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Le temps du brame dans les Pyrénées – L’histoire d’un cerf (septembre 2020)

Le Cerf, roi de la forêt – Une seconde chance, face à moi!

Le temps du brame dans les Pyrénées
ou l’histoire d’un cerf  (20 septembre 2020)

Une ambiance de brame dans les Pyrénées.

. . . . .

Dix jours ont passé depuis ma dernière sortie en montagne pour le brame. Il a dû y avoir un peu de changement. J’ai pensé aux cerfs presque chaque jour. Je les ai imaginés, comme tous les ans à la même période, en train de cheminer en ordre dispersé vers les lieux qui les ont vu naître, poussés par l’appel du renouvellement de la vie. Les biches, quant à elles, restent sur le même territoire toute l’année.

13 septembre 2017 – Le faon, « fruit » du brame 2016, suit pas à pas sa mère.

18 mai 2018 – La biche a encore son pelage d’hiver et elle va bientôt mettre bas (si ce n’est déjà fait, je ne peux l’affirmer).

18 mai 2018 – Son « fruit » du brame 2016 (né en mai ou juin denier) est devenue une bichette et l’accompagne pour une année encore. Elle restera avec sa mère et sa future sœur (ou frère), jusqu’à la mise-bas de 2019. Le hasard a voulu que je les prenne en photo l’une après l’autre au même endroit au travers de la végétation. 

La météo n’est pas terrible aujourd’hui ; de la pluie est prévue sur le relief pyrénéen. J’ai pourtant envie de sortir, c’est le bon moment car la météo doit se dégrader ces prochains jours. Je m’intéresse aux cervidés toute l’année et il y a un endroit que j’aime bien : j’y vais de temps en temps et même hors du brame. Je peux y côtoyer des biches et leur progéniture. J’ai aussi l’opportunité de rencontrer d’autres animaux tous aussi intéressants pour moi. J’ai même pensé avoir vu une fois un Chat forestier, le fameux « Felis silvestris silvestris », mais la rencontre a été très fugace et je n’ai pas pu photographier l’animal pour en avoir la confirmation.

Dès que j’arrive sur place, la météo se confirme ; il a déjà plu et le plafond nuageux est très bas. Le lieu me semble désert, je ne vois pas de véhicule pouvant présager de la présence de randonneurs ou de cueilleurs de champignons. Je ne m’en réjouis pas pour autant car la forêt, à partir du moment où je peux m’y promener, appartient aussi aux autres.

Je mets ma tenue de camouflage par-dessus mes vêtements de randonnée, puis mon sac à dos et me voilà parti sur un sentier. Je n’aime pas pratiquer l’affût et je m’en remets le plus souvent aux rencontres providentielles.

Un rouge-gorge curieux. Ils ont déjà entamé leur chant automnal si mélodieux.

Cet endroit, je le pratique depuis fin septembre 2016, moment où j’y ai amené mon fils pour observer son premier brame. La soirée fut positive et … mémorable! On a été d’abord accueillis par une biche et son faon qui fuyaient probablement les avances du mâle, qui se manifestait bruyamment. Après avoir un peu crapahuté dans le sous-bois pentu et encombré de troncs d’arbre à terre, le cerf a de nouveau trahi sa présence. Il était suffisamment proche pour enfin le voir, en cherchant une fenêtre dans la végétation touffue. Afin de limiter le risque de se faire repérer par l’animal et de le déranger, je suis resté légèrement en retrait ; mon fils a alors vécu ce soir-là un moment inoubliable devant le spectacle d’un cerf pyrénéen libre et sauvage, poussant son raire puissant et rauque. Je ne l’ai personnellement qu’entendu mais j’étais heureux d’avoir pu faire partager l’émotion d’une telle rencontre.

Depuis ce jour-là, j’espérais à mon tour au moins l’apercevoir. Je suis revenu les années suivantes au même endroit. Ce n’est pas si simple! Il se manifeste toujours dans des fourrés très denses. Il m’arrive parfois de l’entendre raire à proximité, mais il reste sous couvert végétal. La meilleure solution est d’arpenter les sentiers et coulées, de compter sur la Providence pour le voir traverser au loin, tout en se faisant plaisir en côtoyant la faune de moyenne montagne!

Une grive draine (Turdus viscivorus). Un petit groupe niche tous les ans dans la même clairière.

Le Pic noir (Dryocopus martius) est très présent dans ces sapins ; j’en rencontre à chaque sortie. 

Rencontre avec un lièvre (Lepus europaeus), sous la belle lumière d’une fin de journée de septembre. 

La sieste d’un brocard (Capreolus capreolus) en pleine après-midi.

Un moment que j’ai adoré : une rencontre avec une Martre des pins (Martes martes), que l’on peut confondre avec la Fouine (Martes foina). Elle a une bavette jaune orangé et une truffe brune ; blanche chez la Fouine avec une truffe rosée. 

Un magnifique Renard roux (Vulpes vulpes) – Ils sont assez nombreux dans ce massif montagneux et j’en vois régulièrement en fin de journée. On n’est que fin septembre et ils ont déjà leur pelage d’hiver, plus tôt qu’en plaine.

Un écureuil roux (Sciurus vulgaris), dans une clairière.

Septembre 2018 – De notre rencontre, il ne restera que ce petit nuage de poussière, dans le virage au bord de la piste.

La chance aurait pu parfois me sourire, comme ce soir-là de septembre 2018. Le Cerf est quelque part en contrebas, j’entends ses puissantes manifestations sonores. Trop sûr de moi, je pense pouvoir descendre sans prendre de précautions par une piste pour gagner du temps. Quand je dis sans précautions, c’est plutôt descendre rapidement, sans faire de bruit. Le vent est aussi pour moi. Mon cœur bat fort : je vais enfin le voir! Pour moi, dans l’excitation du moment, c’est déjà gagné. A la sortie d’un lacet, le soleil couchant m’éblouit et j’entends en même temps un début de brame. Puis, tout va très vite, c’est … déjà trop tard : je le devine devant moi, ébloui par la lumière rasante. Je lève mon téléobjectif, j’appuie, … et je fixe pour la postérité un nuage de poussière. Lui, il n’était pas du tout ébloui! Il m’a de suite vu, a fait une brusque volte-face pour plonger en quelques fractions de secondes vers la pente abrupte, hors de ma vue. Je suis sur le moment abasourdi par ma maladresse. J’aurais dû me méfier! En fait, il était plus près que je ne le pensais et qui plus est, complétement à découvert!

Eh oui, c’était l’occasion rêvée! Une opportunité pareille, je me dis qu’elle ne se représentera plus! Mais je suis content d’avoir gardé cette photo : je peux encore imaginer la silhouette de ce cerf dans la belle lumière de cette fin de journée aux prémices de l’automne. En 2019, je n’y reviendrai pas pour le brame.

Mais j’aime trop cet endroit pour me passer trop longtemps du plaisir de m’y ressourcer. Et voilà pourquoi ce jour, j’arpente à nouveau tous ces chemins qui me rappellent des souvenirs, fort de mes expériences passées. Malgré la météo très maussade, je vois quand même quelques oiseaux : Rouges-gorges, Pinsons des arbres, Mésanges huppées accompagnées de mésanges bleues, … et toujours le chant si caractéristique des Pics noirs, qui ne pointeront pas aujourd’hui le bout de leur bec.

Un Gobemouche noir (Ficedula hypoleuca), en lisière de la forêt. Ils sont en cours de migration vers le sud du Sahara pour y passer l’hiver.

La Mésange huppée (Lophophanes cristatus), une habituée des forêts de conifères.

Soudain, j’entends des craquements dans le sous-bois en contrebas ; ils se dirigent vers moi. Le suspense ne va pas durer longtemps. A l’écoute, je devine une présence humaine, inhabituelle quand même en cet endroit. Cela doit être un sacré crapahuteur car la pente est bien raide! Puis, … son visage apparaît au même niveau que le sentier, entre les branches de sapins écartées d’une main, pour être accueilli par mon téléobjectif dirigé vers lui. Il ne s’attendait manifestement pas à çà! Je lui lance : « je vous attendais », en souriant. Le gaillard en sueur remonte sur le chemin, un grand sac de courses manifestement vide à l’autre main. « Excusez-moi pour le bruit, je suppose que vous êtes au brame? Oui, mais vous savez, la montagne est à tout le monde. Cela fait plaisir de l’entendre, quand on a compris çà, on a tout compris ». Entretemps, un second gaillard le rejoint ; on échange encore quelques mots, avant de partir chacun de notre côté. Deux chercheurs de champignons sportifs!

J’arrive bientôt à la sortie de la forêt pour déboucher dans une estive où quelques rares vaches broutent encore dans les fougères. A la lisière, une silhouette familière : c’est une jeune biche, en train de brouter tranquillement. J’observe tout autour, elle est seule. Il est 18h10 et c’est le moment où elles commencent à sortir à découvert. D’autres viendront sans doute un peu plus tard, je sais qu’elles sont dans le secteur.

Je reste un petit moment à l’observer. L’endroit est un peu encombré et ce n’est pas facile de l’immortaliser : il y a toujours quelque chose qui gêne.  

Au bout d’un petit moment, elle rentre dans le sous-bois. M’a-t-elle repéré? A l’odeur, c’est possible. Elle a longuement regardé dans plusieurs directions avant de se décider finalement à bouger.

Je continue à prospecter dans l’estive en espérant voir surgir au-dessus des fougères le port royal d’un grand cerf ou même de quelques biches. Cet endroit leur plaît avec la présence de houx et de genévriers isolés ou en bosquets, disséminés un peu partout ; ils peuvent s’y reposer. Ici, on ne pratique pas l’écobuage, cela se remarque facilement.

Cette estive est fréquentée par des bruants jaunes (Emberiza citrinella), ici un mâle (reconnaissable à son plumage très coloré).

Un autre Bruant jaune, une femelle. J’en ai compté jusqu’à une quinzaine ensemble. 

Un faucon crécerelle (Falco tinnunculus) observe patiemment les alentours à la cime d’un genévrier.

Il recommence à pleuvoir et j’ai entendu le tonnerre gronder. Les sommets alentour sont envahis par des nuages peu engageants. Je n’insiste pas et décide de faire demi-tour pour rentrer à nouveau dans la forêt.

18h45 : le premier raire retentit, rassurant, sur un versant opposé ; ils sont arrivés et commencent à se manifester. La montagne s’anime à l’approche de la nuit, un nouveau spectacle commence, pour quelques jours!

Une biche, …

…, suivie d’une bichette (née en 2019), …

…, et d’une autre biche.

18h55 – quelques craquements discrets vers les hauteurs, puis plus rien. Quelque chose d’inhabituel a bougé dans le sous-bois. Je recule de quelques pas et j’attends, en face d’un semblant d’allée. Au bout d’un moment, une biche sort au fond de la trouée et s’immobilise un instant, aux aguets : je la prends au photo. Puis elle repart et une autre apparait à sa suite : re-photo. Enfin, une troisième traverse, portant haut sa tête et son cou bien gris. Deux biches et une bichette, en se fiant à l’importance de la crinière sur leur encolure. Tout le monde a les oreilles aux aguets! Un bref coup d’œil aux photos pour m’assurer que le résultat est encore correct : la lumière faiblit à cette heure et avec une météo peu propice. Je continue prudemment ma descente, tous les sens aux aguets ; c’est l’heure où la faune nocturne peut apparaître à tout moment mais je ne pense même pas au cerf. Je les entends pourtant bramer, çà et là au loin. Je sais déjà que je ne vais bientôt plus pouvoir faire de photo et j’augmente les isos jusqu’au maximum pour une photo encore correcte, on verra bien.

19h21 – Encore un craquement, un seul et plutôt discret! Je pense à ce moment-là à un chevreuil, c’est aussi leur heure. Dans le silence de la forêt, il n’est cependant pas passé inaperçu. J’attends un moment mais plus rien ne bouge. Je ne peux rien apercevoir avec la végétation et je me décide alors à avancer lentement, prudemment. Quelques pas plus loin, je tourne instinctivement la tête vers la droite et je vois alors deux yeux qui m’observent, fixement! 

Sur l’instant, je ne réagis même pas. « IL » est là, juste devant moi ; une statue, le poil mouillé par la pluie qui vient de cesser ! Je ne m’attendais pas à une telle proximité. Puis, tout va très vite. Je me ressaisis et je relève mon téléobjectif, emmitouflé dans une housse de camouflage étanche. Le temps de la mise au point me semble très long mais il reste là, à me regarder. Un déclic et je saurai plus tard qu’il est bien dans la boîte, même si ce n’était pas le plus important. Mais c’est quand même aussi pour çà que je porte un téléobjectif, que je trouve bien lourd quand je n’ai rien vu.

Le moment me semble durer une éternité, heureusement. J’en profite pleinement. Il tourne alors lentement la tête, …,

…, et je pourrai immortaliser son trophée sous tous les angles. Dans la précipitation, j’avais l’appréhension de ne pas réussir la mise au point au milieu de la végétation.

Puis, il s’éloigne tranquillement au milieu des sapins, pour disparaître sans faire de bruit. Je ne l’ai pas effarouché, c’est là l’essentiel. Je remercie celui qui m’a offert cette tenue de camouflage, légère et bien pratique : elle est parfaite. La scène n’a duré que 3 secondes mais quel moment! Je n’oublierai pas ce regard.

20h00 – Les cerfs se sont tus dans la montagne. J’attendrai 20h30 à la nuit noire, pour confirmer que leur agitation, encore timide, a cessé. Il est maintenant le moment de se quitter.

Était-ce bien le même cerf que celui de fin septembre 2016 (et 2018)? Je ne peux pas l’affirmer à coup sûr mais je tiens à y croire car il est sur la même place de brame. Il m’a donné une seconde chance en se montrant et je l’ai prise. Merci à lui!

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