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Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

Une pelouse en friche pour les chevreuils

J’ai la chance d’habiter sur le territoire d’une chevrette qui a donné naissance à un faon, l’été dernier. J’ai été le témoin de beaucoup d’instants de vie, pendant un an.

Les naissances de faons ont lieu pour la plupart entre la mi-mai et la mi-juin. C’est alors que va naître une relation fusionnelle entre la mère et son (ses) petit(s). Dans les premiers jours et en cas de danger, la mère frappe le sol avec son sabot qui déclenche chez le faon le réflexe de se tapir sans bouger. Elle s’éloigne du nouveau-né afin de ne pas attirer l’attention sur lui. Le faon a la faculté de retenir également son odeur pour échapper au prédateur. Il va par la suite suivre sa mère en permanence pour l’apprentissage de la Vie, en copiant ses moindres mouvements.

13 Juin 2018 – La naissance approche

La chevrette partage le territoire avec deux beaux brocards, un « quatre cors » et un « six cors ». Ils s’intéressent tous les trois aux pommes de la St-Jean du verger ainsi qu’aux graminées de la pelouse, en friche depuis plusieurs années. Une jeune chevrette de l’année précédente fait parfois elle aussi une incursion sous les pommiers.

13 juin 2018 – Ma dernière observation de la chevrette, avant qu’elle mette bas.

18 juin 2018 – Le maître des lieux, le quatre cors

Les pommes sont un mets de choix pour les chevreuils.

Sur la « pelouse »,  sous une pluie fine. Les chevreuils sont très sélectifs dans leur recherche de nourriture, ici des feuilles de pissenlit.

« Je me soulage ».

3 juillet 2018 – Le rut approche

Au moment du rut, le brocard défend farouchement son territoire contre tout intrus. Il frotte ses bois sur les arbres pour évacuer la tension nerveuse mais aussi pour marquer son domaine, déchirant l’écorce et laissant son odeur. Souvent, il gratte le sol en même temps, laissant aussi son odeur sur le sol. S’il croise un autre mâle sur son territoire, il le charge et, si l’autre mâle fait front, ils se battent, bois contre bois. Le perdant s’enfuit et le gagnant le poursuit avant de revenir sur son territoire.

Le 3 juillet, alors que le brocard  » six cors » a laissé des traces la nuit précédente sur les troncs d’arbre et les arbustes, une séquence vidéo le montre en train d’être chassé par le maître des lieux, le « quatre cors ». Lien de ma vidéo : https://vimeo.com/339319031

Que devient la chevrette?

Le « bambi » galope après sa mère, en bordure d’une culture.

Sur mon piège photo, la chevrette a « perdu du tour de taille » entre le 18 et le 22 juin.

Le 4 juillet, deux semaines plus tard, son faon apparaît enfin sur une séquence vidéo, en train de courir après sa mère. A ce moment-là, il peut encore être victime d’un accident agricole avec les fenaisons et les récoltes.

 24 Juillet 2018 – Le « quatre cors », toujours fidèle aux pommes

Le brocard « quatre cors » sous un pommier. Son concurrent a disparu de la pelouse. 

1 Septembre 2018 – Premier témoignage photo Mère et fille

Les pommes au verger sont une valeur sûre pour les chevreuils. Il y en a tellement que l’on peut bien partager! Et voilà enfin la présentation du petit animal à la maison.

Le faon apparaît enfin un soir, à la limite du sous-bois. Sa robe n’est pratiquement plus tachetée. Les tâches commencent à s’estomper à partir de 6 semaines.

Mère et fille (mais çà, je ne le savais pas encore).

7 septembre 2018 – Apparition dans un champ de luzerne

Et le 7 septembre, je peux m’en approcher dans un champ de luzerne, proche de la maison, où ils sont très occupés. A partir de maintenant, je les verrai régulièrement, jusqu’à la séparation en mai prochain.

7 septembre 2018, sous une belle lumière du soir – J’ai raté l’épisode des premiers jours du faon. Il est bien reconnaissable à ses oreilles d’une longueur disproportionnée par rapport à sa tête.

7 septembre 2018 – Portrait de face à quelques mètres : si je me relève, il file immédiatement dans le sous-bois!

7 septembre 2018 – La Mère, à proximité de son faon! 

11 Septembre 2018 – On joue sur la « pelouse »

Le chevreuil change de pelage deux fois dans l’année, en avril-mai et en septembre-octobre. Les jeunes muent en premier. Celle du faon a commencé au niveau du poitrail. Cette dernière mue est bien plus discrète dans toutes les catégories d’âge.

L’herbe de la pelouse en friche a pris une triste allure mais les chevreuils l’affectionnent. Les jeunes pousses d’acacias protégées de la tonte est un mets de choix pour eux.

« Je gambade dans une allée tondue, au milieu des premières feuilles mortes d’érables ». L’automne approche.

L’herbe est en train de faner et de s’aplatir.

Le brocard « quatre cors » a donné de sa personne pendant le rut : un bois est cassé. 

La tâche blanche, une fleur mal placée!

Les deux clichés ci-dessus sont trompeurs. Tout ce petit monde joue ensemble. Il y aura même un moment où le faon part à la poursuite du brocard!

Le sevrage du faon a lieu en octobre/novembre. Il devient un chevrillard jusqu’à un an. Pendant tout cet automne et cet hiver, la chevrette et son petit restent ensemble, avec parfois un brocard. En effet, à cette période-là, les mâles abandonnent leur comportement solitaire et territorial et rejoignent les femelles et leurs petits. Il y a eu des mauvais moments à passer. J’ai vu à plusieurs reprises un mâle débarquer de nulle part et se lancer dans une poursuite effrénée après le chevrillard. Ce n’était plus un jeu! Pour information, le rut principal a eu lieu en juillet-août mais il peut y avoir un rut secondaire en octobre-décembre.

Dès le début de la saison de la chasse, toute cette famille va être très discrète dans la journée. Dans les environs, il y aura des battues ; je vais me demander à chaque fois s’ils vont se sauver. Pendant les 6 mois suivants, j’aurai quand même l’occasion de les voir parfois le matin et/ou le soir, à des moments où la lumière est réduite et je n’ai aucun cliché montrable.

14 mars 2019 – Observation d’un mâle avec le tandem Mère-Fille

Le printemps est là et l’herbe repousse. La campagne commence à verdir et les journées rallongent. L’herbe de la pelouse a fané et s’est aplatie pendant l’hiver, puis elle repousse à nouveau. Les chevreuils sortent du sous-bois bien plus souvent. Les brocards vont quitter les structures familiales dans lesquelles ils se sont intégré à l’automne, pour reprendre une vie de solitaire consacrée en particulier à la défense de leur territoire. Les plus vieux sont les premiers à avoir leurs bois neufs, afin de défendre ce territoire face aux prétendants plus jeunes.

Le chevrillard est devenue une chevrette, un peu plus petite que sa mère pour le moment. Un brocard d’âge mûr est encore avec la famille, différent des deux quatre cors et six cors de l’an passé. Son trophée est atypique. Il frotte encore ses bois sur l’arbuste en arrière-plan et sur les troncs d’arbre pour se débarrasser des reliquats de velours; mais aussi, pour signaler sa présence aux autres mâles. Il s’attaque aux plantations mais il faut savoir payer un certain prix pour avoir le plaisir de l’observation. Je protège les jeunes plantations auxquelles je tiens par du grillage pendant quelque temps. Tout le monde a commencé à muer, « la Jeune » étant la plus précoce.

14 mars 2019 – Le brocard d’âge mûr, « La Jeune » (au centre) et la chevrette (toute à droite). Avec le temps, on s’habitue à ces petites bêtes, on parle d’elles avec empathie et on s’ « inquiète » quand on ne les voie pas de quelques jours! 

Une vue rapprochée du brocard ci-dessus. Ses bois atypiques ont encore quelques reliquats de velours. On le reverra quelques semaines plus tard sur la pelouse.

6 Avril 2019 – … sur le gazon

Les chevreuils ne boivent pas, ils se désaltèrent avec la rosée ainsi qu’avec la partie liquide de leur alimentation. Et il faut bien qu’ils urinent. La partie en friche de la pelouse est « arrosée », comme vous pouvez le voir!

C’est le printemps et l’herbe repousse. La chevrette, en pleine mue, n’est vraiment pas à son avantage. 

« La Jeune » – Le poil a quasiment disparu de son cou. Elle est « folasse » et se lance parfois dans des galops désordonnés autour de sa mère.

« La Jeune » aussi, … comme sa mère! Le pelage d’été commence à apparaître autour de ses oreilles.

A nouveau la mère, avec un début de pelage d’été sur le front. Sa mue est en retard par rapport à celle de sa fille. Elle a un petit ventre rond, c’est bon signe!

1 mai 2019 – Les derniers moments du couple fusionnel

Trois semaines ont passé. La Mère et la fille sont encore ensemble mais plus pour longtemps. Les clichés suivants sont les derniers où je pourrai observer ce duo fusionnel depuis juin dernier. La mère va bientôt mettre bas, d’ici 2 ou 3 semaines!

La mère, à l’arrière-plan, a le ventre qui s’est encore arrondi! La Jeune est toute « fine »!

La mue de « la Jeune » a bien avancé.

Un cliché qui j’aime beaucoup, au milieu des fleurs. La mue chez la mère est toujours en cours alors qu’elle est pratiquement terminée chez sa fille. 

4 mai 2019 – Seule!

4 mai 2019 – La petite chevrette a été chassée, d’abord par sa mère; mais aussi, peu après ce cliché, par un brocard surgi du champ en culture à l’arrière-plan. C’est sa destinée. Elle doit maintenant apprendre à faire face seule.

4 mai 2019 – Chassée par ce brocard qui, lui aussi, est en train de muer.

Et depuis? Mes dernières observations de mai sur la pelouse!

Les visites de brocards se succèdent sur la pelouse. C’est la loi du plus fort. Les nouveaux cherchent un territoire et les anciens le défendent. Il y en a principalement deux qui sont là régulièrement : le « quatre cors de la saison précédente », mâle dominant avec deux corps supplémentaires très discrets et un deuxième mâle, celui au trophée atypique (constitué de trois cors).

Le mâle dominant :

5 Mai 2019 – Le « quatre cors de l’an dernier »  frottera ses bois sur tous les arbustes pour se signaler aux prétendants potentiels. 

Quel mâle!

25 mai 2019 – Toujours le « quatre cors » avec ses deux cors supplémentaires très discrets! Avec un fait nouveau, … 

La jeune chevrette :

25 mai 2019 – … il accompagne la petite chevrette qui a terminé sa mue. Elle est maintenant une adulte et elle sera en âge de procréer à la prochaine période de rut, si elle a atteint un poids autour de vingt kilos minimum.

Et le deuxième brocard des lieux, très facilement reconnaissable : un bois unique à gauche et un bois avec deux cors partant de la base à droite :

L’herbe est à point pour y faire de bonnes siestes ou, tout simplement, s’y réfugier. C’est un havre de paix!

La jeune chevrette est donc, pour l’instant, restée sur le territoire où elle est née. Je n’ai pas revu sa mère depuis un mois, c’est-à-dire depuis le 1er mai. A-t’elle mis bas? L’an dernier, la mère avait été visible jusqu’au 13 juin pour donner naissance juste après et ne revenir sur la pelouse avec son faon que le 1 septembre! Il me tarde de voir son petit et pour cela, l’utilisation d’un piège photographique est très utile. Je verrai bien!

« Le » message

On n’est pas obligés de tondre toute sa pelouse! Laissons-en en friche et on sera surpris de voir la faune accaparer les lieux, d’observer une grande variété de fleurs sauvages et de constater le retour de bien d’insectes dont certains nous sont inconnus. Les pommiers attirent les chevreuils, qui ne dédaignent pas non plus les cerises tombées à terre. Quelques arbustes à baies sauvages comme haies et la Nature s’installe devant sa porte!

29 mai 2019 – Une visite nocturne des grosses bêtes.

Tout cela n’est pas idyllique et il faut accepter des compromis quand on habite « à la campagne » comme … avoir la pelouse régénérée de temps en temps par les grosses bêtes!

« Confidences au pied de l’arbre ».

La Couleuvre helvétique ou Couleuvre à collier (15 mai 2019)

La Couleuvre helvétique ou Couleuvre à collier (15 mai 2019)

La Couleuvre helvétique 

(Nom scientifique : Natrix helvetica)

J’ai eu une surprise cet après-midi, alors que j’allais relever un piège photographique installé sur une souille de sangliers : j’ai rencontré une jeune couleuvre à collier en train de chasser dans une grande flaque d’eau à proximité d’un ruisseau. J’ai passé un peu plus d’une demi-heure à l’observer en train de nager, allant et venant avec la tête dans ou au-dessus de l’eau. Bien que discrète, l’agitation inhabituelle causée par ses ondulations a attiré mon attention. Les rayons du soleil qui passaient au travers des frondaisons des arbres éclairaient idéalement la scène.

La Couleuvre helvétique « Natrix helvetica » que l’on appelle communément une couleuvre à collier est la couleuvre la plus fréquente en France. On la trouve dans presque tous les départements. Quand elle est jeune, elle reste à proximité de l’eau où elle peut nager et plonger à la recherche de nourriture comme les têtards, petits poissons et invertébrés … . Les sujets adultes, quant à eux, peuvent vivre à l’écart des points d’eau. On la trouve jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. Les mâles sont plus petits, un peu moins d’1m00 généralement et jusqu’à 1m40 pour les femelles. Les données divergent d’une vingtaine de centimètres selon les sources consultées.

Elle est très facile à reconnaître avec son « collier » qui se présente sous la forme de deux bandes en forme de croissant de couleurs blanche ou jaune crème et noire sur la nuque. Toutes les espèces de couleuvres à collier doivent d’ailleurs leur nom vernaculaire à la présence de celui-ci.

La partie visible de son corps est d’après la littérature de couleur très variable, d’un gris ou marron plus ou moins clair (parfois bleuté ou verdâtre), accompagné de quelques taches noires longitudinales.

Jusqu’à un passé récent, il existait deux espèces de couleuvres à collier en Europe, « Natrix astreptophora » et « Natrix natrix ». Cette dernière comportait 15 sous-espèces dont celle que l’on trouve en France, appelée alors « Natrix natrix helvetica ».

Une nouvelle étude publiée en 2017 dans la revue Scientific Reports a proposé une révision de la taxinomie de la couleuvre à collier, grâce à l’avancée des connaissances apportée par les progrès de la génétique. L’une des conclusions de cette étude est que les couleuvres à collier de l’ouest de l’Europe appartiennent en fait à une espèce différenciée, « Natrix helvetica » (auparavant considérée comme une sous-espèce de « Natrix natrix »).

La couleuvre à collier que l’on trouve en France, appelée jusqu’en 2017 « Natrix natrix helvetica » (sauf dans l’Aude et les Pyrénées Orientales), est depuis devenue une espèce à part entière et doit être nommée Couleuvre helvétique « Natrix helvetica » (certaines publications sur internet ne sont pas à jour). Chez « Natrix helvetica », le « collier » est très marqué, aussi bien chez les jeunes que chez les adultes. L’iris est de couleur jaunâtre.

Dans les départements de l’Aude et des Pyrénées orientales, la couleuvre à collier appelée avant 2017 « Natrix natrix astreptophora » (présente également dans la péninsule ibérique), a été élevée elle aussi au rang d’espèce. Elle s’appelle désormais la Couleuvre astreptophore « Natrix astreptophora », dont les particularités sont les suivantes :  à l’âge adulte, les individus n’ont pas de « collier »; l’œil est rouge vif tandis que la tête est grise, voire bleutée.

Pour rappel, la tête des couleuvres, de forme arrondie avec quelques grosses écailles sur le crâne permet de les différencier au premier coup d’œil des vipères dont la tête est triangulaire avec de nombreuses et fines écailles. Elles sont ovipares tandis que les vipères sont vivipares. Leur pupille est ronde, en fente verticale chez les vipères.

Comme tous les serpents, la couleuvre à collier est pratiquement sourde. En revanche, sa vue est bien développée et l’aide à chasser et à détecter les dangers. De nombreuses couleuvres diurnes, à pupille ronde et cristallin jaune, ont une rétine qui ne comporte que des cônes, cellules assurant la vision colorée et fonctionnant en lumière intense. Le frétillement de la langue, typique des serpents, leur permet de percevoir les odeurs.

La couleuvre à collier est une très bonne nageuse et elle se nourrit de ce qu’elle trouve dans et au bord de l’eau. Les jeunes, comme nous l’avons déjà vu plus haut, se nourrissent de larves, de têtards, de petits poissons et autres ressources trouvées uniquement dans le milieu aquatique. Dès que leur gueule est assez grande, le menu s’enrichit d’amphibiens (grenouilles, rainettes, tritons, …) et parfois des rongeurs (campagnols, mulots, musaraignes, …). Elle est alors moins dépendante de la proximité de l’eau.

Les proies sont avalées vivantes; les mâchoires de la couleuvre peuvent fortement s’écarter et elle est capable d’avaler des proies plus grandes que sa tête. La taille des proies reste proportionnelle à la taille de l’individu.

Elle ne possède pas de venin et ne présente donc aucun danger. Cependant, il vaut mieux l’éviter. Lorsqu’elle se sent en danger, elle peut éjecter un liquide nauséabond par le cloaque. Elle peut aussi simuler la mort en s’enroulant sur le dos, flasque, la bouche ouverte et la langue pendante; elle peut parfois, alors, émettre son odeur nauséabonde (surtout lorsque elle est saisie).

La Couleuvre helvétique juvénile, à comparer avec la Couleuvre verte et jaune juvénile ci-dessous.

Une Couleuvre verte et jaune juvénile (Vic-Bilh). 

La confusion des juvéniles est possible avec ceux de la Couleuvre verte et jaune (« Hierophis viridiflavus« ). Les 3  clichés ci-dessus permettent de voir la différence.

Dès que la flaque est passée dans l’ombre, la couleuvre est remontée dans la végétation. L’observation fut sympa, même si je ne suis pas spécialement fan de moments à passer avec les reptiles. Le choix des photos privilégie l’animal dans son élément, l’eau; il n’y a donc pas de gros plans. Assez régulièrement, ces gros plans sont obtenus en manipulant l’animal ou en le retenant prisonnier.

Victimes depuis toujours de leur mauvaise réputation, les serpents et les couleuvres en particulier sont concernés par l’érosion de la biodiversité. Le nombre d’espèces de couleuvres en France métropolitaine est deux fois plus important que celui de vipères, en gros. Avec les récents changements amenés par l’avancée des connaissances, je ne m’aventure pas à les citer, je me tromperais sûrement. Il m’arrive parfois d’en rencontrer, aussi bien en plaine qu’en montagne mais les occasions ont bien diminué ces dernières années.

Pour mon département des Pyrénées-Atlantiques on peut rencontrer, en plaine et en montagne (altitude maximum variable selon les espèces) :

Couleuvres (5 espèces, inoffensives) : la couleuvre helvétique (objet de cet article), la couleuvre vipérine (inféodée aux milieux aquatiques, altitude maximum 1 000 m), la couleuvre verte et jaune (qui est en fait noire et jaune, la plus grande et qui aime monter dans les arbres), la coronelle lisse et la coronelle girondine (qui peut facilement se confondre avec la précédente).

Vipères (morsure dangereuse) : la vipère aspic (Vipera aspis zinnikeri) et la vipère de Seoane ou des Pyrénées. La vipère de Seoane a une répartition très restreinte. Elle est présente le long de la frontière avec l’Espagne depuis la côte, au sud de Saint-Jean-de-Luz où elle est devenue très rare, jusqu’au massif d’Iraty où elle atteint sa limite Est, en passant par la vallée des Aldudes. Elle atteint côté français l’altitude maximale de 1250 m. C’est une des espèces les plus menacées d’extinction en Europe.

Depuis le 12 mai 1979 (ce n’est pas si vieux), ces reptiles font partie des espèces protégées.

Article présenté avec mes photos personnelles. Pour en savoir plus sur cet animal :

http://www.naturemp.org/Couleuvre-a-collier.html

http://www.serpentsdefrance.fr/Couleuvreacollier.php

http://coronella.free.fr/natnat.php

https://www.nature.com/articles/s41598-017-07847-9#additional-information

Deux couleuvres helvétiques en train de chasser en tandem au bord d’un petit ruisseau.

Sortie CPIE Béarn – Tichodrome échelette, l’oiseau papillon (12 mai 2019)

Sortie CPIE Béarn – Tichodrome échelette, l’oiseau papillon (12 mai 2019)

Sortie avec le CPIE Béarn en vallée d’Aspe,

à la recherche de l’Oiseau papillon (12 mai 2019)

Dans la vallée d’Aspe. Une partie du décor de la sortie.

Le CPIE Béarn (installé à Oloron Sainte-Marie) est un réseau d’associations environnementales et un centre permanent d’initiatives pour l’Environnement Béarn.

Il organise entre autres des sorties accompagnées tous publics à thèmes multiples, comme la découverte de la nature dans la région, l’usage des plantes, le jardinage écologique, etc. Son site internet permet d’en savoir plus sur ses missions et j’encourage à le consulter : https://www.cpiebearn.fr/

Résumé de la sortie de ce jour : à la recherche de l’oiseau papillon

Un soir d’automne devant le cirque de Lescun (novembre 2014).

Le rendez-vous d’aujourd’hui est à Lescun, avec un beau soleil matinal qui ne nous quittera pas de la journée. A mon avis, qui a vu une fois le cirque de Lescun aura envie d’y revenir. C’est un site incontournable pour s’imprégner de la beauté de nos Pyrénées. Le thème principal de la journée est la découverte du Tichodrome échelette ou des murailles « Tichodroma muraria », appelé aussi l’oiseau papillon. On le trouve à flanc des falaises et des parois escarpées en montagne et en particulier dans nos Pyrénées. En hiver, on peut parfois l’observer en plaine sur de vieux édifices comme un grand pont en pierre, une église, une cathédrale, une tour ou autres monuments, des lieux d’hivernage où il ne revient pas systématiquement. S’intéresser au tichodrome l’hiver revient un peu à s’intéresser à notre patrimoine culturel.

Il reste encore beaucoup de névés, terrains de jeux pour les isards qui n’hésitent à se vautrer à la recherche de fraîcheur? (clichés pris avec mon portable).

Posé à flanc de paroi, la couleur gris-cendré du tichodrome échelette lui permet de se fondre dans son environnement où il devient quasiment invisible. Il remonte par sauts à la façon d’un grimpereau, en entrouvrant ses larges ailes d’un rouge vif par saccades. C’est à ce moment-là que l’on peut avoir la chance de le détecter, en quête de nourriture composée essentiellement d’insectes et divers invertébrés. On peut aussi le détecter par son chant. Il est tellement petit que, face à l’immense paroi, j’ai l’impression de « chercher une aiguille dans une botte de foin ». Nous étions à plusieurs pour tenter de le localiser, équipés de jumelles et d’une longue-vue pour notre accompagnateur. Celui-ci délimite plusieurs secteurs que l’on va se partager pour faciliter notre recherche. Personnellement, j’avais amené mon téléobjectif, en espérant l’immortaliser. Cet oiseau se mérite et il faut s’armer de patience. Le chercher dans ce décor grandiose de la vallée d’Aspe nous a fait passer un bon moment. Cet oiseau, bien connu de ceux qui pratiquent l’escalade, reste quand même peu courant et son observation ne peut être garantie; mais quel plaisir le jour où je ferai sa rencontre! Pour voir à quoi il ressemble, il vous faudra aller faire un tour sur internet; en effet, je ne publie que des clichés personnels sur mon site.

La présence encore importante de névés à cette période de l’année ne nous a pas permis de faire la boucle initialement prévue mais la sortie reste très intéressante (dénivelé cumulé de 715m pour un dénivelé positif de 460m et une distance de 9,6km).

Bien que ce n’était pas le thème principal de la sortie, on a pu observer de nombreuses plantes et fleurs, dont la liste est assez longue. Il y en a une que j’aime bien, c’est l’érythrone dent-de-chien (Erythronium dens-canis), appelée plus simplement Dent-de-chien. Elle est en pleine floraison sur les pelouses supérieures. Ainsi que la Saxifrage des Pyrénées (Saxifraga longifolia), que j’ai pensé à photographier car hors de portée!

Nous avons vu aussi de nombreux isards se promenant sur les névés ainsi que quelques marmottes.

Parmi les oiseaux, j’ai bien apprécié l’observation d’un Aigle royal juvénile et celle d’un couple de monticoles de roche, un oiseau que je n’avais jamais aperçu auparavant. En plus des espèces courantes vues et/ou entendues en montant dans la forêt de hêtres, nous avons eu l’occasion de voir et entendre le Rougequeue noir et le Traquet motteux.

Le Rougequeue noir, un migrateur partiel initialement inféodé aux milieux rocheux en montagne, est maintenant présent en plaine dans les villes et les villages de notre région. Le Traquet motteux, habitant typique de la montagne, peut lui aussi de rencontrer à plus basse altitude.

On observera également de loin des couples de vautours en train de nicher sur la paroi ainsi que des faucons crécerelles. Et une bonne partie de la journée se passera en compagnie de Chocards à bec jaune, qui sont en pleine préparation du nid.

Notre accompagnateur nous permettra avec une longue-vue de faire des observations très rapprochées.

L’Ossau, un sommet visible même en vallée d’Aspe.

Le monticole merle de roche

Pour moi, c’est la vedette du jour : le Monticole de roche, ici un mâle. Il était accompagné d’une femelle que j’aurais pu également photographier mais j’ai douté du rendu en qualité du cliché. 

Le Monticole merle de roche (Monticola saxatilis) est communément appelé le Merle de roche. Je ne l’avais encore jamais observé et nous avons eu l’opportunité de voir évoluer un couple. Sa rencontre n’est pas courante. Leur comportement rappelle celui des traquets et des rougequeues, qui se mettent en évidence au sommet des rochers en hochant la queue.

Le mâle, en tenue nuptiale, est superbe. Il a la tête et le cou bleu-gris avec une tache blanche sur le dos; le poitrail et la queue sont de couleur orange. La femelle est de couleur discrète, avec la majeure partie de son corps brun moucheté; sa queue est également orange. Ils ont la taille du merle noir.

C’est un montagnard qui fréquente les éboulis et les pelouses parsemées de rochers. Il s’y nourrit d’insectes et de baies. Migrateur, il repart en août-septembre vers l’Afrique Tropicale où il passe l’hiver.

L’Aigle royal

L’aigle royal juvénile, reconnaissable à la tâche blanche plus claire au bout des ailes.

L’Aigle royal (Aquila chrysaetos) est une espèce remarquable de nos Pyrénées. Son envergure va de 1m90 à 2m20 environ. Il est sédentaire en France où il vit exclusivement dans les massifs montagneux.

Son observation n’est pas courante. En 2016, on comptait 70-80 couples présents dans les Pyrénées côté versant français dont 32 couples dans le Parc national des Pyrénées (source : Parc National).

L’Aigle royal adulte (octobre 2018 – Hautes-Pyrénées).

Ma dernière observation de l’Aigle royal datait d’octobre 2018 dans le cirque de Lis ou Erès Lit (Hautes-Pyrénées), dans le Parc national.

Autres photos de la journée

A la sortie de la forêt, la rencontre avec notre premier isard, un bouc qui est en train de muer vers sa livrée estivale. Il s’éloigne paisiblement sur le névé.

(Partage d’une peau d’isard. Au fond, un lit de Dents-de-chiens en pleine floraison).

Les Chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) récupèrent des matériaux pour la construction du nid. Ici, ils emportent des poils provenant des restes d’une peau d’isard. De loin, ils peuvent être confondus avec le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), qui a le bec … rouge!

Sur ce gros névé, une harde d’isards se promène en « dessinant » des motifs. Ils sont très loin de nous. Ils ont tous des cornes qui dépassent bien des oreilles, sauf un. Les clichés faits sur le versant opposé montrent que les chèvres n’ont pas encore mis bas : les chevreaux sont encore avec leur mère et on n’en voit pas sur les photos ci-dessus. Je pense alors à une harde de boucs avec un éterlou.

L’érythrone dent-de-chien, ou tout simplement Dent-de-chien. J’en avais vu des représentations tellement magnifiées sur certains sites de photographies que lorsque j’ai rencontré mes premières « en vrai », j’ai hésité pour leur mettre un nom dessus.

Sur les parois, de belles saxifrages des Pyrénées (Saxifraga longifolia), plante grasse endémique. Elle pousse sur les falaises calcaires. Elle fleurit de juin à août, sous la forme d’ une grande hampe (jusqu’à 80 cm) pouvant contenir plus d’une centaine de fleurs blanches puis elle meurt.

Un isard adulte. Il s’est éloigné à découvert dans les éboulis où il a hésité un bon moment, ne sachant pas trop quelle attitude adopter devant notre présence à distance conséquente. Quelques pas et puis quelques minutes d’observation et ainsi de suite pendant un long moment. Il va finir par se coucher dans ces éboulis. J’ai pensé à un moment à une femelle qui aurait mis bas et qui cherchait à nous éloigner de son chevreau. Les turbulences de chaleur dans les éboulis perturbent la netteté des clichés pour reconnaître à coup sûr. Plutôt un brocard solitaire? Les autres isards proches de lui, sur les clichés ci-dessous, sont des femelles avec leurs jeunes nés au printemps dernier.

Toutes nos observations sont faites sans perturber ces beaux animaux.

Une chèvre avec deux chevreaux. Le reste de la harde est un peu au-dessus et se dirige vers un névé.

La chèvre se retourne avant de s’éloigner définitivement.

Deux chèvres et trois chevreaux (nés au printemps dernier) sur le névé. Décompte fait avec la longueur des cornes par rapport à la longueur des oreilles.

La troisième mère se rafraîchit sur le névé, près du reste de la harde.

Les deux chevreaux  de la première photo font demi-tour.

Les vautours sont en train de nicher sur la paroi, au moins trois couples.

L’un des vautours fauve quitte le nid et passe près de nous. Il y aura peu de rapaces aujourd’hui; les thermiques n’étaient pas favorables pour leur ballet aérien habituel. 

Cette publication est faite à partir des photos prises lors de la sortie, exceptées celle du cirque de Lescun en automne (novembre 2014) et les deux représentant un Aigle royal adulte dans les Hautes-Pyrénées (octobre 2018).

L’Ossau au printemps

L’Ossau au printemps

Un parterre de jonquilles devant l’Ossau.

Le printemps au pied de l’Ossau 

Une sortie au refuge d’Ayous (10 mai 2019)

Le lac Gentau (1947 m) en grande partie gelé, depuis les environs du refuge d’Ayous. 

Les lacs d’Ayous à partir de Bious Artigues est une sortie que je fais plusieurs fois par an. Mon moment préféré est à l’automne (fin octobre/début novembre) quand la montagne a retrouvé son calme. Les touristes sont alors repartis et les bêtes sont redescendues des estives. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de n’y rencontrer personne. Ou alors en juin, avant la grande cohue qui transforme cette boucle en véritable autoroute de montagne. Mais aussi au printemps quand il reste encore de la neige en altitude, à plusieurs depuis quelque temps. Quand la neige est présente, la boucle des lacs devient pour moi un aller/retour au refuge d’Ayous (1 980m), comme aujourd’hui.

C’est une randonnée facile et s’il y en a une seule à faire dans nos Pyrénées, c’est, à mon goût, celle-là : l’Ossau est grandiose quelle que soit la face que l’on contemple et quelle que soit la saison. Surnommé le « toit du Béarn » (2 884m), il doit être gravi au moins une fois dans sa vie par tout bon Ossalois; c’est une forme de « baptême ». Il porte aussi un prénom, un prénom que j’entend régulièrement prononcer comme si on était dans l’intimité de ce sommet mythique de notre région et que je ne citerai pas. Il semble que les Ossalois d’aujourd’hui n’y prêtent aucune attention et qu’ils font comme moi : c’est tout simplement l’Ossau, un ancien volcan.

Il faut quand même penser que la montagne peut être sournoise, même quand elle est « facile ». Chaque année dans ce secteur, la presse régionale se fait l’écho de certaines interventions des secours de montagne qui interpellent, dues à un équipement inadapté à la situation ou au manque d’appréciation de son niveau physique ou encore à l’ignorance des conditions météo ; celle-ci peut brusquement changer. Une remarque valable aussi bien pour l’ascension du sommet que pour les randonnées.

L’Ossau, son reflet et un parterre de jonquilles, depuis le col long d’Ayous (1700 m). 

L’Ossau dans les nuages, le lac Roumassot (1845 m, partiellement gelé) et la cascade déversoir du lac du Miey, qui donne à plein régime.

Le lac Gentau (1947 m) – Partis sous une pluie fine, la météo s’arrangera un peu et l’Ossau se découvrira partiellement.

Article rédigé avec mes photos personnelles (10 mai 2019).

La Tenthrède verte (Rhogogaster viridis)

La Tenthrède verte (Rhogogaster viridis)

La Tenthrède verte

(Nom scientifique : Rhogogaster viridis)

La Tenthrède verte est un hyménoptère. Sa couleur générale est vert tendre mais elle peut être aussi vert-jaunâtre comme c’est le cas pour mon spécimen. Elle ressemble à une petite guêpe (sans sa « taille de guêpe ») mais en plus sympa. Elle mesure un peu plus d’un centimètre. Je n’en avais encore jamais vu et son aspect « flashy » m’a  immédiatement interpellé! D’autant plus facilement, d’ailleurs, qu’elle était posée sur le capot d’une voiture de couleur sombre.

Sur le site internet de  l’I.N.P.N. (Inventaire National du Patrimoine Naturel), sa présence dans les Pyrénées-Atlantiques n’est pas encore signalée. Parmi les douze départements de la Nouvelle-Aquitaine, sa présence est certaine dans les Landes et probable dans le Lot-et-Garonne; dans la nouvelle région Occitanie, elle est certaine dans l’Aude et probable dans les Pyrénées-Orientales. Sur le site Web’Obs, portail mutualisé destiné à valoriser des données naturalistes entre diverses structures en Midi-Pyrénées, les observations récentes sont rares. Il est possible qu’elle soit répertoriée sur d’autres sites Nature dont je n’ai pas connaissance. Mon observation personnelle est faite sur la commune de Projan (Gers), proche de notre Vic-Bilh, le dimanche 28 avril en milieu de journée, sous un beau soleil.

Cette insecte vole habituellement dans les bois et les broussailles, les parcs, prairies et jardins d’Europe où elle chasse de petits insectes dont elle se nourrit, tels que des pucerons. On peut l’observer d’avril à juillet, en particulier sur les fleurs.

Une partie des critères pour identifier le genre sont les suivants : une ligne noire continue sur les tibias (visible sur le cliché ci-dessus), les tarses annelés noirs et verts à l’extrémité (visible sur le cliché ci-dessus). La femelle a une bande longitudinale dorsale noire plus ou moins large (visible sur le cliché ci-dessus) que n’a pas le mâle, de couleur uniforme. La partie externe épaisse du bord des ailes est verte.

Les quatre clichés de cette observation sont pris sur le même spécimen avec un téléphone portable. Les couleurs sont celles données par l’appareil et elles ne sont pas retouchées. Le spécimen est une femelle, reconnaissable à la bande dorsale noire.

Renardeaux pris au piège …. photographique

Renardeaux pris au piège …. photographique

L’un des trois renardeaux découvrant le piège photographique (03 mai 2019) – Copie écran d’une vidéo. 

Instants de vie de renardeaux

Nés début avril, les renardeaux sont sortis du terrier. Ils se promènent dans les environs immédiats à toute heure de la nuit mais également du jour. Leur distance d’investigation est d’une vingtaine de mètres. Je les surveille avec un piège photographique. Je les laisse tranquille et je ne tente pas de prendre de photos : ils pourraient partir ailleurs.

Deux des trois renardeaux – Le troisième est à droite, derrière la végétation (02 mai 2019) – Copie écran d’une vidéo.

Les séquences vidéos de nuit sont obtenues avec un éclairage nocturne à base de leds dites « noires » (940 nm). Ces leds sont quasiment invisibles pour ces animaux. Elles éclairent la zone se trouvant devant le piège photographique mais elles ne dégagent pratiquement aucune luminosité. Leur seul point négatif est leur portée, assez limitée.

Sur les séquences vidéos (liens en bas de ce post), on voit au maximum trois renardeaux ensemble. Ils peuvent être généralement plus nombreux, quatre à cinq petits en moyenne, mais cela dépend de certains facteurs comme par exemple l’abondance de la nourriture et l’âge de la mère. La mortalité est élevée chez les jeunes.

Nés sourds et aveugles, ils ne pesaient alors qu’une centaine de grammes mais ils grandissent vite. Leur mère est restée en permanence avec eux et elle les a allaité pendant quatre semaines. Ils commencent à consommer de petites proies à partir de 3 semaines. La femelle est pendant cette période d’allaitement nourrie par le mâle. A partir d’un mois, les petits sortent du terrier et ils sont éduqués par les parents. Leur face est devenue rousse et leur fourrure passe progressivement du gris souris au roux. Ils vont être rapidement sevrés, à partir de 6 semaines. Je vois qu’ils commencent déjà à rechercher d’eux-mêmes de la nourriture. Pour l’instant, ils restent dans le sous-bois, à proximité de leur terrier caché sous les ronciers.

Je n’ai vu qu’une seule fois les parents sur les vidéos, filmées sur une période de cinq jours. Il est 09h00 du matin : l’un passe brièvement devant le piège photo et l’autre fait sa toilette en arrière-plan. Sur les séquences nocturnes, on voit de temps en temps que les petits sont attentifs, intéressés par un événement derrière le piège vidéo et ils disparaissent de l’écran. Probablement l’arrivée d’un parent! Pendant la journée, ils jouent à proximité du terrier, du moins pour l’instant.

Renardeau venant se rasseoir toujours à la même place – Copie écran d’une vidéo.

Le choix de l’emplacement d’un piège photographique est plus complexe qu’il n’y parait. En effet, la pose est « en aveugle » : en dehors des coulées, il faut souvent tâtonner pour avoir un bon cadrage. Il faut savoir aussi que les renards adultes (ainsi que les blaireaux) distinguent quand même une faible luminosité sur les pièges photographiques et ils ont une réaction immédiate : faire demi-tour à vive allure. Ces animaux sont très rusés et « percutent » vite. Les renardeaux ne remarquent le piège photographique qu’au cours de la première journée de sa pose; pourtant, celui-ci est discret. Ils vont rapidement s’y habituer et se mettre à jouer.

Il ne faut pas rechercher de proximité comme celle de l’entrée du terrier pour installer ce type de camera : la famille déménagerait ailleurs.

Une petite bouille sympa! – Copie écran d’une vidéo.

Sur les vidéos, l’un des renardeaux est plus hardi pour explorer et les deux autres restent souvent ensemble. D’un jour à l’autre, ils font les pauses aux mêmes endroits : chacun a sa place réservée. La nuit, on se promène dans les abords immédiats en attendant le retour du père pour manger ; le jour, on joue. Une vie de renardeau!

Après avoir déplacé le piège vidéo une dizaine de mètres en arrière de l’aire de jeu, mes suppositions se confirment. On voit un adulte faire des allées et venues entre 21h00 et 6h30: il s’agit en fait des deux parents, que l’on arrive à différencier à leur queue légèrement différente. Parmi les renardeaux, il y en a un vraiment hardi, il explore et seulement de nuit, les deux autres restent en retrait. A aucune moment ils n’apparaissent de jour sur ce rayon d’investigation agrandi. Le déplacement du piège confirme bien que les parents ne sortent que la nuit et que les renardeaux, de jour, ne jouent qu’à proximité immédiate du terrier.

Le père des trois renardeaux en train de muloter à 500 mètres environ du terrier (04 mai 2019)

Le père a un rayon d’investigation assez grand, ainsi que je peux le remarquer sur des séquences récupérées à la même période. Je l’y surprends la plupart du temps à muloter, à partir de 22h00. Je l’apercevrai sans doute bientôt de jour pour nourrir sa famille qui va devenir de plus en plus exigeante en quantité de nourriture.

Les séquences sont postées sur Vimeo afin de ne pas surcharger mon site internet. Il suffit de suivre les liens ci-après :

Un petit résumé parmi les séquences filmées durant la nuit : https:/https://vimeo.com/334379041

De même, pour quelques séquences de jour : https://vimeo.com/334761127

 

 

 

 

L’Isard des Pyrénées

L’Isard des Pyrénées

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc (isard mâle), dans la force de l’âge.

L’Isard des Pyrénées

(Nom scientifique: Rupicapra pyrenaica pyrenaica)

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre (femelle Isard) et son chevreau, né en mai dernier.

Une belle sortie en montagne est une sortie où j’ai rencontré l’Isard. Symbole de nos Pyrénées, il est l’emblème du « Parc national ». Il est assez facile de le rencontrer, à condition de rester discret. En période estivale, il vaut mieux « se lever de bonne heure ». En effet, c’est quand même un animal sauvage et farouche; le passage des premiers randonneurs peut le fait fuir en altitude ou à l’abri des regards. Aux heures chaudes, il se met à l’ombre vers les hauteurs. On l’observe généralement à des distances de sécurité assez conséquentes.

Les meilleurs moments pour moi sont au printemps, à la période où il reconstitue ses réserves et à l’automne à la période du rut : il est alors moins méfiant.

Une question revient assez souvent à son propos : quelle est la différence avec le chamois? Ma réponse était : c’est le même animal, ce n’est qu’une question de lieu. On appelle d’ailleurs l’isard, « le chamois des Pyrénées ». En effet, ils sont tous les deux classés dans le même genre « Rupicapra » ou « chèvre des rochers » mais ma réponse n’était cependant pas exacte. L’évolution de cette souche identique dans deux milieux géographiquement séparés sans interconnexion a amené quelques différences.

Le Genre « Rupicapra », qui serait venu probablement d’Asie d’après la littérature, se divise en deux espèces « rupicapra » (chamois)  et « pyrenaica » (isard), qui sont différentes génétiquement.

Les premiers « Rupicapra » auraient rejoint le sud-ouest de l’Europe vers la fin de la glaciation de Mindel, il y a 350 000 à 400 000 ans, ainsi qu’en témoignent les plus anciens vestiges connus découverts près de Tautavel, dans les Pyrénées Orientales. Par la suite, pour la période correspondant à la glaciation du Riss (-350 000 à -120 000 ans avant notre ère), on a continué à découvrir des fossiles de « Rupicapra », peu nombreux. Ils proviennent pour la plupart des Pyrénées, du Sud-ouest et de la Provence : ils présentent déjà les caractères distinctifs des chamois et des isards actuels.

Plus tard, au cours de la glaciation de Würm (-120 000 à -10 000 ans avant notre ère), les « Rupicrapa » ont vraisemblablement colonisé la majeure partie de notre continent. Les fossiles deviennent de plus en plus nombreux dans les sites escarpés à basse altitude, situés à la périphérie de la plupart des grandes chaînes de montagnes aujourd’hui peuplées de chamois et d’isards. Ces montagnes devaient à l’époque être recouvertes de glaciers les rendant inaccessibles. Quand le climat s’est radouci à partir de -10 000 ans avant notre ère, les glaciers se sont retirés à l’intérieur des massifs montagneux. Les chamois et isards ont alors regagné leurs montagnes de l’Europe centrale et occidentale, où ils ont ensuite continué à évoluer séparément.

En France, l’espèce « rupicapra » comprend deux sous-espèces : « rupicapra » ou chamois des Alpes présent de façon naturelle dans tous les départements des Alpes et du Jura et « cartusiana » ou chamois de chartreuse (massif de la chartreuse entre Grenoble et Chambery).

L’espèce « pyrenaica » comprend trois sous-espèces : « ornata » vivant dans les Abruzes (Italie centrale), « parva » vivant dans les monts Cantabriques (Espagne) et « pyrenaica » (pour l’ensemble des Pyrénées). L’isard cantabrique « pyrenaica parva » est aujourd’hui rattaché à la sous-espèce « pyrenaica pyrenaica ». L’Isard des Apennins a été menacé d’extinction dans le courant du XXè siècle; il a été sauvé grâce à la création du parc national des Abruzzes, en 1923.

Description

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Un bouc, en livrée d’hiver.

L’Isard de nos Pyrénées (Rupicapra pyrenaica pyrenaica) se différencie du chamois des Alpes (Rupicapra rupicapra rupicrapa) par sa taille un peu plus petite, sa rousseur plus prononcée en été et un pelage d’hiver plus clair agrémenté d’un collier de poils noirs qui ressemble à une écharpe. Formée de deux bandes sombres qui partent de la base des oreilles et se terminant sur les pattes, cette écharpe spécifique à l’isard est bien plus marquée chez les mâles. Le changement de livrée (mue de printemps et mue d’automne) s’effectue en août-septembre et en avril-mai.

Sa hauteur au garrot est de 70 cm, 75 à 80 cm pour le chamois. Le poids du mâle oscille entre 25 et 40 kg, celui de la femelle entre 22 et 30kg. Le chamois est plus lourd d’une dizaine de kilos pour les deux sexes et il est moins agile.

Chez les deux mammifères, le mâle s’appelle le bouc, la femelle la chèvre et le jeune, le chevreau jusqu’à 1 an. Puis, jusqu’à 2 ans, l’éterlou pour le mâle et l’éterle pour la femelle. L’espérance de vie de l’isard est de 12 à 15 ans environ.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc surpris pendant sa sieste au soleil, sur une pente verglacée.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Observation du rut des isards (cliché pris par mon compagnon de sortie, Alain).

Parfaitement à l’aise en milieu accidenté, l’isard trouve son salut dans la rapidité de sa fuite. Les os longs des membres antérieurs et postérieurs forment des angles très fermés qui lui procure une souplesse et une détente remarquable. Le bord tranchant des sabots permet une adhérence élevée sur les rochers et sur la neige dure; la présence d’une peau interdigitale permet une bonne portance sur la neige.

Ses poumons sont très développés. Enfin le cœur de l’isard est un muscle gros et très puissant. Abondamment oxygéné par le sang très riche en globules rouges, il permet de soutenir des efforts intenses et violents. C’est un athlète parfait!

Sa vue et son odorat sont excellents. Il repère à grande distance tout ce qui bouge. Menacé, il émet un chuintement d’alarme caractéristique, provoquant généralement la fuite de la harde.

Pendant la majeure partie de l’année à l’exception du rut, les adultes dans les deux sexes vivent séparés, dans des groupes plus ou moins importants appelés des hardes. Les vieux mâles sont parfois solitaires. La cellule de base est constituée de la mère et de son chevreau. On trouve trois principaux types de structure sociale, avec des associations intermédiaires plus ou moins temporaires. La harde en temps que structure sociale n’est pas figée dans le temps :

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une vue partielle d’une petite harde de femelles. Sur le rocher, la présence de deux chevreaux permet de confirmer le sexe des adultes. 

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Zoom sur une autre partie de la harde précédente. A gauche et à droite, deux chevreaux (nés au mois de mai).

-les femelles et leurs chevreaux, la plupart des éterles (femelles de la deuxième année, chassées avant la nouvelle mise-bas de leurs mères et revenues quand la harde s’est reconstituée) et parfois des éterlous. La présence de ceux-ci au sein de la harde doit pouvoir s’expliquer par le fait que la mère n’ait pas été fécondée et le jeune n’a pas été chassé. Il quittera la harde plus tard de lui-même. Ces hardes plus ou moins nombreuses sont généralement sédentaires.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Une harde de mâles adultes (7) et d’éterlous (5) sur une pelouse.

-les éterlous chassés par leurs mères, vivant en petits groupes auxquels peuvent s’associer de jeunes mâles adultes,

Sur les pentes bien exposées menant au lac de Gaube (29 mars 2019) – Une harde composée exclusivement de mâles adultes, en deux groupes de 3 et 6 individus. Affamés, ils ne lèvent pas la tête. 

-les mâles adultes plus âgés vivant seuls ou en petits groupes instables à l’écart des autres individus.

Les mâles sont plutôt nomades. La restriction importante des zones de nourriture à la mauvaise saison peut amener tout ce beau monde à se retrouver en un même lieu. L’analyse de la composition d’une harde d’isards est un exercice très intéressant.

L’étude des cornes 

Un bouc avec les cornes divergentes.

Les cornes de l’isard sont très intéressantes à étudier. Elles sont présentes pour les deux sexes et l’individu les conserve tout le long de la vie. Elles peuvent être divergentes dès le départ ou parallèles jusqu’aux crochets.

Elles sont visibles à partir de 3 mois environ, sous la forme d’un petit cornet de kératine, la même matière que nos ongles. Elles sont souvent cachées au milieu de poils. Avec un bon téléobjectif ou une longue-vue, on peut apercevoir ce cornet dès le 2ème mois. La croissance est importante les trois premières années et surtout la deuxième, lorsque le crochet se forme. La croissance ralentit après la troisième année pour ne plus donner, en cinquième année, qu’un segment d’environ 5 millimètres et des segments de l’ordre du millimètre ensuite.

Ce que l’on appelle la corne est en fait constituée d’un étui (la partie que l’on voit) et d’un pivot. Le pivot est une cheville d’origine osseuse dans laquelle l’étui vient s’emboîter. Il a sa hauteur définitive à l’âge de 5 ans et il occupe alors les 3/5 de la hauteur de la corne. L’étui est très fin à la base et il devient plein dès lors qu’il n’y a plus de pivot, à la hauteur du début du crochet.

Vallée d’Ossau (février 2019) – Photo très recadrée des cornes d’un mâle âgé, montrant les anneaux d’âge et les anneaux de parure. (cliché initial pris avec un objectif 400mm et un doubleur de focale, au format APS-C; la proximité apparente n’est pas effective).

La croissance des cornes s’arrête en hiver pour reprendre au début du printemps suivant, au mois de mars. Elle repousse vers le haut la partie existante. L’arrêt de croissance détermine sur l’étui un sillon circulaire, appelé anneau d’âge. Le premier sillon, positionné au point le plus élevé du crochet (entre 5 et 6 centimètres de la pointe) est difficilement observable, quasiment invisible. L’anneau d’âge ne doit pas être confondu avec l’anneau de parure, plus étroit et ne faisant pas le tour complet de la corne.

Le comptage des segments de croissance à partir de la pointe indique l’âge. C’est une des deux méthodes pour connaître l’âge à coup sûr, l’autre étant l’examen de la dentition qui est valable jusqu’à 5 ans.

L’âge réel de l’isard dans les conditions d’observation habituelles en montagne est impossible à déterminer. On peut cependant faire des estimations à distance par classe d’âge, avec l’observation de la croissance des cornes jusqu’à l’âge adulte. On peut résumer ainsi :

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un chevreau et sa mère; ses cornes sont minuscules, cachées en partie dans une touffe de poils. Il est né en mai/juin dernier.

Les chevreaux ou jeunes de la première année : A 6/7 mois, les cornes mesurent entre 3 et 5 cm environ. On est en novembre et leur croissance s’est arrêtée. Elles sont droites ou elles ont amorcé une très légère courbure vers l’arrière. Le jeune vient d’être sevré mais il reste un chevreau jusqu’au mois de mai suivant où il atteindra l’âge d’un an. Il sera alors repoussé par sa mère pour permettre à celle-ci de mettre bas à nouveau.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un jeune de la deuxième année.

Les éterles (femelles) et les éterlous (mâles), ou jeunes de la deuxième année. De un à deux ans, le crochet se forme. La hauteur des cornes progresse, au plus jusqu’à la moitié de la hauteur de l’oreille au mois de novembre pour ensuite se rapprocher de la hauteur de celle-ci sans la dépasser (après la reprise de la croissance au mois de mars) à ses deux ans révolus. Il sera alors proche de sa taille presque définitive. La maturité sexuelle des deux sexes est atteinte vers l’âge de 18 mois, en moyenne. L’éterle peut procréer, sous certaines conditions. L’éterlou « ne fait pas encore le poids » face au mâles plus âgés et se fait évincer.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Un petit groupe isolé, composé d’un bouc adulte expérimenté à l’ombre, puis un éterlou et un jeune adulte de 3 ans.

-A partir de la troisième année, l’isard est adulte. Ses cornes égalent puis dépasseront l’oreille. Le mâle ou bouc est enfin prêt pour procréer : il a atteint sa taille définitive et il peut tenter de se positionner dans la hiérarchie sociale face aux mâles plus âgés. Le seul moyen pour avoir plus de précision sur l’âge à partir de la troisième année est le comptage des segments de croissance.

En vallée d’Ossau (février 2019) – Un bouc âgé.

Pour les vieux sujets (à partir de la neuvième/dixième année), le pelage est plus clair et commence à grisailler. Ils ont un comportement plutôt solitaire.

Quelques éléments pour identifier le sexe de l’isard

Dans la plupart des cas (mise à part la position de miction), l’indication du sexe ne devient possible qu’à l’âge pratiquement adulte.

-L’allure générale est un critère, mais elle demande une certaine expérience : le mâle est trapu et la femelle est plus fine.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – Deux chèvres avec les chevreaux, dont une femelle.

-Quel que soit l’âge, le mâle urine entre ses quatre pattes alors que la femelle le fait en arrière des postérieurs.

-Le crochet de la corne est fortement arqué chez le mâle, plus arrondi chez la femelle. Hélas, il y a des exceptions qui ne permettent pas de généraliser à coup sûr. Les cornes de la femelle sont plus fines.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un bouc pendant la période du rut. Le pinceau pénien commence à être visible et la barbe ou crinière sur son échine est bien marquée.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Une chèvre en livrée d’hiver. Absence de la barbe ou crinière.

Lécharpe visible en robe d’hiver est très marquée chez le mâle, un peu moins chez la femelle.

En vallée d’Ossau (11 février 2019) – Un bouc avec son attribut. La barbe le long de son échine est relevée.

-La présence du pinceau pénien chez le mâle : il est évident à partir de la quatrième année et notamment en fourrure hivernale ou pendant le rut.

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015, pendant le rut) – Deux femelles (en haut et en bas) accompagnées de leurs chevreaux. La barbe (crinière) est absente.

-De même, la barbe ou crinière (étroite bande de long poils qui court le long de l’échine) est très remarquable chez les mâles adultes en pelage d’hiver, absente chez les femelles.

En vallée d’Ossau (19 octobre 2018) – « Alors, tu suis? » disait le chevreau à sa mère.

-Présence d’un chevreau au côté d’un adulte : l’adulte est donc une femelle, sa mère.

Habitat

L’isard est présent dans tous les départements pyrénéens. L’aire de distribution actuelle s’étend de façon quasi continue depuis les canyons de la Haute Soule (Pays Basque), à l’ouest, jusqu’aux contreforts orientaux du Canigou, à l’est.

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Bien que l’on ne voit que des silhouettes, on n’aperçoit qu’une paire de cornes : un adulte avec un isard sans corne, c’est une femelle et son chevreau, tandem fusionnel.  

En vallée d’Aspe (28 octobre 2016) – Le chevreau est reparti derrière le rocher. Sa présence a cependant permis l’identification d’une mère.

Il vit à la belle saison en haute altitude en zone d’éboulis et de pelouses, au-dessus de la limite des arbres. Il est herbivore et la limite supérieure est aux environs de 2 500m ; l’altitude est conditionnée par la présence des pelouses qui, généralement, disparaissent en grande partie au-delà dans nos Pyrénées. La limite inférieure est au-dessus de 800 m : elle est conditionnée par l’occupation humaine avec malgré tout la nécessité de la présence d’escarpements rocheux pour sa sécurité.

Dans une enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010, l’altitude minimum observée est de 171m, dans les Pyrénées-Orientales ; le maximum atteint est de 3239 m dans les Hautes-Pyrénées et 68% de la surface occupée par l’espèce est située en-dessous de 2 000m.

Au cœur du Parc – Le lac de Gaube au printemps; à la droite, le type de pentes que les isards affectionnent.  Au fond, le massif du Vignemale.

A la mauvaise saison, il redescend en forêt à la recherche de nourriture ou pour trouver refuge contre les mauvaises conditions météo. Lorsque la couche de neige est importante, on le trouve aussi sur les versants abrupts, dans les couloirs d’avalanche où la neige tient moins et permet l’accès à la nourriture : sa présence est fréquente sur les pentes ensoleillées à Cauterets, au-dessus  du Pont d’Espagne.

Régime alimentaire

Vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Isard s’alimentant à la limite de la forêt.

L’isard est un herbivore. Il se nourrit de plantes herbacées et de jeunes pousses. En hiver, il gratte la neige si la couche est poudreuse et pas très épaisse. Sinon, il n’a pas d’autres choix que de s’attaquer aux arbres et arbustes pour  s’alimenter de feuilles, de bourgeons, d’aiguilles et d’écorces de conifères, de feuilles sèches, d’écorces de feuillus, de mousses et de lichens (quand il n’a pas le choix). Tout comme le chevreuil, il ne s’abreuve pas ou alors rarement. Les besoins en eau sont assurés par la consommation des végétaux et par la rosée matinale.

Reproduction

En vallée d’Ossau (06 novembre 2015), au début de la période du rut – Ce mâle dans la force de l’âge court dans tous les sens sur son territoire, disparaissant derrière une crête et revenant sans crier gare avec des accélérés incompréhensibles. Bien caché dans la végétation, je me dis qu’il est capable de me foncer dessus sans me voir!

La période de rut de l’isard est facilement identifiable à son comportement. Les mâles qui formaient des groupes à part des femelles se rapprochent en ordre plus ou moins dispersé de celles-ci à partir de la mi-octobre. Ils deviennent moins méfiants. Il est alors relativement facile de les observer mais il faut garder en tête de ne pas les perturber dans ces moments-là qui sont très sensibles pour la pérennité de l’espèce.

Les chaleurs durent 1 à 2 jours et se renouvellent toutes les trois semaines durant la période de reproduction, tant qu’il n’y a pas eu fécondation.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Ce mâle parcourt son territoire ; pendant la période du rut, il peut perdre jusqu’à 25% de son poids.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – Un regroupement à l’écart de mâles adultes.

En vallée d’Ossau (10 décembre 2015) – La barbe hérissée le long de l’épine dorsale, ce bouc poursuit un concurrent de sa stature.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – Le cadre de la période du rut.

Oulettes de Gaube (09 novembre 2015) – « Le repos du guerrier ». Le rut n’a pas encore commencé, manifestement. Pas trop dépassé; en contrebas, une petite harde de 3 femelles et 2 chevreaux recensés sur un autre cliché.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Une harde de femelles avec leurs chevreaux, dérangées par l’approche de randonneurs. 

Alors que les mâles s’excitent, les femelles restent indifférentes et broutent tranquillement.

En vallée d’Aspe (23 novembre 2018), pendant la période de rut – Ce mâle « dominant » va descendre à toute vitesse le couloir entre les rochers pour faire la police sur son territoire en contrebas.

La première partie du rut consiste à établir une hiérarchie sociale chez les mâles. Certains d’entre eux se lancent dans des courses longues et effrénées, les poils de l’échine hérissés; ce sont les plus âgés qui poursuivent et chassent sans ménagement les autres prétendants, généralement plus jeunes. Les dominants assurent leur territoire et rassemblent les femelles en petites groupes dont ils essaient de maintenir la cohésion. Ils peuvent alors assurer les saillies. La femelle n’est réceptive que quelques heures et l’accouplement est très bref. L’isard est polygame et ces moments sont épuisants : ils perdent beaucoup de poids. La période la plus intense court de la mi-novembre à la mi-décembre environ.

La maturité sexuelle chez les femelles est estimée à 18 mois en moyenne mais la première fécondation peut avoir lieu beaucoup plus tard, en fonction de la densité de la population et des ressources alimentaires qui conditionnent le poids corporel des jeunes femelles. A 3 ou 4 ans, toutes les femelles peuvent mettre bas. La gestation dure 23 semaines. Entre la mi-mai et la mi-juin, c’est la période du pic des naissances qui peuvent commencer début mai suivant les ans (présence tardive ou non de la neige). La femelle s’éloigne alors de la harde, chasse le chevreau de l’année passée et remonte vers les zones escarpées et isolées où elle met bas un seul chevreau qu’elle élèvera seule.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Une chevrée.

Lorsque le nouveau-venu est capable de courir et d’affronter la collectivité, elle rejoint les autres mères. Elles reforment toutes ensemble avec leurs chevreaux une harde que l’on appelle une « chevrée ».

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – La « garderie » d’enfants avec un privilégié, celui qui tête sa mère. Jusqu’à l’âge d’un mois environ, la mère provoque la tétée, puis le chevreau en prend l’initiative de plus en plus souvent.

La femelle allaite son chevreau jusqu’à l’âge de 2 mois environ, puis il s’alimente comme sa mère. Il ne la quitte jamais et imite ses moindres gestes dans une relation fusionnelle. Le sevrage se fait vers l’âge de 6 mois, au moment des « fiançailles » précédant l’accouplement suivant de la mère.

La plupart des éterles chassées par leurs mères respectives avant la mise-bas rejoignent la chevrée lorsqu’elle est constituée.

En vallée d’Ossau (26 mai 2017) – Jeux de chevreaux sur un névé. Âgés d’environ trois semaines / un mois, on devine déjà l’apparition de cornes minuscules sur certains sujets.

Evolution des populations

Dans la vallée du Marcadau – Un bouc âgé au bas d’un couloir d’avalanches.

Dans la vallée de Gaube – Avalanches sur le versant fréquenté par les isards (au fond, le massif du Vignemale). 

Vallée du Lutour  (Hautes-Pyrénées) – Reliefs d’une avalanche hivernale sur un flanc fréquenté par les isards. 

Les avalanches, le froid et la raréfaction de nourriture l’hiver sont des facteurs importants de mortalité et de régulation.

Ces dernières années, des épidémies ont aussi atteint les populations d’isards, comme la kérato-conjonctivite aiguë infectieuse (K.C.I.) apparue entre 1980 et 1982 et revenue entre 2006 et 2008 et la Pestivirose, maladie virale apparue en 2001-2002 avec des mortalités massives et revenue entre 2010 et 2013 dans certains secteurs comme le département de l’Ariège, en vallée d’Aure et en vallée de Luz.

La kérato-conjonctivite aiguë infectieuse est une infection oculaire très contagieuse, fréquente chez les ovins et caprins domestiques. Elle se caractérise par une inflammation de la cornée entraînant aux stades les plus avancés, une opacité voire la perforation de celle-ci pouvant conduire à la mort : l’animal en effet ne peut plus se déplacer correctement et ne s’alimente plus. Il se déshydrate, s’amaigrit et meurt, parfois suite à un traumatisme ou à une chute (15 à 20% de mortalité).

Les effectifs peuvent varier sensiblement d’une année à l’autre en fonction de ces événements. Les données officielles de comptage les plus récentes que j’ai pu trouver sont également dans l’enquête officielle de l’ONCFS effectuée en 2010 : 15 260 (1988); 24 630 (1994); 27 000 (2005) et 31 160 (2010); tous ces chiffres sont sur le versant français et ne sont qu’un minimum, vu la complexité de l’acquisition de ces données.

Interdite en cœur de Parc, la chasse est ailleurs soumise à un plan de chasse qui limite le nombre d’isards tués chaque année.

Le Parc national des Pyrénées Occidentales

Le Parc national des Pyrénées Occidentales a été crée le 23 mars 1967 à cheval entre les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées avec, parmi ses objectifs, la protection de la population d’isards menacée d’extinction si aucune action n’était menée. Il est constituée d’une zone centrale (appelée « cœur du Parc » depuis 2006) de 457 km2 (45 700 ha sur 15 communes) et d’une zone périphérique de 2063 km2 (206 300 ha sur 65 communes), appelée depuis 2006 « aire optimale d’adhésion ». L’intérêt de cette distinction est la réglementation plus souple dans la zone périphérique, destinée à bénéficier d’investissements d’ordres économique, social et culturel afin de freiner l’exode rural et de développer l’équipement touristique de la région.

Le lac det Mail (situé en bordure du coeur du Parc) et le pic du Néouvielle (à droite).

De roche en roche, jusqu’aux plus hautes crêtes, une silhouette stylisée d’une tête d’isard rouge sur fond blanc délimite le coeur du Parc national des Pyrénées de la zone périphérique.

L’article 1er de la loi du 14 avril 2006 a proposé une nouvelle structuration des parcs nationaux. L’ancienne zone périphérique est intégrée au parc national, intégration laissée au libre choix des communes dont le territoire est concerné et qui auront décidé de concourir à la protection du parc national en adhérant à la charte du Parc.

A l’intérieur du Parc, on vieillit paisiblement.

Aujourd’hui, on compte quelques 4 000 isards répartis sur l’ensemble du Parc. En 2015, dans sa partie haut-béarnaise, il y avait 1 200 individus en vallée d’Aspe et 800 en vallée d’Ossau.     

Article rédigé le 02 mai 2019 à partir de mes photos personnelles, des constatations faites sur place et de publications internet avec lesquelles je me suis documenté :

http://oatao.univ-toulouse.fr/869/1/picco_869.pdf (la bibliographie de cette thèse comporte une liste très complète d’ouvrages à consulter, dont sont issus beaucoup d’informations disponibles sur internet).

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/isard

 http://www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Chamois-et-lIsard-ar643

http://www.oncfs.gouv.fr/IMG/file/mammiferes/ongules/montagne/Enquete_Ongules_montagne2011_isard.pdf

« Par une belle après-midi de novembre » – Le bouc s’éloigne tranquillement.