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Les glaciers de la face nord du Vignemale

Le glacier des Oulettes de Gaube (glacier de cirque et de surracumulation) – Novembre 2015.

DEFINITION D’UN GLACIER

Les glaciers font partie du domaine des « neiges éternelles ». Ils se présentent sous la forme d’une masse de glace en mouvement qui s’écoule lentement sous l’effet de son propre poids et de la pente. Cette glace se forme par les tassements successifs d’épaisses couches de neige accumulées pendant l’hiver et conservées. Après l’expulsion progressive de l’air emprisonné, les cristaux de neige se soudent entre eux pour former une matière homogène, la glace (un phénomène appelé la diagénèse).

On les sépare en deux catégories : le glacier véritable qui présente des crevasses caractéristiques d’un écoulement glaciaire, et le glacier résiduel qui a été un glacier véritable, dépourvu maintenant de signes d’écoulement.

Le glacier résiduel de Barroude (altitude moyenne 2 475 m) et le grand lac. L’eau a la couleur laiteuse caractéristique des eaux de fonte de glacier (août 2014).

Un glacier a une très longue existence derrière lui ; la glace est présente en été comme en hiver et en permanence à l’échelle humaine. Cela permet de le différencier du névé que l’on trouve pendant l’été au-dessus d’une certaine altitude (en lien avec l’isotherme O°C) mais qui a une espérance de vie restreinte, quelques années. La présence de moraines frontales et/ou latérales est une preuve d’activité passée d’un glacier. 

Les glaciers présentent plusieurs morphologies, déterminées par les formes du relief qui les soutient : le glacier de fond de vallée, le glacier de cirque, le glacier de suraccumulation, le glacier suspendu, le glacier de versant, etc.

LES GLACIERS PYRENEENS

Je ne m’intéresse à eux que depuis peu. J’ai pensé, à une période où je pratiquais la montagne sans prendre le temps de la regarder de près, qu’il n’en restait pratiquement plus « chez nous ». Pourquoi? Parce que pour moi un glacier, cela devait être « impressionnant ».

12 Juillet 1994, à l’époque des appareils photo « jetables » – Le glacier de la Brèche de Roland (glacier de versant), sous la neige. Il a aujourd’hui disparu! 

Le glacier de la Brèche de Roland occupait encore une superficie de 3 ha environ en 2000. Il a disparu vers 2010, pour ne laisser subsister que quelques névés. La meilleure période pour l’observation d’un glacier est fin août/début septembre, quand la neige a fondu.

12 juillet 1994 – Le glacier véritable du Taillon (glacier de cirque) recouvert par la neige, depuis la Brèche de Roland. En 2016, il occupe encore une superficie de 8 ha.

Les glaciers des Pyrénées disparaissent les uns après les autres! Ils ont commencé leur régression à partir de 1850, à la fin du Petit Âge Glaciaire, nom donné à la période climatique froide entre 1560 et 1830 et principalement localisée sur l’Atlantique Nord. On appelle scientifiquement cette période, le « minimum de Maunder ».

Le glacier et la Muraille de Barroude (août 2014), en vallée d’Aure. A gauche du glacier recouvert par la neige, on remarque la moraine latérale résiduelle du Petit Age Glaciaire.

Les glaciers pyrénéens sont modestes, au point que je prenais certains d’entre eux pour de simples névés, comme le glacier de Barroude, un glacier résiduel qui est à l’agonie. Recouvert effectivement par un névé, il n’a plus d’activité. En 2001, l’Association Moraine lui attribuait une superficie de cinq hectares. Je n’ai pas trouvé d’information plus récente.

Les Oulettes de Gaube et son refuge (vallée de Gaube) – Août 2016.

Dans les Pyrénées, une oulette désigne un cirque ou une cuvette glaciaire. On peut observer aux Oulettes de Gaube, dans les Hautes-Pyrénées, deux des derniers glaciers des Pyrénées et je les photographie maintenant. Pourquoi? C’est un patrimoine naturel que j’ai la chance de pouvoir encore observer, alors qu’ils ne seront bientôt qu’un souvenir nostalgique.

Depuis le refuge d’Arrémoulit, on peut observer la face nord du pic d’Arriel (qui est ce jour-là dans les nuages, tout à droite). Au pied de la paroi abrupte, son glacier résiduel, débarrassé de la neige de l’hiver : c’est la tache blanche tout à droite. A l’époque, je ne m’intéressais pas aux glaciers et je ne savais même pas que je passais à côté de ce qui ne serait quelques années plus tard qu’un souvenir du passé – Septembre 2007.

Vers 1850, à la fin du Petit Age Glaciaire, on comptabilisait 23 km² (2 300 ha) environ de glace répartis sur près d’une centaine de glaciers. En 1984, ils étaient encore 39. Le dernier glacier aquitain, celui de l’Arriel, est passé sous la barre des 2 ha autour de 2010. Pour acter sa disparition, une plaque commémorative a été déposée au refuge d’Arrémoulit (depuis lequel le glacier pouvait être observé) le 23 octobre 2019. C’est une première en France.

Descendus au nombre de 25 en 2016 sur toute la chaîne (dont 15 côté français) pour une surface totale réduite à 2,6 km² (260 ha), nos glaciers pyrénéens auront peut-être tous disparu pour les environs de 2050, d’après nos connaissances actuelles sur leur régression.

D’une façon arbitraire, l’inventaire ne considère que les glaciers supérieurs à 2 hectares. On peut en trouver très facilement la liste avec l’association Moraine.

Créée en 2001, l’association Moraine est un observatoire des glaciers des Pyrénées françaises ; elle étudie depuis 2001 selon un protocole de mesures strictes l’évolution de certains glaciers représentatifs (au nombre de 9) comme ceux des Oulettes de Gaube et du Petit Vignemale. Ces mesures sont reconnues et utilisées par la Communauté scientifique internationale. Pour marquer les esprits, la surface cumulée des neufs glaciers étudiés ne représente plus que 79 hectares en 2019, contre 140 ha il y a 18 années (- 44 %).

L’association est à l’origine de nombreuses publications très instructives que je recommande de lire ; je m’en suis inspiré pour rédiger cet article. Elle a aussi édité un livre « Les glaciers des Pyrénées – Le réchauffement climatique en images » aux éditions CAIRN. Pour en savoir plus, vous trouverez toutes les informations sur le Web.

MES TEMOIGNAGES EN PHOTOS SUR LES GLACIERS DELA FACE NORD DU VIGNEMALE

Le glacier des Oulettes de Gaube est un glacier de cirque et de suraccumulation très dynamique, attesté par ses importantes crevasses dont certaines dépassent une trentaine de mètres, les plus profondes des glaciers pyrénéens. Il est aussi le plus rapide, avec une vitesse maximum comprise entre 50 et 70 mètres/an. Le glacier du Petit Vignemale est un glacier suspendu. En 1850, les deux glaciers étaient réunis et occupaient une superficie de 60 ha environ.

Mes photos couvrent la période de 2009 à 2018. En voici quelques-unes :

Les Oulettes de Gaube – Juillet 2009. Le Petit Vignemale (3 082 m), la pointe Chausenque (3 204 m), le Piton Carré (3 197 m) et la Pique Longue (3 298 m), point culminant des Pyrénées françaises.

En septembre 2009, le glacier des Oulettes occupe une superficie de 13 hectares (de 2 270 à 2 550 m), avec une longueur maximum horizontale de 550 mètres. Le glacier du petit Vignemale occupe une superficie de 3,5 ha (2 700 à 2 900 m). Source : association Moraine (comme d’autres données de cet article).

Depuis 2006, le glacier des Oulettes tend à se scinder en deux, avec l’apparition d’un mur de glace d’une vingtaine de mètres de hauteur. De gros blocs de glace s’en détachent régulièrement. Situé au pied du Couloir de Gaube, il est alimenté par les avalanches qui s’accumulent au pied des couloirs. C’est le glacier le plus bas des Pyrénées, facilement accessible et instructif. 

Le glacier du Petit Vignemale (à gauche) et le glacier des Oulettes de Gaube (au centre) – Juillet 2009.

Tout en haut et à droite du cliché ci-dessus, nous avons un névé de longue date, déjà présent sur les cartes postales du début du 20è siècle. Il est représenté comme un glacier sur la carte IGN au 1:25 000è mais il ne porte pas de nom. Alimenté par deux couloirs d’avalanche, sa superficie aujourd’hui est bien inférieure à 2 ha. 

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En août 2010, il n’y a pas d’évènement notoire.

En descendant du col des Mulets – La vue sur les deux glaciers de la face Nord du Vignemale (Août 2010).

En descendant de la Hourquette d’Ossoue – La vue sur les deux glaciers de la face Nord du Vignemale (Septembre 2010). En bas à droite, l’amas de débris caillouteux en forme de fer à cheval est la moraine centrale correspondant à la limite basse du glacier à la fin du Petit Age Glaciaire (1850). Sur la partie supérieure du flanc opposé, le « névé éternel » sans nom cité plus haut. De l’autre côté de la crête sur le versant espagnol, se trouve le petit glacier du Clot de la Hount, bien visible depuis le col d’Arratille.

En 160 ans (de 1850 à 2010), le glacier des Oulettes a reculé de 475 mètres (80 m en altitude), illustré sur la photo ci-dessus!!!

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En novembre 2015, je peux faire des photos rapprochées des deux glaciers au téléobjectif, amené pour prendre des photos du rut des isards un peu plus bas dans la vallée de Gaube.

Les crevasses et séracs du glacier des Oulettes de Gaube – Novembre 2015.

On peut trouver plusieurs définitions pour décrire un sérac, dont celle du Larousse : « bloc(s) de glace provenant de la fragmentation d’un glacier … Ils occupent, en groupes chaotiques, les sections du lit du glacier caractérisées par une brutale augmentation de pente ». 

Le glacier des Oulettes de Gaube (novembre 2015, après un épisode neigeux). Les crevasses apparaissent quand on a dépassé la limite de plasticité de la glace.

Une partie du glacier suspendu du Petit Vignemale (glacier véritable, avec ses crevasses et ses séracs) – Novembre 2015.

Le genre de moment que j’aime bien. Novembre 2015.

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En 2016, le glacier suspendu du Petit Vignemale n’occupe plus qu’une superficie de 2,5 ha (- 1 ha ou – 28% en 7 ans) et le glacier de cirque des Oulettes de Gaube, 11 ha (5è rang en superficie ; – 2 ha ou -15% en 7 ans). A l’origine, ces deux glaciers n’en formaient qu’un seul et ils se sont dissociés à la fin du 19è siècle. Le front des glaciers pyrénéens régresse en moyenne de  7,9 mètres par an. Source : Association Moraine.

Nettement plus exposé à l’ensoleillement de fin de journée que celui des Oulettes, le glacier du Petit Vignemale recule plus vite.

Les Oulettes et ses Linaigrettes – Août 2016.

Les Linaigrettes à feuilles étroites (Eriophorum angustifolium Honck) affectionnent le plateau des Oulettes de Gaube. Cette fleur se développe très bien dans les tourbières et les surfaces inondables en bordure des mares, des ruisseaux et des rivières. 

Un superbe parterre dont je ferai le détour – Août 2016.

Le fond du fond du plateau et ses moraines successives – Août 2016.

Les moraines sont constituées de débris de roches arrachés au relief et que les glaciers transportent puis déposent en différents endroits de leur lit. Elles ont une forme en fer à cheval pour les moraines frontales et elles ont une forme linéaire pour les moraines latérales.

Leur formation, en forme de talus de section pyramidale, demande une certaine stabilité glaciaire pour que les les débris s’accumulent sur le même site. On peut ainsi les associer à une période climatique assez précise. Les moraines les plus anciennes, au-delà de la zone glaciaire, sont le témoin de l’extension maximale du glacier.

Un petit regard en arrière vers le refuge des Oulettes, depuis la limite maximale du glacier en 1850 – Août 2016.

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En août 2018, j’ai l’occasion de bivouaquer sur le plateau des Oulettes. Les glaciers « travaillent » aussi la nuit. Mon sommeil léger a été régulièrement accompagné de craquements et du bruit sourd provoqué par la chute de blocs de glace. 

Le lever du soleil sur la face nord du Vignemale. Quelques blocs de glace ont roulé durant la nuit sur la tache sombre devant le front du glacier – Août 2018.

Le lever du soleil. Le petit névé « éternel » est le premier à recevoir les rayons – Août 2018.

Sur la face nord du Vignemale, une formation géologique m’interpelle : c’est celle du relief de couleur ocre qui supporte mon « névé éternel », à droite de la Pique Longue sur la photo ci-dessus. Les lumières du levant sur la paroi mettent bien en valeur cette couleur particulière. Sur la carte géologique GAVARNIE n° 1082 au 1/50 000 éditée par le BRGM, ce sont des roches sédimentaires superficielles du Quaternaire mises en place dans un environnement continental, sans information complémentaire sur leur lithologie.

J’ai des lacunes à combler sur la connaissance de nos glaciers pyrénéens. La rédaction de ces quelques lignes m’en ont fait prendre conscience, avec un centre d’intérêt nouveau. L’accélération de leur déclin est un signal fort de notre bouleversement climatique. 

Lien utile :  _http://asso.moraine.free.fr/

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