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La Grenouille agile (Rana dalmatina)

La Grenouille agile, photographiée dans un sous-bois avec un flash annulaire (alt. 305 m).

Sur le piémont des Pyrénées, il m’est déjà arrivé de confondre la Grenouille agile (Rana dalmatina) avec la Grenouille rousse (Rana temporaria), que j’ai présenté dans un précédent article et que je rencontre essentiellement en altitude.

La publication d’aujourd’hui apporte quelques informations pour éviter la confusion qui arrive parfois entre ces deux espèces qui n’ont pas le même statut de protection.

En effet, la pêche de la Grenouille rousse dont la taille est supérieure à 8 cm est toujours autorisée dans l’Arrêté de pêche de l’année 2022 pour les Pyrénées Atlantiques ; elles est interdite dans les départements voisins des Hautes Pyrénées, Landes et Gers (et dans d’autres départements).

Quant à la Grenouille agile, elle est protégée au niveau national. Si vous êtes amateur de grenouilles rousses et dans le doute, le mieux est de les laisser tranquilles pour ne pas vous exposer éventuellement à des poursuites mais surtout, pour ne pas contribuer à la régression de la Grenouille agile!

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I- Quelques informations générales

Grenouille agile, identification confirmée par plusieurs spécialistes.

La Grenouille agile fait partie des Anoures, qui constituent l’un des trois ordres d’amphibiens (anciennement appelés batraciens), avec les Urodèles (tritons, salamandres, euproctes, qui gardent une queue une fois adulte) et les Gymnophiones (animaux serpentiformes dépourvus de membres, présents uniquement dans les régions tropicales).

Les Anoures ont tous en commun une larve aquatique (têtard), un corps sans queue à l’origine de leur nom et de très longues pattes arrières pour sauter. Les plus connus sont les rainettes, les grenouilles et les crapauds. Sous ces noms courants appelés des noms vernaculaires, figurent de nombreuses espèces, 32 en France. J’en côtoie certaines, régulièrement.

La Grenouille agile fait partie des grenouilles brunes, tout comme la Grenouille des champs (Rana arvalis), la Grenouille rousse (Rana temporaria) et la Grenouille des Pyrénées, endémique et très récemment découverte (Rana pyrenaica).

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II- Quelques éléments pour les différencier

Grenouille agile.

Dans le Nord-est du Béarn, je n’ai observé à ce jour que la Grenouille agile. Je l’ai rencontrée généralement à l’ombre dans des endroits plus ou moins humides comme certaines bordures de grandes haies, des sous-bois de feuillus et leurs prairies attenantes. C’était des sujets isolés au corps assez élancé, dont la couleur générale était globalement uniforme, claire et plutôt terne, avec un chevron bien marqué sur le dos. A chaque fois, l’animal s’esquivait prestement en faisant des bonds de grande ampleur qui m’interpelaient ; elle n’est pas facile à photographier! Mais je n’avais pas de doute sur l’identification.

Il s’avère que les choses ne sont pas aussi simples. J’ai appris récemment que la Grenouille rousse peut être elle aussi présente près de chez moi. J’ai donc recherché des éléments déterminants pour les différencier.

J’ai consulté divers ouvrages et publications sur ces deux espèces et il y a très peu d’éléments « tout ou rien ». Il faut donc rester prudent.

Je ne manipule jamais les grenouilles, par principe. Il existe quand même d’autres solutions pour aider à l’identification.

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2_1 L’altitude de l’observation :

_ La Grenouille des champs n’est présente en France que dans le Nord et en Alsace, où sont aussi présentes d’ailleurs la Grenouille agile et la Grenouille rousse. Ici, il n’y a pas de risque de confusion de par son absence.

_ La Grenouille des Pyrénées fréquente certains gaves en altitude, entre 800 et 1 000 m environ côté français (entre 440 et 2 100 m d’altitude côté Pyrénées espagnoles où elle y est plus présente).

Sa répartition très limitée ne couvre qu’une petite zone des Pyrénées Atlantiques. Elle se différencie facilement de la Grenouille rousse par son tympan quasi invisible. Sa présence peut être détectée au printemps grâce à la couleur très particulière de ses têtards, pailletés de points blancs.

_ La Grenouille agile est elle aussi une espèce de l’étage collinéen et la plupart des sujets ne dépassent pas 500 mètres d’altitude sur le piémont des Pyrénées. Au-delà, elle se fait rapidement rare et elle ne dépasse jamais 1 000 m. Plus haut, il s’agit d’une Grenouille rousse.

_ La Grenouille rousse est présente pratiquement dès le niveau de la mer et jusqu’à 2 600 m dans les Pyrénées. Je l’ai personnellement rencontrée à 390 m et jusqu’à 2 335 m d’altitude.

Bien que le critère d’altitude ne soit pas scientifique, les risques de confusion dans les anciennes régions de l’Aquitaine et du Midi-Pyrénées entre les espèces de grenouilles brunes n’existe que pour ces deux dernières ET en dessous de 500-600 m.

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2_2 Les éléments physiques sur des sujets adultes :

Tout d’abord, la capacité de l’animal à faire des grands sauts est un élément important, sans être suffisant. Quand l’animal ne permet pas de faire une observation détaillée, j’en tiens compte si je peux l’apprécier et je le combine avec la présence éventuelle de grandes taches noires sur le dos.

Il y a une réelle différence de comportement à terre entre la grenouille rousse qui, dérangée, se déplace par bonds de moyenne amplitude et la Grenouille agile qui se met hors de portée dans un grand saut spectaculaire en hauteur et jusqu’à 1m00 – 1m50 de longueur pour peu qu’elle ait de la place, suivi par d’autres après avoir assuré ses appuis pour s’élancer à nouveau.

 

Sur ses pouces en arrière-plan, les callosités nuptiales de ce mâle de Grenouille rousse sont de couleur noire (altitude 2 280 m, début juin).

Au moment de la reproduction, la présence des callosités nuptiales chez le mâle permet une identification sûre. Situées sur les pouces des pattes avant et présentes chez tous les mâles anoures, elles sont noires à brunâtres chez la Grenouille rousse (photo ci-dessus), grises chez la Grenouille agile (pas de photo). Ces callosités rugueuses lui permettent de maintenir fermement la femelle lors de l’accouplement.

 

Les autres éléments les plus importants à repérer sont la présence éventuelle de grandes taches noires sur le dos, la position du tympan et le détail des yeux. Il faut tenir compte de la combinaison de plusieurs de ces éléments et non d’un seul!

_ Pour la Grenouille agile

. Sa peau est pratiquement lisse, mais c’est un élément qui reste suggestif car certaines Grenouilles rousses donnent l’impression d’avoir également la peau assez  lisse :

Grenouille agile. La peau dans le détail a ici un aspect très légèrement granuleux.

. Son dos est de couleur globalement uniforme, avec quelques petites taches sombres irrégulières. Il n’a pas de grandes taches noires bien marquées :

Grenouille agile – La couleur de sa robe lui permet de passer inaperçue dans un environnement de feuilles mortes.

 

. Son tympan est proche de l’œil :

Grenouille agile – L’œil est à considérer dans sa globalité et non pas seulement l’iris, pour apprécier la position du tympan.

. Elle a un liseré doré étroit autour de la pupille, peu visible en partie inférieure :

Grenouille agile – Le liseré doré autour de la pupille est bien moins voyant sur la partie sombre de l’iris.

. L’iris est doré au-dessus de la pupille et sombre en-dessous :

Grenouille agile – La différence de coloration de l’iris est bien évidente sur cette photo.

Grenouille agile – L’iris est doré sur le 1/3 supérieur, sombre en-dessous.

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_ Pour la Grenouille rousse

Grenouille rousse (altitude 2 230 m).

. Sa peau est légèrement verruqueuse, mais c’est un élément qui peut être parfois moins évident à apprécier,

. Présence de grandes taches noires sur une robe dont la couleur peut être très différente d’un sujet à l’autre. Il n’y a jamais de vert, tout comme chez la Grenouille agile,

. Le liseré autour de la pupille est également doré, un peu plus large mais on ne s’en rend bien compte que par comparaison entre les deux espèces. Il est surtout bien net et uniforme sur ses deux parties supérieure et inférieure,

. Son iris est de couleur uniforme, clair.

. Son tympan est éloigné de l’œil, pas toujours facile à apprécier comme c’est le cas sur la photo ci-dessus choisie intentionnellement : l’altitude de l’observation et les autres éléments permettent de lever le doute.

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2-3 Autres éléments parfois cités, que je ne retiens pas personnellement :

. Le chevron sur le haut du dos. Il est toujours présent et bien marqué chez la Grenouille agile. Chez la Grenouille rousse, il peut être parfois mal marqué ou même absent. Cet élément ne permet pas de pencher pour l’une ou l’autre espèce.

Chevron du dos de la Grenouille agile.

. La forme du museau (pointu et allongé chez la Grenouille agile, arrondi et court chez l’autre) laisse une bonne marge à l’interprétation quand on n’est pas spécialiste.

Museau pointu de la Grenouille agile. 

Parmi les exemples que j’ai pu consulter sur le Net, il y a parfois des méprises entre les deux espèces. Il faut donc rester prudent!

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