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A la rencontre du Bouquetin en Espagne – Deuxième Partie

Un beau Bouquetin mâle, Sierra de Las Villas (à proximité de Villanueva del Arzobispo).

A la rencontre du Bouquetin dans les Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

puis celle de Guadarrama

Bouquetins mâles, dans les blocs granitiques de La Pedriza, Sierra de Guadarrama.

J’ai déjà consacré deux articles sur mon observation du Bouquetin en Espagne. Le premier était dédié à sa présentation générale illustrée par des clichés pris en mai 2018 au milieu des névés dans la Sierra de Gredos. Le second le montrait dans d’autres biotopes principalement en décembre 2019, pendant la période du rut. Aujourd’hui, je continue et complète sur ce sujet en le montrant dans le Parc naturel des Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas et dans le Parc national de la Sierra de Guadarrama.

Je lui consacrerai plus tard une publication quand je l’aurai observé sans son collier GPS et autres coquetteries dans notre Parc national des Pyrénées, où on a commencé sa réintroduction en 2014.

Sierras de Cazorla, Segura y Las Villas

Une vue partielle dominante de Cazorla, avec ses oliveraies en arrière-plan. C’est une petite ville magnifique et accueillante aux rues très étroites. 

Château arabe de la Yedra, dominant Cazorla.

Le Parc naturel de las Sierras de Cazorla, Segura y las Villas est le plus grand espace protégé d’Espagne (209 920 ha), avec des espèces végétales endémiques. C’est là que naît le Guadalquivir à 1 330 m d’altitude, le fleuve le plus grand d’Andalousie. Reconnue Réserve de la Biosphère par l’Unesco en 1983, sa richesse naturelle se base sur la biodiversité biologique. L’effectif des bouquetins y a culminé à plus de 10 000 individus avant qu’une épidémie de gale sarcoptique ne les décime à la fin des années 80. Aujourd’hui, leur nombre se situe autour de 2 500.  Les paysages de cette région montagneuse sont d’une beauté et d’une particularité extraordinaires, avec un point culminant à 2 039 mètres : le pic Alto de la Cabrilla.

En bas, le territoire bordé de rouge représente la Sierra de Cazorla, dont la partie en vert est dans le Parc (Google Maps) . 

La Sierra de Cazorla occupe une superficie de 133 000 ha dont le 1/3 environ dans le territoire du Parc (pointe sud); le village de Cazorla est à la limite du Parc. La Sierra de Las Villas, dont la ville principale est Villacarillo, occupe 8,3% du Parc, approximativement la bordure centre-ouest (à gauche de Coto-Rios). La Sierra de Segura constitue à elle seule 80% de la superficie du Parc, le reste du centre et le nord est; sa ville principale est Beas de Segura.

Les plantations d’oliviers autour de Cazorla.

L’appellation d’origine « Sierra de Cazorla » garantit les huiles d’olive vierges extra. Celles-ci sont obtenues à partir du fruit appartenant aux variétés Picual (94%) et, dans une moindre mesure, Royal (6%). Elles sont produites dans la région de Cazorla. Environ 31 500 hectares sont destinés à la culture des deux variétés d’olive. Les huiles obtenues ont une acidité oléique inférieure à 1º et possèdent des propriétés organoleptiques particulières.

Les oliveraies dans la région de Chilluévar, au-dessus de Cazorla.

La cascade de Linarejos dans le Parc, sur le ruisseau du même nom (région de Carrada del Utrero, Sierra de Segura). Ses eaux sont parmi les premières à alimenter le légendaire Guadalquivir.

La faune est très diverse, autant les mammifères que les oiseaux.

On peut y trouver entre autres des renards, …

des écureuils, …

Des daims, … Les femelles vivent généralement en harde.

Les daims mâles sont généralement solitaires, hors la période du rut.

Une biche, région de Villanueva del Arzobispo (limite du parc naturel).

Des cerfs élaphes, appelés aussi cerfs rouges ou cerfs d’Europe.

Les rapaces et autres oiseaux sont également nombreux. Le Vautour fauve est très présent.

Le vautour fauve dans son environnement (Sierra de Cazorla).

Un Pic épeiche et bien d’autres oiseaux, …

Bon, il y a aussi des Bouquetins, c’est quand même une des principales raisons de cet article.

Quelques boucs solitaires (à la hauteur de Villanueva del Arzobispo). 

Les bouquetins n’ont pas été évidents à observer. J’en ai observé dans le Parc, dans la Sierra de Las Villas. En effet, ceux que j’ai pu rencontrer évoluaient dans un environ assez chargé en végétation, essentiellement des pinèdes. Il faut dire aussi que je ne me suis pas focalisé sur eux : les paysages sont superbes, il y a beaucoup de centres d’intérêt et j’y reviendrai avec grand plaisir, sans doute à une période différente comme l’automne.

Paysages typiques dans le Parc, Sierra de las Villas.

Paysages typiques de la Sierra de Cazorla, en dehors du Parc (région de Huesa).

La Sierra de Guadarrama

 

Le Parc national, entre Ségovie et Madrid, « fournisseur » de nos Bouquetins des Pyrénées (Google Maps).

Le Parc national de la Sierra de Guadarrama m’a donné de belles occasions d’observer le mode de vie des bouquetins à la période du rut. Crée en 2013, il a une grande biodiversité et richesse écologique. Il s’étend entre les Communautés Autonomes de Castille-et-Leon et de  Madrid. Il culmine à 2 430 mètres, au pic Peñalara. C’est une chaîne de montagne bien plus ancienne que nos Pyrénées ou les Alpes, essentiellement composée de roche granitique très érodée et de gneiss.

Beaucoup supposent que le bouquetin aurait disparu de la région au cours de la première moitié du 19è siècle, mais la plupart des références sérieuses ne permettent pas de le conclure. Le bouquetin a été introduit au cours de ces dernières années, à partir de sujets provenant de la Sierra de Gredos et de Las Batuecas dans la Sierra de Francia (province de Salamanque).

Cette introduction a commencé entre 1990 et 1992 dans la partie sud du parc national actuel, dans l’ancien parc régional de Cuenca Alta del Manzanares (Communauté de Madrid). 67 individus ont été relâchés dans un lieu connu sous le nom de Hueco de San Blas d’où ils ont colonisé le reste du territoire.

A cette population, il faut ajouter les individus introduits dans la région de los Hoyos, dont l’origine vient d’une introduction antérieure faite entre les années 2000 et 2002 du côté ségovien de la Sierra Guadarrama, dans la zone de chasse contrôlée de Torrecaballeros. Cette population est actuellement installée dans la Cuerda de los Montes Carpetanos, à Alameda del Valle, Pinilla del Valle et Rascafría, appartenant à la région forestière du parc naturel de Peñalara.

Les dernières données sur l’évolution de ces deux noyaux confirment une croissance constante et que, au moins pour une grande partie de l’année, les deux populations entrent en contact, avec la présence de bouquetins de La Najarra à Las Cerradillas et à Los Montes Carpetanos, de Peñalara à El Nevero et dans la municipalité de Pinilla del Valle.

Dans une étude publiée en 2019 sur la présence du bouquetin dans le Parc national, les densités les plus élevées se situent sur une superficie de 234 ha dans la région de Najarra, Matasanos, Asómate de Hoyos et La Pedriza Posterior, en fait assez proche du lieu des premières introductions.

Vautour Fauve et Bouquetin, dans les accumulations de blocs de granit errodés.

L’espèce s’est si bien adaptée que l’on compte aujourd’hui environ 5 000 individus et que l’espèce est considérée depuis plusieurs années en surpopulation par rapport aux ressources naturelles disponibles. Elle n’a aucun prédateur. Entre autres, elle met fin à la régénération naturelle de diverses espèces botaniques protégées.

Un plan d’action approuvé en septembre 2016 visait à réduire la population à 1500-1300 individus sur plusieurs années ; il a été aussitôt suspendu sur un vice de procédure. Il consistait à transférer dans d’autres zones 25% des individus, les 75% restants devaient être chassés à l’arc et au fusil. Seule la solution du transfert a été conservée. Entre autres, un total de 204 bouquetins de La Pedriza ont été vendus et déplacés à ce jour vers les Pyrénées françaises : 63 à Cauterets (Htes-Pyrénées), 66 à Ustou et 29 Aulus les Bains (Ariège), 46 à Gèdre (vallée de Luz-Gavarnie). Un effectif de 22 individus a été relâché en vallée d’Aspe sur la commune d’Accous en 2019, originaires également de Guadarrama, bilan provisoire car le projet des lâchers n’est toujours pas terminé pour la partie ouest des Pyrénées.

Cercedilla (1 118 m), l’une des portes d’entrée dans le Parc national, est un centre touristique populaire pour les alpinistes.

Premiers rayons sur la neige tombée dans la nuit au « puerto de Navacerrada » à  1 852 m (18 décembre 2019). 

La mer de nuages sur la vallée depuis le puerto de Navacerrada vers Cercedilla.

Il est parfois difficile de les distinguer sur les crêtes, mais l’œil s’habitue à les localiser. 

Le soleil se lève et quelques bouquetins pointent leur nez sur les hauteurs entre Cercedilla et le col de Navacerrada.

J’ai d’abord prospecté dans le Parc national en direction du col de Navacerrada, en partant du village de Cercedilla. Leur présence y est avérée mais la densité est faible (colonisation récente). Il existe, entre autres, un sentier de randonnée (Monte Pinar de la Barranca, parking bien indiqué sur le côté droit de la route M-601 en montant vers le col) qui peut offrir quelques opportunités avec un joli panorama sur les sommets.

Les environs du refuge Giner de los Rios.

Mais ils étaient plus nombreux et accessibles (sans les importuner) dans le massif de La Pedriza Anterior. On prend le sentier de randonnée à partir du parking Canto Cochino en direction del Refugio Giner de los Rios et au-delà (Collado de la Dehesilla). Ce parking est situé à la limite du parc à proximité du village de Manzanares el Real.

Blocs de granite érodés, typique de La Pedriza.

Le massif de la Pedriza (Anterior et Posterior) est l’une des plus importantes formations granitiques en Europe, bien connue des Madrilènes pour la pratique de l’escalade. Il vaut mieux donc y aller en semaine, moment où les bouquetins sont les moins perturbés. C’est au cours d’une sortie dans ce massif (Pedriza Anterior) que j’ai pris les photos qui suivent. Le seul petit regret est que la brume ne s’est pas levée de la journée. Il a même bruiné.

Un jeune bouc (cornes épaisses avec l’apparition des premières nodosités).

Deux mâles adultes solitaires (boucs).

Jeune bouc et une femelle (étagne).

Pas toujours évident de les voir (à gauche du sommet de ce bloc).

Vue rapprochée de la photo précédente.

Deux jeunes mâles « intéressés » par une femelle accompagnée de son cabri.

Vue éloignée et rapprochée d’un petit groupe.

Et un vautour passa au même moment!

Jeune bouc.

Pris sur le vif!

Dans cet environnement minéral accompagnée de végétation touffue, il faut être vigilant pour les voir (sans les perturber).

Bouc, cabri et étagne.

Une autre femelle s’approche.

Le mâle s’intéresse sérieusement à son état d’ovulation, attitude typique déjà décrite dans mon précédent article : queue relevée, lèvre supérieure retroussée et langue frétillante, cornes rabattues sur le dos.

La femelle n’est pas consentante et lui fait face.

Ce n’est pas encore le moment. Le mâle plus jeune (pelage plus clair) s’est approché pour rien et s’éloigne.

Le mâle plus âgé va aussi prospecter ailleurs.

Une étagne et son cabri m’ont aperçu, …

L’étagne et son cabri sont fusionnels, jusqu’à la prochaine mise bas en mai prochain.

Un joli bouc surveille depuis son promontoire.

Une scène de vie pendant le rut, après la période des combats : Une femelle se fait toiletter par son cabri; une autre femelle (assise à gauche) est sous la surveillance de deux mâles qui « attendent » patiemment.

Le troisième mâle de ce cliché est celui qui surveillait depuis son promontoire. Il est passé devant les autres et s’est assis au 1er rang, queue relevée. 

Occupé par trois femelles, la queue relevée.

Une photo que j’aime bien : une étagne et sa boule de poils laineux.

Les cabris sont très bien tolérés pendant le rut. Celui-ci côtoie un mâle dans la force de l’âge, suivi par un mâle plus jeune et deux femelles dont la mère du cabri.

La boule de poils laineux traîne sur son promontoire.

Une joute entre un mâle dans la force de l’âge et un jeune prétendant à la robe plus claire.

Le Bouquetin est le mammifère le plus emblématique des montagnes espagnoles et le trophée de chasse le plus réputé. Je termine cet article, probablement le dernier sur le bouquetin en Espagne (bien que je continuerai à le photographier), avec trois photos d’un endroit superbe qui mérite vraiment le détour : le « Parc natural dels Ports » dominant le delta de l’Ebre. La statue du bouquetin, une ode à ce bel animal, m’a évité un capot. Mais tout cela n’est qu’une question de patience et de persévérance!

L’entrée du « Parc natural dels Ports ».

Parc Natural dels Ports – Delta de l’Ebre.

Article rédigé à partir de mes photos personnelles et de quelques sources internet dont je cite le lien le plus intéressant :

_ https://www.researchgate.net/publication/338565689_Zonificacion_del_Parque_Nacional

Pour accéder à mon article sur la présentation générale du Bouquetin, cliquez Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées 

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