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L’ambiance « Sanglier » dans le Nord-Est Béarn

A la sortie d’une souille argileuse, sous la belle lumière d’un soleil couchant du mois d’avril.

L’ambiance « Sanglier » 
dans le Nord-est du Béarn

Quelques grognements dans la nuit, crinières hérissées. 

. . . . . 

Le Sanglier d’Europe (Sus scofa) est un mammifère très commun. Il fait et continuera à « faire couler beaucoup d’encre ». Les publications à son propos sont très nombreuses et on a encore beaucoup à apprendre. Je vais donc essayer d’aller à l’essentiel et de le partager.

I – Informations générales

Le sanglier est un animal robuste, intelligent et avec une bonne mémoire. Il est capable de stratégies. Grégaire, son activité est essentiellement nocturne. Les femelles vivent en harde, une cellule de base appelée  compagnie  et menée fermement par une vieille laie expérimentée, presque toujours en tête. Les mâles adultes (âgés de plus de deux ans) sont pour la plupart du temps solitaires.

Ces animaux peuvent parcourir de grandes distances dans une même nuit (pouvant aller jusqu’à une trentaine de kilomètres), en particulier s’ils ont été trop dérangés dans la journée ou en cours de migration ponctuelle (mouvements saisonniers pour la nourriture).

Fin juillet – Un solitaire, venant de traverser au galop un chaume de blé.

Chez nous, on peut assez facilement l’observer à découvert au crépuscule dans les chaumes, lors des belles soirées d’été. Cependant, il n’aime pas trop rester à découvert et traverse les grands espaces au pas de course. C’est un animal qui aime le mouvement ; il parcourt son territoire au trot ou au pas rapide. Dans nos Pyrénées, il est également fréquent en altitude.

Un solitaire au pas décidé, mais tranquille – Je ne suis pas encore repéré ! 

Olé ! Mais aussi, houlà ! – Il réagit ! Il me semble que l’on aperçoit son pinceau pénien.

Vu ! – Il détale ! Généralement, sa queue (appelée vrille) est bien dressée quand il est inquiété!

Les femelles accompagnées de marcassins sont aussi observables en pleine journée : cela m’est arrivé à plusieurs reprises, même par forte chaleur là où je ne m’y attendais pas.

Un soir de septembre ! Une laie et son unique jeune, âgé de 7 à 8 mois ?.

Les laies suitées ou proches du terme, plutôt sédentaires, rejoignent au petit matin leur bauge, creusée à même le sol dans un fourré, où elles passeront leur journée. Les autres laies et les mâles ne reviennent pas obligatoirement au même endroit.

Le sanglier est également un amateur de bains de boue, qu’il prend dans une souille. C’est un endroit boueux (une source en cours d’assèchement, le bras mort d’un ruisseau, une flaque d’eau dans  un chemin embourbé, …) dans lequel il se vautre pour se rafraîchir et surtout pour se débarrasser de ses parasites comme ICI (lien vers une petite vidéo nocturne personnelle de sangliers dans une souille). Il ira ensuite se frotter contre un tronc d’arbre, généralement un résineux, appelé un frottoir.

Une nuit agitée sur ma pelouse. Aimer la Nature a un prix qu’il faut accepter de payer.

C’est un très bon laboureur de bas-côté de chemins (et de routes, attention danger!), d’estives et de pelouses : soit des sillons peu profonds qu’il creuse, guidé par son excellent flair, pour trouver des vers de terre ou bien il retourne carrément la terre, à la recherche de racines et tubercules. Ma pelouse connait ces bouleversements.

Il est omnivore, tout comme le Cochon domestique (Sus scrofa domesticus), une sous-espèce avec laquelle il peut s’hybrider pour donner des sujets fertiles.

Fin juillet – Une jolie « bête noire » et même grisonnante, puissante et tranquille ; une laie adulte (absence des défenses). 

J’ai été surpris! Un mâle (on devine, je pense, une défense). Si le sanglier voit mal, il a une excellente ouïe. C’est la photo la plus nette d’une série floue.

En France, les mâles peuvent peser jusqu’à 150 kg et les femelles, exceptionnellement jusqu’à une centaine de kilos. Ils atteignent leur poids optimum dès l’âge de 4 ans. J’ai eu l’occasion de voir il y a quelques années déjà un trophée de 137 kg en Gironde ; c’était impressionnant, en particulier les défenses (mais était-ce bien les siennes ?). Elles poussent leur vie durant et il les aiguise en permanence en les frottant sur les canines supérieures appelées les grès. On dit alors que le sanglier est  » armé « , on n’a pas besoin d’un dessin! Chez les femelles, les canines sont peu développées.

II -La reproduction du sanglier

Une laie dans un sous-bois humide, …

…, suitée.

Le rut s’étale en général de novembre à janvier, parfois plus tôt ou plus tard selon les conditions locales. Les plus vieux mâles sont les mieux armés et ce sont ceux qui ont le plus de chances : les combats peuvent violents et acharnés, essentiellement de nuit où ils sont inobservables. Le mâle dominant féconde alors plusieurs femelles (mais une femelle peut être fécondée par plusieurs mâles, pendant la même période). La gestation est un peu particulière : elle dure 3 mois, 3 semaines, 3 jours (soit 114 à 116 jours). La laie s’isole et met bas dans un nid (une excavation aménagée dans le sol, avec divers végétaux) de 2 à 7-8 marcassins en moyenne, qui voient dès leur naissance. Le nombre de petits est plus ou moins corrélé au poids de la femelle (mais ce n’est pas le seul critère), qui doit dépasser un poids seuil de 40 kilos pour être reproductrice (40 kg : deux petits, 60 kg : quatre petits, …). Les naissances s’étalent généralement de mars à mai. L’allaitement dure 3 à 4 mois (les laies ont 10 tétines).

Les marcassins suivent leur mère dans ses déplacements dès la fin de leur première semaine ; le groupe matriarcal se reforme quelques jours après les mises-bas. C’est d’ailleurs le moment où la compagnie d’origine va éventuellement se restructurer, avec le départ d’une ou plusieurs laies pour former une ou plusieurs nouvelles compagnies. Des études poussées ont montré qu’aucun sanglier sans lien de parenté direct ne peut s’intégrer dans une compagnie, même au moment de sa phase de restructuration. Les laies sub-adultes (âgées de un à deux ans) et adultes sont liées généalogiquement entre elles. Cette grande stabilité sociale des compagnies permet d’optimiser l’expérience acquise au fil des années par la transmission des connaissances et l’apprentissage des comportements de survie.

Les jeunes peuvent subvenir à leurs propres besoins vers l’âge de six mois. Les jeunes mâles de l’année (sexuellement mâtures vers 10 mois) s’éloignent du groupe familial au premier rut et vont rester à proximité immédiate une année supplémentaire durant leur période sub-adulte, avant d’être chassés par les solitaires au rut suivant. Adultes à part entière, ils peuvent alors former des groupes distincts mais ils deviendront à leur tour rapidement des solitaires, comme les mâles plus âgés. Ils ne rejoindront à nouveau une compagnie qu’épisodiquement, au moment du rut. Les jeunes femelles sub-adultes restent avec la mère puis fonderont plus tard et à leur tour un groupe matriarcal.

III – Le pelage du sanglier

Début juillet, sous une pluie fine. Une laie grise adulte et deux générations successives : deux petits marcassins bien rayés (au moins un autre est déjà dans le fourré)  et deux « bêtes rousses »  dont la hure commence à grisonner. Le sanglier porte sur le haut du dos une crinière plus ou moins érectile, composée de soies brunes.

Tout le monde connaît la belle livrée rayée très mimétique du marcassin. A partir de 4 mois, son poil roussit et jusqu’à un an, on l’appelle la bête rousse. Tout au long de sa deuxième année, l’animal est sub-adulte et son pelage devient progressivement brun-noir avec la poussée des soies : on l’appelle alors la bête noire ou bête de compagnie, en référence au fait que l’animal continue de vivre parmi ses congénères. Dans le langage courant, la « bête noire » désigne souvent le sanglier en général, appelé aussi « cochon » par les chasseurs, terme que je n’aime pas du tout.

La couleur du poil varie aussi selon les individus et la saison. Le poil de jarre (soies) qui compose son pelage est assez long et dense en été. Il est de couleur noire à la base et clair à l’extrémité. En hiver, les soies sont encore plus longues et comportent un autre poil épais de couleur blanc jaunâtre qui s’entremêle à elles : le poil de bourre. Le sanglier adulte supporte très bien le froid et la neige.

J’ai eu l’occasion de voir par le passé, dans les Landes, un gros sanglier adulte roux à la période de Noël, moment où les sangliers dits « de passage » étaient nombreux, poussés par le manque de nourriture en montagne. Dans la tradition orale de l’époque, ce phénomène était alors imputé à une hybridation en montagne avec le Cochon domestique en liberté. Je n’en ai pas eu la confirmation dans la littérature. Cette couleur est à priori naturelle et rare.

IV – La population des sangliers 

Inquiet avec sa vrille relevée, et je le suis moi aussi : dans les herbes hautes, j’étais partagé entre le réflexe de photographier et celui de vérifier la direction prise par la compagnie d’une dizaine de laies d’âges divers lancées au galop.

Le sanglier n’a pas (ou n’a plus) de prédateur naturel et on le trouve partout, même de passage en ville. Favorisés par l’intensification de la production agricole (monoculture du maïs sur de grandes surfaces, irrigation, augmentation des rendements, …) et par le changement climatique (hivers doux), les sangliers ont considérablement proliféré depuis le début des années 80. La nourriture est abondante et le poids n’est plus un critère d’âge : une laie en âge de procréer (âgée d’un an et plus) atteint de nos jours plus tôt le poids nécessaire pour se reproduire et elle a donc plus de chances d’avoir donné une descendance, avant d’être confrontée à la pression exercée par la chasse.

Je lis et j’entends dire aussi que les laies peuvent maintenant avoir trois portées sur deux ans, parfois même deux portées sur une même année. Certaines publications parlent aussi de période de reproduction principale (constante et qui correspond aux premières portées en mars pour les laies adultes) et de période de reproduction secondaire (fluctuante, qui peut correspondre à de jeunes laies arrivant plus tard à la puberté et aussi à des laies adultes ayant perdu leur progéniture). Je ne trouve pas de preuve irréfutable qu’il s’agit bien de faits relatifs à des animaux 100% sauvage et non pas à des individus issus d’élevages. En effet, il y a une quarantaine d’années et plus récemment encore, certaines Associations de Chasse achetaient des sangliers dans des élevages spécialisés pour les relâcher dans un but de peuplement puis de tir ; l’intérêt était quand même d’avoir des spécimens plutôt productifs.

Un sanglier lancé court très vite, jusqu’à +/- 70 km/h. Dans cette situation, il serre un peu les fesses et « çà » passe à côté!

Aujourd’hui, cette situation prête à sourire : 747 367 sangliers ont été abattus en France durant la saison de chasse 2018 / 2019 et l’augmentation de la population dépasse les prélèvements depuis un bon moment. Combien de sangliers à ce jour en France? Il n’y a pas d’informations suffisamment fiables sur le sujet pour que je les reproduise. Il est quasiment impossible d’en assurer un suivi quantitatif. Le Président de la Fédération Nationale de la Chasse donne en 2019 une fourchette comprise entre 1,5 et 2 millions de sangliers en France. D’autres sources sérieuses avancent même 4 millions! Bref, ils sont nombreux!

De nos jours, on regarde plutôt l’évolution des tendances des tableaux de chasse et le montant des indemnisations des dégâts agricoles (versées par les sociétés de chasse !), en constante augmentation.

V- Les maladies

Le sanglier peut être porteur de parasites et maladies dont certains effets sont transmissibles au porc domestique, comme la maladie d’Aujeszky. La France est considérée indemne de cette maladie en élevage porcin (quelques rares cas dont le dernier en décembre 2019) mais le virus circule chez les sangliers sauvages. En avril 2020, des cas ont été détectés dans trois élevages de sangliers de l’Allier. Cette maladie connue et relativement rare, non transmissible à l’homme, est mortelle pour les chiens. Très contagieuse, il n’existe pas de traitement. La peste porcine africaine (PPA), un virus dont le point d’entrée à partir de l’Afrique est la Géorgie où elle est apparue en 2007, est combattue depuis 2014 par la Pologne et les Etats baltes. Elle s’étend doucement vers le Sud-ouest européen (premier cas enregistré en Grèce le 5 février 2020). Elle est aussi transmissible au Porc domestique.

D’autres sont transmissibles aussi à l’homme comme la trichinellose (parasite transmis par la consommation de viande peu ou non cuite), la brucellose et la tuberculose bovine (bactéries transmise par voie respiratoire).

VI – Pour terminer, une anecdote personnelle

Notre chienne, captivée par la présence d’un sanglier!

Cette photo a une petite histoire. J’aime beaucoup les chaumes de blé avec ces balles de paille en attente d’être ramassées. Parti faire des photos de la Voie Lactée en compagnie de ma petit chienne Labrit des Pyrénées, j’ai voulu l’intégrer dans la composition, ce qui a été plus simple que je ne le pensais. En effet, pour faire entrer le maximum de lumière dans l’objectif, le temps de pose est de … 25 sec, compatible avec la focale et l’ouverture de l’objectif mais pas toujours avec le caractère d’une chienne très remuante.

Ma chienne, éclairée brièvement pour pouvoir l’immortaliser, reste imperturbable et je suis interpellé par cette fixité. Elle est sur le qui-vive, le regard en direction d’un champ de maïs derrière moi et je sens, par habitude, qu’elle est inquiète.

Je comprends enfin pourquoi! Un sanglier (ou plusieurs?) rode dans le noir autour de nous, puis commence à souffler et grogner. Mes yeux, habitués à l’obscurité malgré l’absence de la lumière lunaire, devinent maintenant les allées et venues d’une forme sombre en bordure du maïs. Je l’éclaire brièvement avec ma frontale et je sens qu’il hésite. La place est bonne pour lui et il n’a pas envie d’aller voir ailleurs.

Je finirai par le faire moi-même à sa place, au grand bonheur de ma chienne, pas rassurée et finalement, moi non plus! Je viens de réaliser que si la chienne vient se réfugier entre mes jambes, je risque de passer un mauvais quart d’heure.

Les photos de cette publication sont personnelles et prises avec un téléobjectif, sur des sujets libres et sauvages. Il n’y a aucune proximité immédiate avec ces animaux, qui peuvent avoir des réactions inattendues, en particulier en présence de marcassins ou si on les a, d’une façon quelconque, excités.

Parmi les sources documentaires consultées : 

_ http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/ongules/plaine/FS288_vassant.pdf

_ http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Sanglier-ar994#gestion

Je recommande aussi, pour une meilleure connaissance de l’animal, l’ouvrage très intéressant du Dr Ed. VARIN « Chevreuil Cerf et Sanglier », paru en 1980 aux Editions de l’Orée (2ème édition, revue et augmentée). 

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