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La Couleuvre à échelons (Rhinechis scalaris)

La Couleuvre à échelons (Rhinechis scalaris)

La Couleuvre à échelons (Rhinechis scalaris)

Son observation en Espagne (décembre 2019)

Sur un sentier dans la dehesa, elle se repose sous un rayon de lumière.

La Couleuvre à échelons est un grand serpent inoffensif et protégé. Cependant, si elle se sent en danger, elle peut devenir agressive et tenter de mordre, bien qu’elle ne possède pas de venin (comme toutes les couleuvres, sauf  la Couleuvre de Montpellier qui a des crochets à venin, mais trop en arrière dans sa bouche pour que l’on puisse être envenimé). Sa morsure est douloureuse, autant la laisser tranquille! Elle mesure en moyenne 1m20 et peut atteindre 1m60, taille voisine de notre Couleuvre verte et jaune bien connue.

On la trouve en Espagne, au Portugal, à Gibraltar, en Italie (en Ligurie). En France, on ne la trouve que dans le midi (Languedoc-Roussillon, la région PACA et la région Rhône-Alpes). Le spécimen de cette publication a été observé en Andalousie sur un sentier, lors d’une sortie à la recherche du Lynx pardelle dans la dehesa. Il me semble qu’elle est en train de se reposer pendant la digestion d’une proie.

Elle est facile à reconnaître : les adultes sont assez uniformes, bruns à jaune-grisâtre avec deux lignes foncées le long du dos. Les juvéniles sont très marqués, plus jaunes, avec des taches noires en forme de H sur le dos donnant l’aspect d’une échelle, caractéristique qui est à l’origine du nom donné à l’espèce. Ces tâches disparaîtront petit à petit. Son museau pointu dépasse la mâchoire inférieure.

Paysage typique de la Dehesa (Andalousie).

Elle fréquente les milieux ensoleillés rocailleux et broussailleux, comme les garrigues et les maquis ou l’équivalent, comme la dehesa en Espagne. Elle grimpe très facilement dans la végétation. C’est un prédateur redoutable, actif une bonne partie de l’année mais principalement au printemps et à l’automne. Mon observation est faite fin décembre! Elle se nourrit de petits mammifères, rongeurs, batraciens, lézards et oiseaux, qu’elle tue par constriction.

Lors de mon observation, je me suis surtout attaché à me positionner à la même hauteur que son œil ; je me rends compte maintenant qu’un cliché pris au-dessus aurait été aussi le bienvenu! Les sujets adultes n’ont plus ces tâches noires sur les flancs.

Un petit rappel – Les couleuvres sont faciles à reconnaître ; leur pupille est ronde (verticale chez la vipère) et elles ont de grandes écailles sur la tête (petites chez la vipère).

A la rencontre du Bouquetin en Espagne – Deuxième Partie

A la rencontre du Bouquetin en Espagne – Deuxième Partie

Un beau Bouquetin mâle (bouc), Sierra de Las Villas (à proximité de Villanueva del Arzobispo).

A la rencontre du Bouquetin dans les Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

puis celle de Guadarrama

Bouquetins mâles, dans les blocs granitiques de La Pedriza, Sierra de Guadarrama.

J’ai déjà consacré deux articles sur mon observation du Bouquetin en Espagne. Le premier était dédié à sa présentation générale illustrée par des clichés pris dans la Sierra de Gredos en mai 2018. Le second le montrait dans différents biotopes principalement en décembre 2019, pendant la période du rut. Aujourd’hui, je continue et complète sur ce sujet en le montrant dans le Parc naturel des Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas et dans le Parc national de la Sierra de Guadarrama.

Je lui consacrerai plus tard une publication quand je l’aurai observé sans son collier GPS et autres coquetteries dans notre Parc national des Pyrénées, où on a commencé sa réintroduction en 2014.

Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

Une vue partielle dominante de Cazorla, avec ses oliveraies en arrière-plan. C’est une petite ville magnifique et accueillante aux rues très étroites. 

Château arabe de la Yedra, dominant Cazorla.

Le Parc naturel de las Sierras de Cazorla, Segura y las Villas est le plus grand espace protégé d’Espagne (209 920 ha), avec des espèces végétales endémiques. C’est là que naît le Guadalquivir à 1 330 m d’altitude, le fleuve le plus grand d’Andalousie. Reconnue Réserve de la Biosphère par l’Unesco en 1983, sa richesse naturelle se base sur la biodiversité biologique. L’effectif des bouquetins y a culminé à plus de 10 000 individus avant qu’une épidémie de gale sarcoptique ne les décime à la fin des années 80. Aujourd’hui, leur nombre se situe autour de 2 500.  Les paysages de cette région montagneuse sont d’une beauté et d’une particularité extraordinaires, avec un point culminant à 2 039 mètres : le pic Alto de la Cabrilla.

En bas, le territoire bordé de rouge représente la Sierra de Cazorla, dont la partie en vert est dans le Parc (Google Maps) . 

La Sierra de Cazorla occupe une superficie de 133 000 ha dont le 1/3 environ dans le territoire du Parc (pointe sud); le village de Cazorla est à la limite du Parc. La Sierra de Las Villas, dont la ville principale est Villacarillo, occupe 8,3% du Parc, approximativement la bordure centre-ouest (à gauche de Coto-Rios). La Sierra de Segura constitue à elle seule 80% de la superficie du Parc, le reste du centre et le nord est; sa ville principale est Beas de Segura.

Les plantations d’oliviers autour de Cazorla.

L’appellation d’origine « Sierra de Cazorla » garantit les huiles d’olive vierges extra. Celles-ci sont obtenues à partir du fruit appartenant aux variétés Picual (94%) et, dans une moindre mesure, Royal (6%). Elles sont produites dans la région de Cazorla. Environ 31 500 hectares sont destinés à la culture des deux variétés d’olive. Les huiles obtenues ont une acidité oléique inférieure à 1º et possèdent des propriétés organoleptiques particulières.

Les oliveraies dans la région de Chilluévar, au-dessus de Cazorla.

La cascade de Linarejos dans le Parc, sur le ruisseau du même nom (région de Carrada del Utrero, Sierra de Segura). Ses eaux sont parmi les premières à alimenter le légendaire Guadalquivir.

La faune est très diverse, autant les mammifères que les oiseaux.

On peut y trouver entre autres des renards, …

des écureuils, …

Des daims, … Les femelles vivent généralement en harde.

Les daims mâles sont généralement solitaires, hors la période du rut.

Une biche, région de Villanueva del Arzobispo (limite du parc naturel).

Des cerfs élaphes, appelés aussi cerfs rouges ou cerfs d’Europe.

Les rapaces et autres oiseaux sont également nombreux. Le Vautour fauve est très présent.

Le vautour fauve dans son environnement (Sierra de Cazorla).

Un Pic épeiche et bien d’autres oiseaux, …

Bon, il y a aussi des Bouquetins, c’est quand même une des principales raisons de cet article.

Quelques boucs solitaires (à la hauteur de Villanueva del Arzobispo). 

Les bouquetins n’ont pas été évidents à observer. J’en ai observé dans le Parc, dans la Sierra de Las Villas. En effet, ceux que j’ai pu rencontrer évoluaient dans un environ assez chargé en végétation, essentiellement des pinèdes. Il faut dire aussi que je ne me suis pas focalisé sur eux : les paysages sont superbes, il y a beaucoup de centres d’intérêt et j’y reviendrai avec grand plaisir, sans doute à une période différente comme l’automne.

Paysages typiques dans le Parc, Sierra de las Villas.

Paysages typiques de la Sierra de Cazorla, en dehors du Parc (région de Huesa).

La Sierra de Guadarrama

 

Le Parc national, entre Ségovie et Madrid, « fournisseur » de nos Bouquetins des Pyrénées (Google Maps).

Le Parc national de la Sierra de Guadarrama m’a donné de belles occasions d’observer le mode de vie des bouquetins à la période du rut. Crée en 2013, il a une grande biodiversité et richesse écologique. Il s’étend entre les Communautés Autonomes de Castille-et-Leon et de  Madrid. Il culmine à 2 430 mètres, au pic Peñalara. C’est une chaîne de montagne bien plus ancienne que nos Pyrénées ou les Alpes, essentiellement composée de roche granitique très érodée et de gneiss.

Beaucoup supposent que le bouquetin aurait disparu de la région au cours de la première moitié du 19è siècle, mais la plupart des références sérieuses ne permettent pas de le conclure. Le bouquetin a été introduit au cours de ces dernières années, à partir de sujets provenant de la Sierra de Gredos et de Las Batuecas dans la Sierra de Francia (province de Salamanque).

Cette introduction a commencé entre 1990 et 1992 dans la partie sud du parc national actuel, dans l’ancien parc régional de Cuenca Alta del Manzanares (Communauté de Madrid). 67 individus ont été relâchés dans un lieu connu sous le nom de Hueco de San Blas d’où ils ont colonisé le reste du territoire.

A cette population, il faut ajouter les individus introduits dans la région de los Hoyos, dont l’origine vient d’une introduction antérieure faite entre les années 2000 et 2002 du côté ségovien de la Sierra Guadarrama, dans la zone de chasse contrôlée de Torrecaballeros. Cette population est actuellement installée dans la Cuerda de los Montes Carpetanos, à Alameda del Valle, Pinilla del Valle et Rascafría, appartenant à la région forestière du parc naturel de Peñalara.

Les dernières données sur l’évolution de ces deux noyaux confirment une croissance constante et que, au moins pour une grande partie de l’année, les deux populations entrent en contact, avec la présence de bouquetins de La Najarra à Las Cerradillas et à Los Montes Carpetanos, de Peñalara à El Nevero et dans la municipalité de Pinilla del Valle.

Dans une étude publiée en 2019 sur la présence du bouquetin dans le Parc national, les densités les plus élevées se situent sur une superficie de 234 ha dans la région de Najarra, Matasanos, Asómate de Hoyos et La Pedriza Posterior, en fait assez proche du lieu des premières introductions.

Vautour Fauve et Bouquetin, dans les accumulations de blocs de granit errodés.

L’espèce s’est si bien adaptée que l’on compte aujourd’hui environ 5 000 individus et que l’espèce est considérée depuis plusieurs années en surpopulation par rapport aux ressources naturelles disponibles. Elle n’a aucun prédateur. Entre autres, elle met fin à la régénération naturelle de diverses espèces botaniques protégées.

Un plan d’action approuvé en septembre 2016 visait à réduire la population à 1500-1300 individus sur plusieurs années ; il a été aussitôt suspendu sur un vice de procédure. Il consistait à transférer dans d’autres zones 25% des individus, les 75% restants devaient être chassés à l’arc et au fusil. Seule la solution du transfert a été conservée. Entre autres, un total de 204 bouquetins de La Pedriza ont été vendus et déplacés à ce jour vers les Pyrénées françaises : 63 à Cauterets (Htes-Pyrénées), 66 à Ustou et 29 Aulus les Bains (Ariège), 46 à Gèdre (vallée de Luz-Gavarnie). Un effectif de 22 individus a été relâché en vallée d’Aspe sur la commune d’Accous en 2019, originaires également de Guadarrama, bilan provisoire car le projet des lâchers n’est toujours pas terminé pour la partie ouest des Pyrénées.

Cercedilla (1 118 m), l’une des portes d’entrée dans le Parc national, est un centre touristique populaire pour les alpinistes.

Premiers rayons sur la neige tombée dans la nuit au « puerto de Navacerrada » à  1 852 m (18 décembre 2019). 

La mer de nuages sur la vallée depuis le puerto de Navacerrada vers Cercedilla.

Il est parfois difficile de les distinguer sur les crêtes, mais l’œil s’habitue à les localiser. 

Le soleil se lève et quelques bouquetins pointent leur nez sur les hauteurs entre Cercedilla et le col de Navacerrada.

J’ai d’abord prospecté dans le Parc national en direction du col de Navacerrada, en partant du village de Cercedilla. Leur présence y est avérée mais la densité est faible (colonisation récente). Il existe, entre autres, un sentier de randonnée (Monte Pinar de la Barranca, parking bien indiqué sur le côté droit de la route M-601 en montant vers le col) qui peut offrir quelques opportunités avec un joli panorama sur les sommets.

Les environs du refuge Giner de los Rios.

Mais ils étaient plus nombreux et accessibles (sans les importuner) dans le massif de La Pedriza Anterior. On prend le sentier de randonnée à partir du parking Canto Cochino en direction del Refugio Giner de los Rios et au-delà (Collado de la Dehesilla). Ce parking est situé à la limite du parc à proximité du village de Manzanares el Real.

Blocs de granite érodés, typique de La Pedriza.

Le massif de la Pedriza (Anterior et Posterior) est l’une des plus importantes formations granitiques en Europe, bien connue des Madrilènes pour la pratique de l’escalade. Il vaut mieux donc y aller en semaine, moment où les bouquetins sont les moins perturbés. C’est au cours d’une sortie dans ce massif (Pedriza Anterior) que j’ai pris les photos qui suivent. Le seul petit regret est que la brume ne s’est pas levée de la journée. Il a même bruiné.

Un jeune bouc (cornes épaisses avec l’apparition des premières nodosités).

Deux mâles adultes solitaires (boucs).

Jeune bouc et une femelle (étagne).

Pas toujours évident de les voir (à gauche du sommet de ce bloc).

Vue rapprochée de la photo précédente.

Deux jeunes mâles « intéressés » par une femelle accompagnée de son cabri.

Vue éloignée et rapprochée d’un petit groupe.

Et un vautour passa au même moment!

Jeune bouc.

Pris sur le vif!

Dans cet environnement minéral accompagnée de végétation touffue, il faut être vigilant pour les voir (sans les perturber).

Bouc, cabri et étagne.

Une autre femelle s’approche.

Le mâle s’intéresse sérieusement à son état d’ovulation, attitude typique déjà décrite dans mon précédent article : queue relevée, lèvre supérieure retroussée et langue frétillante, cornes rabattues sur le dos.

La femelle n’est pas consentante et lui fait face.

Ce n’est pas encore le moment. Le mâle plus jeune (pelage plus clair) s’est approché pour rien et s’éloigne.

Le mâle plus âgé va aussi prospecter ailleurs.

Une étagne et son cabri m’ont aperçu, …

L’étagne et son cabri sont fusionnels, jusqu’à la prochaine mise bas en mai prochain.

Un joli bouc surveille depuis son promontoire.

Une scène de vie pendant le rut, après la période des combats : Une femelle se fait toiletter par son cabri; une autre femelle (assise à gauche) est sous la surveillance de deux mâles qui « attendent » patiemment.

Le troisième mâle de ce cliché est celui qui surveillait depuis son promontoire. Il est passé devant les autres et s’est assis au 1er rang, queue relevée. 

Occupé par trois femelles, la queue relevée.

Une photo que j’aime bien : une étagne et sa boule de poils laineux.

Les cabris sont très bien tolérés pendant le rut. Celui-ci côtoie un mâle dans la force de l’âge, suivi par un mâle plus jeune et deux femelles dont la mère du cabri.

La boule de poils laineux traîne sur son promontoire.

Une joute entre un mâle dans la force de l’âge et un jeune prétendant à la robe plus claire.

Le Bouquetin est le mammifère le plus emblématique des montagnes espagnoles et le trophée de chasse le plus réputé. Je termine cet article, probablement le dernier sur le bouquetin en Espagne (bien que je continuerai à le photographier), avec trois photos d’un endroit superbe qui mérite vraiment le détour : le « Parc natural dels Ports » dominant le delta de l’Ebre. La statue du bouquetin, une ode à ce bel animal, m’a évité un capot. Mais tout cela n’est qu’une question de patience et de persévérance!

L’entrée du « Parc natural dels Ports ».

Parc Natural dels Ports – Delta de l’Ebre.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de quelques sources internet dont je cite le lien le plus intéressant :

_ https://www.researchgate.net/publication/338565689_Zonificacion_del_Parque_Nacional

Pour accéder à mon article sur la présentation générale du Bouquetin, cliquez ICI

Pour accéder à mon article sur la présence des bouquetins dans les Picos de Europa, les Sierras de Gredos, d’Andujar et de Castril, cliquez ICI

A la rencontre du bouquetin en Espagne – Première Partie

A la rencontre du bouquetin en Espagne – Première Partie

Un vieux mâle (appelé un Bouc) se repose.

A la rencontre du Bouquetin en Espagne

(séjour naturaliste de décembre 2019)

Au début du mois de mai 2018, j’ai eu l’occasion d’observer lors d’un séjour naturaliste dans la Sierra de Gredos le Bouquetin ibérique appelé aussi Bouquetin d’Espagne (Cabra montés en espagnol). C’était ma première rencontre et je lui ai consacré un article complet que vous pouvez consulter en suivant le lien à la fin de cet article.

Quelques rappels

 

Un jeune adulte devant un névé.

Le Bouquetin ibérique (Capra pyrenaica) est classé en quatre sous-espèces, dont deux ont disparu : le Bouquetin portugais (Capra pyrenaica sous-espèce lusitanica) et le Bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica sous-espèce pyrenaica). Ce dernier était notre bouquetin, dont les deux derniers spécimens ont été abattus en 1910 près du lac de Gaube, au dessus de Cauterets. Chassés jusqu’à l’extinction!

Sur le versant espagnol des Pyrénées, un nombre restreint de Bouquetins des Pyrénées survivait dans le parc national d’Ordesa y Monte Perdido, dont la création en 1918 devait justement les sauvegarder. Le dernier connu, une femelle nommée Celia, a été retrouvée morte le 6 janvier 2000, le crâne fracassé par la chute d’un arbre lors d’une violente tempête. C’est en partie la création en 1905 de la Réserve royale de chasse de la Sierra de Gredos par le roi Alfonso XIII qui a permis à l’Espagne de garder l’espèce en vie. La population actuelle est constituée par les deux sous-espèces restantes, victoriae et hispanica. Le fait d’être une espèce unique au monde, endémique de la péninsule, en a fait un grand gibier recherché pour le tir et le trophée. Un programme de conservation est né en 1950 en Espagne à l’échelle nationale, avec la création de nombreuses Réserves.

Au début des années 1990, la population était estimée à 7 900 individus. En 2012, quelques 50 000 individus sont distribués dans la péninsule ibérique occupant plus de 27 noyaux, grâce à des opérations de réintroduction et de protection. On les trouve principalement dans la Sierra Nevada, Sierra de Gredos, Las Batuecas, Los Puertos de Morella, Muela de Cortes, Serrania de Cuenca, Alcaraz, Sierra Madrona, Sierra Magina, Sierra de Cazorla, Sierra de Segura, Sierra Sur de Jaen, Los Filabres, Sierra de las Nieves et Montes de Cadiz, Sierra de Guadarrama, etc.  

Une magnifique femelle (appelée étagne).

Je m’intéresse particulièrement à ce bel animal depuis la réintroduction de l’espèce dans notre Parc National des Pyrénées, commencée en 2014 à partir d’individus prélevés dans la Sierra de Guadarrama et dans la Sierra de Gredos.

En décembre dernier, j’ai observé cet animal pendant sa période de rut. Celui-ci a en effet lieu de la mi-novembre à la mi-janvier environ. Les mâles vont chercher les groupes de femelles, afin de former leur harem particulier. Le moment le plus spectaculaire se situe au tout début à la période des violents combats entre mâles. Ils se lèvent sur leurs pattes arrières et tombent, tête contre tête. jusqu’à ce que l’un des prétendants comprenne la supériorité de son antagoniste et se retire. Je suis arrivé un peu tard pour assister à ce spectacle.

Je présente dans cet article quelques endroits où je les ai observés en 2019, des Picos de Europa (juin et octobre 2019) à la Sierra de Castril en Andalousie (décembre 2019). Dans le prochain article, je les présenterai dans la Sierra de Cazorla et celle de Guadarrama. Les photos sont sélectionnées pour mettre en évidence la diversité des biotopes.

Los Picos de Europa

Au centre, le sommet le plus célèbre des Picos de Europa, El Naranjo de Bulnes (2 519 m) – Octobre 2019.

Les pics d’Europe, souvent appelés « Los Picos » est le massif le plus élevé de la cordillère Cantabrique. Ils sont situés entre les provinces des Asturies, de Léon et la Cantabrie. Ils culminent au Torre de Cerrado (2 648 m), suivi d’assez près par el Naranjo de Bulnes (2 519 m).

El Pico Espigüete (2 450 m) en juin 2019, un des sommets de la Montaña Palentina (photo prise dans la région de Valverde de la Sierra).

A gauche, la Peña Cascajal (2 2027 m), puis el Pico Coriscao (2 232 m), depuis le point de vue del Collado de Llesba (puerto de San Glorio).

J’ai au moins photographié un bouquetin! Une femelle, sur une hauteur peu avant l’arrivée de la nuit (Llánaves de la Reina – juin 2019).

Le Bouquetin (Capra pyrenaica sous-espèce victorae) y a été réintroduit au début des années 1990 (après la disparition des derniers spécimens de la sous-espèce lusitanica par la chasse à l’été 1857), à partir de la réserve de chasse nationale voisine de Riaño (province de Léon).

La statue del « Oso Pardo » au lever du soleil, installée au Collado de Llesba (puerto de San Glorio).

Le meilleur moment vécu pour moi dans les Picos de Europa a été juste avant le lever du jour, alors que je me dirigeais en voiture vers le mirador del Collado de Llesba pour photographier le lever du soleil, à proximité de Portilla de la Reina. Dans la lueur des phares, une forme traversa la route et se mit à grimper le long de la paroi quasi verticale, à la sortie de Llánaves de la Reina! Un instant plus tard, ma voiture à l’arrêt avec les warning, une harde de bouquetins déboucha du ravin et traversa prestement devant moi! Il en sortait de partout, au travers des passages aménagés dans le parapet : des cabris, des adultes, tout ce monde grimpa à la suite du premier le long de la paroi verticale. Je n’en revenais pas de les voir remonter ainsi. Les pierres déplacées roulaient directement sur la route, heureusement suffisamment loin de la voiture. Puis ils disparurent. Je redémarrai vers ma destination en évitant les pierres, encore émerveillé par le spectacle de ses animaux grimpant le long de la paroi à pic. A mon retour, des employés étaient en train de nettoyer la route; ils avaient sans doute l’habitude.

Lever du soleil depuis el Collado de Llesba (appelé aussi en espagnol el mirador del Oso).

La vallée en direction du village de Sotres vers la droite (invisible), surmontée d’une partie du Massif Occidental des Picos. En contrebas, le petit village d’Espinama. Au dernier plan à droite, la Sierra del Cuera.

El Torre de Salinas (2 446m), dans le Massif Central des Picos de Europa.

Après avoir assisté au spectacle du lever du jour, je revins à l’albergue de la Portilla de la Reina pour le petit déjeuner : le patron de l’auberge, très sympathique, m’a confirmé la présence depuis quelques années de deux hardes de bouquetins dans la région, ainsi que la présence de l’ours brun et même de loup, informations également confirmées en discutant avec un berger.

Cette ancienne cabane de berger s’ouvre vers la Montaña Palentina en arrière-plan. Dans le voile coloré du lever du soleil et en haut à droite, le sommet le plus haut est le Pico Corcina (1 875 m). Le mur rocheux à sa gauche est la Peña del Castro, surmontée del Pico del Diego. A gauche, je n’ai pas d’information sur ce mamelon.

Deux Bergers de Léon, une femelle et un mâle, protègent un troupeau de vaches (un autre est à part).

Le Mâtin, Mastin espagnol ou Berger de Léon est une des plus vieilles races de chiens d’Espagne. D’un poids de 60 à 90 kg en moyenne, c’est un chien vaillant qui défend jusqu’à la mort ceux mis sous sa protection. Gare aux ours et aux loups!

Sur la gauche, el Torre de Llambrión (2 642 m), deuxième sommet des Picos de Europa. A droite, la Peña Vieja (2 617 m).

Le Massif Central des Picos continue sur la droite.

Une autre vue vers la Montaña Palentina depuis el Collado de Llesba, après dissipation des brumes.

A droite tout en haut, el Pico Corcina (1 875 m).    

Le Collado de Llesba est un point de vue situé au bout d’une piste d’environ 2 km qui démarre sur la gauche au Puerto de San Glorio, sur la N-621 entre Llanaves de la Reina et Potes. C’est aussi un point de départ de randonnée. La vue est imprenable sur le massif central et oriental des pics d’Europe et sur certains sommets de la Montaña Palentina.

La Mer de nuages au matin dans le parc national de los Picos de Europa.

La Sierra de Gredos

Contrairement à ce que peut suggérer cette »ambiance », ce cliché d’une femelle est pris juste avant le lever du jour.

La sierra de Gredos est un massif montagneux appartenant au Système central, située entre les provinces d’Ávila, Cáceres, Madrid et Tolède. Son point culminant est le pic Almanzor, dans la province d’Ávila, à 2 592 mètres d’altitude. J’y suis revenu avec un grand plaisir. J’ai fréquenté des lieux différents de mon premier séjour. En effet, en hiver, la présence de la neige en altitude repousse les bouquetins vers les zones plus basses où la nourriture reste accessible.

Pour information, dans la Sierra de Gredos, il est nécessaire de demander (et d’obtenir) 15 jours à l’avance une autorisation spéciale de la Junta de Castilla y León, pour pouvoir prendre des photographies et leur publication ultérieure dans les différents médias. Les clichés de Bouquetins de mon blog sont en accord avec la réglementation. Sans cette autorisation, on peut quand même observer des bouquetins en hiver à partir du tronçon de route longeant le rio Barbellido (à partir de Navacepada de Tormes en direction de La PLataforma), los Lanchares (à gauche avant d’arriver à la Plataforma), etc.

Les meilleures heures pour les observer se situent le matin et en fin d’après-midi, près du crépuscule, comme partout ailleurs. En hiver, on peut aussi les observer aux moments les plus chauds de la journée.

En approche de la Sierra de Gredos.

Tout à gauche, el Pico Almanzor (2592m, point culminant de la Sierra), puis el Ameal de Pablo (2505m) et au centre, la Galana (2564m). 

A la limite de la neige. C’est l’heure! 

Fusionnels jusqu’à la prochaine mise bas vers le mois de mai – Photos (2) prises à los Lanchares.

Coucher du soleil et lever de Lune – Les bouquetins commencent à apparaître sur les hauteurs pour s’alimenter.

La Galana (2564m), aux premiers rayons du soleil. 

Il a gelé cette nuit! Ce mâle, solitaire, broute seul dans une estive.

L’ambiance commence à se réchauffer. Le même, zoomé. Au vu de sa couleur sombre et de la longueur de ses cornes, c’est un « ancien »! 

Les chevreuils profitent aussi de ces rayons qui annoncent une belle journée.

Sous un beau ciel bleu, ce jeune mâle est « attiré » par cette femelle.

Pendant la période de l’accouplement, les cabris restent en compagnie de leurs mères.

Les femelles qui sont réceptives et attendent un « gagnant » peuvent être montées par de jeunes mâles qui profitent de la négligence des concurrents. Elles peuvent aussi être couvertes par plusieurs mâles.

Même en période de rut, les femelles continuent à allaiter leurs cabris.

Deux jeunes mâles accompagnent deux femelles et leurs cabris. Quatre mâles plus âgés se rapprochent par la gauche, hors champ.

Les vieux mâles n’étaient pas loin.

Le dominant du groupe s’intéresse à la femelle devant lui (sa queue est relevée). Le jeune mâle assis à droite de la photo feint l’indifférence.

Le deuxième jeune mâle, en contrebas à droite, a l’attitude typique de la posture décrite ci-dessous.

Que fait-il donc, hors de la vue du dominant? C’est expliqué ci-dessous! En tous cas, la femelle n’est pas encore d’accord.

Les mâles gagnants, en principe les plus vieux ou les plus forts, s’adressent aux femelles en reniflant leurs organes génitaux et en percevant ainsi leur réceptivité. Pour cela, ils adoptent une posture et des gestes très particuliers, utilisés aussi par les plus jeunes. Ils retroussent leur lèvre supérieure, sortent leur langue et lèvent leur lèvre inférieure au-dessus, penchent leurs cornes en arrière et étirent leur cou, tandis que la queue est relevée et la croupe raidie. J’ai remarqué que les plus jeunes semblaient les plus « intéressés » : pour brûler la politesse aux plus anciens? plus « chauds » ou tout simplement moins expérimentés pour connaître le bon moment? A savoir!

La suprématie du dominant!

La harde se remet en route, 4 mâles adultes et un jeune, deux chevrettes et un cabri caché. Le dominant a gardé la queue relevée.

Avec un focale fixe, j’ai eu du mal à avoir toute la harde bien cadrée et sans végétation gênante. Ici, un jeune mâle (en haut et à gauche) se tient « au courant » sous le regard pas vraiment indifférent du dominant ; la position des oreilles est aussi un signe d’expression. En fait, le moment d’agressivité des mâles est passé et tout le monde attend patiemment l’ovulation des femelles.

Un mâle adulte atteint de kératoconjonctivite infectieuse à son premier stade.

Une des maladies qui affecte le plus les populations de bouquetins est la kératoconjonctivite infectieuse, très contagieuse. L’agent pathogène est la bactérie Mycoplasma conjunctivae. Elle commence par un gonflement des paupières avec un important écoulement lacrymal. Elle peut évoluer vers une inflammation suivie d’une opacité de la cornée, voire sa perforation avec les conséquences que l’on peut deviner (alimentation de plus en plus difficile et accidents). D’après la littérature, une guérison spontanée est l’issue la plus courante de cette maladie.

La Sierra de Andújar

Situé dans une zone de moyenne montagne de l’Andalousie, la Sierra de Andújar est l’un des parcs cynégétiques les plus importants d’Espagne. Elle culmine à El Pico Burcio del Pino (1 290 m). Ce parc est très connu par la présence en particulier du Lynx pardelle que je n’ai pas eu l’opportunité de rencontrer lors de ce séjour. Le moment le plus propice pour le rencontrer est la période de son rut et il était un peu trop tôt, de quelques jours seulement. Il y avait déjà beaucoup de monde pour essayer de l’apercevoir sur les spots connus et j’ai préféré tenter ma chance dans des endroits moins courus (mais les autres n’ont pas été plus chanceux que moi).  Je suis tombé par hasard sur une petite harde de bouquetins, constituée essentiellement de femelles et de leurs petits. On peut les voir sur les falaises autour du barrage de la Lancha.

Paysage typique de dehesa où évolue le Lynx pardelle, avec en point culminant le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza (lieu important de pèlerinage).

Dernières lumières sur le sanctuaire de la Virgen de la Cabeza.

Femelles bouquetins (adultes et jeunes de l’année précédente), au-dessus du barrage de La Lancha. 

La Sierra de Castril

La Sierra de Castril est une zone montagneuse située au nord-ouest de la province de Grenade en Andalousie, à la limite du parc naturel des Sierras de Cazorla, de Segura et de las Villas. Deux endroits incontournables pour les amoureux de la Nature montagnarde. C’est une région au relief tourmenté, riche de nombreux ravins, cols et de parois verticales très élevées. La faune est très diverse. On y trouve entre autres le bouquetin, le mouflon, le daim, le sanglier, le lynx, le chat sauvage mais aussi le vautour fauve, l’aigle royal, le faucon pèlerin et le milan noir, pour les espèces les plus typiques.

Un aperçu du village de Castril (890 m) en Andalousie, un subtil mélange de  pierre, de chaux et de tuile. 

L’Embalse del Portillo, à proximité de Castril.

La chaleur de cette belle après-midi ne freine pas les ardeurs de ce Bouquetin mâle, qui se tient au courant de l’état de l’ovulation d’une femelle. 

Le biotope à bouquetins dans la sierra de Castril.

L’embalse de la Bolera avec en arrière-plan, les sommets enneigés de la Sierra Nevada.

Le rayonnement du soleil, écrasant, s’est estompé. Une femelle avec son cabri sur une crête.

La végétation typique des zones les plus élevées du parc avec des genévriers communs, des chênes verts, etc. Les bouquetins ont de quoi brouter.

En pleine chaleur, les bouquetins circulent dans les pierriers, le plus dur est de les repérer : ils sont très loin et ne descendront qu’à la tombée de la nuit. La lumière sera alors insuffisante pour les immortaliser mais le spectacle est là!

Les grands mammifères se reposent à l’ombre dans le ravin en contrebas.

Pins noirs (Pinus negra) et chênes verts occupent les flancs de la montagne dont certains sommets avoisinent les 2 000 m d’altitude.

La Sierra de Castril, c’est aussi pour moi la rencontre de Fransisco! Alors que je revenais à la voiture après une rando sympa en montagne pour observer les bouquetins, un grand colosse en treillis accompagné d’un ami s’arrête à ma hauteur et baisse la vitre de son 4 x 4. « Buenas tardes, qué hace aquí? » Aïe, mon cerveau chauffe, aidé par la température ambiante de ce beau dimanche après-midi écrasé de soleil. Que me veulent-ils? Quelques minutes plus tard, je serai sur la banquette arrière du 4 x 4 de Fransisco, un Garde passionné comme moi par le rut du Bouquetin, pour une virée extraordinaire à la tombée de la nuit en montagne. Nous avons pu observer à la longue-vue les bouquetins et les mouflons dans des endroits où je ne serais jamais allé de moi-même. Cerise sur le gâteau, Francisco m’amène chez lui pour me montrer où il habite et me propose de rester. Hélas, mon hébergement est déjà retenu et il me donne alors sa carte de visite et son numéro de portable personnel pour me montrer, quand je reviendrai, toutes les beautés de la Nature dans sa région! Il me raccompagne enfin à ma voiture, bien après la tombée de la nuit. Un beau moment de partage d’une passion commune qui m’a marqué! Les photos suivantes sont prises avec mon téléobjectif dans des conditions difficiles.

En haut, un Bouquetin mâle poursuit une femelle. En bas : à gauche, une femelle et son cabri; à droite, une harde de Mouflons femelles.

Au pied de la falaise, des Mouflons femelles.

Au centre, un Bouquetin adulte mâle et une femelle sous le chêne. Légèrement en dessous, un Mouflon mâle.

Quelques Mouflons femelles au pied de la falaise, bientôt rejointes par le mâle. En bas à droite, une femelle Bouquetin.

Le Mouflon européen (Muflón en Espagne)  a été introduit en Espagne à des fins cynégétiques. Sa période de rut se situe à l’automne (septembre – novembre). Il aime les terrains montagneux secs et accidentés qui ne sont pas recouverts en hiver par la neige.

Près de chez nous, un noyau de population peu connu issu d’une introduction est présent depuis 1975 dans la réserve du massif du Pibeste dans les Hautes-Pyrénées (autour de 350 spécimens aujourd’hui). Dans les années 1999-2001, le pic du Ger a aussi bénéficié d’opérations d’implantation avec 13 individus issus du Pibeste (ils étaient 28 en 2017, où un deuxième lâcher de 2 femelles venant du Gard a eu lieu le 30 décembre, pour la diversité génétique).  En juin 2015, un noyau de 13 animaux a été introduit dans le Béarn dans la montagne d’Asson à Estibette, suivi de 6 autres en 2016.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations sur le terrain et de quelques recherches générales sur internet pour la présentation des endroits visités.

Pour lire mon article complet consacré à la connaissance du Bouquetin, c’est : ICI

El Meloncillo, la Mangouste ichneumon (Espagne)

El Meloncillo, la Mangouste ichneumon (Espagne)

La Mangouste ichneumon

(Herpestes ichneumon widdringtonii)

El Meloncillo (11 déc. 2019 – 11h30) – Parque Natural Sierra de Andujar (l’un des espaces protégés de la Sierra Morena).

La Mangouste ichneumon est la seule mangouste européenne. Elle est présente uniquement dans le sud-ouest de la péninsule ibérique : la Sierra Morena, le parc national de Doñana et les montagnes de Cadix et de Malaga pour la partie espagnole, dans l’Algarve pour le Portugal. La tendance actuelle est un début d’expansion de l’espèce en remontant vers le nord de l’Espagne : une indication de réchauffement climatique?

Ma rencontre a été fortuite, une surprise. J’ignorais jusqu’alors son existence. Alors que je remontais la berge du rio Jándula sur un sentier en direction del Encinarejo dans l’espoir de rencontrer un lynx pardelle, cet animal a surgi d’un roncier. Une mangouste! Elle a marqué un arrêt, également surprise! Un deuxième arrêt un peu plus loin puis la vision ultime d’un bond dans un fourré au bord de la rivière. Hélas, le décor et la lumière n’étaient pas au top et la présence de végétation a compliqué la mise au point. Je n’ai pas eu le temps ni la présence d’esprit de peaufiner les réglages : la plupart de mes clichés sont flous! Heureux de toute façon d’avoir rencontré ma première mangouste!

Appelée « El Meloncillo » en espagnol (« Sacarrabos » en portugais), elle est facile à reconnaître à son corps allongé et court sur pattes et à sa tête fine, pas plus large que son cou.

Son corps mesure une cinquantaine de centimètres environ et sa queue, presque tout aussi longue, se termine par une touffe noire. Son pelage sombre est constituée de poils longs, noirs à pointes jaune crème et bruns à pointes gris argent, ce qui lui donne un aspect marbré. Ses oreilles sont courtes, larges et arrondies. Son poids varie entre 2 et 4 kg environ.

Ses yeux, d’une couleur plutôt claire, ont une pupille horizontale qui lui donne un aspect inquiétant : c’est une caractéristique exceptionnelle chez les carnivores.

Son habitat typique est la basse montagne méditerranéenne avec des chênes verts et des chênes-lièges. Elle se réfugie aussi dans les îlots de ronces et peut être présente dans les forêts fluviales. Elle est essentiellement diurne. Elle sort à peine la nuit et passe beaucoup de temps à se reposer. Elle vit dans un terrier : elle  peut le creuser elle-même ou bien adapter d’anciens terriers de lapins ou parfois de blaireaux. Les meilleurs moments pour l’observer sont un peu avant midi et vers le milieu de l’après-midi.

Elle se nourrit principalement de lapins, de micro-mammifères et de reptiles. Elle rentre en concurrence avec le lynx pardelle, qui devient son seul prédateur naturel.

D’origine africaine, elle fut d’abord longtemps considérée comme une espèce introduite lors de l’occupation musulmane de la Péninsule ibérique à partir des années 700. Puis, des découvertes de squelettes lors de fouilles archéologiques ont fait penser qu’elle était présente encore plus tôt, depuis le 1er Siècle avec les Romains. Enfin, tout récemment, des études scientifiques montrent une forte différenciation génétique par rapport aux populations africaines, indiquant que cette espèce aurait atteint la péninsule en traversant le détroit de Gibraltar pendant les fluctuations du niveau de la mer survenues à la fin du Pléistocène, qui excluraient l’introduction par l’homme. Elle a fait l’objet d’une grande adoration dans les rituels de l’Égypte ancienne.

« El Meloncillo » (11 décembre 2019 – 11h30)

Article rédigé à partir de mes photos, de mes observations lors de cette rencontre et de bibliographie dont je cite les liens:

_ https://www.faunaiberica.org/meloncillo

_ https://es.wikipedia.org/wiki/Herpestes_ichneumon

Le Milan royal dans les Pyrénées

Le Milan royal dans les Pyrénées

Le Milan royal, reconnaissable en particulier à sa queue roux vif et échancrée qui lui sert de gouvernail.

Le Milan royal (Milvus milvus)

 

Le Milan royal, reconnaissable aussi aux tâches blanches à l’extrémité de ses ailes.

Présentation du Milan royal

 

Le Milan royal est un rapace que j’affectionne particulièrement. Il est facile à reconnaître. Son plumage est châtain-roux, sa tête est gris pâle rayée de petits filets noirs. Sa queue, bien échancrée, est de de couleur roux vif. La base de son bec et ses yeux sont jaunes, ainsi que ses pattes.

« Merveilleux voilier d’exploration, il flâne, plane et louvoie au-dessus des terrains découverts, le gouvernail de la queue sans cesse en action … » Paul Géroudet.

Ses rémiges sont noires et une grande tâche blanche apparaît sous l’extrémité de ses ailes. Leur envergure varie selon les sources consultées, en moyenne 1m45 à 1m65!

Coucou! Il est temps que ma mue commence (7 mai 2019)!

La queue a elle aussi besoin d’être rénovée (col de la Courade dans la vallée de Campan – 7 mai 2019)!

La mue commence en avril-mai par les rémiges primaires pour se terminer en septembre par les pennes de la queue, juste avant le départ en migration pour les populations du nord de l’Europe.

L’Habitat du Milan royal

Le Milan royal affectionne les zones boisées éparses ou les bouquets d’arbres, avec des surfaces en herbage et des terres cultivées. C’est un oiseau typique des zones agricoles ouvertes associant l’élevage extensif et la polyculture, comme nous en trouvons ici dans le Vic-Bilh. C’est aussi son site de nidification.

A l’entrée de la vallée d’Aspe. Tâches blanches aux ailes et queue échancrée, ils sont faciles à reconnaître.

Il est fréquent également dans le piémont des Pyrénées et plus haut en montagne ; je le rencontre régulièrement en randonnée dans les estives. Les meilleurs spots que je connaisse pour en voir en grande quantité à un distance raisonnable en période d’hivernage sont à l’entrée de la vallée d’Aspe et dans le val d’Azun.

Le Comportement du Milan royal

 

Le Milan royal, contrairement à son cousin le Milan noir, est un migrateur partiel. Les populations de l’Europe du nord traversent le continent du nord-est au sud-ouest pour aller hiverner en France, en Espagne et plus rarement en Afrique du Nord. Ceux qui vivent dans le sud de l’Europe (dont ceux vivant en France) sont sédentaires. En hiver, les Milans royaux se rassemblent volontiers pour former des groupes qui peuvent être très nombreux, jusqu’à une centaine d’individus et même plus. Le reste de l’année, ils sont le plus souvent solitaires ou, pendant la reproduction, en couples.

En ce début mars, je n’observe plus chez nous que des individus isolés ou des petits groupes de 2-3 individus.

Pré-dortoir de milans royaux peu avant l’arrivée de la nuit, région de Gerderest dans le Vic-Bilh (28 dec. 2019).

Il est plutôt silencieux et je l’entends rarement, sauf quand il s’approche de son dortoir hivernal ; son arrivée imminente est précédée par une espèce de miaulement.

Milans royaux dans le Vic-Bilh, région de Gerderest – J’en ai compté 51 ensemble (26 janvier 2020).

Il vole en larges cercles, de la même manière sur le versant d’une montagne qu’en plaine. Il bat lentement et posément des ailes tout en explorant attentivement le sol. Sa longue queue va d’un côté à l’autre en lui servant de gouvernail.

Le régime alimentaire du Milan royal

 

Le Milan royal effectue la majeure partie de ses captures sur les terrains découverts, volant au ras du sol. S’il repère une charogne, il tourne lentement au-dessus avant de se poser à proximité. En revanche, s’il aperçoit une proie vivante, il plonge en piqué, les pattes en avant juste au moment de l’atterrissage pour la saisir avec ses griffes.

Il ne se complique pas la vie et c’est avant tout un opportuniste. Outre les cadavres de petits animaux, il se nourrit de rongeurs, de reptiles, de batraciens, de petits oiseaux, d’insectes, etc. Il lui arrive de tenter de dérober des proies à d’autres rapaces. Je le voie aussi tourner au-dessus des exploitations agricoles ou de champs récemment amendés, où il trouver des restes d’animaux domestiques ou autres restes.

La reproduction du Milan royal

 

En vallée d’Aspe – Prémices de parade nuptiale (08 février 2020).

Avant de s’accoupler, au cours du mois de mars, mâle et femelle paradent en volant de concert au dessus du site de nidification. Parfois, les deux partenaires s’accrochent l’un à l’autre par les pattes et tombent en vrille, ailes ouvertes jusqu’au ras de la cime des arbres.

Les couples unis pour la vie peuvent reprendre et aménager le nid de l’année précédente ou en construire un nouveau à partir d’un vieux nid de corvidé. Il est installé le plus souvent sur un arbre élevé près d’une lisière ou à l’intérieur d’un bois isolé dans la plaine. Le même territoire de nidification ressert année après année. Le milan royal est très attaché à son site de vie.

Poursuite d’un milan royal par des corbeaux, dont il s’est trop approché du site de nidification (26 janvier 2020).

La femelle dépose 3 œufs en moyenne. L’incubation, assurée par la femelle nourrie par le mâle, dure environ un mois et le mâle peut occasionnellement la remplacer pendant un court moment. Les jeunes prendront leur premier vol au bout d’une cinquantaine de jours. Leur maturité sexuelle est acquise à deux à trois ans. Le record de longévité est de vingt-six ans, tenue par une femelle.

Population – Comptage du Milan royal

 

La population européenne représente à peu près 95 % de la population mondiale. On le trouve essentiellement en Allemagne (50% de l’espèce nicheuse), en France, en Espagne, en Suisse et en Suède. Il ne niche régulièrement que dans une vingtaine de pays, dont seulement dix hébergent plus de 100 couples. L’Allemagne, la France et l’Espagne abritent à elles trois, environ 72% des couples nicheurs. Si l’on ajoute la Suède, le Royaume-Uni et la Suisse, on obtient pour ces six pays les 95% environ cités plus haut.

J’avance comme ordre d’idée une population d’environ 30 000 couples nicheurs, à défaut de données récentes. Presque toute la population transite par la France pour rejoindre les zones d’hivernage. A l’automne 2017, plus de 19 000 milans royaux ont été recensés sur les cols pyrénéens du Pays basque quand à peine 5 000 étaient comptés en 2000.

La traversée des Pyrénées s’effectue principalement de la deuxième quinzaine de septembre à la deuxième d’octobre pour prendre fin à la mi-novembre. Le gros de la migration post-nuptiale s’effectue néanmoins pendant tout le mois d’octobre.

Plus diffus que le passage post-nuptial, le passage pré-nuptial s’étend de la deuxième décade de février à la fin mai.

Depuis 2007, un comptage européen des dortoirs de milans royaux a lieu début janvier. De la mi-décembre à la mi-janvier, les populations migratrices sont sur leur zones d’hivernage et c’est le moment où le comptage global (sédentaires et migrateurs) est le plus représentatif de la réalité. En France, le dénombrement national des 4 et 5 janvier 2020 auquel j’ai eu l’occasion de participer en vallée d’Aspe en temps que bénévole offre un nouveau record après ceux de 2018 (11 891) et 2019 (12 373) : 14 487 milans royaux regroupés dans 237 dortoirs. Le Cantal bat un record avec 3 511 individus sur 33 dortoirs. On a ensuite les Pyrénées Atlantiques avec 2  640 individus sur 52 dortoirs (1 027 sur 20 dortoirs dans le Béarn et 1 613 sur 32 dortoirs dans le Pays Basque), puis les Hautes-Pyrénées avec 1 642 individus sur 26 dortoirs. Le bilan complet est consultable en suivant le lien LPO en fin d’article.

Pré-dortoir de milans royaux au soleil couchant, région de Gerderest dans le Vic-Bilh (26 janvier 2020).

A l’approche de la nuit, les milans royaux arrivent seuls ou par petits groupes pour se poser à la cime de grands arbres. Il arrive qu’au dernier moment, ils s’envolent tous ou presque pour aller se poser définitivement ailleurs pour la nuit. On appelle alors cela des pré-dortoirs.

Je n’ai pas encore localisé le dortoir définitif des milans royaux de la région de Gerderest. Leur pré-dortoir (photos ci-dessus) est utilisé depuis plusieurs années. Les dortoirs ne sont pas figés dans le temps!

Statut et menaces

 

Le milan royal est classé depuis 2005 parmi les espèces «quasi-menacées» sur la liste rouge mondiale de l’UICN et parmi les espèces vulnérables en France. La persécution par l’homme, la chasse, les empoisonnements et la modification des habitats sont les menaces principales, et dans une moindre mesure les collisions et l’électrocution avec les lignes électriques. La stérilité est présente, provoquée par la contamination due aux insecticides. Il bénéficie d’une protection totale sur le territoire français depuis l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire.

Présentation rapide du Milan noir

 

Toilette d’un milan noir posé sur une ligne électrique, dans le Vic-Bilh (17 juillet 2017). Sa présence chez nous à cette époque de l’année m’a interpellé! Tout début de la migration retour?

Le Milan noir (Milvus migrans) ressemble à son « cousin », le Milan royal. On dit qu’il en est la version brune. J’ouvre une parenthèse rapide dans cet article car on peut les confondre dans certaines circonstances. En effet, son plumage est brun sombre ainsi que le dessous de ses ailes où les tâches blanches bien caractéristiques du milan royal sont absentes.

Sa queue brune est droite et non pas échancrée, ce qui permet de les distinguer de loin.

Le Milan noir fréquente les grandes vallées alluviales, à proximité de lacs ou de grands étangs. Il reste attiré par les zones humides.

Milans noirs à l’arrivée de la nuit dans le Vic-Bilh (13 avril 2018).

Migration post-nuptiale de Milans noirs au-dessus de la vallée de Campan (Pic de Barran, 03 septembre 2019). Accompagnés aussi de Bondrées apivores, absentes des photos.

Observation de la migration retour ou migration pré-nuptiale du Milan noir dans le Vic-Bilh (07 mars 2020). Ils passent malgré deux tempêtes consécutives en 36 heures (Karine et Myriam) suivies de mauvais temps accompagné de neige en montagne. Le lendemain, la dizaine d’individus que j’avais observé ne sont plus là! Ils ont probablement continué leur route vers le nord. 

Le Milan noir est un migrateur complet. Il passe l’hiver en Afrique tropicale, du Sénégal au Kenya. Il est l’un des premiers à revenir de migration fin février / début mars, en groupes de plusieurs dizaines d’individus, pour repartir mi-juillet / début août. Mes observations sont faites essentiellement sur des individus qui se déplacent. Je n’ai aucune information sur une possible nidification du Milan noir dans le nord-est du Béarn. Nous n’y disposons que de retenues collinaires dont la plus grande ne dépasse pas 200 ha.

Un couple de milans dans le Vic-Bilh (9 avril 2019). Alors, Milan royal ou  Milan noir?

En Estrémadure au mois de mai (Espagne). Le repérage d’une charogne au sol. Alors, Milan royal ou bien Milan noir?

Il s’agit de Milans noirs. En effet, ce rapace ne paraît vraiment noir que lorsqu’on l’observe de loin ; son plumage est, en fait, brun sombre uniforme sur le dessus du corps, mais il est brun-roux strié de noir dessous, avec une zone beige diffuse sur les primaires. Dans de bonnes conditions d’observation, une zone pâle se distingue sous l’aile.

Bibliographie

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, d’observations sur le terrain et de sources internet dont je cite les liens :

_ http://rapaces.lpo.fr/milan-royal

_ https://www.oiseaux.net/oiseaux/milan.royal.html

_ https://www.migraction.net/index.php?m_id=1517&bs=16

La photo que je préfère.

Le Tichodrome échelette, l’oiseau papillon

Le Tichodrome échelette, l’oiseau papillon

« L’oiseau papillon, vu de dessous ».

Le tichodrome échelette (Tichodroma muraria)

Son observation dans le Haut-Béarn

Le « Papillon » remonte la paroi en écartant ses ailes.

Le Tichodrome échelette est un petit bijou de la Nature. Son observation dans le Haut-Béarn sur son lieu d’hivernage a été pour moi un véritable privilège. J’en rêvais depuis longtemps. Et le rêve s’est enfin réalisé! J’avais déjà essayé d’aller à sa rencontre en haute montagne, sans succès jusqu’à présent. C’est avant tout un oiseau qui se mérite. Minuscule et très discret, il se confond facilement dans son environnement. Son vol onduleux et assez capricieux et son plumage coloré lui vaut le surnom d’oiseau papillon.

C’est un oiseau avant tout montagnard qui vit dans les hautes chaînes de l’Europe et de l’Asie Occidentale. En France, iIl est présent dans tous les massifs montagneux mais il demeure rare dans notre région, où il niche jusqu’à 2 500 m d’altitude environ. Migrateur altitudinal, il descend en automne / hiver vers la plaine, parfois loin de son lieu de nidification. Il affectionne alors les « sites culturels » où il trouve sa nourriture dans les anfractuosités des murs des vieux édifices. On peut ainsi l’observer sur les églises et cathédrales, les ponts, les vieilles tours et châteaux, etc.

C’est un solitaire, hors période de nidification. Au printemps, il remonte en montagne où on pourra (avec beaucoup de chance) l’observer le long de certaines parois rocheuses. Il grimpe par sauts ou par saccades successives à la recherche de ses proies, divers petits insectes, araignées et autres invertébrés, en entrouvrant ses ailes. Les proies les plus grandes sont portées sur une pierre où il les frappe jusqu’à ce que les pattes soient ôtées.

Arrivé au sommet, il se laisse retomber pour reprendre sa quête vers le haut et ainsi de suite. Minuscule et « perdu » dans l’immensité d’une paroi, il peut être trahi par son chant mais aussi, lorsqu’il ouvre grand ses ailes, par l’éclat de sa couleur rouge et par la présence de points blancs.

J’ai eu la chance d’observer ce montagnard magnifique, attachant et unique en son genre, à une altitude voisine de 800 mètres sur une paroi rocheuse. Contrairement à mes habitudes, je vais limiter sa présentation : je préfère le montrer dans son environnement. Espèce protégée, le Tichodrome échelette est menacé par le développement des loisirs humains et des activités liées à la montagne comme l’alpinisme, causant des dérangements sur les zones de reproduction.

Voilà la suite en photos, prises au téléobjectif à une distance conséquente compatible avec sa tranquillité!

La toute première apparition. Il vient probablement de sortir de sa cachette, tout en bas de la paroi! 

Le Tichodrome est un lève-tard, contrairement à un bon nombre d’oiseaux qui se manifestent dès l’aube. Il va rester un moment ainsi, l’air encore endormi!

Il commence enfin à manifester de l’intérêt à ce qui se passe.

La prospection de la paroi a enfin commencé.

Il s’intéresse à la végétation qui pousse dans les fissures.

Mais aussi et surtout, aux fissures elles-mêmes, d’où il extrait les insectes, araignées avec son fin et long bec courbé.

Vue d’ensemble en dé-zoomant légèrement.

C’est un grimpeur qui sait utiliser ses ongles, acérés et fortement recourbés!

Le rouge vif de ses ailes aident bien pour le localiser!

Insecte au bec!

Toutes les fissures et la végétation sont prospectées méthodiquement. 

Il continue à remonter, bien agrippé à la paroi.

Encore un insecte, ressemblant à une espèce de mouche.

L’ascension continue, …

…, jusqu’à cette petite caverne dans la paroi, dans laquelle il va disparaître un instant.

Il continue toujours à remonter,

Puis il s’envole, pour reprendre la prospection vers la droite où il y a un peu plus de végétation.

Les ailes repliées, il peut passer totalement inaperçu.

Et hop! Je change à nouveau de paroi!

Il monte de plus en plus haut.

Il s’apprête à s’envoler,

C’est parti!

Seules les couvertures portent du rouge vif. Les plus longues rémiges portent chacune deux taches blanches formant à chaque aile deux rangées de points blancs parallèles.

La prospection continue. L’oiseau n’est plus très loin du haut de la falaise et il est de plus en plus difficile à localiser.

Même un bon téléobjectif a ses limites!

La prospection de la falaise est pratiquement terminée. Il va à nouveau s’envoler!

C’est parti!!! Mon dernier cliché, pris à très longue distance. L’ « oizo » est reparti sur une autre falaise, hors de portée. L’observation a duré en tout une cinquantaine de minutes. Un spectacle inoubliable!

Une chevrette au soleil couchant dans le Béarn (23 février 2020)

Une chevrette au soleil couchant dans le Béarn (23 février 2020)

Une chevrette

au soleil couchant (23 février 2020)

Après avoir cherché et trouvé la première orchidée qui fleurit sur les coteaux de notre Vic-Bilh, l’Ophrys de mars (Ophrys occidentalis), j’ai passé une partie de mon après-midi à observer les allers et venues de quelques abeilles qui s’agrippaient à elles pour les féconder. J’ai même essayé de les photographier.

L’Ophrys de mars – J’ai vainement attendu qu’une abeille se présente sur cette fleur.

L’Ophrys de mars, en avance avec cet hiver exceptionnel. Quelques fleurs sont même déjà fanées. Les abeilles préféraient les fleurs au stade de floraison avancé.

J’ai ainsi flâné en prospectant ce coteau (situé sur la commune de Cadillon) et que j’aime bien pour son côté naturel et isolé. Il est classé Natura 2000. Il faisait très bon au soleil et plusieurs espèces de papillons se sont montrés ; les lézards aussi d’ailleurs, très faciles à détecter aux craquements des feuilles pendant leur fuite.

J’espérais tomber sur une Couleuvre verte et jaune en train de se chauffer au soleil sur une des quelques pierres calcaires qui émergent par ci par là sur le coteau; sans succès, il est peut-être encore trop tôt pour elles. Outre l’Ophrys de mars, d’autres plantes sont déjà en fleurs, comme quelques Pulmonaires à longues feuilles. De nombreuses Cardamines des près sont déjà présentes dans les endroits plus ombragés et humides en bas du coteau.

La chaîne des Pyrénées est bien dégagée et c’est une journée de passage de grues cendrées, dont j’entends plus facilement les cris que je ne les voie; elles sont très hautes et les localiser dans le bleu infini et uniforme du ciel est un petit exercice.

Alors que les lumières commencent à jaunir, je m’apprête à rentrer. En descendant pour rejoindre ma voiture, je croise une coulée dans la prairie avec des traces nettes et récentes de sangliers. Par curiosité, je me mets à la suivre pour voir où elle mène. Le soleil se rapproche de l’horizon sur le coteau d’en face et la végétation commence à se parer de jolis tons chauds.

Alors que le chemin se dirige vers un passage au travers d’une haie, elle surgit brusquement, comme venue de nulle part. Elle me regarde à peine et s’enfuit immédiatement par la trouée au travers de la végétation. J’ai sur le coup un petit pincement au cœur de surprise. Tout est allé très vite et elle ne m’a pas laissé le temps de réagir. En fait, elle se reposait tout simplement au pied de la haie, cachée par l’herbe et profitant de cette chaleur inhabituelle.

A peine quelques instants plus tard, elle apparaît à nouveau derrière la végétation et me regarde, bougeant la tête de droite à gauche. La curiosité l’a emporté! Je suis en tenue de camouflage et elle a du mal à me distinguer.

Elle se protège derrière la végétation, avec en face d’elle ma silhouette et le soleil couchant. J’abandonne l’idée de me déplacer pour voir sa jolie tête en entier et je la photographie comme elle est. 

Le déclic de l’appareil photo la fait avancer par petites étapes jusqu’au bord de la haie qu’elle ne traversera pas, prudente! Après m’avoir bien jaugé, elle part sur le côté pour descendre au travers d’un petit bois en faisant craquer les feuilles. Puis, elle s’arrête et lance son aboiement rauque, bien caractéristique! Je me fais copieusement insulter et je l’entends à nouveau s’enfuir. En général, les mâles aussi bien que les femelles aboient devant un danger qu’ils n’ont pas identifié pour prévenir les autres, mais aussi pour dissuader cet ennemi potentiel. Je l’apercevrai une dernière fois en contrebas et puis plus rien!

Je regarde mes clichés en zoomant sur l’écran de l’appareil : super, la chevrette est bien nette, bien exposée. La lumière était idéale et cela faisait déjà un petit moment que j’espérais pouvoir immortaliser un animal sous cette chaude lumière de soleil couchant. Je n’ai même pas eu le réflexe de vérifier mes paramètres!

La fuite du lièvre dans la végétation. J’aurai au moins vu l’arrière!

Je reprends alors ma descente vers la voiture, content de cette belle et chaude après-midi singulière pour un mois de février. Le soleil a déjà disparu. Un lièvre se trahit en faisant craquer des feuilles. Je ne pourrai pas l’immortaliser convenablement, la végétation est trop fournie.

La chaîne des Pyrénées commence à prendre une drôle de couleur. En fait, la période des écobuages a déjà commencé depuis quelques jours et cette journée y est propice. C’est une activité séculaire et réglementée. Pour les informations et les risques potentiels en randonnée, il est important d’aller consulter la carte des écobuages en cours et prévisionnels sur le site suivant :  « https://jaimelagriculture64.fr/ », rubrique « Les balades ».

Au centre, la silhouette bien caractéristique du pic du Midi d’Ossau (2 884 m), le « toit » du Béarn.

Puis, la lumière continue à diminuer et sur le chemin du retour, les Pyrénées rosissent du pic du Midi d’Ossau au pic du Midi de Bigorre et même un peu plus loin vers l’est. Ce fut vraiment une belle journée, que je terminerai en rendant visite à mes chevreuils du voisinage.

En haut à gauche, un élanion blanc effectue sa dernière ronde du soir. Au milieu, un brocard en velours à cette période de l’année (cliché pris à iso élevé pour immortaliser l’oiseau). En bas à gauche, une toute petite lumière signale la présence d’un village sur le coteau d’en face.

La Mésange à longue queue

La Mésange à longue queue

La Mésange à longue queue

(Aegithalos caudatus)

Pas toujours simple de photographier cette « boule de plumes », toujours en mouvement au milieu de la végétation!

La Mésange à longue queue est ma mésange préférée. Je l’observe moins souvent que ses « cousines », la Mésange bleue (Cyanistes caeruleus), la Mésange charbonnière (Parus major) et la Mésange nonnette (Poecile palustris). Il en existe d’autres espèces mais je ne les côtoie pas. Jusqu’à ce jour, j’avais négligé de la photographier. En effet, elles sont toujours en mouvement et souvent cachées par les branches ou le feuillage. J’ai comblé cette lacune en observant un couple en train de préparer probablement leur nid (16 février 2020), leurré par les températures anormalement élevées de ce mois de février.

Elle fait partie de la famille des « Aegithalidés » dont elle est la seule représentante européenne, alors que les « vraies » mésanges sont dans celle des « Paridés ». En 2018, la Commission Internationale des Noms Français des Oiseaux (CINFO) a modifié son appelation après de longues années d’hésitation. Son nom normalisé est devenu l’Orite à longue queue.

Description

C’est un oiseau minuscule; elle mesure entre 13 et 15 cm de long (dont la moitié pour la queue) pour un poids d’une dizaine de grammes maximum. C’est un de nos oiseaux les plus légers. Elle vit entre 3 et 5 ans.

« Adorable boule de plumes » (expression d’une amie), elle est immédiatement reconnaissable à sa silhouette bien caractéristique : une boule de plumes, effectivement, sans cou apparent et suivie d’une queue étroite aussi longue que le reste de son corps. Dans les arbres, elle est à l’aise dans toutes les positions et sa queue lui sert de balancier ; c’est une excellente acrobate. Son vol est irrégulier, caractérisé par une chute brusque après chaque battement d’ailes et suivi d’un bond en avant.

La partie supérieure de sa tête est blanche jusqu’au bec avec deux bandeaux noirs au-dessus des yeux. Son ventre est blanc légèrement rosé, le dos est noir avec les épaules brun-rosé. Ses ailes arrondies et la queue sont noires, avec quelques plumes blanches. Son bec est court et conique (celui des vraies mésanges est plus long et pointu). Son iris est cerné d’anneaux oculaires jaune.

Des petits cris de contact brefs et aigus caractéristiques signalent l’arrivée bruyante de la troupe qui passe d’arbre en arbre à la recherche de nourriture. Quelques instants plus tard, leur bavardage s’éloigne; elles continuent leur chemin à la queue leu leu.

Alimentation

Elle se nourrit essentiellement d’insectes, de larves et de petits invertébrés, qu’elle recherche dans le feuillage, l’écorce et les lichens des branches. En hiver, elle mange des bourgeons, des petites graines et des baies. Sa petite taille accroît les pertes énergétiques qu’elle doit combler par une alimentation soutenue. La bande reste quelques instants sur un arbre et visite les branches puis vole vers le suivant. Elle se déplace ainsi, toujours en mouvement et … en chantant.

Répartition

Elle vit partout en Europe, sauf dans les régions froides où sa petite taille la rend très vulnérable aux déperditions d’énergie. On la trouve aussi au Moyen-orient ainsi qu’en Asie. D’après l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (I.N.P.N.), la population nicheuse est estimée en 2013 entre 400 000 et 800 000 couples en France et les effectifs sont stables (qualité de l’estimation moyenne).

Mode de vie

C’est un oiseau sédentaire, très social et dynamique qui évolue la plupart du temps dans les arbres en petite troupe allant jusqu’à plusieurs dizaines d’individus, à la recherche de nourriture.  Les couples se forment au tout début du printemps après la dispersion du groupe familial hivernal. Ils élèvent leurs petits et reforment à nouveau des groupes familiaux qui dureront de l’été à la fin de l’hiver suivant. Les groupes importants comportent plusieurs familles. Ils peuvent être accompagnés par de véritables mésanges ou d’autres petits passereaux.

Elle fréquente les fourrés et les buissons, les zones boisées de feuillus avec un sous-bois buissonneux, les parcs et les jardins, les haies avec des grands arbres pour se percher et se nourrir. Elle ne descend que rarement à terre.

Reproduction

La préparation du nid a déjà commencé (16 février 2020).

Contrairement à ses autres « cousines », la mésange à longue queue ne fait pas son nid dans une cavité. Elle construit son propre nid, un véritable chef-d’oeuvre. Il a une forme ovale de 15 à 20 cm de hauteur, complètement fermé, avec une petite entrée latérale circulaire dans la partie supérieure. Il est composé de mousses, de lichens, de petits morceaux d’écorce et autres fibres végétales, assemblés par des fils d’araignées. L’intérieur est très confortable, garni de très nombreuses plumes et de poils.

Le mâle apporte les matériaux à la femelle qui les assemblent dans un arbuste ou un buisson dense, à faible hauteur. Sa construction prend entre 2 à 3 semaines environ.

Une première ponte a lieu fin Mars / début Avril. La femelle pond de 6 à 12 œufs blancs tachetés de marron clair qu’elle couve seule pendant 12 à 14 jours. Le mâle la nourrit et défend son territoire.

A leur naissance, les oisillons sont nourris par les 2 parents pendant 2 semaines. Ils apprennent alors à voler à proximité du nid tout en restant encore nourris pendant une semaine de plus. Puis ils se débrouillent tout seuls tout en restant  à proximité de leurs parents lors de la seconde nichée en juin.

La famille de l’année constituera le prochain groupe hivernal.

Statut

Elle bénéficie d’une protection totale en France depuis l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble de notre territoire. D’autre part et toujours valable à ce jour, l’article 3-II de l’arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection rappelle que : «  Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Ces interdictions s’appliquent aux éléments physiques ou biologiques réputés nécessaires à la reproduction ou au repos de l’espèce considérée, aussi longtemps qu’ils sont effectivement utilisés ou utilisables au cours des cycles successifs de reproduction ou de repos de cette espèce et pour autant que la destruction, l’altération ou la dégradation remette en cause le bon accomplissement de ces cycles biologiques« .

Il est clairement interdit en tout temps la destruction intentionnelle ou l’enlèvement des nids. On ne peut pas détenir de nid d’oiseau chez soi, même ramassé vide et abandonné à terre, ou détruire par exemple un nid vide d’hirondelles dont les salissures gêneraient.

Du coin de l’œil, elle me surveille!

Les « vraies » mésanges

La mésange bleue (Cyanistes caeruleus). Elle est spécialiste des chenilles défoliatrices du chêne, notamment la tordeuse du chêne.

La mésange charbonnière (Parus major), dans un décor « exotique ». A la période de la nidification, elle montre une forte agressivité envers ses congénères et autres petits passereaux, allant jusqu’à la mort de l’intrus. En période de disette, elle brise l’arrière du crâne de ses victimes grâce à son bec pointu et puissant, pour se nourrir de leur cerveau. Elle est le plus grand prédateur naturel de la chenille processionnaire. 

Cet article est rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations et d’informations recueillies sur internet, dont celles trouvées sur un site sur les mésanges très bien fait, que je recommande de visiter :

_ http://oiseau-mesange.fr/mesange-a-longue-queue-aegithalos-caudatus

A la rencontre des isards en vallée d’Ossau (février 2020)

A la rencontre des isards en vallée d’Ossau (février 2020)

Trois femelles et un chevreau (debout) né en mai dernier, se reposent sur les hauteurs.

A la rencontre des isards

Vallée d’Ossau (11 février 2020)

Cet hiver 2019-2020 est exceptionnel. Entre décembre et janvier, la barre des 15°C a été régulièrement dépassée sur une bonne partie de la France, notamment dans le Sud-Ouest. Le « pire » est ce mois de février où on observe des températures d’été pour le Sud. Le dimanche 2 et lundi 3 février 2020, on a eu une température de 25.2°C à Pau et 27.8°C à Cambo-les-Bains. Un autre record absolu depuis 1900 a eu lieu le dimanche 16 février où une valeur de 28.3°C a été enregistrée à Oloron! L’atmosphère est également particulièrement douce en montagne. L’isotherme 0°C remonte à des altitudes impensables il y a encore quelques années pour une saison hivernale. Les températures relevées à 1500 mètres d’altitude en cette première quinzaine de février n’ont jamais été aussi élevées depuis 30 ans. A ce jour, il n’y a plus de neige naturelle en-dessous de 1 800 mètres.

Les isards profitent de cette douceur hivernale. Les photos suivantes ont été prises pendant une sortie en raquettes en direction du pic de la Gradillère, dans le cirque d’Anéou. Situé au pied du massif de l’Ossau, ce cirque est le point de départ de nombreuses sorties à partir du parking de l’Araillé (1 720 m). Pour en savoir plus sur la vie des isards ou voir d’autres photos, il suffit de taper le mot-clé « isard » tout en haut à droite de cet article (« Search »).

La sortie commence dans l’épais brouillard qui a envahi le cirque. Il n’y aura personne, sauf … des isards. La première rencontre, une femelle (chèvre).

Un chevreau. Sa mère est à proximité.

Une femelle isard (chèvre), dans sa fourrure hivernale. Le chevreau, s’il est toujours en vie, n’est jamais très loin.

Le chevreau rejoint rapidement sa mère, qui est en train de s’éloigner.

Chèvre et chevreau sont inséparables, jusqu’à la prochaine mise bas en mai prochain. La présence du chevreau est un moyen infaillible pour reconnaître une femelle.

Deux mâles (boucs) au pied du Pène de la Glère (2 308m). Hors période de reproduction, ils restent à part des femelles et de leurs chevreaux.

Un mâle (bouc) galope sur la neige partiellement gelée pour passer sur le versant exposé au sud.

Le cirque d’Anéou est très prisé pour le ski de randonnée. Les traces ne manquent pas. Il n’a pratiquement pas reneigé depuis le mois de novembre.

Autre mâle, bien reconnaissable à son pinceau pénien et à la forme de ses cornes dont la courbure est très serrée.

Personnellement, j’aime bien ce genre de photo: l’animal dans « l’immensité ».

Quelques « perles » retombent sur la neige gelée et dévalent la pente.

C’est maintenant le début de l’après-midi. Le cirque est pratiquement vide et les isards se reposent tranquillement sur les hauteurs. Le brouillard s’est levé.

A droite, cette femelle a une corne cassée. Elle ne sera pas remplacée. L’isard garde les mêmes cornes toute sa vie. La croissance des cornes s’arrête en hiver pour reprendre au début du printemps suivant. Importante les trois premières années, Elle ralentit avec l’âge.

Sur ce cliché, on voit bien les petites cornes du chevreau. Elles sont visibles à partir de 3 mois environ, sous la forme d’un petit cornet de kératine au milieu des poils, la même matière que nos ongles.

Cette femelle (du moins je le pense, elle fait partie d’une harde avec des chevreaux) est elle aussi reconnaissable à l’absence de crochet sur une de ses cornes.

En présence de brouillard, il faut rester prudent dans le cirque d’Anéou. Il y a des traces dans tous les sens et on peut s’y égarer. Mais il y a d’autres jours où … tout est lumineux. Quelques jours plus tard en allant au pic de Canaourouye (2 347m), il y faisait un temps magnifique mais les isards étaient quasi absents; ils n’apprécient pas la présence humaine, je les comprends.

Un isard, un mâle, se dirige vers un promontoire pour observer (focale 900mm équivalent). Ce sera le seul de la sortie!

Il est au pied du Pène de la Glère (2 307m), aux aguets! Il faut de bons yeux pour le localiser (focale 200 mm). Il est en bas, au milieu!

Il est en haut, à gauche!

J’y vais, j’y vais pas? Il fera finalement demi-tour pour disparaître de ma vue.

Petit rappel : pour en savoir plus sur la vie des isards ou voir d’autres photos, il suffit de taper le mot-clé « isard » tout en haut à droite de cet article, dans l’onglet  (« Search »).

 

Le Renard roux (Vulpes vulpes)

Le Renard roux (Vulpes vulpes)

Jeune renard un matin, à la fin du mois d’août. 

Le Renard roux

(Vulpes vulpes)

 

Renard adulte, fin novembre.

Le Renard roux est un bel animal ; la littérature a fait beaucoup pour sa popularité auprès des enfants. Et puis, les enfants grandissent ; il peut rester un animal fascinant et utile ou bien devenir un simple nuisible. On l’a longtemps chassé pour sa fourrure à la période hivernale. Une étiquette lui colle encore à la peau, celle d’un voleur de poules porteur de la rage! Mais s’il n’avait que des poules à se mettre sous la dent, il ne survivrait pas longtemps, encore moins longtemps s’il ne comptait que sur les coqs qui dérangent et qui disparaissent de nos campagnes! On lui concède quand même une qualité : être rusé comme … un renard!

Un beau matin de mi-juillet, dans un champ de luzerne récemment coupée.

Je le rencontre de temps en temps et c’est un réel plaisir! L’observer fait prendre conscience de son quotidien et on s’y attache. Je l’ai d’ailleurs choisi comme avatar pour mon site internet. L’été dernier, j’ai eu une expérience intéressante : « je m’étais posté à couvert en bordure d’un champ de blé et d’un bois peu avant le coucher de soleil. Après un petit moment d’attente, un renard adulte a pointé son museau. Il s’est approché de moi par petites étapes et il m’a dépassé en regardant dans ma direction puis il a continué sa route. Quelques minutes plus tard, c’était au tour d’un renardeau de se montrer : il est resté à une distance bien respectable, a hésité un petit moment avec des allers/venues en parallèle et en humant l’air puis il a fait demi-tour. Que s’est-il donc passé pour que le plus expérimenté soit le moins prudent? Peut-être que le plus vieux qui connaissait bien mon odeur ne l’identifiait plus comme un danger potentiel ? »

Présentation

Renard adulte, une femelle, fin août.

« Renard » est un terme un peu générique qui regroupe en fait plusieurs espèces. Je ne les connais pas toutes. Cet article fait référence à celui qui vit dans mon environnement mais j’ai aussi un faible pour celui que j’ai côtoyé pendant de très longues nuits d’hiver au-delà du Cercle Polaire, le Renard arctique, blanc comme la neige à cette période-là. Il était pour moi un sujet de distraction et j’aimais aller à sa rencontre, alors que ses yeux très lumineux trahissaient sa présence dans la lueur blafarde de ma lampe torche.

Rusé comme un renard!

Le Renard roux est un mammifère de taille moyenne au pelage roux marqué de blanc sous le ventre et la gorge, au museau fin et allongé et à la queue longue et touffue. Ce pelage est nuancé de différents tons du jaune clair au marron foncé selon les individus, les endroits et la saison. Le mâle est un peu plus gros que la femelle. Il reste quand même difficile de les distinguer, en dehors de l’observation de l’appareil digital du mâle ou des mamelles de la femelle en période d’allaitement.

La mue du poil a lieu tout au long de l’année. Le pelage du renard est composé de deux couches : le poil de bourre fin, court et très dense constituant la couche inférieure puis le poil de jarre, plus long (jusqu’à 10 cm), plus grossier et nettement moins épais que la couche précédente. Les poils de bourre muent en premier au mois d’avril, puis ce sont les poils de jarre. Le pelage du renard peut parfois prendre un aspect étrange pas vraiment esthétique, avec des poils de longueurs différentes. Les poils repoussent tout d’abord en bas des pattes, puis les parties supérieures du corps muent progressivement durant l’été, en commençant par les flancs, puis le dos et la queue. En automne, le renard commence à retrouver progressivement sa belle toison hivernale, plus dense et plus épaisse que son pelage d’été et qui lui permettra d’affronter la mauvaise saison.

Un face à face que l’on n’oublie pas.

Son odorat et son ouïe sont très développés. Il a aussi une très bonne vue. Je l’observe avec des pièges photographiques à Leds noires sensées ne dégager aucune luminosité et c’est le seul animal, la nuit, à rebrousser brusquement chemin devant la camera et à une distance respectable. Cependant, il a du mal à distinguer à une certaine distance des sujets parfaitement immobiles.

Il ne vit pas très vieux dans son milieu naturel, entre deux et cinq ans en moyenne. Je ne peux pas le constater par moi-même et il peut y avoir quelques divergences selon les sources consultées. La chasse, le trafic routier et la maladie en sont les principales raisons. En captivité, il peut vivre jusqu’à 14 ans.

Son habitat

Un renardeau dans la rosée, mi-juillet.

On le trouve un peu partout, en Europe (sauf tout au nord où il est remplacé par le Renard polaire), en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du Nord et en Australie où il a été introduit. En résumé, il est très bien représenté, absent seulement des régions très chaudes ou très froides.

Début octobre en moyenne montagne, en rentrant de l’observation du brame du cerf. Il a du mal à m’identifier et fera quelques pas dans ma direction pour se faire une idée. Il se pare de sa fourrure hivernale plus tôt qu’en plaine.

Il fréquente tous les biotopes de la plaine à la montagne (jusqu’à 2 000 – 2 500 m d’altitude environ) et il ne craint pas la proximité de l’homme. Il marque une préférence pour les régions de bocage, les lisières, les taillis, les haies, les petits bois enclavés dans les terrains agricoles. Le Renard roux a une grande faculté d’adaptation. Avec notre urbanisation galopante, son espace vital se restreint et il a appris à prospérer au dépend de l’homme, en colonisant progressivement nos villes où il trouve sa nourriture parmi nos déchets. Je le rencontre plus facilement en moyenne montagne, peut-être parce qu’il y est moins chassé ou perturbé?

Son comportement

Le Renard roux peut vivre en couple (uni qu’au moment de la reproduction) ou en petits groupes familiaux sur un territoire dont la superficie est assez importante (jusqu’à 400 hectares environ). Il n’est pas figé dans un mode de vie et il s’adapte très facilement. Si la nourriture est insuffisante, il reste en solitaire jusqu’à la « saison des amours ».

Dans tous les cas, il chasse seul. Il parcourt inlassablement la campagne au trot ponctué d’arrêts et de retour en arrière, les sens toujours aux aguets. Il a des itinéraires répétitifs et d’autres occasionnels. Pour capturer ses proies, il pratique entre autres le mulotage dans les zones herbeuses ou lors des fenaisons.

Fin juin en pleine chaleur – Un mâle en train de muloter sur une prairie récemment fauchée.

Il existe des estimations de son prélèvement annuel de rongeurs mais dans les faits, celles-ci varient obligatoirement selon les régions et les conditions climatiques. C’est de l’ordre de plusieurs milliers par an. Je souligne seulement que l’ONCFS reconnait que : « Il faut noter qu’il (le renard) a un impact positif sur la régulation des populations de rongeurs ». Le renard arrive à repérer ses proies même sous une bonne couche de neige, en utilisant son ouïe fine.

Renard au crépuscule, en train de chasser dans un champ de luzerne  fauchée.

Début mai en pleine journée, dans un grand roncier. Encore un mâle. Les proies sont là mais difficiles à attraper (je l’ai observé un bon moment).

Il est actif du crépuscule aux premières lueurs de l’aube, sauf en période de nourrissage des petits où il sort même en pleine journée. Il reste quand même plus facile à observer à l’aube.

Mâle ou femelle urinent très fréquemment et en très petite quantité pour marquer leur territoire. La communication par les odeurs est très utilisée. Ils disposent aussi de diverses glandes pour le marquage et/ou communiquer entre eux. Le renard n’est pas vraiment agressif envers ses congénères pour défendre son espace de vie, au contraire des brocards (chevreuil mâle).

Il dispose d’un langage vocal très élaboré, le plus connu étant le glapissement émis essentiellement à la période du rut.

Son alimentation

A l’écoute d’un rongeur!

Son régime alimentaire est très diversifié et contribue à sa capacité d’adaptation. Il est omnivore à prédominance carnivore. Il se nourrit de rongeurs, de lapins, d’amphibiens, d’oiseaux, d’œufs, de fruits (pommes, pêches, cerises, prunes, raisins …), de champignons, etc. Le régime dépend de la période de l’année. Il est fortement déconseillé de cueillir des fruits ou des baies à la portée du renard à cause du risque de contamination par certaines maladies.

Il reste opportuniste et s’intéresse aussi au contenu des poubelles, à la campagne comme en ville.

La reproduction

Mi-janvier en fin de journée, au moment du rut où on peut l’observer plus facilement de jour. Il m’a fixé un bon moment.

Le renard est monogame. Les accouplements ont lieu en ce moment, de mi-décembre à fin février avec quelques variantes locales suivant la température. Puis, la femelle mettra bas ses petits aux beaux jours après deux mois de gestation dans une niche tapissée de ses poils, dans un terrier avec plusieurs sorties. Le terrier est occupé la plus grande partie de l’année par les femelles. C’est parfois celui abandonné par une famille de blaireaux qu’elle modifie. Les deux espèces peuvent même cohabiter sur une même zone de terriers, les blaireaux occupant les niches les plus profondes.

Le choix de l’emplacement du terrier n’est pas dû au hasard, qu’il soit à creuser ou déjà prêt. Il est généralement situé dans un endroit où les rayons de soleil peuvent l’atteindre, sur un sol en pente en terrain sec et meuble à proximité d’un cours d’eau.

Vieux(?) renard pendant sa sieste au soleil sur une « reposée », dans une prairie abandonnée (mi-septembre). Il m’a surpris et a vite décampé dès qu’il m’a repéré.

Sur une « reposée » en moyenne montagne, les sens toujours en éveil et la queue repliée sur le bout du museau. 

Le mâle ne fréquente le terrier qu’après la mise bas de la femelle. Il vit au grand air le reste de l’année et se repose dans la journée sur une « reposée« . Dans bien des cas, se réfugier au terrier demeure la parade favorite du renard pour échapper au danger. Il connaît parfaitement l’emplacement des terriers implantés sur son territoire, ce qui lui permet de s’y mettre à l’abri quelles que soient les circonstances, comme les grands froids ou les grosses précipitations.

Les portées sont de deux à six petits, selon l’état de santé de la mère, son âge et la disponibilité de nourriture. Les petits naissent aveugles et commencent à voir au bout d’une quinzaine de jours. La femelle reste à leur côté pour les allaiter et faire leur toilette pendant que le mâle chasse pour la nourrir. Ils sont sevrés vers un mois et ils délaissent alors le lait maternel au profit d’une nourriture carnée ramenée par les deux parents. Leur pelage laineux roussit en commençant par la face.

C’est le moment où ils s’enhardissent et se mettent à explorer leur environnement immédiat. Ils alternent jeux, bagarres et poursuites autour du terrier, en attente du retour des parents. Ces bagarres leur permettent d’établir une hiérarchie entre eux. Pour voir des vidéos personnelles (pièges photographiques) de renardeaux à la sortie du terrier, c’est : ICI et ICI. Je ne fais pas de photos, je les laisse tranquilles (la femelle peut déplacer la portée en cas de dérangement et qui sait, dans un endroit où ils peuvent être plus vulnérables sans le savoir!).

Début juillet, les jeux et poursuites de deux jeunes renards sur une parcelle fraîchement labourée.

A partir de trois mois, ils peuvent se nourrir seuls sans apprentissage préalable des parents et ils partent à l’aventure. Ils vont abandonner la sécurité du terrier fréquenté par leur mère pour passer plus de temps dans la journée avec le mâle, qui partage leurs jeux.

J’aime bien les observer les soirs d’été à l’arrivée de la nuit, en train de se courser à découvert sur une prairie ou un champ ramassé.

Renardeau dans la rosée. Mi-juillet.

Ils se disperseront à l’automne vers l’âge de 5-6 mois alors qu’ils sont devenus autonomes, les mâles en premier. Certaines jeunes femelles peuvent rester avec leur mère.

Les jeunes renards atteignent leur maturité sexuelle vers 10 mois et peuvent se reproduire dès l’année suivante sur un nouveau territoire. Un territoire vacant pour une raison quelconque (décès naturel ou accidentel) est rapidement récupéré.

Un renardeau, fin août. Il était encore accompagné d’un adulte.

On considère que 80% des renardeaux périssent avant d’arriver à l’âge d’un an.

Leur population

A la tombée de la nuit.

On n’a pas d’information précise sur la population et son taux de renouvellement. En l’absence de directives nationales prévoyant la restitution des données de destruction à tir et par déterrage, les prélèvements de certaines espèces comme le renard restent également mal estimés.

Il y aurait environ 500 à 600 000 renards (estimation de 2014) prélevés chaque année par la chasse, le piégeage, le déterrage et le tir de nuit par des agents habilités. Il n’y a pas de quota de prélèvement comme il en existe pour l’isard, le cerf ou le chevreuil, par exemple. Les effectifs seraient assez stables et l’ONCFS estime la densité moyenne des populations à un renard par km2 (100 hectares) en zone rurale (plus élevée en ville). Sa capacité de reproduction augmente pour compenser un déficit sur un territoire donné, pour une même quantité de nourriture disponible.

Mi-janvier – Dans un fossé, au bord de la route.

Le Renard roux paye aussi un lourd tribut à la circulation routière, en particulier les jeunes!

La Renarde traverse prudemment le sentier montant directement au sommet du Poey (652 m). Son renardeau la suit, insouciant et batifolant au milieu des fougères (cliché de juillet 2019).

Les œuvres éphémères de Thierry Fresneau véhiculent depuis une douzaine d’années un message philosophique et humaniste, un dessin par an. Elles sont immanquables à l’entrée de la vallée d’Aspe, sur la colline du Poey au-dessus du village d’Accous. 2019/2020 est l’ « année du Renard ».

Ses maladies

Le renard fut vecteur de la rage vulpine ; des abattages massifs et des gazages ont eu lieu pour essayer d’enrailler la contagion. Heureusement, un vaccin par ingestion orale a été mis au point et la maladie a officiellement disparue sur le territoire français en 2001.

Il reste vecteur de maladies mortelles pour l’homme, comme l’échinococcose alvéolaire, une maladie du foie causée par un parasite, l’échinocoque. C’est un petit tænia hermaphrodite; ses œufs expulsés avec les fèces du renard contaminent à leur tour les petits mammifères qui seront à nouveau ingérés par les renards. Ces maladies sont transmises par contact buccal avec les excréments des animaux infectés mais aussi, bien plus sournoisement, par la récolte de fruits sauvages (mûres, …) ou de champignons souillés. Attention à la consommation sur place! Un petit bolet cru, c’est bon mais c’est risqué! La maladie affecterait une dizaine à une quinzaine de personnes par an.

L’état général de ce mâle m’avait d’abord intrigué. Sa queue normalement touffue a perdu de l’ampleur. Simple mue.

Il peut aussi contracter la gale sarcoptique, une maladie parasitaire et contagieuse provoquée par un acarien et qui va le faire mourir après d’atroces démangeaisons. Elle est facilement identifiable à l’observation d’importantes pertes de poils, commençant au départ de la queue et derrière les pattes, puis la croupe et le reste du corps. La contamination de toute la famille s’effectue par simple contact. Cette maladie n’a aucune incidence sur la santé humaine et elle est une cause naturelle de régulation de leur population.

Très courte vidéo non choquante d’un renard contaminé par la gale, la queue a déjà perdu tous ses poils (piège photographique, à la mi-mars).

Statut du renard roux

Fin avril – Rencontre avec un mâle dans une prairie fleurie.

Il est classé dans la liste des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts », ex catégorie « nuisibles » et il peut être chassé toute l’année par différents moyens.

La tradition populaire a très longtemps renvoyé de lui l’image d’un mangeur de poules. De nos jours, on multiplie les grands élevages où elles sont confinées, pour finir tuées, plumées et vidées prêtes à cuire. Voir partir dans la gueule d’un renard une poule que l’on avait eu du mal à élever, c’était une grande perte à une période où les conditions de vie étaient plus précaires et difficiles. Est-ce vraiment le cas maintenant? Une enquête objective sur ce prélèvement de volaille par le renard (et autres) serait intéressante à analyser pour le quantifier, en connaître les responsables et voir les précautions prises pour l’empêcher.

Entre chat et loup.

On l’accuse aussi de chaparder le gibier de tir lâché par les sociétés de chasse à la veille ou en période d’ouverture, dont les faisans et perdreaux. Ces animaux d’élevage manifestent leur présence pathétique en déambulant autour des maisons, sur les routes et les chemins; ils n’ont que très peu ou aucune chance de survivre. Ils sont une proie facile pour le renard (mais pas que pour lui) : on ne reproche pas à l’animal de contribuer à la perte de la biodiversité (l’homme est là pour çà), mais seulement de se servir avant « les chasseurs de lâchers ».

L’homme a longtemps chassé pour se nourrir et diversifier son régime alimentaire à partir d’une faune naturelle (le reprocher est un tout autre débat qui ne concerne pas le renard). C’est devenu maintenant et avant tout un loisir. Il faudra bien se rendre compte qu’il y a quelque chose d’artificiel et de vain (sinon pour les trésoreries des associations) à maintenir ces pratiques de lâchers d’élevage en les assimilant à la « pratique de la chasse ». D’ailleurs et à ma connaissance, de plus en plus de chasseurs ne sortent plus le jour de l’Ouverture et certainement pas parce que le renard est passé avant eux; par simple prise de conscience!

A l’écoute d’un rongeur.

Que dire pour défendre le renard? Il rend de bons services à l’agriculture en détruisant un grand nombre de rongeurs. Il permet aussi de réduire la propagation de la maladie de Lyme, maladie qui peut être mortelle pour l’homme. Elle est issue des tiques infectées par la bactérie Borrelia et portées par ces rongeurs. Selon les chiffres de Santé publique France et du réseau de surveillance Sentinelles, l’évolution de cette maladie transmise par les tiques était stable, autour de 26 000 nouveaux cas par an entre 2009 et 2014, avant d’augmenter à 33 200 en 2015 et 54 600 en 2016, puis de retomber à 44 700 cas diagnostiqués en 2017 et 67 000 en 2018. Les associations de patients jugent ces chiffres sous-estimés car de nombreux cas ne sont selon elles pas diagnostiqués. Les prévisions futures du réchauffement climatique auront une incidence à la hausse des nouveaux cas. Les chasseurs avec les forestiers sont les premiers exposés et il n’existe pas de vaccin contre cette maladie.

Enquête publique de juin 2019

Le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire a lancé une enquête publique du 06 au 27 juin 2019 sur un projet d’arrêté pris pour « fixer la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (dont le renard) pour la période du 1er juillet 2019 au 30 juin 2022. Le grand public a massivement répondu (53 853 contributions) en émettant un avis très partagé sur ce projet d’arrêté, avec un avantage aux contributeurs défavorables à celui-ci (65%). Le contenu des commentaires des contributeurs et l’analyse qui en a été faite par le Ministère sont pour moi intéressants à consulter (les liens sont à la fin de mon article). Certains sont très éclairés (dans les deux camps) et d’autres ne sont pas prêts encore pour faire évoluer les mentalités et les pratiques (dans les deux camps également).

Le seul point évolutif est la modification de l’arrêté du 1er avril 2019 relatif à l’exercice de la vénerie et qui encadrait mieux cette pratique. Cet arrêté interdisait la capture directe de l’animal par des chiens et limitait les souffrances des animaux capturés. Suite à cette consultation du public, cette mesure sera étendue à la destruction du renard (dans le projet initial, il pouvait être toute l’année déterré avec ou sans chien).

Apprivoise-moi

La méfiance vis à vis de l’homme du renard n’existe pas à l’origine. Elle est apprise au renardeau au contact de ses parents et par son expérience individuelle.

Le renard peut s’apprivoiser. Ce mot « apprivoiser » ramène immanquablement à la conversation entre le Renard et le Petit Prince de Saint-Exupery (paru en 1943). Cette conversation sert régulièrement pour tirer à boulets rouges sur les chasseurs mais je pense qu’il y a des moyens plus objectifs et efficaces pour défendre le renard. Il y a entre autres des consultations publiques où on peut exprimer son avis en faisant avancer le débat.

J’ai personnellement gardé en tête l’histoire très médiatisée il y a une dizaine d’années d’un certain « Zouzou », renardeau orphelin (mère écrasée sur la route) élevé par une famille; celle-ci avait due se mettre en conformité avec la législation. En effet, la possession d’un renard par un particulier ou tout autre animal (apprivoisé ou non) comme le sanglier, chevreuil, écureuil, etc., nécessite une autorisation préalable et de prendre certaines précautions en accord avec la législation actuelle. On ne se sert plus dans la Nature comme avant.

Il est en principe interdit de détenir un animal sauvage. Mais avec la magie du droit, lorsque certaines conditions sont réunies, l’animal sauvage se transforme juridiquement en animal non domestique et cette détention devient alors possible. Dans le langage courant, les animaux non domestiques sont des animaux sauvages qui ne sont pas mentionnés par l’arrêté interministériel des ministres de l’Agriculture et de la pêche ainsi que celui de l’Ecologie et du Développement durable du 11 août 2006. Ils font partie des animaux apprivoisés ou tenus en captivité, considérés comme des êtres vivants doués de sensibilité. Ils se voient appliquer les règles protectrices du droit pénal, ce qui n’est pas le cas des animaux sauvages.

La seule détention d’un animal non domestique par un particulier constitue un élevage d’agrément (élevage amateur, à but non lucratif). Il lui faut au préalable faire la demande d’un certificat de capacité qui est délivré par l’Administration. Les conditions requises pour obtenir ce certificat visent d’une part à préserver la biodiversité en limitant le nombre des captures, d’autre part de s’assurer des bonnes conditions de vie des animaux vivant en captivité et de garantir la sécurité et la santé des personnes qui s’en occupent. L’animal doit être muni d’un marquage individuel et permanent.

Il est très important de garder en tête qu’apprivoiser un animal ne lui rend pas obligatoirement service, sauf s’il ne peut survivre seul dans son milieu naturel! Et on en devient responsable pour le restant de ces jours.

Fin août.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations sur le terrain et d’informations recueillies sur divers sites et qui se recoupent.

Principales sources bibliographiques consultées :

_ http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=510

_ https://lorrainature.wordpress.com/2016/06/07/le-renard-vulpes-vulpes/

_Arrêté du 11 août 2006 fixant la liste des espèces, races ou variétés d’animaux domestiques : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000789087&categorieLien=id

_Arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d’animaux d’espèces non domestiques : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000037491137&categorieLien=id

_ Projet d’arrêté soumis à la consultation publique du 6 au 27 juin 2019 : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2019-06-06_arrete_especes_susceptibles_occasionner_degats_2019.pdf

_ Projet d’arrêté ministériel soumis à consultation publique du 6 au 27 juin 2019 – Commentaires des contributeurs : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-ministeriel-pris-pour-l-a1986.html

_ Participation du public à la consultation publique de juin 2019 – Motif de la décision : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/motifs_de_la_decision_arrete_esod_2019.pdf

_ Synthèse de la consultation publique de juin 2019 : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2019-07-02_synthese-consultation_2019-italiques.pdf

Ma photo préférée.

La Grenouille rousse, dans les Pyrénées

La Grenouille rousse, dans les Pyrénées

Début juin au lac Det Mail (2 335 m) environné de neige, dans les Hautes-Pyrénées. Cette Grenouille rousse évoluait dans une vasque creusée dans un rocher, en bordure d’un ruisseau déversoir du lac. C’est un mâle reproducteur reconnaissable aux callosités nuptiales marron foncé ou noires sur les pouces en arrière-plan et à sa gorge blanchâtre. Cette observation est faite presque à la limite de son altitude connue de répartition dans les Pyrénées (2 600 m). 

La Grenouille rousse,

son observation dans nos Pyrénées

Description

Début juin au lac Det Mail (2 335 m). 

Début août, au-dessus du lac de Gaube (1 725 m). Cette énorme Grenouille rousse (aussi grosse qu’un crapaud) aux couleurs chatoyantes atypiques faisait des bonds énormes dans l’herbe humide. 

La Grenouille rousse (Rana temporiara) est un batracien de grande taille et la femelle est plus grosse que le mâle. Elle mesure (du museau jusqu’au cloaque) de 50 à 65 mm en plaine et un peu plus en altitude, 70 à 80 mm chez le mâle et 75 à 85 mm chez la femelle (maximum 100 mm). Chez les vieux sujets, le museau est fortement arrondi et la silhouette est très massive : un observateur non averti pourrait la confondre dans certains cas avec un crapaud.

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m).

Début août, au-dessus du lac de Gaube (1 725 m).

Elle possède deux lignes bien marquées sur le dos, formées par des replis latéraux-dorsaux. Sa robe est plus ou moins tachetée de noir ou brun foncé et sa coloration générale est très variée mais jamais verte. En général, le dessus du corps est de couleur jaunâtre, rougeâtre, grise, brune ou noirâtre. Une grenouille qui porte de grandes tâches noires comme ci-dessus est presque à coup sûr une grenouille rousse.

Début juin au lac Det Mail (2 335 m) – Toujours le même mâle (gorge blanchâtre).

Début août, au-dessus du lac de Gaube (1 725 m). La gorge voilée de rouge de la femelle.

La gorge est blanchâtre chez le mâle, tachetée ou voilée de rouge chez la femelle.

Répartition

Mi-août dans le vallon de Pouey-Trenous (vers 2 150 m). Un jeune mâle.

C’est une espèce largement répandue en France à l’exception de la Provence, de la Corse et d’une partie des plaines du Sud-Ouest. Elle est rare sur la façade atlantique. Je n’en ai encore jamais observé en plaine dans ma région ou dans les départements voisins des Landes et du Gers. Je m’y suis particulièrement intéressé cette année 2019 et la totalité de mes observations sont faites en montagne en moyenne et haute altitude lors de mes randonnées. En effet, bien qu’elle soit présente en basse altitude en certains endroits, elle est surtout commune sur les reliefs, au-dessus de 500 mètres ; la limite de son altitude connue de répartition dans les Pyrénées est de 2 600 m. Elle couvre pratiquement tous les étages, du collinéen aux débuts de l’alpin.

Pour information, l’étagement de la végétation varie en fonction de l’inclinaison des versants (ombrée au Nord, soulane au sud), de la nature du sol et de la température; les limites en altitude ne sont qu’indicatives et elles varient aussi selon les vallées. On distingue les étages suivants :

L’étage collinéen (jusqu’à 900 m au nord et 1 200 m au sud, environ) : il a une végétation identique à celle de la plaine. On y trouve des châtaigniers, des chênes, des merisiers, des charmes et des cultures. C’est aussi le milieu des landes à bruyères et à fougères.

L’étage montagnard (900 à 1 600 m au nord, 1 200 à 1 700 m au sud, environ) : c’est celui des forêts du hêtre commun avec l’apparition du sapin pectiné et parfois de l’épicéa commun (non indigène), au fur et à mesure de la montée en altitude.

L’étage subalpin ( 1 600 à 2 200 m au nord, 1 700 à 2 400 m au sud, environ) : c’est une zone de transition. Les feuillus sont de moins en moins nombreux et les forêts de résineux dominent. Vers 2 000 m, la forêt cède définitivement la place à la pelouse d’estive, jusqu’à 2 400 m environ.

L’étage alpin (de 2 400 m jusqu’à 3 000 m sur les deux versants) : c’est celui de la limite de la végétation. Rochers et éboulis y sont nombreux et le minéral domine.

L’étage nival (au-delà de 3 000 m) est celui des neiges éternelles. La végétation a de plus en plus de mal à se développer et seuls quelques mousses et lichens survivent sur les rochers.

Habitat

Mi-août dans le vallon de Pouey Trenous (2 150 m). Un mâle (gorge blanchâtre).

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m), sur un rocher. 

Elle vit dans des contextes très variés, forestiers à totalement ouverts, dans n’importe quel type d’habitat humide mais aussi dans des milieux plus secs comme les estives ou les éboulis.

Elle est active de jour comme de nuit mais elle reste cachée par forte chaleur. Elle se met à l’abri des rayons du soleil sous les berges, dans des anfractuosités des rochers, parfois aussi dans un terrier de marmotte abandonné où elle recherche la fraîcheur.

Il faut être très prudent pour l’identifier; la méprise est très facile avec la Grenouille agile (Rana dalmatina). Il n’y a pas de critère physique infaillible pour les différencier si l’observation est faite à basse altitude (inférieure à 500 m). La grenouille agile a en principe un museau long et pointu et un tympan plus grand et proche de l’œil. Il vaut mieux cependant faire appel à un spécialiste.

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m).

Mi-août dans le vallon de Pouey-Trenous (vers 2 300 m). Un mâle.

Dangers pour l’espèce

La Grenouille rousse est consommée par de nombreux prédateurs terrestres à l’âge adulte : quelques mammifères dont la loutre, les visons et … l’Homme ; échassiers, rapaces nocturnes et diurnes ; serpents tels que la Couleuvre helvétique (appelée récemment encore Couleuvre à collier) et la Couleuvre vipérine …

Mi-août dans le vallon de Pouey-Trenous (vers 2 150 m). Un mâle.

En ce qui concerne les prélèvements effectués par l’Homme, elle bénéficie effectivement d’une protection mais celle-ci n’est que partielle. En effet, certains arrêtés préfectoraux en France fixent des périodes de pêche,  variables selon les années et les départements.

Par exemple et pour les Pyrénées-Atlantiques (Guide de pêche 2020) : « la pêche des grenouilles vertes et rousses est autorisée à la ligne uniquement, du 9 Mai au 20 Septembre en première catégorie; en seconde catégorie, du 1er janvier au 1er mars inclus puis du 9 Mai au 31 Décembre. En zone cœur du Parc National des Pyrénées, la pêche des grenouilles vertes et rousses est interdite toute l’année« .

Début juillet au lac d’Anayet en Aragon (2 230 m).

Reproduction

Très précoce et sensible au moindre redoux, elle se reproduit souvent dès le mois de décembre à basse altitude (hivernage inexistant ou très bref) et dès le début de la fonte des neiges en montagne (hivernage d’octobre/novembre à mars ou mai/juin en fonction de la couverture neigeuse). Elle utilise pour la reproduction des pièces d’eau peu profondes et temporaires (grandes flaques, ornières en eau, fossés, …) qui peuvent rassembler des foules d’individus et accueillir de très nombreuses pontes.

Le nombre, la densité et la disposition des pontes permettent, dans bien des cas, de savoir à quelle espèce on a affaire : les pontes de la Grenouille rousse sont généralement nombreuses (nombreuses femelles, sauf à basse altitude!) et déposées les unes contre les autres. Elles affleurent largement à la surface (sauf si le niveau d’eau est monté entre-temps) et les pièces d’eau qui les accueillent ressemblent donc vaguement à un bol de tapioca. Les populations de Grenouilles agiles, moins denses, produisent moins de pontes et les femelles les déposent isolément, souvent à une certaine profondeur et fixées à un élément végétal immergé (tige … ). Localement à basse altitude, les deux espèces peuvent utiliser la même pièce d’eau pour se reproduire, mais pas en même temps (la Grenouille rousse est plus précoce). Les têtards éclosent une à deux semaines environ après le dépôt des pontes et se métamorphosent ensuite rapidement, avant l’assec de leur flaque. La stratégie de reproduction de cette espèce est basée sur une importante production d’œufs qui compense le caractère aléatoire de sa réussite : un certain nombre de pontes sont déposées dans des zones inadaptées (lame d’eau trop temporaire) et rapidement perdues. Par ailleurs, certaines colonies de têtards ne parviennent pas toujours à se métamorphoser avant l’assec de leur pièce d’eau et meurent desséchés.

Confusions possibles

_Un critère simple qui peut parfois aider à l’identifier dans les Pyrénées est de connaître l’altitude de l’observation. En effet, j’ai déjà signalé que la « Grenouille rousse » peut être confondue avec la « Grenouille agile ». Cependant, la limite de répartition en altitude de cette dernière étant de 500 mètres, on ne peut pas l’observer au-delà de la partie supérieure de l’étage collinéen! C’est donc une Rousse, si ses tympans sont bien visibles (afin de ne pas la confondre avec sa cousine, la Grenouille des Pyrénées).

Grenouille rousse, avec le tympan (disque à gauche de l’œil) bien visible.

Grenouille agile dans le Vic-Bilh, altitude 310 m (cliché ancien).

_A l’inverse et dans notre région, on peut rencontrer la Grenouille rousse très bas (jusqu’à 200 m voire moins encore), dans de nombreuses zones comme les contreforts des plateaux de Ger et de Lannemezan, l’extrémité gersoise des Landes de Gascogne, le Lot, l’Aveyron … , régions où la Grenouille agile est également présente. Dans ce cas-là, le site « Nature en Occitanie » dont le lien est en fin d’article donne de bonnes informations pour les différencier mais il n’y a pas de critère infaillible. Dans le doute, il vaut faire appel à un spécialiste. En effet, la Grenouille agile est protégée; son prélèvement est INTERDIT contrairement à celui de sa cousine! Il n’y a pas de droit à l’erreur! Le mieux étant, bien sûr, de les laisser tranquilles.

_ La « Grenouille rousse » peut être aussi confondue avec la « Grenouille des Pyrénées » (Rana pyrenaica). Celle-ci est l’un des amphibiens les plus rares de France. Sa répartition en altitude connue va de 440 à 2 100 m. Endémique des Pyrénées et observée pour la première fois en 1990 côté espagnol, elle est classée « en danger » d’extinction depuis 2008. Les femelles sont plus grandes que les mâles mais elles ne dépassent pas les 50 mm (toujours du museau au cloaque). Adulte, elle ressemble aux jeunes Grenouilles rousses mais on peut quand même différencier les deux espèces en cherchant leurs tympans. Ceux de la Grenouille rousse sont bien visibles tandis que ceux de la Grenouille des Pyrénées sont presque trop petits pour être aperçus à l’œil nu. De même, ses plis latéraux sur le dos sont beaucoup moins marqués.

Sa localisation est très restreinte et elle est difficile à observer. Elle n’est aperçue pour la première fois sur le versant nord des Pyrénées qu’en 2011 et elle est toujours visible dans quelques cours d’eau du Pays Basque (massif d’Iraty), du Béarn et dans la Vallée d’Aspe. J’espère, un jour, la rencontrer bien qu’elle semble principalement active la nuit. Elle aime les torrents forestiers, frais et oxygénés. Les têtards des Grenouilles des Pyrénées sont très facilement identifiables grâce à leur couleur noire constellée de points blancs ou dorés. Je vous invite à suivre l’excellent lien en fin d’article vers le site « Especes-menacees.fr » pour en savoir plus sur cette espèce rare.

Sources bibliographiques :

_http://www.naturemp.org/Grenouille-rousse.html

_https://www.especes-menacees.fr/grenouille-des-pyrenees/

 

Observation de l’isard des Pyrénées, à la période du rut

Observation de l’isard des Pyrénées, à la période du rut

Isard mâle (bouc) dans la poudreuse toute fraîche et le brouillard. 

L’observation de l’Isard des Pyrénées

à la période du rut (24 novembre 2019)

Isard femelle (chèvre) et son chevreau (petit de l’année).

L’Isard (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) est un des symboles de nos Pyrénées. Ses cornes sont l’emblème du Parc National. Le meilleur moment pour l’observer à une distance raisonnable est à la période du rut. Celui-ci dure en moyenne de 4 à 6 semaines, de novembre à décembre.

Cette année, il a beaucoup neigé à ce moment crucial pour la pérennité de l’espèce. Il n’y avait pas eu autant de neige pour un mois de novembre depuis la saison 2007-2008. Les isards ont changé de place plus tôt qu’à l’habitude et sont déjà redescendus vers leurs quartiers d’hiver.

L’ambiance « brumeuse » de la sortie.

Il a encore neigé la nuit précédente et la météo d’aujourd’hui est bien maussade. La journée sera cependant intéressante avec l’observation d’une harde d’une quinzaine d’individus. Il n’y a pratiquement personne en montagne et ils peuvent vaquer tranquillement à leurs occupations du moment. Le ciel se dégagera en fin de journée avec l’apparition d’une belle lumière sur les sommets environnants.

Le rut

Un bouc qui semble s’intéresser à une chèvre. En contrebas, un chevreau.

Un zoom sur le chevreau.

Monsieur fait le beau.

Les mâles, habituellement solitaires, ont rejoint les femelles. L’isard est polygame et seul le plus fort aura les faveurs du sexe opposé. Le rut commence par la mise en place d’une hiérarchie sociale. Chaque groupe de femelles va être placé sous l’autorité d’un mâle dominant sur un territoire qu’il défend contre les intrus. Il affirme sa territorialité en frottant ses cornes, dont la base arrière est pourvu de glandes sécrétant une substance à l’odeur tenace, contre les arbustes et autre végétaux.

Ce comportement de domination à la période du rut est intéressant à observer ; la présence de la neige cette année l’a quelque peu modifié. Il n’y a pas eu vraiment de compétition entre les mâles pour s’imposer avec les manœuvres d’intimidation et les poursuites habituelles. Je me permets de publier plus loin des clichés plus anciens pour illustrer cet épisode très intéressant.

Le contrôle olfactif de l’urine des femelles permet aux mâles de déterminer l’état des chaleurs de celles-ci et leur désir d’être fécondées. Pour cela, ils possèdent un organe (organe vomérien) qu’ils utilisent à cette fin en retroussant leur lèvre supérieure. Le rut finira quand toutes les femelles en chaleurs auront été fécondées. Les chaleurs durent 1 à 2 jours et se renouvellent toutes les 3 semaines tant qu’il n’y a pas eu fécondation. L’accouplement des isards est bref, quelques secondes.

Cà et là sur des points dominants à divers endroits, des mâles en train d’observer.

Pendant toute la période de rut, les mâles se nourrissent peu. Ils passent la majorité de leur temps dans les interactions sociales et à observer. Au début du rut, ce sont les mâles les plus âgés qui empêchent les plus jeunes de courtiser les femelles et qui assurent les saillies. Fatigués et amaigris, ils peuvent plus tard baisser la garde au profit de plus jeunes.

Tout en haut, un mâle dominant en train de surveiller son « harem » qui cherche de quoi se nourrir sur cette crête enneigée, partiellement dégagée par le vent.

Lorsque le manteau neigeux est très important, l’isard peut préférer les versants abrupts et ventés sur lesquels la neige tient moins facilement, permettant l’accès à la nourriture.

Un peu de végétation dégagée et broutée par l’isard.

Les mâles, exténués par le rut, vont ensuite reconstituer leurs réserves pour faire face aux rigueurs de l’hiver (où les individus les plus faibles succomberont). Les hardes gagneront les zones les moins enneigées : secteurs boisés ou zones exposées au sud. Leur nourriture favorite étant enfouie sous une épaisse couche de neige, ils doivent alors se contenter de pousses d’arbustes, d’aiguilles de résineux, de lichens, ou de bourgeons. 

Les postures

Contrairement au chevreuil, au cerf élaphe ou au bouquetin, l’isard mâle peut affirmer sa domination auprès des prétendants sans avoir à combattre. Son agressivité s’exprime surtout par l’intimidation et la charge, mais rarement par le combat. La posture joue un rôle important ainsi que le volume corporel. La manière de présenter ses cornes revêt aussi une signification.

En bas à gauche: mâle dominant s’approchant d’un intrus (10 décembre 2015).

Tête baissée, crinière hérissée (10 décembre 2015).

Début de la poursuite (10 décembre 2015).

Le mâle dominant se manifeste à l’encontre d’un intrus en l’approchant tête basse, crinière hérissée. Si cela ne suffit pas, il adopte une position d’intimidation latérale, tête haute, dos voûté, poils hérissés, présentant son plus fort volume corporel pour l’impressionner. Cette posture peut durer plusieurs minutes et celui qui n’arrive pas à suivre finit par abandonner et prend la fuite. Le vainqueur poursuit alors l’intrus et s’arrête quand il est sorti de son territoire. Il arrive que le mâle fuyard, sur le point d’être rejoint par le rival menaçant au bout de cette folle poursuite, émet un bêlement de peur.

Position d’intimidation latérale d’un mâle à gauche, tous les poils hérissés (10 décembre 2015). 

L’ébrouement du rut est aussi une posture courante. Le mâle bien campé sur ses pattes ployées, tête en avant, poil hérissé, fait osciller son dos latéralement en s’aspergeant les flancs d’urine qui imprègne son épaisse fourrure. Il renseigne ainsi les autres membres de la harde sur son état d’excitation et de maturation sexuelle.

Les signes sonores

Ils n’ont pas de lien direct avec le rut mais je pense qu’il est intéressant de les signaler.

Une partie de la harde dans le brouillard – De haut en bas : une femelle à la corne gauche cassée, un chevreau, une éterle (femelle de l’an passé), le mâle dominant, un autre chevreau puis sa mère avec la corne droite partiellement cassée.

La femelle avec sa corne droite entièrement cassée et son chevreau, en train de remonter la pente abrupte dans la neige et le brouillard.

Le mâle dominant, à droite.

Le chuintement des isards, une sorte de sifflement soutenu, est souvent utilisé comme signal d’alarme au sein d’une harde ou par des individus solitaires surpris par la présence d’ « intrus ». Émis à l’arrêt, il précède immédiatement la fuite des animaux et peut être répété au cours de celle-ci. J’ai eu l’occasion de l’entendre à plusieurs reprises dans d’autres circonstances.

Le bêlement des isards. Il est surtout émis par les chevreaux qui s’étant momentanément égarés, tentent par ce moyen de retrouver leur mère. De même, les femelles qui recherchent leurs petits peuvent bêler.

Je l’ai entendu cette année à deux reprises. La première fois était au mois d’août lors de l’observation d’une harde de femelles, d’éterles (femelles de l’année précédente) et de chevreaux (appelés aussi affectueusement « pitous ») dans un coin isolé des Pyrénées.

La seconde fois, c’était aujourd’hui : la harde était toute proche mais il était impossible de se voir dans cette brume épaisse. Un seul bêlement rauque et bref! Assez rare, il est destiné probablement à éviter la dispersion des individus dans certaines circonstances.

Les odeurs

Elles ont une importance primordiale particulièrement à la période du rut. L’univers odorant où évolue l’isard est un monde d’une grande sensibilité. L’odeur possède l’énorme avantage sur le son, qui s’évanouit sitôt qu’il est produit, de pouvoir être déposée et de remplir ainsi durablement sa fonction de communication. Le mâle développe des glandes dites « de rut » qui apparaissent vers l’âge de 16 mois et dont l’importance augmente tous les ans à partir de juillet. Ces glandes sont situées derrière les cornes du mâle et elles émettent une sécrétion grasse, brun verdâtre, dont l’odeur nauséabonde et tenace semble plaire aux femelles. Il définit les limites de son territoire en frottant ses cornes contres les arbustes et autres végétaux pour y déposer cette empreinte olfactive. Elles s’atrophient après le rut. Leur fonction semble être un signe de localisation entre individus et aussi de phéromones, favorisant l’acceptation du coït.

La lumière surgit en fin d’après-midi!

Derniers rayons sur quelques sommets.

Ma dernière vision d’une partie de la harde en train de s’alimenter, alors que le soleil a disparu – De haut en bas : les deux femelles avec une corne cassée et un chevreau, puis le mâle dominant (en train lui aussi de s’alimenter), un chevreau, une femelle et enfin, une éterle (femelle de l’an passée, restée avec sa mère) couchée dans la neige. 

Source bibliographique utilisée pour cet article : https://oatao.univ-toulouse.fr/869/1/picco_869.pdf

« A l’année prochaine ». Sortie faite avec un accompagnateur Montagne, dans le cadre du CPIE Béarn.

L’automne chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

L’automne chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

Un brocard à la tombée de la nuit (2 octobre 2019). Pensif, le regard tourné vers les lumières du coteau d’en face.

L’automne chez les chevreuils du Vic-Bilh (Béarn)

La tempête Fabien, cette nuit, a bien marqué le premier jour de l’hiver. Comme par le passé, il a plu les jours précédents; le sol est détrempé et les rafales de vent ont couché pas mal d’arbres à terre. Après les tempêtes Martin le 27 décembre 1999 et Klaus le 24 janvier 2009, on a 2019 et son 22 décembre mais en bien moins grave, heureusement! Il y a quand même du bois à faire pour se chauffer et il faudra replanter pour oublier tout çà. La Nature n’aime pas le vide!

La neige sur le pic du Midi de Bigorre (14 novembre 2019).

L’été est déjà bien loin. Après une période de sécheresse qui durait depuis plusieurs mois, nous avons eu enfin une météo de saison au mois de novembre : beaucoup de pluie sur le piémont pyrénéen et de la neige en montagne en abondance. On n’avait pas eu autant de neige en cette période de l’année depuis l’hiver 2008-2009. La poussée des cèpes a été plutôt discrète cette année et plus tardive qu’à l’accoutumée; chez nous, elle a eu lieu peu avant le premier quartier de Lune de novembre.

Début septembre 2019 – Un jeune brocard à la lumière du soir.

Début septembre 2019 – Une chevrette dans la luzerne.

Et « mes » chevreuils dans tout çà? Je les ai un peu négligés! Mon dernier post à leur propos concernait la naissance des faons et la période du rut! J’ai remarqué pas mal de naissances de jumeaux cette année.

Mon brocard préféré à la mi-septembre. Il a fréquenté tout l’été les pommes du verger.

02 octobre 2019 – Vieux brocard du soir!

02 novembre 2019 – Faon de l’année aux couleurs de l’automne.

Depuis lors, les jeunes ont bien grandi. Les mâles se sont calmés et ont abandonné leur instinct territorial.

Si « ma » chevrette avec ses faons était observable tous les jours durant l’été, l’ouverture de la chasse le 08 septembre pour la saison 2019-2020 a un peu perturbé ses habitudes. Il en est de même pour « mon » brocard. Plus personne pendant plusieurs semaines! Puis les choses sont rentrées dans l’ordre début novembre; les bois sont moins courus par les chasseurs accompagnés de leur chien.

02 novembre 2019 – « Ma » chevrette et ses deux faons, deux femelles.

Les jours ont bien raccourci, la nourriture est moins abondante et les chevreuils ont changé leurs habitudes : je ne les vois plus régulièrement qu’au crépuscule. Leurs mœurs sont devenus plutôt nocturnes.

12 novembre 2019 – Un beau brocard décoiffé et au pelage hivernal.

Les mâles perdent leurs bois, les plus vieux en premier; à la date de cet article (22 décembre), j’en ai déjà vu un avec les velours bien en place. Tout ce monde a progressivement adopté le pelage gris et épais de la saison hivernale.

18 novembre 2019 – Les deux sœurs faisant « amies-amies » en bordure de mon bois, de bon matin. Leur mère est à proximité. En mai prochain, elles prendront leur indépendance sur un nouveau territoire.

23 décembre 2019 – Les chevreuils sont de nature curieux et attirés par les odeurs de l’homme. Quelque chose a changé dans leur environnement avec le passage de « Fabien » la nuit précédente. La chevrette et ses deux faons (ici, une des deux sœurs) sont venus renifler tous les arbres à terre. 

Brocard nouvellement coiffé, dans une culture de colza (02 janvier 2020).

Le même brocard, dans un labour (02 janvier 2020).

La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

La migration post-nuptiale de la Grue cendrée par delà les Pyrénées

Au-delà des montagnes.

La migration de la Grue cendrée

par delà les Pyrénées

Quelques informations générales

Notre Béarn est situé sur « la voie de l’Ouest » de la migration post-nuptiale de la Grue cendrée. Chaque année à la même époque, le cri puissant et caractéristique de ce bel oiseau en route vers l’Espagne retentit dans le ciel béarnais. C’est, je pense, le seul chant que la plupart des gens reconnaissent sans se tromper. « J’ai entendu passer les grues »! Combien de fois ai-je entendu cette phrase, synonyme de changement de saison et de l’arrivée du froid. Elle occupe avec la Cigogne blanche une place particulière dans le cœur des hommes.

Les grues cendrées émettent en vol un cri régulier, une sorte de « kroouh » qui permet au groupe de rester en contact. Il est répété par chaque individu à intervalle régulier. Le passage imminent d’un vol important est annoncé par un joyeux tintamarre. Nous levons alors les yeux vers le ciel pour tenter de repérer leur formation particulière en ligne ou en V. Ce n’est pas toujours évident de les localiser; leurs manifestations vocales très sonores les font souvent croire bien plus proches qu’elles ne le sont en réalité. Il faut parfois aller les chercher bien haut. Elles migrent même la nuit et ce cri les trahit, audible à des kilomètres à la ronde.

En vol, on pourrait les confondre de très loin avec la cigogne blanche mais celle-ci reste silencieuse et elle migre plus tôt, dès la fin juillet et jusqu’à la mi-septembre pour la plupart des effectifs.

Dans les Landes, région d’Arjuzanx – Une grue cendrée au gagnage dans un champ de maïs ramassé.

Dans les Landes, région de Sabres (près d’Arjuzanx) – Grues cendrées et palombes dans un champ de maïs ramassé, en bordure d’une forêt de pins.

Dans les Landes – Le retour des grues cendrées aux dortoirs d’Arjuzanx (en bas à gauche, on distingue le mirador pour l’observation des grues dans leur élément liquide).

Lac collinaire de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), au soir – Le retour des grues dans la Réserve, après avoir passé la journée à se nourrir dans les champs des environs.

Région de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées), quelques grues sur fond de pic du midi de Bigorre (2 876m).

Les grues cendrées quittent leurs zones de nidification vers la mi-octobre et jusqu’à début décembre, en fonction des conditions climatiques. Celles qui passent chez nous viennent de Finlande, Suède et Norvège pour aller vers l’Espagne. Leurs principales haltes migratoires en France sont le lac du Der en Champagne-Ardenne, le camp du Poteau à Captieux (Gironde) et la réserve d’Arjuzanx (Landes), ainsi que le site de Puydarrieux dans les Hautes-Pyrénées. Je ferai plus tard un article dédié à chacune de ces deux dernières haltes migratoires et d’hivernage.

Les grues las grullas Embalse de La Sotorena Alberca de Arboré Montmesa Huesca Aragon

Embalse de la Sotorena, aux premiers rayons de soleil (février 2019) – Les grues se restaurent dans les champs givrés, avant de reprendre le chemin de la migration vers le Nord de l’Europe.

Lagune de Gallocanta (février 2019) – Le réveil des grues dans la brume, peu avant l’aube.

Après avoir traversé la chaîne des Pyrénées, elles font route en Espagne vers l’embalse de la Sotorona et la lagune de Gallocanta, puis vers l’Estrémadure et le Nord de l’Afrique. Les zones de halte et d’hivernage sont choisies en fonction des conditions climatiques, de l’abondance de la nourriture et de la présence de l’eau pour se protéger des prédateurs comme le renard.

Assister au spectacle de la traversée des Pyrénées est un moment privilégié. J’ai eu l’occasion d’y assister récemment à plusieurs reprises.

La traversée des Pyrénées dans le val d’Azun

Après quelques jours de conditions déplorables avec beaucoup de pluie en plaine et de neige en montagne pour un mois de novembre, la météo s’est enfin arrangée. Ce 19 novembre 2019, la chaîne des Pyrénées est bien dégagée; les grues saisissent l’occasion!

En direction « del sol »!

Le pic du Midi d’Arrens (2 267m).

Le Palas (2 974 m).

Le Palas (2 974 m),  le Courouaou devant (2 691 m) puis le Batboucou (2 651m) à droite.

A gauche, le pic de Batboucou (2 651m).

Traversée des Pyrénées dans la vallée des Gaves

Ce 03 décembre au matin, les sommets des Pyrénées sont dans le brouillard. Beaucoup de grues sont déjà passées dans la nuit, venant entre autres d’Arjuzanx. En effet, plusieurs milliers grues y font une halte depuis plusieurs jours pour se nourrir dans les champs de maïs ramassé. Contrairement à leurs habitudes, elles ne reviennent pas le soir dans les dortoirs de la Réserve mais restent à l’extérieur dans les champs inondés par les grosses pluies de novembre, les marais, les lagunes, les coupes rases… Tout est gorgé d’eau. Après l’accalmie du matin brumeux, la migration reprend en début d’après-midi lors d’une éclaircie dans le ciel pyrénéen. En fin de soirée, on verra quelques volées faire demi-tour pour passer la nuit au pied de la montagne.

Une volée de grues cendrées remontant « la vallée des Gaves », sur fond de Casque du Marboré (3 006m), l’un des fameux sommets du cirque de Gavarnie.

Leur voyage vers des cieux plus cléments pour y passer l’hiver m’a souvent fait rêver et en début d’année, je suis allé les voir en Espagne dans certains de leurs lieux d’hivernage et dans leurs deux principales haltes migratoires : l’embalse de la Sotorena et la lagune de Gallocanta. Si vous êtes intéressés par des informations plus précises, voici les liens vers mes articles :

Pour l’embalse de la Sotorena, cliquer ICI,

Et pour la lagune de Gallocanta, c’est ICI.

Bonne lecture! 

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées à la période du rut en val d’Azun

L’Isard des Pyrénées

à la période du rut en val d’Azun

Dans le val d’Azun (19 novembre 2019). Un bouc, de face et de profil.

Le val d’Azun est la plus occidentale des vallées des Hautes-Pyrénées. Il est situé dans le Parc national des Pyrénées et au cœur d’un territoire de montagne à la fois tourné vers la Bigorre et le Béarn.

En arrière-plan, le pic du midi d’Arrens (2267m), le moins cité des trois pics du midi des Pyrénées.

La vallée d’Arrens-Marsous (novembre 2018) avec un aperçu de son village au premier-plan. Au milieu dans les nuages, le Palas (2 974m) avec, devant, le Courouaou (2 691m) et le Batboucou (2 651m) à droite. Tout à droite, le pic Arrouy (2 708m), reconnaissable au petit éperon rocheux en contrebas et à gauche .

Il est en fait composé de trois vallées, celles d’Arrens-Marsous, d’Estaing et de l’Ouzoum. Agricole et pastoral, il a su garder son patrimoine naturel, culturel et bâti avec ses villages authentiques. A l’abri des grands flux touristiques, la nature y est préservée avec des aménagements respectueux de l’environnement pour la pratique de la randonnée et du ski de fond. Il est dominé par le Balaïtous qui culmine à 3 144 m d’altitude.

La fin de l’année est marquée par des événements importants pour la faune des Pyrénées; en particulier, le rut de l’isard et celui du bouquetin. Pour ces deux espèces, il a lieu en même temps durant la période de novembre à décembre. Cette année 2019 est particulière: il n’avait pas autant neigé en ce mois-ci depuis l’hiver 2008. Cela a peu perturbé les mœurs des animaux à ce moment crucial pour leur reproduction. Chassés des hauteurs par la neige, ils sont descendus plus tôt que prévu vers une nourriture accessible. Je pense surtout aux isards, bien plus nombreux et faciles à observer que le bouquetin. Je n’ai pas eu encore le plaisir de rencontrer ce dernier côté français après les lâchers récents commencés en 2014.

Lors de cette sortie du 19 novembre dernier, je n’ai pas vu de harde de femelles avec leurs chevreaux. J’ai pu photographier trois mâles isolés: à cette période, ils sont en effet moins farouches. Immobiles sur le versant exposé au soleil matinal, ils se prélassaient tout en surveillant attentivement les alentours. Comment peut-on les distinguer d’une femelle sur mes clichés? C’est très facile, par la présence du pinceau pénien!

La première rencontre. Ce bouc a senti quelque chose et s’est brusquement redressé.

Sur les clichés suivants, il détale dans la pente pour se réfugier dans un bois en contrebas. 

Le bondissement de l’isard dans la descente, en plusieurs clichés.

A l’approche du sous-bois, le bouc ralentit et va tranquillement se mettre à l’abri. Et peut-être rejoindre la harde de femelles?

 

Mon deuxième mâle, très placide, se déplaçait dans la neige immaculée de la nuit précédente.

 

Mon troisième mâle.

Observation du Hibou des marais dans les plaines de Villafafila en Castille-et-León

Observation du Hibou des marais dans les plaines de Villafafila en Castille-et-León

Observation du Hibou des marais (Asio flammeus)

dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-León (octobre 2019)

Envol d’Outardes barbues au crépuscule. Le manque de lumière ne m’a pas permis de « figer » la scène.

Je suis passé ce mois d’octobre à Villafáfila pour me documenter sur la Grande Outarde ou Outarde barbue à l’automne.

Par la même occasion, j’ai fait la rencontre un soir du Hibou des marais. Je l’y avais déjà observé lors d’un précédent séjour en mai 2017. Cette espèce est normalement présente à Villafáfila toute l’année (information trouvée dans l’ouvrage « Where to watch birds in Northern & Eastern Spain ») et j’en ai eu ainsi la confirmation.

Cependant, cette présence est tributaire de l’abondance de la nourriture. A la période de nidification 2018, au mois de mai, il était déjà absent depuis plusieurs mois: un printemps pluvieux avait empêché le pullulement habituel des campagnols et les hiboux étaient parti chercher leur nourriture ailleurs.

A l’affût de campagnols au milieu de la végétation sèche. Il bénéficie d’un bon mimétisme.

Ce rapace m’est bien sympathique et je lui ai consacré un article complet sur son mode de vie: vous pouvez le consulter ICI

 

Le Cygne tuberculé – Son observation en cours de migration dans le Béarn

Le Cygne tuberculé – Son observation en cours de migration dans le Béarn

Lac de Bassillon – Cygnes tuberculés de passage. Apparemment, 2 couples au plumage blanc et cinq immatures avec quelques plumes encore grises (20 octobre 2019).

Le Cygne tuberculé à l’état sauvage

Une observation dans le nord-est du Béarn

Lac de Bassillon (04 novembre 2019). Deux cygnes tuberculés adultes avec au centre, un immature.

Le Cygne tuberculé (Cygnus olor) est un oiseau pour lequel je n’avais pas d’empathie particulière. Très commun et largement répandu, il a été longtemps pour moi un simple oiseau d’ornement des plans d’eau aménagés et des jardins publics. Un bel oiseau certes, mais qui mène une petite vie tranquille sans efforts! J’ai été surpris de le rencontrer sur un lac collinaire du Vic-Bilh, le lac de Bassillon, et cela m’a incité à m’y intéresser. Un groupe de neuf individus y a fait une halte: je les ai vus le 20 octobre dans la soirée par temps maussade et le 04 novembre 2019 dans l’après-midi sous la pluie (le lendemain de la tempête Amélie). C’était ma première observation dans la région et ils sont depuis repartis. Ils se nourrissaient près des bordures en fouillant dans l’eau peu profonde. D’où venaient-ils? Où sont-ils partis? Je n’en sais rien, mais je n’en avais jamais vu autant à la fois dans la région. Cela m’a incité à faire quelques recherches dans la littérature pour essayer d’en apprendre sur leur présence singulière.

Origine du Cygne tuberculé

Lac de Bassillon (20 octobre 2019) – Un groupe de cygnes tuberculés (adultes et immatures) de passage. 

Il existe en fait plusieurs espèces de cygnes. Le Cygne tuberculé, l’espèce que j’ai photographié, est reconnaissable à son bec orangé à rougeâtre, surmonté d’un tubercule noir charnu et adipeux. Il lui doit son nom vernaculaire.

Les deux sexes sont identiques, sauf à la période de nidification où le tubercule du mâle est plus développé. Les juvéniles ont un plumage brun-grisâtre qui commence à blanchir le premier hiver mais quelques plumes restent grises jusqu’à l’hiver suivant. L’espèce est originaire d’Asie centrale, introduite par l’homme en de nombreux endroits de l’Europe tempérée, d’Amérique du Nord, d’Afrique du Sud, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. En France, il a été introduit à l’occasion d’initiatives privées vers la fin du Moyen-Age, comme oiseau d’agrément pour les plans d’eau des demeures seigneuriales. L’oiseau était également consommé lors de grands banquets.

Il est habituellement silencieux et on l’appelle aussi le Cygne muet. Il est normalement sédentaire mais il est quand même considéré comme migrateur partiel car les populations des pays nordiques peuvent migrer en automne (septembre à décembre) vers des contrées plus chaudes, et elles en repartent à partir du mois de mars.

Pour les populations présentes en Grande-Bretagne, en Irlande et en France, il y a peu ou pas de migration ou seulement quelques mouvements locaux. Ces populations sédentaires sont renforcées en hiver par les populations migratrices venant de Scandinavie et d’Europe de l’est.

Jusqu’à un passé récent, le cygne tuberculé ne se reproduisait pas à l’état sauvage en France. Dans un inventaire de l’avifaune en 1936, sa présence était même signalée comme « très accidentelle durant les hivers rigoureux ». Il devient ensuite un nicheur ponctuel. Depuis la loi de Protection de la Nature du 10 juillet 1976, l’espèce est devenue protégée et la population a alors augmenté à un rythme soutenu. Des réintroductions en milieu sauvage ont également eu lieu dans certaines régions à partir d’individus domestiqués. Leur nombre est passé de 50-100 couples en 1970 à 400 en 1982, 1 000 couples à la fin des années 1990, 1 500 – 2 000 couples dans les années 2000 et pour atteindre pratiquement 4 000 couples en 2010. Ces données peuvent un peu varier selon les sources consultées. Il niche plus particulièrement dans les deux tiers nord de la France.

Il a un « cousin » migrateur complet sous nos latitudes, le Cygne chanteur (Cygnus sygnus) appelé aussi Cygne sauvage, dont la taille est un peu plus importante; il est reconnaissable à son bec jaune et noir et à son cou rigide (celui du cygne tuberculé est arqué). Les effectifs français du Cygne chanteur en période d’hivernage sont assez marginaux, quelques dizaines d’individus, essentiellement au lac du Der en Champagne-Ardenne. Son observation dans les Pyrénées Atlantiques est très rare.

La présence du Cygne tuberculé dans l’arrière-pays des Pyrénées Atlantiques

Lac de Bassillon, sous la pluie (04 novembre 2019). Un cygne tuberculé immature à gauche et deux adultes à droite.

Les informations disponibles sont assez restreintes mais intéressantes pour moi. J’ai consulté, en particulier, le site consacré à l’observation des oiseaux d’un éminent naturaliste du Béarn, A. Guyot. Il accumule les données depuis 1984. Son site: https://oiseaupyrenees.blogspot.com

En 1992, A. Guyot signale une première nidification du cygne tuberculé sur le lac d’Artix. Le couple et trois immatures se déplacent en fin de nidification sur le lac de Denguin (situé entre Orthez et Pau). En mars 2011, il publie un cliché de cygnes en train de couver à Artix. En novembre 2017, il signale la présence ponctuelle d’un individu au lac de l’Ayguelongue (appelé aussi de Momas). Il précise que « cette présence est rare car l’espèce n’a pas d’herbier aquatique pour se nourrir, alors q’il niche au lac d’Artix à 11 km à vol d’oiseau, ainsi qu’au marais de Biron à 35 km « . Il publie d’ailleurs en mai 2018 un cliché pris au marais de Biron d’un adulte avec (au moins) 4 poussins.

Lac de l’Ayguelongue – 26 octobre 2016.

En 2016, j’avais pu observer moi-même deux individus à ce lac de l’Ayguelongue; je les avais alors pris pour des oiseaux domestiques en vadrouille.

Dans la revue du Groupe Ornithologique des Pyrénées et de l’Adour (GOPA) d’avril 2001, un compte-rendu du comptage hivernal (hors zone côtière) des oiseaux d’eau de 1996 à 2000 pour la région signale sa présence sur nos lacs collinaires: en 1996, 2 sur le lac d’Artix; en 1997, 2 au lac de l’Ayguelongue; en 1998, 4 au lac d’Artix et 2 au lac de Corbères (Lembeye); en 1999, 16 au lac d’Artix et 3 au marais de Biron (Orthez); en 2000, 11 au lac d’Artix, 8 au marais de Biron. Aucune présence n’est signalée pour le lac de Bassillon. On mentionne aussi dans cette revue que « le Cygne tuberculé a été volontairement introduit à Denguin (entre Pau et Orthez) au début des années 1990 (A. Guyot 1993); l’espèce a colonisé le Gave de Pau et désormais quelques couples s’y reproduisent chaque année. Ces oiseaux sont sédentaires; il ne semble pas y avoir d’apport d’hivernants venus du nord. Quelques oiseaux sont vus parfois sur les lacs collinaires, mais il semble qu’ils aient aussi une origine captive ». Cet état des lieux, bien que déjà ancien, est intéressant car il émet à l’époque des réserves sur la possibilité de présence d’hivernants venant du nord de l’Europe. On y remarque que la population la plus importante est sur le lac d’Artix, lac où A. Guyot apporte le témoignage d’une première nidification en 1992.

La source la plus récente que j’ai pu trouver pour un inventaire complet est dans l’Atlas des Oiseaux Nicheurs d’Aquitaine paru en janvier 2015 aux Editions Delachaux & Niestlé (enquête de 2009 à 2013). Il y est noté qu’en Aquitaine, le cygne tuberculé niche dans les zones humides des 5 départements, mais avec une nette prédominance le long de la côte (étangs littoraux et bassin d’Arcachon), ainsi que ponctuellement le long de l’Adour et des Gaves. Pour la période de cette enquête, la population du cygne tuberculé en Aquitaine est estimée entre 51 et 68 couples. La présence avérée comme espèce nicheuse sur le lac d’Artix et sur le marais de Biron (Orthez) n’y est pas mentionnée.

Le Bassin d’Arcachon est un site important pour la nidification et l’hivernage de l’espèce; j’ai eu l’occasion de l’y voir sans lui avoir prêté d’intérêt en pensant à nouveau qu’il s’agissait d’oiseaux domestiques. Cette population locale s’est développée à partir de 2 couples lâchés dans la Réserve Ornithologique du Teich en 1972.

Lac de Bassillon (04 novembre 2019). Deux cygnes tuberculés adultes au centre, et deux immatures vers l’extérieur.

Alors, finalement, qui sont « mes » cygnes? Déjà, j’ai appris à mieux connaître cet oiseau que je mésestimais. Au vu du contexte, ce sont des cygnes qui se sont reproduits à l’état sauvage et en migration partielle, peut-être même des hivernants. Vu leur nombre quand même assez conséquent, ils peuvent venir de la zone côtière ou du nord de la France, peut-être même de plus haut. Mais, … où sont-ils maintenant?

Principale bibliographie consultée :

_http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/oiseaux/oiseaux-eau/FS287_pere.pdf

_http://www.xn--gopa-pyrnes-ibbb.fr/wp-content/uploads/2014/09/DocOiseaux-deauVol1n1.pdf

_http://www.aquitaineonline.com/culture-livres-musique/livres-cursives/5673-atlas-des-oiseaux-nicheurs-d-aquitaine.html

_http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/oiseaux/oiseaux-eau/rs07_fouque.pdf

_https://oiseaupyrenees.blogspot.com

Le Grimpereau des Jardins

Le Grimpereau des Jardins

Grimpereau des jardins dans la mousse du tronc d’un mûrier platane, à la recherche d’insectes.

Le Grimpereau des jardins

(Certhia brachydactyla)

Le Grimpereau des jardins est un petit oiseau discret assez commun et qui vit en solitaire (hors période de reproduction). Son plumage dorsal terne de couleur écorce et sa petite taille le font passer facilement inaperçu. Les deux sexes sont identiques. On le reconnait très facilement à son bec légèrement arqué et à sa façon de rechercher sa nourriture, composée d’insectes et d’araignées: il grimpe le long des troncs d’arbres et des grosses branches, en spirale et toujours en remontant. Puis il recommence à la base du tronc suivant. C’est un oiseau très remuant.

Sa queue rigide s’appuie sur le tronc et le maintient en équilibre. Ses pattes courtes lui donnent l’impression de ramper sur le tronc.

On peut aussi rencontrer une autre espèce très semblable à celui-ci, le Grimpereau des bois (Certhis familiaris). Un néophyte va les confondre. Il est possible cependant de différencier les deux espèces grâce à certains petits détails morphologiques (bec et ongle postérieur plus ou moins long, légères différences de couleur du plumage); cela demande une bonne connaissance de chaque espèce. Le meilleur moyen de les distinguer est le chant particulier à chacun, assez différent. Encore faut-il que l’individu à identifier veuille bien chanter.

L’aire de répartition du Grimpereau des jardins se limite à l’Europe de l’Ouest (hors Royaume-Uni) et les régions adjacentes et elle chevauche en grande partie sur notre continent celle du Grimpereau des bois, très vaste (de l’Irlande au Japon et à l’Himalaya). Le grimpereau des bois est peu présent en France, essentiellement dans les régions montagneuses. On peut le rencontrer par exemple le long de la chaîne des Pyrénées du centre en remontant vers l’est.

Le Grimpereau des jardins est sédentaire et il aime les vieux arbres où il trouvera sa nourriture: il vit dans les bois de feuillus, les parcs, les jardins et les vergers à haute tige. On le trouve généralement à plus basse altitude que son « cousin » des bois. Celui-ci est inféodé aux forêts mixtes et de conifères à une altitude supérieure.

Longtemps, j’ai pensé que la seule différence entre les deux espèces était leur biotope; comme je peux le constater maintenant en m’étant documenté pour identifier mon spécimen, ce n’était pas un argument suffisant. Le moyen est le plus simple pour l’identifier sur une photo est, je pense, d’observer la barre alaire.

Bordure de la barre alaire en escalier chez le Grimpereau des jardins (barre régulière chez son cousin) – Cliché pivoté largement recadré.

Source bibliographique très bien documentée consultée :

_http://www.ornithomedia.com/pratique/identification/distinguer-grimpereaux-bois-jardins-01297.html

 

Son bec, long et légèrement courbé, lui permet de fouiller les anfractuosités des vieux troncs.

Et, … ma photo préférée.

Le Torcol fourmilier – Une observation dans le Vic-Bilh

Le Torcol fourmilier – Une observation dans le Vic-Bilh

09 novembre 2019 à 15h00 – Un Torcol familier dans le Vic-Bilh, probablement en cours de migration. Il m’a fallu un bon moment pour le localiser et réussir une mise au point. Ce cliché sert uniquement à témoigner de sa présence chez nous. Pour une meilleure connaissance de cette espèce, de nombreuses photos sont disponibles sur internet.

Le Torcol fourmilier (Jynx torquilla)

Je viens de rencontrer mon premier Torcol fourmilier, sur le territoire de Gerderest, un petit village du Vic-Bilh. Il se tenait dans une haie en bordure d’une prairie occupée par des vaches, entourée d’une forêt de chênes et de pins. Après un été et un début d’automne très secs, il a bien plu ces derniers jours avec un épisode neigeux important en montagne (jusqu’à 1m00 de neige à l’ouest des Pyrénées). Cette nuit, j’ai entendu passer des grues et ce matin, de nombreuses grives s’envolent de partout dans les haies. De petites volées de grues continuent à passer dans la journée vers les Pyrénées. Il fait très frais et mon pauvre Torcol le ressent manifestement; je pense qu’il est étonnant de le rencontrer ici et dans ces conditions à cette période de l’année. Il est probablement en chemin pour trouver des températures plus clémentes vers l’Afrique. Il fait sans doute lui aussi partie de cette vague migratoire. Nous sommes placés sur l’axe de migration connu de l’espèce. Je ne l’ai pas revu les 3 jours suivants.

09 novembre 2019, face aux Pyrénées enneigées – Alouettes en cours de migration reprenant des forces dans un labour d’hiver.

09 novembre 2019 – Elles se dirigent toutes vers les Pyrénées. Le lendemain, elles seront obligées de rebrousser chemin ou de changer de direction vers l’océan.

09 novembre 2019 – La chaîne des Pyrénées enneigées depuis le Vic-Bilh, au même moment.

C’est un oiseau proche parent des pics et un peu plus petit qu’une grive; il doit son nom à la curieuse façon qu’il a de tordre son cou très mobile et tourner la tête dans tous les sens.

Son plumage mimétique a la couleur de l’écorce et rappelle celui de l’Engoulevent d’Europe, que j’ai plus souvent l’occasion d’observer. Les deux sexes sont semblables. Il peut être difficile à observer et ce fut mon cas: après l’avoir vu s’envoler d’une haie, j’ai eu bien du mal à le localiser au sein d’un arbre voisin, un jeune châtaignier envahi par la végétation. L’espèce a l’habitude de se déplacer ainsi, en courts trajets sans hâte d’un arbre à l’autre.

Il se nourrit surtout au sol, se déplaçant par bonds successifs. Comme son nom le laisse deviner, il recherche essentiellement les fourmis certaines espèces), leurs larves et leurs nymphes, qu’il attrape de sa longue langue collante. Il collecte aussi d’autres petits insectes sur l’écorce ou les fissures des arbres et des arbustes.

Ce n’est pas un oiseau forestier. Il fréquente les campagnes cultivées avec vergers à haute tige, prés, bocages à herbe rase, bois clairs entrecoupés de champs, bosquets de feuillus, parcs, … Sa présence est un bon indicateur de milieu préservé. Les sites fréquentés sont en général bien secs et bien exposés aux rayons du soleil.

Migrateur, il a des mœurs plutôt solitaires. Il migre de nuit. L’aire de répartition de l’espèce est vaste. Les populations hivernant en Afrique nichent dans la majeure partie de l’Europe de l’Ouest. L’arrivée sur les sites de nidification s’effectue principalement en mars-avril. Le départ s’amorce en août avec un pic au début du mois de septembre et se poursuit jusqu’en octobre. A cette occasion, les observations visuelles sont plus faciles, l’espèce perdant de sa discrétion naturelle. La migration de mon spécimen en dehors de ce créneau m’intrigue.

En période de nidification, le couple recherche un territoire avec des vieux arbres présentant des cavités et des zones herbacées (pelouses, prairies) pour la recherche alimentaire. Il choisit une cavité naturelle pour son nid ou utilise un nid de pic vide. Sa distribution géographique en France pendant la nidification est apparemment homogène dans le Sud-Ouest, une partie du Massif Central et l’Est de la France du nord au sud (Alsace, massif alpin…). Dans les Pyrénées Atlantiques, on le trouve jusqu’à 650m d’altitude d’après les témoignages de présence.

Les quartiers d’hivernage se situent le long des rivages de la Méditerranée, en Afrique du Nord et jusqu’au sud du Sahara. Des individus hivernent régulièrement aussi en France dans les départements du littoral méditerranéen, principalement dans les Bouches-du-Rhône et en Corse.

La densité de population est évaluée à l’écoute: le chant permet de déceler la présence des nicheurs, dont la discrétion rend les contacts visuels difficiles. L’espèce est classée « de préoccupation mineure », mais elle est strictement protégée en France; les effectifs nicheurs s’avèrent en diminution probable de 20 à 50% depuis les années 70. Ce mauvais état de conservation se traduit également par une restriction de son aire de répartition, causes pour la plupart liées aux activités humaines. L’effectif français est estimé à quelques milliers de couples (entre 15 000 et 35 000 en 2012, données Inventaire National du Patrimoine Naturel) et ne représente qu’une faible proportion des effectifs européens.

Si vous en possession d’informations concernant la présence du Torcol fourmilier dans les Pyrénées Atlantiques, les Landes, le Gers ou les Hautes-Pyrénées, je suis intéressé.

(vous pouvez me contacter par la messagerie du site ou l’indiquer en commentaire). 

Source bibliographique principalement consultée, bien documentée :

_https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Torcol-fourmilier.pdf

 

L’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées

Vue d’ensemble de l’inflorescence et de la compétition avec le milieu environnement, qui peut entraîner sa disparition.

L’Aster des Pyrénées (Aster pyrenaeus)

L’Aster des Pyrénées est une plante endémique des Pyrénées et des Monts cantabriques (trois stations dans le Parc des Picos de Europa), très rare et protégée depuis 1982. En France, on ne la trouve (dans le dernier bilan officiel de 2012) que dans les Pyrénées Atlantiques (10 localités) et dans les Hautes-Pyrénées (3 localités). Les populations, dynamiques à l’ouest de la chaîne, sont menacées d’extinction vers l’est du fait de leurs faibles effectifs. Discrète, presque banale, elle a cependant passionné dans le passé des botanistes du monde entier, lancés à sa recherche dans une quête fiévreuse pour sa rareté.

Les clichés de cet article proviennent d’une station en vallée d’Ossau.

Description de la plante

La plante à différents stades de sa floraison.

 Une araignée, une Thomise, chasse sur la fleur de droite.

Une vue d’ensemble – La floraison est déjà bien avancée (14 septembre 2019).

Elle pousse entre 600 et 1 800 m d’altitude environ dans des zones en fortes pentes et peu accessibles (entre 30 et 70°), de préférence en pied de falaise calcaire sur les pelouses rocailleuses. Elle a besoin de fraîcheur, d’humidité et elle affectionne l’exposition Est.

Tige dressée simple, avec capitule solitaire.

Deux tiges séparées dressées, plus ou moins ramifiées avec des ensembles de capitules.

C’est une grande plante vivace des milieux ouverts et ensoleillés. Sa taille peut atteindre une soixantaine de centimètres de hauteur et même plus en fonction de la végétation environnante; il peut y avoir compétition pour trouver la lumière. Sa tige est dressée et très feuillée sur toute la hauteur. Les fleurs centrales, en forme de tube de couleur jaune, sont hermaphrodites; elles sont entourées sur toute la circonférence et sur un seul rang de fleurs femelles en forme de languettes bleues lilas. L’inflorescence se présente sous la forme d’un capitule (ensemble de nombreuses petites fleurs qui se touchent) solitaire de 5 cm de diamètre environ ou par groupe de 2 jusqu’à 10 capitules.

Elle fleurit au moment où la plupart des autres plantes sont déjà fanées, entre mi-août et fin septembre; la floraison sur la station de mes photos était déjà bien avancée à la mi-septembre. La pollinisation est assurée par les insectes et la dispersion des graines se fait essentiellement par le vent.

Les premières mentions bibliographiques de l’existence de l’Aster des Pyrénées sont inscrites dans les catalogues de plantes cultivées au Jardin du Roy à Paris, fondé à partir de 1626 (ouvrage de Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, datant de 1636). La plante aurait été donnée par le fils d’un jardinier du roi Henri IV (né à Pau), qui entretenait un jardin appelé « Jardin Royal »: cette plante était dite « venue des Pyrénées ».

De par sa grande rareté, cette aster a été très recherchée par les botanistes collectionneurs au 19è siècle et jusqu’à la moitié du 20è siècle, notamment pour la conservation en herbier; elle était en quelque sorte un Graal végétal. Même si elle a une longue espérance de vie (40 à 50 ans), sa cueillette effrénée dans le passé, la fermeture des milieux, sa consommation par la faune sauvage ou domestique, concourent progressivement à son déclin. Longtemps mal connue, elle fut considérée au bord de l’extinction.

Plan National d’Actions (PNA) 2012-2017 en faveur de l’Aster des Pyrénées

L’Aster des Pyrénées fait l’objet d’un Plan National d’Actions démarré en 2012 pour une durée fixée à 5 ans (2012-2017), animé par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Une évaluation était prévue à la fin du plan afin d’apprécier l’efficacité des actions menées et de disposer d’un nouveau bilan de l’état de conservation de cette plante.

Je n’ai pas trouvé à ce jour (novembre 2019) la trace du bilan de ce PNA sur une publication officielle. Il a peut-être été prolongé ou le bilan n’est peut-être toujours pas sorti. J’actualiserai mon article dès que j’aurai du nouveau. Sur un document publié en 2018, il y est fait mention que les travaux menés auraient permis d’identifier 11 localités différentes sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne et de confirmer la disparition d’anciennes stations (En 2012, la présentation du  PNA mentionnait un total de 15 localités).

Le maintien du pâturage et la connaissance de cette espèce emblématique par le public et les acteurs locaux sont probablement les clés de sa préservation. Un débat existe, comme pour tout ce qui est rare (et dans notre cas très rare), concernant la conduite à tenir concernant la divulgation de la localisation précise des différentes stations. La connaissance de la grande rareté et du statut de cette plante peut certainement empêcher dans bien des cas de faire des erreurs irréparables.

Recto de la carte postale de sensibilisation éditée en 2016 (Photo : G. Couëron/CBNPMP) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees). 

Verso de la carte postale de sensibilisation (illustration: Aurélie Calmet) – Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (http://cbnpmp.fr/aster-des-pyrenees).

Une des actions du Plan National est d’ailleurs la sensibilisation des habitants et des scolaires des vallées concernées à la fragilité de ce patrimoine si rare. Avec l’appui du réseau « Education Pyrénées vivantes », le groupe de travail a élaboré des outils de communication (dont la carte postale ci-dessus) et pédagogiques. La communication auprès du public a démarré début 2016.

Des « sorties découvertes » de cette plante pour le grand public sont organisées par des organismes comme le CPIE Béarn.

Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze

En vallée d’Ossau, un célèbre berger botaniste, Pierre dit Pierrine Gaston-Sacaze, œuvra pour la connaissance et la protection de l’aster des Pyrénées. Sa vie, très passionnante, est un bel exemple d’autodidacte. Né en 1797 à Bagès (hameau de Béost, près de Laruns), il mourut  presque centenaire en 1893, en ayant jamais quitté son village natal. Issu d’un milieu de bergers cultivateurs, il quitta très tôt l’école à ses 11 ans pour reprendre l’activité de ses parents. Doté de facultés intellectuelles hors du commun dont une exceptionnelle qualité d’assimilation, il se passionna pour beaucoup de disciplines dont la botanique, qui lui donna l’occasion d’apprendre le latin pour l’aider dans la compréhension indispensable de la classification utilisée dans cette discipline. Il acquiert une réputation mondiale auprès des grands botanistes de son temps.

Il avait entre autres découvert l’Aster des Pyrénées sur deux stations et en avait ramené un pied qu’il cultivait dans son jardin. A la demande de ses correspondants, il leur fournissait ainsi des échantillons : la bibliographie raconte qu’il diffusa volontairement une fausse indication de localités afin de préserver les stations de cueillettes qui auraient entraîné la destruction irrémédiable de cette plante si rare. D’après les herbiers connus de nos jours, les récoltes en vallée d’Ossau cessent à la fin du 19e siècle, peut-être lié à la disparition du berger, qui emporta avec lui le secret de la localisation de l’Aster des Pyrénées en vallée d’Ossau.

Il a confectionné plusieurs herbiers pour certains de ses correspondants ou pour être vendus. Son herbier personnel (travail monumental confectionné pendant une quarantaine d’années), qu’il avait vendu en 1875 à la ville des Eaux-Bonnes quand il a pris sa retraite, a été depuis déposé en 2000 au Conservatoire botanique à Bagnères-de-Bigorre. Il ouvre ses portes chaque vendredi de l’été à 16h00 pour changer notre regard sur la biodiversité floristique (visite gratuite dans la limite des places disponibles, sur réservation).

L’Association Pierrine Gaston-Sacaze fondée en 1992 à Béost fait revivre son souvenir et encourage toute activité visant à la connaissance du milieu naturel et humain dans l’esprit de l’œuvre de Pierrine Gaston Sacaze. Elle a contribué à la sauvegarde de son herbier personnel.

l’Aster des Alpes (Aster alpinus)

Aster des Alpes solitaire (début juillet 2019). Une tige simple avec un capitule toujours solitaire.

Aster des Alpes « en bouquet » de plusieurs pieds séparés (début juillet 2019).

On ne peut confondre l’aster des Pyrénées avec une autre aster non endémique et répandue poussant plus tôt sur les pelouses rocailleuses de nos montagnes, l’Aster des Alpes (Aster alpinus). Celle-ci est de taille bien plus modeste; sa tige dressée, simple, ne mesure que 15 cm de haut environ et pouvant aller jusqu’à une trentaine de cm. Elle fleurit aussi plus tôt, à partir du mois de juin et dans des zones bien plus accessibles, jusqu’à 2 200m environ. Les deux capitules se ressemblent mais celui de l’Aster des Alpes est toujours solitaire.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles (sauf la carte postale de l’Aster des Pyrénées, dont je cite en légende l’origine) et de mes observations sur le terrain. Je conseille de visiter les sources bibliographiques suivantes, très intéressantes sur ce sujet :

http://houbigant-journal-voyage.pireneas.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=19&Itemid=32

_http://cbnpmp.blogspot.com/2015/06/aster-des-pyrenees.html

_http://www.side.developpement-durable.gouv.fr/EXPLOITATION/DEFAULT/doc/IFD/IFD_REFDOC_0517683/Plan-national-d-actions-en-faveur-de-l-aster-des-Pyrenees-Aster-pyrenaeus-Desf.ex-DC.-2012-2017

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/le-personnage/

_https://www.pierrinegastonsacaze.com/botanique/

_https://www.afbiodiversite.fr/sites/default/files/actualites/

En 2018, sur les 4 982 espèces de plantes indigènes recensées sur le territoire français, 742 (15%) figurent sur la liste rouge des espèces menacées ou quasi menacées. La flore pyrénéenne est particulièrement menacée. Ce document, le premier à dresser un bilan objectif de ce niveau de menace (après plus de 3 années de travaux) est réalisé par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) France. La population de l’Aster des Pyrénées continue à diminuer; elle est classée quasi menacée sur la liste rouge.

 

 

 

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 4) – Le brame

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 4) – Le brame

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Le Brame

Dans la rédaction de mes articles, j’aborde en priorité ce qui est important pour moi de retenir afin de mieux comprendre et apprécier la Nature. J’essaie de l’illustrer avec mes photos.

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) ne fait pas (encore) partie de mon environnement immédiat et j’aime bien aller à sa rencontre en montagne.

Après avoir publié sur son origine, sa population, le vocabulaire nécessaire pour mieux le connaître et son mode de vie, voilà enfin mon dernier article consacré au brame.

Le brame

Il annonce le début de la période de reproduction qui a lieu à la fin de l’été – début de l’automne. Le cerf est alors en rut, une période très épuisante pour lui où il perdra beaucoup de poids. Il en « oublie » parfois de s’alimenter.

Au lever du soleil. Ce « pauvre » cerf semble bien exténué par une nuit agité. Il disparaît rapidement dans la végétation pour récupérer jusqu’en soirée.

Les cerfs sont souvent fidèles aux mêmes lieux et retournent dans le secteur où ils ont vu le jour. Ils peuvent parcourir de longues distances pour revenir chaque année au même endroit, la place de brame.

Les grands mâles se rapprochent des femelles tandis que les plus jeunes forment de petits groupes à part.

Polygame, le cerf va d’abord se constituer un harem. Il regroupe les femelles pour mieux les surveiller sur un territoire qu’il va défendre âprement en défiant les rivaux qui oseraient s’y aventurer. C’est le meilleur moment pour l’observation visuelle du « roi de la forêt ».

A découvert à la lisière d’un bois, …

Dans une clairière, …

Sur une crête, …

Au bord d’une falaise, …

Dans des éboulis, …

Sur une « pelouse »,

En effet, concentré sur sa quête amoureuse, il est beaucoup moins craintif et se montre volontiers à découvert à la lisière d’un bois, dans une clairière, en surplomb sur une crête ou au bord d’une falaise.

Mâle et femelles commencent à se manifester en fin d’après-midi.

Les femelles sortent à découvert les premières.

Le mâle descend prudemment, …

…, et rejoint les femelles à découvert.

Les biches sont les premières à sortir du couvert pour venir brouter tranquillement dans les estives et surveiller les environs. Le mâle, méfiant, ne sortira qu’en dernier et plus tard.

A la moindre alerte, il file se réfugier sous le couvert.

Devant un danger potentiel, il est bien plus prompt à fuir que les femelles, qui s’éloignent en bon ordre sans paniquer. Quand elles aperçoivent un humain de loin, elles s’arrêtent de manger et peuvent le laisser encore un peu avancer, tant qu’il reste dans leur champ de vision. Si l’humain est momentanément hors de celui-ci, elles en profitent pour décamper.

Sur ce cliché, on peut remarquer la différence de couleur sur le pelage; une des deux biches a déjà mué.

Le meilleur moment pour assister au spectacle du brame est, pour moi, juste avant la tombée de la nuit et depuis un point dominant. Il faut être déjà en place bien plus tôt et rester discret.

Quand le mâle apparaît, il pousse son cri rauque et puissant pour prévenir les femelles qu’il est bien là et pour intimider ses concurrents potentiels, le fameux brame, raire ou rée. Le terme « raire » ou « rée » s’applique d’ailleurs aussi à d’autres espèces lors du rut, comme le chevreuil, le chamois, l’isard.

Le soleil va bientôt éclairer et réchauffer le versant de la montagne. Il est bientôt l’heure d’aller se reposer pour la journée!

D’un versant à l’autre de la montagne, son cri résonne à partir de 18h00-19h00 jusqu’à tard dans la nuit et aussi de l’aurore jusqu’aux environs de 9h00; tout cela dépend du lieu et de l’avancement de la reproduction.

Un moment de quiétude en soirée sur une estive du piémont pyrénéen – Ce superbe « 12 cors » y règne en maître absolu, sans concurrence. Deux faons au premier plan, deux biches et une bichette à leur gauche. Cette année, il était absent mais j’y suis très peu allé. J’espère, bien sûr, l’y revoir! Celui-là, je ne l’ai jamais entendu bramer.

Les meilleures places d’écoute sont celles bien sûr où ils sont nombreux; s’il n’y a pas de brame, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de cerf mais simplement qu’il n’y a pas de compétition.

Excité, il lacère le sol avec ses bois,  frotte son front contre la végétation haute.

Le cerf montre son excitation en tirant et rentrant la langue à plusieurs reprises pour la passer sur son museau. Il peut aussi s’asperger le ventre et le museau d’un puissant parfum, composé de… sperme et d’urine!

Ce jeune mâle s’approche prudemment de quelques femelles, déjà sous la domination d’un autre mâle momentanément absent.

Le mâle dominant intervient rapidement et éloigne ses femelles, tandis que le faon s’attarde à faire « ami-ami » avec le nouveau-venu.

Le mâle dominant revient sur ses pas, après avoir éloigné son harem. Il est en colère! Un autre jeune s’est approché.

Le « jeune », à gauche, n’en mène pas large (à voir ses oreilles); il ne fait pas le poids. Il n’insiste pas et feint d’ignorer le mâle.

Le dominant revient vers ses femelles, qu’il repousse vers les hauteurs!

Si un rival se présente pour revendiquer la place, les deux cerfs tentent d’abord de s’impressionner en bramant puis se jaugent en se déplaçant l’un à côté de l’autre, en bavant et tirant la langue. La plupart du temps, l’intimidation suffit pour repousser le prétendant qui n’insistera pas.

Quand les deux antagonistes sont de puissance égale et qu’aucun des deux ne veut céder la place, la confrontation est inévitable. Les deux cervidés s’affrontent alors en se jetant l’un contre l’autre, la tête en avant afin de déséquilibrer l’adversaire et le chasser. Les bois s’entrechoquent dans un bruit sec. Quand le vaincu prend la fuite, il est brièvement poursuivi par le maître de la place qui, après s’être assuré que le challenger est bien en déroute, poussera à son intention un cri triomphant.

Trois « huit cors » rôdent sur le flanc de la montagne, à distance prudente d’un dominant.

Les plus jeunes rôdent à la périphérie. L’un d’entre eux profite parfois de cette situation d’affrontement pour couvrir une femelle réceptive à l’insu du maître de la place. Ils ont aussi leur chance à la fin du rut, quand le dominant, trop épuisé, baisse la garde.

Dans les estives du piémont, le harem est un peu plus important qu’en altitude. 

En effet, dans les endroits escarpés, il est plus difficile pour le mâle de regrouper ou de maintenir groupées les femelles récalcitrantes.

La femelle n’est réceptive que peu de temps, une seule journée. Il est vital pour la reproduction de l’espèce que l’observation du brame, qui est une pratique qui se développe de plus en plus, ne vienne perturber les animaux à un moment si sensible. Elle demande de garder des distances respectables et d’être discret, de ne pas les perturber par des comportements inappropriés (utilisation d’un éclairage, par exemple); tout cela n’est en fait qu’une simple question de bon sens.

L’augmentation importante de son taux de testostérone durant cette période rend le cerf agressif. L’animal, qui fuit normalement devant un danger, peut se sentir menacé s’il est dérangé dans son environnement immédiat et avoir un comportement impulsif. Bien que les attaques de cerfs soient très rares, il est inutile de se mettre en danger.

Mon meilleur souvenir de brame

C’est le récit d’une belle rencontre, la meilleure façon pour moi de remercier ce bel animal qui m’a fait ressentir des sensations inattendues et inoubliables :

« Alors que je commençais tranquillement à redescendre vers la vallée à l’approche de la nuit, il a surgi devant moi, comme venu de nulle part. Après quelques pas de côté provoqués par la surprise, il me fait à nouveau face, tranquille et intrigué. Entre-temps, j’ai relevé lentement mon téléobjectif et mon visage est masqué par la protection anti-bruit.

Rendu discret par mes vêtements couleur camouflage, il a du mal à me discerner et ne sait apparemment pas à quoi il a affaire. Le temps s’est figé de part et d’autre. Mon cœur bat fort. J’arrive à trouver le réglage iso/vitesse qui me permet de figer ce moment. J’aurai la chance qu’il garde une immobilité parfaite.

Puis on s’observe dans un grand silence, mon regard légèrement décalé au-dessus du viseur de l’appareil photo. Mes bras, relevés, commencent à trembler sous l’effort pour garder la position immobile. Je n’en peux plus mais je ne veux pas qu’il parte.

Après m’avoir bien toisé et évalué, il décide enfin de s’éloigner et me laisse le champ libre pour continuer la descente. Il était temps, la nuit arrive vite. 

Je redescendrai, prudemment, en évitant au début d’allumer la frontale pour ne pas perturber la magie d’une rencontre réussie. Tout fut parfait, je rejoins la voiture sans encombre ».

Le bel animal à une heure tardive.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Pour assister au combat de deux cerfs dans les Pyrénées, suivre le lien qui mène à ma petite vidéo sur Vimeo : c’est ICI.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 3) – Son mode de vie

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 3) – Son mode de vie

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie III – Comportement, mœurs et vie sociale

Après avoir abordé dans les précédents articles l’origine et la population du Cerf élaphe (Cervus elaphus) dans les Pyrénées suivi par le vocabulaire utile pour mieux le connaître, voici maintenant quelques informations sur son mode de vie. Je traiterai ensuite dans un dernier article du brame.

Comportement du cerf élaphe

A l’approche de la nuit – Ces trois femelles m’ont repéré : leurs oreilles dressées à l’écoute, elles sont immobiles, leurs museaux tendus vers le même point. Elles restent longuement à m’observer jusqu’à ce que je passe sous le couvert. Elles vont alors disparaître furtivement, sans que je m’en aperçoive.

L’ouïe et surtout l’odorat du cerf élaphe sont très développés. Il peut détecter une odeur suspecte jusqu’à 300 m, avec vent favorable. Sa vue est meilleure que celle du chevreuil, mais en cas de parfaite immobilité, le cerf élaphe aura du mal à vous identifier; j’ai pu le vérifier à plusieurs reprises.

Au crépuscule, fin septembre – Deux daguets (nés il y a environ 16 mois) en compagnie d’un faon de l’année (avec encore ses taches). Il est le petit frère (ou sœur) de l’un des deux. Les velours des daguets sont très petits, les dagues commencent juste à pousser: cela m’intrigue. D’après la littérature, cela pourrait être un signe de croissance défectueuse. Dans tous les cas, les daguets les plus précoces à avoir leurs dagues sont aussi ceux promus à un bel avenir du point de vue ramure.

Il a des habitudes essentiellement crépusculaires et nocturnes. En montagne, son cycle journalier est régulier: il quitte les fonds de vallée le matin pour monter vers des zones plus tranquilles où il se reposera toute la journée. Il redescend en soirée pour se nourrir et rejoindre les points d’eau où il se souille pour se débarrasser des parasites. La souille (flaque d’eau boueuse où l’animal se vautre) est fréquentée par les deux sexes en été et pendant les mues, par le mâle pendant le brame.

A l’approche de la nuit – Un joli mâle, à la sortie de la souille. Sa crinière (ou fanon) est mouillée. Il va passer un petit moment à s’ébrouer devant moi.

Il recherche sa nourriture à l’aube et au crépuscule. C’est un herbivore et un ruminant; sa consommation quotidienne de végétaux est en moyenne de 10 à 15 kg. Elle est composée pour beaucoup d’herbes diverses auxquelles s’ajoutent des feuilles d’arbre et d’arbuste, des bourgeons, des rejets, des écorces, des bruyères, des fruits divers (glands, marrons et châtaignes en automne et en hiver). Il aime bien les pommes. La variété de son alimentation est fonction de la diversité du territoire occupé. Il boit très peu, se contentant comme le chevreuil de l’eau contenue dans les végétaux et de la rosée du matin (sauf en été et en période de rut).

Moeurs du cerf élaphe

Les premiers émois d’un cerf sur sa troisième année – Il n’aura pas l’occasion de conclure (chassé par le mâle dominant).

La maturité sexuelle est atteinte vers 18-24 mois chez le mâle; c’est aussi l’âge où il va quitter le noyau familial. Au brame suivant, sur sa troisième année (et jusqu’à 5-6 ans), il peut être actif mais non dominant, s’il y a de la concurrence. Il sera en effet confronté à bien plus fort que lui et il n’aura de descendance assurée que quand il sera en capacité de s’imposer.

Un soir d’été sur une crête – Une biche d’un certain âge, reconnaissable à son museau allongé. 

Dans la brume en altitude, à la fin d’une journée un peu triste mais propice à l’approche de ces animaux attachants. 

Cette maturité sexuelle est située entre dix-huit et trente mois chez la femelle, parfois plus. Elle a besoin d’un poids d’environ 60 kg pour une première reproduction. Elle n’est sexuellement réceptive qu’une seule journée dans l’année, à la période du brame. Elle donnera naissance en mai-juin à un seul faon par an après une gestation de huit mois environ (225 – 245 jours). La biche s’isole alors de la harde pour la mise bas dans une zone non enherbée, à l’abri du dérangement et la rejoindra à nouveau dès que le faon est capable de la suivre, environ 15 jours plus tard. Elle retrouve la bichette ou le daguet de l’année précédente.

Allaitement du faon, un soir de septembre en montagne.

A la naissance, le faon pèse de 6 à 9 kg environ (le mâle est plus lourd que la femelle) et sa croissance est rapide pour atteindre 45 à 60 kg à 6 mois. Il est sevré dès l’âge de 6 mois et l’allaitement peut encore durer jusqu’à 8-10 mois.

La maturité corporelle est atteinte vers 4-5 ans chez la biche (80 à 130 kg, pour 1,00 à 1,20 m au garrot) et vers 7-8 ans chez le cerf (130 à 250 kg, pour 1,20 à 1,45 m au garrot). Ces valeurs morphologiques différent sensiblement selon les sources consultées et c’est normal; elle dépendent du biotope et il ne faut les retenir que comme un ordre d’idée.

Un mâle dominant avec une de ses biches, dans une estive fin septembre.

Je rappelle que le cerf élaphe pyrénéen, espèce réintroduite, s’est adapté à son environnement montagnard en étant plus petit, plus léger (jusqu’à 170 kg environ) et plus agile que celui de la plaine!

Un faon dans une estive, fin septembre. Les taches blanches sont encore bien présentes.

A la même période mais en altitude. Ce faon a déjà perdu sa livrée tachetée, son pelage a bientôt fini de muer.

Et ce faon-là (à droite et toujours à la même période), a perdu ses taches mais garde encore son pelage d’été.

La livrée brun clair du faon est tachetée de blanc à la naissance. Ces tâches disparaissent à partir du 4ème mois, à la mue d’automne. Pour information, la disposition de ces tâches sur les flancs sont disparates alors qu’elles sont alignées chez le faon de la chevrette (femelle du chevreuil). Mais le meilleur moyen pour les différencier, en dehors de la taille bien sûr, est que le faon du cerf élaphe a une queue, contrairement à celui de chevreuil. 

Dans une forêt de conifères, au mois de mai – Une biche adulte,au milieu des arbres couchés par une tempête.

Quelques secondes plus tard, c’est au tour de sa fille de passer, devenue maintenant une bichette avec encore son poil d’hiver.

La couleur du pelage de l’espèce varie suivant les saisons et elle est plus foncée pour le mâle. L’espèce connait deux mues par an, un pelage d’été léger brun-roux (avril-mai), celui de l’hiver étant plus épais pour lutter contre le froid, gris-brun (octobre). Comme pour le chevreuil, la mue de printemps est très marquée.

Un cerf d’âge mûr.

Au-delà de huit ans, un cerf est considéré d’âge mûr. Il ne grandit pratiquement plus et tout l’apport alimentaire en minéraux d’ossification est entièrement disponible pour la repousse des bois (celle-ci arrive plus tardivement chez les jeunes). La croissance de la ramure s’accélère aussi. La couronne majestueuse portée par le « Roi de la forêt » devient d’année en année de plus en plus imposante.

Un autre mâle, lui aussi dans la force de l’âge. 

Leur espérance de vie est d’une quinzaine d’années environ.

La vie sociale du cerf élaphe

Ce sont des animaux grégaires. Hors période de reproduction, ils se répartissent en deux groupes où mâles et femelles adultes vivent séparés la majeure partie de l’année. Les deux groupes ont des territoires propres, bien distincts. Les grands cerfs se tiennent vraiment à l’écart, dans des secteurs souvent beaucoup plus lointains que ceux des femelles. Les mâles choisissent leurs secteurs en privilégiant la discrétion et la tranquillité, les femelles d’après la qualité de la nourriture. Elles ne s’éloignent généralement pas du lieu où elles sont nées; les mâles, eux, y reviennent pour le brame.

A l’approche de la nuit. De gauche à droite, la biche, le faon et en arrière-plan, la bichette.

L’organisation sociale est matriarcale. Le noyau familial de base est constituée par la mère accompagnée de son faon. La jeune femelle de l’année précédente reste avec elle jusqu’à ses deux ans. Plus tard, elle restera à proximité directe de celle-ci et gardera des contacts avec sa mère la vie durant.

Une harde de plusieurs femelles adultes est généralement constituée d’individus apparentés. En effet, la jeune biche née deux ans 1/2 plus tôt et pouvant être elle-même suitée, s’associe assez souvent au trio de sa mère, formant alors une harde de quatre ou cinq animaux et ainsi de suite. C’est surtout pendant l’hiver que ces groupes familiaux se réunissent pour former une plus grande harde sous la vigilance de la vieille biche qui devient meneuse.

Dans une estive, fin septembre – Une biche adulte, son faon de l’année encore tacheté et en partie caché par la végétation qui me protège, son daguet avec encore ses velours. Il quittera sa mère dans les semaines qui suivent le rut.

Le jeune mâle, par contre, quitte sa mère vers l’âge de 18 à 24 mois. Il rejoint une harde de mâles déjà existante ou en fonde une nouvelle avec des mâles de son âge.

Un cerf adulte sur sa place de brame, en altitude. Devant lui, un groupe matriarcal constitué d’une biche, sa bichette et son faon.

Les mâles de deux ans et plus vivent donc aussi en hardes dont la cohésion varie au cours des saisons. Fin août, les groupes se disloquent à l’approche du rut. La hiérarchie s’affirme et les grands mâles deviennent individualistes. Au début de l’automne, le cerf gagne la place de brame. Après le rut (qui a lieu de la mi-septembre à la mi-octobre), les mâles quittent la place et retournent sur leurs quartiers de nourrissage où ils se regroupent à nouveau. Cet instinct grégaire leur assure une meilleure protection contre les dangers. Du jour au lendemain et contrairement au chevreuil, ils reviennent rarement à couvert au même endroit pour se reposer, leur territoire vital est grand. Certains vieux mâles restent seuls et s’isolent.

Ces hardes de mâles ou de femelles ont des effectifs plus restreints dans nos contreforts pyrénéens qu’en plaine.

Je vous encourage à regarder mon article suivant, consacré uniquement au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain et de sources internet déjà citées dans mes articles précédents.

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 2) – Le vocabulaire et les classes d’âge du cerf

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 2) – Le vocabulaire et les classes d’âge du cerf

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie II – Vocabulaire et classes d’âge du cerf 

Après avoir parlé dans mon précédent article de l’origine et de la population du Cerf élaphe dans les Pyrénées, j’aborde ici le vocabulaire qu’il est, je pense, important de connaître. Je parlerai dans les publications suivantes des autres thèmes qui m’intéressent sur cet animal comme son comportement, sa vie sociale et le brame.

Le vocabulaire dédié à l’animal

Une harde de femelles à la période du rut, fin septembre. Elle est composée de deux faons, deux daguets avec encore leurs velours et quatre femelles dont probablement trois biches et une bichette.

Le terme « Cerf élaphe » désigne aussi bien la femelle que le mâle. La harde désigne indifféremment un regroupement de femelles avec leur progéniture ou un regroupement de mâles.

Fin septembre – Un faon encore tacheté dans une estive.

A partir de l’âge de 6 mois, un vocabulaire particulier en rapport avec l’avancement en âge s’applique à chaque sexe :

     _La femelle se dénomme faon jusqu’à un an (qui correspond à la venue au monde du faon suivant), bichette jusqu’à ses deux ans puis biche au-delà; elle est alors en âge de procréer. Elle est suitée si son faon l’accompagne, meneuse quand elle se trouve en tête d’une harde qu’elle dirige. Une biche âgée et stérile est appelée bréhaigne.

« J’ai vu une biche! ». Dans l’esprit de beaucoup de gens, biche ou chevreuil (mâle ou femelle), c’est la même chose. J’ai régulièrement essayé de corriger cette erreur, avec peu de succès, je l’avoue.

Fin septembre – Une biche adulte et son faon dont le pelage a pratiquement mué.

Un faon encore tacheté, sa mère et une bichette (sa grande sœur).

    _Le mâle se dénomme faon jusqu’à l’apparition de ses pivots, à partir de ses 6 mois ou un peu plus tard; le pivot est l’assise génératrice de ses futurs bois. Jusqu’alors, il était difficile de le différencier de la femelle. Au-delà et jusqu’à l’âge d’un an, on le dénomme hère. A un an, il devient un daguet, puis cerf au-delà de deux ans. Le daguet porte deux dagues qui grandissent sous velours, surtout à partir de juillet : ce sont des bois sans meule ni ramifications, dont la croissance sera terminée fin août-septembre. Le velours tombe courant septembre-début octobre: le daguet est alors âgé d’environ 1 an 1/2.

Un 10 cors dans la force de l’âge.

On caractérise souvent le mâle par le nombre de ces ramifications. Par exemple, le 10 cors porte cinq andouillers sur chaque bois. On parle aussi de cerf de 1ère, 2ème ou … 10ème tête, … (expression que j’ai entendu pour la première fois cette année) suivant qu’il a des bois pour la 1ère, 2ème ou … 10ème année. En principe, le cerf de 1ère tête est daguet et les deux termes sont souvent confondus. Au-delà, l’âge précis du cerf est délicat à donner, on le verra plus loin.

Le vocabulaire dédié aux bois du cerf

Les bois du cerf – A la base : 1- Le pivot; 2- La meule; 3- Le merrain;

Puis, les andouillers caractéristiques : 4- L’andouiller de massacre 5- Le surandouiller 6- La chevillure (andouiller médian)

Et la partie sommitale : 7- La fourche, composée de 2 cors et 8- L’empaumure, composée de minimum 3 cors ou plus. 

Le pivot, déjà cité, est une protubérance osseuse sur l’os frontal du mâle; elle abrite l’assise génératrice des bois.

La meule est le renflement en forme d’anneau situé à la base des bois et elle n’apparaît qu’à la deuxième repousse (le daguet n’en porte pas). Elle fait le lien entre le pivot et le merrain.

Le merrain est le tronc des bois du cerf d’où partent les ramifications caractéristiques appelées andouillers ou cors. Il est situé au-dessus de la meule. Le mot « merrain » est employé à partir de la deuxième repousse: le daguet a perdu ses dagues et est devenu un jeune cerf de deux ans dont les bois portent ses premières ramifications.

Les bois sont des organes osseux vascularisés, constitués de la meule et du merrain d’où partent les andouillers ou cors, qui se dirigent généralement vers l’avant. La ramure représente l’ensemble des deux bois.

On dit qu’un cerf ravale quand, arrivé à un âge avancé, son nombre de cors diminue, sa ramure régresse en taille.

Parmi les andouillers, on distingue l’andouiller de massacre, premier andouiller du bas, puis le surandouiller, la chevillure (andouiller médian).

On arrive, enfin, à la partie sommitale des bois : elle peut être composée d’une simple pointe, d’une fourche (deux pointes) ou d’une empaumure.

Un mâle adulte avec une fourche à gauche et une empaumure à droite.

On considère comme empaumure toute formation minimale de 3 pointes d’au moins cinq centimètres au-dessus de la chevillure ou andouiller médian. Ces trois pointes (ou plus) sont alors appelées épois. La trochure, andouiller qui vient parfois s’insérer sur le merrain entre la chevillure et la formation sommitale, est à compter dans l’empaumure.

Cette partie sommitale sert à définir des classes d’âge pour le mâle, sujet que l’on abordera un peu plus loin.

Quelques informations sur les bois de cerf

La croissance des bois (ainsi que le nombre de cors) dépend à la fois de la génétique, de la richesse alimentaire du milieu et de la densité d’animaux. Quand les conditions de vie sont très bonnes, les bois connaissent une croissance rapide, se ramifiant plus précocement. A l’inverse, les jeunes cerfs sont majoritairement porteurs de pointes sommitales.

Les bois sont caducs; ils tombent tous les ans à la fin de l’hiver. Les vieux cerfs les perdent en premier (à partir de fin février) tandis que les jeunes daguets sont les derniers à les perdre, à partir du mois d’avril. En l’absence de ces bois, on les appelle tous des mulets. La repousse commence aussitôt sous forme de velours et la minéralisation des nouveaux bois est rapide. Elles se termine en juillet-août (pour les plus vieux) par la chute du velours et la coloration du bois.

Un cerf adulte à la ramure brune.

Cette coloration du bois dépend des essences d’arbres sur lesquels le cerf le(s) frotte(nt). Elle est le résultat d’une oxydation des pigments qui se trouvent sur celui-ci. En effet, cette oxydation pour être complète nécessite l’intervention de sucs contenus dans la sève de l’arbre. On a constaté que l’animal ayant frotté ses bois sur des hêtres ou des bouleaux avait une ramure rousse, qu’elle était brune avec le chêne, le frêne et les résineux, noirâtre avec le charme et le tremble. Tout le bois n’est pas coloré; les extrémités des andouillers restent blancs, la sève ne se fixant pas à ces endroits-là par suite des frottements fréquents auxquels ils sont exposés.

La morphologie des bois étant déterminée par le patrimoine génétique, il apparaît très improbable de rencontrer deux cerfs aux ramures identiques. La forme des bois varie individuellement et on peut identifier le porteur avec cette caractéristique, d’une année sur l’autre.

La longueur des merrains, le volume et la masse des bois augmentent régulièrement avec l’âge, mais pas le nombre d’andouillers. Ce nombre n’indique absolument pas l’âge du cerf!

La croissance des bois est continue sur un an, avant leur renouvellement. Elle ralentit vers 8-10 ans et se stabilise vers 12 ans. La ramure peut être de grande taille. Chaque bois peut peser jusqu’à 4-6 kg pour une longueur de 0,80 à 1 mètre sur un bel animal.

Dans nos Pyrénées, le nombre moyen de cors est de 10-12, avec un maximum de 18 cors.

Les classes d’âge du cerf

Quand je vois un cerf de belle prestance en photo, je me demande régulièrement: quel est son âge? Il est difficile de répondre avec précision à moins d’être un spécialiste de la question.

Malgré les exceptions toujours présentes, on peut déjà en avoir un ordre d’idée. En effet, la forme sommitale de la ramure des mâles reflète globalement leur classe d’âge. En l’observant, on peut distinguer trois catégories de cerfs:

Schéma extrait de l’ouvrage du Docteur Varin: Chevreuil Cerf et Sanglier. Utile pour le rappel de certains termes.

Les cerfs à pointes: ce sont les daguets (2 dagues), les 4 cors (avec l’andouiller de massacre), 6 cors (avec l’arrivée de l’andouiller médian ou chevillure), 8 cors à surandouillers.

Pendant le brame – Tout à gauche, un jeune cerf à pointes sur sa deuxième année reste à l’écart. Il est possible que sa mère fasse partie de la harde et qu’il en a été exclu par ce mâle dominant, un dix cors d’un certain âge.

Un jeune 4 corps, fin septembre : les meules sont bien présentes, les dagues sont longues avec une courbure en lyre. L’andouiller de massacre est bien développé et il manque l’andouiller médian ou chevillure : c’est en quelque sorte un six corps raté, de deux ans révolus (appelé 2è tête).

Un jeune six corps,  fin septembre : andouillers de massacre (peu développés), surandouillers, andouillers médians appelés chevillures, puis la pointe. Il a trois ans révolus (appelé un 3è tête).

Ces individus à pointes sont essentiellement des jeunes (de la 1ère à la 3è tête, de un à trois ans). Un jeune de deux ans sera normalement six corps et peut même déjà, dans les meilleurs cas, devenir 8 corps. Le surandouiller n’apparaît, sauf cas exceptionnels, qu’à partir de la troisième année.

Les cerfs à fourches: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre et l’andouiller médian (la chevillure). Ce sont donc les 8 cors sans surandouillers et les 10 cors à surandouillers, avec une fourche au-dessus de la chevillure. Ils se rencontrent dans toutes les classes d’âge, jusqu’au vieux 8 ou 10 cors perpétuels :

Un dix cors à fourches à surandouillers, adulte.

Les cerfs à empaumures: ils ont toujours au moins l’andouiller de massacre, l’andouiller médian et  au moins trois pointes ou épois à l’empaumure. Ce sont donc les 10 cors sans surandouillers, les 12 cors et plus avec surandouillers. Ce sont surtout des animaux adultes (de 6 à 8 ans), mûrs (9, 10 ans, à leur apogée physique et comportementale) et au-delà (les vieux cerfs ravalent au-delà de 12 ans) :

Un 12 cors à empaumures.

L’analyse d’un bois retrouvé dans la nature peut également donner une idée de la classe d’âge. La meule forme une margelle qui, en fonction du vieillissement, devient rehaussée de pierrures: leur nombre s’amplifie avec le temps. Elle s’élargit et s’amenuise en longueur au fur et à mesure que les années passent. Le merrain, lisse chez les jeunes, s’enrichit plus tard de nodulations rugueuses en forme de perles ou perlures. Il présente aussi des sillons linéaires dans l’axe du bois, les gouttières, qui seront de plus en plus profondément sculptées. Le poids et l’épaisseur du bois d’un cerf adulte augmente avec les années; ce poids se déplace vers le bas.

Un dernier regard avant de disparaître sur l’autre versant de la montagne.

Je vous encourage à regarder mes articles suivants, consacrés au mode de vie du cerf, puis au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, de mes observations de terrain ainsi que de quelques sources internet, dont celle-ci:

http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Cerf-elaphe-ar978#

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). Bon nombre des thèses s’en sont d’ailleurs inspiré.

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 1) – Son origine et la population

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées (Partie 1) – Son origine et la population

Le Cerf élaphe dans les Pyrénées

Partie I – Origine de l’espèce, aperçu sur sa population

Un mâle dans la force de l’âge. 

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) est le plus grand mammifère sauvage que l’on puisse trouver en France, à l’exception de l’ours. Il était à l’origine une espèce de milieux ouverts devenue forestière avec l’augmentation de l’activité humaine. On le retrouve aujourd’hui dans les massifs boisés très étendus, d’autant plus s’ils sont peu fréquentés par l’homme. Le mâle ou cerf est un animal majestueux qui a son heure de gloire auprès des photographes à la période du brame. C’est en effet le moment où il est le plus facile à observer. La plupart des clichés de mes articles consacrés à cet animal sont d’ailleurs pris à cette période-là. La biche, sa femelle, est plus facile à rencontrer le reste de l’année.

Origine de l’espèce

Présente depuis la préhistoire dans la montagne pyrénéenne et sur son piémont, cette espèce a été considérée comme éteinte autour des années 1700, causé par une pression excessive de la chasse et la diminution de la surface occupée par les forêts. En 1875, une réintroduction de l’espèce est menée avec un premier lâcher dans le Luchonnais. Les résultats sont initialement encourageants mais après 1920, l’espèce a de nouveau sévèrement décliné.

Vigilant sur une crête!

A partir des années 1950, quelques dizaines d’individus provenant de la réserve de chasse de Chambord ont été relâchés pour la réintroduire à nouveau. Les premiers sont relâchés dans les Hautes-Pyrénées en 1958 en trois fois sur la commune de Ferrère, dans la vallée de Barousse (2 mâles et 10 femelles pleines). Les lâchers suivants ont lieu en Haute-Garonne avec douze autres sur la commune de Cagire suivi de sept biches et trois cerfs en 1966 et 1969 à Luchon, et enfin deux mâles et trois femelles à Melles.

Biche adulte dans une estive.

Un cliché que j’aime bien, au lever du soleil. Une biche, avec son nouveau pelage gris, début octobre. 

A partir de cette souche unique de 38 bêtes (une femelle a péri noyée), les effectifs du cerf élaphe se sont fortement développés et ont colonisé intégralement la zone de piémont mais aussi la haute chaîne. Son aire de répartition locale va maintenant de la limite de la Haute-Garonne à celle des Hautes-Pyrénées, (et vers les Pyrénées-Atlantiques, lire plus loin) selon une densité s’amenuisant de l’est vers l’ouest.

Une scène pas courante, aux premiers rayons du soleil. Un cerf et deux biches (en bas à droite) broutent en compagnie de deux isards (en haut à gauche et au milieu). 

Pour ces Pyrénées centrales, la superficie occupée par le cerf élaphe a été multipliée par 5 de 1985 à 2015 et elle continue à s’étendre. La colonisation a été surtout spectaculaire dans le milieu montagnard.

Une jeune biche au pelage atypique en bordure d’un bois en fin de soirée – Près de Marciac, Gers (07 septembre 2019).

Les divers intervenants ont décidé qu’il n’avait pas sa place au nord de l’autoroute A64 (Toulouse-Tarbes), pour des questions de sécurité liées à la présence de celle-ci. Une autre raison importante est la présence (dans des départements limitrophes concernés comme le Gers) de massifs forestiers trop petits pour éviter des préjudices aux arbres. En effet, en dessous de 600 m environ, le cerf est nettement inféodé aux forêts de feuillus et résineux.

Dans la sécurité du sous-bois.

Plus récemment une seconde souche de l’espèce est apparue dans les Pyrénées-Atlantiques, au Pays Basque. Son origine provient d’individus issus des monts de Tolède au centre de la Péninsule ibérique et réintroduits dans la partie navarraise (vallées de Salazar et d’Aezkoa) de la forêt d’Iraty. Ces animaux qui n’ont pas de frontières ont essaimé vers la forêt d’Iraty de Soule et le massif des Arbailles au début des années 1980. La forêt d’Iraty est considérée comme étant la plus grande hêtraie d’Europe; elle s’étage de 900 à 1500 m d’altitude de part et d’autre de la frontière franco-espagnole, sur 17 000 hectares dont 2 300 côté français. Des lâchers ont également eu lieu avec succès en Haute Soule en 2006. Depuis 2009, une nouvelle population issue d’un enclos particulier est apparue entre les vallées d’Aspe et d’Ossau, qui comprenait au départ trois individus.

Dans les Pyrénées – Rencontre avec une biche sur une crête, un soir d’été.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, le souhait est de limiter (et interdire si possible) l’implantation de l’espèce au nord de l’autoroute A 64 (Tarbes-Bayonne). A ce jour, on estime la population totale de ce noyau de l’ouest de la chaîne aux alentours de 500 cerfs et biches. Ils se sont bien acclimatés et continuent à prospérer dans ce secteur par endroits inaccessible.

Le cerf élaphe s’est bien adapté au milieu pyrénéen et les individus montagnards sont devenus plus sveltes que la souche d’origine. Un mâle d’âge mûr pèse jusqu’à 170 kg environ, pour 250 kg en plaine. En fin d’été et à l’automne, il monte en altitude (au-dessus de 1 000 m) sur les places de brame à la rencontre des femelles, fréquentant les bordures forestières supérieures puis il redescend en hiver dans les fonds des vallées comme les Baronnies (altitude moyenne 500m) où il reste en sous-bois. Les biches sont généralement sédentaires.

Il est également présent comme espèce réintroduite à la même période des années 1950 dans d’autres départements à l’est de la chaîne des Pyrénées où je ne suis jamais allé l’observer, de l’Ariège aux Pyrénées Orientales en passant par l’Aude.

L’estimation des effectifs au niveau national

Le réseau « Ongulés sauvages » de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) suit l’évolution du cerf élaphe en France depuis 1985 par le biais d’une enquête réalisée tous les 5 ans. Elle est conduite à l’échelle départementale et réalisée par les interlocuteurs techniques ONCFS et FDC (Fédérations Départementales de la Chasse) du réseau.

Le cerf élaphe progresse de façon continue à l’échelle nationale, malgré la mise en place de plans de chasse avec l’attribution de quotas annuels de prélèvement (plans généralisés à l’ensemble du territoire national depuis la loi 78-1240 du 29 décembre 1978, article 17).

Jusqu’en 2010, les effectifs étaient estimés par un minimum et un maximum. Exemple : 30 000 à 45 000 individus en 1985 (9 305 prélevés pour la saison 1984-1985); 55 000 à 75 000 individus en 1995 (18 151 prélevés saison 1994-1995); 130 000 à 190 000 en 2010 (49 344 prélevés saison 2009-2010).

Cette estimation des effectifs nationaux était une donnée subjective et elle tenait dans une fourchette très large. La validité de ces estimations était vérifiée d’une enquête à l’autre, en utilisant le nombre de cerfs réalisés par le plan de chasse qui est une donnée beaucoup plus fiable. L’ONCFS partait du principe qu’une population devrait être en augmentation si les prélèvements (qui sont des données connues) sont inférieurs à 25% des effectifs estimés, et qu’elle devrait diminuer si les prélèvements sont supérieurs à 35%. Toutes les zones dont les données n’étaient pas cohérentes étaient vérifiées et les estimations revues avec les interlocuteurs techniques des départements concernés.

Lors de la dernière enquête en 2015, cette notion a été définitivement abandonnée en accord avec la stratégie de l’ONCFS, qui privilégie à l’heure actuelle le suivi et la gestion des populations par les Indicateurs de Changement Ecologique (ICE) et non plus par des estimations d’effectifs. Il existe quatre indicateurs spécifiques au cerf: un indicateur appelé « Indice Nocturne » pour l’abondance des populations et trois autres pour la performance des individus prélevés (« masse corporelle des jeunes », « longueur des dagues » et « taux de gestation des femelles de deuxième année »). Ce suivi est complété par deux autres indicateurs pour la pression exercée sur le milieu forestier, mais qui s’appliquent à tous les ongulés (« variation de la pression de consommation des ongulés » et « variation de la pression de consommation des ongulés sur les semis de chêne »).

Pour la campagne de chasse 2017-2018, 62 418 individus tous confondus ont été prélevés au niveau national.

La population pyrénéenne

Mâle adulte en altitude, parmi les myrtilliers.

On sait que la population du cerf élaphe dans les Pyrénées est en progression continue depuis sa réintroduction. Je n’ai pas trouvé d’information récente sur sa population. La raison en est le changement de stratégie de l’ONCFS évoquée dans le paragraphe précédent. Les comptages sont rendus difficiles par la complexité du biotope et par le développement géographique des populations. La séparation des massifs à cerf n’est plus aussi évidente à l’heure actuelle que par le passé.

Période du brame dans les Pyrénées – Un cerf et une biche adultes, celle-ci accompagnée de son faon (à sa gauche) et de sa fille de l’année précédente.

L’observation sur secteur de rut des mâles et femelles et les écoutes à la période du brame pour apprécier l’évolution de la répartition spatiale ne sont plus utilisés. L’indice nocturne de présence en fin de chasse fournit une tendance d’évolution des effectifs.

On voit bien que l’estimation est très aléatoire; les intervenants ont des difficultés pour s’avancer au-delà d’une impression de tendance.

Dans le plan de chasse 2017-2018, il a été prélevé 1 477 individus (âges et sexes confondus) dans les Pyrénées-Orientales, 1 623 en Ariège, 1 761 dans la Haute-Garonne, 1 902 dans les Hautes-Pyrénées et 156 dans les Pyrénées-Atlantiques, en deçà des quotas attribués pour tous ces départements.

En considérant que cette population augmente malgré les prélèvements effectués et que ceux-ci représentent 20 à 25% des effectifs, j’avance comme ordre d’ici une fourchette de 8 000 à 10 000 individus pour la Haute-Garonne, un peu moins pour les Hautes-Pyrénées et 500 à 600 pour les Pyrénées-Atlantiques.

Une rencontre en soirée.

Je vous encourage à regarder mes trois articles suivants, consacrés d’abord au vocabulaire spécifique au cerf élaphe et à ses classes d’âge, puis à son mode de vie et enfin, au brame.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de quelques sources internet dont je cite les liens :

http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Cerf-elaphe-ar978#

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/ongules/reseau_ongules_sauvages_oncfs_fnc.pdf

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/publications/revue%20faune%20sauvage/FS-314-trente-ans-de-suivi-cerf-france.pdf

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.faune-aquitaine.org/userfiles/Atlasmammifres/AMSATome2.pdf

http://www.pyrenees-orientales.gouv.fr/content/download/16935/135834/file/2-Partie-1-projet-SDGC-2016-2022.pdf

http://www.hautes-pyrenees.gouv.fr/IMG/pdf/Memoire_Redaction_final_cle0d26ec.pdf

https://oatao.univ-toulouse.fr/12176/1/Mottier-Vidal_12176.pdf

Le frai du vairon

Le frai du vairon

2 juillet – Un groupe de vairons mâles sur une frayère avec, en haut du cliché, un individu très coloré.

Le frai du vairon (Phoxinus phoxinus)

dans le Vic-Bilh

2 juillet – Au centre, un vairon mâle, avec ses « boutons de noces » bien visibles sur la tête. Les clichés de cet article sont pris avec un téléobjectif 150 – 600mm, en surplomb d’un tout petit ruisseau. Bien qu’il faisait beau, ils ont manqué de luminosité ; la scène était alors à l’ombre.

Généralités sur le vairon

Le Vairon est le premier poisson pêché par des générations de jeunes pêcheurs au coup. Il symbolise avec bonheur le souvenir des vacances d’été à la campagne à la période de l’enfance, celui des bons moments passés au bord de l’eau.

Il mesure de 5 à 10 cm de long en moyenne et les femelles sont plus grandes que les mâles. Le poids varie de 3 à 10 grammes environ, suivant son âge. Toujours en mouvement et grégaire, il vit en bancs de quelques individus à plusieurs centaines suivant le biotope et la saison. Ces bancs sont constitués essentiellement d’individus apparentés.

Il est présent partout en France. On le trouve facilement dans les ruisseaux non pollués à faible courant, peu profonds où l’eau est limpide, fraîche et bien oxygénée avec un fond de sable ou de graviers. On le trouve aussi dans les rivières rapides à mêmes caractéristiques, ainsi que dans les lacs de montagne. Il est un très bon indicateur de la qualité de l’eau.

Il est omnivore et très vorace ; durant la journée, il est en recherche permanente de nourriture. Il se nourrit d’algues filamenteuses et de débris végétaux, de petits vers, de petits mollusques et de larves d’insectes, etc., parfois d’œufs d’autres poissons. Quand il est présent dans des zones à truites, il peut s’attaquer à leurs alevins vésiculés. En hiver avec la baisse de la température de l’eau, il a tendance à passer la journée caché dans des abris, sortant la nuit pour se nourrir, afin d’éviter les prédateurs actifs de jour.

Il est un maillon essentiel de la chaîne alimentaire des cours d’eau à salmonidés.

Le vairon mène une vie collective qui est essentielle à sa survie, en particulier pour l’apprentissage des juvéniles et pour réagir face aux prédateurs. Il est doté d’un excellent odorat qui lui permet de détecter la présence d’un prédateur dans un grand rayon. En cas d’attaque ou s’il est blessé, il secrète une substance d’alarme qui avertit ses congénères du danger. Il fait aussi preuve de personnalité avec des comportements individuels. Il cohabite facilement dans nos cours d’eau du Vic-Bilh avec les goujons et les loches.

Il est la proie de nombreux poissons carnivores comme la truite, la perche et le brochet, ainsi que du martin-pêcheur.

2 juillet – Dans cette cuvette au bord d’un petit ruisseau, une femelle vient de déposer ses œufs et des dizaines de mâles s’agitent frénétiquement sur la frayère pour les féconder.

Le frai est déclenché par l’augmentation de la température de l’eau, entre 12 et 14°C environ. L’augmentation saisonnière de cette température ainsi que celle de la photopériode (rapport entre la durée du jour et de la nuit, considéré du point de vue de ses effets biologiques) influencent la gamétogenèse (qui correspond au développement des gamètes; elle permet la formation d’ovocytes chez la femelle et de spermatozoïdes chez le mâle) et la ponte. Les vairons se rassemblent dans des eaux peu profondes à fond de gravier propre. Le mâle arbore alors une parure nuptiale d’une coloration accentuée. Sa tête porte des tubercules nuptiaux de couleur blanche ou légèrement bleutée, appelés « boutons de noce ». La femelle est de couleur beaucoup plus neutre et se reconnaît à son ventre énorme.

2 juillet – Dans la frénésie de la fécondation, certains mâles se retrouvent hors de l’eau sur les graviers et cailloux et finissent, heureusement et à force d’agitation, par retrouver le milieu aquatique.

L’incitation à la ponte se fait par libération de phéromones. La femelle dépose alors jusqu’à plusieurs milliers d’œufs suivant sa taille, qu’elle libère en plusieurs fois dans le temps (sur une période de 6 semaines environ), dans une eau à faible courant. Les œufs sont collants et ils adhèrent de suite au substrat, où ils sont fécondés par la laitance des mâles.

La durée d’incubation est de 5 à 10 jours. La règle communément retenue est la suivante : nombre de jours = 60°C / Température de l’eau. Les larves à l’éclosion mesurent autour de 2,5 mm. A un an, le vairon mesure de 3 à 4 cm. Il atteint sa maturité sexuelle vers 2 – 3 ans. A ce stade, peu de vairons ont survécu. Son espérance de vie moyenne est de 4 à 6 ans, avec un maximum de 11 ans.

2 juillet – Quelques mâles se retrouvent « hors d’eau » – A gauche, quelques femelles continuent à faire des va-et-vient. 

2 juillet – Un foisonnement de « boutons de noce ».

Mon témoignage du frai des vairons

Mon observation personnelle du frai des vairons a eu lieu un 2 juillet. Alors que je passais en bordure d’un petit ruisseau, une agitation inhabituelle au bord de l’eau a attiré mon attention et j’ai découvert ce spectacle. Après avoir pris quelques photos, j’ai essayé de filmer à main levée : le résultat n’est pas terrible, je bougeais trop. Je suis donc revenu avec un trépied et j’ai alors remarqué que l’agitation avait diminué ; la ponte était déjà bien avancée. Par contre, les rayons de soleil passaient maintenant au travers du feuillage des arbres dominant le ruisseau et ils éclairaient la scène. J’ai pu filmer quelques séquences et j’en ai tiré les enseignements suivants en les visionnant, certaines au ralenti :

« La frayère principale de ces vairons se situe dans une petite cuvette au milieu de graviers et de cailloux propres, en bordure d’un trou d’eau d’un mètre de profondeur environ, de trois mètres de large et avec un fond en pente douce. Ce trou d’eau est oxygéné par une cascade, en amont de laquelle les vairons sont absents.

La ponte a eu lieu un après-midi par beau temps. A mon arrivée vers 15h45, certaines femelles avaient déjà déposé leurs œufs. D’autres restent à proximité de la frayère, en pleine eau et sans agitation particulière, comme si elles attendaient leur tour.

La frénésie des mâles était à son maximum au début de mon observation, un moment que je n’ai pas filmé mais j’en ai pris quelques clichés. On les reconnaît bien à leurs boutons de noce. L’eau éclabousse partout autour de la cuvette avec leurs mouvements vifs et désordonnés. Leur apparence générale varie du marron clair au vert sombre tirant sur le noirâtre. Ils sont pratiquement tous de la même taille. Ceux qui ont la tenue la plus colorée sont dominateurs, agressifs envers les autres. Certains mâles tentent d’empêcher leurs congénères d’approcher quand une ponte a eu lieu.

Dès qu’une femelle vient déposer ses œufs, la cuvette bouillonne à nouveau de l’activité des mâles. Ils s’agglutinent à l’endroit de la ponte pour répandre leur semence, bousculant la (ou les) femelle(s). Quelques-uns se retrouvent même parfois hors d’eau, et frétillent pour revenir dans leur élément. Et cette scène se répète à plusieurs reprises ».

Cette observation a duré jusqu’à 18h00. La ponte était alors pratiquement terminée et la frénésie des mâles s’était bien calmée. Quelques mâles ont continué à fréquenter la cuvette sans agitation particulière, pendant 2-3 jours supplémentaires. D’après la littérature, les mâles vairons ont tendance à effectuer une prédation sur les œufs et les alevins de leur propre espèce; c’était peut-être alors le cas, du moins pour les œufs, bien sûr.

Pour visionner une séquence vidéo de la frénésie des mâles au moment de ce frai, c’est ICI.

Le frai du vairon – La fécondation des œufs.

L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

L’usage de la ficelle agricole en polypropylène

Dans le Béarn – Un brocard (chevreuil mâle) « orné »  d’une ficelle en polypropylène.

L’usage de la ficelle agricole

dans nos campagnes

Ficelle naturelle en sisal et ficelle en polypropylène.

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La ficelle naturelle en sisal

La ficelle naturelle en sisal a été la seule utilisée jusque dans les années 1970 par nos agriculteurs pour lier leurs bottes de foin.

La fibre de sisal est la plus longue et la plus résistante des fibres végétales. Elle est extraite des feuilles de l’Agave sisalana (appelée communément sisal), une plante originaire de l’est du Mexique. Elle est issue d’un savoir-faire ancestral. Très résistante, cette fibre a servi et sert encore à la fabrication de cordages, sacs, toiles, chapeaux …, de tissus grossiers et de tapis. Sa production est en régression sensible du fait de la concurrence des fibres synthétiques.

La ficelle sisal agricole est encore utilisée, entre autres, pour les botteleuses basse et moyenne densité. Il existe plusieurs modèles de ficelles avec des diamètres/charges de rupture adaptés à l’utilisation prévue.

Issue d’une matière 100% naturelle, elle est écologique et totalement biodégradable à l’état naturel. Non traitée, elle est utilisée en agriculture biologique.

Elle reste sensible à l’humidité et à la moisissure. Certains modèles sont traités avec une huile spéciale contre les rongeurs et l’humidité, non dangereuse, mais qui ne sont dans ce cas-là pas autorisés en agriculture biologique.

La ficelle en polypropylène

Depuis la mise en service dans les années 70 des presses à bottes haute densité dans nos campagnes, une nouvelle matière est utilisée pour la ficelle agricole, le polypropylène (sigle PP).

Ces nouveaux types de presse ont nécessité l’utilisation d’une ficelle plus résistante que le sisal avec plus de sécurité au nouage, ainsi qu’un diamètre et structure constants. La ficelle agricole en polypropylène a répondu à cette demande.

Le polypropylène est une matière hydrophobe et très légère (il surnage toujours à la surface de l’eau), peu onéreuse. Il souffre par contre d’une faible résistance aux UV et les ficelles reçoivent un traitement de protection. Il n’est pas biodégradable mais il est 100% recyclable. On peut le recycler plusieurs fois avant d’atteindre sa fin de vie où il sera incinéré sans émettre, en principe, de substances toxiques (cela dépend des additifs rajoutés pour des besoins spécifiques).

La ficelle se décline en plusieurs couleurs, noire, blanche, ou bleue bien souvent. Certains colorants sont organiques de grade alimentaire. Il en existe différents modèles adaptés au matériel utilisé : presse moyenne densité, à haute densité et presse à balle ronde (pour les balles rondes, le liage filet en polyéthylène haute densité prend le dessus).

Elle est aussi régulièrement utilisée, en couleur bleue, comme clôture provisoire pour délimiter un couloir de déplacement de bovins ou pour fermer un champ. Les vaches l’évitent. Les études sont contradictoires concernant la vision des couleurs des bovins. Certaines affirment qu’ils voient essentiellement les ondes bleu-vert.

Elle est vendue en gros pour les agriculteurs, par paquets de deux bobines ou plus de 5 kg minimum et même par palettes. Pour avoir une idée de ce que cela représente, une ficelle standard de diamètre 3.5mm a une longueur de 336m/kg, 1 800 mètres pour une seule bobine.

Pourquoi cet article

Les avancées technologiques ont permis de remplacer l’usage en grande quantité de la ficelle naturelle en sisal par celle en polypropylène non biodégradable. J’en trouve de plus en plus, oubliée dans des haies ou sur les chemins partout où je passe pour faire de la photo animalière. Mais, également, sur des « endroits » qui m’interpellent, comme sur les photos suivantes :

La ficelle en polypropylène a une résistance à la rupture qui dépend de son diamètre. On la décrit régulièrement en indiquant le nombre de mètres par kilo de ficelle. La ficelle de 3.5mm (336 m/kg) qui semble être celle de mes photos (blanche ou bleue), a une résistance à la rupture de 135-140kg. En se débattant, l’animal peut s’emprisonner dans une pelote de plusieurs brins. Les nœuds sont heureusement moins résistants.

Sur les clichés ci-dessus, l’animal a réussi à la rompre à deux endroits.

Dans le piémont pyrénéen, pendant le brame (début octobre 2019). « La corde au cou »!

Plus sérieusement, ce cerf, même s’il s’est libéré et que ses bois tomberont bientôt, aurait pu se mutiler!

Le risque classique pour cette ficelle qui serait abandonnée dans la Nature, bien qu’elle soit inerte, est le même que celui engendré par tous les plastiques, c’est l’accumulation exponentielle de déchets sur notre planète; rien de bien nouveau! Si elle a tendance à se dégrader sous l’action des rayons U.V, elle ne disparaît pas pour autant. Elle a juste des possibilités accrues d’être un jour ingérée par un animal quelconque, sur terre, dans une étable ou dans l’eau.

Quelques exemples de situations que l’on trouve en bien des endroits où la ficelle en polypropylène peut présenter un risque pour la faune quand elle est oubliée.

Mais il y a aussi des situations où un animal peut être piégé, rester longtemps à l’agonie et mourir sur place ou ailleurs s’il n’arrive pas à se libérer ou à se nourrir. Il faut en avoir conscience.

Que faire pour rester positif ? C’est une bonne question. On ne va pas quand même demander de tout interdire! Personnellement, si je vois de la ficelle oubliée par terre, je la ramasse. Si elle ne m’est pas utile, je la mets au recyclage.

La surprise, quand on la ramasse, c’est la longueur finale! 

La bâche d’ensilage, « un envers du décor » – Septembre 2019

La bâche d’ensilage, « un envers du décor » – Septembre 2019

Triste spectacle que ces bâches et ficelles emportées dans le lit de ce ruisseau où elles ont été « oubliées » !

La bâche plastique d’ensilage

ou la pollution d’un petit ruisseau du Vic-Bilh

Enfin propre, et … naturel après quelques efforts!

L’ensilage a permis l’industrialisation de l’agriculture et l’élevage dense, hors sol. Cette technique de conservation a connu un essor significatif dans notre pays dès la fin des années 60 associé à celui du machinisme agricole et au développement de la culture du maïs. La conservation de l’herbe par ensilage s’est développée avec l’intensification de la production fourragère, afin d’optimiser sa gestion annuelle.

Les films de bâche d’ensilage pour la couverture de tas de fourrage sont devenus un incontournable pour certaines exploitations agricoles tournées vers l’élevage. Ils sont utilisés sur deux types de silos, le silo taupinière et le silo couloir (délimité par deux murs), où ils recouvrent le tas de fourrage sur une largeur de 6 à 20 mètres.

Fabriqués à partir de polyéthylène (PE), la fonction de ces films est d’obtenir une bonne étanchéité à l’air et à l’eau. Leur durée de vie (exposition aux UV) est communément d’une année mais peut aller jusqu’à deux à trois ans dans certains cas. Certains agriculteurs recouvrent la bâche neuve avec la bâche de l’année précédente afin d’assurer une protection physique supplémentaire. Leur épaisseur est généralement comprise entre 100 et 180 microns (0,10 à 0,18 millimètre). Ils sont apparus sur le marché il y a pas mal d’années déjà, sans qu’il y est en parallèle une filière bien structurée de collecte des matériaux usagés. Depuis 2008, la situation a évolué dans le bon sens.

Cependant, des bâches restent encore entassées de nos jours en bordure de chemin ou de champ, recouvertes par la végétation, mais aussi dans des lieux où elles ont un impact plus nocif sur l’environnement. C’est la raison de cet article.

Un petit ruisseau pollué par de la bâche d’ensilage.

En juillet 2018, je suis revenu me promener avec mon fils au bord d’un petit ruisseau où nous allions parfois pêcher. C’était il y a une vingtaine d’années déjà, le temps passe vite. Cette promenade devait être un plaisir, nous avions gardé le souvenir d’un joli coin de nature et nous espérions assister au frai des vairons et en faire des photos. Nous l’avons retrouvé dans un triste état!

La désolation! Il y en a partout comme çà!

De la bâche d’ensilage mais aussi des grands sacs en plastique se délitant en petits morceaux.

Les lambeaux de bâche accrochent un peu partout dans la végétation et se déchirent, accompagnés de bouts de ficelle en polypropylène (sigle PP). 

Désolant!

Dès les premiers mètres dans le lit du ruisseau, c’est un désastre! C’est un cimetière de bâche d’ensilage! Il y en a partout, dans le lit et sur les rives! Ce ruisseau a connu un débordement inhabituel il y a plusieurs années déjà, comme on peut le constater aux stigmates encore visibles malgré le temps passé. Lors de cette inondation, l’eau a entraîné avec elle un dépôt de bâches situé probablement à proximité immédiate, mais aussi des sacs plastiques et autres déchets divers et variés. Des lambeaux pendaient partout, accrochés aux branches des arbres, coincés au milieu des troncs charriés par la montée des eaux, partiellement enfouis dans le lit du ruisseau par le sable et les graviers transportés, accrochés aux racines, etc. Il y en avait de toutes tailles, de quelques centimètres jusqu’à plusieurs mètres.

La partie émergée seulement. Certaines bâches sont enfouies sous plusieurs dizaines de centimètres de sable et de graviers.

Des bâches, mais aussi des ficelles en polypropylène.

Elles se déchirent en petits morceaux. Et toujours de la ficelle!

Heureusement, les racines jouent un rôle de ralentisseur de la dispersion des déchets. 

Le spectacle est de plus en plus désolant au fur et à mesure que l’on remonte le ruisseau. Heureusement, le ruisseau n’a pas cessé de vivre : quel plaisir d’observer dans les trous d’eau la présence d’une quantité impressionnante de vairons, goujons et autres petits poissons comme la lamproie de rivière, qui évoluent sans s’inquiéter de la présence de tous ces déchets!

On se promet tous les deux de faire quelque chose pour ce ruisseau, il ne peut rester en l’état! Cela ne sera pas possible dans l’immédiat mais l’idée va rester ancrée en moi.

Le nettoyage du ruisseau.

Ce dimanche 16 septembre 2018, au moment du déjeuner, il me vient brusquement une idée : il fait très beau, si j’allais nettoyer ce pauvre ruisseau? « La grande journée mondiale de nettoyage de la planète 2018 » est déjà passée d’un jour mais il n’est jamais trop tard pour essayer de bien faire. De plus, c’est le moment où le débit d’eau est au plus bas et le lit du ruisseau est partout accessible. Les feuilles commencent déjà à tomber, il ne faut pas tarder. Avant que mes bonnes intentions ne retombent (cela m’arrive parfois), me voilà parti! En effet, je me demande de plus en plus souvent à quoi tout cela peut bien servir! Le temps qui passe est devenu le temps qu’il me reste et je ferais mieux de l’occuper à autre chose! Mais je sais que je ferai plaisir à quelqu’un, si ce n’est à moi!

Rassemblement en tas des déchets souillés de sable, graviers et végétaux divers, avant de les remonter au point de collecte.

Je passerai en fait deux journées à nettoyer la partie la plus visiblement polluée, en regroupant les bâches et déchets divers par tas puis en rassemblant le tout à un endroit accessible pour la collecte. Je ne compte pas les suées en tirant sur les lambeaux de bâches partiellement enterrés et les A/R pour remonter les tas alourdis par l’eau piégée dans les replis et les détritus divers (sable, graviers, etc.).

L’évacuation des déchets

Opération de collecte et d’évacuation des déchets avec une remorque.

Tout s’est bien passé tant qu’il ne s’agissait que de transpirer. Maintenant, les complications arrivent. Ignorant de la réglementation sur ce type de déchets, je voyais les choses d’une façon très simpliste en pensant ramener mes déchets (qui ne m’appartiennent pas) à la déchetterie publique. « Non, Monsieur, nous ne les prenons pas. Il s’agit de bâche agricole, il y a une filière de collecte spécifique pour cela. Mais je ne suis pas un agriculteur, je suis un particulier. Cela ne change rien, je ne peux rien pour vous. Je vous conseille de vous renseigner dans le milieu agricole ».

Nettoyage des bâches et autres déchets plastiques à l’eau, puis séchage et triage.

De retour à la maison avec mon chargement, je passe quelques appels pour résoudre ce problème imprévu, à aborder avec tact dans ma situation de particulier qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Après quelques contacts, je trouve enfin une solution pour évacuer proprement et dans le respect total de la législation en vigueur ma cargaison encombrante auprès d’un organisme habilité. Et, bien sûr, j’ai eu droit à la remarque : « pourquoi faites-vous çà? Ce n’est pourtant pas à vous de le faire ». Rien n’est aussi évident!

Malheureusement, l’agriculteur a probablement commis une erreur dont il n’est peut-être même pas au courant. Je n’ai personnellement aucune idée de l’origine de ces déchets. Ils ont sans doute été stockés à une époque où il n’existait pas de filière de collecte. Mais où sont donc tous les garde-fous à ce genre de situation? Il n’en manque pas pourtant, qui sont plus concernés que moi!

Je suis revenu voir le ruisseau ces jours-ci, un an après l’avoir nettoyé. Il n’a pas plu depuis longtemps et son niveau est au plus bas, c’est impeccable pour vérifier son état. Quel plaisir de le retrouver sous son aspect naturel! J’ai eu quand même deux demi-journées de nettoyage pour terminer le travail comme je le souhaitais.

Quelques bribes éparses de plastique traînent encore par-ci, par-là, c’est négligeable. A droite, un résidu de sac plastique, matière qui se dégrade rapidement en nombreux morceaux.

Ce bout de bâche se retrouve à nu et est facilement récupérable.

En laissant les choses en l’état, les …aines de m2 de bâches présentes finissent en confettis qui sont entraînés vers l’aval. Durée de vie du Polyéthylène? 

Un morceau de bâche charrié par les eaux depuis l’amont.

Un morceau de pneu, une courroie, de la ficelle en polypropylène, de la bâche brûlée, etc.

La partie que j’avais nettoyé l’an dernier était pratiquement propre; j’ai seulement ramassé quelques petits lambeaux accrochés çà et là à quelques branches.

A partir de là, je commence à retrouver quelques déchets charriés depuis l’amont sur une partie que j’avais déjà nettoyé, rien d’important. 

Jusque là, la quantité de déchets ramassés sur la partie nettoyée l’an dernier remplit au 3/4 un sac poubelle de 100 litres, c’est un succès pour moi!

La limite amont de la zone nettoyée l’an dernier (2018) est évidente, la voici!

Etat n°1 : avant le nettoyage.

La quantité de lambeaux de bâches récupérés uniquement sur la photo ci-dessus!

Un martin-pêcheur est venu se poser en ma présence sur la branche, attiré par les fourmis qui sortaient des bâches où une fourmilière s’était installée. Il m’a agréablement surpris!

Etat n°2 : après le nettoyage. 

La limite amont de mon intervention de cette année (2019) est située au niveau de cette confluence, à laquelle je ne toucherai pas pour laisser un témoignage! On devine à gauche des lambeaux retenus par les ronces. 

Puis, j’ai continué le nettoyage jusqu’à une confluence au-delà duquel le ruisseau se restreint et est partiellement fermé par la végétation envahissante sur les rives; il est donc peu accessible. Les déchets, retenus par les ronces, n’iront pas plus bas et les enlever serait un chantier qui n’est plus compatible avec mes possibilités d’intervention.

Sur la carte des cours d’eau de la Direction départementale des Territoires et de la Mer des Pyrénées-Atlantiques en date 8 février 2019, le cours d’eau au-delà de la confluence est à expertiser (comme bien d’autres, il n’y a aucun rapport avec le sujet de cet article). S’il l’est un jour, cela sera peut-être bénéfique pour lui.

Bâche enfouie à quelques mètres du bord, lorsque le ruisseau est sorti de son lit (avant). 

Bâche enfouie à quelques mètres du bord, lorsque le ruisseau est sorti de son lit (après). 

L’an dernier, cette bâche était enfouie et retenue par un arbre enseveli dans le lit du ruisseau. Je n’avait pu enlever que la partie émergée. Les eaux en période hivernale l’ont dégagée et l’ont rendue accessible. 

La bâche dégagée. J’ai mis un point d’honneur à enlever tout ce qui pouvait rester encore apparent dans le lit du ruisseau.

La deuxième demi-journée a été consacrée à déterrer à la pioche les lambeaux de bâches restés partiellement enfouis depuis l’an dernier et à évacuer le tout.

J’ai ensuite pris le temps de faire un A/R pour m’assurer que ce petit coin que j’ai redécouvert après l’avoir longtemps ignoré était enfin « PROPRE »! La suite en quelques clichés :

Désormais, je pourrai amener du monde dans ce petit cours d’eau qui a retrouvé son aspect naturel sur 440 mètres de son parcours. C’est si insignifiant mais quand même si utile pour toute la biodiversité insoupçonnée qui l’a adopté. J’ai été surpris d’y observer des Grenouilles Agiles de toutes tailles que j’ai fait bondir pendant mon intervention.

Je termine ce petit reportage par un rappel de la réglementation applicable aux bâches d’ensilage, pour ceux qui ont encore le courage de lire. Personnellement, j’en ai retiré des enseignements sur les filières des déchets. L’information ne circule jamais assez! Et ceux qui devraient savoir ne sont pas toujours les mieux informés!

Le cadre réglementaire des déchets 

Article L 541-2 du code de l’Environnement (ordonnance n°2010 -1579 du 17 décembre 2010 – art.2, consultable ICI ) : « Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d’en assurer ou d’en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du code de l’environnement. Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu’à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. Tout producteur ou détenteur de déchets s’assure que la personne à qui il les remet est autorisée à les prendre en charge ».

Article L 541-3 du code de l’environnement (modifié par la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019 – art. 9, consultable ICI ) : « Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du code de l’environnement et des règlements pris pour leur application, l’autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu’il encourt et, après l’avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut le mettre en demeure d’effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé ». … 

Article L 172 du code de l’environnement, définissant l’autorité titulaire du pouvoir de police compétente (modifié par la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 – art.30, consultable ICI ) : « Outre les officiers et agents de police judiciaire et les autres agents publics spécialement habilités par le présent code, sont habilités à rechercher et à constater les infractions aux dispositions du présent code et des textes pris pour son application et aux dispositions du code pénal relatives à l’abandon d’ordures, déchets, matériaux et autres objets les fonctionnaires et agents publics affectés dans les services de l’Etat chargés de la mise en œuvre de ces dispositions, ou à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, dans les parcs nationaux et à l’Agence française pour la biodiversité ».  

Article 16 du code de police pénale, définissant la qualité d’officier de police judiciaire, consultable ICI, la qualité d’agence de police judiciaire (Article 20) consultable ICI et agent de police judiciaire adjoint (Article 21) consultable ICI.

La filière de récupération et de valorisation des F.A.U

Les FAU (Films Agricoles Usagés), issus d’une activité professionnelle, sont considérés comme des déchets professionnels. Les exploitations agricoles détentrices de ces déchets ont la responsabilité directe de la gestion et de l’élimination de ceux-ci. Elles doivent être en mesure de prouver qu’elles ont bien évacué leurs déchets dans les conditions requises. L’enfouissement et le brûlage sont interdits. Jusqu’en 2009, les agriculteurs se trouvaient souvent sans solution. Les bâches d’ensilage sont collectées depuis 2009 dans les Pyrénées Atlantiques.

Les déchetteries ne sont pas tenues d’accepter ces types de déchets (pages 19 et 48 du Plan départemental de gestion des déchets ménagers et assimilés des Pyrénées Atlantiques, novembre 2008, consultable ICI ).

En 2008, le Comité français des Plastiques en Agriculture crée la commission APE (Agriculture Plastiques et Environnement) et met progressivement en place la filière nationale de collecte et de valorisation des films plastiques agricoles usagés confiée à Adivalor. Elle permet :
– la mise en conformité du monde agricole avec  la réglementation,
– l’apport aux agriculteurs d’une solution pour l’élimination de ces films plastiques usagés,
– une contribution à la protection de l’environnement par abandon des pratiques d’élimination devenues interdites (brûlage, enfouissement, mise en décharge),
– une économie de matières premières par fabrication de matière première secondaire,
–  le développement des capacités de recyclage et la création d’emplois.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, la chambre d’Agriculture des Pyrénées-Atlantiques en partenariat avec les distributeurs, la Fédération départementale des Cumas (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole), le GDS (Groupements de Défense Sanitaire, associations gérées par et pour les éleveurs) et Adivalor (Agriculteurs, Distributeurs, Industriels, pour la Valorisation des déchets agricoles), propose depuis quelques années déjà un ensemble de collectes adaptées aux besoins :
– produits phytosanitaires ou vétérinaires,
– bidons usagés,
– big-bag, sac d’engrais de semence,
bâches plastique, filets, ficelles.

Les déchets sont à rapporter au distributeur. Chaque apport de produits, quel qu’il soit, donne lieu à la remise d’un bon de livraison à l’agriculteur certifiant la gestion de ses déchets selon des « bonnes pratiques agricoles ». Ce document doit être conservé dans le cadre de la conditionnalité des aides PAC (Politique Agricole Commune). Aujourd’hui, Adivalor (structure 100 % professionnelle agricole) et les distributeurs contribuent financièrement en totalité aux opérations mises en place.

Dans les Pyrénées-Atlantiques (mais aussi dans tous les départements), une collecte des déchets annuelle est aussi proposée aux agriculteurs auprès de plusieurs sites, à des dates définies à l’avance et selon certaines modalités. Pour en savoir plus, cliquer  ICI

 Le recyclage des films agricoles

Constitués de polymères homogènes et de bonne qualité, les films agricoles permettent un recyclage facile et donnent naissance à une matière première secondaire de bonne qualité. En revanche, ils peuvent avoir un taux de souillure (terre, eau, débris végétaux) assez élevé, le plus souvent très supérieur à beaucoup de films d’origine industrielle. Ils doivent être nettoyés, pliés et séparés!

La bonne pratique est de : dérouler entièrement les bâches, puis d’enlever les corps étrangers (pierres, morceaux de bois, etc.) avant de les balayer pour retirer un maximum d’ensilage, de terre et de sable. Ensuite, les plier puis les ficeler, avant de les stocker à l’abri.

Sources consultées :

https://pa.chambre-agriculture.fr/gestion-de-lentreprise/je-securise-mon-entreprise/gerer-ses-dechets/

https://www.adivalor.fr/collectes/films_plastiques_elevage.html

http://www.nouvelle-aquitaine.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/plan_64.pdf

https://www.dechets-nouvelle-aquitaine.fr/gestion-dechets/?dpt=64&dcht=57&orgtype=7

Biès, femelle Gypaète barbu

Biès, femelle Gypaète barbu

Le retour à la liberté de Biès,

femelle Gypaète barbu (28 août 2019)

L’histoire de Biès

Biès est une femelle Gypaète barbu âgée de 7 ans, marquée en Espagne pour le suivi de quelques oiseaux de son espèce. Au mois de mars 2018, elle est découverte mal-en-point par un habitant du village de Bedous en vallée d’Aspe, qui prévient le Parc National. Les gardes du Parc viennent la récupérer et la confient au Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage des Pyrénées-Atlantiques, l’association Hegalaldia basée à Ustaritz (64). Elle est en hypothermie avec une grosse luxation de l’épaule droite; la quasi-totalité des rémiges primaires (grandes plumes) de la main droite sont sectionnées net, la rendant incapable de voler.

Exemple de marquages alaires sur un gypaète barbu photographié en Aragon le 23 juillet 2019. Il s’agit de Bolisla, un mâle reproducteur âgé de plus de sept ans, avec des bandes alaires rouge et jaune 2F et équipé d’une balise Gps. Pour en savoir plus sur les identifications, c’est ICI !  

Prise en charge au centre de soins, l’état général de l’oiseau n’est pas fameux. Les soigneurs lui retirent ses marquages alaires pour voir plus en profondeur ses plaies. Ils constatent qu’elle souffre aussi d’une infection généralisée due à la pose récente de ces marquages mal positionnés : ce sont des bandes en plastique (genre bâche de camion en différentes couleurs) fixées sur les ailes. Leur but est de permettre une reconnaissance individuelle de chaque oiseau à une distance de plusieurs centaines de mètres.

Mise sous traitement à base d’antibiotiques pour arrêter l’infection, son état s’améliore légèrement. Après un long moment passé dans une volière adaptée pour sa rééducation, la mobilité de son aile s’est un peu corrigée.

En septembre 2018, l’oiseau est transféré dans une volière de 50 mètres de long. Il commence aussi des séances d’ostéopathie.

Ne constatant aucune mue du plumage depuis son accueil qui date d’un an, une « greffe » de quatre plumes (opération appelée enture) est tentée au mois de mars 2019 afin que l’oiseau retrouve le plumage fonctionnel qui lui permettrait de faire travailler son épaule luxée et de soigner son mal. L’opération consiste à prolonger les moignons restants des rémiges primaires (sectionnés près de la base) par des rémiges rapportées et raccourcies pour respecter la longueur totale; le raccordement s’effectuant par un embout cylindrique enduit de colle et enfilé de part et d’autre dans la partie creuse du rachis.

L’opération réussit et dès son retour en volière, l’oiseau s’exerce déjà au vol. Dans cette volière spéciale de grande longueur et après quelques semaines d’exercice, la luxation de l’épaule disparaît. La reconstitution artificielle de ses plumes ne peut cependant pas permettre à l’oiseau d’avoir une portance suffisante s’il est relâché, la solution n’est que temporaire.

Et la bonne nouvelle arrive enfin! Biès effectue une mue au bon moment et qui lui permet de perdre deux de ces plumes « greffées » au profit de deux nouvelles plumes en parfait état. L’association Hegalaldia envisage enfin une remise en liberté.

Le retour à la liberté de Biès (28 août 2019)

L’événement est programmé pour le mercredi 28 août 2019, sur les hauteurs d’Accous, en présence de gardes du Parc National, d’élus locaux, de journalistes et du public prévenu par les médias et réseaux sociaux. La suite en images :

L’arrivée de Biès dans sa cage de transport sur le lieu de la remise en liberté, au-dessus d’Accous. Accompagnée par ses soigneurs d’Hegalaldia et de gardes du Parc National.

La sortie de Biès de sa cage de transport.

Un dernier salut à son public, venu assister à sa remise en liberté.

L’envol. On aperçoit bien sur ce cliché l’enture effectuée sur la deuxième rémige primaire sur son aile droite.

Biès s’éloigne, …

… puis, revient, entamant plusieurs allers/retours en contrebas du lieu de son relâcher. Un moment chargé d’émotion!

Un milan royal se joint à elle un instant, puis elle disparaît du regard en contrebas dans la vallée.

Un petit moment plus tard, elle réapparaît et tournoie au-dessus du public venu assister à son envol, pour le plaisir de tous. On peut remarquer qu’elle a perdu pendant ses soins la couleur rouille de son plumage ventral. Celle-ci reviendra un peu plus tard après quelques bains dans les sources d’eau ferrugineuse.

Est-elle revenue pour remercier toutes celles et ceux qui l’ont soigné pendant presque 18 mois?

Un vautour fauve se joint à elle, et ils entament tous les deux un ballet ascensionnel.

Quel plaisir de voir ce bel oiseau retrouver la liberté!

Biès s’éloigne définitivement. Bon vent!

La montagne enfin retrouvée!

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de la bibliographie suivante :

https://www.sudouest.fr/2019/08/28/video-pyrenees-le-gypaete-barbu-soigne-par-hegalaldia-a-pris-son-envol-6493067-4955.php

https://www.hegalaldia.org/

Bilans de santé de Biès communiqués au public par l’association Hegalaldia

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

L’été chez les Chevreuils du Vic-Bilh, Béarn

27 juillet 2019 – Combat sur la pelouse pendant le rut. Attention au bois dépourvu d’andouiller, c’est une arme « fatale » qui favorise la suprématie de son propriétaire! 

Que se passe-t’il en été chez les chevreuils

30 juillet 2019 – La première apparition des jumeaux!

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le chevreuil. Il est l’un de mes animaux préférés pour sa finesse et son élégance. J’ai l’opportunité de côtoyer régulièrement toute une famille, grâce à la présence d’une pelouse que je laisse en friche. Les bêtes l’ont adoptée et viennent la visiter pour brouter de jeunes pousses d’acacias et autres, pour y faire la sieste et même parfois s’y réfugier. Elles s’occupent aussi activement des fruits du verger. L’article de ce jour leur est destiné.

Contrairement à ce que je prévoyais dans mon dernier article du mois de mai à leur propos, le maître des lieux de l’an dernier n’est pas resté. Un brocard au trophée atypique a fait son apparition à la mi-mars sur la friche; il ne s’est pas imposé de suite. Après deux mois de coexistence apparemment pacifique avec son prédécesseur, il règne maintenant en maître absolu et chasse tous les prétendants, du moins jusqu’à la fin du rut, courant août. Le précédent occupant des lieux était pourtant une bête massive et robuste et je suis étonné qu’il ait laissé sa place. Je ne l’ai plus revu depuis fin mai.

La chevrette amène sa nouvelle progéniture chez nous pour la troisième année consécutive. Elle avait momentanément disparu début mai pour mettre bas après avoir délaissé sa dernière fille, née en mai ou juin 2018 et devenue depuis une jolie chevrette.

Cette jeune et jolie chevrette, après avoir quitté sa mère début mai, est restée encore quelques jours chez nous avant de disparaître fin mai, en même temps que l’ancien maître des lieux avec qui je l’avais observé à plusieurs reprises. Ils ont migré (ensemble?) vers un autre territoire. Ainsi va la vie des chevreuils.

Cette année, la chevrette a deux petits. Ce nombre dépend du poids de la mère comme je l’ai fait remarquer dans un article précédent. Un poids minimum de 20 kg est nécessaire pour porter un futur faon: 20 à 22 kg = 1 faon, 22 à 25 kg = 2 faons. Il arrive qu’une chevrette ait 3 faons dans un milieu particulièrement favorable. Cette année tout comme l’an dernier, je ne sais pas à quel moment la chevrette a mis bas. Elle disparaît pendant plusieurs semaines et réapparaît enfin chez nous avec sa progéniture déjà grande, capable de se nourrir seule. Les deux petits nouveaux resteront avec leur mère jusqu’au mois de mai prochain: devenus adultes, ils quitteront aussi leur mère qui s’isolera à nouveau pour mettre bas.

Pour rappel, le jeune chevreuil s’appelle un faon jusqu’à 6 mois (novembre), puis un chevrillard (mâle et femelle) jusqu’à 12 mois (mai suivant). Au-delà, on l’appelle Brocard (mâle) ou Chevrette (femelle).

Quelques moments immortalisés :

9 juin 2019 – Le maître des lieux de l’an dernier a quitté son territoire. Le nouveau « locataire » marque les arbres en frottant ses bois (on appelle cela un « frottis »), puis il dépose une sécrétion forte qui provient de glandes situées à la base des bois, pour signaler sa présence à ses rivaux.

Parfois, de l’herbe reste accrochée à ses bois. Ses oreilles retroussées trahissent son excitation, il ne faut pas venir le déranger.

10 juin 2019 – Le brocard a toutes ses chances devant un adversaire : un bois sans andouiller et l’autre avec deux andouillers partant de la base.

10 juin 2019 – Le brocard au verger. Les prunes sont encore vertes, mais qu’importe! Il les adore! Il a son beau poil roux d’été. Les pommiers et les pruniers croulent sous le poids des fruits! Pendant tout le mois de juin et une bonne partie de juillet, il sera seul à fréquenter le verger.

24 juillet 2019 – Première apparition d’un faon, seul, à la nuit tombée! Il ne restera qu’un instant!

27 juillet 2019 – Le rut a déjà commencé; çà chauffe aux quatre coins de la pelouse! Le chevreuil de gauche, au trophée modeste, m’est familier. Il avait fait quelques apparitions courant mai, mais il n’était pas resté. Notre brocard s’est déjà battu à plusieurs reprises; son pelage est marqué par des « estafilades » mais il tient bon!

27 juillet 2019 – « Aïe, ma tête ». Le jeune brocard n’a aucune chance devant la force et le trophée du maître des lieux. Poursuivi inlassablement dans les champs voisins et après quelques rebiffades inutiles, il abandonnera les lieux (après avoir insisté quand même pendant deux jours).

27 juillet 2019 – Un faisan Obscur! Les graminées et les cachettes dans les hautes herbes attirent du monde!

28 juillet 2019 – Tour de garde sous la pluie. Quelques estafilades apparaissent sur le dos. Une petite plaie sur la partie droite de son poitrail, invisible sur ce cliché, va rapidement guérir.  

29 juillet 2019 – Quelques clichés du brocard que j’aime bien, pris sous une belle lumière tardive et au travers de la végétation. On y voit bien la particularité de ses deux bois.

30 juillet 2019 – Coucou!

30 juillet 2019 – La chevrette réapparaît pour la première fois depuis début mai, accompagnée par ses deux faons et intéressée par les prunes! La végétation puis la distance entre eux m’empêchera de les avoir tous les trois sur un cliché.

Le faon à l’arrière-plan est manifestement un peu plus grand.

30 juillet 2019 – Pommes, prunes, feuilles, tout intéresse le plus petit des faons.

31 juillet 2019 – La chevrette vient faire un tour aux pommes et aux prunes avec le plus petit de ses deux faons.

07 août 2019 – La chevrette fait une apparition tardive avec ses deux faons. Le plus grand est toujours en retrait, à l’orée du bois.

11 août 2019, sous la pluie. Le rut tire à sa fin! L’excitation retombe chez notre brocard et la pelouse retrouve sa quiétude. Il va bientôt abandonner son comportement territorial. Quelques instants après ce cliché, il frotte les glandes de son front au feuillage d’un chêne des marais (ce que l’on appelle un «  »frottis« ) puis effectue ce que l’on appelle un « grattis« , c’est-à-dire qu’il va encore marquer son territoire en grattant le sol qu’il imprègne de l’odeur de ses glandes pédieuses (glandes des pieds). Le tout est appelé un « régalis« . Il va ensuite se coucher tranquillement dans l’herbe pour se reposer sur sa « couchette » pendant plus d’une heure, les sens toujours aux aguets. « Le repos du guerrier », que l’on peut visionner Ici.

11 août 219, dans la soirée. La chevrette vient se restaurer, seule.

La chevrette a réinvesti les lieux après les avoir délaissés pendant près de trois mois pour mettre bas et allaiter ses faons à l’abri du danger. Elle a aussi sans doute été « couverte » par le brocard « au trophée atypique » : c’est un moment particulier où les faons sont laissés seuls, comme j’ai pu le constater à la fréquentation du verger. Maintenant, les deux jumeaux vont retrouver leur mère à plein temps jusqu’au printemps suivant, en principe; ils ne sont pas tirés d’affaire et ne le seront en fait jamais. Tout ce petit monde va passer quelques jours sereins, jusqu’à l’Ouverture de la chasse, une période perturbatrice (pour ne pas dire plus).

Le lac d’Arlet depuis Urdos (maison Lamourane) – 06 août 2019

Le lac d’Arlet depuis Urdos (maison Lamourane) – 06 août 2019

A droite, le refuge d’Arlet dominé par le pic d’Aillary (2215m).

En vallée d’Aspe – Le lac et Refuge d’Arlet 

depuis la maison Lamourane (Urdos)

Une simple visite, à l’écart du troupeau dont il a la charge.

Le refuge d’Arlet du Parc National (1986m) est situé en vallée d’Aspe; il est à la croisée de plusieurs randonnées et sur la Haute Route Pyrénéenne (H.R.P.), entre les étapes d’Ansabère et le col du Somport. Il y a plusieurs départs possibles pour y accéder pour une randonnée à la journée :

1- depuis les forges d’Abel au parking d’Espelunguère (altitude 1349m).

2- depuis le parking d’Aumet sur le plateau de Lhers au-dessus de Lescun (altitude 1138m) – Déjà effectuée, c’est une belle randonnée.

3- depuis Borce par la piste pastorale de Belonce (parking altitude 1190m). L’itinéraire remonte le vallon de Belonce et rejoint l’itinéraire précédent entre le col de Saoubathou et le refuge, à la cabane de Lapassa.

4- Peu avant Urdos, direction quartier d’Aubise (de suite à droite après le fort du Pourtalet) – Maison Lamourane (altitude 1158m). Possibilité de faire une boucle en redescendant du refuge par l’itinéraire précédent (3), que l’on quitte dans la partie basse par une bifurcation vers la droite (altitude 1250m) en direction du col de Lagréou et retour à la maison Lamourane.

Les photos de cet article illustrent un A/R au lac et Refuge d’Arlet depuis la maison Lamourane. La route d’accès au petit parking est étroite et sinueuse. Les places sont limitées et elles sont rapidement occupées, particulièrement en été. Cette route étroite dessert plusieurs maisons riveraines juste en aval du parking, que l’on peut déranger par des stationnements sauvages. A mon arrivée, le parking était plein : deux camping-cars dont un en travers et qui ont sans doute pris toute la largeur de la route pour monter; aussi des voitures garées avec une largeur entre elles juste insuffisante pour garer la mienne. Il a été compliqué de trouver une place pour se garer sans gêner personne.

Ce  qui suit ne peut être un topo, il y en a de très bien faits sur internet, en particulier sur le site « Topopyrénées ». Les photos ont pour seul but de faire apprécier cette vallée d’Aspe que j’aime bien : en particulier pour son pastoralisme, bien présent lors de cette sortie. Alors que je pratique la montagne pour le plaisir qu’elle m’apporte par la connaissance de la faune et de la flore, rien de tout cela aujourd’hui. Le téléobjectif est resté à la maison et j’ai profité des paysages avec un objectif Grand-angle (20mm).

Environ 30mn après le départ, l’entrée dans le Parc National, dans la forêt.

Regard en arrière sur le vallon du Baralet, après la sortie de la forêt.

La cabane Pacheu (1417m) – Vente de Fromage à la cabane.

Après la traversée sur un pont en ciment peu après la cabane Pacheu, on passe sur la rive droite du gave du Baralet. La montée en lacets dégage un très beau panorama sur le vallon du même nom.

A main gauche, le sentier monte sous les falaises de grès rouges de Souperet.

Puis, il bifurque vers la droite, en descendant légèrement devant une cascade.

Il débouche ensuite sur le plateau de Banasse, dominé par la montagne de Banasse et occupé par des troupeaux de brebis et par des chevaux, des vaches aussi. Le sentier continue au loin en remontant à flanc de montagne vers un large col à droite (derrière le col, le lac et refuge d’Arlet). Au loin, presque au centre, la cabane de Lurbe. 

En se retournant : la Mèze (1923m) et sa falaise de grès rouges, à gauche,  fait face au pic du Baralet (2052m) et au Souperet (2033m).

En arrière-plan, sur la droite : le Capéran de Sesques (2410m) et sa forme caractéristique. Puis, à sa gauche, le Soum de Moundaut (2526m) et le pic de Sesques (2606m). 

Arrivée à une bifurcation : à gauche, le sentier (itinéraire H.R.P.) venant du parking d’Espelunguère. Derrière moi, le sentier venant du parking d’Aubise (maison Lamourane). A main droite, le refuge d’Arlet, gîte d’étape sur l’HRP. 

Le sentier (itinéraire H.R.P.) venant du parking d’Espelunguère par le col de Lapachouaou (1891m) situé à gauche, dégageant la vue sur l’Ossau. A droite de l’Ossau, le pic en forme de pyramide est le pic des Moines (2349m), au pied duquel passe par le col des Moines une variante (GR 108) du chemin de Compostelle « La Voie d’Arles » ou GR653.

Vue sur l’Ossau au centre (2884m), le pic des Moines (2349m) à sa droite, les pics d’Enfer (bien visibles à l’oeil nu mais difficile sur ce cliché pris au Grand Angle), le pic d’Anayet (2545 m) et le Vertice d’Anayet (2555 m) à droite.

Après la montée d’une butte herbeuse, le refuge d’Arlet se dévoile. « Méconnaissable » au centre, un patou monte la garde.

Le lac et le refuge d’Arlet (1986 m), dominé à droite par le pic d’Aillary (2215 m). 

Tout à gauche, le pic d’Arlet (2207 m).

Le refuge d’Arlet, le col d’Arlet (2095 m, frontière avec l’Espagne), le pic d’Ailhary (2215 m), le pic Rouge vers la droite (2177m). Puis, les sommets du cirque de Lescun, du pic et table des Trois Rois au Pic d’Anie. Le sentier en contrebas descend du refuge vers Borce ou vers le parking d’Aumet (plateau de Lhers).

Le pic d’Ailhary (2215 m), le pic Rouge (2177m), le cirque de Lescun (table des Trois Rois au Pic d’Anie), la Table de Souperret (2116m) et le pic de Labigouer (2175 m) tout à droite.

Sur le chemin du retour, on profite bien mieux des paysages.

Retour par le même sentier, l’H.R.P. sur la droite, que l’on quitte un peu plus loin pour se diriger vers la cabane de Gourgue Sec, que l’on aperçoit vers la droite au bord de sa mare. Devant, le plateau de Banasse que l’on va traverser à nouveau pour redescendre le vallon du Baralet jusqu’au parking.

La cabane des Caillaous (1877m), une cabane en pierre entièrement rénovée sur l’H.R.P, avant de bifurquer vers la cabane de Gourgue Sec.

Dans le creux, un peu plus loin : la cabane de Lurbe (1845m), à l’écart de la HRP et occupée par le berger en été.

Le sentier laisse sur la droite la cabane de Gourgue Sec (1830m), cabane habitée en été. Très bon accueil de la famille de bergers, avec vente de fromage.

Puis, on redescend à nouveau du plateau de Banasse (sur la gauche) vers le vallon du Baralet.

La falaise de grès rouges de la la Mèze (1923m), à gauche. Aucune indication pour les autres sommets.

La cabane Pacheu (1451m), avant le retour au parking. Le panneau « vente de fromage » invite au détour au retour (cliché pris à l’aller).

L’entrée dans le bois (cliché pris à l’aller).

En résumé, une très belle sortie que je recommande. Dénivelé cumulé de 915 mètres pour une distance de 15km800. Le temps? Comptons 3H30 Aller – 2H45 Retour en moyenne, sans se presser.

Le Coucou gris – L’observation d’un juvénile (04 août 2019)

Le Coucou gris – L’observation d’un juvénile (04 août 2019)

Coucou gris juvénile – Observation du 4 août 2019.

Le Coucou gris

(Nom scientifique : Cuculus canorus)

Le Coucou gris est un migrateur strict, largement connu du grand public par son chant mais aussi méconnu par sa discrétion. Il est très commun et difficile à observer : c’est un oiseau solitaire (hors reproduction) et qui se montre très peu. Le chant du mâle permet parfois de le localiser et la femelle est quasiment invisible.

En France, la façade atlantique est colonisée la première, lors de son retour aux beaux jours. Dans le Vic-Bilh, j’attends le premier chant avec impatience, il confirme l’arrivée du printemps. C’est celui du mâle, qui arrive avant les femelles : 28 mars 2009, 24 mars 2010, 26 mars 2011, 24 mars 2012, 22 mars 2013, 30 mars 2014, 28 mars 2016, 27 mars 2017, 28 mars 2018, 25 mars 2019! Et avant? Je ne pouvais pas vivre aussi bien au rythme de la Nature et mes observations étaient moins fiables.

Une fois arrivé, le « cou-cou » sonore, clair et répétitif du mâle résonne à toute-heure, parfois très tôt; c’est celui de la parade pour attirer les femelles et pour éloigner les rivaux. On l’entend essentiellement pendant la période de reproduction. La femelle ne chante pas. Elle pousse un cri qui ressemble à une sorte de gloussement, une série assez longue de sons descendants. Le mâle répond aussi bien au chant d’un autre mâle qu’au cri de la femelle, et peut être attiré facilement par une imitation surtout en début de cycle reproducteur, où il est assez excité.

J’ai régulièrement l’occasion de l’observer en vol, quand il traverse entre deux bosquets d’arbres. On peut le confondre facilement avec un épervier : c’est ce que j’ai failli faire aujourd’hui, pensant qu’ils étaient tous partis! Jusqu’à présent, je n’étais pas sensibilisé à la migration retardée des jeunes!

Coucou gris juvénile se nourrissant sur une pelouse.

L’oiseau se nourrit majoritairement de chenilles qu’il trouve sur le sol, les plantes ou les buissons, avec une prédilection pour les grandes poilues, et souvent urticantes, que délaissent beaucoup d’autres espèces. Son arrivée par la façade atlantique est à mon avis en partie liée à la présence en très grand nombre de la chenille processionnaire dans les forêts de pins, au début du printemps. Cette chenille a très peu de prédateurs : les différentes espèces de mésanges consomment les œufs l’été et les jeunes chenilles en automne et en hiver, puis les coucous prennent le relais au début du printemps pendant la procession, puis la huppe faciès s’attaque aux chrysalides, et enfin l’engoulevent mange les papillons adulte.

Si son arrivée est claironnée, son départ est beaucoup plus discret.

Après s’être reproduits en pratiquant la méthode du parasitisme de couvée, les parents coucous peuvent déjà repartir vers l’Afrique au début de l’été. En effet, ils n’ont pas besoin de couver les œufs ni de nourrir les jeunes et ils nous quittent avant que les jeunes coucous soient prêts pour migrer.

Cette reproduction est largement documentée sur internet, si on veut plus de détails. Après le début de la ponte de l’espèce-hôte choisie, la femelle remplace un seul œuf par nid (en le gobant parfois) par un des siens : elle dépose ainsi en moyenne une dizaine d’œufs dans une dizaine de nids différents d’oiseaux-hôtes, au cours du printemps. Elle pond un œuf tous les deux jours et le nombre total d’œufs peut être bien plus élevé, jusqu’à une trentaine à la fin juin, d’après la littérature. Chaque femelle semble se spécialiser dans le parasitisme d’une espèce-hôte particulière, peut-être celle qui l’a élevée. L’œuf se rapproche par sa couleur de ceux de l’espèce-hôte. Il n’existe pas d’œuf de coucou type : les teintes sont très variables.

Le taux de réussite de la reproduction est assez faible, de l’ordre de 20 à 30 %.

Dans le Vic-Bilh, le coucou adulte se met en route de fin juin à mi-juillet environ. Je ne m’en rends pas compte de suite à cause de sa discrétion habituelle: le chant si caractéristique du mâle s’est espacé dans la deuxième quinzaine de juin et je ne remarque leur absence définitive qu’au bout de quelques jours, quand la forêt est redevenue « silencieuse » et que je n’observe plus ce vol rapide et direct à basse altitude entre deux bosquets.

C’est un migrateur solitaire, qui vole essentiellement de nuit. Après avoir accumulé des réserves énergétiques suffisantes sous forme de graisse, il migre directement en parcourant de très grandes distances!

Le jeune coucou, quant à lui, s’envole un à deux mois plus tard, sans avoir jamais connu ses vrais parents : il est instinctivement capable de migrer seul, sans qu’un adulte lui montre le chemin. Le comportement du coucou est en effet inné et le jeune trouve instinctivement les quartiers d’hiver de l’espèce lors de son premier long voyage en solitaire, un voyage vers l’inconnu! Il fait partie de ces migrateurs au long cours (ou longue-distance) qui hivernent au sud du Sahara, essentiellement des espèces insectivores comme lui et dont la source d’alimentation est trop rare au nord du Sahara en hiver pour subvenir à leurs besoins. Ce sont les premières espèces migratrices à repartir.

La destination finale des coucous ne se recoupe pas suffisamment selon les sources consultées et je préfère rester vague à ce sujet.

Ce dimanche 4 août, j’observais les allées et venues d’un oiseau pris d’abord pour un épervier et j’ai découvert ce juvénile sur mes clichés : j’ai alors appris quelque chose de nouveau pour moi, la migration retardée des jeunes coucous!

Les jeunes ont des plumages variables mais souvent roux avec une tache blanche à la nuque, que l’on voit bien sur les clichés.

Chassé par un Geai des chênes! La ressemblance avec un rapace (épervier, entre autres) peut entraîner une méprise chez d’autres oiseaux et déclencher leur attaque à coups de bec.

06 août 2019 – Notre deuxième rencontre, sous une belle lumière matinale. Je ne le reverrai plus. L’approcher ainsi m’a bien appris sur le mode de vie de cet oiseau. Bon vent vers l’Afrique!

« Le folklore, dans mes Landes natales entre autres,  raconte que si un promeneur a de l’argent en poche lorsqu’il entend le premier coucou de l’année, il sera riche l’année entière ».

Article rédigé à partir de mes photos personnelles. Sources bibliographiques consultées :

https://www.migraction.net/index.php?m_id=1517&bs=169

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.nature79.org/userfiles/COINnaturaliste/Ornitho/FicheCoucou.pdf

https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Coucou-gris.pdf

Le barrage des Gloriettes et le cirque d’Estaubé (13 juin 2019)

Le barrage des Gloriettes et le cirque d’Estaubé (13 juin 2019)

Panneau de présentation du barrage des Gloriettes au début de la balade.

Le barrage des Gloriettes

et le cirque d’Estaubé

Le lac des Gloriettes, depuis le barrage.

J’ai présenté récemment dans un article cette balade avec toutes les informations nécessaires, y compris les différentes options. Pour plus de détails, vous pouvez consulter mon premier article : «  Ici  » . Je l’ai refaite pour des raisons personnelles quelques jours plus tard sous une météo incertaine. En voici quelques photos, qui illustrent que « ce n’est jamais pareil« .

Après avoir traversé la digue du barrage, on peut faire le tour du lac (dans le sens inverse des aiguilles d’une montre), aller vers la cabane d’Estaubé puis la cascade du Pla d’Ailhet, aller au refuge de Tuquerouye, aller à la Hourquette d’Alans (A/R) ou redescendre vers Gavarnie par le refuge des Espuguettes. On peut aussi faire un crochet par le plateau de Coumély pour visiter ses belles granges : c’est l’option présentée en photos.

Après avoir pris un peu de hauteur dans la direction du plateau de Coumély, la vue sur le lac des Gloriettes avec en arrière-plan le cirque d’Estaubé.

La buvette « Les Gloriettes » (fermée hors saison touristique).

Le cadre, depuis la buvette « Les Gloriettes ».

Nigritelle noire ou orchis vanille (Gymnadenia rhellicani), orchidée endémique des Pyrénées.

Géranium des bois.

Panneau pédagogique présentant la vallée de Héas, que l’on domine. Retranscription du panneau : 1- Le cirque glaciaire (lieu d’accumulation et de transformation de la neige en glace, source du glacier) 2- La vallée en auge (forme en U en travers de la vallée, fond plat et flancs raides presque verticaux) 3- L’épaulement glaciaire (indique au flanc de la vallée l’altitude maximale du glacier) 4- La moraine (accumulation de débris de roches liée à l’action abrasive du glacier transportée et repoussée devant lui et sur ses flancs) 5- Les roches moutonnées (roches polies par les pierres de moraine que le glacier emporte vers la vallée) 6- La vallée « suspendue » (vallée affluente dont le glacier bien moins « nourri » de neige n’a pu éroder son plancher jusqu’au niveau de la vallée principale).

Le plateau de Coumely et une partie de ses granges rénovées.

Après une balade sur le plateau sous une pluie fine, la descente à travers l’estive jusqu’au barrage.

Reprise du chemin qui longe le lac des Gloriettes à main gauche, pour continuer vers le fond du cirque d’Estaubé.

Le lac est très bas. Deux pêcheurs au bord de l’eau (pêche ouverte depuis le 25 mai). Tout à gauche, le déversoir de l’eau de l’Aguila.

Sur la rive opposée, la bouche du tunnel d’où se déverse l’eau de l’Aguila. Cette eau est captée quelques kilomètres à l’Est au pied du Soum des Salettes, puis elle est canalisée jusqu’au lac.

Aperçu du barrage et de ses alimentations (conduite de l’eau de l’Aguila et gave d’Estaubé), en se retournant.

Le sentier continue en remontant le gave rive gauche (gave à main gauche).

Un parterre de fleurs diverses, dont quelques Gentianes printanières.

Le gave d’Estaubé.

Dernier aperçu sur le lac et le barrage en se retournant.

La passerelle sur le gave d’Estaubé, pour ceux qui ne feront que le tour du lac (en sens inverse des aiguilles d’une montre).

Poursuite de la ballade en remontant vers le cirque.

Le balisage du Parc National!

Panneau de directions : à gauche, vers la cabane d’Estaubé et la cascade du Pla d’Ailhet (traversée du gave au pont d’Estaubé) – A droite, vers la Hourquette d’Alans, le Port Neuf de Pinède et les Espuguettes. 

Le gave, depuis le pont d’Estaubé en direction de la cabane du même nom.

La cabane d’Estaubé (à gauche). Les troupeaux ont commencé à investir les estives du cirque.

Remontée vers le fond du cirque, côté rive droite du gave (gave à main droite). Une petite passerelle permet de changer de rive, quand les eaux sont hautes.

L’arrivée au Pla d’Ailhet. La cascade, située vers la gauche en remontant le plateau, est encore obstruée par un névé. Les sommets du cirque d’Estaubé sont, hélas, dans les nuages. Pour des vues rapprochées sous un beau ciel bleu avec les identifications, voir mon précédent article.

Sur le chemin du retour.

Traversée du petit pont d’Estaubé, pour repasser rive gauche du gave.

Poursuite de la descente rive gauche (gave à main droite), avant de passer plus bas sur la passerelle permettant de faire le tour du lac.

La passerelle permettant de faire le tour du lac (cliché pris à l’aller sans l’emprunter). 

C’est un jour de transhumance des vaches, elles arrivent jusqu’au parking du bas des Gloriettes en camions bétaillères! Elles remontent ensuite jusqu’au barrage et empruntent le sentier du tour du lac par la gauche (sens des aiguilles d’une montre).

Elles traversent ensuite le gave à gué pour passer sur l’autre rive jusqu’au pont d’Estaubé, direction le Pla d’Ailhet.

Le gros des troupeaux est passé, sauf une vache qui a choisi l’option de la liberté, en traversant le lac à la nage.

Silène acaule.

Myosotis des Pyrénées.

Le lac des Gloriettes et l’arrivée de l’eau de la conduite de l’Aguila, depuis l’autre rive.

La Renoncule des Pyrénées.

Avant de rejoindre le parking, la vue sur les cabanes du plateau de Coumély, plateau visité au départ de la balade.

La solitude de la vache qui, ivre de liberté, n’a pas voulu suivre le troupeau. Après s’être échappée, elle a traversé le lac à la nage; maintenant, elle ne sait plus trop quoi faire sur la rive opposée, isolée du troupeau. Elle va être rapidement récupérée. La balade se termine sur cette vue.

La Réserve de biosphère de Castro Verde (Portugal) – Avril 2019

La Réserve de biosphère de Castro Verde (Portugal) – Avril 2019

Une Outarde canepetière (mâle).

La Réserve de Biosphère

de Castro Verde (Portugal) – Avril 2019

Une petite volée de Gangas Unibande.

Présentation

Située au sud du Portugal, dans l’arrière-pays de la région de Baixo Alentejo, cette réserve de biosphère couvre près de 57 000 ha. Elle comporte la steppe céréalière la plus importante du Portugal, l’un des paysages ruraux les plus menacés de la région méditerranéenne. La population y vit notamment de la production extensive de céréales et de l’élevage du bétail.

Elle présente un niveau d’endémisme élevé en ce qui concerne sa flore.

Un aperçu sur la Réserve de Biosphère de Castro Verde.

Cette plaine, à qui l’été donne un ton blanchâtre, est habituellement désignée sous le nom de « Campo Branco » ou « Champ Blanc » . C’est une zone de protection spéciale de l’avifaune. On y compte près de 200 espèces, des oiseaux de steppe comme la grande outarde, et des espèces endémiques comme l’aigle impérial ibérique, l’un des oiseaux de proie les plus menacés au monde. On y trouve aussi d’autres espèces typiques comme l’œdicnème criard (également appelé « courlis de terre »), le Ganga unibande.

La « Mascotte », à l’échelle … plus grande que nature. 

La Grande Outarde est le symbole de Castro Verde. Parmi les 1500 outardes existant au Portugal, 1350 vivent ici. J’y suis passé au moment de la parade nuptiale mais je n’ai pas eu l’occasion de voir le mâle en train de parader. Elles y sont observables de bien plus loin que, par exemple, à Villafafila en Espagne.

Quant au faucon crécerellette, il arrive en février et repart au début de l’été, après avoir fait ses nids au sommet d’édifices en ruines. L’outarde canepetière trouve dans ces grands champs de céréales l’habitat idéal pour toute l’année. Elle est plus facilement approchable que sa « grande cousine ».

A l’Office du Tourisme de Castro Verde, vous pouvez acheter un petit guide très intéressant à un prix modique, bien fait et bien illustré. Il comporte tous les renseignements nécessaires sur les associations, les organisations locales, les transports, les restaurants, etc. et surtout : six itinéraires pédestres entre 4 et 19 km pour découvrir le Campo Branco avec les noms/photos des espèces d’oiseaux observables sur chaque parcours. La référence de ce guide : « Walks in the Campo Branco », édité en portugais et en anglais par la LPN (Ligue de Protection de la Nature du Portugal).

L’accès au Centre d’Éducation Environnementale de Vale Gonçalinho. 

Le panneau de présentation du projet LIFE Estepárias (2009-2012), au Centre de Vale Gonçalinho.

Le Centre d’Éducation Environnementale de Vale Gonçalinho peut aussi vous fournir des informations pour profiter pleinement de votre séjour. La visite de ce Centre est intéressante et je la recommande; le personnel d’accueil est compétant. C’est le point de départ de l’un des itinéraires pédestres, le Parcours 6 « Vale Gonçalinho – Pereiras”, parcours sur lequel ont été faites les photos de l’article.

Panneau pédagogique à l’entrée de l’itinéraire pédestre »Vale Gonçalinho – Pereiras”, dans la Réserve.

La Grande Outarde (Otis tarda)

Un mâle solitaire. Il reste un long moment à m’observer (de très loin), depuis une butte.

L’envol, toujours impressionnant.

Les clôtures, un danger pour les outardes. Celui-ci a été minimisé par la mise en oeuvre du projet LIFE Estepárias (2009-2012).

Passage devant les ruines d’une exploitation agricole, colonisée par une multitude de faucons crécerellettes ; j’ai eu l’impression qu’il en sortait de partout. On en voit deux posés sur l’arête du toit. 

Un couple d’outardes barbues.

J’ai déjà présenté à deux reprises ce bel oiseau observé dans les steppes de Villafáfila (Espagne) avec un descriptif complet et beaucoup de photos d’illustration. Vous le retrouverez facilement dans les archives (voir ICI ). J’ai été particulièrement content de pouvoir les observer également au Portugal. Je n’ai vu que des mâles et très peu, mais cela n’a rien changé à mon plaisir.

L’Outarde Canepetière (Tetrax tetrax)

Un habitat rongé par la modernisation.

Un couple d’outardes canepetière en vol.

C’est un très bel oiseau méfiant et difficile à observer. J’espérais faire sa rencontre depuis un petit moment déjà. Elle est également présente à Villafáfila (Espagne) mais je ne l’y ai jamais vue.

Le mâle, en tenue nuptiale.

Le plumage de la femelle, très discret, fait penser à celui d’une poule faisane. 

Le dimorphisme sexuel est au maximum en période nuptiale, d’avril à juillet. A cette période, le plumage nuptial des mâles est arboré de remarquables motifs sur la tête et le cou (colliers noirs et blancs). Mais, après la mue post-nuptiale complète de juillet à octobre, mâles et femelles présentent un plumage quasi identique.

Mâle chanteur dans sa prairie.

Son habitat de prédilection est la steppe semi-aride. Elle fréquente des terrains dégagés et ouverts : pâtures, cultures de céréales et d’autres herbacées. En hiver et pendant la migration, on la trouve dans les prairies et les grandes étendues plates. Son régime alimentaire se compose essentiellement d’insectes et de végétaux.

Son vol est rapide avec de brefs planés. C’est une espèce de taille moyenne, avec une envergure jusqu’à 1m15.

Largement répandue autrefois, l’espèce a décliné à partir du 19è siècle et il ne reste plus que deux noyaux. L’aire de nidification occidentale couvre essentiellement l’Espagne et le Portugal, puis la France, l’Italie (essentiellement la Sardaigne) et le Maroc. La Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan, le Kirghistan, l’extrême nord-ouest de la Chine et le nord de l’Iran sont habités par les populations orientales. Les deux populations ne sont pas ou plus connectées.

Une Outarde canepetière mâle sur son territoire, en train de chanter.

Outarde canepetière mâle, avec les plumes du cou « gonflées ».

Le comportement le plus spectaculaire est la parade nuptiale du mâle qui défend son territoire. L’espèce établit des leks, sorte de communauté de mâles hiérarchisée autour d’une arène centrale où les femelles viennent observer et choisir les reproducteurs les plus démonstratifs lors de « parades sautées ». Celles-ci se matérialisent par un comportement de chant souvent ponctué d’un saut avec battement d’ailes rapide, en exposant les couleurs blanc et noir du cou. Les poursuites entre mâles rivaux servent également à attirer les femelles. Le suivi des populations dans les publications se fait souvent par le comptage des mâles chanteurs.

Le site de nidification est situé en général à proximité des places de chant (de moins de 100 m jusqu’à 1km parfois). Le nid est une simple dépression creusée dans la terre et garnie de quelques herbes. La femelle pond en général dans la deuxième quinzaine de mai et les œufs (2 à 5) sont incubés en 20-22 jours. Le nombre d’œufs par couvée a diminué ces dernières années. La femelle assure seule la couvaison, le nourrissage et l’apprentissage des jeunes poussins (les outardeaux), nidifuges, qui ne voleront qu’à l’âge de 1 mois.

Après consultation de nombreuses sources, je n’ai pas pu trouver d’enquête précise récente sur la population d’outardes canepetières au Portugal. Les informations disponibles sont le plus souvent antérieures à 2010 et difficiles à exploiter (méthodes de comptage, période de comptage). Certaines données se contredisent ou varient largement selon les sources. Cependant, comme partout ailleurs y compris l’Espagne, l’Outarde canepetière y est en régression malgré la mise en place de mesures de protection, avec la raréfaction des insectes et le changement des pratiques agricoles. D’après BirdLife International (1), la population a fortement baissé en Espagne de 46% entre 1998 (100 000 à 200 000 individus dans les années 1990) et 2012 et de 47% au Portugal entre 2003-2006 (13 250 à 21 771 mâles reproducteurs) et 2016 (5 546 à 13 207 mâles reproducteurs). Comme on peut le constater, les données bien qu’imprécises indiquent une tendance évidente au déclin.

Quelques précisions sur sa présence en France : l’espèce est séparée en deux grandes populations. Le Centre-Ouest accueille la dernière population migratrice d’Outarde canepetière dans ses grandes plaines céréalières, notamment en Poitou-Charentes, atteignant à l’est les départements de l’Indre et du Loir-et-Cher et au sud, la Dordogne. Les mâles arrivent sur leurs sites de nidification de fin mars à début mai, surtout dans la première quinzaine d’avril. Présents par petits groupes, ils se dispersent rapidement pour prendre possession d’un territoire. Les femelles arrivent à partir de la mi-avril. Mâles et femelles sont fidèles à leur lieu de reproduction. A partir de juillet, les mâles se regroupent pour muer. Les femelles, accompagnées de leurs jeunes, les rejoignent progressivement à la fin de l’été. La taille des troupes augmente jusqu’à la mi-septembre (on parle alors de rassemblements post-nuptiaux) et elles restent visibles jusqu’aux départs en migration qui ont lieu pour l’essentiel avant le 15 octobre et pendant la nuit. Elles passent ensuite l’hiver en Espagne pour la grande majorité. Cette population du Centre-Ouest était en voie d’extinction; entre 1970 et 2000, ses effectifs ont diminué de 95 %. Un plan de sauvegarde a été mis en place en 1997 avant leur disparition complète qui était prévue pour 2010 (Life Nature Outarde 1997-2001 et 2004-2009). Certains agriculteurs volontaires ont été accompagnés financièrement pour  garder un habitat pour l’espèce en mettant des parcelles en jachère, souvent semées de luzerne.

Sur le pourtour méditerranéen, la population est sédentaire et elle est en lente progression. Elle ne se déplace qu’entre sites d’hivernage et de reproduction. Elle y bénéficie aussi de mesures de protection. Elle hiverne massivement dans la plaine de la Crau dans les Bouches-du-Rhône (populations provenant de Provence et du Gard), les Costières du Gard et dans la Basse Plaine du Vidourle (entre Gard et Hérault). On la trouve aussi dans les plaines de Pujaut et de Beaucaire (Gard). Les déplacements vers les sites d’hivernage s’effectuent surtout à la fin-septembre. Les habitats d’alimentation changent au cours de l’hiver au gré de la pousse des cultures. Adaptation oblige, l’outarde canepetière y affectionne aussi les plate-formes aéronautiques.

En 1980, la population nationale était estimée à 7 200 mâles chanteurs. Elle est passée à 1 270 en 2000 puis elle est remontée à 1 550 en 2004. Cette augmentation par rapport à l’année 2000 était uniquement due à l’augmentation de la population sédentaire méditerranéenne, qui représentait 80% de la population nationale. Avec les différentes mesures de protection, le nombre de mâles chanteurs est passé à 1 776 en 2008 et 2758 en 2012 (dont 1 583 dans la région PACA, représentant 57% de la population nationale). J’espère bien faire un jour sa rencontre … en France.

Le Ganga unibande (Pterocles orientalis)

Je n’en avais encore jamais vu! De la taille d’une perdrix, cet oiseau grégaire fréquente les steppes sèches et les zones arides et semi-désertiques avec une végétation clairsemée. On le retrouve principalement sur les terrains plats de plaines, de sables d’argiles ou encore les sols graveleux, parfois recouverts de pierres. On peut parfois le retrouver sur les sols artificiels comme les terrains d’aviation. Il évite les zones totalement dépourvues de végétation. Son habitat est assez répandu, notamment en Espagne et au Portugal. En France, il est absent. Une espèce voisine, le Ganga cata (Pterocles alchata) est présente dans la plaine de la Crau (steppe semi-aride située aux portes d’Arles et delta fossile de la Durance). En dehors de la période de reproduction, il forme des troupes nombreuses qui survolent les terres dans un vol très rapide.

Gangas Unibande – Deux mâles. 

Gangas Unibande – Trois mâles puis une femelle. 

Gangas unibande : Mâle – Femelle-Mâle-Femelle.

Gangas unibande : une femelle puis un mâle.

 La tête, le cou et la poitrine du mâle sont gris, tirant vers l’ocre. Ses parties inférieures sont noires et les supérieures brun doré avec des marques plus foncées. Le bas de la poitrine porte une fine ligne noire, et la gorge une tache châtaine.

La femelle a les parties supérieures plus brunes et plus finement marquées, et cette coloration générale s’étend à la tête et la poitrine. Ses parties inférieures et la bande pectorale sont comme chez le mâle.

Il se nourrit principalement de petites graines. Dans les derniers jours de l’hiver, les troupes se désagrègent et les couples vont occuper leurs territoires traditionnels, généralement identiques à ceux des années précédentes. Avant la nidification, les mâles poursuivent les femelles en tournoyant dans les airs jusqu’à ce qu’elles se posent. Lorsqu’ils sont à terre, le mâle entame alors une parade nuptiale, tournant autour de sa partenaire, hérissant son plumage et fléchissant les pattes.

Le mâle participe à la couvaison en assurant l’incubation pendant la nuit, d’une heure avant le coucher du soleil jusqu’à quatre heures après l’aube. Les poussins sont nidifuges et capables de se nourrir assez rapidement. Toutefois, ils dépendent de leurs parents pour la boisson. Le mâle est chargé de la collecte de l’eau qu’il emmagasine dans les plumes de son poitrail. Quand il revient au nid, les jeunes prélèvent la boisson nécessaire en aspirant l’eau contenu dans son plumage.

Ganga unibande – Un mâle solitaire.

D’après BirdLife International 2015 (2), la population européenne est estimée dans la fourchette de 10 400 à 19 100 couples, ce qui équivaut à 20 800 – 38 200 individus matures. L’Europe représente environ 15% de l’aire de répartition mondiale. Toujours en Europe, on estime que la taille de la population va diminuer au rythme actuel de 50 à 79% en 17 ans (trois générations).

Cette espèce se reproduit dans la péninsule ibérique et le nord-ouest de l’Afrique (y compris les îles Canaries), et de la Turquie jusqu’au sud-ouest de l’Asie centrale jusqu’au sud de la Chine, et jusqu’au sud de l’Iran et du Pakistan. En Europe, la principale menace pour cette espèce est l’intensification de l’agriculture.

Le Faucon crécerellette (Falco naumanni)

Faucon crécerellette femelle (je n’ai pu approcher de mâle dans les mêmes conditions).

On peut facilement le confondre avec le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), beaucoup plus commun :

        -Le crécerellette, très rare chez nous, est plus svelte,

        -Le plumage du mâle du crécerellette se distingue par la présence d’une bande bleutée sur l’aile et l’absence de taches noires sur son manteau roux. Ses rectrices grises sont terminées par une barre noire. Cette barre noire se retrouve également chez sa femelle,

        -La femelle crécerellette a un plumage entièrement brun tacheté et barré. La distinction avec la femelle crécerelle, très semblable, n’est pas toujours simple. Le critère imparable pour les différencier est la couleur des ongles des serres : claires pour le crécerellette, noires pour le crécerelle.

En France, on ne le trouve que dans le Sud, dans les Bouches-du-Rhône et dans l’Hérault, c’est la limite de sa répartition au nord de l’Europe. Il y est présent du mois de mars jusqu’au début du mois d’octobre. Il passe le reste de l’année en Afrique de l’Ouest. C’est le plus petit de nos rapaces diurnes. Dans les années 1970, sa population européenne a diminué de 90 %, du fait de la dégradation de ses habitats (pesticides, intensification des pratiques agricoles…). Protégé, il a bénéficié chez nous d’un plan national de restauration (2002-2006) et d’un plan national d’action (2011-2015).

Suite à ces actions de conservation, la population française est remontée à plus de 422 couples en 2018 (3). Cette population reste localisée en trois noyaux de population : la plaine de la Crau (161 couples), l’ouest de l’Hérault (220 couples) et l’est de l’Aude (41 couples).

D’après BirdLife International 2015 (4), la population européenne est estimée à 30 500-38 000 couples, soit 61 000 à 76 100 individus matures, dont près de la moitié en Espagne. L’espèce se reproduit en Espagne, Portugal, France, Italie, Grèce, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, … Les oiseaux hivernent dans le sud de l’Espagne, dans le sud de la Turquie, à Malte et dans l’Afrique de l’ouest et du Sud.

Un couple de faucons crécerellettes. La compétition inter-spécifique, par exemple avec le Choucas des tours pour l’occupation des cavités de nidification, est une des causes de sa raréfaction.

La population semble être stable ou en légère augmentation dans de nombreuses parties de son aire de répartition, y compris en Europe (BirdLife International 2015). Cette tendance est considérée comme stable au cours des trois dernières générations (estimée à 17 ans).

Une des deux tours de nidification construite pour la recolonisation du faucon crécerellette (80 nids) dans le cadre du projet LIFE Estepárias 2009-2012. La cabane à gauche sert d’observatoire et d’affût pour photographier crécerellettes et rolliers d’Europe, louée à la demi-journée au Centre d’interprétation.

Quelques autres espèces d’oiseaux

On peut y trouver d’autres espèces d’oiseaux comme le Busard cendré (Circus pygargus), le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus), la Chevêche d’Athéna (Athene noctua), la Huppe fasciée (Upupa epops), l’Oedicnème criard (Burhinus œdicnemus), la Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), le Rollier d’Europe (Coracias garrulus), le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), différentes espèces d’alouettes, etc.

Une pie-grièche à tête rousse (mâle).

Le Bruant proyer (Emberiza calandra)

Le Busard cendré (Circus pygargus).

La Buse variable (Buteo buteo)

Le Guêpier d’Europe (Merops apiaster), incontournable.

Le projet LIFE Estepárias (2009-2012)

Trois espèces prioritaires d’oiseaux de steppe énumérées à l’annexe I de la directive « Oiseaux » (directive n°79-409 de la Communauté Européenne) sont extrêmement vulnérables aux changements de pratiques agricoles qui entraînent la perte et la fragmentation de l’habitat, principaux facteurs de leur statut extrêmement défavorable en Europe : ces espèces emblématiques sont la grande outarde (Otis tarda), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax) et le faucon crécerellette (Falco naumanni).

La Réserve de Biosphère de Castro Verde et le Centre d’Éducation Environnementale de Vale Gonçalinho (tout à gauche). 

Au Portugal, en raison de la disparition avancée des systèmes d’exploitation extensive, ces espèces sont maintenant presque entièrement confinées à la région de l’Alentejo. Plus de 80% des populations de grandes outardes et 70% des populations de faucons crécerellettes sont concentrées dans un seul site, la Zone de Protection Spéciale (Z.P.S.) de Castro Verde (site Natura 2000). Plusieurs menaces ont été identifiées dans ces zones : la perte d’habitat, la fragmentation de l’habitat, la perte de sites de nidification, les lignes électriques, la prédation et la perturbation.

Afin de tenter d’enrayer ce déclin et peut-être d’inverser cette tendance, un projet européen LIFE (L’Instrument Financier Européen) « Estepárias » référencé LIFE07 NAT / P / 000654 s’est déroulé entre 2009 et 2012 (l’objectif de ces projets LIFE est l’application, la mise à jour et le développement de projets orientés nature au moyen de politiques environnementales et de projets de hautes valeurs ajoutées). Il était consacré à la conservation de la Grande Outarde, de l’Outarde canepetière et du Faucon crécerellette dans quatre Zones de Protection Spéciale du sud de l’Alentejo (« Baixo Alentejo »): Castro Verde, Piçarras, Vale do Guadiana et Mourão/Moura/Barrancos.  

Le projet LIFE « Estepárias » a eu pour résultat : de protéger les zones importantes de parade nuptiale de la grande Outarde par l’achat de nouvelles terres (fond européen, fonds privés de la LPO et dons), de minimiser l’impact avec les lignes électriques (signalisations anti-collision), enlever des clôtures ou minimiser leur impact (grillages fins, signalisation anti-collision), installer des passages dans les clôtures, augmenter la disponibilité de l’eau (abreuvoirs, mini-barrages) et de la nourriture dans les périodes de grande sécheresse, construction de deux tours de nidification pour la recolonisation du faucon crécerellette, récupérer et soigner les sujets blessés, sensibiliser la population et les écoles par l’information et la communication, promouvoir la participation des agriculteurs, propriétaires et gestionnaires cynégétiques, … .

En mars 2018, l’équipe de suivi externe de LIFE a effectué une visite post projet, cinq ans et demi après l’achèvement du projet. Cela a permis de constater que les objectifs initiaux étaient atteints et parfois même dépassés (5) – Voir le lien vers le compte-rendu complet en fin d’article (cliquer également sur l’onglet du site LIFE « Esteparias »: en savoir plus).

Ces travaux ont largement contribué à la création de la Réserve de biosphère de Castro Verde, qui a été approuvée en 2016.  Le projet LIFE a donc joué un rôle clé dans la mise en place de tendances stables ou à la hausse pour les populations des espèces ciblées dans les sites Natura 2000 sélectionnés, notamment celui de Castro Verde.

Le Busard cendré (Circus pygargus).

Rollier d’Europe (Coracias garrulus).

Parmi les effets secondaires bénéfiques du projet, on peut citer les impacts positifs sur d’autres espèces menacées, telles que le Busard cendré (Circus pygargus) et le Rollier d’Europe (Coracias garrulus); ces derniers bénéficiant des travaux visant à augmenter les sites de nidification de faucons crécerellettes.

Cependant, les données de 2016 concernant les outardes canepetières au niveau national ont montré une forte baisse de 47% (plus marquée en dehors des zones Natura 2000) et les données de 2017-2018 concernant la grande outarde à Castro Verde indiquaient également un déclin de la population. Le rapport de visite a exprimé sa préoccupation pour la gestion agricole qui modifie l’habitat des oiseaux et contrecarre l’impact positif du projet;  en particulier, le programme agro-environnemental a été jugé peu adapté aux conditions locales et sous-utilisé.

Toutes les solutions développées par le projet ont été intégrées dans des manuels de bonnes pratiques à l’usage des entités impliquées dans la gestion agro-environnementale, afin de faciliter le transfert de connaissances vers d’autres sites du réseau Natura 2000 en Europe.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, des observations de terrain et de sources bibliographiques, en particulier :

http://www.oiseaux.net/oiseaux/outarde.canepetiere.html

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/PNA_Outarde-canepetiere_2011-2015.pdf

(1) http://datazone.birdlife.org/species/factsheet/little-bustard-tetrax-tetrax/text

(2) http://datazone.birdlife.org/species/factsheet/black-bellied-sandgrouse-pterocles-orientalis/text

(3) : https://oreme.org/observation/ecopop/faucon-crecerellette/

(4) http://datazone.birdlife.org/species/factsheet/lesser-kestrel-falco-naumanni/text

(5) http://ec.europa.eu/environment/life/project/Projects/index.cfm?fuseaction=search.dspPage&n_proj_id=3356#RM

Le Caméléon commun (Portugal) – Avril 2019

Le Caméléon commun (Portugal) – Avril 2019

Le Caméléon commun

(Nom scientifique : Chamaeleo chamaeleon)

Nouvelle observation en avril 2019

J’ai vu mon premier caméléon commun en liberté en mai 2017, lors d’un séjour dans la région de l’Algarve au Portugal, dont j’avais gardé un très bon souvenir. J’y suis revenu ce mois d’avril. Avec l’expérience acquise, je pensais que l’observation de ce reptile serait plus facile : ce ne fut pas le cas. Toujours pas évident d’y tomber dessus! Je suis allé sur des sites où sa présence est normalement avérée: rien! On m’a dit sur place qu’il était peut-être trop tôt. Pourtant, les températures me semblaient bien propices à son observation.

Heureusement, j’ai quand même quelques photos à montrer et cela pour une raison très simple : je suis revenu sur le site de mon observation de 2017 et j’en ai enfin trouvé un que j’ai pris le temps de photographier sans le perturber! Il avançait au milieu de la végétation dans le sable, ce qui n’est pas courant.

J’ai comparé les photos entre elles et ma première réaction a été : il n’y a pas de doute, c’est celui que j’ai photographié en 2017, bien qu’il y ait de très légères différences dans la présence de certaines des rayures noires sur sa tête. Faut-il en déduire que le caméléon a un rayon de déplacement réduit?

Je suis allé sur internet et j’ai comparé avec d’autres photos : en fait, il y a de fortes similitudes entres les caméléons pour la répartition des rayures noires au niveau de la tête. Pour la pigmentation du corps, c’est plus difficile de comparer. Finalement, il s’agit peut-être de deux caméléons différents, ce que je souhaite ardemment! Pourquoi? Quand celui-ci disparaîtra, y en aura-t’il d’autres en ce lieu? Je rappelle que l’espèce est en danger d’extinction au Portugal.

Mes photos, prises au téléobjectif

De couleur verte tirant sur le jaune, il va foncer en se dissimulant dans un buisson.

Au travers du fourré, sa couleur a changé, plus foncée.  Il prend généralement une couleur tirant vers le noir pour traverser une bande de sable exposée au soleil, ou lorsqu’il est en colère. 

Il va rester un long moment entre ces deux branches mortes où il va bien foncer, pour se dissimuler.

Sous la lumière en dehors du couvert végétal, il va de nouveau prendre des couleurs plus vives tirant sur le vert.

Mon ressenti sur le Caméléon commun

Lors de mon second séjour en Algarve, j’ai été interpellé par l’observation d’un certain fatalisme face au devenir du caméléon commun. C’est à croire que l’on se résigne à le voir disparaître. J’espère bien me tromper! Sur les sites où il est présumé présent, je n’ai pas vu de mesures particulières mises en oeuvre pour le protéger ou déjà, pour le faire connaître.

Il est pourtant régulièrement en photo à la devanture des Tours Operators et dans les dépliants touristiques.

A notre retour, on est passé à la Réserve Naturelle des marais de Castro Marim et Vila Real de Santo Antonio, la première réserve créée au Portugal (en 1975). Elle est située à la pointe est de l’Algarve près de l’embouchure du fleuve Guadania, fleuve frontière avec l’Espagne. Le bâtiment d’accueil du centre d’interprétation, de taille impressionnante et à l’architecture recherchée, se dégrade ; les alentours ne sont plus entretenus depuis un bon moment. Les tables de pique-nique sont inaccessibles, envahies par l’herbe folle. Les panneaux pédagogiques dans le parc sont en mauvais état, illisibles ou détériorés. A l’intérieur, on n’a pu avoir aucune information sur le caméléon. C’est dommage! J’ai pu y observer quand même pas mal d’espèces d’oiseaux, dont des flamands roses, avocettes, échasses, tadornes de Belon, anatidés divers, de nombreuses huppes faciès et divers passereaux ….

Il existait aussi à proximité de cette réserve jusqu’à un passé récent (selon mes informations disponibles) un petit Centre d’information dédié au caméléon, à Vila Real de Santo Antonio. Il était situé au bord de la route à main droite entre le fleuve Guadania et la bordure de la Forêt Nationale de dunes côtières qui relie Vila Real de S. António et Monte Gordo (devant l’entrée d’un chemin d’accès à pied à la forêt). C’était surtout ce Centre qui m’intéressait et je suis obligé d’en parler au passé. Aujourd’hui, il n’y en a plus aucune trace. Il était situé à quelques encablures de la plage, remplacé apparemment par une infrastructure touristique. Il a vraisemblablement fermé en 2012 ou 2013.

Cette forêt nationale clôturée et protégée de la circulation de véhicules est un véritable rideau vert de protection pour la fixation des dunes, le contrôle des vents marins et pour le gîte de la faune native. Ici, vit normalement une importante population de caméléons qui en a fait son foyer et c’est un des derniers bastions de protection de son habitat naturel. C’est dans cette région qu’il a été initialement introduit au Portugal, en 1920, avant de coloniser plus tard le reste de l’Algarve et maintenant disparaître peu à peu. Je n’y ai vu aucun panneau indiquant la présence de cet animal en voie de disparition, pour assurer sa protection et sa sauvegarde! J’ai interrogé quelques personnes sur son existence lors de mes recherches : personne n’était au courant. Et, … je n’ai pu en observer aucun. Mais, pour me consoler : c’était peut-être trop tôt en saison?

La Forêt Nationale de dunes côtières de  Vila Real de S. António, un des derniers bastions du Caméléon commun. C’est un peu « Chercher une aiguille dans une botte de foin ».

Pour en savoir plus sur le Caméléon commun, mon premier article : http://www.lanaturemoi.com/2017/05/23/le-cameleon-commun

La Grande Outarde ou Outarde barbue – Mon retour dans les steppes de Villafáfila (avril 2019)

La Grande Outarde ou Outarde barbue – Mon retour dans les steppes de Villafáfila (avril 2019)

La Grande Outarde ou Outarde barbue
(Nom scientifique : Otis tarda)

Mon retour dans les steppes de Villafáfila

En arrière-plan, la chaîne enneigée des monts Cantabriques, connus en particulier pour « Los Picos de Europa ».

J’ai découvert pour la première fois l’Outarde barbue lors d’un séjour ornithologique en Espagne dans les plaines de Villafáfila en Castille-et-Léon, au-dessus de Zamora. C’était le 30 avril 2017. Chez cette espèce, le mâle de belle corpulence (le plus lourd oiseau volant d’Europe) est particulièrement photogénique au moment de sa parade nuptiale et lors de cette première visite, celle-ci était déjà terminée. Les femelles étaient vraisemblablement en train de nicher et seuls quelques mâles en petits groupes erraient par-ci par-là.

J’y suis revenu en 2018, à partir du 1er Mai. Elle était à ses débuts, retardée par un printemps pluvieux. J’ai pu faire de belles observations mais les femelles ne se montraient que très peu.

Cette année 2019, j’y suis retourné pour la troisième fois et j’ai pu me rendre compte « que ce n’est jamais pareil ». C’était le 10 avril dans l’après-midi puis le 18 à partir des premières lueurs du jour et j’ai pu assister à des spectacles encore différents. Tout d’abord, j’ai vu un nombre bien plus important d’outardes avec des regroupements spectaculaires. Aussi, les femelles étaient plus nombreuses et peu de mâles paradaient. Je suis sans doute passé au moment des prémices de ce beau spectacle annuel.

J’ai eu aussi l’agréable surprise de constater la présence de petites volées de Tadornes de Belon, absentes les deux années précédentes.

Je rappelle que l’Outarde barbue est un oiseau très craintif et je ne l’observe qu’à grande distance (téléobjectif ou longue-vue incontournable). La suite en photos :

Photos prises le 10 avril 2019 au soir :

Les petits groupes d’outardes sont nombreux et quelques mâles paradent mais bien trop loin pour mon téléobjectif. La lagune de Barillos située au bord de la route entre Tapioles et Villafáfila est à sec, comme il y a deux ans.

Deux femelles en compagnie d’un mâle.

Un aperçu de l’un des biotopes fréquentés par les outardes. A l’arrière-plan, une ligne Haute-Tension: c’est un danger reconnu pour les outardes.

Un groupes de mâles d’âges variés.

Un mâle adulte et solitaire.

En toile de fond, une partie de la chaîne, enneigée, des Monts Cantabriques.

Autre paysage typique de Villafáfila : une mosaïque de cultures à l’infini, sans un arbre.

Les photographier en vol permet parfois de faire des clichés « de proximité relative ».

Cette cabane verte (dont j’ai rencontré plusieurs exemplaires) m’interpelle. Je pense à un poste d’affût privé (et sans doute payant) pour les outardes.

Panneau de présentation du village de Villarin de Campos, de ses lagunes et de ses 68 pigeonniers (entre ruines et bon état/restauré).

Avocettes sur la lagune de Villardon (située à Villarin de Campos, à proximité de Villafáfila).

Les vanneaux sont très présents à Villafáfila, où ils doivent probablement nicher.

Photos prises le 18 avril 2019 au matin (8 jours après les précédentes) :

J’espérais de belles couleurs à l’aube et malheureusement, il a plu toute la nuit suivi par un brouillard matinal. Le ciel était chargé. Le manque de lumière a été préjudiciable à l’ambiance des photos. L’activité des outardes s’en est ressentie et les premières ne se sont montrées qu’assez tard dans la matinée; le soleil était déjà bien haut.

Tadornes de Belon au lever du jour, près de Otero de Sariegos . Tout à gauche des tadornes, un animal de petite taille qui bougeait de temps en temps et que je n’ai pu identifier!

Les Tadornes de Belon, qui vont et viennent dans les cultures. J’en ai observé autour d’une trentaine en petits groupes.

L’espèce est donnée comme nicheuse à Villafáfila. 

Jeune mâle à gauche. La différence de gabarit avec « l’ancien » en arrière-plan est évidente.

Ces deux mâles sont prêts pour parader. Ils se maintiennent à bonne distance l’un de l’autre. Les femelles ne sont pas loin mais elles restent très discrètes.

La seule photo de mâle en train de parader que j’ai pu faire. Il y a eu d’autres occasions dans la matinée, toutes trop loin!

Au second plan, le village de Cerecinos de Campos. 

Divers regroupements de mâles, dans la région de Cerecinos de Campos!

L’élan initial : tout en puissance! L’envergure du mâle va jusqu’à 2m40 (et parfois plus) et son poids monte jusqu’à 17 kg.

Le même mâle, en vitesse de croisière.

Mâles adultes solitaires aux « moustaches » bien développées.

Et les vanneaux sont toujours là!

Pour en savoir plus sur l’outarde barbue : http://www.lanaturemoi.com/2019/01/23/la-grande-outarde-ou-outarde-barbue

A bientôt, peut-être?

En vallée d’Aspe – Panoramas depuis le pic de Labigouer (18 juin 2019)

En vallée d’Aspe – Panoramas depuis le pic de Labigouer (18 juin 2019)

En montant au col de Souperret : Deux éterlous curieux sur la ligne de crête (isards mâles dans leur deuxième année).

En vallée d’Aspe – Panoramas depuis le pic de Labigouer (2175m)

La sortie démarre au parking d’Aumet (1152m) sur le plateau de Lhers, au-dessus de Lescun. Direction la cabane de Pourcibo par la piste (1320m), puis celle de det Caillau (1456m) en prenant les raccourcis. Après cette dernière cabane, au panneau de la bifurcation (altitude 1607m) avec le col de Saoubathou, on suit le sentier à main gauche vers le col de Souperret (1920m). Au niveau du col, on prend encore à main gauche le sentier en direction du pic de Labigouer, à l’opposé du sentier allant vers le col de Saoubathou et qui contourne la Table de Souperret (2116m).

La sortie représente un dénivelé positif de 1025 m pour une distance totale de 12,6 km (cette publication n’est pas un topo). Le panorama à 360 °depuis le sommet est superbe, en particulier vers l’Espagne avec le Visaurin et le Castillo de Acher, la vallée d’Aspe, Lescun et les sommets mythiques de son cirque comme les Aiguilles d’Ansabère, la Table des Trois Rois, le pic d’Anie, Les deux Billares et les Orgues de Camplong. Sans oublier l’Ossau vers le sud, lui aussi bien entouré.

En dehors des deux isards, je n’ai rencontré que deux merles à plastron, qui évoluaient dans les rochers au sommet et que je n’ai pu approcher; en fait, ils se poursuivaient.

Panorama vers le plateau de Lhers puis au-delà, la plaine de Bedous et toute la vallée d’Aspe jusqu’à Oloron. 

Un névé encore présent, en contrebas du sommet. 

Panorama vers l’Espagne, avec les grès rouges du col de Souperret (en bas et à droite du cliché), la table de Souperret (2116m) devant et à l’horizon, le Visaurin, l’Agüerri et le Castillo de Acher (2390m).

La Pena Forca à la limite gauche (2391m), le Txipeta Alto (2189m), le Quimboa Alto (2182m), el Mallo de Acherito (2362m), le Pétragème (2255m), la grande Aiguille d’Ansabère (2377m), la Table des Trois Rois (2421m) et au premier plan à droite, le Dec de Lhurs (2176m).

 

Le Pétragème (2255m), la grande Aiguille d’Ansabère (2377m), la Table des Trois Rois (2421m), le Pic d’Anie (au milieu, avec au premier plan les Billares), le pic des Tourelles vers la droite (2038m) suivi par les Orgues de Camplong (avec au premier plan, le cirque de Lescun).

Le panorama vers le sud est également magnifique, avec le pic du Midi d’Ossau au centre et très bien entouré; on l’aperçoit déjà très bien depuis le col de Souperret. Il fait très petit sur mes clichés dans cette immensité, mes clichés ne reproduisent pas sa prestance.

La cabane de Castillou, par les crêtes de Lazerque – (14 juin 2019)

La cabane de Castillou, par les crêtes de Lazerque – (14 juin 2019)

A l’ouest et tout à gauche de la photo, le pic d’Escurets (1440m) – Devant le brouillard qui remonte par le col, on aperçoit la tache blanche de la cabane de Castillou (1268m). Photo prise depuis la crête (1335m) du Soum de Counée (1361m).

La cabane de Castillou, par les crêtes de Lazerque

Les villages de Bielle et de Bilhères, en montant par les crêtes de Lazerque. A gauche, le pic de Ger (2613m) – A droite, les Cinq Monts avec le pic de Gerbe (1901m).

C’est une sortie agréable par beau temps. Celui-ci n’est pas au rendez-vous aujourd’hui mais le bol d’air fait du bien. Le départ est depuis le parking situé au-dessus de la chapelle de Houndas (altitude 830m), en prenant la piste carrossable. Après un petit détour aux cromlechs de Lou Couraus, on continue ensuite sur le sentier dans la direction  indiquée « Pente du Bersaut » à 0h50/2km sur le poteau indicateur (altitude 963m – GRP Tour de la vallée d’Ossau). Pendant la montée, on a une très belle vue sur la vallée d’Ossau, les villages de Bielle et de Bilhères et sur le plateau du Benou.

Le brouillard envahit la vallée d’Ossau derrière moi – Les crêtes de Coos avec le Moulle de Jaüt (2050m) sur le versant gauche, le pic de Ger (2613m) vers l’autre versant. 

Au prochain poteau indicateur (altitude 1232m – Pente du Bersaut), on quitte le GRP Tour de la vallée d’Ossau (qui oblique dans la direction « Cayolar de Lazercou ») pour continuer droit devant sur le sentier mono-trace à flanc de montagne jusqu’au col de la Houn Barrade (1316m).

Depuis le Soum de Counée (1361m) : panorama sur une partie du plateau du Benou  – 30 avril 2019.

Depuis le Soum de Counée (1361m) – Le Turon de la Técouère (1067m)  et les crêtes versant sud du plateau du Benou, avec le Rocher d’Aran (1796m), l’Ourlénotte (1806m), l’Ourlène (1813m), le pic d’Andurte (1631m), le Roumendarès (1646m) – 30 avril 2019.

Depuis le pic Bersau (1368m) : à droite, on aperçoit la cabane de Castillou et le pic d’Escurets (1440m)  – En face, l’Ourlénotte (1806m), l’Ourlène (1813m), le pic d’Andurte (1631m), le Roumendarès (1646m) dans les nuages – 30 avril 2019.

Au col de la Houn Barrade (1316m), on est encadré par le pic Bersaut ou Bersaout (1368m) à main droite avec un point de vue magnifique sur la plaine, et le Soum de Counée (1361m) à main gauche. Ses deux sommets sont faciles et méritent le détour, fait à une autre date (30 avril 2019).

Depuis la crête (altitude 1335m) en-dessous du Soum de Counée (occupé par un troupeau de vaches avec des veaux) :  les Cinq Monts avec le pic de Gerbe (1901m), l’Ossau (2884m), le Lauriolle (1858m), le Mailh Massibé (1973m) et le Rocher d’Aran (1796m). Le plateau du Benou est dans le brouillard.

Le bétail est dans les estives autour de la cabane de Castillou.

Pour la cabane de Castillou (blanche avec un toit rouge, altitude 1268m), on descend du col vers l’ouest en visant la cabane, elle est en vue.

Et voilà le brouillard à la pause repas à la cabane de Castillou – Une visibilité quasi nulle, suivi à la descente par la pluie. C’est fini pour les photos.

Pour cette sortie sympa, j’ai enregistré 12,42km pour un dénivelé positif de 505m (Cette publication n’est pas un topo). Elle est agrémentée de pas mal de fleurs au niveau de la crête du Soum de Counée ; les rapaces, aujourd’hui, n’étaient pas de sortie!

Sortie C.E.N. Aquitaine – Zones humides du plateau du Benou (16 juin 2019)

Sortie C.E.N. Aquitaine – Zones humides du plateau du Benou (16 juin 2019)

L’entrée du plateau du Benou avec, devant la forêt de conifères, « les Fontaines de Houndas ».

(transhumance du 11-07-2014) .

Les Zones Humides du plateau du Benou

Les Fontaines de Houndas, avec au premier plan le ruisseau des Serres (14 juin 2019).

Le pic du Ger, depuis le plateau de Roland.

Le thème de cette sortie organisée par le Conservatoire des Espaces Naturels d’Aquitaine est la découverte des milieux aquatiques (ruisseau, zones humides) du plateau du Benou et des espèces associées. Elle a été très riche en enseignements apportés par notre Chargée de missions responsable de la sortie et en échanges entre les participants, dans un climat de convivialité très agréable.

Très absorbé par les explications ainsi que par mes observations, je n’ai pris que peu de photos! Certains clichés de cet article proviennent d’autres occasions et je le mentionne en indiquant la date du cliché. Mais l’essentiel, c’est quand même tout ce que j’ai à retenir. En somme, une journée bien remplie avec une expérience que je renouvellerai avec plaisir.

Un peu d’historique sur le plateau du Benou

L’entrée du plateau du Benou avec les « Fontaines de Houndas », depuis les crêtes de Lazerque (16 décembre 2016). En face, le pic du Ger, la vallée d’Ossau, puis les Cinq Monts avec son pic de Gerbe, le Lauriolle, le Mailh Massibé.

Le plateau de Roland (au centre le parking de stationnement), depuis les crêtes de Lazerque (16 décembre 2016). En face, le pic de Gerbe (tout à gauche), le Lauriolle, le Mailh Massibé, le Rocher d’Aran,  l’Ourlénotte et l’Ourlène.

Le plateau du Benou ou tout simplement Le Benou est situé sur la route du col de Marie-Blanque reliant la vallée d’Ossau à la vallée d’Aspe. Il est le point de départ de nombreuses balades et randonnées.

Il est dominé au nord par le massif du Soum de Counée (1361m) et au sud, par le massif du Pic de l’Ourlène (1813m). Entre les deux massifs, dans la dépression qui forme le plateau, passe une faille très importante. Elle est constituée de brèches et d’écailles, de terrains variés et de roches basiques intrusives. Pour information, une écaille est comparable à un copeau géant de croûte terrestre coincé dans une faille.

Ce relief n’est pas visible facilement, à part les écailles constituées de roches plus dures émergeant du plateau comme le Turon de la Técouère, vestige de l’érosion glaciaire.

En contrebas : le Turon de la Técouère (1067m), « écaille » de croûte terrestre coincée dans la faille du plateau du Benou. Cliché pris depuis le Soum de Counée (1361m), le 30 avril 2019. 

En effet à la fin du Quaternaire, le plateau était recouvert d’un glacier suspendu. L’érosion provoquée par son déplacement a remodelé le paysage : la lherzolite du Turon de la Técouère a résisté et de là vient la présence insolite sur le plateau de ce sommet modeste et très caractéristique ressemblant à une pyramide, culminant à 1067m (1).

Haut-lieu du pastoralisme ossalois, on peut y admirer ses nombreuses granges; à l’arrivée des beaux jours, le bétail y évolue en liberté. Avec ce beau soleil dominical, beaucoup de gens sont venus pique-niquer ou simplement se promener. Les sonnailles des troupeaux retentissent et rajoutent un petit air de fête. La présence de la « Salers » et de la « Gasconne » (dont un très beau taureau) m’a particulièrement interpellé. Ce sont deux races que j’aime particulièrement.

Transhumance du 11 juillet 2014 – Traversée du plateau par le bétail, en direction de Laruns et des estives d’Ayous.

La transhumance du bétail du plateau du Benou vers l’estive d’Ayous est un grand événement de la vallée d’Ossau et elle déplace beaucoup de monde. Elle a lieu cette année les 5 et 6 juillet (2019). Voici un lien vers une petite vidéo sans prétention que j’avais réalisée en 2012 lors de la traversée du village de Laruns ( https://vimeo.com/56898620).

Transhumance du 11 juillet 2014 – Traversée de la zone de résurgence de l’eau aux « Fontaines de Houndas ».

Résumé de la sortie

Après avoir laissé nos voitures au plateau de Roland (880m d’altitude) au parking prévu à cet effet, nous avons remonté à pied la piste à circulation restreinte pour rejoindre le plateau de la Técouère (890m). A partir de là, nous avons prospecté les berges de l’Arriou Tort ainsi que les zones humides environnantes (tourbières, marais, …) jusqu’aux sources du ruisseau au pied du Turon de la Técouère.

Nous sommes ensuite revenus sur nos pas par la piste jusqu’au plateau de Roland pour localiser et observer les dolines dites de Roland puis nous avons suivi l’Arriou Tort jusqu’à sa disparition dans des gouffres appelés « pertes karstiques ». Ces pertes se situent au contact entre les argiles glaciaires résultant de l’érosion du glacier et les calcaires mésozoïques (sédiments marins). Certains gouffres sont alimentés, d’autres actuellement à sec. L’eau va transiter dans le karst de ces calcaires du Mésosoïque pour réapparaître plus bas dans une zone appelée les Fontaines de Houndas, à l’entrée du plateau (pour information, un karst est ensemble de réseaux de galeries souterraines, creusées par les eaux, dans les massifs calcaires). Ces résurgences vont donner naissance au ruisseau des Serres, affluent du gave d’Ossau.

Enfin, en deuxième partie de la journée, nous allons nous déplacer au parking situé à proximité de la chapelle de Houndas au bord de la D294, en face des « Fontaines de Houndas » à l’entrée du plateau. Nous y continuerons notre prospection en remontant le ruisseau des Serres vers les sources et les zones humides (bottes indispensables).

Que peut-on observer

La Tétragnathe étirée (Tetragnatha extensa).

La Thomise variable ou araignée crabe (Misumena vatia), une femelle – 11/09/2018. Celle que j’ai observé était jaune comme sur ce cliché, mais elle peut être aussi blanche ou vert pâle. Elle adopte (dans une certaine mesure) la couleur de son support, surtout des fleurs. Le mâle est foncé et plus petit que la femelle. 

Bouvier commun.

œdémère noble femelle (Oedemera nobilis).

En plus des nombreux odonates (libellules et demoiselles dont l’Agrion de Mercure, donné comme rare mais bien représenté ici), on observera des papillons, quelques éphémères, des larves de trichoptères à fourreau (ou porte-bois), des insectes divers et variés (scarabées, araignées, etc.).

Bondrée apivore (13/07/2017).

Tarier pâtre mâle (9/04/2017)

Bruant jaune mâle (19/9/2017)

Mais aussi des passereaux dont le serin Sini et le Bruant jaune, une pie-grièche écorcheur, la linotte mélodieuse, le Tarier pâtre ainsi que des rapaces: des vautours fauves, un percnoptère d’Egypte et une bondrée apivore pas farouche.

Pour information, le Bruant jaune peut facilement être confondu avec le Bruant zizi qui est moins coloré que le premier chez les deux sexes. Le Bruant zizi, chez le mâle, présente une face rayée typique : menton, haut de la gorge et trait sourcilier noirâtres, sourcil jaune.

Ce site est également important pour la reproduction de la Grenouille rousse (Rana temporaria) dont nous avons observé la présence d’un adulte ainsi que de très nombreuses grenouillettes. Aussi des têtards de crapaud accoucheur à un stade bien avancé, de nombreux vairons, un goujon (qui ne devait pas être seul), le Triton palmé, des larves diverses, etc.

Lézard vivipare de Lantz (deux clichés pris dans une autre tourbière).

Sans oublier le Lézard vivipare de Lantz (Zootoca vivipara louislantzi) : très lié aux tourbières, il apprécie notamment les sphaignes, qui sont des plantes sans fleurs et sans racines qui poussent sous la forme de coussinets qui ne cessent de croître; elles constituent la végétation principale d’une tourbière et sont à l’origine de la formation de la tourbe. Ce lézard est uniquement en son genre!

En effet, le Lézard vivipare Zootoca vivipara, très largement distribué aux quatre coins du monde, présente la particularité d’avoir des populations vivipares tandis que d’autres sont ovipares (2), (3), (4). Il en existe quatre sous-espèces dont deux que nous trouvons en France  :

   -la sous-espèce Zootoca vivipara louislantzi ou Lézard vivipare de Lantz (5) est présente uniquement dans nos Pyrénées, le Pays Basque et le massif landais, et elle est ovipare! La Garonne constitue la limite de son extension vers le nord. Ailleurs, on la trouve aussi en Espagne dans les Monts Cantabriques. Les œufs sont conservés dans l’utérus jusqu’aux stades embryonnaires où intervient alors la ponte, constituée de cinq à six œufs en moyenne (jusqu’à dix) qui seront incubés dans le milieu naturel.

   -la sous-espèce Zootoca vivipara vivipara est présente dans d’autres régions. En Aquitaine, elle semble présente dans l’extrême nord-est de la Dordogne et probablement en Lot-et-Garonne. Elle est ovovivipare. A l’échelle des temps géologiques, la viviparité est apparue dans certaines populations chez ce lézard durant les glaciations du Quaternaire et aurait été sélectionnée par l’Evolution en raison de l’avantage procuré par la meilleure résistance au froid. La population pyrénéenne, elle, n’a pas évolué!

   -Aucune zone de contact n’est connue entre les deux sous-espèces.

Comme son nom l’indique, la viviparité est un mode de reproduction où le développement embryonnaire a lieu à l’intérieur de l’organisme de la femelle qui fournit les apports nutritifs et met au monde des jeunes entièrement formés.

Pour le Lézard vivipare comme la sous-espèce « vivipera », il n’y a pas d’apport nutritif de la mère à l’embryon: la dénomination de « vivipare » est donc mal appropriée. Il s’agit en fait d’ovoviviparité : dans cette modalité, le développement embryonnaire complet se déroule dans un œuf en consommant les réserves qu’il contient, à l’intérieur des voies génitales de la femelle jusqu’à son éclosion. La femelle donne alors naissance à des jeunes immédiatement actifs, autonomes et indépendants.

Le Trèfle d’eau, au début de la floraison.

Nous avons observé aussi pas mal de fleurs dont le Trèfle d’eau que je ne connaissais pas, la Linaigrette, la Grassette, etc. Les orchidées étaient présentes également, avec l’Orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii) et l’Orchis maculé ou tacheté (Dactylorhiza maculata).

Ces deux orchidées sont facilement confondues et l’identification est parfois problématique. Après l’observation de terrain, je me suis replongé dans mes ouvrages pour contrôler mes critères d’identification de ces deux espèces (sources : « à la découverte des Orchidées d’Aquitaine » et « Les Orchidées de France, Belgique et Luxembourg » – Parthénope Collection). Un bon moyen pour les différencier est l’observation du labelle, situé en bas de la fleur et constitué de trois lobes.

Orchis de Fuchs, …

Orchis de Fuchs, …

Orchis de Fuchs, de couleurs variables.

  -chez l’Orchis de Fuchs, il est très fortement trilobé et le lobe médian est pointu et plus long que les latéraux mais de largeur équivalente. S’il y a un doute, on regarde la première feuille à la base du pied qui doit être ronde (non pointue).

Orchis maculé ou tacheté, …

Orchis maculé ou tacheté.

  -chez l’Orchis maculé ou tacheté, il est faiblement trilobé et le lobe médian, lui aussi pointu, est plus étroit que les latéraux et il ne les dépasse pas. A l’inverse de la précédente, la première feuille à la base du pied est pointue.

Il est certain qu’après cette journée très agréable, je vais regarder le plateau du Benou sous un œil très différent!

Article rédigé à partir des enseignements de la journée, de mes observations personnelles, de mes photos personnelles ainsi que de recherches bibliographiques dont je cite les liens :

(1) http://sigesaqi.brgm.fr/IMG/pdf/1-balade_hydrogeologique_benou_-_introduction.pdf

(2)http://reptile-database.reptarium.cz/species?genus=Zootoca&species=vivipara&search_param=%28%28taxon%3D%27Lacertidae%27%29%29

(3) https://www.zobodat.at/pdf/HER_21_3_4_0123-0146.pdf

(4)http://www.trameverteetbleue.fr/sites/default/files/syntheses-bibliographiques-especes/131219_lezard_vivipare_avril2012.pdf

(5) http://www.lacerta.de/AS/Bibliografie/BIB_11068.pdf

Sortie CPIE Béarn – Une tourbière aux richesses insoupçonnées (15 juin 2019)

Sortie CPIE Béarn – Une tourbière aux richesses insoupçonnées (15 juin 2019)

Extrait d’un panneau pédagogique présent sur le site, fourni par le Parc National des Pyrénées.

La tourbière de Pédestarrès (Louvie-Juzon)

Coupe schématique d’une tourbière – Panneau pédagogique sur le site, fourni par le Parc National des Pyrénées (extrait).

La tourbière de Pédestarrès, appelée aussi Tourbières de l’Auga, est une des rares tourbières bombées des Pyrénées. Elle est localisée entre les communes de Louvie-Juzon et de Sainte-Colome, dans les Pyrénées-Atlantiques. Elle a une histoire et des richesses à dévoiler ; elle a fait l’objet de nombreuses publications dans des revues scientifiques au niveau national et même international, comme « relique inestimable et rarissime ». Elle restitue par exemple (en partie) l’histoire du glacier d’Ossau pendant sa phase de retrait (bien que celui-ci n’ait pas recouvert le site, arrêté par un verrou rocheux) mais aussi bien d’autres informations scientifiques de première importance lors de campagnes de carottage de la tourbe. On y apprend également que l’Homme arrive sur ces lieux il y a 4 800 ans.

Une Droséra, plante carnivore bien présente dans la tourbière.

Ce site est en fait composé d’une tourbière principale (qui a été exploitée), propriété de la commune de Louvie-Juzon et de trois petites tourbières annexes (seulement drainées), interrompues par des prairies humides et des boisements. Elles sont bien distinctes et à des stades d’évolution différents. Le Conseil général a acquis en 2005 une de ces trois tourbières annexes interdite d’accès depuis, en raison de sa politique de gestion d’espaces naturels sensibles (ENS).

Ces tourbières ont été pendant très longtemps utilisées comme lieu de pâturage, ce qui leur a permis d’éviter leur fermeture naturelle. Après la Première Guerre Mondiale, l’administration cherche à développer l’exploitation des tourbières pyrénéennes comme une ressource potentielle de combustible. Commence alors le début de l’exploitation de la tourbière principale, où la tourbe est utilisée comme moyen de chauffage notamment pour les bâtiments publics du village.

En 1979, une société des environs en obtient la concession pour une exploitation industrielle. L’extraction intensive de la tourbe débute en 1991 après l’assèchement de la tourbière par des drains. Enrichie en matière organique, cette tourbe de qualité est ensuite commercialisée comme terreau pour les cultures de pépinière et horticoles. En 2001, cette concession n’est pas renouvelée et l’exploitation est définitivement arrêtée en 2003 par arrêté préfectoral. La pression avait été mise dès le début par les associations locales environnementales et les scientifiques pour que l’exploitation soit arrêtée.

A partir de 2008 un projet commence à voir le jour, avec pour objectif la restauration écologique du site et sa valorisation par la commune. Dès 2011, les jeunes habitants sont impliqués au sein de chantiers de restauration.

Cette démarche s’inscrit dans la nécessité de conserver et de valoriser ce patrimoine naturel, véritable bibliothèque à ciel ouvert où se cumulent 11 000 ans de l’histoire du piémont pyrénéen, emprisonnés sur plus de 7 mètres d’épaisseur de tourbe par endroits. Au cours du XXème siècle, on a constaté la disparition de près de 50% de la superficie des tourbières en France. Une prise de conscience progressive de l’intérêt scientifique, écologique et patrimonial de celles-ci a permis une nouvelle gestion de ces milieux uniques.

La Mairie de Louvie-Juzon a fait le choix de faire connaître ce site au grand public en accès libre. Le village se situe dans l’aire d’adhésion du Parc national des Pyrénées, qui est un des partenaires du projet : celui-ci a mis en place des panneaux pédagogiques.

La sortie d’aujourd’hui est organisée par le CPIE Béarn, avec l’intervention d’un accompagnateur qui nous fera découvrir cet environnement unique et trop méconnu : elle est riche en enseignements et je la recommande. 

Quelques informations sur les tourbières

Cet écosystème se caractérise, en premier lieu, par un sol saturé en permanence d’une eau stagnante ou très peu mobile privant de l’oxygène nécessaire à leur métabolisme les micro-organismes (bactéries et champignons) responsables de la décomposition et du recyclage de la matière organique. Dans ces conditions asphyxiantes, la litière végétale ne se minéralise que très lentement et très partiellement. Elle s’accumule alors, progressivement, formant un dépôt de matière organique mal ou non décomposée : la tourbe.​

Véritable roche végétale fossile, la tourbe est donc un sol organique issu de la dégradation incomplète de débris végétaux dans un milieu saturé en eau. Elle contient au moins 20 % de carbone et peut s’accumuler sur plusieurs mètres d’épaisseur, au rythme moyen de 0,2 à 1 mm par an. C’est un matériau combustible.

La plupart des tourbières s’étant formées après le retrait de la dernière glaciation (glaciation du Würm, il y a environ 12 000 ans), les dépôts de tourbe généralement observés ont une épaisseur comprise entre 50 cm et 5 à 10 m.

Les végétaux édificateurs de la tourbe sont essentiellement des bryophytes hygrophiles comme les sphaignes ou les mousses, des plantes sans fleurs n’ayant ni racines, ni tissus spécialisés pour la conduction de la sève.

Une tourbière est active tant que se poursuivent les processus d’élaboration et d’accumulation de la tourbe à partir de ces végétaux. Si ces processus cessent, la tourbière devient inactive… mais est parfois susceptible de se régénérer.

Selon la nature des végétaux dont elles sont issues, les tourbes présentent des caractéristiques bien marquées. Les tourbes blondes issues de la transformation des sphaignes, sont généralement des matériaux à faible densité, poreux, acides et riches en fibres de cellulose : c’est le cas de la tourbe de Louvie-Juzon. La tourbe blonde formée de sphaignes est celle qui est principalement utilisée en horticulture. Celle-ci possède de nombreuses propriétés physico-chimiques qui améliorent la structure, la capacité de rétention d’eau, l’aération et le pouvoir tampon des sols.

Les tourbes brunes ou noires sont issues de la décomposition plus avancée de grands hélophytes (plantes palustres qui vivent dans la vase mais dont les feuilles sont au-dessus de la ligne de flottaison). Ce sont des matériaux compacts, humifiés, contenant moins de fibres et dont la structure est plastique. Il existe des tourbes aux caractéristiques intermédiaires.

Sphaignes et Droséra – Extrait d’un panneau pédagogique sur le site, fourni par le Parc National des Pyrénées.

Les tourbières jouent un rôle écologique important. La tourbe a la capacité d’être une réserve d’eau. Comme une éponge, elle peut stocker d’importantes quantités d’eau qui seront restituées à la saison sèche. La tourbière se révèle donc un écosystème primordial dans la régulation du débit des cours d’eau.

Les tourbières sont aussi des réserves de biodiversité. Les conditions de vie (peu d’oxygène, beaucoup d’acidité) y sont très difficiles pour la faune et la flore. Aussi, on y trouve des espèces spécifiques à ces milieux hostiles : plantes carnivores (droséras), sphaignes, lézard vivipare, insectes, libellules et toute une faune de batraciens. Ces végétaux et animaux forment un groupe biologique particulier qui évolue dans un écosystème dont les buttes de sphaignes en sont les éléments les plus remarquables.

Quelques photos faites lors de la sortie

Une Dolomède des marais (Dolomedes fimbriatus). Ici, une femelle avec son cocon.

La Dolomède des marais est une araignée-pêcheuse; elle reste normalement à proximité immédiate de l’eau mais elle est également capable de marcher sur l’eau voire de plonger. Elle attrape principalement les insectes qui habitent les plantes des berges, mais elle peut aussi capturer les têtards, ou mêmes de temps en temps les petits poissons. Vers la fin du printemps le mâle parade longuement en bougeant les pattes antérieures devant la femelle jusqu’à qu’elle accepte l’accouplement. Deux à trois semaines après l’accouplement, la femelle tisse des cocons dans lesquels elle entourera ses œufs. Elle porte les cocons avec elle pendant quelques semaines et les installe dans une toile pouponnière lorsque les jeunes araignées sont prêts à éclore.

Un juvénile de Criquet vert (Mecostethus parapleurus).

Un Criquet ensanglanté (Stetophyma grossum) sur une Droséra. Il habite exclusivement les marécages, les tourbières et les prairies très humides.

Le Criquet ensanglanté doit son nom aux marques plus ou moins rouges que la femelle peut porter, mais ces taches ne sont pas toujours présentes, ou visibles. Les mâles sont parfois ornés de jaune vif et de vert.

Bruyère à quatre angles (Erica tetralix). Une bruyère des milieux humides et acides, aux fleurs roses. Appelée ainsi car les feuilles (que l’on devine à la base) forment quatre angles bien réguliers.

Droséra avec, dans le coin en bas à droite, une sauterelle verte.

La Narthécie des marais ( Narthecium ossifragum).

La Narthécie des marais est une plante très élégante qui pousse dans les tourbières à sphaignes. Elle est appelée aussi Narthécie brise-os ou Narthécie ossifrage. Le nom de « brise-os » provient d’une croyance selon laquelle cette plante provoquait la fracture des os des troupeaux qui la mangeaient. En réalité, il est fort probable que ces fractures étaient causées par les difficultés d’accès aux endroits où elle croît.

Un site très riche en agrions et libellules.

Des œufs d’une origine qui m’est inconnue.

Le Lézard vivipare – Extrait d’un panneau pédagogique fourni par le Parc National des Pyrénées.

Autre faune remarquable du site, illustrée par des clichés que j’ai pris ailleurs

Lézard vivipare de Lantz (deux photos prises dans une autre tourbière).

Le Lézard vivipare de Lantz (Zootoca vivipara sous-espèce louislantzy) est uniquement présent dans nos Pyrénées, le Pays Basque et le massif landais (voir mon article suivant du 16 juin 2019 sur la sortie au plateau du Benou). Il est exceptionnel. En effet, il est resté ovipare, alors que l’espèce très largement distribuée aux quatre coins du monde a évolué vers l’ovoviviparité.

Ce lézard, bien présent lors de notre sortie, est plus timide que le Lézard des murailles. Il n’est pas facile à photographier et il fut plus rapide que moi (il vaut mieux privilégier un téléobjectif pour l’immortaliser).

Grenouille rousse (photo prise au bord d’un lac d’altitude).

La Grenouille rousse (Rana temporaria) est de couleur très variable mais jamais verte. On peut facilement la confondre avec la Grenouille agile (Rana dalmatina). A cause d’une météo peu propice, on n’en a pas observé lors de cette sortie.

« Gardons à l’esprit que lorsqu’on achète de la tourbe en jardinerie pour nos plantes,

on contribue à la disparition de plusieurs milliers d’années de notre histoire ».

Article rédigé à partir de mes photos personnelles, des panneaux de présentation de la tourbière sur le site (fournis par le Parc National, cité) et de sources internet, en particulier :

www.tela-botanica.org/actu/IMG/CCTP.doc

M2GEP2015_Thibault_CASTETS_Anais_LORIER.pdf

 

La Peña de Oroel (Jaca) – 7 juin 2019

La Peña de Oroel (Jaca) – 7 juin 2019

L’éperon rocheux de la Peña de Oroel et sa croix, tout à gauche à son sommet.

La Peña de Oroel (Jaca)

La Peña de Oroel (1769m) qui domine Jaca (en Aragon, au pied des Pyrénées sur l’axe Pau – Saragosse par le Tunnel du Somport) est une très belle destination pour les adeptes de la randonnée avec un peu de dénivelé. Je la conseille en particulier quand nous sommes lassés par les mauvaises conditions météo de notre côté des Pyrénées. Il n’y a pas de difficulté particulière.

Pour s’y rendre, à la sortie sud de Jaca, on prend l’A-1205 en direction de Buernes et de San Juan de la Peña. Après quelques kilomètres, on quitte la route principale pour prendre une route étroite à main gauche (virage serré). On arrive rapidement au Parador de Oroel (qui est un simple refuge), appelé aussi refuge Mirador de Oroel.

Le refuge Mirador de Oroel, au téléobjectif depuis la « Cruz de Oroel »

Présentation de l’itinéraire au départ du sentier.

Le départ de la randonnée est indiquée par un panneau (1186m). Il y a deux possibilités : aller directement à la Cruz de Oroel (1769m), au sommet de la Peña (dénivelé 613 m cumulé pour 8,59 km avec mes A/R sur mon GPS), avec la possibilité de faire un détour à l’aller ou au retour vers l’ermitage de « la Virgen de la Cueva ». Pour plus d’informations sur le topo, il y a des sites incontournables comme celui de Topopyrénées de Mariano, site auquel vous pouvez vous abonner. Il y a une mine d’informations sur les Pyrénées, conseils très utiles, randonnées avec traces GPS, faune et flore avec de magnifiques photos.

Quelques photos pendant la montée

Aperçu sur la Cruz de Oroel dressée au sommet de la Peña du même nom, pendant la montée.

Aperçu sur la plaine de Jaca et sa mosaïque de parcelles, pendant la montée.

A la sortie de la forêt, en direction de la Cruz de Oroel (1769m).

A l’approche de la Cruz de Oroel (1769m).

Depuis la ligne de crête, la végétation côté versant sud change. A l’horizon sur la droite dans la continuité du passage de la ligne HT, los Mallos de Riglos (côté gauche) suivies par la Peña Rueba (falaises claires côté droit).

400m environ de vide, versant nord.

A nos pieds, Jaca et les mosaïques de parcelles cultivées qui l’entourent – Le panorama sur la chaîne des Pyrénées avec au centre, la vallée de l’Aragon.

La pointe ouest de la Peña de Oroel avec, tout au fond à l’ouest, l’embalse de Yesa.

Rencontre au sommet!

Sur le chemin du retour, la vue en direction de la pointe est de la Peña de Oroel.

Un panorama grandiose sur la chaîne des Pyrénées

Ce qui m’a plu avant tout, c’est le beau panorama sur la chaîne des Pyrénées côté espagnol, avec des sommets bien connus comme le Bisaurin à l’ouest (2669m). Situé dans la province de Huesca, c’est le plus haut sommet pyrénéen rencontré en venant depuis l’océan Atlantique entre les massifs d’Aspe et d’Anie : je le vois très bien depuis la maison et il a pour moi une importance particulière. A l’est, on aurait dû apercevoir l’Aneto (3404m, le plus haut sommet des Pyrénées) mais je n’ai pas réussi à le localiser : en effet ce jour-là, certains sommets sont restés noyés dans les nuages.

De gauche à droite : los Dientes de Batanes – Le massif du Vignemale  et la Pique-Longue (3298m) – El Pico de la Tendeñera (pratiquement au centre dans le nuage) – Les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche (la Brèche de Roland, à sa droite, est occultée) – Le Casque de Marboré – La Tour de Marboré – Le pic du Marboré – Le Cylindre du Marboré. 

De gauche à droite : Les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche (la Brèche de Roland, à sa droite, est occultée) – Le Casque de Marboré – La Tour du Marboré – Le pic du Marboré – Le Cylindre du Marboré (dans les nuages) – Le Mont Perdu (dans les nuages) – Le Soum de Ramond (dans les nuages) – Le col d’Añisclo – Las Très Marias, puis à nouveau les nuages cachant l’Aneto!

Quelques vues sur des sommets connus

On identifie très bien quelques sommets du versant espagnol comme le Visaurin, le pic d’Aspe (2645m, qui nous domine quand on va au Somport), le Vignemale (sommet culminant des Pyrénées françaises à 3298m), le Taillon (3144m), la Fausse Brèche et d’autres 3.000m mythiques du cirque de Gavarnie; ainsi que d’autres sommets dont la liste suit en photos de l’ouest vers l’est.

Le Visaurin ou Bisaurín en espagnol (2654m).

De gauche à droite : el pico Llena del Bozo (2566m) – La Llena de la Garganta (2599m) – l’Aspe (2645m) – El pico Lecherín (2561m) – El pico Tortiellas (2364m).

La vallée du fleuve Aragon.

La Collarada (2886m) – La Collaradeta (2742m).

Le plus haut sommet à gauche, la Peña Retona (2781m).

Vue rapprochée sur la Peña Retona (2781m).

Au centre, la Peña Telera (2764m) avec, sur la droite en arrière-plan de la Peña Blanca, les pics d’Enfer (3082m).

Vue rapprochée sur la Peña Telera (2764m).

Los Dientes de Batanes (2894m), deuxièmes sommets à partir de la gauche puis le massif du Vignemale avec la Pique-Longue (3298m).

Plus haut sommet vers la gauche, la Tendeñera (2853m).

Les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche (la Brèche de Roland, à sa droite, est occultée) – Le Casque de Marboré – La Tour du Marboré – A l’extrémité droite, le début du pic du Marboré.

Vue rapprochée sur les Gabiétous – Le Taillon – La Fausse Brèche.

Le Casque de Marboré – La Tour du Marboré, à la base du pic du Marboré (dû à l’angle de vue) – Le Cylindre du Marboré – Le Mont Perdu – Le Soum de Ramond. Au milieu du tiers inférieur, le canyon d’Ordesa.

Le ballet aérien des vautours

J’ai bien apprécié aussi le balai aérien des vautours nichant dans les falaises de poudingue de la face nord de la Peña. La présence de certaines fleurs m’a aussi interpellé : du muguet sauvage au début du sentier ainsi que quelques rares pieds de Sceau de Salomon odorant. Sur la crête de la Peña côté du versant sud, on trouve également de nombreuses Tulipes australes, une fleur que je n’avais jamais observé auparavant. Je n’ai pas su prendre le temps de les photographier.

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon

(Nom scientifique : Leiothrix lutea)

Informations générales

Le Léiothrix jaune ou Rossignol du Japon est un magnifique oiseau au chant mélodieux (mâle) originaire d’Asie du Sud-Est et non du Japon comme son nom commun le laisse imaginer. Introduit en France pour alimenter les volières d’ornement, on le trouve depuis quelques années à l’état sauvage. La colonie la plus importante se trouve dans le Sud-Ouest. A l’origine, une dizaine d’individus se seraient échappés au début des années 1990 d’une volière couchée par une rafale de vent chez un particulier dans la région de Laroin (Pyrénées-Atlantiques). Ces oiseaux se sont parfaitement adaptés à leur nouvel environnement et se sont reproduits. Leur résistance naturelle aux conditions difficiles (celles des contreforts de l’Himalaya) ont également facilité leur implantation chez nous.

Cette origine, donnée au conditionnel dans une étude sérieuse, n’a pu bien sûr être validée en l’absence d’un suivi de ces oiseaux-là après cet incident. Ce qui est sûr est qu’ils ne peuvent provenir que d’un retour à l’état sauvage, qu’il soit accidentel ou voulu!

Depuis, ils ont continué leur expansion à partir de ce foyer. Ils ont colonisé une bonne partie du Béarn et ont étendu leur aire de répartition jusqu’à la côte basco-landaise d’une part, et en plein massif landais d’autre part. On a signalé également la présence d’un foyer au bord du bassin d’Arcachon dans les données 2019 de l’INPN.

Les effectifs béarnais sont les plus importants de l’Hexagone (en gros, plusieurs milliers). Ailleurs en Métropole, on signale la présence de petits noyaux reproducteurs en île-de-France, dans le Val-d’Oise (forêt de Montmorency et Vexin français) et dans les Yvelines (autour de Meulan) ainsi que dans les Alpes-Maritimes, dans la région de Nice. Je n’ai pas trouvé d’information récente sur les effectifs.

Contrairement au comportement d’autres espèces invasives, cette espèce ne semble pas perturber leur écosystème d’adoption.

Sa période de nidification s’étale de mai à juillet. Dans la nature, le nid est construit en forme de coupe profonde faite à l’aide de mousse, de paille, d’écorces, de brindilles et de radicelles, le fond est garni de crin. Il est habituellement placé sur la fourche d’une branche à peu de hauteur du sol. Ils vivent en couples au moment de la nidification; en dehors de cette période, on les trouve en petits groupes.

Mes observations

Dans notre Vic-Bilh, j’ai aperçu pour la première fois ce bel oiseau en juin 2014 à Lalongue, dans une haie très touffue entourant une prairie en bordure d’un ruisseau. L’espèce pouvait y être présente déjà depuis quelque temps mais cet oiseau est très discret et difficile à localiser au milieu de la végétation. Peu farouche, on peut l’approcher assez facilement mais le photographier reste un challenge : il est très vif et remuant.

Quand j’ai vu mon tout premier Léiothrix, il m’a interpellé :  je me suis dit tout de suite que cet oiseau était « exotique » et certainement échappé d’une cage. Puis j’en ai vu d’autres. J’ai fait alors des recherches sur internet et j’ai découvert son histoire. J’ai trouvé un peu plus tard un autre foyer dans la région de Gerderest, toujours au bord d’un ruisseau puis à Simacourbe ; les petites colonies locales se sont multipliées par la suite, généralement composées de 5 à 10 individus. Il est devenu courant chez nous et depuis l’été 2018, un groupe s’est fixé près de chez moi, intéressé à l’automne par les prunelles sauvages des haies et en cette saison par les cerises.

Les journées à la météo maussade, s’il reste encore un oiseau qui veut bien chanter, c’est lui!

Un léiothrix jaune dans un roncier, au mois de mars dernier. La couleur du bec peut être entièrement noire, et rouge quelques mois plus tard. Ce n’est pas un élément de dimorphisme.

Je le rencontre régulièrement dans des grands ronciers et fourrés, dans les végétations très denses en bordure de chemin, de prairies ou le long de petits ruisseaux dans des zones boisées.

On le décèle la plupart du temps par l’émission au sein de la végétation de petits gloussements discrets à notre approche. Puis le groupe commence à s’agiter et s’envole, la plupart du temps de branches très basses vers les hauteurs environnantes. Ils s’éloignent alors camouflés par la végétation dense en poussant en même temps des cris d’alarme, un genre de crépitement prolongé. Enfin, le silence revient et on ne sait pas ce qu’ils sont devenus, à moins de se rapprocher de nouveau.

Léiothrix en train de consommer des baies sauvages.

Léiothrix dans un roncier, au début de la saison des mûres.

Il vit habituellement dans les fourrés. Il est peu courant de le surprendre en train de se nourrir à terre.

Il est principalement insectivore, mais il se nourrit également de divers fruits et de baies sauvages.

Pas toujours évident de le distinguer dans la végétation, même à découvert.

Si on veut mieux le connaître, on trouve pas mal d’informations sur internet. Cet oiseau nouveau dans notre écosystème fait l’objet d’études et j’ai mis en fin d’article quelques liens vers des publications que j’ai trouvées intéressantes.

Comment différencier mâle et femelle

Les juvéniles ont leur livrée adulte à partir de la 12ème semaine de vie. Le dimorphisme sexuel chez le Léiothrix n’est pas évident. On peut cependant différencier mâle et femelle grâce à quelques critères.

Mâle adulte

Léiothrix chanteur, c’est un mâle.

seul le mâle chante, surtout d’avril à juin, ce qui correspond à la période nuptiale. Son chant l’aide à conquérir la femelle. Les sonorités sont mélodieuses, perçantes et puissantes. C’est peut-être pour cela qu’on l’appelle communément « le Rossignol du Japon », alors qu’il ne fait pas partie de cette famille et qu’au Japon, il n’y est qu’implanté!

Le bas de la gorge orangé. Un mâle. 

-des deux partenaires, le mâle est censé avoir le plumage le plus coloré. On le voit mieux en observant le bas de la gorge, orangé chez le mâle.

Un mâle, reconnaissable à la bande noire plus longue à l’intérieur des rectrices.

-le dessous de l’extrémité de la queue du mâle a un noir plus étendu, de l’ordre de 1,5 cm et sur toute la largeur. Quand l’oiseau ne chante pas, ce critère est le plus fiable pour différencier les deux sexes.

Femelle adulte

Une Femelle, reconnaissable à la bande noire de seulement 0,5 cm en dessous de l’extrémité de la queue. Sur ce cliché, je pense à une juvénile.

 La femelle a la gorge plus jaune qu’orange.

la femelle ne chante pas; elle pousse seulement de petits cris successifs, une sorte de tui-tui-tui-tui en réponse au mâle ou comme cris d’appel.

-ses couleurs sont un peu plus ternes que celles de son partenaire, mais je pense qu’ils faut qu’ils soient tous les deux côte à côte pour s’en rendre compte; c’est plutôt un critère en volière. C’est plus parlant au niveau de la gorge qui est plus jaune qu’orange chez la femelle.

-le dessous de l’extrémité de la queue de la femelle a un noir moins étendu, de l’ordre de 0,5 cm et sur toute la largeur.

Cette réussite de l’acclimatation de cet oiseau bien sympathique dans notre écosystème sans apparemment le perturber (du moins pour l’instant) ne doit pas faire oublier qu’il ne faut pas pour autant « ouvrir la cage aux oiseaux ». Laissons-les tranquilles dans leur biotope naturel. Ils y sont d’ailleurs tellement plus beaux!

Sources intéressantes consultées :

https://www.lpo.fr/images/actualites/2013/Ornithos_14_6_370_375.pdf

https://cdnfiles1.biolovision.net/www.faune-aquitaine.org/userfiles/FAPublications/0025FA2012Allochtone.pdf

https://www.faune-aquitaine.org/index.php?m_id=30359

http://especes-exotiques-envahissantes.fr/connaissez-vous-le-leiothrix-jaune (Leiothrix lutea)?

Le Renard d’un soir

Le Renard d’un soir

 

Le renard d’un soir (5 000 iso ; 1/60 s ; focale minimum au téléobjectif).

Cette publication tranche avec mes habitudes : c’est l’histoire d’une seule photo, celle d’un bref instant de vie auprès d’un renard.

C’est le week-end de l’Ascension et nous avons droit à notre première vague de chaleur de l’année. Ce soir, il me vient l’envie d’aller à l’affût au coucher du soleil, au moment où le peuple de la Nuit s’apprête à courir la campagne. Ces moments sont toujours particuliers; la chaleur est retombée et il fait bon d’attendre une éventuelle bonne surprise, tout en écouter les derniers chants d’oiseaux comme celui de la grive musicienne ou ceux des Léiothrix jaunes. L’Elanion blanc, à son habitude, va et vient au-dessus des champs cultivés et des friches environnantes.

Je m’assieds le dos calé contre une balle d’herbe séchée restée là depuis quelques jours et j’attends en tenue de camouflage, en partie caché dans l’herbe. Le temps passe et le soleil commence à se se coucher derrière moi. La lumière s’estompe doucement. Les rayons jaunissent la cime des arbres puis le versant d’en face exposé à l’ouest. Bientôt, ils disparaissent. Un brocard dans la force de l’âge débouche d’un champ cultivé et se met à brouter. Il est loin mais je fais quelques clichés même s’ils seront de mauvaise qualité, je ne sais pas rentrer bredouille. J’ai bien fait : en visionnant le résultat, je me rends compte qu’il faut que je force mes paramètres bien au-delà de mes habitudes pour arriver à accrocher un peu de lumière, si un animal se présente.

Comme il fait bon, je m’attarde encore un peu avec le maigre espoir de faire quand même une bonne rencontre, genre blaireau. Je sais déjà qu’il est