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La Pie-grièche écorcheur

La Pie-grièche écorcheur mâle, surveillant son territoire.

La Pie-grièche écorcheur

(Lanius collurio)

La Pie-grièche écorcheur femelle, collectant des matériaux pour son nid.

La Pie-grièche écorcheur est un passereau de taille moyenne, que je ne n’avais jamais rencontré jusqu’à un passé très récent. Je ne connaissais son existence qu’au travers de mon intérêt pour la faune, en particulier pour les oiseaux, lors de recherches sur internet. J’étais tombé sur une documentation à son propos et c’est le mot « écorcheur » qui avait attiré mon attention ; il interpelle, quand même!

Ma toute première photo de la Pie-grièche écorcheur, dans le Vic-Bilh (région de Lalonquère – 6 mai 2016).

Début mai 2016, je l’ai observée pour la première fois de ma vie et c’était dans le Vic-Bilh. Elle était posée sur un panneau indicateur d’une petite route de campagne près de chez moi, c’était un mâle. Une découverte pour moi, je ne savais pas qu’elle migrait chez nous. L’année suivante, en 2017, il y avait un couple au même endroit. Alors sensibilisé à cette présence dans notre région, j’ai prospecté et je n’en ai pas vu d’autres en dehors de ce couple qui est revenu à nouveau en 2018. J’en vois également sur le plateau de Lhers, en vallée d’Aspe (altitude moyenne 1 200 m) mais cette espèce est plutôt un oiseau de plaine. La montagne, en tant que biotope moins exposé à la régression de la polyculture et de l’élevage, peut constituer dans le futur une zone refuge de l’espèce. Je m’y intéresse maintenant de près, au point de lui consacrer ce petit article avec quelques-unes de mes photos.

Présentation

Le nid est à proximité. Le mâle reste bien en vue,  pour surveiller les alentours.

La Pie-grièche écorcheur est un oiseau bien atypique. Son nom, déjà, interpelle. Elle n’a rien d’une pie et le terme « écorcheur » dans mon imaginaire lui donne une réputation un peu barbare! En fait, cela lui vient de sa technique de stockage de ses proies, qu’elle empale sur les épines des buissons, sur des brindilles ou des objets fins et pointus comme les barbelés. Cette technique ne s’appliquerait qu’à ses proies les plus grosses, comme les gros insectes, les petits lézards et mammifères. Elle s’en servirait comme d’un garde-manger pour les jours où la météo est moins propice à la présence d’insectes, ou pour les décortiquer plus facilement. Je ne l’ai pas personnellement observé.

C’est une espèce migratrice transsaharienne. Elle arrive début mai et elle commence à repartir vers son aire d’hivernage dans les savanes et les steppes boisées du sud du Kenya à pratiquement tout le sud de l’Afrique, dès la mi-juillet et parfois un peu plus tôt, selon le succès de la première ponte. En effet, une ponte de remplacement a généralement lieu si la première a échoué (destruction ou abandon). Leur présence se raréfie progressivement et fin septembre, tout le monde est reparti. La migration a lieu de nuit et en solitaire! L’itinéraire est différent au printemps et à l’automne avec une migration « en boucle »

La Pie-grièche écorcheur est une espèce bio-indicatrice d’un milieu campagnard riche et diversifié, avec des haies, des herbages et une population d’insectes abondante. Sa disparition d’un site est souvent un signe d’appauvrissement de l’ensemble de l’écosystème. L’espèce constitue ainsi une sentinelle de la qualité de nos milieux ruraux traditionnels.

Description

Le « bandit masqué »!

La pie-grièche écorcheur possède un bec légèrement crochu. Sa livrée est très jolie, elle ne passe pas inaperçue. La mue complète du plumage a lieu avant la migration retour vers nos latitudes et les oiseaux arrivent en plumage pré-nuptial. Le mâle a la tête et le croupion gris, un large bandeau oculaire noir, un dos marron tendant vers le roux, des ailes marron tendant vers le brun, un menton blanc et une poitrine rose saumoné.

La femelle, plutôt discrète et que j’observe bien moins souvent que le mâle.

La femelle, légèrement plus petite, a un plumage différent, plus terne et moins contrasté. Le bandeau de la tête est plus discret et de la même couleur que le dos, de couleur brun-roux. La partie ventrale est d’un blanc jaunâtre sale à l’aspect écaillé de motifs noirs.

Elle mesure en moyenne 17-18 cm de longueur (une quinzaine de cm pour un moineau, par comparaison). Sa longévité est en moyenne de 4 à 6 ans.

Son habitat

Le couple a construit son nid à la croisée d’une route et d’un chemin peu fréquentés, dans une haie longeant une prairie pâturée par des moutons.

La Pie-grièche écorcheur habite dans les milieux semi-ouverts de campagne cultivée (prairies de fauche, pâtures, talus enherbés) parsemés de haies ou bosquets, de zones ponctuelles de buissons épineux ou de broussailles. C’est avant tout un oiseau de buissons.

Le mâle sur une aubépine.

Elle occupe notamment le prunellier, l’aubépine et la ronce et elle niche de préférence dans ces buissons épais et épineux.

Son régime alimentaire

Je vois le couple rarement ensemble! (30 mai 2018). Le mâle vient de plonger au sol pour attraper une sauterelle. C’était une belle soirée, avec beaucoup de moucherons dans l’air!

La Pie-grièche écorcheur chasse à l’affût à partir d’un perchoir situé le plus souvent entre 1 et 3 mètres au-dessus du sol (poteaux, fils électriques, branches dénudées, piquets de clôture). Elle effectue parfois un vol stationnaire pour repérer et capturer ses proies, puis elle revient sur son perchoir. Son alimentation est constituée principalement d’insectes mais elle capture aussi des micro-mammifères (campagnols, musaraignes) des grenouilles, des lézards et de jeunes passereaux.

Par beau temps, l’espèce peut poursuivre des insectes en vol mais dans leur très grande majorité, les proies sont capturées au sol dans un environnement d’accès facile. Le territoire de chasse est restreint, essentiellement dans un rayon de 10 à 20 mètres environ autour du nid.

La nidification

Je monte la garde!

Le mâle arrive le plus souvent en premier et il se cantonne rapidement. Il montre de suite un comportement territorial très agressif envers les congénères, qui se relâchera après la fécondation de la femelle. Dans les jours qui suivent son retour, il se fait remarquer par ses cris caractéristiques, perché bien en évidence à la cime des plus hauts arbres qui parsèment son futur territoire. Sa surface n’est pas très grande, de 1 à 2 hectares en moyenne.

La femelle est occupée à faire des allers/retours pour récupérer des brindilles d’herbe sèche pour son nid, situé à moins de trois mètres de là.

Le mâle choisit le site du nid, qu’il va construire avec sa partenaire. Il se situe généralement à faible hauteur, 1 m à 1m50,  dans un arbuste épineux. Les matériaux sont variés, tiges et brindilles, herbes, mousse. On peut aussi y trouver des bouts de ficelle, petits morceaux de papier,.. . La coupe est garnie d’éléments plus fins et doux comme de la laine de mouton, du crin. La femelle y pond de 4 à 6 œufs, dans les derniers jours de mai. Elle assure l’incubation qui dure entre 14 et 16 jours, puis les parents nourrissent les petits au nid jusqu’à l’âge de 15 jours environ. A l’envol, les jeunes pies-grièches sont nourris par leurs parents pour trois semaines encore.

Assez rapidement après l’émancipation des jeunes, à partir de la mi-juillet, la migration post-nuptiale débutera en direction de l’Afrique. La Pie-grièche écorcheur n’a le temps d’élever qu’une seule nichée par an. Les jeunes, après s’être dispersés au bout de 4 à 5 semaines, partiront en dernier, après les adultes. D’après des données de baguage, peu de jeunes seraient fidèles à leur site de naissance mais resteraient fidèles à leur région natale.

Les mâles adultes (les premiers à revenir au printemps)  sont en principe très fidèles à leur territoire alors que les femelles sont nettement moins liées à leur territoire précédent.

Epilogue

La femelle sur une aubépine, un jour de pluie (4 juin 2018). « Cà n’arrange pas mes affaires pour pondre, ce temps ». Mon dernier cliché de l’histoire de ce couple!

Après la découverte de ce couple de Pies-grièches à proximité de chez moi, je suis revenu au même endroit en mai 2017 et en mai 2018 pour observer leur retour. Dès que je ne voyais plus la femelle, j’arrêtais mes visites et je les laissais tranquilles. En 2019, je n’ai vu personne et j’ai été déçu. D’après une étude retrouvée dans la littérature, la femelle ne reviendrait pas dans un secteur où la nidification a échoué. Serait-ce une explication?

Même si l’observation en 2020 semble bien compromise avec les événements qui secouent actuellement notre pays, j’espère bien que j’aurai un jour le plaisir de revoir ce bel oiseau dans mon environnement immédiat!

Population

C’est la pie-grièche la plus commune en France (et en Europe). En France, 120 000 à 360 000 couples se reproduisaient en 2000, dont 60 000 à 65 000 couples pour l’Auvergne. En 2015, elles ne seraient plus qu’entre 100 000 et 200 000 couples. Je n’ai pas trouvé d’information plus précise ou plus récente. L’espèce évite la zone strictement méditerranéenne, préférant des climats tempérés.

Les printemps et les étés froids et humides ont un effet négatif majeur sur les fluctuations d’effectifs, en liaison directe avec la diminution de la nourriture à base d’insectes. Le développement de la population constaté ces dernières années a sans doute été aidé par le réchauffement climatique global, favorable à un meilleur succès des nichées (à condition que l’habitat soit conservé, en qualité et en superficie).

Les autres espèces de pies-grièches

Il existe quatre autres espèces de pie-grièche en France :

_ La Pie-grièche à poitrine rose. Grande migratrice et emblématique de l’Occitanie, le dernier couple en France, qui vivait dans l’Hérault, n’a pas réussi à se reproduire et a disparu en 2019! Hormis sa taille plus petite, elle ressemble à la Pie-grièche grise (aucune photo personnelle disponible). Elle se caractérise par un large bandeau noir très net sur le front, surtout chez le mâle.

_ La Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis). Elle est Migratrice partielle. On la trouve en particulier dans le Languedoc-Roussillon. Elle ressemble aussi en plus petit à la Pie-grièche grise. On peut la confondre également avec la Pie-grièche à poitrine rose, mais elle n’a pas le bandeau noir sur le front.

La Pie-grièche méridionale. Je l’ai vu à plusieurs reprises mais jamais de suffisamment près. Je me contente donc de ce cliché, dont la netteté est altérée par la turbulence de l’air provoquée par la chaleur et le cadre pas très champêtre.

_ La Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator). Migratrice et de taille légèrement supérieure à celle de mon article, c’est la plus méridionale.

La Pie-grièche à tête rousse.

_ La Pie-grièche grise (Lanius excubitor). Migratrice partielle, elle est la plus grande, de la taille d’un merle (pas de photo disponible).

Article rédigé le 10 février 2019, à partir de mes photos, de constatations faites sur le terrain et de publications internet dont je cite les liens :

_ https://www.oiseaux.net/oiseaux/pie-grieche.ecorcheur.html

_ https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/Pie-griecheecorcheur.pdf

_ http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/PNA_Lanius_2014-2018.pdf

A bientôt!

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