juvéniles ont leur livrée adulte à partir de la 12ème semaine de vie. Le dimorphisme sexuel chez le Léiothrix n’est pas évident. On peut cependant différencier mâle et femelle grâce à quelques critères.

Mâle adulte

Léiothrix chanteur, c’est un mâle.

seul le mâle chante, surtout d’avril à juin, ce qui correspond à la période nuptiale. Son chant l’aide à conquérir la femelle. Les sonorités sont mélodieuses, perçantes et puissantes. C’est peut-être pour cela qu’on l’appelle communément « le Rossignol du Japon », alors qu’il ne fait pas partie de cette famille et qu’au Japon, il n’y est qu’implanté!

Le bas de la gorge orangé. Un mâle. 

-des deux partenaires, le mâle est censé avoir le plumage le plus coloré. On le voit mieux en observant le bas de la gorge, orangé chez le mâle.

Un mâle, reconnaissable à la bande noire plus longue à l’intérieur des rectrices.

-le dessous de l’extrémité de la queue du mâle a un noir plus étendu, de l’ordre de 1,5 cm et sur toute la largeur. Quand l’oiseau ne chante pas, ce critère est le plus fiable pour différencier les deux sexes.

Femelle adulte

Une Femelle, reconnaissable à la bande noire de seulement 0,5 cm en dessous de l’extrémité de la queue. Sur ce cliché, je pense à une juvénile.

 La femelle a la gorge plus jaune qu’orange.

la femelle ne chante pas; elle pousse seulement de petits cris successifs, une sorte de tui-tui-tui-tui en réponse au mâle ou comme cris d’appel.

-ses couleurs sont un peu plus ternes que celles de son partenaire, mais je pense qu’ils faut qu’ils soient tous les deux côte à côte pour s’en rendre compte; c’est plutôt un critère en volière. C’est plus parlant au niveau de la gorge qui est plus jaune qu’orange chez la femelle.

-le dessous de l’extrémité de la queue de la femelle a un noir moins étendu, de l’ordre de 0,5 cm et sur toute la largeur.

Cette réussite de l’acclimatation de cet oiseau bien sympathique dans notre écosystème sans apparemment le perturber (du moins pour l’instant) ne doit pas faire oublier qu’il ne faut pas pour autant « ouvrir la cage aux oiseaux ». Laissons-les tranquilles dans leur biotope naturel. Ils y sont d’ailleurs tellement plus beaux!

Sources intéressantes consultées :

https://www.lpo.fr/images/actualites/2013/Ornithos_14_6_370_375.pdf

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.faune-aquitaine.org/userfiles/FAPublications/0025FA2012Allochtone.pdf

https://www.faune-aquitaine.org/index.php?m_id=30359

http://especes-exotiques-envahissantes.fr/connaissez-vous-le-leiothrix-jaune (Leiothrix lutea)?

Avril-Mai chez les chevreuils!

Avril-Mai chez les chevreuils!

18 Mai 2019 – Le vieux brocard. Je me noie dans son regard!

Avril-mai chez les chevreuils

Que s’est-il passé chez les chevreuils depuis le mois de mars?

Le mois d’avril est une période de bouleversement pour eux. La mue de printemps de leur pelage est en cours; elle est impressionnante et leur apparence est celle d’un animal « malade ». J’ai déjà publié des photos d’illustration dans des articles précédents.

La plupart des mâles ont passé l’automne et l’hiver au sein d’une harde, qu’ils ont quitté au mois de mars pour mener une vie de solitaire jusqu’à l’automne prochain. Les bois se sont renouvelés en premier chez les brocards les plus âgés, ce qui leur permet d’asseoir leur autorité sur le territoire déjà acquis les années précédentes. Ils vont parcourir leur zone vitale en y déposant des marques sur la végétation; ils chasseront les intrus qui se rabattront sur les territoires vacants. Les plus jeunes, encore avec leurs velours, sont pour l’instant démunis de moyen pour impressionner ou pour se battre. La dispersion des jeunes de l’an passé, mâles et femelles (chevrillards), commence vers la fin du mois.

Au mois de mai, la mue se poursuit et se termine. Le pelage est passé du gris-brun au roux vif. Le ventre des chevrettes s’est bien arrondi; on ne peut plus rien cacher. Le chevrillard (mâle ou femelle) est chassé par sa mère, et celle-ci va mettre bas. C’est le mois des naissances qui commence au milieu du mois et continuera jusqu’à la mi-juin, ou la fin juin pour les retardataires.

18 mai 2019 – J’ai failli rater tous les clichés de ce vieux mâle. J’ai involontairement activé un réglage qui diminue le cadrage de 30%, au format 18×12. Heureusement, j’ai pu m’en rendre compte suffisamment tôt. Mon modèle est facile à reconnaître, avec son oreille gauche déchirée. A la base de ses bois magnifiques, on voit très bien les meules et ses pierrures. Les perlures, au-dessus, ont encore des reliquats de velours. Celui-là, j’aimerais bien retrouver son trophée à l’automne, quand il sera tombé (c’est très difficile à localiser)! 

La belle cambrure de ses bois!

18 mai 2019 – Toujours le même brocard. Seule sa tête a le pelage d’été. Le reste du poil est toujours en train de muer. Les mâles les plus âgés ont leurs bois en premier et leur pelage mue en dernier.

07 avril – Conciliabule entre deux chevrettes, un soir dans les hautes herbes.

25 avril – Un brocard tout en puissance!

05 mai 2019 – La belle lumière du soir.

La traversée prudente du chemin, pour aller brouter dans la luzerne.

Il m’a vu! Il est facile à reconnaître, la partie supérieure de son bois droit est cassée!

05 mai 2019 – Derniers rayons!

Le brocard précédent photographié le 15 mars 2019 en bordure d’un labour, avec sa « carte d’identité » (sommet du bois droit cassé).

01 juin 2019 – A la nuit tombée, un autre joli brocard dans des conditions limites de prise de vue (5000 iso, 1/40 sec au téléobjectif). C’est le moment que je préfère pour l’observation; il faut accepter que la qualité du cliché en pâtisse.

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

J’ai la chance d’habiter sur le territoire d’une chevrette qui a donné naissance à un faon, l’été dernier. J’ai été le témoin de beaucoup d’instants de vie, pendant un an.

Les naissances de faons ont lieu pour la plupart entre la mi-mai et la mi-juin. C’est alors que va naître une relation fusionnelle entre la mère et son (ses) petit(s). Dans les premiers jours et en cas de danger, la mère frappe le sol avec son sabot qui déclenche chez le faon le réflexe de se tapir sans bouger. Elle s’éloigne du nouveau-né afin de ne pas attirer l’attention sur lui. Le faon a la faculté de retenir également son odeur pour échapper au prédateur. Il va par la suite suivre sa mère en permanence pour l’apprentissage de la Vie, en copiant ses moindres mouvements.

13 Juin 2018 – La naissance approche

La chevrette partage le territoire avec deux beaux brocards, un « quatre cors » et un « six cors ». Ils s’intéressent tous les trois aux pommes de la St-Jean du verger ainsi qu’aux graminées de la pelouse, en friche depuis plusieurs années. Une jeune chevrette de l’année précédente fait parfois elle aussi une incursion sous les pommiers.

13 juin 2018 – Ma dernière observation de la chevrette, avant qu’elle mette bas.

18 juin 2018 – Le maître des lieux, le quatre cors

Les pommes sont un mets de choix pour les chevreuils.

Sur la « pelouse »,  sous une pluie fine. Les chevreuils sont très sélectifs dans leur recherche de nourriture, ici des feuilles de pissenlit.

« Je me soulage ».

3 juillet 2018 – Le rut approche

Au moment du rut, le brocard défend farouchement son territoire contre tout intrus. Il frotte ses bois sur les arbres pour évacuer la tension nerveuse mais aussi pour marquer son domaine, déchirant l’écorce et laissant son odeur. Souvent, il gratte le sol en même temps, laissant aussi son odeur sur le sol. S’il croise un autre mâle sur son territoire, il le charge et, si l’autre mâle fait front, ils se battent, bois contre bois. Le perdant s’enfuit et le gagnant le poursuit avant de revenir sur son territoire.

Le 3 juillet, alors que le brocard  » six cors » a laissé des traces la nuit précédente sur les troncs d’arbre et les arbustes, une séquence vidéo le montre en train d’être chassé par le maître des lieux, le « quatre cors ». Lien de ma vidéo : https://vimeo.com/339319031

Que devient la chevrette?

Le « bambi » galope après sa mère, en bordure d’une culture.

Sur mon piège photo, la chevrette a « perdu du tour de taille » entre le 18 et le 22 juin.

Le 4 juillet, deux semaines plus tard, son faon apparaît enfin sur une séquence vidéo, en train de courir après sa mère. A ce moment-là, il peut encore être victime d’un accident agricole avec les fenaisons et les récoltes.

 24 Juillet 2018 – Le « quatre cors », toujours fidèle aux pommes

Le brocard « quatre cors » sous un pommier. Son concurrent a disparu de la pelouse. 

1 Septembre 2018 – Premier témoignage photo Mère et fille

Les pommes au verger sont une valeur sûre pour les chevreuils. Il y en a tellement que l’on peut bien partager! Et voilà enfin la présentation du petit animal à la maison.

Le faon apparaît enfin un soir, à la limite du sous-bois. Sa robe n’est pratiquement plus tachetée. Les tâches commencent à s’estomper à partir de 6 semaines.

Mère et fille (mais çà, je ne le savais pas encore).

7 septembre 2018 – Apparition dans un champ de luzerne

Et le 7 septembre, je peux m’en approcher dans un champ de luzerne, proche de la maison, où ils sont très occupés. A partir de maintenant, je les verrai régulièrement, jusqu’à la séparation en mai prochain.

7 septembre 2018, sous une belle lumière du soir – J’ai raté l’épisode des premiers jours du faon. Il est bien reconnaissable à ses oreilles d’une longueur disproportionnée par rapport à sa tête.

7 septembre 2018 – Portrait de face à quelques mètres : si je me relève, il file immédiatement dans le sous-bois!

7 septembre 2018 – La Mère, à proximité de son faon! 

11 Septembre 2018 – On joue sur la « pelouse »

Le chevreuil change de pelage deux fois dans l’année, en avril-mai et en septembre-octobre. Les jeunes muent en premier. Celle du faon a commencé au niveau du poitrail. Cette dernière mue est bien plus discrète dans toutes les catégories d’âge.

L’herbe de la pelouse en friche a pris une triste allure mais les chevreuils l’affectionnent. Les jeunes pousses d’acacias protégées de la tonte est un mets de choix pour eux.

« Je gambade dans une allée tondue, au milieu des premières feuilles mortes d’érables ». L’automne approche.

L’herbe est en train de faner et de s’aplatir.

Le brocard « quatre cors » a donné de sa personne pendant le rut : un bois est cassé. 

La tâche blanche, une fleur mal placée!

Les deux clichés ci-dessus sont trompeurs. Tout ce petit monde joue ensemble. Il y aura même un moment où le faon part à la poursuite du brocard!

Le sevrage du faon a lieu en octobre/novembre. Il devient un chevrillard jusqu’à un an. Pendant tout cet automne et cet hiver, la chevrette et son petit restent ensemble, avec parfois un brocard. En effet, à cette période-là, les mâles abandonnent leur comportement solitaire et territorial et rejoignent les femelles et leurs petits. Il y a eu des mauvais moments à passer. J’ai vu à plusieurs reprises un mâle débarquer de nulle part et se lancer dans une poursuite effrénée après le chevrillard. Ce n’était plus un jeu! Pour information, le rut principal a eu lieu en juillet-août mais il peut y avoir un rut secondaire en octobre-décembre.

Dès le début de la saison de la chasse, toute cette famille va être très discrète dans la journée. Dans les environs, il y aura des battues ; je vais me demander à chaque fois s’ils vont se sauver. Pendant les 6 mois suivants, j’aurai quand même l’occasion de les voir parfois le matin et/ou le soir, à des moments où la lumière est réduite et je n’ai aucun cliché montrable.

14 mars 2019 – Observation d’un mâle avec le tandem Mère-Fille

Le printemps est là et l’herbe repousse. La campagne commence à verdir et les journées rallongent. L’herbe de la pelouse a fané et s’est aplatie pendant l’hiver, puis elle repousse à nouveau. Les chevreuils sortent du sous-bois bien plus souvent. Les brocards vont quitter les structures familiales dans lesquelles ils se sont intégré à l’automne, pour reprendre une vie de solitaire consacrée en particulier à la défense de leur territoire. Les plus vieux sont les premiers à avoir leurs bois neufs, afin de défendre ce territoire face aux prétendants plus jeunes.

Le chevrillard est devenue une chevrette, un peu plus petite que sa mère pour le moment. Un brocard d’âge mûr est encore avec la famille, différent des deux quatre cors et six cors de l’an passé. Son trophée est atypique. Il frotte encore ses bois sur l’arbuste en arrière-plan et sur les troncs d’arbre pour se débarrasser des reliquats de velours; mais aussi, pour signaler sa présence aux autres mâles. Il s’attaque aux plantations mais il faut savoir payer un certain prix pour avoir le plaisir de l’observation. Je protège les jeunes plantations auxquelles je tiens par du grillage pendant quelque temps. Tout le monde a commencé à muer, « la Jeune » étant la plus précoce.

14 mars 2019 – Le brocard d’âge mûr, « La Jeune » (au centre) et la chevrette (toute à droite). Avec le temps, on s’habitue à ces petites bêtes, on parle d’elles avec empathie et on s’ « inquiète » quand on ne les voie pas de quelques jours! 

Une vue rapprochée du brocard ci-dessus. Ses bois atypiques ont encore quelques reliquats de velours. On le reverra quelques semaines plus tard sur la pelouse.

6 Avril 2019 – … sur le gazon

Les chevreuils ne boivent pas, ils se désaltèrent avec la rosée ainsi qu’avec la partie liquide de leur alimentation. Et il faut bien qu’ils urinent. La partie en friche de la pelouse est « arrosée », comme vous pouvez le voir!

C’est le printemps et l’herbe repousse. La chevrette, en pleine mue, n’est vraiment pas à son avantage. 

« La Jeune » – Le poil a quasiment disparu de son cou. Elle est « folasse » et se lance parfois dans des galops désordonnés autour de sa mère.

« La Jeune » aussi, … comme sa mère! Le pelage d’été commence à apparaître autour de ses oreilles.

A nouveau la mère, avec un début de pelage d’été sur le front. Sa mue est en retard par rapport à celle de sa fille. Elle a un petit ventre rond, c’est bon signe!

1 mai 2019 – Les derniers moments du couple fusionnel

Trois semaines ont passé. La Mère et la fille sont encore ensemble mais plus pour longtemps. Les clichés suivants sont les derniers où je pourrai observer ce duo fusionnel depuis juin dernier. La mère va bientôt mettre bas, d’ici 2 ou 3 semaines!

La mère, à l’arrière-plan, a le ventre qui s’est encore arrondi! La Jeune est toute « fine »!

La mue de « la Jeune » a bien avancé.

Un cliché qui j’aime beaucoup, au milieu des fleurs. La mue chez la mère est toujours en cours alors qu’elle est pratiquement terminée chez sa fille. 

4 mai 2019 – Seule!

4 mai 2019 – La petite chevrette a été chassée, d’abord par sa mère; mais aussi, peu après ce cliché, par un brocard surgi du champ en culture à l’arrière-plan. C’est sa destinée. Elle doit maintenant apprendre à faire face seule.

4 mai 2019 – Chassée par ce brocard qui, lui aussi, est en train de muer.

Et depuis? Mes dernières observations de mai sur la pelouse!

Les visites de brocards se succèdent sur la pelouse. C’est la loi du plus fort. Les nouveaux cherchent un territoire et les anciens le défendent. Il y en a principalement deux qui sont là régulièrement : le « quatre cors de la saison précédente », mâle dominant avec deux corps supplémentaires très discrets et un deuxième mâle, celui au trophée atypique (constitué de trois cors).

Le mâle dominant :

5 Mai 2019 – Le « quatre cors de l’an dernier »  frottera ses bois sur tous les arbustes pour se signaler aux prétendants potentiels. 

Quel mâle!

25 mai 2019 – Toujours le « quatre cors » avec ses deux cors supplémentaires très discrets! Avec un fait nouveau, … 

La jeune chevrette :

25 mai 2019 – … il accompagne la petite chevrette qui a terminé sa mue. Elle est maintenant une adulte et elle sera en âge de procréer à la prochaine période de rut, si elle a atteint un poids autour de vingt kilos minimum.

Et le deuxième brocard des lieux, très facilement reconnaissable : un bois unique à gauche et un bois avec deux cors partant de la base à droite :

L’herbe est à point pour y faire de bonnes siestes ou, tout simplement, s’y réfugier. C’est un havre de paix!

La jeune chevrette est donc, pour l’instant, restée sur le territoire où elle est née. Je n’ai pas revu sa mère depuis un mois, c’est-à-dire depuis le 1er mai. A-t’elle mis bas? L’an dernier, la mère avait été visible jusqu’au 13 juin pour donner naissance juste après et ne revenir sur la pelouse avec son faon que le 1 septembre! Il me tarde de voir son petit et pour cela, l’utilisation d’un piège photographique est très utile. Je verrai bien!

« Le » message

On n’est pas obligés de tondre toute sa pelouse! Laissons-en en friche et on sera surpris de voir la faune accaparer les lieux, d’observer une grande variété de fleurs sauvages et de constater le retour de bien d’insectes dont certains nous sont inconnus. Les pommiers attirent les chevreuils, qui ne dédaignent pas non plus les cerises tombées à terre. Quelques arbustes à baies sauvages comme haies et la Nature s’installe devant sa porte!

29 mai 2019 – Une visite nocturne des grosses bêtes.

Tout cela n’est pas idyllique et il faut accepter des compromis quand on habite « à la campagne » comme … avoir la pelouse régénérée de temps en temps par les grosses bêtes!

« Confidences au pied de l’arbre ».

La Tenthrède verte (Rhogogaster viridis)

La Tenthrède verte (Rhogogaster viridis)

La Tenthrède verte

(Nom scientifique : Rhogogaster viridis)

La Tenthrède verte est un hyménoptère. Sa couleur générale est vert tendre mais elle peut être aussi vert-jaunâtre comme c’est le cas pour mon spécimen. Elle ressemble à une petite guêpe (sans sa « taille de guêpe ») mais en plus sympa. Elle mesure un peu plus d’un centimètre. Je n’en avais encore jamais vu et son aspect « flashy » m’a  immédiatement interpellé! D’autant plus facilement, d’ailleurs, qu’elle était posée sur le capot d’une voiture de couleur sombre.

Sur le site internet de  l’I.N.P.N. (Inventaire National du Patrimoine Naturel), sa présence dans les Pyrénées-Atlantiques n’est pas encore signalée. Parmi les douze départements de la Nouvelle-Aquitaine, sa présence est certaine dans les Landes et probable dans le Lot-et-Garonne; dans la nouvelle région Occitanie, elle est certaine dans l’Aude et probable dans les Pyrénées-Orientales. Sur le site Web’Obs, portail mutualisé destiné à valoriser des données naturalistes entre diverses structures en Midi-Pyrénées, les observations récentes sont rares. Il est possible qu’elle soit répertoriée sur d’autres sites Nature dont je n’ai pas connaissance. Mon observation personnelle est faite sur la commune de Projan (Gers), proche de notre Vic-Bilh, le dimanche 28 avril en milieu de journée, sous un beau soleil.

Cette insecte vole habituellement dans les bois et les broussailles, les parcs, prairies et jardins d’Europe où elle chasse de petits insectes dont elle se nourrit, tels que des pucerons. On peut l’observer d’avril à juillet, en particulier sur les fleurs.

Une partie des critères pour identifier le genre sont les suivants : une ligne noire continue sur les tibias (visible sur le cliché ci-dessus), les tarses annelés noirs et verts à l’extrémité (visible sur le cliché ci-dessus). La femelle a une bande longitudinale dorsale noire plus ou moins large (visible sur le cliché ci-dessus) que n’a pas le mâle, de couleur uniforme. La partie externe épaisse du bord des ailes est verte.

Les quatre clichés de cette observation sont pris sur le même spécimen avec un téléphone portable. Les couleurs sont celles données par l’appareil et elles ne sont pas retouchées. Le spécimen est une femelle, reconnaissable à la bande dorsale noire.

L’Isard des Pyrénées

L’Isard des Pyrénées

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc (isard mâle), dans la force de l’âge.

L’Isard des Pyrénées

(Nom scientifique: Rupicapra pyrenaica pyrenaica)

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre (femelle Isard) et son chevreau, né en mai dernier.

Une belle sortie en montagne est une sortie où j’ai rencontré l’Isard. Symbole de nos Pyrénées, il est l’emblème du « Parc national ». Il est assez facile de le rencontrer, à condition de rester discret. En période estivale, il vaut mieux « se lever de bonne heure ». En effet, c’est quand même un animal sauvage et farouche; le passage des premiers randonneurs peut le fait fuir en altitude ou à l’abri des regards. Aux heures chaudes, il se met à l’ombre vers les hauteurs. On l’observe généralement à des distances de sécurité assez conséquentes.

Les meilleurs moments pour moi sont au printemps, à la période où il reconstitue ses réserves et à l’automne à la période du rut : il est alors moins méfiant.

Une question revient assez souvent à son propos : quelle est la différence avec le chamois? Ma réponse était : c’est le même animal, ce n’est qu’une question de lieu. On appelle d’ailleurs l’isard, « le chamois des Pyrénées ». En effet, ils sont tous les deux classés dans le même genre « Rupicapra » ou « chèvre des rochers » mais ma réponse n’était cependant pas exacte. L’évolution de cette souche identique dans deux milieux géographiquement séparés sans interconnexion a amené quelques différences.

Le Genre « Rupicapra », qui serait venu probablement d’Asie d’après la littérature, se divise en deux espèces « rupicapra » (chamois)  et « pyrenaica » (isard), qui sont différentes génétiquement.

Les premiers « Rupicapra » auraient rejoint le sud-ouest de l’Europe vers la fin de la glaciation de Mindel, il y a 350 000 à 400 000 ans, ainsi qu’en témoignent les plus anciens vestiges connus découverts près de Tautavel, dans les Pyrénées Orientales. Par la suite, pour la période correspondant à la glaciation du Riss (-350 000 à -120 000 ans avant notre ère), on a continué à découvrir des fossiles de « Rupicapra », peu nombreux. Ils proviennent pour la plupart des Pyrénées, du Sud-ouest et de la Provence : ils présentent déjà les caractères distinctifs des chamois et des isards actuels.

Plus tard, au cours de la glaciation de Würm (-120 000 à -10 000 ans avant notre ère), les « Rupicrapa » ont vraisemblablement colonisé la majeure partie de notre continent. Les fossiles deviennent de plus en plus nombreux dans les sites escarpés à basse altitude, situés à la périphérie de la plupart des grandes chaînes de montagnes aujourd’hui peuplées de chamois et d’isards. Ces montagnes devaient à l’époque être recouvertes de glaciers les rendant inaccessibles. Quand le climat s’est radouci à partir de -10 000 ans avant notre ère, les glaciers se sont retirés à l’intérieur des massifs montagneux. Les chamois et isards ont alors regagné leurs montagnes de l’Europe centrale et occidentale, où ils ont ensuite continué à évoluer séparément.

En France, l’espèce « rupicapra » comprend deux sous-espèces : « rupicapra » ou chamois des Alpes présent de façon naturelle dans tous les départements des Alpes et du Jura et « cartusiana » ou chamois de chartreuse (massif de la chartreuse entre Grenoble et Chambery).

L’espèce « pyrenaica » comprend trois sous-espèces : « ornata » vivant dans les Abruzes (Italie centrale), « parva » vivant dans les monts Cantabriques (Espagne) et « pyrenaica » (pour l’ensemble des Pyrénées). L’isard cantabrique « pyrenaica parva » est aujourd’hui rattaché à la sous-espèce « pyrenaica pyrenaica ». L’Isard des Apennins a été menacé d’extinction dans le courant du XXè siècle; il a été sauvé grâce à la création du parc national des Abruzzes, en 1923.

Description

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Un bouc, en livrée d’hiver.

L’Isard de nos Pyrénées (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) se différencie du chamois des Alpes (Rupicapra rupicapra rupicrapa) par sa taille un peu plus petite, sa rousseur plus prononcée en été et un pelage d’hiver plus clair agrémenté d’un collier de poils noirs qui ressemble à une écharpe. Formée de deux bandes sombres qui partent de la base des oreilles et se terminant sur les pattes, cette écharpe spécifique à l’isard est bien plus marquée chez les mâles. Le changement de livrée (mue de printemps et mue d’automne) s’effectue en août-septembre et en avril-mai.

Sa hauteur au garrot est de 70 cm, 75 à 80 cm pour le chamois. Le poids du mâle oscille entre 25 et 40 kg, celui de la femelle entre 22 et 30kg. Le chamois est plus lourd d’une dizaine de kilos pour les deux sexes et il est moins agile.

Chez les deux mammifères, le mâle s’appelle le bouc, la femelle la chèvre et le jeune, le chevreau jusqu’à 1 an. Puis, jusqu’à 2 ans, l’éterlou pour le mâle et l’éterle pour la femelle. L’espérance de vie de l’isard est de 12 à 15 ans environ.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc surpris pendant sa sieste au soleil, sur une pente verglacée.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Observation du rut des isards (cliché pris par mon compagnon de sortie, Alain).

Parfaitement à l’aise en milieu accidenté, l’isard trouve son salut dans la rapidité de sa fuite. Les os longs des membres antérieurs et postérieurs forment des angles très fermés qui lui procure une souplesse et une détente remarquable. Le bord tranchant des sabots permet une adhérence élevée sur les rochers et sur la neige dure; la présence d’une peau interdigitale permet une bonne portance sur la neige.

Ses poumons sont très développés. Enfin le cœur de l’isard est un muscle gros et très puissant. Abondamment oxygéné par le sang très riche en globules rouges, il permet de soutenir des efforts intenses et violents. C’est un athlète parfait!

Sa vue et son odorat sont excellents. Il repère à grande distance tout ce qui bouge. Menacé, il émet un chuintement d’alarme caractéristique, provoquant généralement la fuite de la harde.

Pendant la majeure partie de l’année à l’exception du rut, les adultes dans les deux sexes vivent séparés, dans des groupes plus ou moins importants appelés des hardes. Les vieux mâles sont parfois solitaires. La cellule de base est constituée de la mère et de son chevreau. On trouve trois principaux types de structure sociale, avec des associations intermédiaires plus ou moins temporaires. La harde en temps que structure sociale n’est pas figée dans le temps :

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une vue partielle d’une petite harde de femelles. Sur le rocher, la présence de deux chevreaux permet de confirmer le sexe des adultes. 

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Zoom sur une autre partie de la harde précédente. A gauche et à droite, deux chevreaux (nés au mois de mai).

-les femelles et leurs chevreaux, la plupart des éterles (femelles de la deuxième année, chassées avant la nouvelle mise-bas de leurs mères et revenues quand la harde s’est reconstituée) et parfois des éterlous. La présence de ceux-ci au sein de la harde doit pouvoir s’expliquer par le fait que la mère n’ait pas été fécondée et le jeune n’a pas été chassé. Il quittera la harde plus tard de lui-même. Ces hardes plus ou moins nombreuses sont généralement sédentaires.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une harde de mâles adultes (7) et d’éterlous (5) sur une pelouse.

-les éterlous chassés par leurs mères, vivant en petits groupes auxquels peuvent s’associer de jeunes mâles adultes,

Sur les pentes bien exposées menant au lac de Gaube (29 mars 2019) – Une harde composée exclusivement de mâles adultes, en deux groupes de 3 et 6 individus. Affamés, ils ne lèvent pas la tête. 

-les mâles adultes plus âgés vivant seuls ou en petits groupes instables à l’écart des autres individus.

Les mâles sont plutôt nomades. La restriction importante des zones de nourriture à la mauvaise saison peut amener tout ce beau monde à se retrouver en un même lieu. L’analyse de la composition d’une harde d’isards est un exercice très intéressant.

L’étude des cornes 

Un bouc avec les cornes divergentes.

Les cornes de l’isard sont très intéressantes à étudier. Elles sont présentes pour les deux sexes et l’individu les conserve tout le long de la vie. Elles peuvent être divergentes dès le départ ou parallèles jusqu’aux crochets.

Elles sont visibles à partir de 3 mois environ, sous la forme d’un petit cornet de kératine, la même matière que nos ongles. Elles sont souvent cachées au milieu de poils. Avec un bon téléobjectif ou une longue-vue, on peut apercevoir ce cornet dès le 2ème mois. La croissance est importante les trois premières années et surtout la deuxième, lorsque le crochet se forme. La croissance ralentit après la troisième année pour ne plus donner, en cinquième année, qu’un segment d’environ 5 millimètres et des segments de l’ordre du millimètre ensuite.

Ce que l’on appelle la corne est en fait constituée d’un étui (la partie que l’on voit) et d’un pivot. Le pivot est une cheville d’origine osseuse dans laquelle l’étui vient s’emboîter. Il a sa hauteur définitive à l’âge de 5 ans et il occupe alors les 3/5 de la hauteur de la corne. L’étui est très fin à la base et il devient plein dès lors qu’il n’y a plus de pivot, à la hauteur du début du crochet.

Vallée d’Ossau (février 2019) – Photo très recadrée des cornes d’un mâle âgé, montrant les anneaux d’âge et les anneaux de parure. (cliché initial pris avec un objectif 400mm et un doubleur de focale, au format APS-C; la proximité apparente n’est pas effective).

La croissance des cornes s’arrête en hiver pour reprendre au début du printemps suivant, au mois de mars. Elle repousse vers le haut la partie existante. L’arrêt de croissance détermine sur l’étui un sillon circulaire, appelé anneau d’âge. Le premier sillon, positionné au point le plus élevé du crochet (entre 5 et 6 centimètres de la pointe) est difficilement observable, quasiment invisible. L’anneau d’âge ne doit pas être confondu avec l’anneau de parure, plus étroit et ne faisant pas le tour complet de la corne.

Le comptage des segments de croissance à partir de la pointe indique l’âge. C’est une des deux méthodes pour connaître l’âge à coup sûr, l’autre étant l’examen de la dentition qui est valable jusqu’à 5 ans.

L’âge réel de l’isard dans les conditions d’observation habituelles en montagne est impossible à déterminer. On peut cependant faire des estimations à distance par classe d’âge, avec l’observation de la croissance des cornes jusqu’à l’âge adulte. On peut résumer ainsi :

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un chevreau et sa mère; ses cornes sont minuscules, cachées en partie dans une touffe de poils. Il est né en mai/juin dernier.

Les chevreaux ou jeunes de la première année : A 6/7 mois, les cornes mesurent entre 3 et 5 cm environ. On est en novembre et leur croissance s’est arrêtée. Elles sont droites ou elles ont amorcé une très légère courbure vers l’arrière. Le jeune vient d’être sevré mais il reste un chevreau jusqu’au mois de mai suivant où il atteindra l’âge d’un an. Il sera alors repoussé par sa mère pour permettre à celle-ci de mettre bas à nouveau.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un jeune de la deuxième année.

Les éterles (femelles) et les éterlous (mâles), ou jeunes de la deuxième année. De un à deux ans, le crochet se forme. La hauteur des cornes progresse, au plus jusqu’à la moitié de la hauteur de l’oreille au mois de novembre pour ensuite se rapprocher de la hauteur de celle-ci sans la dépasser (après la reprise de la croissance au mois de mars) à ses deux ans révolus. Il sera alors proche de sa taille presque définitive. La maturité sexuelle des deux sexes est atteinte vers l’âge de 18 mois, en moyenne. L’éterle peut procréer, sous certaines conditions. L’éterlou « ne fait pas encore le poids » face au mâles plus âgés et se fait évincer.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Un petit groupe isolé, composé d’un bouc adulte expérimenté à l’ombre, puis un éterlou et un jeune adulte de 3 ans.

-A partir de la troisième année, l’isard est adulte. Ses cornes égalent puis dépasseront l’oreille. Le mâle ou bouc est enfin prêt pour procréer : il a atteint sa taille définitive et il peut tenter de se positionner dans la hiérarchie sociale face aux mâles plus âgés. Le seul moyen pour avoir plus de précision sur l’âge à partir de la troisième année est le comptage des segments de croissance.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un bouc âgé.

Pour les vieux sujets (à partir de la neuvième/dixième année), le pelage est plus clair et commence à grisailler. Ils ont un comportement plutôt solitaire.

Quelques éléments pour identifier le sexe de l’isard

Dans la plupart des cas (mise à part la position de miction), l’indication du sexe ne devient possible qu’à l’âge pratiquement adulte.

-L’allure générale est un critère, mais elle demande une certaine expérience : le mâle est trapu et la femelle est plus fine.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Deux chèvres avec les chevreaux, dont une femelle.

-Quel que soit l’âge, le mâle urine entre ses quatre pattes alors que la femelle le fait en arrière des postérieurs.

-Le crochet de la corne est fortement arqué chez le mâle, plus arrondi chez la femelle. Hélas, il y a des exceptions qui ne permettent pas de généraliser à coup sûr. Les cornes de la femelle sont plus fines.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc pendant la période du rut. Le pinceau pénien commence à être visible et la barbe ou crinière sur son échine est bien marquée.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre en livrée d’hiver. Absence de la barbe ou crinière.

Lécharpe visible en robe d’hiver est très marquée chez le mâle, un peu moins chez la femelle.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc avec son attribut. La barbe le long de son échine est relevée.

-La présence du pinceau pénien chez le mâle : il est évident à partir de la quatrième année et notamment en fourrure hivernale ou pendant le rut.

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015, pendant le rut) – Deux femelles (en haut et en bas) accompagnées de leurs chevreaux. La barbe (crinière) est absente.

-De même, la barbe ou crinière (étroite bande de long poils qui court le long de l’échine) est très remarquable chez les mâles adultes en pelage d’hiver, absente chez les femelles.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – « Alors, tu suis? » disait le chevreau à sa mère.

-Présence d’un chevreau au côté d’un adulte : l’adulte est donc une femelle, sa mère.

Habitat

L’isard est présent dans tous les départements pyrénéens. L’aire de distribution actuelle s’étend de façon quasi continue depuis les canyons de la Haute Soule (Pays Basque), à l’ouest, jusqu’aux contreforts orientaux du Canigou, à l’est.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Bien que l’on ne voit que des silhouettes, on n’aperçoit qu’une paire de cornes : un adulte avec un isard sans corne, c’est une femelle et son chevreau, tandem fusionnel.  

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Le chevreau est reparti derrière le rocher. Sa présence a cependant permis l’identification d’une mère.

Il vit à la belle saison en haute altitude en zone d’éboulis et de pelouses, au-dessus de la limite des arbres. Il est herbivore et la limite supérieure est aux environs de 2 500m ; l’altitude est conditionnée par la présence des pelouses qui, généralement, disparaissent en grande partie au-delà dans nos Pyrénées. La limite inférieure est au-dessus de 800 m : elle est conditionnée par l’occupation humaine avec malgré tout la nécessité de la présence d’escarpements rocheux pour sa sécurité.

Dans une enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010, l’altitude minimum observée est de 171m, dans les Pyrénées-Orientales ; le maximum atteint est de 3239 m dans les Hautes-Pyrénées et 68% de la surface occupée par l’espèce est située en-dessous de 2 000m.

Au cœur du Parc – Le lac de Gaube au printemps; à la droite, le type de pentes que les isards affectionnent.  Au fond, le massif du Vignemale.

A la mauvaise saison, il redescend en forêt à la recherche de nourriture ou pour trouver refuge contre les mauvaises conditions météo. Lorsque la couche de neige est importante, on le trouve aussi sur les versants abrupts, dans les couloirs d’avalanche où la neige tient moins et permet l’accès à la nourriture : sa présence est fréquente sur les pentes ensoleillées à Cauterets, au-dessus  du Pont d’Espagne.

Régime alimentaire

Vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Isard s’alimentant à la limite de la forêt.

L’isard est un herbivore. Il se nourrit de plantes herbacées et de jeunes pousses. En hiver, il gratte la neige si la couche est poudreuse et pas très épaisse. Sinon, il n’a pas d’autres choix que de s’attaquer aux arbres et arbustes pour  s’alimenter de feuilles, de bourgeons, d’aiguilles et d’écorces de conifères, de feuilles sèches, d’écorces de feuillus, de mousses et de lichens (quand il n’a pas le choix). Tout comme le chevreuil, il ne s’abreuve pas ou alors rarement. Les besoins en eau sont assurés par la consommation des végétaux et par la rosée matinale.

Reproduction

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015), au début de la période du rut – Ce mâle dans la force de l’âge court dans tous les sens sur son territoire, disparaissant derrière une crête et revenant sans crier gare avec des accélérés incompréhensibles. Bien caché dans la végétation, je me dis qu’il est capable de me foncer dessus sans me voir!

La période de rut de l’isard est facilement identifiable à son comportement. Les mâles qui formaient des groupes à part des femelles se rapprochent en ordre plus ou moins dispersé de celles-ci à partir de la mi-octobre. Ils deviennent moins méfiants. Il est alors relativement facile de les observer mais il faut garder en tête de ne pas les perturber dans ces moments-là qui sont très sensibles pour la pérennité de l’espèce.

Les chaleurs durent 1 à 2 jours et se renouvellent toutes les trois semaines durant la période de reproduction, tant qu’il n’y a pas eu fécondation.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Ce mâle parcourt son territoire ; pendant la période du rut, il peut perdre jusqu’à 25% de son poids.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un regroupement à l’écart de mâles adultes.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – La barbe hérissée le long de l’épine dorsale, ce bouc poursuit un concurrent de sa stature.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – Le cadre de la période du rut.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – « Le repos du guerrier ». Le rut n’a pas encore commencé, manifestement. Pas trop dépassé; en contrebas, une petite harde de 3 femelles et 2 chevreaux recensés sur un autre cliché.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Une harde de femelles avec leurs chevreaux, dérangées par l’approche de randonneurs. 

Alors que les mâles s’excitent, les femelles restent indifférentes et broutent tranquillement.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Ce mâle « dominant » va descendre à toute vitesse le couloir entre les rochers pour faire la police sur son territoire en contrebas.

La première partie du rut consiste à établir une hiérarchie sociale chez les mâles. Certains d’entre eux se lancent dans des courses longues et effrénées, les poils de l’échine hérissés; ce sont les plus âgés qui poursuivent et chassent sans ménagement les autres prétendants, généralement plus jeunes. Les dominants assurent leur territoire et rassemblent les femelles en petites groupes dont ils essaient de maintenir la cohésion. Ils peuvent alors assurer les saillies. La femelle n’est réceptive que quelques heures et l’accouplement est très bref. L’isard est polygame et ces moments sont épuisants : ils perdent beaucoup de poids. La période la plus intense court de la mi-novembre à la mi-décembre environ.

La maturité sexuelle chez les femelles est estimée à 18 mois en moyenne mais la première fécondation peut avoir lieu beaucoup plus tard, en fonction de la densité de la population et des ressources alimentaires qui conditionnent le poids corporel des jeunes femelles. A 3 ou 4 ans, toutes les femelles peuvent mettre bas. La gestation dure 23 semaines. Entre la mi-mai et la mi-juin, c’est la période du pic des naissances qui peuvent commencer début mai suivant les ans (présence tardive ou non de la neige). La femelle s’éloigne alors de la harde, chasse le chevreau de l’année passée et remonte vers les zones escarpées et isolées où elle met bas un seul chevreau qu’elle élèvera seule.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Une chevrée.

Lorsque le nouveau-venu est capable de courir et d’affronter la collectivité, elle rejoint les autres mères. Elles reforment toutes ensemble avec leurs chevreaux une harde que l’on appelle une « chevrée ».

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – La « garderie » d’enfants avec un privilégié, celui qui tête sa mère. Jusqu’à l’âge d’un mois environ, la mère provoque la tétée, puis le chevreau en prend l’initiative de plus en plus souvent.

La femelle allaite son chevreau jusqu’à l’âge de 2 mois environ, puis il s’alimente comme sa mère. Il ne la quitte jamais et imite ses moindres gestes dans une relation fusionnelle. Le sevrage se fait vers l’âge de 6 mois, au moment des « fiançailles » précédant l’accouplement suivant de la mère.

La plupart des éterles chassées par leurs mères respectives avant la mise-bas rejoignent la chevrée lorsqu’elle est constituée.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Jeux de chevreaux sur un névé. Âgés d’environ trois semaines / un mois, on devine déjà l’apparition de cornes minuscules sur certains sujets.

Evolution des populations

Dans la vallée du Marcadau – Un bouc âgé au bas d’un couloir d’avalanches.

Dans la vallée de Gaube – Avalanches sur le versant fréquenté par les isards (au fond, le massif du Vignemale). 

Vallée du Lutour  (Hautes-Pyrénées) – Reliefs d’une avalanche hivernale sur un flanc fréquenté par les isards. 

Les avalanches, le froid et la raréfaction de nourriture l’hiver sont des facteurs importants de mortalité et de régulation.

Ces dernières années, des épidémies ont aussi atteint les populations d’isards, comme la kérato-conjonctivite aiguë infectieuse (K.C.I.) apparue entre 1980 et 1982 et revenue entre 2006 et 2008 et la Pestivirose, maladie virale apparue en 2001-2002 avec des mortalités massives et revenue entre 2010 et 2013 dans certains secteurs comme le département de l’Ariège, en vallée d’Aure et en vallée de Luz.

La kérato-conjonctivite aiguë infectieuse est une infection oculaire très contagieuse, fréquente chez les ovins et caprins domestiques. Elle se caractérise par une inflammation de la cornée entraînant aux stades les plus avancés, une opacité voire la perforation de celle-ci pouvant conduire à la mort : l’animal en effet ne peut plus se déplacer correctement et ne s’alimente plus. Il se déshydrate, s’amaigrit et meurt, parfois suite à un traumatisme ou à une chute (15 à 20% de mortalité).

Les effectifs peuvent varier sensiblement d’une année à l’autre en fonction de ces événements. Les données officielles de comptage les plus récentes que j’ai pu trouver sont également dans l’enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010 : 15 260 (1988); 24 630 (1994); 27 000 (2005) et 31 160 (2010); tous ces chiffres sont sur le versant français et ne sont qu’un minimum, vu la complexité de l’acquisition de ces données.

Interdite en cœur de Parc, la chasse est ailleurs soumise à un plan de chasse qui limite le nombre d’isards tués chaque année.

Le Parc national des Pyrénées Occidentales

Le Parc national des Pyrénées Occidentales a été crée le 23 mars 1967 à cheval entre les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées avec, parmi ses objectifs, la protection de la population d’isards menacée d’extinction si aucune action n’était menée. Il est constituée d’une zone centrale (appelée « cœur du Parc » depuis 2006) de 457 km2 (45 700 ha sur 15 communes) et d’une zone périphérique de 2063 km2 (206 300 ha sur 65 communes), appelée depuis 2006 « aire optimale d’adhésion ». L’intérêt de cette distinction est la réglementation plus souple dans la zone périphérique, destinée à bénéficier d’investissements d’ordres économique, social et culturel afin de freiner l’exode rural et de développer l’équipement touristique de la région.

Le lac det Mail (situé en bordure du coeur du Parc) et le pic du Néouvielle (à droite).

De roche en roche, jusqu’aux plus hautes crêtes, une silhouette stylisée d’une tête d’isard rouge sur fond blanc délimite le coeur du Parc national des Pyrénées de la zone périphérique.

L’article 1er de la loi du 14 avril 2006 a proposé une nouvelle structuration des parcs nationaux. L’ancienne zone périphérique est intégrée au parc national, intégration laissée au libre choix des communes dont le territoire est concerné et qui auront décidé de concourir à la protection du parc national en adhérant à la charte du Parc.

A l’intérieur du Parc, on vieillit paisiblement.

Aujourd’hui, on compte quelques 4 000 isards répartis sur l’ensemble du Parc. En 2015, dans sa partie haut-béarnaise, il y avait 1 200 individus en vallée d’Aspe et 800 en vallée d’Ossau.     

Article rédigé le 02 mai 2019 à partir de mes photos personnelles, des constatations faites sur place et de publications internet avec lesquelles je me suis documenté :

http://oatao.univ-toulouse.fr/869/1/picco_869.pdf (la bibliographie de cette thèse comporte une liste très complète d’ouvrages à consulter, dont sont issus beaucoup d’informations disponibles sur internet).

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/isard

 http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Chamois-et-lIsard-ar643

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/ongules/montagne/Enquete_Ongules_montagne2011_isard.pdf

« Par une belle après-midi de novembre » – Le bouc s’éloigne tranquillement.

Sierra de Gredos – Ma première rencontre avec la Gorgebleue à miroir

Sierra de Gredos – Ma première rencontre avec la Gorgebleue à miroir

La Gorgebleue à miroir mâle Sierra de Gredos (7 mai 2018).

Balade ornithologique à la Sierra de Gredos,

avec ma première rencontre avec la Gorgebleue à miroir  

Le lever du soleil sur les principaux sommets de la Sierra de Gredos.

En mai dernier, sur les conseils d’un ornithologue allemand rencontré en Estrémadure, j’ai passé une journée en Sierra de Gredos. J’y ai rencontré le Bouquetin ibérique, qui tient la vedette de mon précédent article, mais aussi la fameuse Gorgebleue à miroir. J’ai été comblé!

Panneau « Sentier de la Laguna Grande » – Voyage vers les glaciations du Quaternaire (avec l’icone de la Salamandre de l’Almanzor, espèce endémique).

La Sierra de Gredos est un lieu bien connu des ornithologues. Parti tôt le matin du parking de la Plataforma (altitude 1750 m) pour ne pas être gêné par d’autres randonneurs ou ornithologues, j’ai pu monter tranquillement jusqu’au point de vue sur le cirque de Gredos, los Barrerones (altitude 2170m). Cet itinéraire est encore enneigé à cette période de l’année et je n’ai rencontré qu’un couple de randonneurs. C’est sur cet itinéraire que j’ai photographié le Bouquetin ibérique et que j’ai fait mes observations ornithologiques. Il descend vers la Laguna Grande de Gredos (1980m) et son refuge Elola ; ce lac glaciaire est encore gelé et enneigé. A mon retour, il y avait pas mal de monde autour du parking ; les ornithologues sont reconnaissables de loin avec leurs longue-vues.

Il existe un itinéraire recommandé pour les ornithologues. Il part aussi de la Plataforma puis, 750m plus loin, il bifurque vers « El Cordel Puerto de Candeleda » indiqué par un panneau. Prendre cette déviation à gauche et remonter par un sentier parallèlement à la « Garganta de Prado Puerto », jusqu’à atteindre un plateau à 1946m d’altitude (6,4 km A/R). On revient par le même chemin qui traverse des zones de pelouses et de rochers. Ce sentier permet d’observer des oiseaux dans leur environnement exclusif de moyenne et haute montagne.

Deux itinéraires ornithologiques intéressants

Les espèces suivantes sont répertoriées sur le panneau « El Cordel Puerto de Candeleda » :

Oiseaux « Star » de la Sierra de Gredos :

Au nombre de 7 : La Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), l’Accenteur alpin (Prunella collaris), le Merle de roche (Monticola saxatilis), le Bruant ortolan (Emberiza hortulana), la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le Tarier des prés (Saxicola rubetra).

Les Bruants ortolan sont parmi les rochers dans la partie inférieure de l’itinéraire.

La Gorgebleue à miroir m’est apparue alors que je n’y croyais plus. On m’avait mis le doute en m’avertissant que je ne la trouverais pas à cette altitude à cette période. Elle était bien là, posée et chantant joyeusement sur des buissons de genêt entourés de névés (raison de cet arrière-plan tout blanc). Elle descendait de temps en temps à terre pour picorer sur les parties déneigées.

Oiseaux résidents : 

Au nombre de 18 : La Corneille noire (Corvus negra), le Grand Corbeau (Corvus corax), le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), l’Alouette des champs (Alauda arvensis), l’Alouette lulu (Lullula arborea), l’Accenteur alpin (Prunella collaris), l’Accenteur mouchet (Prunella modularis), le Merle de roche (Monticola saxatilis), le Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes), le Rouge-gorge familier (Erithacus rubecula), la Grive draine (Turdus viscivorus), le Pigeon ramier (Columba palumbus), la Bergeronnette grise (Motacilla alba), le Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros), le Bruant fou (Emberiza cia), la Linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), le Monticole bleu (Monticola solitarius), le Tarier pâtre (Saxicola rubicola).

Le Rougequeue noir (ici un mâle), présent dans la partie inférieure de l’itinéraire.

Le Bruant fou, dans la partie inférieure de l’itinéraire.

Le Crave à bec rouge, présent tout le long du parcours.

L’Accenteur mouchet, présent tout le long du parcours en bandes joyeuses et familières, même dans la neige.

Oiseaux hivernants :

Au nombre de 6 : la Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis), le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), la Grive draine (Turdus viscivorus), le Pigeon ramier (Columba palumbus), la Bergeronnette grise (Motacilla alba), le Tarier pâtre (Saxicola rubicola). Un « hivernant » peut être aussi résident.

Oiseaux estivaux :

Au nombre de 8 : La Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe), la Fauvette grisette (Sylvia communis), le Bruant ortolan (Emberiza hortulana), la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le Tarier des prés (Saxicola rubetra). Un « estival » peut être aussi résident.

Le Traquet motteux, dans les pelouses intermédiaires.

Oiseaux de passage, en cours de migration :

Il y en a principalement 3 : le Vautour fauve (Gyps fulvus), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Faucon pèlerin (Falco peregrinus).

Cela fait pas mal d’oiseaux, mais certains sont plus nombreux et plus facilement observables! D’autres ne sont pas répertoriés, mais présents : comme, par exemple, la bergeronnette printanière (Motacilla flava).

La Bergeronnette printanière, au bord d’un ruisseau en contrebas du parking. Elle se différencie de la Bergeronnette des ruisseaux par la couleur du manteau (haut du dos) : vert pour la Printanière, gris pour celle des ruisseaux. 

Remarques sur quelques vertébrés : 

On peut aussi rencontrer dans la Sierra de Gredos deux espèces de vertébrés endémiques, observables en particulier dans l’environnement de la Laguna Grande de Gredos : la Salamandre de l’Almanzor (Salamandra salamandra almanzoris) et le Crapaud commun de Gredos (Bufo bufo gredosicola).

La Salamandre de l’Almanzor (el pico Almanzor est le plus haut sommet de la Sierra de Gredos, culminant à 2592m) est présente au-dessus de 1 800m. Elle occupe une très petite zone en haute montagne, avec des lacs d’origine glaciaire, des prairies inondées et de petits ruisseaux de montagne. Elle peut atteindre des densités élevées au-dessus de 2 000 mètres d’altitude. Elle a la particularité d’être de couleur presque noire avec très peu ou aucune tache jaune. La neige était encore présente en ce début de mois de mai; je n’ai pas pu en observer.

Article écrit le 21 avril 2019 à partir de mes photos personnelles et des constatations faites sur place. Pour préparer ma sortie, j’ai aussi utilisé un guide très bien fait où on peut trouver des informations précieuses : « Where to watch birds in Northern & Eastern SPAIN » 3è Edition de Ernest Garcia et Michael Rebane (voir p172 Sierra de Gredos -Avila). Voir aussi mon article précédent « Le Bouquetin ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées  » : http://www.lanaturemoi.com/2019/04/19/le-bouquetin-iberique-de-la-sierra-de-gredos/

Ruiseñor pechiazul

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

 

Sierra de Gredos, le 7 mai 2018 – Tous mes clichés de bouquetins de l’article sont pris le même jour.b

Le Bouquetin Ibérique (Nom scientifique : Capra pyrenaica),

de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Bouquetins mâles au repos sur une pelouse, dans la Sierra de Gredos.

Préambule

Le Bouquetin ibérique appelé aussi bouquetin d’Espagne est un beau mammifère auquel je m’intéresse depuis peu. Il ne faisait pas partie de mon environnement mais les choses sont en train de changer, avec le retour de cet animal chez nous, on le verra plus loin en dernière partie de cet article.

Anciennement présent sur le versant français des Pyrénées, en Andorre, en Espagne et au Portugal, le bouquetin ibérique subsiste de nos jours en Espagne et au nord du Portugal. Il occupe des habitats très variés, tous caractérisés par la présence d’escarpements rocheux : depuis le bord de mer en Andalousie à moins de 200 m d’altitude, jusqu’aux plus hautes montagnes de la péninsule à plus de 3 000 m d’altitude (Sierra Nevada, Sierra de Gredos). Les différentes populations, aujourd’hui isolées, formaient un ensemble par le passé.

Il regroupe quatre sous-espèces, dont deux ont disparu : Capra pyrenaica ssp. lusitanica ou bouquetin portugais et Capra pyrenaica ssp. pyrenaica ou bouquetin des Pyrénées.

Le bouquetin portugais Capra pyrenaica ssp. lusitanica avait des cornes différentes de toutes les autres sous-espèces ibériques, plus petites et presque deux fois plus larges. Il  habitait les zones montagneuses du nord du Portugal, de la Galice, des Asturies et de la Cantabrie occidentale. Jusqu’en 1800, il était assez répandu mais son déclin a ensuite été rapide à mesure que la pression de la chasse augmentait. En 1870, il était devenu rare. Le dernier troupeau d’environ une douzaine d’animaux a été enregistré en 1886. Une vieille femelle a été capturée vivante en septembre 1889, mais n’a survécu que trois jours. Deux autres femelles ont été retrouvées mortes l’année suivante, victimes d’une avalanche en Galice. Le dernier bouquetin portugais connu en Espagne est mort en 1890 et la dernière observation connue faite au Portugal était une femelle dans la Serra do Gerês en 1892.

Sur le versant espagnol des Pyrénées, un nombre restreint de bouquetins des Pyrénées Capra pyrenaica ssp. pyrenaica survivait dans le parc national d’Ordesa y Monte Perdido, dont la création en 1918 devait justement les sauvegarder. Il en restait 50 en 1952, 20 en 1970 avec une dernière reproduction en 1987. Le dernier connu, une femelle nommée Celia, a été retrouvée morte le 6 janvier 2000, le crâne fracassé par la chute d’un arbre lors d’une violente tempête. Sur le versant français, les deux derniers bouquetins des Pyrénées ont été abattus en 1910 près du lac de Gaube, au dessus de Cauterets. Chassés jusqu’à l’extinction!

En Espagne, la population encore en vie est constituée par les deux sous-espèces restantes, victoriae et hispanica. Elle avait disparu de plusieurs régions et dans d’autres, elle avait diminué de manière conséquente. Le fait d’être une espèce unique au monde, endémique de la péninsule, en avait fait un grand gibier recherché pour le tir et le trophée. Un programme de conservation est né en 1950 à l’échelle nationale, avec la création de nombreuses Réserves.

Au début des années 1990, la population était estimée à 7 900 individus. Dans une étude complète sur le bouquetin ibérique parue en Espagne en 2012, quelques 50 000 individus sont distribués dans la péninsule ibérique en plus de 27 noyaux dont les plus importants sont: Sierra Nevada (16 000 exemplaires), Gredos (8 000), Maestrazgo (7 000), Ronda et Grazalema (4 000), Cazorla (2 500), Tejeda et Almijara (2 500), Antequera (2 000), Sierra Morena (2 000) et Muela de Cortés (1 500) ; ces chiffres proviennent d’études antérieures effectuées en 1997 et 2002. C’est en partie la création en 1905 de la Réserve royale de chasse de la Sierra de Gredos par le roi Alfonso XIII qui a permis à l’Espagne de garder l’espèce en vie.

En juin 2017, on signale que la population a augmenté de façon exponentielle dans la Sierra de Guadarrama depuis la réintroduction de l’espèce en 1990. Elle est de 4 000 alors qu’il ne faudrait pas qu’elle dépasse idéalement 1 300. La question du surpeuplement de ce noyau de population avec les risques qu’elle génère est devenue préoccupante : le repeuplement d’autres zones par prélèvement d’individus est une des méthodes adoptées, entre autres, pour en limiter le nombre.

Le Bouquetin ibérique

Description

Le Bouquetin ibérique a une allure générale de chèvre mais il est beaucoup plus massif. Le mâle s’appelle le bouc, la femelle l’étagne et le jeune, le cabri.

Trapucampé sur des pattes robustes munies de sabots incroyablement adhérents à la roche, il ignore le vertige. Il saute à travers des murs presque verticaux ou même de la glace. Timide et calme, il a un bon sens de l’odorat et de l’ouïe.  

Hardes de mâles (boucs) adultes, d’âges variés.

Femelle (étagne) et cabris, sur une pelouse à basse altitude. Les mâles (boucs) sont plus haut, au milieu des névés.

Très grégaire, il vit en harde avec d’une part les mâles adultes, de l’autre les femelles et leurs petits de l’année ainsi que les sujets âgés de trois ans au plus. Bien qu’il ne migre pas, le mâle peut faire de longs voyages erratiques pendant l’hiver.

Une Etagne, reconnaissable à sa robe à dominante marron et à ses courtes cornes, presque droites.

Un jeune bouc, reconnaissable à ses cornes développées et à sa barbe naissante.

Un bouc plus âgé.

Deux boucs d’un âge très vénérable.

Le pelage varie en épaisseur et couleur selon les saisons, devenant plus clair et plus court en été. Il noircit au fil des ans au niveau des extrémités, du cou, du ventre et du dos chez le bouc. Il est à dominante marron chez la femelle. Le mâle porte une petite barbe drue sous le menton.

Quelques cornes remarquables portées par des sujets d’un âge avancé.

Ses cornes lui donnent une silhouette caractéristique. Il en porte très tôt et celles-ci ne tombent pas. Elles croissent durant toute la vie de l’individu mais surtout avant 7 ans. La croissance est annuelle sur la base de cernes. Elles peuvent atteindre 90 cm chez le mâle adulte. Leur forme est très variable, le plus souvent torsadée en lyre et finement annelées, incurvées vers l’arrière et dont les extrémités sont dirigées vers le haut et l’extérieur. Les bourrelets sont peu marqués. Ces attributs assurent la suprématie sexuelle chez les mâles qui s’affrontent en de spectaculaires et sonores combats lors de la période de rut.

 

L’Etagne.

La femelle (étagne) possède des cornes plus modestes, plus droites et ne dépassant pas les 25 cm. Un net dimorphisme sexuel est présent chez cette espèce, les mâles mesurant près de 85 cm au garrot pour 60-90 kg, contre 70 cm et 30-45 kg pour les femelles. Ces données varient légèrement selon les sources consultées.

Il évolue indifféremment de jour comme de nuit, même si ses heures d’activité maximales sont localisées le matin et en fin d’après-midi, vers le crépuscule. En hiver, il s’active pendant les heures centrales de la journée, quand il fait plus chaud.

Habitat

Le rocher est l’habitat principal du Bouquetin, qui affectionne les milieux escarpés aux falaises et vires nombreuses, plutôt orientés au sud et rapidement déneigés à proximité de pelouses. Il s’adapte très bien à des altitudes et des climats très différents. Il préfère les milieux ouverts, et fréquente peu la forêt. Il a besoin de vastes étendues même si les femelles se contentent d’un espace plus réduit que celui des mâles.

Une harde de mâles d’âges variés à basse altitude, où l’herbe a déjà bien verdi.

Un mâle solitaire en altitude, en train de se frotter les cornes au milieu de petites jonquilles qui fleurissent par milliers.

Ce besoin d’espace varie fortement en fonction des ressources alimentaires et des saisons. L’hiver et la neige repoussent les animaux vers le bas des versants tandis qu’en été, ils sont attirés par la fraîcheur et la qualité de la végétation près des crêtes.

La sous-espèce Capra pyrenaica victoriae est présente principalement, avec 10 000 individus actuellement, dans la Sierra de Gredos (entre les provinces de Cáceres et d’Ávila), dans la Sierra de Guadarrama, et également à Las Batuecas (Sierra de Francia, au sud de Salamanque).

La sous-espèce Capra pyrenaica hispanica (appelée aussi bouquetin de Beceite), la plus répandue, est présente dans les zones montagneuses près de la Méditerranée, la population principale étant dans la Sierra Nevada. On la trouve dans les puertos de Tortosa – Beceite (Catalogne), Maestrazgo (Teruel y Castellón), les Sierras de Cuenca, Muela de Cortés (Valence), la Sierra de Alcaraz, les Sierras de Cazorla y Segura (province de Jaén), la Sierra Madrona, la Serria Nevada (Grenade), la Sierra de Lújar, la Sierra de la Contraviesa , les Sierras de Tejeda y Almijara (Almería), la Serranía de Ronda (province de Cadix), la Sierra de las Nieves, Serranía de Cuenca (province de Cuenca) et la Sierra de Grazalema.

Régime alimentaire

Le Bouquetin ibérique s’alimente de végétaux, consommant de préférence des graminées à la belle saison, des ligneux en automne et en hiver, voire des lichens et des mousses lorsque les conditions deviennent trop rudes. Son régime alimentaire est plus éclectique et diversifié que celui de notre Isard. Vivant dans les rochers, il n’occasionne de dégâts ni aux forêts ni aux pâtures.

Reproduction

C’est une espèce polygame. Le rut induit souvent de grands déplacements chez les mâles. Le temps de chaleur est entre novembre et janvier. Les mâles se comportent de manière agressive les uns envers les autres et se livrent à de violents combats pour les femelles. Ils se lèvent sur leurs pattes de derrière et se cognent les cornes lorsqu’ils retombent. Le vainqueur se fait alors un petit harem qu’il abandonne après les accouplements.

Une mère (en haut à gauche) et plusieurs cabris.

La gestation dure environ 5 mois et les naissances ont lieu entre avril et juin, un ou deux cabris allaité(s) jusqu’à l’âge de six mois. La mise-bas s’effectue de préférence dans un endroit inaccessible aux prédateurs. Le jeune reste pendant presque 2 ans avec sa mère (âge où il atteint sa maturité sexuelle), formant ainsi avec d’autres mères des petites hardes de 10-20 individus.

A l’âge de 3 ans, les jeunes mâles forment des groupes indépendants, qui perdurent au cours du temps. Les bouquetins ont une longévité moyenne de 12-15 ans et peuvent vivre jusqu’à 20 ans.

La Sierra de Gredos

Lever du soleil sur les sommets culminants de la Sierra de Gredos (7 mai 2018) – De gauche à droite, El Pico Almanzor (2592m, point culminant de la Sierra), El Ameal de Pablo (2505m), la Galana (2564m, au centre) avec à droite en arrière-plan El Riscos del Grute, puis El Canchal de la Galana (2479m). Je n’ai pas identifié le sommet arrondi tout à droite.

La Sierra de Gredos est une chaîne de montagnes appartenant au système central , située entre les provinces de Salamanque, Cáceres, Ávila, Madrid et Tolède. Son altitude maximale se situe dans la province d’Ávila, avec le Pico Almanzor à 2592 mètres d’altitude. La neige y est présente des mois de décembre à mai. J’y ai fait la rencontre de mes premiers bouquetins ibériques et de la fameuse Gorgebleue, un passereau très photogénique recherché par les photographes naturalistes.

Alphonse XIII d’Espagne y a créé en 1905 le refuge royal de chasse de la Sierra de Gredos afin de limiter la chasse au bouquetin dans la région et de sauver la population locale alors réduite. Aujourd’hui, le bouquetin ibérique y est toujours chassé, sous certaines restrictions.

Les principales espèces animales que l’on peut y rencontrer aujourd’hui sont donc le bouquetin ibérique (Capra pyrenaica), le chevreuil (Capreolus capreolus), la perdrix rouge (Alectoris rufa), l’aigle royal (Aquila chrysaetos), l’aigle impérial (Aquila adalberti), la bondrée apivore (Pernis apivorus), le vautour moine (Aegypius monachus) et le vautour fauve (Gyps fulvus).

Montée vers le cirque de Gredos – La neige est toujours présente en ce début de mois de mai. Tout à gauche, el Pico Almanzor! (cliché pris avec mon portable).

Le « terrain de jeu » des bouquetins – Rochers et pelouses dégagées de neige.

Une partie de la chaîne est déclarée « Parc régional de la Sierra de Gredos« . C’est un espace naturel protégé qui couvre une superficie de 86 397 ha. Il est reconnu comme une destination idéale pour observer les étoiles par la « Fondation Starlight« .

On y note la présence d’espèces menacées ou singulières, telles que le desman ibérique (Galemys pyrenaicus rufulus), ou la loutre (Lutra lutra). Le desman ibérique Galemys pyrenaicus rufulus est une des deux sous-espèces du desman des Pyrénées Galemys pyrenaicus, l’autre étant Galemys pyrenaicus pyrenaicus, vivant exclusivement dans nos Pyrénées. Un projet de conservation du desman ibérique mené en 2018 et 2019 par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche, de l’Alimentation et de l’Environnement, a pour objet de mener des actions de préservation de l’habitat à la source des rivières Aravalle et Becedillas, deux affluents du fleuve Tormes, situées à l’ouest de la Sierra de Gredos.

La Plataforma de Gredos est le principal point d’accès au cœur du parc, à une altitude de 1750 m, à la fin du route d’une longueur de 12 km partant du village de Hoyos del Espino et menant à un grand parking. Cette route a été construite dans les années 40, à la demande du dictateur Francisco Franco, dans le but de faciliter l’accès à son terrain de chasse.

Le cirque de Gredos depuis Las Barrerones (2210m) – De gauche à droite, Los Tres Hermanitos (avec à ses pieds, la « Laguna Grande »), El Casquerazo, la Portilla de los Machos, el Cuchillar de las Navajas, el pico Almanzor, el Ameal de Pablo, la Galana et el Risco del Grute en partie caché (cliché pris avec mon portable). 

« Circo de Gredos » – Extrait de la carte Google Earth, annotée.

Il y a un itinéraire qui mène au centre du cirque glaciaire de Gredos, très fréquenté en été par les touristes et les alpinistes. C’est celui que j’ai emprunté début mai dernier pour photographier les bouquetins. Le sentier commence à la Plataforma de Gredos (1750 m) et commence à monter vers le sud-ouest pour atteindre les Barrerones (2210 m). De là, le sentier descend au sud jusqu’à la Laguna Grande et le refuge Elola. La distance aller est d’environ 6,4 km. C’est l’un des endroits les plus importants du parc régional. Ce cirque glaciaire est le plus étendu de tout le système central, avec une superficie d’ environ 33 hectares.

À l’est du cirque se trouve le pic Almanzor, le plus haut de la chaîne de montagnes avec ses 2592 mètres d’altitude. Dans la partie inférieure du cirque, et donc au nord-est de celui-ci, se trouve la « Laguna Grande« , également d’origine glaciaire, à une altitude de 1940 m. Elle est aujourd’hui gelée et recouverte de neige. À côté de cette lagune se trouve le refuge Elola, très fréquenté par les alpinistes qui montent au sommet de l’Almanzor (cliché pris avec mon portable).

Le Cirque de Gredos se trouve dans le bassin hydrographique de la rivière Tormes, un affluent du Duero – cliché pris avec mon portable depuis los Barrerones (2210 m).

Ma seule rencontre du jour, un couple d’Espagnols de la région, cliché pris avec mon portable pendant la descente. Le monsieur a gravi la plupart des plus hauts sommets de nos Pyrénées françaises. Je n’aime plus trop me promener seul en montagne, en particulier dans la neige quand je ne connais pas les lieux et nous avons terminé la montée ensemble. Je me suis attardé pour prendre des photos et ils sont redescendus en premier. Et ce que je redoute parfois est arrivé devant moi. Avant ce cliché, le monsieur est passé en partie au travers du manteau neigeux printanier gelé et avait du mal à en ressortir. Heureusement, il s’est dégagé sans mal avant mon arrivée. Comme quoi, tout peut arriver dans cet environnement et j’en ai un peu souri, mais après!

Tout le long de l’itinéraire, outre les bouquetins ibériques, j’aurai l’occasion de rencontrer, autant durant la montée que lors du retour, de nombreux passereaux. Par moments, ils s’envolent carrément à mes pieds, des moments très sympas. Trois jours plus tôt, j’avais rencontré en Estrémadure un ornithologue allemand spécialisé dans la prises de photos d’oiseaux pour des guides naturalistes. Il m’avait raconté ces moments qu’il avait lui-même vécus et j’avoue que j’avais été d’abord un peu réticent à le croire. C’est un peu sous son incitation que j’ai choisi cette destination pour essayer de trouver à l’origine, non pas le bouquetin ibérique mais, la Gorgebleue! Et j’ai été comblé, en photographiant les deux : sentiment de plénitude en redescendant vers la voiture! Les passereaux rencontrés feront l’objet du prochain article, celui-là est déjà bien conséquent.

Mon dernier cliché de cette sortie, que j’aime bien. La harde s’éloigne tranquillement le long du chemin cairné et ce sujet se retourne pour m’observer, avant de s’éloigner à son tour.

Le retour de Capra pyrenaica dans nos Pyrénées

Ce mois d’avril 2019, le Bouquetin ibérique vient au devant de notre actualité régionale. Le jeudi 11,  il y avait du monde sur la commune d’Accous, dans la Vallée d’Aspe. Tous sont en effet venus assister à un grand moment : le lâcher au lieu-dit Aoulet de sept bouquetins ibériques originaires du parc national de la Sierra de Guadarrama en Espagne, le premier pas vers la création d’un nouveau noyau dans les Pyrénées françaises. Ils s’appellent Babeth, Batman, Hardy, Franky, Lazagne, Caramel et Espoir. Les jeunes générations sont impliquées dans la démarche et les enfants des établissements scolaires des environs ont été invités à donner un petit nom aux nouveaux arrivants. Ils sont aussi invités à assister aux lâchers des animaux. Hélas, je n’ai pu être présent à cet événement. Ce premier lâcher en Haut-Béarn marque le retour historique de ces ongulés emblématiques en terres béarnaises, depuis leur disparition il y a plus d’un siècle. D’ici 2020, ce sont 75 bouquetins qui devraient être réintroduits au total dans cette région des Pyrénées, dont 26 avant la fin de l’été. Le projet de réintroduction dans le Haut-Béarn devrait s’articuler autour de trois lâchers en vallée d’Aspe et trois autres en vallée d’Ossau où le bouquetin pointera le bout de ses cornes en 2020.

Mais le programme de réintroduction de l’espèce dans les Pyrénées françaises a en fait débuté en 2014.  Après de longs pourparlers entre la France et l’Espagne, la décision de réintroduire le bouquetin dans les Pyrénées a été prise par les gouvernements concernés (français, andorran et espagnol) en avril 2014. Les critères de réintroduction (forte variabilité génétique, enjeu sanitaire avec absence de gale sarcoptique) a conduit à la décision d’un mixage des noyaux fondateurs réintroduits, basés sur une double provenance à partir des populations des secteurs de la Sierra de Guadarrama et de Gredos, toutes les deux peuplées de la sous-espèce victoriae.

Au cours de l’été de la même année, 37 individus (Capra pyrenaica ssp. victoriae) en provenance de la sierra de Gredos ont été lâchés : 15 dans le Parc National des Pyrénées (Péguère-Ardiden, commune de Cauterets, Hautes-Pyrénées) et 22 dans dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises (cirque de Cagateille, commune d’Ustou). La population de Gredos est celle qui paraît la plus facilement adaptable au milieu pyrénéen du fait d’une similitude climatique avec un climat enneigé et froid. Les premières naissances côté français sont enregistrées dès le printemps 2015 (trois dont une issue d’une reproduction Pyrénéenne et 2 du lâcher en avril 2015 de femelles gestantes). En 2016, c’est sur la commune de Gèdre, dans la vallée de Luz/Gavarnie, que les lâchers ont été effectués par la Parc national des Pyrénées. L’objectif est de renforcer le noyau initial et d’étendre le territoire. Chaque bête est équipée de boucles auriculaires (et certaines ont en plus un collier GPS) qui permettent de les identifier et de les suivre, afin de les étudier.

D’autres réintroductions ont eu lieu par la suite dans ces deux départements; on compte à ce jour 95 lâchers (39 mâles/56 femelles) dans le parc naturel des Pyrénées ariégeoises et 109 (45 mâles/64 femelles) dans les Hautes-Pyrénées (https://www.bouquetin-pyrenees.fr/chronologie-des-lachers). La population de 140 individus qui évoluent aujourd’hui sur le territoire du Parc national des Pyrénées, et les dernières saisons de reproduction fructueuses (49 cabris en 3 ans) sont des signes encourageants pour un retour pérenne de cette espèce sauvage emblématique. Deux d’entre eux, des mâles nommés Arfi et Rico, ont déjà été vus en exploration dans le Haut-Béarn en 2016. Pour 2018, 28 cabris ont été découverts dans les Pyrénées, 13 dans le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises et 15 dans le Parc national des Pyrénées. Ces chiffres sont des minima puisque toutes les femelles n’ont pas pu être observées cette année.

Selon certains experts, une population est cependant estimée viable lorsque elle atteint deux cent individus environ. L’objectif du projet dans le Parc national des Pyrénées est maintenant de réaliser une implantation durable de deux noyaux de population en vallées d’Aspe et d’Ossau capables de se développer et de se connecter à terme avec les noyaux déjà existants en vallées de Luz et de Cauterets. L’expérience montre que les animaux sont fidèles aux sites de lâcher pour la grande majorité des individus.

Parfois confondu avec son cousin le bouquetin des Alpes (Capra ibex), le bouquetin ibérique est toutefois une espèce à part, avec des caractéristiques qui lui sont propres. La première de toutes, celle qui permet de distinguer à coup sûr un ibérique d’un bouquetin alpin, ce sont la forme des cornes. Chez Capra pyrenaica, elles forment en effet une torsade, tandis que chez Capra ibex, elles sont en courbe linéaire. L’Ibérique est aussi plus petit que son cousin alpin.

« Restaurer le bouquetin constitue un acte de réparation des pertes causées par l’homme sur le patrimoine naturel durant les temps historiques. Préalablement à toute réintroduction, la condition exigeant que soit éliminée la cause principale de sa disparition est aujourd’hui remplie grâce au statut de protection d’espèce protégée du bouquetin ibérique (arrêté du 15 septembre 2012) qui interdit de fait la chasse au bouquetin sur le versant français ».

Article rédigé le 19 avril 2019, à partir de mes photos personnelles (reflex et téléphone portable), de constations faites sur place et de publications sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens principaux :

https://es.wikipedia.org/wiki/Capra_pyrenaica

https://es.wikipedia.org/wiki/Sierra_de_Gredos

https://www.bouquetin-pyrenees.fr

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/bouquetin-iberique

Le village d’Accous en vallée d’Aspe, sous les étoiles. En arrière-plan, le cirque d’Accous avec de gauche à droite, le Pic de Bergon (2068m), le pic de La Marère (2221m). Au fond, le col d’Iseye, puis le Ronglet (2180m). 

On peut remarquer sur la colline dominant le village la réalisation du graphiste et dessinateur Thierry Fresneau qui, depuis juin 2007, crée des visuels intégrés dans le paysage, ici l’Ours pour l’année 2015. Ses œuvres délivrent des messages ou incitent à réfléchir. Ici, selon lui, l’ours est là pour interroger touristes et habitants sur « leur lien avec la nature, avec l’animal, et avec ce qui les fait vivre aussi ». 2019 sera-t’elle l’année du bouquetin?

 

 

Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

 

L’envol pour la traversée des Pyrénées au lever du soleil, avec étape à l’embalse de la Sotorena (sur l’Alberca de Alboré)

Séjour ornithologique en Espagne – 11 février 2019

La lagune de Gallocanta

pour l’observation de la grue cendrée (Nom scientifique Grus grus)

Présentation de la lagune

Le village de Gallocanta (152 habitants) au bord de la lagune du même nom.

La lagune de Gallocanta est la plus grande lagune d’eau salée intérieure d’Europe. Elle est située à une altitude de 990 mètres, au cœur de la chaîne ibérique entre les provinces de Saragosse et de Teruel (communauté d’Aragon). C’est une zone humide d’importance internationale et une réserve naturelle remarquable. Ses dimensions sont importantes, 7,5 km de long et 2,5 km dans sa partie la plus large pour une superficie de 1 400 à 1900 ha suivant le degré d’inondation, avec une zone périphérique de protection d’environ 4 500 haLa profondeur moyenne est de 70 centimètres et la profondeur maximale en période d’inondation est d’environ 2 mètres. Le bassin lui-même est délimité par les chaînes de montagne Santa Cruz et Pardos au nord, la chaîne de montagnes Menera au sud et la chaîne de montagnes Caldereros à l’est. La lagune est entourée par les villages de Gallocanta, Berrueco, Tornos, Bello et Las Cuerlas

Le climat de la région est méditerranéen continental, avec des températures de -21 ° C en hiver et 30 ° C en été. La pluie est rare et irrégulière (450 mm par an), mais avec des chutes de neige durant les mois d’hiver et des gros orages dans les mois d’été.

Extrait de la carte Google Earth, avec les principales étapes de la migration des grues de part et d’autre des Pyrénées (épingles jaunes).

Elle a un grand intérêt ornithologique pour les espèces migratrices. Elle est en particulier une étape incontournable (avec l’embalse de la Sotorena, objet de mon précédent article) sur la route de l’ouest pour la migration automnale (ou post-nuptiale) des grues cendrées entre les Pyrénées et les zones d’hivernage dans le sud de l’Espagne; et, bien sûr, l’inverse pour la migration du printemps.

Environ 25 000 grues y séjournent durant l’hiver, population à peu près équivalente à celle qui séjourne à Arjuzanx (Landes), dans le parc naturel régional des Landes de Gascogne. Elles se nourrissent dans les champs environnants où on pratique la culture intensive de maïs (grâce à l’irrigation), du tournesol et d’autres céréales, de la luzerne, etc. Ces champs offrent l’occasion d’y observer certains oiseaux de steppe à la bonne période : la Grande outarde ou Outarde barbue (Otis tarda), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax), le Ganga unibande (Pterocles orientalis) et l’Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) qui se regroupent souvent en petit nombre à la fin de l’été et le début de l’automne pour se rendre plus au sud où ils hivernent.

Une petite volée de Tadornes de Belon au lever du jour – Très nombreuses.

D’autres grands oiseaux migrateurs peuvent utiliser la lagune pour se reposer, comme les cigognes (dont la cigogne noire) ainsi que quelques flamands roses. Les anatidés peuvent y être très abondants en fonction du niveau d’inondation. On trouve également pas mal de rapaces.

Marais et roselières, au sud de la lagune.

Le sud de la lagune est alimentée par de petits cours d’eau, des eaux de ruissellement et des sources d’eau douce, propices au développement de roselières. Les grues viennent s’y laver les plumes et se désaltérer.

La salinité de la lagune est très élevée, jusqu’à dix fois supérieure à celle de l’eau de mer en fonction de l’évaporation. La forte concentration de sel dans les eaux empêche toute présence de poisson. Plus de 220 espèces d’oiseaux peuvent cependant se reposer ou séjourner dans cet environnement , comptage cumulé sur toutes les périodes de l’année.

Chevreuils et sangliers dans le givre matinal.

Parmi les mammifères, les chevreuils et sangliers sont facilement observables, ainsi que les renards et autre faune courante.

Mon séjour à Gallocanta

C’est dans ce petit paradis que je débarque en début d’après-midi, ce mardi 12 février 2019, suite aux conseils de trois ornithologues très sympathiques rencontrés le jour précédent à l’embalse de la Sotorena (province de Huesca).

Source de ce document : Memoria de gestion Reserva Natural Dirigida de la Laguna de 2016

(Gobierno de Aragon-Departamiento de Desarrollo Rural).

Le trajet sur l’A23 depuis ma dernière destination, Montmesa, se passe sans histoire. La distance prévue est de 205 km pour environ 2h30. Après avoir contourné Saragosse, à la hauteur de Carinena, j’aperçois pas mal d’amandiers en fleurs. La route monte régulièrement et à un moment, mes oreilles se débouchent; on est en altitude. Je passe un petit col à 925m, el purto de Rueda. Je prends la sortie 232 pour la N330 jusqu’à ma nouvelle destination, le village de Gallocanta. Beaucoup de paysages de steppes vallonnées le long de la nationale; quelques arbres isolés sur une terre très rouge. Quelques tracteurs sont en train de la travailler. A l’horizon, une chaîne de montagnes avec des sommets arrondis, dont un est enneigé à l’arrière-plan. La ville de Daroca semble avoir une histoire intéressante, avec plusieurs centaines de mètres de remparts dont certains ont été restaurés. J’apprendrai que cette ville a été celte, puis romaine, puis arabe, puis indépendante, pour enfin devenir espagnole. Il me reste encore une quinzaine de kilomètres à faire sur une route qui monte avec beaucoup de lacets, au milieu d’un paysage montagneux et aride par endroits. Quelques forêts de chênes-lièges et des plantations d’arbres fruitiers en fonction de l’exposition. Après avoir passé à nouveau un petit col, je redescends en apercevant au loin ma lagune, sur un immense plateau qui s’étend à perte de vue.

Arrivé sur un point dominant la lagune, je suis agréablement surpris par son importance ainsi que de constater qu’il n’y a aucune végétation qui l’entoure. Il n’y a pratiquement pas d’arbres et ceux qui ont eu le courage de pousser sont plutôt rabougris. Les terres cultivés descendent en pente très douce vers l’eau. Il fait très beau et la réverbération à la surface est importante; c’est très joli. Il ne fait que 9 °C, avec du vent.

Mes premières grues au bord de la lagune, depuis « el Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Le village de Gallocanta, à l’heure « del almuerzos ».

Les premières grues sont déjà visibles, c’est bon signe pour la suite du séjour. Je rentre dans Gallocanta, village classique d’Aragon aux murs couleur de terre ou blanchis à la chaux et absolument désert, même pas une voiture. Un chien qui traînait par là vient me tenir compagnie. J’oubliais! Es la hora del almuerzos! Il est 14h00 et j’ai fait 520  km depuis le départ de mon domicile. 

« El Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Je m’arrête au Centre d’information sur la réserve naturelle de Gallocanta (Centro de Visitantes). Il a fermé à 13h30 et il ne rouvre qu’à 15h30. Ce n’est pas grave. Je commence à prospecter en prenant le sentier praticable qui fait le tour du site, long de trente-trois kilomètres avec de temps en temps un observatoire panoramique assez éloigné de la berge. Direction l’observatorio de los Aguanares!

L’observatorio de Los Aguanares, situé au bord de la partie nord de la lagune. Le niveau de l’eau est bien en retrait.

Vue vers l’est depuis los Aguanares.

Deux vues vers l’ouest depuis los Aguanares.

Vues vers le sud, depuis los Aguanares.

Le niveau d’eau n’est pas à son maximum en ce moment. Le moment de la journée n’est pas propice à la photographie, il y a peu d’oiseaux et la lumière trop éclatante. Je m’arrête un instant à l’observatoire de Los Aguanares, sans insister. Je poursuis mon tour vers l’observatoire de La Ermita. Pendant quelques kilomètres, le chemin s’éloigne de l’eau pour ménager une zone de tranquillité interdite d’accès. Il monte ensuite vers le prochain point de vue.

L’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, sur les hauteurs en face du village de Gallocanta, avec un point de vue dominant sur la lagune côté nord-ouest. 

Vue plongeante sur le nord de la lagune, depuis l’observatoire de los Ojos.

Vue zoomée depuis los Ojos.

Arrivé à l’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, je fais une halte à l’observatoire de La Ermita, puis à celui de Los Ojos. La vue plongeante sur les berges où les grues sont paisiblement en train de se nourrir est bien plus intéressante et la lumière plus flatteuse que mon précédent arrêt. Je continue ensuite vers le mirador de La Reguera. 

Grues en train de se toiser, près du mirador de La Reguera. Moment typique de la parade nuptiale.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera – La parage nuptiale a commencé.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. Le tracteur a dû se frayer un passage.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. L’envol dans la lumière du soir, pour laisser passer un tracteur. 

Sur le circuit vers le mirador de la Reguera, j’observe quelques linottes mélodieuses, des bruants, une volée de perdrix et … une surprise dans un champ : une grosse volée de plus de 500 grues proches du chemin. Je les observe un bon moment, jusqu’à ce qu’un tracteur arrive derrière moi. Je me gare mieux pour le laisser passer et celui-ci s’avance vers les grues qui ne bougent pas. Il est à la limite de les pousser pour que, finalement, elles s’écartent pour le laisser passer. Et moi qui avait peur de les perturber! Manifestement, elles sont habituées aux engins agricoles mais il ne faut pas croire pour autant qu’elles sont apprivoisées. C’est sympa de les voir faire et j’aurai l’occasion de faire mes premières photos en me rapprochant jusqu’au mirador de La Reguera. Elles ont des chances d’être réussies : il est bientôt 18 h et la lumière jaunit. Le soleil est bas et les couleurs deviennent très belles. Je me fais plaisir. A peine envolées, poussées par le tracteur, les grues se reposent un peu plus loin, en trompettant.

Entre le mirador de la Reguera et le village de Bello. 

Dans les environs de los « Arboles de Mateo ».

Dans un champ juste avant l’entrée du village de Bello, une partie de la parade nuptiale dans la lumière rasante du soir, 

avec un couple accompagné par le jeune de l’an dernier.

Les grues, avec cette belle journée ensoleillée, ont manifestement l’intention de traîner assez tard. Je continue mon tour tout en observant quelques petits groupes dans les champs, par-ci par-là. J’ai l’occasion de photographier deux grues en train de parader, les ailes dépliées, et de les observer longuement. Le rituel pré-nuptial a déjà commencé, avant la remontée vers le Nord de l’Europe. 

« Pour ce rituel, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, en décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant. Ce rituel est visible aussi, en partie, sur d’autres photos ».

Je traverse le village de Bello puis je me dirige vers le village de Tornos. Après « el Centro de Interprétation de Bello », je ne vois qu’au dernier moment la bifurcation pour reprendre le tour de la lagune; je verrai çà demain, il est tant d’aller assister au coucher des gruesà mon point de départ.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta. 

Le tour du site est terminé. Je suis de nouveau arrivé au centre d’interprétation qui domine le fond de la lagune, côté nord. Le spectacle est très intéressant. Le soir tombe et les grues reviennent au dortoir. Les grues migrantes arrivées dans la journée se sont d’abord posées dans l’eau et sur les berges, puis elles se sont envolées d’un seul tenant pour aller se nourrir dans les champs plus au nord. Ce sont probablement les mêmes qui reviennent à cette heure très tardive. J’observerai également ce phénomène le jour suivant. Que c’est beau! La surface de l’eau reflète les couleurs du ciel qui passe du jaune doré au rouge intense puis revient vers le jaune. Elles sont loin et on n’y voit plus beaucoup; heureusement, j’ai un objectif lumineux. Je pose mon matériel sur le trépied et je continue à photographier. Elles continuent à arriver dans l’obscurité et on peut entendre leur chant très puissant retentir d’un peu partout, même venant de champs très lointains. C’est la première fois que je peux assister à ce spectacle très coloré au bord de l’eau.

Le retour des grues à la nuit tombée. Vue d’ensemble du nord de la lagune, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Il est 19 heures; je ne peux plus photographier mais je continue à me régaler, tout en pensant qu’il faut que je prenne une décision pour dormir! Parti de la maison avec des courbatures partout et un gros mal de tête, j’ai écarté la grippe comme l’une des causes possibles, ne me sentant pas le front chaud. Je choisis la sagesse en me reposant dans un bon lit plutôt que de dormir dans la voiture, solution que j’aime bien pourtant car elle me laisse une liberté totale. Il est bientôt 20h00 et je me dirige vers l’auberge Allucant à Gallocanta. Accueillante et très chaleureuse, elle a de la place, heureusement pour moi. J’y passerai une bonne soirée et une bonne nuit. Avec en projet d’être présent avant l’aube afin de voir les grues dans leur sommeil!


Mercredi 13 février 2019 – J’ai prévenu le patron, Javier, que je partirai très tôt pour assister au départ des grues et que l’on ne se verrait sans doute pas. Le ciel est magnifique, très étoilé et sans un seul nuage. Il fait froid et j’ai la surprise de trouver le pare-brise gelé; je perdrai du temps à le dégeler. Il fait – 4 °C. La campagne est magnifique, la végétation est givrée; toute la plaine est blanche.

Premières lueurs de la deuxième journée, depuis « los Aguanares ».

Depuis « los Aguanares ». Le ciel rosit.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Les premières lueurs du jour sont déjà passées quand j’arrive à l’observatoire « Los Aguanares »; j’ai calculé trop juste! Cela me décide déjà pour rester un jour de plus, je tiens absolument à observer les grues lorsqu’elles sont encore sur leur dortoir. En effet, elles décollent toutes ensemble au moment où j’arrive, c’est leur heure! J’ai les doigts gelés et quelques difficultés à paramétrer mon reflex. La lagune est d’un calme olympien, la surface est lisse comme un miroir. Quelques grues sont quand même restées, ce qui me laisse l’occasion de faire tranquillement quelques photos. Au fur et à mesure que la lumière paraît, la campagne « scintille ». La température a continué à chuter et le spectacle est top.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Depuis « los Aguanares ». Direction l’embalse de la Sotorena, puis les Pyrénées.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Direction les champs alentour.

A 8h30, le soleil a bien dépassé les hauteurs des montagnes environnantes et il ne reste plus de grues au dortoir; je reviens à la voiture pour aller observer les grues dans les champs alentour. Demain, je reviendrai absolument de nuit. 

Entre Los Ojos et Las Cuerlas, dans les champs.

Entre Los Ojos et Las Cuerlas – Chevreuils dans la steppe.

Entre Las Cuerlas et le mirador de La Reguera – Brumes bleutées matinales.

Dans les champs près du mirador de La Reguera. La grosse concentration des grues de la veille. Où ont’elles dormi?

La campagne est intéressante, il y a pas mal de rapaces, dont des faucons crécerelle et des busards saint-martin. A l’arrivée au mirador de « La Reguera », les grues sont toujours là mais plus craintives que la veille. Quel attroupement! Ont-elles passé la nuit dans les champs? Je ne saurais le dire, la matinée est déjà avancée. Une chose est sûre, je les entendais chanter de loin hier dans la nuit et ce matin avant d’arriver. Je me fais encore plaisir à les photographier, on ne se lasse pas de ce genre de spectacle. Que vais-je faire de tous ces clichés?

Tadornes de Belon.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Une parade nuptiale.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

10h00 du matin, ce mercredi! La température remonte doucement, il fait un beau soleil! Je continue le sentier en direction du village de Bello. Au bord de la lagune mais assez loin de mon poste d’observation, un gros rassemblement d’anatidés que je prends d’abord pour des Tadornes de Belon. J’en voie parfois quelques-unes au lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées).  Les clichés me donneront raison. On l’appelle « Tarro blanco » en espagnol. C’est un bel oiseau!

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Parade nuptiale.

Dans un champ, à l’entrée du village de Bello.

En arrière-plan dans les turbulences de l’air, le village de Tornos.

Arrivé à l’opposé de la lagune, plein sud, je ne voie plus de grues. C’est pourtant à partir de là qu’il est conseillé de faire le tour du site, avec le soleil dans le dos. Les jours se suivent et peuvent ne pas se ressembler. Le soleil est maintenant haut, il est 11 heures. La lumière est dure et les brumes de chaleur commencent à perturber la netteté des clichés. Depuis mon arrivée hier, je remarque que je suis le seul photographe / randonneur. 

Le fond de la lagune, au sud, avec le village de Las Cuerlas.

En fait, les grues sont bien là, posées au milieu des roselières dans la partie où émergent des sources d’eau douce. Elles pataugent à la recherche de nourriture dans cette zone marécageuse et sont en fait bien plus nombreuses que dans la partie nord. J’aperçois un garde en voiture dans la Réserve Naturelle, salarié du gouvernement d’Aragon. Rencontre qui tombe à pic, elle me permet de repérer le chemin autorisé dans le périmètre de la lagune, que j’avais deviné trop tard hier. Il se dirige vers le mirador del Canizar. J’apprendrai que l’entrée de ce chemin est un bon spot pour observer l’arrivée des grues venant de la la migration.

Le mirador del Canizar.

Depuis le mirador del Canizar. Vue vers le fond de la lagune et vers « el Centro de Interprétation de Bello ».

Depuis le mirador del Canizar. Arrivée d’un groupe de chevreuils.

Depuis le mirador del Canizar. Chevreuils et grues font bon ménage.

Depuis le mirador del Canizar, j’ai l’occasion de surveiller le mouvement des grues dans les marais de la partie sud; il y en a, je pense, autour de 4 000. Un petit groupe de chevreuils traverse en pataugeant dans l’eau. La scène est très sympa. Je me contenterai ensuite d’observations visuelles, bien que lointaines. Il est déjà 14h00 et les perturbations atmosphériques sont particulièrement prononcées au travers d’un téléobjectif ou de lunettes d’observation. Je vais profiter de ce moment où il n’y a plus grand chose à faire pour passer à l’auberge réserver une nuit supplémentaire. A partir de 16h00, je reviens à l’observatoire « Los Aguanares ». Les grues sont plus nombreuses qu’hier.

Depuis Los Aguanares – Les grues arrivées de migration dans l’après-midi repartent se nourrir dans les champs en passant au-dessus de moi. Au fond, l’observatoire Los Ojos.

Depuis Los Aguanares – Vue vers l’observatoire del Centro de Interprétation de Gallocanta, libre d’accès. 

Entre 16h30 et 17h00, les grues redécollent de la partie nord de la lagune. Clichés de proximité.

Entre 16h30 et 17h00, toutes les grues repartent vers le nord pour ne revenir qu’à la tombée de la nuit: cela me confirme que ce sont sans doute des grues de passage. J’aurai ce soir l’occasion de faire quelques rencontres. Tout d’abord, un photographe passionné par les grues venu spécialement de Salamanque : il me passera pas mal d’informations dont certaines sont reprises dans cet article, confirmées par mes recherches. Il y aura ensuite Enric, avec qui on échangera nos adresses de site internet. Et enfin, juste avant la tombée de la nuit, trois messieurs ornithologues sont arrivés, des Espagnols étrangers à la région. L’un deux m’a indiqué un spot pour des gypaètes barbus dans le parc national d’Ordesa et du Mont Perdu, « La Garganta de Escuain », très intéressant pour lui. Toutes mes rencontres du jour ont été positives!

Depuis Los Aguanares. Rayons rasants sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil – Il faut monter en iso!

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil. La lagune est encore calme.

En ombre chinoise, « el ermita Virgen del Buen Acuerdo », avec un point d’observation sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des grues à la tombée de la nuit. Les volées se suivent, nombreuses.  

En surplomb, l’observatoire de Los Ojos.

Depuis Los Aguanares. Vues partielles des grues au dortoir. Les conditions ne sont plus propices pour la photo.

Les grues sont revenues en nombre vers 19h30 alors que la luminosité avait bien faibli. Un spectacle magnifique qui continuera même à la nuit noire!

De retour à l’auberge tardivement, j’aurai l’occasion de finir la soirée en discutant encore d’ornithologie avec un couple venu également observer les oiseaux dans la région. J’apprendrai aussi sur internet que toutes les grues ayant hiverné sur le site d’Arjuzanx (Landes) sont reparties ce mercredi. Le comptage officiel à Gallocanta ce mercredi 13 février est de 22 013 grues sur le site du gouvernement d’Aragon, avec un maximum de 35 316 sept jours plus tard.

Je rappelle au passage les grandes étapes de la migration pré-nuptiale des grues cendrées quittant les vastes plaines et la dehesa de l’Estrémadure pour le Nord de l’Europe : la lagune de Gallocanta (objet de cet article), l’embalse de la Sotorena (précédent article), traversée des Pyrénées jusqu’au site d’Arjuzanx (Landes, objet d’un futur article) puis le lac du Der (Champagne-Ardennes).


Jeudi 15 février 2019 – Ce matin, je ne me suis pas fait piéger! J’ai mis la veille une protection contre le gel sur le pare-brise que je garde toujours dans un coffre bien pratique du Partner. Le ciel est toujours aussi magnifiquement étoilé et sans aucune pollution lumineuse quand je pars. Arrivé à l’observatoire « Los Aguanares », j’aurais l’occasion cette fois-ci d’assister au réveil des grues alors qu’il fait encore nuit. La brume est en train de se former sur la lagune!

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». La plupart des grues sommeillent encore. (temps de pose 1 sec, iso 800 et ouverture maxi). 

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Lueurs de l’aube et envahissement de la brume.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Les premières grues s’envolent vers l’est.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». L’envol en masse, au-dessus de l’observatoire. Cliché éclairci (il fait encore sombre).

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». « A bientôt ».

Il fait très froid et j’attrape l’onglet au contact du matériel photo qui se refroidit lui aussi. J’ai du mal à le tenir malgré mes gants (un peu trop légers pour la circonstance). Au fur et à mesure que l’aube surgit, les grues s’agitent de plus en plus et le « top départ » est donné à 7h50 et ne dure que quelques minutes. Il ne reste plus qu’une dizaine de grues sur le site alors que le soleil n’est pas encore levé.

Ayant assisté à son lever la veille, je n’attendrai pas une seconde fois et je repars parcourir la campagne environnante, recouverte de givre.

L’ambiance est magnifique sous le givre. Le brouillard envahit le paysage et masque le lever du soleil. Je ferai quelques jolies rencontres avec la faune après l’observatoire de Los Ojos dans une zone herbeuse non entretenue, avec deux groupes de chevreuils et neuf sangliers. Il fait – 4° C, ce matin.

Paysages de brumes vers les villages de Las Cuerlos et Bello.

Paysages de brume vers le village de Bello. Quelques grues se nourrissent déjà au premier plan.

Le soleil éclaire parfois la cime des rares arbres disséminés dans la campagne.

Le mirador de La Reguera, pris en direction du sud de la lagune.

Près du mirador de La Reguera, enveloppé dans le brouillard – La (très) grosse volée du grues est encore là!

Parade nuptiale dans la brume et la gelée matinale, qui ne refroidissent pas les ardeurs!

Je me répète : « pour le rite pré-nuptial, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant ». Magnifique à observer, et … un peu incompréhensible.

Le faucon crécerelle est lui aussi un peu « givré ». Il se laisse approcher sans problème, un peu frigorifié.

Depuis le « Centro de Interpretation de Bello ». La brume au-dessus de la lagune.

Il n’a pas dû pleuvoir depuis un petit moment, les pistes sont poussiéreuses et la voiture en profite. Elle mérite déjà un bon lavage. Le soleil commence à percer vers 10h00 et je passe au  Centre d’interprétation de Bello dès son ouverture. J’y récupère leur dépliant de présentation, très bien fait. On m’y confirme la présence de l’Outarde barbue mais ce n’est pas la bonne période. Ici, elle serait un migrateur partiel qui arriverait de la Castille en avril/mai. Le brouillard s’est levé et on retrouve la lumière dure bien connue et peu propice à la photographie. Par contre, la lagune elle-même reste noyée dans la brume. J’ai fait les photos que je voulais et je n’ai aucune raison de m’attarder plus longtemps sur le site.

Il y a une zone que je n’ai pas explorée (découverte tardivement) et qui peut être intéressante, c’est celle située au bord du chemin reliant Tornos à Torralba de los Sisones, puis Blancas. Elle est autorisée. Il y a aussi des photos de paysage intéressantes à faire depuis les hauteurs de Berrueco, au coucher du soleil (mirador El Castillo de Berrueco). Je le garde pour une autre fois. C’est certain, je reviendrai avec un programme élaboré : il y a beaucoup de choses à voir et à faire ici!

Sur le dépliant, je vois qu’il y a une autre petite lagune située à une dizaine de kilomètres, la lagune de la Zaida, et je décide d’aller y faire un tour avant de quitter la région: le Centre d’interprétation me l’a conseillée. Je prends d’abord un café dans un petit bar au village de Bello, pour m’imprégner une dernière fois de cette ambiance espagnole que j’aime bien.

Aux abords de la Lagunica, entre les villages de Bello et Tornos.

Deuxième et dernier passage d’observation des grues à proximité du mirador del Canizar, avant de quitter définitivement la lagune.

Vers 11h00, il fait + 7° C. Je prends la route vers Zaida, en longeant une dernière fois la lagune côté est. J’apercevrai encore un groupe de six un peu plus tard, dans une zone cultivée. L’atmosphère se réchauffe et comme je suis moins concentré sur les grues, je remarque pas mal d’alouettes et de bruants proyer, des chardonnerets et pas mal d’autres passereaux. Finalement, je me rends compte qu’il y a bien plus de grues disséminées autour de la lagune aujourd’hui qu’hier. Elles sont même très nombreuses autour du Centre d’interprétation de Gallocanta, celui qui était fermé à mon arrivée avant-hier et où il n’y en avait aucune.

Il est midi et ma dernière vision avant de quitter définitivement la lagune est la vue sur « Los Aguanares » dont les berges commencent à se remplir de grues. Journée de grand passage? Sans doute, confirmé par le recensement que j’ai trouvé plus tard pour cet article sur le site dédié du gouvernement d’Aragon.

Source officiel du document : site internet Gobierno de Aragon

La laguna de la Zaida

Partie d’un dépliant du Centre d’Information de la réserve naturelle à Bello.

La lagune de la Zaida située à proximité de celle de Gallocanta présente un intérêt évident pour l’avifaune, avec son eau douce. Elle est alimentée par les ruisseaux descendant de la Sierra de Santa Cruz. Son seul inconvénient est qu’elle n’est pas permanente. En effet, un barrage fut construit au XVIè siècle avec une porte qui, par un accord et une année sur deux, empêche l’arrivée d’eau du ruisseau à la dépression de la lagune. Quand la porte est fermée, l’eau est détournée par un canal d’évacuation vers la lagune de Gallocanta (appelé « Acequia Nueva »). De cette manière, la terre de la lagune est cultivée pendant un an et quand la récolte est terminée, les vannes sont rouvertes à la mi-août et la lagune est à nouveau remplie d’eau. On peut y trouver un oiseau nicheur intéressant, le Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis), la Guifette moustac (Chlidonias hybrida), des vanneaux huppés, des foulques et divers canards. Et, bien sûr, … des grues, beaucoup de grues au moment où j’y suis passé!

Les années pluvieuses, bien remplie, elle a un diamètre d’environ deux kilomètres couvrant 215 ha pour une profondeur moyenne d’un mètre. Les années où la pluviométrie est moins généreuse, la surface inondée peut être beaucoup plus petite ou complètement sèche, avec les chaumes de l’année précédente dans de nombreux cas.

Vues d’ensemble de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

Entre Gallocanta et la Zaida, j’ai l’occasion d’observer quelques petits groupes de grues en train de se nourrir un peu partout dans les champs. Une approche est parfois possible avec quelques précautions. Après avoir pris la direction de La Molina de Aragon, on tourne à droite un peu plus loin en direction de El Monastorio de Piedra et on longe la lagune sur la droite. Une piste permet de suivre les berges de la lagune côté est puis nord. La première impression est inhabituelle, le paysage ressemble à celui de champs inondés. Rien d’étonnant quand on connaît l’historique que je ne découvrirai que plus tard. Il y a vraiment beaucoup de grues, mais assez éloignées de mon poste d’observation : dans l’eau, sur la terre ferme et certaines en train de tourner : tout cela dans un brouhaha étourdissant. Un sacré spectacle! Rien à voir avec Gallocanta, où elles étaient dispersées. J’ai même le sentiment qu’il y en a bien plus ici!

Vues un peu plus rapprochées de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

J’ai la surprise d’y retrouver Enric, rencontré la veille à « Los Aguanares ». Il était déjà venu l’année précédente et avait été déçu, la lagune était à sec : j’en ai maintenant l’explication! J’ai fait quelques clichés, surtout d’ambiance car il ne faut pas trop espérer faire des photos de proximité. Il n’y a aucune végétation pour se cacher et aucun abri. Il n’y a aucune protection particulière sur ce site mais tout est une question de déontologie. Les aubes et les crépuscules doivent y être spectaculaires, … une année sur deux. Pas de rendez-vous maintenant avant deux ans, du moins pour cette lagune! Je reprends le chemin du retour vers 14h00, très satisfait de mon séjour qui, bien que court, a été très bien rempli.

Je vais suivre les conseils de ma rencontre d’hier-soir et je décide de faire un détour à l’approche des Pyrénées, direction Ainsa pour repérer le spot des gypaètes barbus, les gorges d’Escuain. Ces gorges sont situées dans la partie sud-est du parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu, dans la province de Huesca (Aragon). La lumière s’adoucit et les paysages sont très beaux. Certains sommets sont enneigés.

Le petit village d’Escuain, où je rencontrerai plus de chats que d’habitants (village très typique en cours de restauration et complètement désert).

Vue depuis le village d’Escuain.

Gorges d’Escuain au coucher du soleil.

Dernières lumières en redescendant du village d’Escuain (route en très mauvais état).

J’arrive au village d’Escuain peu avant le coucher du soleil, en montant par une route raide (pente jusqu’à 25%), étroite, sinueuse et en très mauvais état (nids de poule et bas-côtés défoncés) avec présence de neige de temps en autre. Heureusement, je ne croiserai qu’une voiture. Le petit village a beaucoup de charme avec ses murs en pierres, ses lauzes et ses cheminées aragonaises, abandonné mais en cours de restauration. Le toit de l’église est effondré, le clocher est toujours présent. Le cimetière attenant, lui, semble entretenu et le lavoir a été restauré. J’imagine un instant la vie reprendre dans ces rues très étroites, un autre monde aujourd’hui disparu. Une antenne parabolique et 4 éclairages publics détonnent dans cette ambiance. Le village est traversé par le GR 15 et c’est le point de départ de quelques randonnées. Il fait très frais, tout est dans l’ombre. La lumière jaunit sur les parois verticales alentour. L’endroit est superbe mais il est trop tard pour observer les rapaces. Qu’importe! Je sais déjà que cela vaudra le coup d’y revenir en prenant mon temps. Direction maintenant le tunnel de Bielsa pour traverser les Pyrénées où je retrouverai la neige, qui n’a pas beaucoup fondue.

En résumé, un petit séjour très positif avec 1100 km effectués sur 4 journées complètes. Mes trois amis ornithologues de Montmesa m’ont très bien conseillé pour compléter mon séjour, je les en remercie. Ils m’avaient aussi conseillé « el Delta del Ebro ». Peut-être le but de ma prochaine sortie? Ces rencontres ont toujours été pour moi et jusqu’à présent enrichissantes.

Où loger à Gallocanta

L’un de mes trois amis ornithologues rencontrés à l’embalse de la Sotorena m’avait prévenu qu’il pouvait faire assez froid à Gallocanta, situé sur un plateau en altitude, et que je risquerai sans doute d’avoir froid si je dormais dans la voiture. Il m’a conseillé d’aller plutôt à l’auberge du village, l’Allucant, très sympathique. C’est ce qu’il faisait lui-même plutôt que de dormir dans le camping-car. Je l’ai écouté et j’ai été ravi par l’accueil, par le rapport qualité/prix, par l’amabilité du personnel, par le calme, … Le patron, Javier, est très à l’écoute et connait bien la faune locale. C’est une auberge avec lits en dortoir ou des chambres privatives et on met et ramasse son couvert. Le sentiment général qui s’en dégage est celui de la convivialité et de l’authentique. J’ai eu la surprise d’y voir affiché la mise à jour manuscrite du comptage des grues sur la lagune. Et puis, quel plaisir de baigner dans cette atmosphère prenante en entendant le chant des grues depuis l’auberge. J’y reviendrai avec plaisir.

Article rédigé le 31 mars 2019, à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet, dont principalement :

https://champagne-ardenne.lpo.fr/grue-cendree/grus/gallocanta?showall=1

14 février 2019 10h41 – La Grue cendrée (Grus grus), laguna de Gallocanta.

Les grues de l’alberca de Alboré, sur l’embalse de la Sotonera (Aragon)

Les grues de l’alberca de Alboré, sur l’embalse de la Sotonera (Aragon)

Le petit village de Montmesa (Aragon) et les grues cendrées se nourrissant dans les champs, avec la gelée matinale

Séjour ornithologique en Espagne – 11 février 2019
L’alberca de Alboré, sur l’embalse de la Sotonera
pour l’observation de la grue cendrée (Nom scientifique Grus grus)

L’envol des grues cendrées au petit matin sur l’Alberca de Arboré, depuis le Corral de Antonié.

Les belles lumières d’Espagne me manquent depuis quelques jours. L’hiver est une période toujours difficile à passer ; journées courtes, peu de lumière, le froid, l’humidité, tout cela finit par me peser. Heureusement, il a enfin neigé sur les Pyrénées, l’occasion de faire des sorties raquettes. On sent quand même que le printemps arrive : la migration retour a commencé. Lundi, je partirai. Ma destination est toute trouvée, grâce à Antoine qui, lors d’une sortie raquettes vendredi, m’a parlé des grues qui s’envolaient devant lui lors d’une sortie VTT à l’embalse de la Sotorena, en Aragon. Cela suffit pour me décider.

Ce 11 février au matin, le site d’Arjuzanx dans les Landes confirme l’arrivée de grues venant d’Espagne, avec plus de 16 000 oiseaux comptés. Les prévisions météo sont bonnes en Aragon et sur les Pyrénées à partir de demain et pour la semaine. Les grues de la péninsule ibérique vont bouger. Après avoir chargé le matériel photo et quelques affaires pour dormir dans mon Partner, me voilà donc sur la route vers l’Espagne en passant par le Pourtalet. La météo d’aujourd’hui n’est pas clémente chez nous. La vallée d’Ossau est sous la pluie avec un plafond nuageux très bas. La neige est au bord de la route depuis Laruns et la température extérieure chute.

A Gabas, les prairies sont sous la neige, une quarantaine de centimètres quand même. Le labrit et les deux patous des Pyrénées de l’auberge de l’Ossau sont au chaud aujourd’hui, pas de sieste sur le perron.

Les deux pointes de l’Ossau, vues depuis Gabas par temps dégagé.

A la sortie du village, l’Ossau est dans les nuages ; l’occasion pour rappeler qu’il y a eu encore une intervention pour secourir deux randonneurs espagnols bloqués dans le couloir de Pombie-Suzon dans la nuit de samedi à dimanche (ramenés sains et saufs à 5h30 du matin au refuge de Pombie ; une intervention de nuit très particulière). La pluie s’est changée en neige maintenant. Le lac d’Artouste est en grande partie gelé. Le chasse-neige devant moi remonte vers le col, sur la route bien dégagée.

Une femelle isard (on l’appelle une chèvre) et son chevreau, à gauche.

La face sud de l’Ossau depuis le col du Pourtalet, par beau temps

Je m’arrête un moment pour photographier des isards dans la neige, avant de passer le col du Pourtalet (1794m). Le cirque d’Aneou est magnifique et il n’y a pratiquement personne ; la température est devenu négative. Après avoir passé la frontière, je suis accueilli avec un début de soleil pendant la descente vers Gallego. Il y a moins de neige sur le versant espagnol et la route est sèche. Cà y est, je me sens en vacances. Le voile du ciel disparaît et je continue ma route sous un beau ciel bleu. Il me reste environ 2h00 de route et 120 km jusqu’à ma destination d’aujourd’hui, le petit village de Montmesa (Aragon) après avoir contourné Huesca par l’ouest. J’arriverai vers 17h30 pour assister au coucher des grues.

Le petit village de Montmesa, à mon arrivée à l’observatoire.

L’Embalse de La Sotorena – Postes principaux (*) pour l’observation de la Grue cendrée

(Impression écran de la carte Google Earth)

L’Embalse de La Sotorena – Postes principaux (*) pour l’observation de la Grue cendrée

(Impression écran de la carte Mappy)

A la sortie de Montmesa, je m’engage sur une piste poussiéreuse jusqu’à un embranchement : vers la gauche se trouve l’observatoire de Montmesa, donné comme étant un bon endroit pour les photographes. À droite, La Mezquita, qui est le meilleur endroit pour voir les grands vols de grues quitter le dortoir. Le droit chemin mène au « Corral de Antonié », où sont situés quelques vieux bâtiments de ferme. De là, on voit très bien la lagune de l’Alboré. C’est le meilleur endroit pour voir l’arrivée des grues au dortoir.

Les grues las grullas Embalse de La Sotorena Alberca de Arboré Montmesa Huesca Aragon

Les grues se posent sur une île et sur les berges, au milieu des tamaris. Cliché pris depuis l’observatoire de Montmesa

Je me dirige vers l’observatoire de Montmesa. A la descente de la voiture, je suis accueilli par quelques vanneaux et un vent froid. Le périmètre de sécurité pour la quiétude des grues est assez important et j’assisterai à leur arrivée au dortoir que de très loin. Les arrivées de grues à la Sotorena pendant la migration se font tout au long de la journée mais le mouvement les plus important vers la zone humide, à l’abri des prédateurs, est au coucher du soleil.

Sur la berge, quelques grues isolées.

Les clichés ci-dessus sont pris à proximité de la berge du réservoir hors zone de quiétude, dans la direction de Santa Zilia par le « camino verde ».

La nuit tombe sur le village de Montmesa – Cliché pris depuis la route en direction de Tormés.

Après avoir pris quelques photos, je reprends la voiture pour faire le tour du lac par le sud, en prenant une piste en direction de Santa Zilia vers le bord du réservoir. Au milieu des Tamaris, j’assisterai au coucher du soleil en marchant sur le « Camino Verde »; puis, je reprends la route en repassant par Montmesa. L’obscurité arrive trop vite, sans que j’ai pu localiser l’Alberca de Alboré, où les grues se reposent pour la nuit. Je verrai çà demain! Je dors dans le Partner à Biscarrués, un petit village tranquille; je serai à peine dérangé dans mon sommeil par un chien que j’entends longuement gémir avec insistance près de moi, juste derrière la portière.

Au matin, je repars vers la Sotorena alors qu’il fait encore nuit. Il fait plutôt froid, -1°C et le ciel est magnifique sans un seul nuage ; les étoiles scintillent. Une belle journée s’annonce, la campagne est givrée. Mon Gps ne fonctionne pas à cause de la mauvaise couverture réseau mais j’ai pu télécharger la carte de la région hier-soir en me connectant à la wifi d’un restaurant ; je quitte la route à la hauteur de Puendeluna pour un chemin en direction de lAlberca de Alboré. J’ai droit à un beau lever du jour. Les flaques d’eau sur le chemin en mauvais état sont gelées, la température a encore chuté, il fait -3°C. J’arrive enfin à un point dominant la lagune, après avoir parcouru quelques kilomètres et avoir eu un doute sur ma direction au regard de l’état du chemin.

A mon arrivée, je ne suis pas seul : deux ornithologues originaires de la région de San Sébastian sont déjà à pied-d’oeuvre avec un téléobjectif et une longue-vue (digiscope). Je vais leur dire bonjour et, très sympathiques, ils m’indiquent un bon endroit pour pouvoir photographier.

Quelques grues sont déjà dans les champs environnants au nord de la lagune, en train de picorer ou de se lisser les plumes.

D’autres petits volées les rejoignent, au fur et à mesure que le soleil se lève au-dessus des monts environnants.

Les grues sont en attente çà et là entre les tamaris, sur l’herbe givrée (un petit groupe est visible tout à droite)

Les grues ont passé la nuit sur un îlot et sur les berges. Certaines volées partent vers le Nord.

D’autres volées partent vers le sud. 

Tous les clichés ci-dessus sont pris depuis le Corral de Antonié.

L’envol des grues a commencé. Rien que pour ce spectacle, cela valait le coup de venir ! Les grues se sont réveillées alors qu’il faisait encore nuit et peu après l’aube, elles quittent l’île par petits groupes pour se reposer dans les champs voisins au nord de la lagune. Elles y arrangent leurs plumes et picorent le sol à la recherche de nourriture. Au fur et à mesure que la lumière envahit le paysage, certaines reprennent la route de la migration depuis les champs et depuis les berges de la lagune. D’autres partent vers le sud : elles font sans doute partie de celles qui séjournent encore sur le site.

Il est 8h30, le soleil éblouit le paysage maintenant et les deux ornithologues me proposent de les suivre vers un autre point de vue pour continuer à observer les grues avec le soleil dans le dos. J’accepte avec plaisir. Nous prenons un chemin différent de celui de mon arrivée et d’après un poteau indicateur, j’étais au mirador El Corral de Antonié.

Au fond, le clocher de Montmesa. Les grues quittent la lagune, en direction des Pyrénées. Cliché pris en revenant vers Montmesa par le nord.

El Corral de Antonié, depuis l’observatoire de Montmesa. Une petite volée de grues vient de décoller pour aller se nourrir dans les champs.

Je suis arrivé par un chemin en mauvais état situé à gauche des bâtiments de ferme. Le bon chemin part de la droite jusqu’à Montmesa. 

Les grues dans les champs, depuis l’observatoire de Montmesa.

Direction vers le Nord.

En arrière-plan, les monts Ibériques depuis l’observatoire.

Grues arrivant du Sud.

Ce chemin en bon état fait le tour de l’Alberca de Alboré par le nord, en direction de Montmesa. La veille, j’avais hésité pour le prendre car, sans moyen pour le vérifier, je pensais qu’il se perdait dans les champs. Nous arrivons à l’observatoire de Montmesa où je me suis arrêté hier-soir. Le vent froid d’hier est tombé mais il fait toujours un peu frisquet. Le mouvement d’envol des grues depuis la lagune continue devant nous et nous observerons aussi au-dessus de nous quelques petites volées revenant du nord à basse altitude. Les vents les empêchent-elles de migrer?

Mes compagnons du jour font un séjour ornithologique avec leurs épouses en camping-car et un troisième couple nous a rejoint, toujours en camping car, vers 10h00. Nous nous retrouvons finalement à sept autour d’un bon petit-déjeuner dans l’un des camping-cars : un bon moment de convivialité! Nous échangeons autour de notre passion commune et j’arrive tant bien que mal à me faire comprendre. Heureusement, celui qui nous a rejoint en dernier fait des séjours ornitho chez nous et m’aide à traduire. Ils me conseillent un lieu incontournable pour l’observation des grues, le plus beau à leur avis de l’Espagne et dont je n’avais jamais entendu parlé : « la laguna de Gallocanta« , qui serait située à une centaine de kilomètres en-dessous de Saragoza. D’après eux, il y aurait environ 4 000 grues actuellement à La Sotorena et jusqu’à 60 000 à Gallocanta. J’avais prévu de rester dans la région de « los Mallos de Riglos » toute proche et me voilà décidé pour prospecter ailleurs. Ma décision est motivée par le fait que les meilleurs moments pour l’observation sont le lever et le coucher de soleil et qu’entre les deux, je dois me trouver une occupation. Autant faire un peu de route pour assister au coucher des grues à Gallocanta et je m’adapterai pour la suite. Je quitte à regret mes amis de fraîche date vers 11h00, ils étaient vraiment sympathiques! Ils vont continuer leur route vers le delta del Ebro. Ces moments d’échange sont précieux. Ils étaient au courant avant moi du futur lâcher de bouquetins ibériques dans les vallées d’Ossau et d’Aspe!

Les grues à la recherche des vents porteurs, dans la région d’Almudévar (province de Huesca)

Après avoir parcouru quelques kilomètres dans la direction d’Almudévar (village jumelé avec Lembeye dans le Vic-Bilh) pour rejoindre l’A23, je verrai de nombreuses volées de grues se dirigeant vers la lagune que je viens de quitter. Il fait un beau soleil, avec une température légèrement positive, +1°C. Certaines volées tournent en rond pour prendre les vents dominants, un très joli spectacle. Elles arrivent probablement de la lagune de Gallocanta, qui est leur étape précédente sur la route de la migration. Les arrivées se feront tout le long de l’après-midi sur l’île et sur les berges de la lagune. L’entrée sur l’autoroute A23 en direction de Saragoza met fin à ce spectacle. Mon Gps (qui marche à nouveau) indique 205 km et 2h15 de trajet par l’A23 entre les deux destinations, en contournant Saragoza. En-dessous de Saragoza, dans la région de Cariñena, les amandiers sont déjà en fleurs.

J’ai passé un bon moment sur ce lieu d’hivernage et j’y reviendrai avec plaisir. J’ai de quoi me renseigner efficacement pour un futur séjour. Je retiens qu’il me faudra optimiser ma période de venue en fonction de l’avancement de la migration prénuptiale consultable sur internet, qu’il n’y a que peu de possibilités de faire des clichés de proximité. Le plus beau spectacle à mon avis a lieu au mirador El Corral de Antonié mais les grues en vol passent plus près de nous à l’observatoire de Montmesa. De même, entre Montmesa et Tormos, le pied de la « Atalaya de Tormos » (tour de défense) est un très bon point de vue pour observer l’arrivée des grues du Sud, de l’Est et du Nord-Est.

La grue cendrée en Espagne

Duo se dirigeant vers les Pyrénées, depuis La Sotorena.

La grue cendrée (grus grus) a une place à part dans le cœur des hommes. C’est, je pense, le seul oiseau que l’on est tous capables de reconnaître à son chant exceptionnellement puissant et si particulier. Elle est monogame et les couples sont unis pour la vie. L’observation d’un vol en V des grues, parfois très haut dans le ciel, est annonciateur d’un changement de température et de l’arrivée de la mauvaise saison … ou du printemps.

Elle est un exemple de réussite de la préservation des oiseaux. La population européenne a augmenté de 45 000 oiseaux en 1985 à environ 300 000 aujourd’hui. Sa principale zone d’hivernage est l’Espagne où la population est passée d’environ 15 000 en 1980 (la quasi-totalité en Estrémadure) à plus 150 000 en 2007 et plus de 200 000 en 2015. Dans les trente dernières années, 2 800 zones protégées ont été créées pour lui permettre de se reposer et de se nourrir pendant la migration ou durant l’hiver. La culture intensive du maïs a offert de nouvelles possibilités de nourrissage qui n’existaient pas auparavant. Une petite partie de la population hiverne aussi en Afrique du Nord et au Portugal. Depuis quelques années, elle hiverne en France, en particulier sur le site d’Arjuzanx (Landes) et le lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées) et j’aurai l’occasion d’en reparler dans d’autres articles.

Au printemps, les grues remontent vers leurs sites de reproduction en Europe du Nord, dans des pays comme l’Allemagne, la Finlande, la Norvège ou l’Estonie. Traditionnellement, elles migrent à travers la province de Huesca et elles prendront une route plus occidentale pour revenir à l’automne, par les Pyrénées de la Navarre et le Pays Basque.

Le recensement des grues cendrées hivernant en Espagne en 2017 a permis de déterminer un nombre record de plus de 255 000 oiseaux enregistrés dans onze communautés autonomes. L’Estrémadure est la plus importante avec 127 513 oiseaux, suivie de l’Aragon (55 177 ) et de la Castille-La Manche (42 141).

L’hivernage des grues en Aragon est quelque chose de relativement nouveau, favorisé par l’augmentation de la zone de culture du maïs et le riz mais aussi par l’augmentation générale de la population européenne et sa tendance hivernante plus au nord au cours de la dernière décennie. Le gros des grues hivernantes d’Aragon se trouvent dans la province de Zaragoza / Teruel (laguna de Gallocanta) et dans la province de Huesca.

Pour Huesca, il y a deux zones habituelles et dans chacune, il peut avoir jusqu’à 1 000 – 3 000 oiseaux : l’embalse de La Sotorena à Montmesa (ci-dessus) et le Cinca Medio (plus précisément dans la région entre Selgua et Castelflorite).

Dans la province de Zaragoza, la région de Las Cinco Villas est une nouvelle zone d’hivernage ces dernières années. Il y aurait jusqu’à 5 000 – 6 000 oiseaux. Elles se reposent à l’automne dans les chaumes de maïs et, de préférence, dans les zones inondées où le riz a été récolté. Elles y cherchent leur nourriture et elles y dorment pendant plusieurs jours. Le froid les oblige à descendre dans les endroits plus chauds du sud de l’Espagne, en Estrémadure des mouvements sont observés pendant l’hiver et la population n’est pas stable. Elle feront aussi une halte au printemps suivant les conditions météorologiques. On peut les observer dans les environs d’Ejea de los Caballeros où les grues ne se concentrent pas dans un endroit donné mais se dispersent sur plusieurs dortoirs reliés les uns aux autres.

En janvier 2018, la faible pluviométrie en Aragon a entraîné un niveau d’eau très faible dans la plupart des zones humides du bassin de Gallocanta, la plus importante zone d’hivernage de la grue en Aragon. L’ensemble des rizières et des cultures irriguées de la région de Las Cinco Villas et d’Ejea de los Caballeros est alors devenu la principale zone d’hivernage de l’espèce (en particulier à Valareña-El Bayo, Plano de Buena Vista, Sopeña et Turruquiel), accueillant près de 60% de l’ensemble des grues hivernantes en janvier. Le secteur du Cinca Medio dans la province de Huesca a suivi en importance, dans les rizières de Selgua et Monzón où 1 500 oiseaux ont été dénombrés.

L’Embalse de la Sotonera et l’Alberca de Alboré

En Aragon, l’espace choisi par les grues pour passer l’hiver est l’embalse (réservoir) de La Sotonera, lieu privilégié pour l’observation de ces oiseaux. Dans les eaux peu profondes et sur les berges bordées de tamaris, des volées d’anatidés et autres oiseaux aquatiques viennent également hiverner. Ce réservoir est aussi un lieu de pêche : bien que peuplé de plusieurs espèces très sportives, les populations sont généralement faibles avec peu de spécimens adultes. Plusieurs milliers de grues y séjournent de novembre à février, rentrant au coucher du soleil. La Sotonera est protégée en tant que Zone Spéciale de Protection des Oiseaux (ZEPA en espagnol).

D’après les statistiques consultées et plus ou moins complètes selon les années, la population de grues hivernantes n’y est pas stable. La population pour la saison 2017/2018 était en moyenne de 4 000 oiseaux pour seulement 2 000 la saison précédente. Je n’ai pas trouvé de recensement pour la saison 2018/2019; je pense, comme mes amis ornithologues, qu’il devait y avoir autour de 4 000 grues lors de mon passage avec beaucoup d’arrivées par le sud en fin de matinée du 12 février 2019.

La Sotonera est un grand réservoir situé à 20 km à l’ouest de Huesca et construit en 1963. A la queue du réservoir, il existait déjà une ancienne lagune isolée construite il y a plusieurs siècles et entourée de tamaris, l’Alberca de Alboré. Elle fait maintenant partie du réservoir avec la montée des eaux. Bien que peu connue, l’Alboré est devenue ces dernières années la deuxième zone de repos de la grue cendrée sur sa voie de migration prénuptiale de printemps, après Gallocanta. Par sa position stratégique sur cette voie, c’est le dernier arrêt pour les grues qui veulent traverser les Pyrénées entre mi-février et mi-mars et elles y prennent des forces. Les recensements maximum de grues de passage à La Sotorena entre le 15 février et le 15 mars par période de 5 ans ont été multiplié par onze, passant de 7 500 en 1985/1989 à 69 000 en 2010/2014 et 82 500 en 2015.

Leur présence à la Sotorena est très influencée par les conditions météorologiques. Bien que les grues ont l’intention de rester le moins longtemps possible à La Sotorena et voudraient repartir dès le lendemain, le nombre d’oiseaux s’accumule avec une météo défavorable, quand les vents forts et les précipitations les empêchent de traverser la chaîne de montagnes. Elles arrivent dans l’après-midi par le sud et vont se poser à l’Alboré. Les jours de grandes arrivées, les grues se posent d’abord sur l’île du réservoir pour se reposer et se déplacent plus tard vers les tamaris sur les berges et les eaux peu profondes de l’Alboré.

Le moment le plus spectaculaire est le matin avec une absence de vent, alors qu’elles s’envolent du dortoir pour traverser les Pyrénées. Dans la nuit du 02 au 03 mars 2015, un record de 82 275 grues a été enregistré sur la Sotorena. Au matin, 80 475 d’entre elles sont reparties pour disparaître par les sierras de Riglos, Loarre et Gratal. Cette année-là, une étude importante sur la migration prénuptiale a été effectuée par le Grupo Ornitológico Oscense, afin de connaître 1) le nombre de grues passant par la province de Huesca, 2) l’utilisation de la Sotorena comme dortoir, 3) les routes de la migration printanière et 4) comment l’oiseau s’adapte aux conditions météorologiques.

L’association a ainsi calculé qu’entre le 15 février et le 15 mars 2015, au moins 277 000 grues ont traversé les Pyrénées vers le nord de l’Europe. En dehors de quelques spectaculaires exceptions où elles sont aidées par de rares occasions thermiques, les grues ne sont pas capables de traverser les hautes montagnes des Pyrénées avec des sommets de plus de 3 000 mètres; elles passent dans la partie occidentale. Bien que les vents les entraînaient parfois vers les Pyrénées centrales, elles reviennent à l’ouest pour entrer en France par la Navarre (21 000) à Roncevaux (949m) ou par Huesca (256 000) en remontant les vallées de Hecho et Ansó, en face de la zone comprise en gros entre Lescun et Sainte-Eugrâce. Une minorité de grues a remonté la vallée de Gallego pour passer au Pourtalet (1794m). 90% des grues ont migré entre le 18 février et le 3 mars, avec une date médiane au 02 mars. Presque toutes les grues venaient de la lagune de Gallocanta et elles ont dormi à La Sotonera avant la traversée. La distance Gallocanta – la Sotonera en ligne droite est de 140 km mais les grues ne choisissent pas le chemin le plus court; celui-ci est influencé par le « cierzo », le vent fort qui souffle dans la vallée del Ebro depuis l’ouest/nord-ouest.

Petite volée revenant du nord et passant au-dessus de l’observatoire de Montmesa.

L’association précise aussi que des observateurs ont vu des grues exploratrices, de petits groupes sortant du dortoir de La Sotorena pour explorer le temps qu’il fait au nord pour revenir et le communiquer à leurs congénères à travers les sons et les mouvements de la tête, des observations particulièrement fascinantes.

Article écrit le 11 mars 2019 à partir de mes clichés, de mes observations personnelles sur le terrain, d’une publication internet et de sites web que je cite :

http://www.aragonnatuur.com/documents/grullasgoo2015webcopia.pdf

http://www.avesdehuesca.es/ 

www.grus-grus.eu/

L’article suivant sera consacré aux grues de « la Laguna de Gallocanta ».

13 février 2019 – Envol des grues de la lagune de Gallocanta, vers l’embase de la Sotorena puis les Pyrénées.

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh (Béarn)

Le Chevreuil dans le Vic-Bilh (Béarn)

(Chevrette curieuse).

Le Chevreuil  dans le Vic-Bilh (Béarn)

Un mois de février en velours

(Les clichés d’illustration sont pris en majeure partie au mois de février).

(Sous le soleil matinal – Brocard au début de la repousse des bois).

(Brocard au gagnage dans une prairie).

Nous ne sommes que le 23 février, mais tout se passe comme si le printemps était déjà là. Les belles journées ensoleillées se succèdent depuis plusieurs jours. Les jonquilles, les primevères, les pervenches, les mimosas,  les pommiers du Japon … sont en fleurs. Les abeilles butinent les merisiers et les pruniers sauvages, les merles chantent au lever du jour et au coucher du soleil, accompagnés le soir par les grives. Les grues ont entamé leur migration retour.

Les chevreuils profitent de ce renouveau. On les voit plus souvent dans les prairies et dans les champs de maïs ramassé, où ils se repaissent d’herbe tendre. Aussi, la période de chasse qui les poussent à la méfiance arrive bientôt à sa fin, le 28 du mois; les palombes repartent et les sous-bois sont moins courus.

Le chevreuil (Capreolus capreolus) est un animal que j’aime pour sa finesse et son élégance et le Vic-Bilh est une région où il est bien représenté. Le biotope s’y prête, mélange de terres à polyculture, de prairies et de forêts de chênes, de châtaigniers et d’acacias. Il prospère tout en étant régulé comme partout ailleurs par des plans de chasse.

(Deux femelles sont hors champ. Ce groupe formé pour la mauvaise saison est sur le point de se séparer)

(Un brocard et 4 chevrettes dont 2 jeunes, sous la gelée matinale).

Il a passé l’hiver en petits groupes familiaux qui vont bientôt se défaire. Ici, l’habitat est dispersé au milieu d’exploitations agricoles constituées de parcelles morcelées ; humains et chevreuils vivent plutôt bien ensemble. Les meilleurs moments pour le rencontrer et le photographier sont le matin et surtout le soir.

Dans le Béarn et même plus loin, le chevreuil est souvent appelé, à tord bien sûr, biche. J’ai essayé de corriger cette erreur auprès de pas mal d’amis mais cela reste ancré dans les mœurs. On ne peut pourtant pas les confondre, cerfs et biches ne sont pas présents dans le Vic-Bilh et la morphologie est bien différente. Il arrive qu’un cerf élaphe soit de passage chez nous à la période du rut mais c’est tout. Les grands cervidés fréquentent le piémont pyrénéen et la forêt landaise.

Un peu de terminologie

A gauche, une jeune chevrette en train de muer

Au centre, un jeune brocard (avec toujours ses velours et en train de muer) et une femelle adulte

A droite, une femelle (présence de la brosse vulvaire) adulte (la mue  n’a pas commencée) en arrière-plan 

et un mâle plus âgé que celui du centre, en train de perdre ses velours 

L’appellation « chevreuil » s’applique indifféremment au mâle et à la femelle. La femelle du chevreuil est la « chevrette ». Le jeune s’appelle le « faon » jusqu’à l’âge de 6 mois puis « chevrillard » de 6 à 12 mois, et cela quel que soit le sexe. Vers le sixième mois, c’est-à-dire vers le mois de novembre, deux protubérances osseuses commencent à apparaître sur l’os frontal du jeune mâle, sous velours. Ce sont les futurs pivots. Les premiers bois ne se forment que plus tard, de mars à juin.

Le chevreuil du Vic-Bilh Barn brocard chevrette faon chevrillard daguet

(Au centre, chevrillard avec ses tout premiers bois, très petits).

A un an, le chevrillard mâle, devient un « brocard » pour le restant de sa vie; il porte deux petites dagues fourchues ou non, mais sans les meules qui n’apparaîtront qu’à la prochaine repousse. La meule est le renflement situé à la base des bois, en forme d’anneau et portant de nombreuses excroissances appelées pierrures. Elle fait le lien avec le pivot déjà cité.

Les tout premiers bois du brocard sont de petite taille, plus petits que les oreilles. Seul le mâle porte des bois, caducs, qui tomberont tous les ans à l’automne! La maturité sexuelle commence pour les deux sexes au début de la seconde année ; elle est également conditionnée par son poids pour la femelle.

Dès la deuxième année, chaque bois va s’orner à sa partie supérieure de pointes. La pointe peut s’appeler également « cor » ou « andouiller », indifféremment. La tige centrale entre la meule et la pointe est le merrain, qui a des perlures ressemblant à des gouttelettes; on dit que le bois est « perlé ».

Quelques informations utiles sur le chevreuil

(Beau brocard en pleine force de l’âge, à la nuit tombée).

Le chevreuil adulte pèse entre 15 et 30 kg en moyenne, selon les territoires et la densité de population  (à âge égal et dans de bonnes conditions de nourriture, la femelle est un peu plus petite et plus légère de 2 à 3 kg). En cas de surpopulation, la corpulence des animaux diminue, ainsi que la résistance aux maladies. Pour information, le cerf élaphe adulte pèse entre 160 et 250 kg et la biche, entre 90 et 150 kg : il est donc difficile de confondre un cerf avec un chevreuil, même de loin. Ce poids n’est qu’un ordre d’idée représentant des fourchettes mini/maxi et les chiffres dépendent des sources consultées. Pour le chevreuil et le cerf élaphe, la taille est fortement influencée par l’habitat. Elle augmente des Pyrénées vers l’est de la France et on trouve les plus grands spécimens en Lorraine, dans le Jura et dans les Ardennes.

(Deux photos de brocard. En haut, on voit les bois naissants, donc aucun problème d’identification. En bas, absence de la brosse vulvaire).

Après la chute des bois à l’automne, un moyen de différencier les mâles des femelles est la tâche claire et érectile située sur le fessier, que l’on appelle le miroir : en forme de haricot (partie convexe dirigée vers le haut) chez le brocard et de cœur inversé chez la chevrette. Cela ne me paraît pas d’ailleurs toujours évident de faire la différence. Ce miroir (appelé aussi roze) est blanc en hiver et jaunâtre en été. Il double de taille quand il est hérissé et avertit les congénères en cas de danger.

(Présence de la brosse vulvaire en partie basse du miroir chez la femelle, à gauche).

(Chez ce couple d’âge mûr, la femelle est un peu plus petite que le mâle et on voit bien la brosse vulvaire de profil).

La chevrette possède à la base du miroir une fausse queue constituée de long poils clairs, la brosse vulvaire, bien visible de profil (le chevreuil n’a pas de queue). Quant au brocard, on peut repérer de profil son pinceau pénien. L’aspect général de l’animal, vu de loin, est aussi une indication :  pour le brocard, la partie antérieure de son corps est plus large que la partie postérieure; chez la chevrette, au contraire, le centre de gravité est placé vers l’arrière-train.

« Triste mine »

Le chevreuil subit deux mues par an, à l’automne où son poil vire progressivement au gris-brun, bien épais, et au printemps : il devient alors d’une belle couleur roux vif et ras. La mue de printemps est brutale et la perte des poils lui donne vraiment une triste mine. Elle a déjà commencé et sera bien visible sur tous les sujets d’ici 3 à 4 semaines. La mue est plus précoce chez les jeunes. La chute des poils débute par la tête, le cou puis les membres et enfin le tronc.

Le chevreuil, contrairement au cerf, boit très rarement. Il se désaltère grâce à la rosée matinale .

Quelques informations sur les faons

Faon de biche, avec sa robe semée de taches disparates,

à ne pas confondre avec le faon de la chevrette, dont les taches sont alignées.

Les faons naissent entre la mi-mai et la mi-juin pour la plupart ; ils sont tachetés pendant les deux premiers mois de leur vie. Les taches sont alignées sur le dos et sur les flancs contrairement à celles du faon de cerf qui sont éparses. Les taches blanches s’estompent et disparaissent en octobre au plus tard. Lorsqu’ils naissent, les faons n’ont pas d’odeur corporelle dans les premières semaines de leur vie, particularité qui les protège de certains prédateurs comme les chiens errants et les renards. Une heure après la naissance, les jeunes se tiennent déjà debout sur leurs pattes, puis ils font leurs premiers pas.

Les portées sont de deux petits en moyenne (mâle et femelle), plus rarement trois. Le nombre est conditionné par le poids de la femelle; plus elle est lourde et plus elle a des chances de mettre bas un nombre conséquent de petits, mais un poids autour de 20 kg minimum est nécessaire. La taille de la portée est généralement de 2 faons (20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons) . Elle peut atteindre 3 jeunes dans les milieux particulièrement favorables.

(A droite, un chevrillard avec ses premiers bois recouverts de velours. Il vit encore avec sa mère et sera bientôt chassé).

Le sevrage est achevé en octobre-novembre mais les petits restent avec la mère jusqu’à l’approche de la mise-bas suivante, à la fin du printemps, et sont ensuite chassés. Ils partent alors à la recherche d’un territoire disponible.

La mortalité est importante chez les faons ; dans les cas de naissances multiples, je vois la plupart du temps l’un des deux petits disparaître assez vite : par prédation (chiens errants, renards, sangliers …), accidentellement (réseau routier, noyade …), ou tout autre raison. La période des foins et des moissons est dramatique pour eux : en effet, le réflexe nature du faon encore très jeune est de se tapir au lieu de s’enfuir à l’approche de la faucheuse ou de la moissonneuse qui ne peut le voir et l’accident est fatal. Ils sont parfois infestés par les tiques, comme d’ailleurs leurs parents. La mortalité peut aller jusqu’à 90 % à la fin du premier hiver.

Mode de vie du chevreuil

(Très beau brocard, dans la force de l’âge).

Le chevreuil est sédentaire et reste toute l’année sur le même territoire, d’une superficie d’une vingtaine d’hectares environ mais variable suivant les ressources en nourriture.

(Groupe au gagnage après le coucher du soleil).

A l’approche du printemps, les petits groupes familiaux constitués à l’automne et pendant l’hiver se séparent et les mâles, solitaires sauf à la période du rut, retrouvent leurs comportements territoriaux jusqu’à la fin août. A la période du rut de mi-juillet à la mi-août, le mâle le défend farouchement et laisse son empreinte olfactive en frottant les glandes situées à la base de ses bois sur les troncs d’arbre et en grattant la terre.

(Brocard sur sa « couchette » dans un champ de luzerne, un soir d’été).

Le chevreuil alterne les phases d’activité et de repos dans la journée, mais il va de préférence au gagnage au lever du jour et au crépuscule. Il s’approche facilement des habitations les jours de mauvais temps. Quand il fait partie d’une troupe, le brocard sort le dernier à découvert, très méfiant. Le chevreuil est également actif la nuit. Quand il a décidé de se reposer, on peut parfois l’observer à la lisière du bois, au crépuscule, en train de tourner en rond tout en grattant le sol avec ses pattes avant pour en dégager la végétation, avant de se coucher en boule. Ces « couchettes » est une indication de leur présence.

Le chevreuil a une mauvaise vue surtout basée sur le mouvement, mais un excellent odorat et l’ouïe fine. Si un danger est identifié, il détale prestement. Dérangé, il émet pendant la fuite une série d’aboiements rauques ressemblant à ceux d’un chien, un signe d’inquiétude face à un danger potentiel non identifié, ou de colère! En sécurité dans le sous-bois et si le danger n’est toujours pas identifié, il répète longuement son cri avant de s’éloigner définitivement.

D’un naturel curieux et si quelque chose attire son attention, le chevreuil s’approche par étapes prudentes et s’arrête en bougeant la tête dans tous les sens pour chercher à identifier ce qui l’intrigue. S’il ne nous a pas repéré, il y a quelques opportunités pour faire de beaux clichés de proximité.

Les bois perdus en octobre-novembre ont commencé à repousser aussitôt durant l’hiver. Pendant cette repousse, ils sont recouverts d’une peau appelée velours qui protège et nourrit les bois pendant leur croissance. Quand celle-ci s’achève, l’irrigation du velours cesse et ce dernier se dessèche. Il va alors tomber en lambeaux que le chevreuil élimine en se frottant sur les écorces des arbres tout en occasionnant quelques dégâts, de mars à avril suivant les sujets. Les vieux brocards perdent leurs bois les premiers et les nouveaux bois seront alors opérationnels avant ceux des plus jeunes ; ils ont ainsi une longueur d’avance pour défendre leur territoire face aux générations « montantes ».

Comment avoir une idée empirique de l’âge d’un brocard

On arrive à déterminer approximativement l’âge du chevreuil par l’examen de sa denture; cela ne peut se faire que sur un individu prélevé. Sur un brocard bien vivant, la détermination de son âge est possible par sa tête mais c’est une chose peu facile, plus empirique. Les formes les plus classiques pour les bois (indépendantes de l’âge), sont le daguet, le 4 cors (avec deux andouillers antérieurs), et le 6 cors (un troisième andouiller vers l’avant). L’andouiller le plus bas est toujours dirigé vers l’avant. Un chevreuil âgé de 7 à 8 ans est déjà considéré comme étant vieux, pour une espérance de vie maximale de dix à douze ans.

(Brocard au début de sa 2ème année; ses premiers bois ont poussé et il ne vit plus avec sa mère).

_Le brocard d’un an a un cou long et frêle. Sa tête porte deux dagues de la longueur des oreilles.

(Daguet, ou  brocard « assassin »)

_Le brocard de deux ans a un cou moins mince; il porte une tache blanche au-dessus du noir des naseaux. Le bois est déjà creusé de gouttières. Chaque bois a deux cors (andouillers antérieurs) et parfois, dans de bonnes conditions, un embryon plus ou moins développé d’un troisième cors (andouiller vers l’avant). Aussi, un brocard de 2 ans peut ne posséder que 2 simples dagues – d’où le nom de « daguet » donné à l’animal à ce stade de sa vie. Un brocard portant des bois dépourvus d’andouillers est appelé brocard « assassin ». En effet, lors de combats à la période du rut, aucune garde ne vient arrêter les pointes qui peuvent se planter profondément dans les flancs ou le crâne de l’adversaire.

_Le brocard de trois ans a un cou épaissi, au front gris foncé et la masse du corps se porte sur l’avant. Les bois sont jolis, ne sont ni épais, ni encore bien perlés et ils ont chacun trois beaux cors bien marqués. La meule est plus grosse mais moins longue. Un brocard de deux à trois ans est considéré comme jeune.

_Les brocards à partir de quatre ans n’ont plus la tache blanche nasale. Les bois continuent à avoir trois cors chacun. Un chevreuil de 4 à 5 ans est considéré comme mature et possède alors ses bois les plus massifs.

_Le nombre de cors n’augmentera plus par la suite, les perlures deviendront plus abondantes, les gouttières plus profondes, les meules tendront à se rapprocher jusqu’à paraître soudées l’une à l’autre. Le nombre de cors n’est pas fonction de l’âge et ce nombre peut diminuer quand l’animal vieillit.

_Dès l’âge de 6 ans, le mâle devient un brocard âgé et la masse de ses bois régresse. Les cors d’un animal âgé de 7-8 ans sont courts et émoussés, les perlures sont rares.

Les vieux brocards muent plus tard que les jeunes. Quelques vieux sujets des deux sexes portent une « serviette », tache claire et ovale sur le poitrail, à la base du cou, parfois en deux parties.

En France, le chevreuil est une espèce classée gibier et soumise à des plans de chasse obligatoires depuis 1978. Aujourd’hui, on estime à 1,5 million le nombre d’individus et les prélèvements par les plans de chasse de la saison 2016/2017 est de 580 000.

Aucune menace ne pèse sur l’espèce, la population augmente régulièrement.

Article rédigé le 23 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de données trouvées sur internet, dont :

http://www.jyrousseau.com/le_chevr.shtml

http://dianehautsbosc.canalblog.com/archives/2007/07/27/5555197.html

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

Le Gypaète barbu

(Nom scientifique : Gypaetus barbatus)

2018, une année riche en rencontres 

Le Gypaète barbu est le plus grand rapace d’Europe, et aussi le plus rare. Le rencontrer est, pour moi, un véritable cadeau venu du ciel.

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou, encore enneigé (Vallée d’Aspe)

J’ai photographié mon tout premier gypaète barbu début mars 2016, lors d’un « bol d’air » pris en vallée d’Aspe, sur le plateau du Benou. La neige était encore présente. A la fin de la journée qui avait été plutôt maussade et alors que je surplombais le village de Lescun, j’ai aperçu cette forme inhabituelle qui descendait la vallée pour disparaître derrière la montagne. Pensif, je continuais à admirer ce beau cirque de Lescun avec ses sommets mythiques comme les aiguilles d’Ansabère, les deux Billare, … quand quelque chose me fit me retourner instinctivement. C’était lui, se dirigeant droit sur moi à basse altitude, majestueux! Mon cœur bondit ! Sans crainte, il plana devant moi, silencieux. Quelle noblesse! Puis il s’éloigna en m’observant toujours du coin de l’œil (comme j’ai pu le constater sur mes clichés) avant de disparaître. Contrairement aux vautours, il est plutôt rare qu’il fasse une nouvelle passe. De toute façon, au vu de ce qu’il tenait entre ses serres, il allait à son nid. Quel souvenir ! Cette rencontre a été pour moi un véritable privilège.

Je n’ai plus revu de gypaète jusqu’en septembre 2018. Ces derniers mois ont été riches en événements ; cinq rencontres dans cinq endroits différents. Ce fut pour moi un festival d’apparitions : en vallée d’Ossau à deux reprises, en vallée d’Aspe, en vallée d’Aure et en Haute-Garonne. Le gypaète est manifestement un oiseau curieux : trois d’entre eux sont venus me voir à quelques mètres à plusieurs reprises.

26 septembre 2018 14:00 – Gypaète barbu adulte passant devant l’Ossau, cliché pris depuis le col d’Ayous  avec une focale de 200mm, insuffisante

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col lors d’une randonnée en vallée d’Aure

02 octobre 2018 12:00 – Gypaète barbu juvénile à la Hourquette Chermentas (Hautes-Pyrénées)

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué,  au pied de la face sud de l’Ossau

23 novembre 2018 13:40 – Gypaète barbu au début d’une averse de neige, en vallée d’Aspe

Description du Gypaète barbu

11 octobre 2018 16:30 Gypaète barbu au port de Balès (1755m) entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées 

Les deux sexes sont semblables, avec la femelle plus grande que le mâle. Le gypaète barbu tient son nom des « mèches » de plumes noires qui encadrent son gros bec recourbé, en formant une barbiche. Il est facilement reconnaissable à l’âge adulte grâce à la couleur rouille orangé de son plumage ventral. Cette couleur n’est pas génétique, elle provient d’une teinture due à des bains répétés d’eau ou de boue ferrugineuses. Les yeux sont jaunes, entourés d’un cercle d’un rouge intense qui lui donne un regard menaçant. Le bec est fort et puissant, aplati latéralement et très crochu. Les pattes sont emplumées. La tête est de couleur crème. Un masque noir entoure ses yeux, et les deux parties du masque se rejoignent sur le haut de la tête, en une fine ligne noire. Ses épaules et ses ailes sont formées d’un plumage ardoisé. Chacune de ses plumes est ornée d’une raie blanche. Il pèse entre 5 et 7 kg pour une envergure entre 2m50 et 2m80. Il peut vivre longtemps, plus de 30 ans.

Gypaète barbu juvénile poursuivi par un Crave à bec rouge 

19 octobre 2018 14:30 – Gypaète barbu immature et bagué au pied de la face sud de l’Ossau, dans le brouillard qui sévira une bonne partie de la randonnée

L’immature est brun, avec la tête noirâtre. Il acquiert son plumage adulte après 6 ans.

Habitat

Le Gypaète est sédentaire et vit chez nous toute l’année en haute montagne, généralement en couple. Leur territoire s’étend sur plus de 50 000 ha, entre 700 et 2300 m environ et comprenant des sites de falaises et surtout de grandes zones de pâtures et d’éboulis où l’oiseau trouve sa nourriture. Il le défend âprement contre l’intrusion de ses congénères.

11 octobre 2018 – Gypaète barbu adulte poursuivi par un grand Corbeau

Il est peu agressif et poursuit rarement les oiseaux qui s’approchent de son nid. Je l’ai vu à plusieurs reprises être pris à partie par bien plus petit que lui sans réaction autre que continuer son chemin.

Lors de journées ensoleillées, … ou pas, on peut apercevoir sa silhouette longiligne aux ailes effilées et à la queue en losange haut dans le ciel, planant au-dessus de son territoire à la recherche de nourriture.

Reproduction

11 octobre 2018 16:30 – Un couple de Gypaètes barbus au Port de Balès (1755m)  entre la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées

Le Gypaète barbu vit en couple et reste fidèle à son partenaire. La parade nuptiale a lieu à l’automne vers la mi-novembre (novembre-décembre). A cette occasion, le couple se livre à des jeux aériens, des vols synchrones, des offrandes, des courbettes ou encore à des soins respectifs.

Le couple construit ou aménage un de ses nids, dans des anfractuosités de falaises inaccessibles et bien à l’abri des intempéries. Les nids sont occupés à intervalles de 4 ou 5 ans, afin de permettre la disparition des parasites accumulés. Il est situé le plus souvent entre 1 500 et 1 800 mètres. Les matériaux utilisés sont multiples : branches, herbes, laine de mouton, poils d’origine animale, ossements, morceaux de peau, …

La femelle gypaète dépose un ou deux œufs début janvier (entre décembre et février). L’incubation dure environ de 55 à 60 jours. Elle est assurée de façon alternée par le mâle et la femelle et se poursuit après l’éclosion jusqu’à ce que le jeune poussin soit apte à réguler sa température. En général, le poussin le plus malingre périt, affamé par le plus vigoureux. Le femelle s’occupe attentivement du petit, et reste au nid pendant plusieurs jours. Le mâle apporte la majeure partie des proies et des os. Le jeune s’envole vers la mi-juillet et est nourri par les parents pendant encore 1 à 2 semaines après son envol.

Le jeune quitte le territoire vers la fin juillet et présente un fort erratisme qui l’entraîne sur toute la chaîne pyrénéenne avant de revenir progressivement s’installer le plus souvent près de son territoire de naissance. Il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 8-10 ans.

Alimentation

8 mars 2016 17:00 – Mon premier gypaète barbu sur le plateau du Benou (Vallée d’Aspe)

Le Gypaète barbu contribue à l’élimination des carcasses en montagne. Les 3/4 de sa nourriture sont constitués d’os, de pattes, de tendons et de ligaments. Il repère les cadavres de moutons ou d’isards et attend que les vautours aient nettoyé la partie molle pour se servir. Il se saisit des os et quand ceux-ci sont trop volumineux, il les laisse tomber d’une hauteur de 50 à 100 mètres sur des pierriers pour les briser. Il recommence autant de fois qu’il est nécessaire. C’est la raison pour laquelle on le surnomme « le casseur d’os ». Son gosier élastique est large et il peut engloutir directement des os entiers qui sont dissous par les sucs digestifs.

Population, répartition et menaces sur le Gypaète barbu

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure

« En France, il est présent dans les Pyrénées, en Corse. Il a été réintroduit avec succès dans les Alpes et récemment dans les Cévennes. Le Parc national des Pyrénées a constitué, avec le Pays basque, la zone de sauvegarde du Gypaète barbu. Depuis 50 ans, le nombre de couples a augmenté, passant de 3 à 4 couples dans les années 1950 pour atteindre, en 2016, 14 couples dans le Parc national des Pyrénées. 2 à 4 couples sont présents dans chacune des vallées. Menacé de disparition, le Gypaète barbu fait l’objet d’un suivi scientifique important en France et en Espagne. Cette espèce fait l’objet d’un plan national de restauration. Depuis 20 ans, le Parc national apporte un complément alimentaire à certains couples en hiver pour aider à l’élevage du jeune. Une surveillance annuelle est faite pour éviter les abandons de nids suite à survol d’hélicoptères ou autres intrusions ».

Le gypaète barbu est le rapace le plus rare d’Europe. Dans l’ensemble des Pyrénées, le nombre de couples est passé de 61 en 1995 à 160 en 2018, dont 43 sur le versant français. Treize jeunes se sont envolés l’été dernier, nés au sein d’un espace protégé plus à l’abri des dérangements. Rien n’est définitivement gagné, notamment à l’extrémité ouest du massif où la population est en déclin (il ne reste plus que 2 couples au Pays Basque contre 4 en l’an 2000) et où les gypaètes se reproduisent mal à cause de dérangements fréquents aux abords de leurs sites de nidification : survols, travaux bruyants, chasse en battue, fréquentation routière, sports de nature, écobuage, etc.

Le principal prédateur du gypaète était l’homme qui l’a chassé avant qu’il soit protégé en avril 1979 (convention de Berne).

Aujourd’hui, les premiers ennemis de l’oiseau sont souvent les lignes électriques et les câbles des remontées mécaniques. Des mesures de prévention ont été prises pour éviter les échecs de reproduction dus à l’impact des activités humaines comme le survol des nids par les hélicoptères, les parapentes, les delta-plane, les avions de tourisme et aussi les passages trop près du nid des grimpeurs, des photographes animaliers.

En 2018, le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage 64 Hegalaldia a accueilli trois gypaètes barbus pour des soins :

– « Silvanio, une femelle âgée de 22 ans découverte le 30 janvier par des chasseurs sur la commune de Mendive dans le Pays Basque. Équipée d’une balise GPS, Silviano avait ingéré une boucle d’oreille de brebis en s’alimentant dans le milieu naturel. Une boucle qui avait déclenché un début d’occlusion intestinale et suffisamment douloureuse pour qu’elle s’écrase au sol occasionnant au passage quelques blessures physiques. Durant sa captivité Silviano a complètement digéré cette boucle, entraînant une intoxication au plomb et donc la chute de bon nombre de plumes et un état de faiblesse général. Après avoir eu droit à un lourd traitement pour diminuer les concentrations de plomb dans son sang et après avoir passé un long moment en volière de réhabilitation, Silviano a pu retrouver le milieu naturel d’origine le samedi 23 juin 2018 à 11h au sommet du col d’Haltza, sur la D18 entre Lecumberry et Iraty.

– Le 4 mars 2018, un deuxième gypaète est également trouvé et signalé par des chasseurs sur la commune de Laruns cette fois. Rapidement pris en charge par les agents du Parc National des Pyrénées, ces derniers ont aussi rapatrié l’oiseau jusqu’au centre de soins Hegalaldia. Après avoir heurté une ligne électrique, l’oiseau avait frôlé la mort. En état de choc, amaigri (moins de 4 kilogrammes) et en hypothermie, ilsouffrait de plusieurs plaies aux ailes, aux pattes et sur le corps. Sans oublier le crâne, très touché : ce dernier avait probablement subi l’acharnement des corvidés une fois l’oiseau au sol. Son pronostic vital était engagé. Pris en charge pendant quatre mois par l’association, le grand rapace a pu être relâché en Vallée d’Ossau sur le site de Tormon près du col du Pourtalet, le lundi 23 juillet à 14h.

– Biès (le troisième récupéré), a été trouvé mal-en-point sur le Parc National des Pyrénées. Équipé de marquages alaires, l’oiseau avait développé une infection généralisée et souffrait également d’une importante luxation à une épaule. Il avait également plusieurs rémiges de l’aile droite de sectionnées, ce qui l’handicape d’autant plus. Il est toujours à ma connaissance au centre de soins à la date de rédaction de cet article.
Note: le marquage alaire est couramment utilisé chez les rapaces planeurs. Il consiste à la pose de marques en plastique sur les ailes et permet une reconnaissance individuelle de chaque oiseau à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Hegalaldia est une association de protection de la nature, reconnue d’intérêt général. Elle gère l’unique centre de sauvegarde pour la faune sauvage des Pyrénées-Atlantiques (64). Située à Ustaritz, elle intervient aussi sur les départements voisins du sud des Landes et des Hautes-Pyrénées. Elle est soutenue par des bénévoles et par des dons.

En France, le Gypaète barbu est intégralement protégé, classé « En Danger »

Article rédigé le 18 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/gypaete.barbu.html

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/gypaete-barbu

https://www.hegalaldia.org/

28 septembre 2018 11:15 – Gypaète barbu au sommet d’un col en vallée d’Aure

Le Courlis cendré

Le Courlis cendré

Le Courlis cendré
(Nom scientifique Numenius arquata)
Son observation au lac de L’Ayguelongue (Béarn)

04 Février 2019-17:30 – L’amont du lac de l’Ayguelongue orienté nord-sud avec une vue sur l’Ossau enneigé

(cliché pris depuis la partie est de la digue)

Le lac de l’Ayguelongue ou d’Ayguelongue est une retenue collinaire d’une soixantaine d’hectares crée en 1999 et situé dans le Béarn (Pyrénées Atlantiques), sur les communes de Momas et de Mazerolles. Il fait partie des retenues gérées par l’Institution Adour.

Le niveau du lac varie suivant les périodes de l’année. En ce moment, début février, son déversoir donne à plein régime. Les espèces participant à la migration de printemps ont très peu d’opportunités pour se poser, à part les abords ou sur les deux petits îlots qui sont colonisés par des espèces sédentaires comme les hérons garde-boeufs, les hérons cendrés, des cormorans etc. On n’observe essentiellement à cette période que des migrateurs se posant sur l’eau, colverts, sarcelles d’hiver … et un petit groupes d’oies qui sont là depuis au moins octobre dernier.

Avec l’arrosage du maïs à partir de juin/juillet, le niveau va baisser, ce qui dégage de grandes vasières très favorables aux limicoles de passage qui entament leur migration vers le sud. Durant la période de juillet à octobre, de nombreuses espèces peuvent y être observées.

L’amont du lac est depuis quelques années colonisé par de la végétation invasive comme la Jussie. C’est la dernière vasière avant le franchissement des cols des Pyrénées par les limicoles migrateurs. On peut avoir de bonnes surprises tout au long de l’année, même si la période correspondant à la baisse du niveau du lac est la plus favorable.

Ce Lundi 4 février, j’ai eu l’agréable surprise de voir évoluer au-dessus du lac une petite volée d’oiseaux au vol très « graphique » ; j’ai pu les photographier, mais de loin. A deux reprises, des personnes qui viennent régulièrement se promener autour du lac sont venues vers moi pour me poser des questions sur ces oiseaux au chant puissant et mélodieux. Ils ne les avaient encore jamais vu et cela les intriguait : des Courlis cendrés !

Après le survol du lac et quelques tentatives infructueuses pour se poser, ils sont repartis vers le nord, au nombre de huit ! Probablement en cours de migration?

Le Courlis cendré est un oiseau qui, à chaque observation, me rappelle un très bon souvenir d’adolescence. J’ai toujours en tête notre première rencontre, lors d’un hiver très rude dans les Landes près du littoral atlantique. Une vague de froid accompagnée d’un peu de neige avait occasionné pas mal de mouvements migratoires et j’ai conservé en moi l’image de cette belle silhouette au bec atypique qui survolait lentement à basse altitude une grande prairie ouverte, à la recherche de nourriture. Cette prairie a été depuis remplacée par un grand champ de maïs.

Le courlis cendré est le plus grand de nos limicoles avec une belle envergure de 80 à 100 centimètres ; il peut peser le kilo (pour la femelle) et vit jusqu’à maximum 32 ans. On le reconnaît sans problème avec son long bec incurvé vers le bas. Les deux sexes ont un plumage identique et le mâle est plus petit que la femelle ; le mâle a aussi le bec plus court. Le retour d’hivernage a lieu de février à mai suivant la latitude.

Le courlis cendré peut seulement être confondu avec le Courlis corlieu, moins commun, plus petit et avec le bec moins courbé.

Habitat

C’est un oiseau des milieux très ouverts et le plus souvent humides. Au passage et en hivernage, on l’observe sur les vasières, qu’elles soient littorales ou de l’intérieur (comme les grands plans d’eau en vidange), dans les milieux herbacés littoraux, les estuaires, les bassins d’inondation, les grandes plaines agricoles. Le Courlis cendré est un oiseau farouche. Il se tient toujours sur ses gardes et à la moindre alerte, prend son envol.

Reproduction

Il se reproduit dans des habitats assez divers qui ont en commun une vue dégagée, un sol meuble et profond et une grande diversité végétale : marais et tourbières, prairies, landes plus ou moins humides, marais côtiers, etc.

Alimentation

Le Courlis cendré se nourrit essentiellement d’invertébrés capturés sur le sol ou dans le substrat dès lors que son bec peut s’y enfoncer. Il sonde de son long bec muni de cellules sensorielles les sols meubles ou détrempés, les vases et autres milieux riches en organismes vivants. Dans les prairies où il niche, il consomme essentiellement des insectes et des lombrics. Sur les lieux d’hivernage maritimes, il se nourrit de vers marins, de petits crabes et de mollusques.

Population et répartition

C’est une espèce qui est assez répandue dans une bonne partie du Monde. Bien qu’en régression, l’espèce ne semble pas menacée. En France, il y a deux populations principales : l’une, en déclin, sur la façade atlantique, l’autre, en progression, installée dans l’Est depuis le début du siècle. La première reste le long des côtes, l’autre migre vers le sud-ouest.

Article rédigé le 09 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/courlis.cendre.html

http://wcf.tourinsoft.com/syndication/aquitaine/d8fabc1c-3ab9-42c5-af0e-40c4e3153c90/object/PNAAQU064FS00017/Lac-d-Ayguelongue

Espèces remarquables et périodes d’observation à l’Ayguelongue (d’après le lien ci-dessus) :

Balbuzard pêcheur – De mars à mai puis d’août à novembre
Barge à queue noire – De juillet à octobre
Bécasseau cocorli – De mi-juillet à octobre
Bécasseau de Temninck – De mi-juillet à septembre
Bécasseau rousset – septembre
Bécassine des marais – D’août à avril
Bihoreau gris – Toute l’année
Chevalier sylvain – De juillet à septembre
Cigogne noire – De mi-février à mai puis de fin juillet à octobre
Combattant varié – De fin-juillet à octobre
Echasse blanche – D’août à mi-septembre
Elanion blanc – Toute l’année
Faucon hobereau – D’avril à octobre
Fuligule nyroca – De novembre à février
Grande aigrette – D’août à février
Grèbe huppé – Toute l’année
Grosbec casse-noyaux – D’octobre à mars
Guifette noire – D’avril à mai
Harle bièvre – De mi-novembre à février
Héron garde-boeufs – De juillet à mai
Héron pourpré – D’avril à mai puis de fin août à septembre
Martin-pêcheur d’Europe – Toute l’année
Petit gravelot – D’août à septembre
Pic épeichette – Toute l’année

Note : A proximité d’Ayguelongue, dans la zone géographique située autour du village de Bougarber entre Pau et Artix, se concentrerait la plus grosse population nicheuse d’élanions blancs de France (j’ai consacré récemment un article sur cet oiseau) . On y trouve également le busard cendré et le busard Saint Martin.

Novembre 2018 – Volée de Courlis cendrés en hivernage au lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées)

L’Elanion blanc

L’Elanion blanc

L’Elanion blanc
(Nom scientifique : Elanus caeruleus)
Sa présence dans le Vic-Bilh

Description

L’Elanion blanc est un petit rapace que je rencontre de plus en plus souvent dans le Vic-Bilh. On le reconnaît aisément. Il est gris et blanc avec le haut des ailes noir et les yeux rouge foncé. La tête est blanche, avec un petit masque noir autour de l’œil. Je lui trouve un air sévère. Les deux sexes sont semblables.

Un jeune Elanion blanc

Le jeune se distingue par les plumes du dos des ailes et des couvertures bordées de blanc, par des marques brunâtres sur la calotte et la poitrine.

C’est un bel oiseau photogénique et il est recherché par les photographes. Son approche à une distance raisonnable est difficile. Les tentatives d’approche sans prendre de précautions créent de réels dérangements qui lui sont à la longue néfastes.

Son arrivée en France est relativement récente. Originaire d’Afrique, l’élanion blanc était présent depuis longtemps déjà dans la péninsule ibérique. Il a franchi nos Pyrénées au début des années 1980. Depuis le premier cas de reproduction fructueux dans les Landes en 1990, il s’est implanté dans les plaines de l’Adour et le bassin de la Garonne et il continue son expansion. Il n’est pas réellement migrateur mais il peut s’adonner à un certain nomadisme, parfois très loin des sites de reproduction traditionnels.

14 février 2015 16:14 – Mon deuxième élanion blanc, dans la plaine du Lées à Arricau-Bordes

J’ai vu mon premier élanion blanc au début de l’année 2014, au bord de l’Adour dans la région de Maubourguet  (65), à la limite entre les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques. Je n’avais pas le matériel nécessaire pour en faire un bon cliché mais ce fut une belle rencontre. Le second, c’était près de mon domicile, dans la plaine du Lées à Arricau-Bordes. Depuis, je le rencontre régulièrement dans le Vic-Bilh et depuis un an, un couple s’est installé à quelques mètres de la maison.

30 avril 2015 09:40 – Couple d’élanions blancs installé à Simacourbe, face à la chaîne des Pyrénées.

On distingue l’Ossau sur la droite et, en vol, un coucou. 

02 juillet 2015 13:20 – Couple d’élanions blancs au bord du Lées à Lalonquère – Toujours sur le même territoire en 2019

Observation puis attaque!

ll est souvent posé sur des poteaux téléphoniques ou électriques (ou sur leurs lignes), à la cime des arbres et les hautes branches d’arbres morts, où il chasse à l’affût, très souvent au crépuscule. Les petites proies sont dévorées en vol, et les plus grandes sont emportées sur une branche.

Il a repéré une proie. Prêt à l’attaque! 

Différentes phases de l’attaque: survol puis plongée sur la proie, les ailes en V

Survol du territoire, à la recherche de proies

Il prospecte aussi son territoire en décrivant des cercles dans le vent. Quand il a repéré une proie, il effectue un vol stationnaire pendant quelques secondes puis plonge rapidement, les ailes en V, pour la capturer. Ce vol en « Saint-Esprit » pour repérer sa proie, peut parfois le faire confondre pour un néophyte avec le Faucon crécerelle.

Les individus se déplacent seuls ou en couples. Ils sont agressifs si un intrus s’approche de leur poste d’affût, et ils attaquent vigoureusement les autres rapaces et corvidés qui passent sur leur territoire.

Plutôt silencieux, il pousse parfois des cris aigus ou des chuintements assez facilement reconnaissables.

Son Habitat

L’Elanion blanc fréquente les grands espaces ouverts, friches, champs cultivés et prairies. A ce jour, je ne l’ai rencontré qu’en plaine.

Sa Reproduction

L’élanion blanc niche en hauteur dans un arbre souvent isolé, habituellement un chêne dans notre région. La ponte a lieu en février-mars. Le couple, sédentaire, refait un nouveau nid chaque année au même endroit, et souvent dans le même arbre. Ce nid est fait de brindilles apportées par le mâle, arrangées par la femelle. La femelle couve et le mâle la nourrit au nid ou à côté pendant cette période. A la naissance des poussins, le mâle apporte les proies et la femelle nourrit sa progéniture. Par la suite, les deux adultes partent en chasse, mais seule la femelle continue à nourrir les jeunes jusqu’à ce qu’ils puissent le faire eux-mêmes.

Les jeunes ont leur plumage complet à environ 3 semaines. Ils peuvent voler à l’âge de 30 à 35 jours si la nourriture est abondante. Les jeunes retournent au nid entre leurs vols, et sont nourris par les adultes hors du nid. L’élanion blanc est très prolifique, ce qui favorise son expansion.

Son Alimentation

Un Elanion blanc immature dépeçant une musaraigne

Un autre élanion immature dévorant un campagnol.  Il fait partie d’une fratrie de 3 élanions nés en septembre 2016.

Les deux autres sont posés au-dessus et manifestent leur présence, envieux de la proie. 

L’Elanion blanc se nourrit de différentes proies : petits mammifères comme les campagnols, musaraignes, mais aussi de gros insectes capturés en vol, petits oiseaux, petits lézards.

Sa Population et répartition

L’élanion blanc a niché pour la première fois en France en 1990 dans les Landes. Jusqu’alors, seules des observations anecdotiques étaient rapportées. Depuis, sa population n’a fait que grandir dans notre Sud-Ouest et plus récemment en Midi-Pyrénées. En 2012 et 2013, entre 110 et 120 couples sont recensés en France dont 75 à 80 % en Aquitaine et 20 % à 25 % en Midi-Pyrénées. Le site « Nature en Occitanie » voir le lien en fin d’article) propose une étude complète : « Bilan des connaissances de 1990 à 2014, de la colonisation à l’installation, de l’élanion blanc en Midi-Pyrénées ». Je n’ai pas trouvé de statistiques plus récentes.

Bien que très prolifique et en progression, l’Elanion blanc ne présentait encore en 2013 qu’une population européenne limitée, de l’ordre de 2000 individus, et reste donc fragile.

Sa concurrence avec le Faucon crécerelle

 

L’élanion blanc pourrait à terme porter préjudice au Faucon crécerelle (Falco tinnunculus), bien installé chez nous : en effet, ils occupent le même territoire et ont le même régime alimentaire.

En France, il est intégralement protégé, « En danger » sur la Liste Rouge Nationale des Oiseaux Nicheurs

Article rédigé le 07 février 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet, dont :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/elanion.blanc.html

http://www.naturemp.org/Elanion-blanc.html 

20 août 2017 20:00 – Un élanion blanc surveillant une prairie depuis un piquet de clôture, à Gerderest. 

(cette occasion de proximité est rare pour moi; l’oiseau n’a pas été dérangé)

Le Hibou des marais

Le Hibou des marais

Le Hibou des marais
(Nom scientifique : Asio flameus)
Avec le témoignage de sa présence dans le Béarn

Le Hibou des marais est un oiseau de taille moyenne. Partiellement diurne, c’est l’un des rapaces nocturnes les plus visibles à observer de jour, car il chasse surtout au crépuscule et tôt le matin. Il a beaucoup de succès auprès des photographes animaliers.

C’est un nomade qui se déplace en fonction de l’abondance de ses proies préférées, les campagnols. J’ai eu la chance de le rencontrer deux fois dans le Béarn, plus précisément dans le Vic-Bilh.

La première fois, c’était en bordure du vignoble du château de Gayon (Madiran et Pacherenc), le 6 mars 2016 – 19:50.

On était pratiquement à la nuit et il m’a surpris. Je me demandais ce que c’était. Les conditions pour l’immortaliser étaient mauvaises, le soleil était déjà couché. Heureusement, après quelques allées et venues, il m’est venu droit dessus et il s’est posé sur un piquet de vigne près de moi.

J’avais déjà vu des photos sur internet mais j’étais à des lieues de penser à lui. Une petite recherche m’en a appris un peu plus sur cette espèce et en particulier, que sa présence en ces lieux devait être rare. En effet, elle n’est pas avérée dans les Pyrénées-Atlantiques. Je ne l’ai pas revu les soirs suivants. Il ne devait être que de passage. C’est un migrateur!

01 mai 2017 – 09:20 Hibou des marais à Villafafila (Castilla y Leon) 

La rencontre suivante fut début mai 2017, dans une région où sa présence était courante : les steppes de Villafafila en Espagne, dans la région de Zamora. J’ai pu alors longuement observer leur comportement et en photographier un en plein jour. Je suis revenu à Villafafila début mai 2018 et je n’ai rien vu : un printemps pluvieux avait évité le pullulement des campagnols et les hiboux étaient parti chercher leur nourriture ailleurs.

(30 décembre 2018 – 17:30 – Palombes au dortoir à Gerderest, face au Pyrénées)

Ma deuxième rencontre dans le Béarn a eu lieu très récemment, pratiquement à domicile. Et cela m’a fait très plaisir : inutile de courir très loin, je l’avais à portée de main. Notre rencontre a été totalement fortuite, le 30 décembre au soir. J’observais le ballet aérien d’une grosse volée de palombes au-dessus de son dortoir, dans un vallon abrité face aux Pyrénées. Les lumières hivernales au coucher du soleil étaient magnifiques, d’une belle teinte rose jusqu’au niveau du pic du Midi de Bigorre.

30 décembre 2018 -17:50 – Nouvelle rencontre dans le Vic-Bilh avec le Hibou des marais, furtive! Cette deuxième observation n’était pas très probante!!!

Il a surgi, venant de nulle part et je me demandais ce que c’était. Intrigué, je l’ai photographié (focale équivalente à 900mm) mais les paramètres du reflex étaient bien en deçà de ce qui était nécessaire pour avoir un cliché net. Cette fois-là encore, il faisait déjà sombre et l’oiseau était loin, plus loin que la précédente rencontre au château de Gayon, il y avait presque trois ans déjà. Il allait et venait à quelques mètres au-dessus de la prairie en la quadrillant, plongeant de temps en temps pour se poser à terre et redémarrant un peu plus tard.

31 décembre 2018 – 17:35 – Hibou des marais au-dessus de la prairie abandonnée

Je revins le lendemain au même endroit peu après 17h00, avec le secret espoir de revoir ce rapace dont je n’étais pas sûr de l’identification; pas étonnant, quand on voit la qualité des clichés de la veille. A 17h35, jackpot! Il apparut enfin et recommença son ballet aérien au-dessus de la prairie abandonnée. Quel spectacle! J’avais eu le temps de me préparer à cette nouvelle rencontre, avec des paramètres qui me faisaient hélas monter en iso, mais qui me permettraient de figer le vol élégant et feutré de ce bel oiseau, devant un ciel aux belles couleurs pastel qui se développaient vers l’est!

Un spectacle qui dura une dizaine de minutes environ, avec des lumières qui disparaissaient progressivement!

A moment donné, il se prit de querelle avec une buse variable (à gauche sur le cliché) et s’éloigna un instant de son aire de chasse, sur fond de palombes qui se posaient au dortoir. Les belles couleurs du ciel continuaient à s’estomper, même sur la chaîne des Pyrénées.

Il revint enfin directement vers moi et me montra une dernière fois sa belle voilure. Pour ne pas le perturber et déjà trop content qu’il soit revenu, je m’éloignai discrètement. Une belle façon de terminer l’année 2018, comme je ne l’aurais jamais espéré : avoir eu à domicile dans les dernières heures de 2018 ce que j’étais allé cherché vainement quelques mois plus tôt à des centaines de kilomètres de là. Je ne savais pas encore que ce serait notre dernière rencontre mais qu’importe, je l’ai bien appréciée.

J’y suis revenu une semaine plus tard et les jours suivants : je ne l’ai plus revu malgré avoir sillonné toute la plaine de Gerderest, une plaine que j’affectionne car elle a encore gardé un aspect naturel. Il peut avoir changé d’endroit mais aussi d’horaires, peut-être? Il chasse aussi la nuit. Cela restera pour moi un excellent souvenir!

Description du Hibou des marais

31 décembre 2018 – 17:50 – Hibou des marais au-dessus de la prairie abandonnée – Simacourbe, dans le Vic-Bilh (Béarn)

06 mars 2016, 19:50 – Hibou des marais dans les vignes – Gayon, dans le Vic-Bilh (Béarn)

Les couleurs du hibou des marais lui fournissent un très bon camouflage au milieu des herbes. Son plumage est brun à jaune-roux avec des stries noires sur la poitrine, l’abdomen et le dos. Les ailes et la queue sont striées. Les ailes sont longues et étroites. Leur dessous est blanc avec une pointe noire. L’oiseau se déplace avec aisance, en battant des ailes régulièrement ou en planant brièvement en formant un V bien ouvert. Sa tête, bien ronde, porte des aigrettes très réduites, à peine visibles. Ses yeux jaunes sont cernés de noir et entourés de disques blanchâtres.

Reproduction

Le hibou des marais se reproduit sur les sites où la nourriture est abondante. Il affectionne particulièrement les espaces ouverts comme les champs en friche, les prairies humides, les marais et les grandes steppes herbeuses. Le nid, préparé au mois d’avril, est une simple cuvette creusée en grattant le sol dans la végétation. Sommaire, il est tapissé de brins d’herbes et de brindilles. Il est caché sous des broussailles, dans les roseaux ou dans les touffes d’herbes, souvent près de l’eau.

En France, le hibou des marais est un nicheur irrégulier que l’on rencontre le long des côtes de la façade atlantique, de la Gironde jusqu’au Morbihan. Son lieu de nidification est erratique, dicté par la nourriture disponible. On le trouve régulièrement dans le Marais Breton (Loire-Atlantique et Vendée). Il reste en France un nicheur très rare aux effectifs très fluctuants, estimés entre 10 et 100 couples en 1997. Je n’ai pas trouvé de statistiques plus récentes.

Où l’observer facilement

Les populations du nord de l’Europe sont migratrices strictes. Ailleurs, les hiboux des marais sont migrateurs partiels. Cette espèce présente un nomadisme marqué durant toute l’année, si bien que les apparitions en France peuvent se produire pendant toute l’année. Les oiseaux du nord de l’Europe hivernent plus ou moins loin vers le sud, en particulier en France. Cela dépend de la rigueur hivernale et de la disponibilité en proies. Les mouvements vers le sud ont lieu en septembre-novembre, vers le nord en mars-mai.

En France, la population hivernale subit de fortes variations d’une année à l’autre ; elle était évaluée dans une fourchette allant de 200 à 500 individus en 1997. Certains hivers, des afflux ont été constatés, comme durant l’hiver 2002-2003. Un effectif national minimum de 650 oiseaux avait été recensé.

Les principales observations se font dans les plaines maritimes le long du littoral Atlantique et de la Manche et le long de la côte de la mer du Nord, en Ardenne, dans le sud-est de l’Ile de France, également en Camargue et en Crau, en Lorraine, et dans une grande partie du centre de la France, au gré des afflux lors des vagues de froid ou suite à des saisons de reproduction à forte production démographique. Ailleurs, sa présence est sporadique et dépend de la nourriture disponible.

Le Hibou des marais est largement distribué dans le monde entier. L’espèce est classée « préoccupation mineure » au niveau mondial

Article rédigé le 30 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications interne sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hibou_des_marais

http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Hibou-des-marais.html

http://www.oiseaux.net/oiseaux/hibou.des.marais.html

https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Hibou-desmarais.pdf

06 mars 2016 – 20:00 Hibou des marais à Gayon, dans le Vic-Bilh (Béarn)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)

Le compagnon des pêcheurs

Lors d’une randonnée automnale récente dans la vallée d’Ossau, occupé à photographier un oiseau dans le lit d’un gave sur le plateau de Bious, une amie m’observait de loin. Plus tard, elle m’a demandé ce que je faisais et je lui ai parlé du Cincle plongeur. Finalement, elle m’a donné l’idée d’écrire cet article et je l’en remercie.

(octobre 2018 – Cincle plongeur dans le gave de Bious).

(octobre 2018 – l’automne au coucher du soleil sur le plateau de Bious et son gave, au pied de l’Ossau).

Au-dessus des eaux vives du Piémont pyrénéen et des lacs de moyenne montagne, un cri particulier que je reconnais entre mille retient parfois mon attention ; il me fait parfois battre le cœur un peu plus vite. C’est celui d’un Cincle plongeur. Il arrive alors vers moi, rasant la surface de l’eau d’un vol rapide et direct.

Je n’y ai pas toujours prêté attention. J’ai « ouvert les yeux » alors que mon fils Damien m’initiait à la photo. Nous étions allés ensemble dans le Jura pour un séjour de pêche à la mouche chez son ami Nicolas et j’ai aperçu cet oiseau atypique dans le décor des rivières jurassiennes. Je demandai alors à Nicolas le nom de cet oiseau étonnant et unique par son comportement. Depuis, j’ai une affection particulière pour l’« âme » de nos torrents pyrénéens: Gaves, Nestes et Nives aux eaux pures et galopantes.

(Le pays des nestes (Hautes-Pyrénées) depuis le col d’Aspin, au retour d’une sortie aux cincles).

Le cincle est présent et niche en Europe, de l’Espagne à l’Islande, et jusqu’en Russie et en Turquie. En Norvège, il est devenu l’oiseau national. En France, on le rencontre en Corse, les Pyrénées, les Alpes, le Massif central, le Morvan, le quart nord-est et sud-est de la France, sauf la plaine méditerranéenne. On le trouve aussi en Asie et en Afrique du nord.

DESCRIPTION DU CINCLE PLONGEUR

Le cincle plongeur est un oiseau brun au plastron blanc et à la silhouette ronde et trapue, qui vit aux abords des rivières à cours rapide et peu profondes au lit caillouteux. On le surnomme le « merle d’eau » ; il est cependant plus petit que notre Merle noir (Turdus merula). Ses ailes courtes et sa queue souvent dressée lui donnent l’allure d’un gros troglodyte. Mâle et femelle se ressemblent, mais cette dernière est légèrement plus petite.

Son plumage épais est imperméable et lui procure une bonne isolation pour supporter l’eau glacée des torrents.

Les yeux ont une membrane nictitante (1) blanchâtre, visible quand il cligne des yeux. Cette membrane protège ses yeux quand il est immergé. Il voit aussi bien sous que hors de l’eau.

(1)Nictitante : la membrane nictitante est une troisième paupière transparente ou translucide que possèdent certains animaux qui recouvre l’œil afin de le protéger et l’humidifier tout en permettant une certaine visibilité.

COMPORTEMENT

Le cincle plongeur a des particularités étonnantes : c’est le seul passereau à pouvoir plonger et marcher au fond de l’eau. Ses griffes et sa force lui permettent de résister au courant parfois violent et de s’agripper sur le lit du cours d’eau. Il nage sous l’eau à l’aide de ses puissantes ailes entrouvertes.

Il se perche souvent sur une pierre dans l’eau où il exécute d’incessantes révérences, exposant ainsi sa poitrine blanche ; en particulier au cours des parades nuptiales ou lorsque il est excité.

Il défend aussi son territoire contre les intrusions des autres cincles du secteur, posé sur un rocher au milieu de l’eau.

Il peut disparaître brusquement après un bref plongeon depuis son perchoir. On le verra ressortir un peu plus bas.

Le cincle plongeur est habituellement vu seul ou en couple. Sédentaire, il reste sur son territoire toute l’année. Les jeunes, chassés par les parents de leur territoire, doivent se disperser. Ils peuvent changer parfois de cours d’eau.

Il trahit sa présence par l’accumulation de fientes liquides blanches sur certains galets.

HABITAT

Le Cincle plongeur fréquente les fleuves, les rivières et les torrents au cours rapide, au fond rocailleux et où se trouvent des rochers plus ou moins immergés. C’est le compagnon des pêcheurs de truites à la mouche.

Il a besoin d’enrochement à proximité ou de ponts pour nidifier. Il s’adapte bien aux développements humains sur les rives quand l’eau traverse une ville. Il a quand même besoin de rivières proches de l’état naturel, propres et bien oxygénées et de suffisamment de tranquillité.

Le lac Casterau en vallée d’Ossau, où j’ai fait la rencontre de mon premier cincle dans les Pyrénées.

Je n’oublierai plus ce moment-là!

On le trouve parfois sur les bords des lacs, mais surtout dans des zones assez élevées. Dans les Pyrénées, je le trouve régulièrement au bord des lacs d’Ayous à 2000 mètres d’altitude.

ALIMENTATION ET METHODE DE PÊCHE

Le cincle se nourrit principalement de larves d’insectes aquatiques et de petits crustacés qu’il déniche en fouillant le fond du cours d’eau.

On le voit souvent perché sur un rocher au milieu de l’eau, regardant les flots en effectuant de brèves courbettes. Une fois que la proie est détectée, il plonge la tête la première même si le courant est rapide et agité.

Ensuite, il marche sur le fond en agrippant les pierres et les graviers qu’ils retourne afin de faire sortir les petits invertébrés qui s’y cachent. Il marche souvent à contre-courant, les ailes à demi-ouvertes, avec la tête baissée pour localiser une éventuelle proie. La force du courant contre son dos courbé le maintient collé au lit de la rivière.

On le voit aussi la tête plongée dans l’eau en train de retourner les cailloux. Ses plongées durent plusieurs secondes et sont consacrées uniquement à la recherche de nourriture.

Après le plongeon, il lui arrive de se laisser flotter dans le sens du courant sur une courte distance, avec les ailes partiellement ouvertes avant d’émerger.

Afin de glisser sous la surface, il se tend vers le bas, avec la tête bien baissée et le corps oblique, et une fois dans l’eau, il agrippe le fond avec ses griffes puissantes et bouge librement.

Il marche et court aussi sur le sol, sur les rives des cours d’eau, pour chercher des insectes terrestres.

REPRODUCTION

La saison de reproduction a lieu au printemps, et la ponte en mars-avril. Les couples commencent à se former à partir de janvier. Les parades nuptiales sont observables à tout moment de l’année, mais sont plus nombreuses en mars et avril. Au début, la femelle fuit les avances du mâle, qui chante en sa présence, marchant ou nageant comme un canard autour d’elle. La scène est superbe mais elle ne dure pas ; je n’ai pas eu le réflexe de l’immortaliser, captivé par le spectacle. Lorsque la saison des amours approche, la femelle sollicite de la nourriture à son partenaire, en se repliant sur elle-même et agitant ses ailes. Le mâle s’exécute à contrecœur au début, et c’est lorsque ils échangent de la nourriture que le couple est formé.

(Un couple près du nid, situé dans l’enrochement).

La construction du nid s’effectue entre février et avril, avec de la mousse, des tiges et des feuilles, principalement des feuilles de chêne pédonculé.

L’espèce est protégée et classée « préoccupation mineure ».

Article rédigé le 29 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cincle_plongeur et ses liens externes

http://www.oiseaux-birds.com/dossier-cincle-plongeur.html

http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Cincle-plongeur.html

23 février 2018 – Le gardien de la Neste (Hautes-Pyrénées).

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue (Villafafila – Castilla Y Léon)

La Grande Outarde ou Outarde barbue
( Avutarda Común – Great Bustard )
(Nom scientifique : Otis tarda)

L’Outarde barbue est un oiseau tout simplement magnifique, que l’on peut observer facilement en Espagne dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-Léon, au-dessus de Zamora. J’en ai entendu parler pour la première fois en avril 2017 pendant un séjour naturaliste en Estrémadure, lors d’une conversation entre deux ornithologues. L’un était italien et l’autre français ; c’était au cours d’un repas pris ensemble dans un restaurant accueillant à cette époque de l’année pas mal d’étrangers passionnés d’oiseaux de toutes sortes. Quand j’ai vu l’oiseau apparaître sur l’écran du reflex, j’ai été définitivement conquis ! Quelques jours plus tard, j’allais leur rendre visite sur le chemin de retour en France. J’y suis de nouveau revenu en mai 2018 et j’espère bien encore y revenir. Cet oiseau vaut le voyage. La meilleure époque pour leur rendre visite est celle correspondant à leur parade nuptiale, qui a lieu normalement la deuxième quinzaine du mois d’avril pour Villafáfila (elle varie suivant les régions d’Espagne). Elle peut aussi glisser de quelques jours en fonction des conditions météorologiques. En 2017 année de grande sécheresse, elle était terminée lors de mon passage le 30 avril mais j’ai pu encore observer de jolis groupes sans aucune parade, une soixantaine d’individus au total dont une volée d’une vingtaine d’oiseaux. Les lagunes étaient à sec. En 2018, la parade a été retardée à cause d’un printemps pluvieux. Elle était à ses débuts le 01 mai et j’ai pu faire de belles observations. Par contre, le Hibou des marais (Asio flammeus) qui était présent en 2017, n’était pas revenu en 2018 : le printemps pluvieux avait empêché la prolifération des campagnols, leur principale nourriture.

Pour photographier l’outarde à Villafáfila, il vaut mieux utiliser un grand téléobjectif (focale 400mm et plus) mais on fait comme on peut. Les occasions rapprochées sont rares et elles nécessitent de prendre de bonnes précautions afin de respecter sa tranquillité. L’affût fixe est interdit sans l’obtention d’une autorisation préalable, qu’il faut demander (au moins quinze jours avant le déplacement) au directeur de « la Reserva Natural de Las Lagunas de Villafáfila ». Il existe quelques rares affûts fixes payants sur des terres privées ; il faut compter une somme non négligeable, sans garantie que les outardes seront bien au rendez-vous et à la bonne distance espérée. Personnellement, je préfère compter sur ma « veine » naturaliste.

Les meilleurs moments pour la photo sont le matin et au coucher du soleil. Dans la journée, la turbulence atmosphérique est élevée. La vision aux jumelles est floue et les photos sont de mauvaise qualité.

Un groupe d’outardes barbues mâle au bord d’une lagune.

Description de l’Outarde barbue

L’outarde barbue a le corps corpulent et elle est haute sur pattes. Le mâle est l’oiseau le plus lourd d’Europe capable de voler. Il est deux fois plus lourd que la femelle.

La taille varie entre 75 et 105cm, pour une envergure entre 170 et 190cm chez la femelle, 210 à 240cm chez le mâle. Le poids de la femelle varie entre 3,5 et 4kg, celui du mâle entre 7 et 17kg.

C’est un oiseau très farouche, que l’on ne peut observer que de loin. L’outarde a une excellente vue. Elle vit en petits groupes. Il y en a toujours au moins une qui observe pendant que les autres se nourrissent. Elle se déplace majestueusement, le cou bien droit. A la moindre alerte, elle s’éloigne lentement et prudemment; elle peut aussi courir très vite. Au moindre danger, elle s’envole. Par déontologie et par respect de la nature, on évite de les déranger. L’espèce a particulièrement besoin de calme !

Avec un peu de temps et de la patience, on peut arriver à faire de belles observations : une paire de jumelles ou une longue-vue sont des instruments indispensables !

Outardes barbues femelle.

Un mâle faisant la cour; la femelle est indifférente. Sur ce cliché, on peut apprécier la différence de gabarit.

La femelle est brun roussâtre sur le dessus du corps, blanche dessous, avec le cou gris. Son plumage est plus terne que celui du mâle. Les juvéniles ressemblent à la femelle. Les femelles sont moins nombreuses que les mâles. Plus petites, elles passent facilement inaperçues au milieu du couvert et j’en ai peu photographiées.

Le mâle porte en plus une bande pectorale rousse et en plumage nuptial, de larges moustaches blanches. Ce sont de longues plumes qui partent de chaque côté de la base du bec et retombent le long du cou. Elles peuvent atteindre la longueur de 12 à 15cm. Ces moustaches apparaissent vers l’âge de 3 ans et poussent régulièrement jusqu’à 6 ans.

Le mâle adulte en âge de procréer (à partir de 5-6 ans) change de plumage vers le mois de janvier. Il le changera à nouveau d’août à septembre. Il a les parties supérieures barrées noir et roux. Les ailes présentent une large tache blanche quand elles sont fermées. La queue est comme le dos, avec une large bande terminale noire et l’extrémité blanche. Les parties inférieures sont blanches. La tête et le devant du cou sont bleu-gris pâle, pour devenir blanc et ensuite châtain vif sur le bas du cou et la poitrine. Les yeux sont brun foncé. Les longues pattes robustes et les doigts forts sont gris.

Le mâle non-nicheur n’a pas les longues moustaches ; le cou et la poitrine sont gris clair au lieu de châtain.

A l’envol, le décollage est long avec de grands battements d’ailes dévoilant la belle envergure de cet oiseau. Il vole à faible hauteur ; ses ailes sont en partie blanches avec l’extrémité noire.

Habitat

L’Outarde barbue vit dans les paysages ouverts tels que les zones cultivées avec quelques arbres isolés et les steppes. Elle peut ainsi voir le danger venir de loin. On la trouve en Espagne dans les grandes mosaïques de jachère céréalière et de pâturages.

Comme pour bien d’autres espèces, malheureusement, son déclin est induit par la mécanisation et l’intensification de l’agriculture, par l’utilisation des pesticides et herbicides, par l’urbanisation et la réduction de son habitat. Les collisions avec les lignes électriques est une cause importante de mortalité non naturelle. L’espèce a également été chassée dans le passé, comme j’ai pu le constater : on trouve dans certains lieux publics comme les bars et les restaurants, des photos anciennes de trophées de chasse de mâles. Sa chasse a été interdite en Espagne en 1980.

Reproduction

Le mâle peut se reproduire à l’âge de 5-6 ans et la femelle vers 2-3 ans. Les mâles et les femelles vivent en groupes séparés, excepté pendant la parade nuptiale qui dure une quinzaine de jours environ. Elle a lieu à partir de mars et varie suivant la région et les conditions climatiques. Les mâles se rassemblent alors dans des endroits traditionnels appelés « Leks » ou « arènes », où ils attirent les femelles et paradent devant elles. Ils rivalisent d’apparence pour attirer l’attention des dulcinées. Je n’ai pas assisté à des intimidations ou disputes entre mâles à ce moment-là ; j’ai lu dans la littérature que des combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

La parade nuptiale est spectaculaire. Pour impressionner, le mâle renvoie sa tête en arrière, redresse sa queue et gonfle d’air une poche située sur le devant du cou. Il dresse ses longues moustaches et se contorsionne. Il arrive à faire pivoter ses ailes pour exposer l’envers de son plumage. Méconnaissable, il ressemble alors à une grosse boule de plumes d’un blanc immaculé. Le spectacle est simplement magnifique. Pendant quelques minutes, il pivote sur place face aux femelles ou se déplace lentement dans leur direction; son blanc éclatant sur fond de verdure le rend visible à une distance considérable. Une fois exposé, il maintient la posture pendant quelques minutes et en secouant ses plumes pour accentuer son apparence. Les femelles restent indifférentes et ce sont elles qui feront leur choix pour s’accoupler au moment voulu, après quelques jours de parade des mâles.

Le nid caché dans les herbes hautes, rudimentaire, consiste en une petite dépression creusée ou non dans le sol, parfois tapissé des quelques herbes écrasées. L’incubation et le nourrissage sont assurés par la femelle.

Les mâles, pendant ce temps, se rassemblent en petites bandes et errent dans les champs, indifférents. Les jeunes sont capables de voler à cinq semaines et restent avec leur mère jusqu’à un an environ.

Alimentation

L’outarde barbue est omnivore et son régime alimentaire varie suivant les saisons. Elle se nourrit surtout de végétaux en particulier de luzerne, également d’insectes, vers, lézards, amphibiens, petits rongeurs …

Population de l’Outarde barbue

L’espèce a disparu de France à la fin du 19è siècle. Près de chez nous, on la trouve essentiellement en Espagne (environ 60 % de la population mondiale) et un peu au Portugal (Castro Verde, dans le district de Beja, …).

Les chiffres différent selon les sources consultées. Je n’ai pas trouvé de statistiques récentes. Pour donner un ordre d’idée, il y en avait entre 29 400 et 34 300 en 2010 et 2 668 oiseaux ont été recensés en mars 2005 à Villafáfila.

L’espèce vit en général une dizaine d’années mais elle peut vivre plus longtemps, 15 ans et plus. La mortalité chez les mâles est plus élevée ; pendant les deux premières années de leur maturité, de violents combats ont lieu durant l’hiver pour établir la suprématie des dominants dans les divers groupes.

L’outarde barbue n’est pas vraiment migratrice. Elle peut se déplacer en petits groupes en fonction des conditions climatiques et de la ressource alimentaire vers un site plus favorable. Ces migrations partielles sont différentes selon le sexe : mâles et femelles migrent séparément dans des proportions variables en fonction de leurs particularités sexuelles liées à leur aptitude à procréer. On peut dire que l’espèce est sédentaire.

Les immatures peuvent faire des déplacements importants et un peu erratiques: de juin à août 2009, la présence de deux outardes barbues immatures a été validée à plusieurs reprises dans les Pyrénées-Atlantiques (région de Nabas). Le 5 août, elles seront revues par des ornithologues comptabilisant les oiseaux migrateurs, en train de remontant le vallon de Larrau vers l’Espagne. Toujours en 2009 et au mois d’août, un jeune mâle est vu à plusieurs reprises dans le Gers (région de Faget-Abbatial). En novembre 2013, une jeune outarde barbue s’est égarée aux Sables d’Olonne, épuisée. Baguée outre-Manche, elle a été ramenée au pays par des soigneurs anglais. L’Angleterre mène depuis 2004 un programme de réintroduction de l’espèce à partir d’individus nés en Russie.

Où observer facilement l’Outarde barbue

Le meilleur endroit pour l’observer à une distance encore raisonnable est, à ma connaissance, en l’Espagne dans la réserve naturelle de Villafáfila d’une superficie totale de 32.541 hectares et à une altitude de 700m. Une partie de la réserve est strictement interdite pour la protection de l’espèce. Il existe aussi des restrictions de circulation sur certaines routes et chemins agricoles. Respectez les différents panneaux de signalisation, autant pour la protection des espèces que pour la tranquillité des autochtones vivant et travaillant sur la réserve.

Je conseille d’aller se renseigner à la « Casa de la Reserva » (à 1,5km avant d’arriver à Villafáfila depuis Tapioles sur la ZA-715). Vérifier auparavant les jours et les heures d’ouverture. Le Centre peut vous fournir un dépliant et des conseils utiles.

L’espèce est classée « Vulnérable ».

Quelques oiseaux observés à Villafáfila à la même période

Un effort important est mené pour la nidification des petits rapaces et autres dans les steppes de Villafáfila

avec l’installation de nichoirs sur des poteaux (lutte écologique contre les campagnols des moissons).

Pour information, de nombreuses espèces d’oiseaux peuvent être observées et photographiées dans la région de Villafáfila, dont les lagunes est une halte migratoire de l’automne au printemps. C’est aussi un site intéressant pour l’observation de petites rapaces.

Le Hibou des marais (Asio flammeus) présent en 2017, absent en 2018.

Turbulences atmosphériques à midi.

Le Busard Saint Martin.

Cigognes dans la verdure.

Vanneau au bord d’une petite lagune.

Villafáfila, la terre nourricière.

Ouvrages utilisés pour mes séjours ornithologiques en Espagne :
« Where to watch birds in Southern and Western Spain », 3è édition.
« Where to watch birds in Northern and Eastern Spain », 3è édition (Steppes et lagunes de Villafáfila, p163 à 166).

On peut y retrouver les autres sites d’observation de l’Outarde barbue en Espagne, et ceux de bien d’autres espèces d’oiseaux!

Article rédigé le 22 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

https://es.wikipedia.org/wiki/Otis_tarda

http://www.oiseaux.net/oiseaux/outarde.barbue.html

http://oiseaux-birds.com/fiche-outarde-barbue.html

L’un des nombreux pigeonniers historiques et typiques, éparpillés au hasard dans les grandes plaines de Villafáfila.

Certains servent d’abri et de nichoirs à des colonies de faucons crécerellette (Falco naumanni) et autres espèces.

L’Echasse noire (Black Stilt)

L’Echasse noire (Black Stilt)

15 décembre 2017-14:30 – Echasse noire ou Black Stilt – Région de Twizel.

L’Echasse noire (Black Stilt)

(Nom scientifique : Himantopus novaezelandiae)

L’Echasse noire est un oiseau endémique de la Nouvelle-Zélande. En langue Maori, on la connaît sous le joli nom de Kakï. J’en ai entendu parler pour la première fois lors d’une conversation avec le propriétaire du camping au Glentanner Park Center (district de Mackenzie), alors que je revenais d’une sortie à l’aube avec mon appareil photo. « Avez-vous vu les kakï » ?

C’est ainsi que j’ai appris l’existence de ce limicole le plus rare au monde et dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Je suis revenu le lendemain-matin à l’endroit où je n’avais pas su voir la perle noire, dans les méandres de l’embouchure de la Tasman River qui alimente le lac Pukaki. Ma première rencontre fut une juvénile qui resta longuement autour de moi, un plaisir photographique avec un bel oiseau d’une élégance remarquable!

L’échasse noire était autrefois largement répandue, se reproduisant et hivernant dans les îles du Nord et du Sud de la Nouvelle-Zélande. Après un déclin à long terme, sa présence est maintenant limitée essentiellement au bassin du Mackenzie, haut plateau près du centre de l’île du Sud peu peuplé et connu pour ses élevages de moutons, ses vastes lacs glaciaires, ses cieux limpides pour l’astronomie, son tournage de scènes du Seigneur des Anneaux, etc.

L’Echasse noire est un oiseau classé « En danger critique d’extinction » !!!

1 4 décembre 2017 – Lever du soleil sur le bassin de la Tasman river, dominé par le Mount Cook / Aoraki,

le point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

4 décembre 2017 – Tasman glacier et Lake Tasman, alimentant la Tasman river.

Dominés par le Mount Cook / Aoraki bien enneigé.

Méandres (au fond) de la Tasman River venant  du glacier Tasman, au pied du Mount Cook / Aoraki.

Devant à gauche, la Hooker river venant des glaciers Mueller et Hooker. En bas à droite, Mount Cook Village.

1 5 décembre 2017 – L’un des nombreux chenaux de la Tasman river qui alimente le Lake Pukaki,

aujourd’hui d’un bleu laiteux typique des lacs d’origine glaciaire.

Description de l’Echasse noire

15 décembre 2017  – Echasse noire baguée – Région de Twizel.

Le plumage et le bec de l’échasse noire sont entièrement noirs. Les pattes sont rougeâtre rose et les yeux sont rouges. Les deux sexes sont identiques. La taille est équivalente à celle de notre Echasse blanche (Himantopus himantopus). L’espèce est peu farouche. Les couples restent généralement ensemble pour la vie.

Au-dessus de l’échasse noire, une Sterne à front noir – Black-fronted tern (Chlidonias albostriatus).

Espèce endémique.  C’est la seule sterne qui se reproduit exclusivement à l’intérieur des terres (rivières à tresses de l’est et du sud de l’île du Sud). La population en régression, estimée entre 5 000 et 10 000 individus, a les mêmes ennemis que l’échasse noire.

15 décembre 2017 10h45 – Echasse noire juvénile baguée – Tasman River

Les juvéniles, c’est-à-dire les oiseaux ayant le plumage acquis lors de la sortie du nid, ont la poitrine, le cou et la tête blancs. Le dos, le ventre et les sous-caudales sont noirs, le reste du corps blanc à l’exception d’un masque noir sur et en arrière de l’œil. Les immatures (ne sont plus juvéniles mais ne sont pas encore capables de se reproduire) sont presque entièrement noirs mais on peut voir quelques plumes blanches çà et là sur le corps, surtout sur le devant.

Juvéniles et immatures peuvent être confondus avec l’Echasse d’Australie (Himantopus leucocephalus). Quelques plumes de ventre noires les distinguent des échasses. Ils deviennent entièrement noirs vers 18 mois.

15 décembre 2017 – Echasses noires juvéniles à l’abri d’un vent violent – Tasman River.

15 décembre 2017 – Echasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde – Tasman River.

15 décembre 2017 – Une autre échasse noire juvénile baguée pour le suivi du projet de sauvegarde.

La séquence de couleurs est unique  pour une identification formelle : je vous présente BKGBK/ RO.

15 décembre 2017 – Echasse d’Australie (White-headed stilt) – Tasman River.

27 juin 2014 – Echasses blanches (Himantopus himantopus) – Lac de Corbères  – Pyrénées Atlantiques (France).

15 décembre 2017 – Echasse noire (Black stilt) et Echasses d’Australie (White-headed stilt)

Région de Twizel.

Les échasses noires sont agressives envers les autres échasses, qu’elles dominent dans les conflits territoriaux.

15 décembre 2017-14:30 – Conflit territorial entre une échasse noire et deux échasses d’Australie.

Habitat

L’habitat de reproduction typique de l’échasse noire est une combinaison de lits de rivière à tresses et de zones humides à proximité telles que des marais, des étangs et les bords peu profonds des lacs. En hiver, elle reste près des sites de reproduction. Quand un gel des zones d’eau calme survient pendant plusieurs semaines, elle peut descendre vers les grands deltas pour se nourrir.

Son habitat a été dégradé par le développement de l’agriculture avec l’assèchement des zones humides, les barrages hydroélectriques, l’expansion des loisirs aquatiques, l’introduction de plantes qui ont envahi certains espaces ouverts où elle habite.

14 décembre 2017 – Lake Pukaki, dominé par les Southern Alps et normalement d’un magnifique bleu laiteux par beau temps. Ce lac d’origine glaciaire alimenté par les glaciers Tasman et Hooker, fait partie de l’énorme projet hydroélectrique Waitaki.

Il a été artificiellement surélevé à deux reprises (9 mètres en 1952 et 37 mètres en 1976, ce qui a contribué à la diminution de l’habitat de l’échasse noire. Il fournit plus de la moitié de la capacité de stockage d’hydroélectricité de la Nouvelle-Zélande et son niveau peut artificiellement varier de 13.8 mètres. 

Certains cours d’eau à tresses ont été plus ou moins canalisés par l’homme pour éviter les inondations et d’autres souffrent de la propagation de plantes comme le saule fragile (Salix fragilis) et le lupin Russell (Lupinus polyphyllus).

16 décembre 2017 – L’Ahuriri river, une rivière à tresses typique, avec les berges envahies par le lupin et quelques saules fragiles. Les mammifères carnassiers sont particulièrement aidés par ce couvert pour approcher l’échasse noire.

Reproduction

Actuellement, la reproduction a lieu exclusivement au-dessus de la Waitaki River, une rivière à tresses qui est parmi les cours d’eau les plus importants du bassin de Mackenzie. Les couples nicheurs sont confinés à la zone située entre les bassins des lacs Tekapo et Pukaki, au nord de la rivière Ahuriri.

La plupart des échasses noires y restent toute l’année. Elle niche principalement sur les berges sèches de lit de rivières en galets et de lacs. Elle y est plus vulnérable que sur des îles. Les couples nichent en solitaire et sont très éloignés les uns des autres, contrairement aux autres espèces d’échasses qui nichent en colonie. Cela les rend plus sensibles à la prédation.

Le nid consiste en une dépression dans le sol, tapissée d’herbe et de brindilles. Il est le plus souvent placé près de l’eau ce qui le rend vulnérable aux crues. Les parents incubent leurs 4 œufs à tour de rôle. Il peut y avoir une ponte de remplacement.

L’échasse noire a une longévité de onze ans et elle commence à se reproduire à l’âge de deux, plus généralement trois ans.

Alimentation

Elle se nourrit principalement d’invertébrés aquatiques, de mollusques et de petits poissons.

Population de l’Echasse noire

L’introduction volontaire de mammifères terrestres européens comme le surmulot, le chat, le furet, la belette et l’hermine pour contrôler la population de lapins a été très néfaste pour l’échasse noire. Elle avait auparavant très peu d’ennemis terrestres.

15 décembre 2017  – 7h00 – Lapins matinaux en bordure de la Tasman river.

12 décembre 2017  – 20h00 – « C’est chaud » – Lake McGregor, près du lac Tekapo .

Outre la perte de son habitat et la prédation par les mammifères introduits, une autre menace a pesé sur l’espèce avec sa raréfaction dans le milieu naturel : l’hybridation avec l’échasse d’Australie (Himantopus leucocephalus) qui ressemble beaucoup à notre Echasse blanche (Himantopus himantopus), hybridation causée par la difficulté à trouver un partenaire. Cette hybridation est détectable par la présence de quelques plumes blanches chez l’adulte. Depuis que l’échasse noire est suivie de façon intensive, l’hybridation de l’espèce a été considérablement réduite.

Les effectifs dénombrés fluctuent un peu suivant les sources que j’ai consultées. Les informations suivantes sont fiables :

La population comptait peut-être entre 500 et 1 000 oiseaux dans les années 1940, on n’a pas de comptage précis. A ce moment-là, elle avait déjà cessé de se reproduire dans l’île du Nord depuis longtemps. Elle a commencé à décliner rapidement au début des années 1950 et seulement 68 adultes ont été dénombrés en 1962. Les effectifs ont continué à baisser pour atteindre 23 oiseaux en 1981, début de la protection et de la gestion intensive de l’espèce. L’échasse noire s’élève facilement en captivité, et elle y est à l’abri des prédateurs et de l’hybridation. Des échasses noires ont jusqu’à cinq couvées par saison en captivité. Les œufs sont enlevés et placés en couveuse pour permettre une nouvelle ponte.

En 1984, il y avait 32 adultes dans la nature et ils étaient 52 en 1992 dont 10 couples nicheurs (32 en captivité, dont 11 femelles et 10 mâles). En 1999-2000, la population reproductrice sauvage ne comprenait plus que quatre couples et un maximum de 31 adultes.

Depuis lors, la population a augmenté principalement grâce à la libération annuelle de 80 à 100 immatures et juvéniles élevés en captivité. Le Department of Conservation (DOC) gère un programme d’incubation à Twizel, en partenariat avec l’Isaac Conservation and Wildlife Trust à Christchurch.

Depuis 2013, le nombre de couples sauvages nicheurs a fluctué entre 17 et 28 couples et la population adulte totale est passée de 61 à 91 en 2016, 106 oiseaux en 2017, d’après le Department of Conservation. Elle est alors la plus élevée jamais enregistrée depuis le début de la prise en charge en 1981.

En août 2016, 26 juvéniles élevés à Christchurch par le « The Isaac Conservation and Wildlife Trust » sont relâchés sur le delta de la Godley River, rivière à tresses alimentée par le Godley Glacier et débouchant sur le lac Tekapo. C’est un nouveau site, afin de tester l’acclimatation de l’espèce. L’expérience sera positive.

En octobre 2016, deux échasses noires lâchées début janvier dans la vallée de Tasman et disparues dès le lendemain ont été vues dans la vallée d’Arahura sur la côte ouest (première observation d’échasses noires depuis le début de l’archivage en 1979).

En janvier 2017, le Department of Conservation à Twizel a relâché 19 oiseaux juvéniles sur la Tasman River, et 60 au mois d’août. 51 juvéniles élevés à Christchurch sont aussi relâchés au mois d’août sur le delta de la Godley River.

1 5 décembre 2017 – Echasses noire juvéniles, relâchées en août 2017 ? – Tasman River.

Chaque spécimen d’Echasse noire juvénile que j’ai pu photographier au bord de la Tasman River a une lourde responsabilité : celle de la survie de son espèce en milieu sauvage. Cela en fait un oiseau particulièrement fascinant pour moi.

13 décembre 2017 – Lake Tekapo, lac d’origine glaciaire d’un bleu laiteux malgré le vent et le temps couvert,

avec au fond le Mount Cook / Aoraki et l’embouchure de la Godley river.

Le taux de survie jusqu’à l’âge de la reproduction parmi les lâchers de juvéniles et d’immatures reste bas à 29%, avec une augmentation récente à 49% sur la Tasman River, où un contrôle à grande échelle des prédateurs est en cours. Grâce à la reproduction en captivité, presque toutes les échasses noires dans le milieu naturel sont de race pure. Les couples reproducteurs sont choisis par des tests ADN pour éviter la consanguinité. La majorité de la population adulte, aujourd’hui, a été élevée en captivité et remise en liberté, d’œufs pondus dans la nature ou d’origine captifs. L’échasse noire aurait, sinon, disparue définitivement.

En janvier 2018, 14 juvéniles ont été relâchés sur la Tasman river, et 71 au mois d’août. 64 juvéniles ont également été relâchés au mois d’août sur la Godley river. En août 2018, la population sauvage de l’échasse noire est estimée à 132 oiseaux adultes, pour 23 en 1981 !

Un projet à grande échelle, « Te Manahuna Aoraki Project », a vu le jour très récemment, en novembre 2018. Il est axé sur « la restauration des paysages naturels emblématiques et des espèces menacées du haut bassin du Mackenzie et du parc national Aoraki ». Le lien vers leur site en cours de construction à la date de publication de cet article est : www.temanahunaaoraki.org. C’est un grand espoir pour le futur, en particulier pour la sauvegarde de l’Echasse noire !

On peut suivre l’actualité des projets de sauvegarde de l’Echasse noire sur Facebook, avec : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », et « Kakī Recovery Programme ».

L’Echasse noire est actuellement considérée comme étant en Danger Critique d’Extinction.

Où observer facilement l’Echasse noire

Je propose l’embouchure de la Tasman River; se renseigner au Glentanner Park Center. Il est primordial de respecter la tranquillité de ces oiseaux pour augmenter leurs chances de survie !

15 décembre 2017 – Tasman River Ecosystem Care Code.

Quelques oiseaux observés dans le delta de la Tasman River

L’Aigrette à face blanche – White-faced heron (Ardea novaehollandiae).

Migration naturelle d’Australie dans les années 1940.

Le Vanneau soldat – Masked lapwing (Vanellus miles) – Arrivé naturellement en 1932.

Tadorne du paradis – Paradise shelduck (Tadorna variegata) – Endémique. La femelle a la tête blanche.

Pluvier à double collier en plumage nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) Endémique et vulnérable au niveau national (à cause des mammifères prédateurs introduits).

Pluvier à double collier en plumage pré-nuptial – Banded Dotterel (Charadrius bicinctus) .

Toutes les photos de cet article sont personnelles et ne sont pas libres de droits. Article rédigé le 14 janvier 2019, à partir de constatations faites sur place et de publications internet sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens :

Facebook : « The Isaac Conservation and Wildlife Trust », « Kaki Recovery Programme »

http://www.oiseaux.net/oiseaux/echasse.noire.html

https://en.wikipedia.org/wiki/Black_stilt

https://www.doc.govt.nz/globalassets/documents/science-and-technical/TSRP04.pdf

https://www.doc.govt.nz/nature/native-animals/birds/birds-a-z/black-stilt-kaki/

https://blog.doc.govt.nz/2017/01/25/successful-start-for-newest-kaki/

14 décembre 2017 – premières lueurs sur le Mount Cook/Aoraki,

point culminant de la Nouvelle-Zélande (3564m).

Le manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

Le manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

(16 décembre 2017-19:35 – Retour de la pêche, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Un survivant, le Manchot Antipode (Yellow-eyed penguin)

(Nom scientifique : Mégadyptes antipodes)

Le manchot Antipode vit exclusivement en Nouvelle-Zélande du Sud. Très timide et peu sociable, il préfère vivre en solitaire ou en couple. Espèce endémique et menacée, il est l’un des manchots les plus rares au monde. Il est en danger d’extinction.

La terre lui fournit un habitat de nidification ainsi que des espaces de repos et de mue. La mer lui fournit la nourriture et elle est également essentielle à la dispersion et à son déplacement entre les habitats terrestres. Il se nourrit principalement de poissons.

L’espèce se reproduit le long des côtes est et sud-est, ainsi que sur l’île Stewart, les îles Auckland et les îles Campbell. ll existe quatre grandes régions de reproduction sur le continent : la péninsule de Banks, l’Otago du Nord, la péninsule d’Otago et les Catlins. Une réserve protégeant plus de 10% de la population continentale a été créée à Long Point dans les Catlins en novembre 2007 par le Département Of Conservation (DOC) et le Yellow-Eyed Penguin Trust.

Le manchot Antipode ou manchot à yeux jaunes est devenu une espèce phare du tourisme axé sur la nature. Les colonies sur la péninsule d’Otago sont un lieu touristique recherché, où les visiteurs peuvent observer de près les manchots sur des sites aménagés et protégés.

(16 décembre 2017-19:50 – Profiter de la chaleur des derniers rayons du soir, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Description

Le manchot Antipode est un manchot de taille moyenne mesurant 65–80 cm de haut (quatrième plus grand manchot). Son poids varie en cours d’année, en moyenne de 4 à 8 kg juste avant la mue et de 3 à 6 kg après la mue. Il a une tête jaune pâle avec quelques plumes noires, un iris jaune. Le menton et la gorge sont noir brunâtre. Une bande de jaune vif coule de ses yeux autour de la tête. Le juvénile a la tête plus grise sans bande et leurs yeux ont un iris gris. Les deux sexes se ressemblent; le mâle est plus grand que la femelle.

Il vit dans les forêts indigènes et les garrigues côtières. Les sites de nidification sont choisis avec soin, avec une protection contre les intempéries et la chaleur du soleil. Ils sont accessibles depuis la mer via des plateformes rocheuses ou des plages de sable ou de gravier.

Il peut vivre longtemps, certains individus atteignent 20 ans. Il ne supporte pas la captivité.

Reproduction

Ce manchot niche généralement dans la forêt ou dans les broussailles, sur les pentes ou les ravins, ou sur le rivage même, face à la mer. Le nid lui-même est un bol peu profond généralement rempli de brindilles, d’herbe et d’autres végétaux. Ces zones sont généralement situées dans de petites baies ou dans les zones de pointe de grandes baies.

(16 décembre 2017-19:25 – Retour au nid, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Les sites de nidification sont bien dissimulés sous une végétation dense, les deux sexes contribuant à la construction du nid. Les couples peuvent y être vus ensemble dès juillet-août. La date moyenne de ponte est le 24 septembre sur la péninsule d’Otago, mais elle peut survenir plus tard dans des endroits plus au sud. Une couvée de deux œufs est pondue à 3 à 5 jours d’intervalle. Aucune ponte de remplacement n’a lieu. Les deux sexes couvent les œufs à partir de la ponte du deuxième œuf, de sorte que l’éclosion (principalement en novembre) est synchrone. La période d’incubation varie entre 39 et 51 jours.

(16 décembre 2017-20:26 – Retour au nid, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Pendant les six premières semaines après l’éclosion, les poussins sont gardés pendant la journée par l’un des parents tandis que l’autre est en train de se nourrir en mer. L’adulte en quête de nourriture revient au moins tous les jours pour nourrir les poussins et soulager le partenaire.

Après que les poussins aient atteint l’âge de six semaines, les deux parents vont en mer. Les poussins quittent d’habitude le nid à la mi-février et sont totalement indépendants à partir de ce moment-là.

(16 décembre 2017- 20:05 – Repos sur la plage, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Alimentation

Le manchot Antipode se nourrit principalement sur le plateau continental entre 2 km et 25 km au large, plongeant à des profondeurs allant de 40 à 120 m. Les manchots reproducteurs entreprennent généralement deux types de sorties en quête de nourriture: des excursions d’une journée où les oiseaux partent à l’aube et reviennent dans la soirée, à une distance pouvant aller jusqu’à 25 km de la côte, et des excursions plus courtes, au cours desquelles les oiseaux s’éloignent rarement de leur nid plus de quatre heures ou de plus de 7 km environ.

Ils pêchent des poissons de fond telles que le sprat (poisson au dos bleuté et au ventre argenté de 10 à 15cm de longueur), la morue rouge, l’ahuru (une espèce de morue mesurant jusqu’à 13cm), le menidia (petit poisson argenté) et la morue bleue, ainsi que des céphalopodes et des crustacés.

(16 décembre 2017-20:45 – Un retardataire, retour de la pêche, Bushy Beach Scenic Reserve – Otago)

Population du manchot Antipode

Depuis leurs premiers contacts avec des humains, les manchots Antipode ont connu des moments difficiles. Ils étaient traditionnellement chassés pour se nourrir et des incendies ont détruit de vastes étendues d’habitat. Cet habitat a également été remplacé par des propriétés agricoles et par l’urbanisation des côtes. Les filets de pêche les enchevêtrent en mer et, à terre, des mammifères prédateurs introduits par l’homme ont contribué à décimer la population restante.

Aujourd’hui, ces prédateurs (furets, chats, chiens … ) errent toujours dans les campagnes et continuent à arpenter l’espace côtier occupé par les manchots, mettant ainsi leur vie en danger.

Les prédateurs naturels de la mer comprennent l’escolar (poisson mesurant 1m30 en moyenne), les requins, les otaries à fourrure et les lions de mer. Les blessures les plus courantes causées par l’escolar sont les morsures aux pattes et à l’abdomen, devenant fatales si elles ne sont pas traitées. Les activités humaines en mer (pêche, pollution) ont aussi une influence très importante sur la tendance à la baisse de l’espèce.

(17 décembre 2017-13:20 – Otarie à fourrure – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

(17 décembre 2017-17:30 – Famille d’otaries à fourrure – Taiaroa Head – Otago Peninsula)

Une forte diminution du nombre de nids au cours des années 1980, suivie d’un événement de mortalité massive en janvier 1990, a réduit le nombre total de nids à 140 couples sur l’ensemble de la côte d’Otago lors de la saison suivante. En outre, les prédateurs tuaient jusqu’à 60% des poussins sur certains sites. Suite au travail accompli par les groupes de défense de la Nature visant à réduire le nombre des prédateurs, le nombre de couples a augmenté pour atteindre environ 600 couples sur le continent néo-zélandais en 1996/97.

Depuis cette époque, le nombre de nids a fluctué entre 400 et 600 couples. A partir de la saison 2008/09, une baisse progressive de la population a conduit à un minimum de 255 couples en 2015/16 – le niveau le plus bas depuis 1990/91.

Au cours de la saison 2016/17, il y avait environ 266 couples nicheurs. La forte diminution du nombre de nids est le résultat cumulatif d’une autre mortalité massive non identifiée en janvier 2013, d’une famine généralisée en 2014 et d’une augmentation de la prédation par l’escolar au début de 2015.

Leur nombre continue de diminuer en dépit des efforts actuels de gestion de la conservation. Ils sont considérés comme des sentinelles océaniques, aidant à comprendre les effets de la pollution, de la surpêche et du changement climatique. Ils sont très sensibles aux variations des océans et tirent la sonnette d’alarme quant aux menaces qui pèsent sur les écosystèmes marins.

Interférence du tourisme

Les perturbations non contrôlées et d’intensité relativement élevée provoquées par les touristes sont associées à une réduction du succès de la reproduction. Les personnes entrant dans les zones de nidification stressent les manchots nicheurs, très émotifs. Cela peut amener les adultes à retarder leur retour au nid en présence de personnes. Au final, la nourriture est consommée en mer par l’adulte et un repas non pris par le poussin devient une question de vie ou de mort.

(17 décembre 2017-13:50 – Séchage au soleil – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

Où l’observer facilement

On peut l’observer sans guide local sur des plages d’Oamaru, sur quelques plages proches de Dunedin et dans les Catlins. Par exemple: Allans Beach, Sandfly Bay (Péninsule d’Otago) ; Roaring Bay (près de Nugget Point), Hinahina Forest, Long Point et Curio Bay (Catlins).

Certaines activités touristiques commerciales de la péninsule d’Otago permettent aussi de l’observer comme à «Penguin Place», une réserve privée sur la route pour Taiaroa Head.

Personnellement, j’ai pu photographier ce magnifique oiseau sur les lieux suivants : Bushy Beach Scenic Reserve – Otago (je pensais voir sortir de l’eau des dizaines de manchots, au coucher du soleil : en fait, ce soir-là, je n’observerai qu’un couple et trois individus isolés. La population se limiterait à une dizaine d’individus sur ce site, d’après ce que j’ai lu) et Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago (un individu isolé).

(17 décembre 2017 – Moment de repos – Katiki Point Historic Reserve – Moeraki Peninsula, Otago)

Depuis août 2010, le manchot antipode est protégé par la loi américaine Endangered Species Act .

Article rédigé le 08 janvier 2019 à partir de mes photos, de constatations faites sur place et de publications internet, dont:

http://nzbirdsonline.org.nz/species/yellow-eyed-penguin

https://www.yellow-eyedpenguin.org.nz/

https://www.doc.govt.nz/nature/native-animals/birds/birds-a-z/penguins/yellow-eyed-penguin-hoiho/

Pour en savoir plus, consulter cette bibliographie très bien documentée.

Le Grand Paon de nuit

Le Grand Paon de nuit

Femelle à gauche, mâle à droite (reconnaissables aux antennes).

Le Grand Paon de nuit

(Nom scientifique : Saturnia pyri)

Le Grand Paon de nuit est le plus grand papillon d’Europe, d’une envergure remarquable. J’ai fait sa découverte récemment dans mon jardin du Vic-Bilh dans les Pyrénées-Atlantiques, par hasard, en nettoyant un massif de plantes envahi par des feuilles mortes poussées par le vent cet hiver, à proximité du verger. En fait, ils étaient deux, un mâle et une femelle, très discrets et que l’on confondait avec les feuilles.

N’ayant jamais eu l’opportunité de rencontrer ce papillon auparavant, je n’avais aucune information sur lui ; je me doutais seulement qu’il s’agissait de papillons de nuit. Leur envergure exceptionnelle m’a interpelé et je l’ai donc mesurée, en évitant de les perturber ou de les toucher : 151 millimètres chez la femelle ! Le mâle, bien réveillé, faisait vibrer ses ailes et je l’ai laissé tranquille.

Ce papillon doit son nom aux cercles de couleurs présents sur ses quatre ailes, les ocelles, rappelant l’ornementation des plumes de la queue des paons. Ces « yeux », comme chez d’autres papillons, ont un effet dissuasif pour se préserver des prédateurs. Je leur trouve personnellement un effet hypnotique. Il a un « cousin », le Petit Paon de nuit (Eudia pavonia), mais avec lequel on ne peut le confondre, celui-ci ne mesurant qu’entre 55 et 80 millimètres (le mâle est plus petit que la femelle).

Le Grand Paon de nuit est rare en Béarn et il se raréfie ailleurs. Dans la mise à jour de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) du 6 décembre 2017, il n’y a pas de données sur sa présence dans le 32, 40, 64 et 65.

Il peut voler de jour, comme j’ai eu l’occasion de le constater quand le mâle a pris son envol, plus léger que la femelle qui avait probablement encore ses œufs. Son vol est impressionnant ; de nuit, on pourrait le confondre avec une chauve-souris. Ses ailes sont étalées au repos. Son corps est très trapu. Ses pattes, pourvues de griffes, ont une très bonne accroche ; il dégage une impression de force et de puissance.

ll n’a qu’une génération par an et sa durée de vie est très réduite, moins d’une semaine. Des données plus précises indiquent une durée de vie de 3 jours pour le mâle tandis que la femelle vivrait jusqu’à une dizaine de jours. Durant cette courte vie, il ne s’alimente pas : il ne possède pas de trompe. A-t-elle disparu parce qu’il ne l’utilisait pas ou n’a-t-elle jamais existé ? Son temps est dédié uniquement à la reproduction. Les deux sexes sont identiques. Le mâle se différencie de la femelle en observant les antennes : fines, très brièvement pectinées chez la femelle ; très développées et doublement pectinées (c.à.d, en forme de peigne) chez le mâle. On remarquera aussi les rondeurs abdominales de la femelle, bien plus prononcées avec la présence des œufs. La période de vol s’étend de fin mars à juin, suivant les régions. Ce papillon de nuit est présent dans toute la partie sud de la France, absent au-dessus d’une ligne passant au niveau de la région parisienne. Il est aussi présent en Europe sous les mêmes latitudes.

Femelle reconnaissable à ses antennes peu développées

Le mâle cherche les femelles aux premières heures de la nuit. Celle-ci, prête à être fécondée, émet des phéromones pour attirer le mâle qui les repère jusqu’à 5 kilomètres et même au-delà (jusqu’à 10 kilomètres suivant les sources), grâce aux « capteurs » de ses antennes. L’accouplement met fin à l’émission de ces phéromones, et à l’attractivité sexuelle. Les œufs sont pondus sur des arbres à feuilles caduques (surtout sur les arbres fruitiers) d’où émergeront de magnifiques chenilles d’une douzaine de centimètres, d’abord noires avec des bandes rouges et qui deviendront d’une belle couleur vert pomme avec des tubercules bleu turquoise portant des soies raides. La chenille, ni urticante ni dangereuse, se développe sur les espèces d’arbres suivants, répandus dans les vergers : pommier, prunier, prunellier, poirier, cognassier, pêcher, amandier (surtout) et dans les parcs : tilleuls, hêtre, frêne, châtaignier, noisetier, saules, peupliers … Puis elle s’enferme dans un cocon brun de 5 à 6 centimètres avant de se transformer en chrysalide. Cette dernière se métamorphosera en un nouvel adulte, 1 voire 2, et même 3 ans plus tard.

Mes spécimens étaient probablement en cours de reproduction. Les ai-je perturbés ? Sans doute et bien involontairement mais ils étaient tous les deux en très bonne santé. Le mâle s’est donc envolé et j’ai remis la femelle délicatement en place sans la toucher, là où je les avais involontairement perturbés ; elle avait disparu le lendemain-matin. Je ferai plus attention à leur éventuelle présence dans le futur, ainsi qu’à celle d’œufs, de chenilles ou de chrysalides que la bibliographie qui m’a aidé à écrire ce petit résumé, m’a appris à reconnaître !

Mâle reconnaissable à ses antennes bien « peignées ».

grand paon de nuit saturnia pyri béarn vic-bilh

Gros plan sur la tête de la Femelle (absence de trompe)

grand paon de nuit saturnia pyri béarn vic-bilh

Gros plan sur la tête du mâle (extrémité des pattes pourvues de griffes)

Article rédigé le 14 mai 2018 à partir de mes photos, d’observations personnelles et en résumant de la bibliographie consultée sur internet, dont :

-Jean-Henri Fabre  : https://www.e-fabre.com/e-texts/souvenirs_entomologiques/grand_paon.htm

-André Lequet  : https://www.insectes-net.fr/paon/paon2.htm

-Bernard … : http://www.baladesentomologiques.com/article-grand-paon-de-nuit-saturnia-pyri-visiteur-de-la-nuit-122468395.html

Le Caméléon commun (Portugal)

Le Caméléon commun (Portugal)

Le Caméléon commun

(Nom scientifique : Chamaeleo chamaeleon)

Le Caméléon commun est un reptile bien sympathique, très utile et totalement inoffensif mesurant au maximum une trentaine de centimètres de long. Quand il se sent agressé, il prend des positions d’attaque et d’intimidation, ouvrant sa bouche et soufflant pour reprendre ensuite son indolence naturelle. Il ne mordra que rarement ; lorsqu’il le fait, il relâche de suite la pression de ses mâchoires ce qui fait que les rares cas de morsures humaines sont inoffensifs et quasiment indolores.

Il est la seule espèce de caméléon vivant en Europe. On ne le trouve que dans le sud du Portugal (l’Algarve), le sud de l’Espagne (l’Andalousie), en Sicile, à Malte, en Crête et à Chypre.

J’ai fait sa connaissance lors de vacances dans le Sud du Portugal, où j’ai pu le photographier dans l’île barrière de Culatra. Diurne, il est exclusivement arboricole et on peut le rencontrer en train de se chauffer au soleil à l’abri du vent. Il ne descend pratiquement jamais à terre, sauf la femelle pour pondre ses œufs. Par grand vent, il reste à l’abri dans la végétation où il est alors quasiment impossible de le distinguer à cause de son mimétisme. Il se nourrit d’insectes et d’arthropodes, petits animaux invertébrés dont le corps est composé de segments. Il vit en solitaire, sauf au moment de la reproduction qui s’étend de mi-juillet à fin septembre. En Algarve, il s’accouple au mois d’août. Le Caméléon commun est ovipare et la femelle pond ses œufs en octobre après une gestation d’environ deux mois, entre 10 et 30 environ, enfouis dans un sol meuble. L’incubation dépend de la température et du taux d’humidité. L’éclosion a lieu en mai, étalée sur une à deux semaines et les jeunes mesurent environ 35 millimètres jusqu’au cloaque. Ils grimpent de suite à un arbre et commencent alors à se nourrir.

Il est protégé en Europe par la Convention de Berne du 19 septembre 1979, signée par le gouvernement portugais le 3 décembre 1981. Tout prélèvement, toute commercialisation, tout transport et toute détention sont totalement interdits.

Il est très territorial et vit dans un biotope sec. Il adopte un arbuste ou un buisson dont il fait son gîte. Son habitat en Algarve se caractérise par la présence de pins maritimes, de genêts blancs et de la végétation de dunes. Dans les dunes côtières des îles barrières, on peut l’observer dans des buissons de deux ou trois mètres.

Au Portugal, cette espèce a été introduite. Il apparaît dans l’Algarve de l’est au XXè Siècle, probablement en 1918 où il aurait été apporté du sud de l’Espagne ou du Maroc par des pêcheurs ou des travailleurs (entre Monte Gordo et Vila Real de Santo Antonio proches de l’Espagne, séparé par le fleuve frontière Guadiana). Ils se sont très bien adaptés au point de coloniser rapidement toute la bande côtière jusqu’à Quarteira.

Une étude de 2005 sur sa répartition détermine une population fragmentée en lien direct avec l’impact de l’urbanisme, le long du littoral entre Vila Real de Santo Antonio et Lagos. Cette fragmentation est très importante entre Quarteira et Lagos. La plus grande densité côtière est à la pointe est de l’Algarve entre Vila Real et Monte Gordo. La population la plus importante des îles barrières de la ria Formosa est celle de Tavira où je n’en ai personnellement pas vu. La végétation y est plus propice avec la présence de pins maritimes et de genêts.

La peau du Caméléon commun a une couleur très variable et peut changer relativement vite, allant du jaune clair au vert (au repos), au brun rougeâtre (quand il est prêt à combattre un congénère) ou presque noir (pour traverser une bande de sable en plein soleil), mais rarement d’une apparence uniforme. Cette mosaïque de couleurs lui permet de se fondre dans le milieu.

Les doigts sont soudés en deux groupes (trois et deux, terminés par des griffes) opposables l’un à l’autre pour une bonne préhension, la queue est préhensile également.

Ses yeux sont logés dans des cônes sertis dans une orbite circulaire et bougent indépendamment. Il peut voir dans deux directions différentes en même temps. La vision est stéréoscopique et elle lui permet de bien calculer la distance de la proie. Sa technique de chasse est l’immobilité, à l’affût.

(On peut noter sur ce cliché le changement de pigmentation par rapport au cliché précédent, correspondant à un changement du milieu environnant)

L’espèce est en danger d’extinction au Portugal. On le comptait par milliers il y a quelques années d’après la tradition populaire que j’ai pu recueillir. C’est maintenant devenu difficile d’en voir un. Je n’ai pas trouvé de statistiques chiffrées sur sa présence, ni de mention de plan de protection ou de sauvegarde.

Il a été victime d’un certain engouement du public et le prélèvement lui a causé beaucoup de tort. Or, il ne peut vivre plus d’un mois en captivité.

Son habitat se réduit de plus en plus avec le changement des pratiques agricoles et la part grandissante de l’urbanisme et du tourisme de masse. La présence de plus en plus importante de routes, outre la mortalité par l’écrasement, isole les groupes d’individus.

Article rédigé le 23 mai 2017, à partir de mes photos, de constatations faites sur place, de témoignages verbaux et de bibliographie internet, dont : « Distribution and Conservation of the Common Chameleon, Chameleo chameleon, in Algarve, Southern Portugal », paru en janvier 2005 dans Israel Journal of Zoology.