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Le lac du Chabarrou au départ du Pont d’Espagne

Le lac du Chabarrou (2 302 m), dominé par l’Alphonse Meillon (2 930 m) et le Chabarrou Nord (2 925 m).

Les lacs sont très nombreux dans les Pyrénées : on en dénombre plus de 2 500 pour l’ensemble des Pyrénées françaises et espagnoles, à plus de 700 mètres d’altitude qui représente la limite de l’étage collinéen. 

Il existe de nombreux guides « Les plus beaux lacs des Pyrénées » et le lac du Chabarrou mériterait d’en faire partie ; il en est absent, du moins de ceux que j’ai, ce n’est peut-être que mieux. Il est peu fréquenté, même au plus fort de la saison estivale.

Aujourd’hui, c’est ma destination et j’ai pensé particulièrement à Claude, avec qui j’ai des souvenirs communs. Claude connait ses Pyrénées comme sa poche et j’ai la nostalgie de nos sorties en duo, faites de longues randonnées en silence entrecoupées de petits arrêts pour m’apprendre la flore qu’il connaissait par cœur ou le partage d’un repas frugal. Ce repas, c’était quelques biscuits secs et une plaque de chocolat qu’il amenait spécialement pour moi. Il y a des moments précieux dans ma vie déjà avancée et ces sorties en font partie. Il m’a transmis sa passion au travers de ces larges connaissances et je repense avec plaisir à nos escapades. Partis parfois trop tôt de la maison, on attendait dans la voiture que la lumière soit suffisante. Je souris encore en pensant à la fois où l’on s’est fait contrôler à Soumoulou : les gendarmes pensaient que l’on sortait de la boîte de nuit et ils ont insisté pour me faire souffler dans le ballon, malgré mes explications! On ne part pas si tôt en montagne! Le résultat a été négatif, bien sûr. Circulez!

Cet article n’est pas un topo : ceux-ci se doivent d’être concis et précis pour ne pas « s’égarer » ; ils sont nombreux sur internet, en particulier ceux de l’excellent site « Topopyrénées » où vous pourrez revivre la boucle par le Chabarrou Nord. Mon article est plutôt une évasion par l’image.

La sortie en photos

La randonnée démarre du parking du Pountas (1 457 m) au Pont d’Espagne (Hautes-Pyrénées). Après le bâtiment d’accueil, on reste sur l’ancienne route en direction de l’hôtellerie. Avant le Pont d’Espagne, on prend sur la gauche le GR 10 (indiqué) qui monte en direction du lac de Gaube. Après 20 à 25 minutes, on surplombe le très joli petit lac des Huats (1 666 m) en cours de comblement, peu profond et aujourd’hui dans le brouillard. Puis on arrive au lac de Gaube (1 731 m – 0h45 à 1h00), après avoir laissé à main droite son déversoir.

Aujourd’hui, la brume voile une bonne partie du lac de Gaube. La vue sur le massif du Vignemale est bouchée. 

Le GR 10 continue à droite, le long de la rive du lac.

Le GR 10 continue ensuite en direction des Oulettes de Gaube et son refuge, en contournant le lac par la droite.

Le GR10 continue le long de la rive droite, en partie dans des éboulis.

La brume se déplace au gré des caprices d’une légère brise.

L’Hôtellerie du lac se découvre un instant. Il n’y a personne. Au retour, les abords seront envahis par le monde. Le lac est aussi accessible en télésiège.

Depuis l’extrémité du lac – Le soleil commence à paraître.

Après avoir dépassé l’extrémité du lac, on traverse une première passerelle enjambant le gave des Oulettes qui alimente le lac de Gaube, puis une seconde un peu plus haut ; on arrive bientôt à un replat humide, les Petites Oulettes, avec un énorme cairn à main droite, que l’on ne peut rater (2 065 m – 2h00 environ).

Le soleil commence à apparaître au travers de la brume.

Depuis la première passerelle au-dessus du gave des Oulettes – L’amont du gave.

Depuis la première passerelle au-dessus du gave des Oulettes – L’aval du gave, se jetant en contrebas dans le lac de Gaube caché par la brume.

Le sentier continue maintenant sur la rive droite du gave des Oulettes – Au fond, on commence à apercevoir le massif du Vignemale.

La cabane du Pinet (1 917 m), en surplomb à main gauche et à l’écart du chemin – Elle a été rénovée en 2007 par la Commission Syndicale de la Vallée de Saint-Savin. Au fond, la mer de nuages est dominée par le Moun-Né (2 724 m).

Elle est réservée en priorité aux bergers et éleveurs de la vallée mais reste ouverte à tous comme abri. Ce jour-là, elle était contrôlée par un garde du Parc National qui déplorait, entre autres, de récupérer parfois des ardoises du toit dans l’âtre de la cheminée!

La brume revient de temps en temps, au gré de la brise.

Le déversoir au sommet de la cascade d’Esplumousse (1 949 m) – La cascade était à main droite pendant la montée, un peu à l’écart du chemin et aujourd’hui noyée dans la brume.

Même au mois d’août, le gave des Oulettes reste tumultueux, alimenté par les eaux de fonte du glacier des Oulettes et du glacier du Petit Vignemale.

Sur le sentier, quelques randonneurs en cours de descente, après une nuitée au refuge des Oulettes de Gaube ou sur sa zone de bivouac. 

Le ciel se dégage enfin, bien que j’aimais bien ces ambiances brumeuses.

Au fond de ce replat, on commence à deviner la cascade Darré Splumouse et le massif du Vignemale. Au-dessus de la cascade, le pic Araillé (2 759 m), que l’on voit depuis un petit moment déjà.

Le massif du Vignemale culminant à la Pique Longue (3 298 m) et la cascade Darré Splumouse (2 030 m). Le sentier la laisse à main gauche, en franchissant la passerelle (1 980 m) pour continuer rive gauche du gave.

Le plateau des Petites Oulettes (2 064 m) et sa zone humide.

A un énorme cairn bien caractéristique (2 065 m – 2h00 environ), on quitte le sentier allant au refuge des Oulettes pour prendre vers l’ouest une sente non indiquée mais visible et bien cairnée qui monte, avec quelques raidillons vers la fin, au lac du Chabarrou (2 302 m – 3h00 environ), après avoir surplombé à main droite un joli laquet encaissé.

L’énorme cairn au bord du sentier, que l’on ne peut pas rater!

La brume tente timidement quelques incursions sur le plateau des Petites Oulettes et sa zone humide.

La vue sur les Petites Oulettes et le massif du Vignemale, après avoir quitté le GR 10.

La sente remonte la pente enherbée, puis des éboulis.

En contrebas, les Petites Oulettes, le gave des Oulettes et le GR 10.

Au début du plateau au fond de la vallée, le refuge des Oulettes domine le massif du Vignemale. Tout à droite dans les éboulis, la sente cairnée qui monte au lac.

Après quelques raidillons, la pente s’adoucit à l’approche du lac du Chabarrou. On aperçoit maintenant les deux pics de Chabarrou, séparés par une brèche.

A main droite, le déversoir du lac plonge dans une magnifique vasque.

L’arrivée au lac du Chabarrou (2 302 m – 3h00 environ).

Comme beaucoup d’autres lacs, le lac du Chabarrou mérite que l’on y passe du temps à l’admirer sous tous les points de vue, d’autant plus s’il est le but final de la sortie et que l’on en a le temps.

Pour les montagnards aguerris, il ne sera que le point de passage de deux sorties en boucle, avec retour par le vallon de Pouey Trénous (vallon sur lequel j’ai déjà fait un article) : (1) la première boucle monte jusqu’au Chabarrou Nord (2 925 m), par la brèche (2 837 m) le séparant de l’Alphonse Meillon ou Chabarrou Sud (2 830 m) ; (2) la deuxième boucle moins technique bifurque vers la droite au niveau d’un laquet pendant la montée au Chabarrou Nord, puis elle passe par la brèche de Peyrot (2 650 m). La voie habituelle pour monter à l’Alphonse Meillon passe par le vallon du Marcadau et le lac d’Arratille en Aller/Retour.

Le lac dans son écrin minéral, en prenant un peu de hauteur. Le sentier pour le Chabarrou Nord ou la brèche de Peyrot longe le lac par la droite. 

Au bord de l’eau limpide. 

Sur le sentier qui longe le lac.

Le sentier continue ensuite dans des éboulis. En face, les Aiguilles du Chabarrou faisant frontière avec l’Espagne (culminant à 2 843 m), puis l’Alphonse Meillon et le Chabarrou Nord. Au bord de l’eau, un pêcheur que je vais aller voir.

En face, plusieurs ruisseaux descendent des hauteurs et alimentent le lac.

« Le pêcheur au bord de l’eau », avec qui j’ai échangé quelques mots.

Le lac en direction de son déversoir – En face, le pic Araillé de tout à l’heure (2 759 m).

Le déversoir du lac, devant le pic d’Estibe Aute (2 816 m).

Un dernier petit regard en arrière.

Pour le retour, redescendre par le même chemin qu’à l’aller jusqu’au gros cairn. Suivant l’envie et le temps imparti,…, on peut continuer sur le GR 10 et monter jusqu’au refuge des Oulettes de Gaube (2 151 m) et son plateau éponyme, pour admirer le splendide panorama de la face nord du Vignemale.

Le déversoir du lac et sa superbe vasque ; en face, encore le pic d’Estibe Aute.

Le pêcheur de tout à l’heure (en fait, ils sont 2 compères), est en train de tenter sa chance dans le laquet.

Le retour, par la sente de l’arrivée.

Au centre, la sente dans les éboulis redescend en lacets, jusqu’au gros cairn de l’aller. En face, la destination finale de la sortie avec le plateau des Oulettes de Gaube.

En continuant sur le GR 10 à partir du gros cairn jusqu’aux Oulettes de Gaube (2 151 m) et son refuge éponyme, on peut admirer le splendide panorama de la face nord du Vignemale. Je n’en publie qu’une seule photo car les Oulettes de Gaube seront l’objet de mon prochain article, avec des photos de la Voie Lactée lors d’un bivouac. Dans les Pyrénées, une oulette désigne un cirque ou une cuvette glaciaire.

Le plateau des Oulettes de Gaube (2 151 m), ses linaigrettes et la superbe face nord du Vignemale. Tout à gauche et masquée, la Hourquette (synonyme pyrénéen d’un col ou d’une brèche) d’Ossoue (2 734 m), par où passe le GR 10 en direction du refuge de Baysselance (2 651 m), le plus haut et le plus ancien des refuges pyrénéens gardés. Puis le Petit Vignemale (3 032 m), le glacier suspendu du Petit Vignemale (2,5 ha en 2016), la Pointe Chausenque (3 204 m), le Piton Carré (3 197 m) et la Pique Longue (3 298 m), point culminant des Pyrénées françaises ; à leur pied, le glacier de vallée des Oulettes de Gaube (11 ha en 2016).

Linaigrette des Pyrénées.

Personnellement, j’aime beaucoup la Linaigrette dont il existe plusieurs espèces. La Linaigrette des Pyrénées, appelée la Linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum angustifolium Honck), pousse en abondance sur le plateau des Oulettes de Gaube en été. C’est pour moi un rendez-vous incontournable qui mérite le détour ou la sortie.

Pour le retour, on reprend le GR 10 en sens inverse jusqu’au lac de Gaube. On peut alors quitter le GR 10, en prenant vers la gauche la direction du télésiège pour descendre ensuite par la piste de ski jusqu’à la gare du télésiège et rejoindre le parking de départ. Il y a beaucoup de monde qui retourne à la gare d’arrivée du télésiège mais ensuite, on est bien plus tranquille que sur le GR 10.

Le passage sur la passerelle au-dessus du gave des Oulettes, avec en fond le lac de Gaube. Il y a beaucoup trop de monde autour du lac et je ne prendrai aucune photo. 

Le Pont d’Espagne, pris en photo en contrebas de l’hôtellerie.

La couleur orangée de la roche est due à la présence de lichens.

La sortie représente un dénivelé autour de 1060 m pour 23 km environ, en incluant les petits détours que je m’autorise en été. Je n’indique pas de temps consacré à cette sortie ; c’est selon chacun.

Ma petite pensée pour Claude

Ma dernière sortie avec Claude, aux toutes premières neiges de l’automne : le lac Bleu, dans la vallée de Lesponne.

Claude ne randonne plus en montagne. Nous avons fait sa dernière randonnée ensemble il y a quelques années déjà. C’était une boucle « Lac Bleu de Lesponne – Col de Bareilles – Lac d’Ourrec » au départ du Chiroulet et il avait neigé dans la nuit. Les sommets étaient saupoudrés de blanc. De retour à la voiture et alors que tout s’était très bien passé, il m’a dit : « Jacques, je crois bien que c’est la dernière ». Doté d’une grande force de caractère, il a tenu parole. J’avais en lui une confiance aveugle et j’ai compris plus tard que son renoncement était une grande marque de sagesse ; depuis, j’ai appris moi aussi à renoncer en certaines occasions.

Mais ses souvenirs sont intacts! J’aime bien allumer une petite étincelle dans ses yeux en lui racontant certaines de mes sorties et c’est encore ce qui s’est passé pour celle-là : il m’a de suite transporté plus haut avec lui vers les pics Chabarrou et la brèche Peyrot, le visage éclairé par un grand sourire.

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