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Le Loriot d’Europe (Oriolus oriolus)

Mi-juillet en fin de soirée – Le Loriot mâle en train de chanter.

Le Loriot d’Europe est enfin arrivé dans mon Béarn! Nous sommes le 29 avril 2021 et cet après-midi, je l’ai entendu chanter. Cela a duré moins d’une minute et il était posé sur la parcelle forestière habituelle où un couple niche chaque année. Je l’ai écouté en même temps qu’une Tourterelle des bois. Je l’attendais depuis plusieurs jours. J’ai pris plus ou moins l’habitude de noter son arrivée, qui a généralement lieu ici entre le 20 et le 30 avril, un mois environ après celle du Coucou gris.

Il a neigé cette nuit sur les Pyrénées au-dessus de 2 000 mètres. Je pensais devoir attendre encore un peu sa venue. Et bien non! Il a quand même traversé pour prendre ses quartiers d’été.

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I- Une description de ce bel oiseau

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26 avril 2020 – 18h00. Mon premier Loriot d’Europe de la saison (un mâle que j’ai pu photographier).

De même gabarit qu’un merle, le Loriot d’Europe est un oiseau très discret, difficile à photographier. Le chant mélodieux du mâle trahit sa présence dans les frondaisons. Ses notes flutées retentissent principalement à la pointe du jour et en fin de soirée.

Il pousse parfois un criaillement bien moins mélodieux mais retentissant, un genre de « creeeck » éraillé qu’il peut répéter à plusieurs reprises : c’est en principe un cri d’alarme ou d’inquiétude pour prévenir sa femelle et/ou ses congénères qu’il a détecté quelque chose d’anormal. Très insistant, ce cri peut être aussi un signe de comportement agressif.

Son envol reste discret – Les feuilles d’acacia ne sont pas très fournies, mais elles sont suffisantes pour le camoufler.

Le plumage du mâle est d’un jaune d’or pour la tête et le corps ; les ailes et la queue sont d’un noir profond avec des marques jaunes. Le bec est rose foncé. Cette livrée très exotique en fait le joyau estival de nos contrées.

Une femelle Loriot.

Le plumage de la femelle est bien plus discret, de couleur jaune-vert pour le dessus avec les ailes et la queue vert olive foncé. La poitrine est grisâtre striée de brun foncé. Les femelles plus âgées ressemblent davantage aux mâles mais gardent systématiquement les stries brunâtres sur le poitrail, avec un jaune plus terne. Les jeunes ressemblent aux femelles, en un peu plus terne et des stries sur la poitrine plus marquées.

Une femelle âgée.

La femelle ne chante pas, mais elle peut lancer des cris d’alerte. Elle communique aussi avec son mâle, en répondant à ses vocalises par un son court que vous pouvez entendre sur le fichier suivant, après 3 secondes :

28 avril 2020, 6h30 – Le couple de loriots est de retour depuis peu. N’hésitez pas à monter le son si nécessaire et écoutez le chant du mâle et la réponse de sa femelle (extrait d’une séquence vidéo personnelle).

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08 mai 2021 – Il chante juste au-dessus de moi, à la cime d’un merisier au milieu de la forêt. J’ai la surprise de constater que ce mâle, qui ressemble à une femelle, est en fait un juvénile de l’an passé (plumage juvéno-prénuptial). Son chant très mélodieux est moins affirmé et plus mélancolique que celui d’un mâle adulte.

Alors que les adultes effectuent une mue complète dès la fin du mois de juillet, avant leur retour vers l’Afrique, celle des jeunes a lieu pendant leur premier hiver et elle n’est que partielle. Le mâle revêt alors un plumage d’aspect féminin, que l’on découvre lors de son retour sous nos cieux ; on en a l’illustration avec ce mâle chanteur juvénile au plumage dorsal vert olive et à la poitrine blanche légèrement striée, avec la présence du bandeau caractéristique noirâtre autour de l’œil.

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Son régime alimentaire

Le Loriot se nourrit principalement de gros insectes (chenilles, …) qu’il trouve en grande majorité dans les frondaisons protectrices, ainsi que de fruits un peu plus tard dans la saison. Il affectionne en particulier les cerises, puis les figues en cours de migration. Il se pose rarement au sol.

Il aime bien boire et la présence de l’eau est importante. Il boit en rasant la surface ; il prend également ses bains à la volée.

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Son comportement

C’est un oiseau timide, très farouche : son arrivée coïncide avec la poussée du feuillage, au milieu duquel il passe inaperçu. Les mâles arrivent les premiers pour reprendre possession de leur domaine vital et en chasser éventuellement les concurrents, suivis quelques jours plus tard par les femelles. L’oiseau aime bien les forêts riveraines des cours d’eau, avec quelques clairières. Il affectionne en particulier les peupleraies au bord de l’eau.

4 août – Une femelle âgée. Bien qu’elle soit très jaune, on distingue les stries sur son poitrail éliminant ainsi la possibilité d’être un mâle.

La même femelle âgée, de dos et poussant des cris d’alerte – Sur la branche morte de ce vieux châtaignier, elle domine les environs. Dans cette position, on pourrait la confondre avec un mâle.

Le loriot ne se montre que rarement à découvert et j’ai eu de la chance avec les photos ci-dessus. Il affectionne les arbres de haute futée au feuillage caduc dense dans lequel il peut passer inaperçu. Il a une excellente vue et il est difficile de l’approcher. Il s’éloigne sans que l’on ait perçu le moindre mouvement ou bruit d’aile et se remet à chanter un peu plus loin.

02 mai 2021 au matin, au travers de quelques frondaisons. Arrivé il y a moins de 3 jours, ce mâle s’est déjà requinqué et se déplace de cime en cime pour chanter.

La meilleure opportunité pour l’observer est quand il traverse, d’un vol rapide et direct à la manière d’un pivert, un espace à découvert entre deux bosquets.

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La nidification

La première reproduction a lieu entre deux et trois ans. Les juvéniles de l’année précédente s’initient parfois aux joies de la parenté en aidant un couple à nourrir les oisillons.

La femelle ne perd pas de temps à son arrivée et construit en partie supérieure d’un grand arbre, dès les parades terminées, un nid original accroché en hamac à l’horizontale dans une fine enfourchure de branche. La mâle participe pour la partie grossière en brindilles entrelacées et la femelle s’occupe seule des finitions, avec de l’herbe et de la mousse. Le mâle l’accompagne pendant ce temps de son chant à proximité.

Le même site peut être utilisé plusieurs années de suite par le même couple. Dès qu’elle pond (3 à 4 œufs, généralement vers la dernière décade de mai), le mâle siffle moins puis on ne l’entend plus jusqu’en juillet. Pendant la période de nourrissage des petits, il évite ainsi d’attirer l’attention des prédateurs sur la nichée.

Très territorial, il surveille et protège le nid ; il n’est pas rare de le surprendre en vol en début de période de reproduction en train de chasser des intrus, tout en poussant des cris très agressifs.

06 Mai 2020, pendant la construction du nid – Interpelé par des cris d’oiseau inhabituels, j’ai levé la tête pour apercevoir ce Loriot mâle poursuivre un Coucou gris en faisant des piqués sur lui. Le Coucou n’en menait pas large. 

Les jeunes naissent après 14-16 jours de couvaison assurés en grande partie par la femelle et sont nourris au nid par les deux parents, pendant deux autres semaines environ. Ils sont autonomes vers la fin juin/début juillet. Ils restent alors avec les adultes jusqu’au moment de leur première migration où le mâle les quitte.

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La migration postnuptiale

Arrivés en Béarn fin avril/début mai, les loriots repartent dans la discrétion et à mon plus grand regret dès la fin juillet-début août vers les forêts d’Afrique où ils passeront l’hiver, très au sud du Sahara. En Afrique, le loriot est silencieux et sa présence y est encore plus difficile à observer.

Cette migration est plutôt nocturne et en ordre dispersé. La migration prénuptiale était directe, notamment par le Maghreb. Celle du retour est par le chemin des écoliers. Les oiseaux traversent la Méditerranée dans sa partie orientale, entre l’Italie et la Turquie. Puis ils traversent le Sahara, parallèlement au Nil, et continue très au Sud jusqu’à leur destination finale, de part et d’autre de l’équateur.

Il m’est arrivé d’observer dans le courant du mois d’août la présence inhabituelle de plusieurs loriots au matin, perchés à la cime des arbres, alors que les oiseaux autochtones ne montraient plus aucun signe de présence depuis déjà quelques jours. C’était des mâles qui faisaient une halte ponctuelle au cours de leur migration postnuptiale. Mâles et femelles migrent en groupes séparés ; les mâles peuvent être solitaires. Il semble que les jeunes de l’année migrent avec les femelles.

Début juillet dans les frondaisons d’un acacia, au moment où la chaleur retombe – Ce mâle vient de manifester sa présence en poussant quelques cris d’alerte éraillés. Deux autres loriots agités l’accompagnent, invisibles sur la photo.

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Je termine cette publication en précisant que mes photos de loriots sont prises avec un téléobjectif dans mon environnement familier, au hasard des rencontres. J’ai la chance de revoir chaque année un couple qui vient se reproduire près de ma demeure et son départ est toujours un moment de nostalgie.

La dernière photo, celle que je préfère, avec ce petit regard dans ma direction!

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Bibliographie

Les Passereaux (Tome I), de Paul Géroudet (Paru en 1980) – Editions Delachaux et Niestlé.

Les Oiseaux voyageurs – Carnet de Routes, de Stéphane Durand (Paru en 2003) – Editions du Seuil.

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