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Les volcans de sable du plateau du Benou

Le bloc erratique du plateau du Benou et ses arenaygues (vous pouvez cliquer sur la photo).

Le plateau du Benou, situé à l’entrée de la vallée d’Ossau à une altitude moyenne de 900 m, est un site connu et très fréquenté. Haut-lieu du pastoralisme ossalois, on peut y admirer ses nombreuses granges ; à l’arrivée des beaux jours, le bétail y évolue en liberté.

Le plateau du Benou (secteur Roland) depuis les crêtes de Lazerque. En face, le pic de Gerbe (bord de la photo), le Lauriolle, le Mailh Massibé (au centre), le Rocher d’Aran, l’Ourlénotte et l’Ourlène.

Il est dominé par deux massifs : au nord, le massif du Soum de Counée (1 361 m) et au sud, celui du pic de l’Ourlène (1 813 m). Entre les deux, le plateau forme une dépression dans laquelle passe une importante faille aujourd’hui masquée par des dépôts d’argiles glaciaires et constituée de brèches et d’écailles, sorte de copeaux géants. Certains témoignages en sont visibles comme le Turon de la Técouère, constitué de lherzolite (roche magmatique plutonique très dure du manteau terrestre supérieur, formée en profondeur et qui s’est lentement refroidie). 

A la fin du Quaternaire, le plateau était recouvert d’un glacier suspendu. L’érosion provoquée par son déplacement a remodelé le paysage : la lherzolite du Turon de la Técouère a résisté et de là vient la présence insolite de ce sommet modeste et très caractéristique ressemblant à une pyramide, culminant à 1 067m.

Outre ses dolines dans lesquelles les eaux de l’Arriou Tort disparaissent pour ressurgir un peu plus bas aux fontaines de Houndas, ce plateau présente bien d’autres curiosités géologiques. Il y en a une qui m’intéresse en particulier, un bloc erratique anguleux de petite taille mais très riche en histoire, masqué parfois aux beaux jours par les fougères ; sa surface est tapissée d’Arenaygues, appelées aussi volcans de sable!

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I- Un peu d’histoire

Les connaissances actuelles sur les « volcans de sable » en vallée d’Ossau sont dues à la persévérance de Jean-Pierre Dugène qui en a fait la découverte au-dessus du lac d’Er en 1990 et à Dominique Rossier, qui en a percé le secret. Cette découverte a donné lieu à une publication commune de leur part en 2009, complétée par une belle vidéo très instructive réalisée en 2012 et disponible sur Vimeo. Les liens pour consulter sont dans la bibliographie à la fin de cet article.

Jean-Pierre Dugène est un épigraphiste qui parcourt les montagnes et les estives des Pyrénées, un spécialiste des inscriptions pastorales laissées par les bergers sur les pierres au cours des siècles passés. Lors d’une de ses quêtes inlassables, il découvre en septembre 1990 au-dessus du lac d’Er ce qu’il pense d’abord être des fossiles marins, mais sans conviction. Poussé par une curiosité insatiable, il découvre plus tard dans le même secteur, en 1997, d’autres structures identiques en nombre bien plus important. Sa rencontre avec Dominique Rossier, géologue amateur au sein du Muséum national d’histoire naturelle de Paris (association SAGA) et auteur, entre autres, d’une excellente étude sur le volcanisme de l’Ossau, va par la suite permettre de lever un voile sur ces « fleurs de pierre » étonnantes. Elles ont l’apparence d’une ancienne roue de charrette avec un renflement au centre plus ou moins proéminant et des rayons de forme et taille homogènes, disposés régulièrement tout autour sans être reliés au renflement.

L’étude menée par Dominique Rossier écarte définitivement la piste des fossiles. Ces structures, rares, sont connues des géologues depuis le XIXème siècle et déjà observées sur plusieurs continents, sur des affleurements très anciens. Ce sont en fait des structures sédimentaires inorganiques d’origine détritique. Celles découvertes en vallée d’Ossau au-dessus du lac d’Er sont, à ce jour, les plus belles et les mieux conservées au monde.

Une arenaygue, sur un bloc erratique du plateau du Benou. 

Jean-Pierre Dugène leur a donné le nom de Arenaygue, à partir du mot latin « arena » qui signifie sable, et « aygue » qui signifie l’eau en béarnais.

Après un travail bibliographique et avoir étudié dans le détail une coupe d’arenaygue, Dominique Rossier apporte l’explication suivante sur leur mécanisme de formation : les arenaygues se sont formées au cours du Dévonien (419 à 359 Ma) lors d’un phénomène lié à des séismes fréquents et assez violents, opérant sur une plateforme marine peu profonde sur laquelle se sont accumulées des couches importantes de sables gorgés d’eau et d’argiles. Lors d’un séisme, le sable en profondeur se « liquéfie » et le mélange eau/sable se met en mouvement vers la surface selon deux modes : un mode lent avec des éjections successives de sable déposées les unes sur les autres en suivant une multitude de petits canaux latéraux (les rayons) ; un mode violent qui crée une cheminée par laquelle le mélange eau/sable jaillit comme un geyser en créant un cône. La combinaison de ces deux modes crée l’areynague, cette fleur de pierre appelée aussi « volcan de sable », par analogie à son mode de création. Le temps et les bouleversements géologiques, par la suite, font leur œuvre et les figent pour l’éternité.

Le musée d’Arudy expose depuis 2011 dans une de ses salles dédiées à la géologie ossaloise un petit bloc d’arenaygues de 200 kg environ, trouvé seul au milieu d’un chaos morainique en vallée d’Ossau.

Des dégradations ont été malheureusement occasionnées en juillet 2019 sur le site de découverte des arenaygues de l’Ossau. Afin de le préserver et à juste titre, les coordonnées ne sont plus divulguées.

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II- Le bloc erratique du Benou

A ma connaissance, ce bloc erratique discret a été signalé pour la première fois en mai 2017 par Robert Darrieumerlou, un passionné des Pyrénées qui tient un blog que je recommande, « Robert dans les Pyrénées », sur lequel il en est fait mention avec une description détaillée.

La face nord du bloc, montrant sa forme anguleuse allongée. L’arenaygue la mieux conservée est bien proéminente. 

Sur le devant du bloc, on peut remarquer un éclat récent, qui semble postérieur au premier signalement de mai 2017. A gauche de l’éclat, on distingue une partie des « rayons » d’une arenaygue, avec une coupe transversale blanchâtre de la cheminée dans l’épaisseur du bloc. C’est un détail très intéressant à observer.

Le bloc se présente sous la forme d’une dalle anguleuse disposée à plat, partiellement enfouie dans la terre. La face supérieure est plus ou moins plane. Elle est recouverte de ces fameuses arenaygues, assez bien conservées. Bien que présentant des marques d’usure par les frottements répétés qu’elles ont dû subir, elles n’ont pas été trop abîmées lors du transport du bloc par le glacier d’Ossau, depuis son lieu d’origine en amont dans la vallée.

Curieusement, alors qu’il est là depuis plusieurs milliers d’années et que sa découverte ne date que d’il y a seulement quatre ans, ce bloc a déjà eu un impact qui a entraîné le détachement d’un éclat! Un engin « mécanique »?

Détail des rayons de l’arenaygue à gauche de l’impact, usés par le frottement pendant le transport du bloc. En partie basse et en blanc, la cheminée qui s’élargit en remontant.

En haut et au centre, l’arenaygue la mieux conservée. La végétation, à droite, s’est installée dans une fissure de la roche, qui passe à proximité d’un cône d’éjection seul, bien visible et d’une des nombreuses arenaygues.

A droite, l’arenaygue la mieux conservée.

Les mêmes arenaygues, photographiées à l’opposé des clichés précédents. Au premier-plan à droite, la bordure du bloc.

Une vue rapprochée d’une arenaygue avec le cône en retrait, parcourue par un réseau de fissures remplies de calcite (?).

Une vue rapprochée de l’arenaygue la mieux conservée, avec son cône proéminent.

Une vue rapprochée d’un cône d’arenaygue, sans ses rayons. Au centre, on aperçoit la partie circulaire d’éjection du sable, bien marquée.

Le bloc a été déposé lors du retrait du glacier, qui avait atteint son extension maximale il y a 18 000 AP (Avant le Présent) dans la région d’Arudy. Le village de Bescat est bâti sur sa moraine frontale. Le glacier d’Ossau était en fait constitué de quatre glaciers qui, après avoir creusé les vallées du Valentin, de Soussouéou, de Broussette et de Bious, se rejoignaient au niveau de Laruns. Le plateau du Benou et Bilhères sont sur une série de moraines latérales.

L’entrée de la vallée d’Ossau, modelée par son glacier éponyme. Le village de Bielle et à droite, la direction de Bilhères et du plateau du Benou.

Les références bibliographiques penchent pour une origine de ce bloc à partir du site de découverte des arenaygues, au-dessus du lac d’Er. Il est possible qu’il y en ait d’autres de la même origine, « semés » par le glacier d’Ossau tout le long de la vallée. On peut laisser libre cours à notre imagination pour recréer le paysage de la photo ci-dessus il y a seulement quelques milliers d’années!

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III- Remarque

Ce bloc, de part sa singularité, fait en quelque sorte partie du patrimoine géologique. Il ne bénéficie pas de protection particulière sur le site. C’est, je pense, dommage.

Pour tous les cas semblables, je me pose la même question : peut-on en parler, au risque d’exposer à de mauvaises intentions? Je sais aussi que, malheureusement, ne rien dire peut amener à voir se détériorer ou disparaître dans l’indifférence générale des témoins de notre « richesse » naturelle.

Je choisis de mettre ce bloc en avant mais sans en indiquer l’endroit exact. Cela n’a été possible qu’en m’inspirant des résultats du travail effectué par les auteurs que j’ai cités dans le texte et dans la bibliographie de cette publication.

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IV- Bibliographie

Pour tout savoir sur les Areynagues :

_ Etranges témoins du Dévonien en Ossau : Volcans de sable ? (Jean-Pierre Dugène et Dominique Rossier) : https://www.agso.net/sites/agso.net/IMG/pdf/article_volcans_de_sable.pdf

_ Les volcans de sable par Dominique Rossier, membre de la Commission volcanisme de la SAGA (Société Amicale des Géologues Amateurs) : https://www.agso.net/sites/agso.net/IMG/pdf/article_volcans_de_sable2.pdf

_ D’eau et de sable, les Arenaygues en vallée d’Ossau : https://vimeo.com/78802017

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