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Sierra de Gredos – Ma première rencontre avec la Gorgebleue à miroir

Sierra de Gredos – Ma première rencontre avec la Gorgebleue à miroir

La Gorgebleue à miroir mâle Sierra de Gredos (7 mai 2018).

Balade ornithologique à la Sierra de Gredos,

avec ma première rencontre avec la Gorgebleue à miroir  

Le lever du soleil sur les principaux sommets de la Sierra de Gredos.

En mai dernier, sur les conseils d’un ornithologue allemand rencontré en Estrémadure, j’ai passé une journée en Sierra de Gredos. J’y ai rencontré le Bouquetin ibérique, qui tient la vedette de mon précédent article, mais aussi la fameuse Gorgebleue à miroir. J’ai été comblé!

Panneau « Sentier de la Laguna Grande » – Voyage vers les glaciations du Quaternaire (avec l’icone de la Salamandre de l’Almanzor, espèce endémique).

La Sierra de Gredos est un lieu bien connu des ornithologues. Parti tôt le matin du parking de la Plataforma (altitude 1750 m) pour ne pas être gêné par d’autres randonneurs ou ornithologues, j’ai pu monter tranquillement jusqu’au point de vue sur le cirque de Gredos, los Barrerones (altitude 2170m). Cet itinéraire est encore enneigé à cette période de l’année et je n’ai rencontré qu’un couple de randonneurs. C’est sur cet itinéraire que j’ai photographié le Bouquetin ibérique et que j’ai fait mes observations ornithologiques. Il descend vers la Laguna Grande de Gredos (1980m) et son refuge Elola ; ce lac glaciaire est encore gelé et enneigé. A mon retour, il y avait pas mal de monde autour du parking ; les ornithologues sont reconnaissables de loin avec leurs longue-vues.

Il existe un itinéraire recommandé pour les ornithologues. Il part aussi de la Plataforma puis, 750m plus loin, il bifurque vers « El Cordel Puerto de Candeleda » indiqué par un panneau. Prendre cette déviation à gauche et remonter par un sentier parallèlement à la « Garganta de Prado Puerto », jusqu’à atteindre un plateau à 1946m d’altitude (6,4 km A/R). On revient par le même chemin qui traverse des zones de pelouses et de rochers. Ce sentier permet d’observer des oiseaux dans leur environnement exclusif de moyenne et haute montagne.

Deux itinéraires ornithologiques intéressants

Les espèces suivantes sont répertoriées sur le panneau « El Cordel Puerto de Candeleda » :

Oiseaux « Star » de la Sierra de Gredos :

Au nombre de 7 : La Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), l’Accenteur alpin (Prunella collaris), le Merle de roche (Monticola saxatilis), le Bruant ortolan (Emberiza hortulana), la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le Tarier des prés (Saxicola rubetra).

Les Bruants ortolan sont parmi les rochers dans la partie inférieure de l’itinéraire.

La Gorgebleue à miroir m’est apparue alors que je n’y croyais plus. On m’avait mis le doute en m’avertissant que je ne la trouverais pas à cette altitude à cette période. Elle était bien là, posée et chantant joyeusement sur des buissons de genêt entourés de névés (raison de cet arrière-plan tout blanc). Elle descendait de temps en temps à terre pour picorer sur les parties déneigées.

Oiseaux résidents : 

Au nombre de 18 : La Corneille noire (Corvus negra), le Grand Corbeau (Corvus corax), le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), l’Alouette des champs (Alauda arvensis), l’Alouette lulu (Lullula arborea), l’Accenteur alpin (Prunella collaris), l’Accenteur mouchet (Prunella modularis), le Merle de roche (Monticola saxatilis), le Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes), le Rouge-gorge familier (Erithacus rubecula), la Grive draine (Turdus viscivorus), le Pigeon ramier (Columba palumbus), la Bergeronnette grise (Motacilla alba), le Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros), le Bruant fou (Emberiza cia), la Linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), le Monticole bleu (Monticola solitarius), le Tarier pâtre (Saxicola rubicola).

Le Rougequeue noir (ici un mâle), présent dans la partie inférieure de l’itinéraire.

Le Bruant fou, dans la partie inférieure de l’itinéraire.

Le Crave à bec rouge, présent tout le long du parcours.

L’Accenteur mouchet, présent tout le long du parcours en bandes joyeuses et familières, même dans la neige.

Oiseaux hivernants :

Au nombre de 6 : la Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis), le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), la Grive draine (Turdus viscivorus), le Pigeon ramier (Columba palumbus), la Bergeronnette grise (Motacilla alba), le Tarier pâtre (Saxicola rubicola). Un « hivernant » peut être aussi résident.

Oiseaux estivaux :

Au nombre de 8 : La Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe), la Fauvette grisette (Sylvia communis), le Bruant ortolan (Emberiza hortulana), la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), le Tarier des prés (Saxicola rubetra). Un « estival » peut être aussi résident.

Le Traquet motteux, dans les pelouses intermédiaires.

Oiseaux de passage, en cours de migration :

Il y en a principalement 3 : le Vautour fauve (Gyps fulvus), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Faucon pèlerin (Falco peregrinus).

Cela fait pas mal d’oiseaux, mais certains sont plus nombreux et plus facilement observables! D’autres ne sont pas répertoriés, mais présents : comme, par exemple, la bergeronnette printanière (Motacilla flava).

La Bergeronnette printanière, au bord d’un ruisseau en contrebas du parking. Elle se différencie de la Bergeronnette des ruisseaux par la couleur du manteau (haut du dos) : vert pour la Printanière, gris pour celle des ruisseaux. 

Remarques sur quelques vertébrés : 

On peut aussi rencontrer dans la Sierra de Gredos deux espèces de vertébrés endémiques, observables en particulier dans l’environnement de la Laguna Grande de Gredos : la Salamandre de l’Almanzor (Salamandra salamandra almanzoris) et le Crapaud commun de Gredos (Bufo bufo gredosicola).

La Salamandre de l’Almanzor (el pico Almanzor est le plus haut sommet de la Sierra de Gredos, culminant à 2592m) est présente au-dessus de 1 800m. Elle occupe une très petite zone en haute montagne, avec des lacs d’origine glaciaire, des prairies inondées et de petits ruisseaux de montagne. Elle peut atteindre des densités élevées au-dessus de 2 000 mètres d’altitude. Elle a la particularité d’être de couleur presque noire avec très peu ou aucune tache jaune. La neige était encore présente en ce début de mois de mai; je n’ai pas pu en observer.

Article écrit le 21 avril 2019 à partir de mes photos personnelles et des constatations faites sur place. Pour préparer ma sortie, j’ai aussi utilisé un guide très bien fait où on peut trouver des informations précieuses : « Where to watch birds in Northern & Eastern SPAIN » 3è Edition de Ernest Garcia et Michael Rebane (voir p172 Sierra de Gredos -Avila). Voir aussi mon article précédent « Le Bouquetin ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées  » : http://www.lanaturemoi.com/2019/04/19/le-bouquetin-iberique-de-la-sierra-de-gredos/

Ruiseñor pechiazul

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Le Bouquetin Ibérique, de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

 

Sierra de Gredos, le 7 mai 2018 – Tous mes clichés de bouquetins de l’article sont pris le même jour.b

Le Bouquetin Ibérique (Nom scientifique : Capra pyrenaica),

de la Sierra de Gredos aux Pyrénées

Bouquetins mâles au repos sur une pelouse, dans la Sierra de Gredos.

Préambule

Le Bouquetin ibérique appelé aussi bouquetin d’Espagne est un beau mammifère auquel je m’intéresse depuis peu. Il ne faisait pas partie de mon environnement mais les choses sont en train de changer, avec le retour de cet animal chez nous, on le verra plus loin en dernière partie de cet article.

Anciennement présent sur le versant français des Pyrénées, en Andorre, en Espagne et au Portugal, le bouquetin ibérique subsiste de nos jours en Espagne et au nord du Portugal. Il occupe des habitats très variés, tous caractérisés par la présence d’escarpements rocheux : depuis le bord de mer en Andalousie à moins de 200 m d’altitude, jusqu’aux plus hautes montagnes de la péninsule à plus de 3 000 m d’altitude (Sierra Nevada, Sierra de Gredos). Les différentes populations, aujourd’hui isolées, formaient un ensemble par le passé.

Il regroupe quatre sous-espèces, dont deux ont disparu : Capra pyrenaica ssp. lusitanica ou bouquetin portugais et Capra pyrenaica ssp. pyrenaica ou bouquetin des Pyrénées.

Le bouquetin portugais Capra pyrenaica ssp. lusitanica avait des cornes différentes de toutes les autres sous-espèces ibériques, plus petites et presque deux fois plus larges. Il  habitait les zones montagneuses du nord du Portugal, de la Galice, des Asturies et de la Cantabrie occidentale. Jusqu’en 1800, il était assez répandu mais son déclin a ensuite été rapide à mesure que la pression de la chasse augmentait. En 1870, il était devenu rare. Le dernier troupeau d’environ une douzaine d’animaux a été enregistré en 1886. Une vieille femelle a été capturée vivante en septembre 1889, mais n’a survécu que trois jours. Deux autres femelles ont été retrouvées mortes l’année suivante, victimes d’une avalanche en Galice. Le dernier bouquetin portugais connu en Espagne est mort en 1890 et la dernière observation connue faite au Portugal était une femelle dans la Serra do Gerês en 1892.

Sur le versant espagnol des Pyrénées, un nombre restreint de bouquetins des Pyrénées Capra pyrenaica ssp. pyrenaica survivait dans le parc national d’Ordesa y Monte Perdido, dont la création en 1918 devait justement les sauvegarder. Il en restait 50 en 1952, 20 en 1970 avec une dernière reproduction en 1987. Le dernier connu, une femelle nommée Celia, a été retrouvée morte le 6 janvier 2000, le crâne fracassé par la chute d’un arbre lors d’une violente tempête. Sur le versant français, les deux derniers bouquetins des Pyrénées ont été abattus en 1910 près du lac de Gaube, au dessus de Cauterets. Chassés jusqu’à l’extinction!

En Espagne, la population encore en vie est constituée par les deux sous-espèces restantes, victoriae et hispanica. Elle avait disparu de plusieurs régions et dans d’autres, elle avait diminué de manière conséquente. Le fait d’être une espèce unique au monde, endémique de la péninsule, en avait fait un grand gibier recherché pour le tir et le trophée. Un programme de conservation est né en 1950 à l’échelle nationale, avec la création de nombreuses Réserves.

Au début des années 1990, la population était estimée à 7 900 individus. Dans une étude complète sur le bouquetin ibérique parue en Espagne en 2012, quelques 50 000 individus sont distribués dans la péninsule ibérique en plus de 27 noyaux dont les plus importants sont: Sierra Nevada (16 000 exemplaires), Gredos (8 000), Maestrazgo (7 000), Ronda et Grazalema (4 000), Cazorla (2 500), Tejeda et Almijara (2 500), Antequera (2 000), Sierra Morena (2 000) et Muela de Cortés (1 500) ; ces chiffres proviennent d’études antérieures effectuées en 1997 et 2002. C’est en partie la création en 1905 de la Réserve royale de chasse de la Sierra de Gredos par le roi Alfonso XIII qui a permis à l’Espagne de garder l’espèce en vie.

En juin 2017, on signale que la population a augmenté de façon exponentielle dans la Sierra de Guadarrama depuis la réintroduction de l’espèce en 1990. Elle est de 4 000 alors qu’il ne faudrait pas qu’elle dépasse idéalement 1 300. La question du surpeuplement de ce noyau de population avec les risques qu’elle génère est devenue préoccupante : le repeuplement d’autres zones par prélèvement d’individus est une des méthodes adoptées, entre autres, pour en limiter le nombre.

Le Bouquetin ibérique

Description

Le Bouquetin ibérique a une allure générale de chèvre mais il est beaucoup plus massif. Le mâle s’appelle le bouc, la femelle l’étagne et le jeune, le cabri.

Trapucampé sur des pattes robustes munies de sabots incroyablement adhérents à la roche, il ignore le vertige. Il saute à travers des murs presque verticaux ou même de la glace. Timide et calme, il a un bon sens de l’odorat et de l’ouïe.  

Hardes de mâles (boucs) adultes, d’âges variés.

Femelle (étagne) et cabris, sur une pelouse à basse altitude. Les mâles (boucs) sont plus haut, au milieu des névés.

Très grégaire, il vit en harde avec d’une part les mâles adultes, de l’autre les femelles et leurs petits de l’année ainsi que les sujets âgés de trois ans au plus. Bien qu’il ne migre pas, le mâle peut faire de longs voyages erratiques pendant l’hiver.

Une Etagne, reconnaissable à sa robe à dominante marron et à ses courtes cornes, presque droites.

Un jeune bouc, reconnaissable à ses cornes développées et à sa barbe naissante.

Un bouc plus âgé.

Deux boucs d’un âge très vénérable.

Le pelage varie en épaisseur et couleur selon les saisons, devenant plus clair et plus court en été. Il noircit au fil des ans au niveau des extrémités, du cou, du ventre et du dos chez le bouc. Il est à dominante marron chez la femelle. Le mâle porte une petite barbe drue sous le menton.

Quelques cornes remarquables portées par des sujets d’un âge avancé.

Ses cornes lui donnent une silhouette caractéristique. Il en porte très tôt et celles-ci ne tombent pas. Elles croissent durant toute la vie de l’individu mais surtout avant 7 ans. La croissance est annuelle sur la base de cernes. Elles peuvent atteindre 90 cm chez le mâle adulte. Leur forme est très variable, le plus souvent torsadée en lyre et finement annelées, incurvées vers l’arrière et dont les extrémités sont dirigées vers le haut et l’extérieur. Les bourrelets sont peu marqués. Ces attributs assurent la suprématie sexuelle chez les mâles qui s’affrontent en de spectaculaires et sonores combats lors de la période de rut.

 

L’Etagne.

La femelle (étagne) possède des cornes plus modestes, plus droites et ne dépassant pas les 25 cm. Un net dimorphisme sexuel est présent chez cette espèce, les mâles mesurant près de 85 cm au garrot pour 60-90 kg, contre 70 cm et 30-45 kg pour les femelles. Ces données varient légèrement selon les sources consultées.

Il évolue indifféremment de jour comme de nuit, même si ses heures d’activité maximales sont localisées le matin et en fin d’après-midi, vers le crépuscule. En hiver, il s’active pendant les heures centrales de la journée, quand il fait plus chaud.

Habitat

Le rocher est l’habitat principal du Bouquetin, qui affectionne les milieux escarpés aux falaises et vires nombreuses, plutôt orientés au sud et rapidement déneigés à proximité de pelouses. Il s’adapte très bien à des altitudes et des climats très différents. Il préfère les milieux ouverts, et fréquente peu la forêt. Il a besoin de vastes étendues même si les femelles se contentent d’un espace plus réduit que celui des mâles.

Une harde de mâles d’âges variés à basse altitude, où l’herbe a déjà bien verdi.

Un mâle solitaire en altitude, en train de se frotter les cornes au milieu de petites jonquilles qui fleurissent par milliers.

Ce besoin d’espace varie fortement en fonction des ressources alimentaires et des saisons. L’hiver et la neige repoussent les animaux vers le bas des versants tandis qu’en été, ils sont attirés par la fraîcheur et la qualité de la végétation près des crêtes.

La sous-espèce Capra pyrenaica victoriae est présente principalement, avec 10 000 individus actuellement, dans la Sierra de Gredos (entre les provinces de Cáceres et d’Ávila), dans la Sierra de Guadarrama, et également à Las Batuecas (Sierra de Francia, au sud de Salamanque).

La sous-espèce Capra pyrenaica hispanica (appelée aussi bouquetin de Beceite), la plus répandue, est présente dans les zones montagneuses près de la Méditerranée, la population principale étant dans la Sierra Nevada. On la trouve dans les puertos de Tortosa – Beceite (Catalogne), Maestrazgo (Teruel y Castellón), les Sierras de Cuenca, Muela de Cortés (Valence), la Sierra de Alcaraz, les Sierras de Cazorla y Segura (province de Jaén), la Sierra Madrona, la Serria Nevada (Grenade), la Sierra de Lújar, la Sierra de la Contraviesa , les Sierras de Tejeda y Almijara (Almería), la Serranía de Ronda (province de Cadix), la Sierra de las Nieves, Serranía de Cuenca (province de Cuenca) et la Sierra de Grazalema.

Régime alimentaire

Le Bouquetin ibérique s’alimente de végétaux, consommant de préférence des graminées à la belle saison, des ligneux en automne et en hiver, voire des lichens et des mousses lorsque les conditions deviennent trop rudes. Son régime alimentaire est plus éclectique et diversifié que celui de notre Isard. Vivant dans les rochers, il n’occasionne de dégâts ni aux forêts ni aux pâtures.

Reproduction

C’est une espèce polygame. Le rut induit souvent de grands déplacements chez les mâles. Le temps de chaleur est entre novembre et janvier. Les mâles se comportent de manière agressive les uns envers les autres et se livrent à de violents combats pour les femelles. Ils se lèvent sur leurs pattes de derrière et se cognent les cornes lorsqu’ils retombent. Le vainqueur se fait alors un petit harem qu’il abandonne après les accouplements.

Une mère (en haut à gauche) et plusieurs cabris.

La gestation dure environ 5 mois et les naissances ont lieu entre avril et juin, un ou deux cabris allaité(s) jusqu’à l’âge de six mois. La mise-bas s’effectue de préférence dans un endroit inaccessible aux prédateurs. Le jeune reste pendant presque 2 ans avec sa mère (âge où il atteint sa maturité sexuelle), formant ainsi avec d’autres mères des petites hardes de 10-20 individus.

A l’âge de 3 ans, les jeunes mâles forment des groupes indépendants, qui perdurent au cours du temps. Les bouquetins ont une longévité moyenne de 12-15 ans et peuvent vivre jusqu’à 20 ans.

La Sierra de Gredos

Lever du soleil sur les sommets culminants de la Sierra de Gredos (7 mai 2018) – De gauche à droite, El Pico Almanzor (2592m, point culminant de la Sierra), El Ameal de Pablo (2505m), la Galana (2564m, au centre) avec à droite en arrière-plan El Riscos del Grute, puis El Canchal de la Galana (2479m). Je n’ai pas identifié le sommet arrondi tout à droite.

La Sierra de Gredos est une chaîne de montagnes appartenant au système central , située entre les provinces de Salamanque, Cáceres, Ávila, Madrid et Tolède. Son altitude maximale se situe dans la province d’Ávila, avec le Pico Almanzor à 2592 mètres d’altitude. La neige y est présente des mois de décembre à mai. J’y ai fait la rencontre de mes premiers bouquetins ibériques et de la fameuse Gorgebleue, un passereau très photogénique recherché par les photographes naturalistes.

Alphonse XIII d’Espagne y a créé en 1905 le refuge royal de chasse de la Sierra de Gredos afin de limiter la chasse au bouquetin dans la région et de sauver la population locale alors réduite. Aujourd’hui, le bouquetin ibérique y est toujours chassé, sous certaines restrictions.

Les principales espèces animales que l’on peut y rencontrer aujourd’hui sont donc le bouquetin ibérique (Capra pyrenaica), le chevreuil (Capreolus capreolus), la perdrix rouge (Alectoris rufa), l’aigle royal (Aquila chrysaetos), l’aigle impérial (Aquila adalberti), la bondrée apivore (Pernis apivorus), le vautour moine (Aegypius monachus) et le vautour fauve (Gyps fulvus).

Montée vers le cirque de Gredos – La neige est toujours présente en ce début de mois de mai. Tout à gauche, el Pico Almanzor! (cliché pris avec mon portable).

Le « terrain de jeu » des bouquetins – Rochers et pelouses dégagées de neige.

Une partie de la chaîne est déclarée « Parc régional de la Sierra de Gredos« . C’est un espace naturel protégé qui couvre une superficie de 86 397 ha. Il est reconnu comme une destination idéale pour observer les étoiles par la « Fondation Starlight« .

On y note la présence d’espèces menacées ou singulières, telles que le desman ibérique (Galemys pyrenaicus rufulus), ou la loutre (Lutra lutra). Le desman ibérique Galemys pyrenaicus rufulus est une des deux sous-espèces du desman des Pyrénées Galemys pyrenaicus, l’autre étant Galemys pyrenaicus pyrenaicus, vivant exclusivement dans nos Pyrénées. Un projet de conservation du desman ibérique mené en 2018 et 2019 par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche, de l’Alimentation et de l’Environnement, a pour objet de mener des actions de préservation de l’habitat à la source des rivières Aravalle et Becedillas, deux affluents du fleuve Tormes, situées à l’ouest de la Sierra de Gredos.

La Plataforma de Gredos est le principal point d’accès au cœur du parc, à une altitude de 1750 m, à la fin du route d’une longueur de 12 km partant du village de Hoyos del Espino et menant à un grand parking. Cette route a été construite dans les années 40, à la demande du dictateur Francisco Franco, dans le but de faciliter l’accès à son terrain de chasse.

Le cirque de Gredos depuis Las Barrerones (2210m) – De gauche à droite, Los Tres Hermanitos (avec à ses pieds, la « Laguna Grande »), El Casquerazo, la Portilla de los Machos, el Cuchillar de las Navajas, el pico Almanzor, el Ameal de Pablo, la Galana et el Risco del Grute en partie caché (cliché pris avec mon portable). 

« Circo de Gredos » – Extrait de la carte Google Earth, annotée.

Il y a un itinéraire qui mène au centre du cirque glaciaire de Gredos, très fréquenté en été par les touristes et les alpinistes. C’est celui que j’ai emprunté début mai dernier pour photographier les bouquetins. Le sentier commence à la Plataforma de Gredos (1750 m) et commence à monter vers le sud-ouest pour atteindre les Barrerones (2210 m). De là, le sentier descend au sud jusqu’à la Laguna Grande et le refuge Elola. La distance aller est d’environ 6,4 km. C’est l’un des endroits les plus importants du parc régional. Ce cirque glaciaire est le plus étendu de tout le système central, avec une superficie d’ environ 33 hectares.

À l’est du cirque se trouve le pic Almanzor, le plus haut de la chaîne de montagnes avec ses 2592 mètres d’altitude. Dans la partie inférieure du cirque, et donc au nord-est de celui-ci, se trouve la « Laguna Grande« , également d’origine glaciaire, à une altitude de 1940 m. Elle est aujourd’hui gelée et recouverte de neige. À côté de cette lagune se trouve le refuge Elola, très fréquenté par les alpinistes qui montent au sommet de l’Almanzor (cliché pris avec mon portable).

Le Cirque de Gredos se trouve dans le bassin hydrographique de la rivière Tormes, un affluent du Duero – cliché pris avec mon portable depuis los Barrerones (2210 m).

Ma seule rencontre du jour, un couple d’Espagnols de la région, cliché pris avec mon portable pendant la descente. Le monsieur a gravi la plupart des plus hauts sommets de nos Pyrénées françaises. Je n’aime plus trop me promener seul en montagne, en particulier dans la neige quand je ne connais pas les lieux et nous avons terminé la montée ensemble. Je me suis attardé pour prendre des photos et ils sont redescendus en premier. Et ce que je redoute parfois est arrivé devant moi. Avant ce cliché, le monsieur est passé en partie au travers du manteau neigeux printanier gelé et avait du mal à en ressortir. Heureusement, il s’est dégagé sans mal avant mon arrivée. Comme quoi, tout peut arriver dans cet environnement et j’en ai un peu souri, mais après!

Tout le long de l’itinéraire, outre les bouquetins ibériques, j’aurai l’occasion de rencontrer, autant durant la montée que lors du retour, de nombreux passereaux. Par moments, ils s’envolent carrément à mes pieds, des moments très sympas. Trois jours plus tôt, j’avais rencontré en Estrémadure un ornithologue allemand spécialisé dans la prises de photos d’oiseaux pour des guides naturalistes. Il m’avait raconté ces moments qu’il avait lui-même vécus et j’avoue que j’avais été d’abord un peu réticent à le croire. C’est un peu sous son incitation que j’ai choisi cette destination pour essayer de trouver à l’origine, non pas le bouquetin ibérique mais, la Gorgebleue! Et j’ai été comblé, en photographiant les deux : sentiment de plénitude en redescendant vers la voiture! Les passereaux rencontrés feront l’objet du prochain article, celui-là est déjà bien conséquent.

Mon dernier cliché de cette sortie, que j’aime bien. La harde s’éloigne tranquillement le long du chemin cairné et ce sujet se retourne pour m’observer, avant de s’éloigner à son tour.

Le retour de Capra pyrenaica dans nos Pyrénées

Ce mois d’avril 2019, le Bouquetin ibérique vient au devant de notre actualité régionale. Le jeudi 11,  il y avait du monde sur la commune d’Accous, dans la Vallée d’Aspe. Tous sont en effet venus assister à un grand moment : le lâcher au lieu-dit Aoulet de sept bouquetins ibériques originaires du parc national de la Sierra de Guadarrama en Espagne, le premier pas vers la création d’un nouveau noyau dans les Pyrénées françaises. Ils s’appellent Babeth, Batman, Hardy, Franky, Lazagne, Caramel et Espoir. Les jeunes générations sont impliquées dans la démarche et les enfants des établissements scolaires des environs ont été invités à donner un petit nom aux nouveaux arrivants. Ils sont aussi invités à assister aux lâchers des animaux. Hélas, je n’ai pu être présent à cet événement. Ce premier lâcher en Haut-Béarn marque le retour historique de ces ongulés emblématiques en terres béarnaises, depuis leur disparition il y a plus d’un siècle. D’ici 2020, ce sont 75 bouquetins qui devraient être réintroduits au total dans cette région des Pyrénées, dont 26 avant la fin de l’été. Le projet de réintroduction dans le Haut-Béarn devrait s’articuler autour de trois lâchers en vallée d’Aspe et trois autres en vallée d’Ossau où le bouquetin pointera le bout de ses cornes en 2020.

Mais le programme de réintroduction de l’espèce dans les Pyrénées françaises a en fait débuté en 2014.  Après de longs pourparlers entre la France et l’Espagne, la décision de réintroduire le bouquetin dans les Pyrénées a été prise par les gouvernements concernés (français, andorran et espagnol) en avril 2014. Les critères de réintroduction (forte variabilité génétique, enjeu sanitaire avec absence de gale sarcoptique) a conduit à la décision d’un mixage des noyaux fondateurs réintroduits, basés sur une double provenance à partir des populations des secteurs de la Sierra de Guadarrama et de Gredos, toutes les deux peuplées de la sous-espèce victoriae.

Au cours de l’été de la même année, 37 individus (Capra pyrenaica ssp. victoriae) en provenance de la sierra de Gredos ont été lâchés : 15 dans le Parc National des Pyrénées (Péguère-Ardiden, commune de Cauterets, Hautes-Pyrénées) et 22 dans dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises (cirque de Cagateille, commune d’Ustou). La population de Gredos est celle qui paraît la plus facilement adaptable au milieu pyrénéen du fait d’une similitude climatique avec un climat enneigé et froid. Les premières naissances côté français sont enregistrées dès le printemps 2015 (trois dont une issue d’une reproduction Pyrénéenne et 2 du lâcher en avril 2015 de femelles gestantes). En 2016, c’est sur la commune de Gèdre, dans la vallée de Luz/Gavarnie, que les lâchers ont été effectués par la Parc national des Pyrénées. L’objectif est de renforcer le noyau initial et d’étendre le territoire. Chaque bête est équipée de boucles auriculaires (et certaines ont en plus un collier GPS) qui permettent de les identifier et de les suivre, afin de les étudier.

D’autres réintroductions ont eu lieu par la suite dans ces deux départements; on compte à ce jour 95 lâchers (39 mâles/56 femelles) dans le parc naturel des Pyrénées ariégeoises et 109 (45 mâles/64 femelles) dans les Hautes-Pyrénées (https://www.bouquetin-pyrenees.fr/chronologie-des-lachers). La population de 140 individus qui évoluent aujourd’hui sur le territoire du Parc national des Pyrénées, et les dernières saisons de reproduction fructueuses (49 cabris en 3 ans) sont des signes encourageants pour un retour pérenne de cette espèce sauvage emblématique. Deux d’entre eux, des mâles nommés Arfi et Rico, ont déjà été vus en exploration dans le Haut-Béarn en 2016. Pour 2018, 28 cabris ont été découverts dans les Pyrénées, 13 dans le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises et 15 dans le Parc national des Pyrénées. Ces chiffres sont des minima puisque toutes les femelles n’ont pas pu être observées cette année.

Selon certains experts, une population est cependant estimée viable lorsque elle atteint deux cent individus environ. L’objectif du projet dans le Parc national des Pyrénées est maintenant de réaliser une implantation durable de deux noyaux de population en vallées d’Aspe et d’Ossau capables de se développer et de se connecter à terme avec les noyaux déjà existants en vallées de Luz et de Cauterets. L’expérience montre que les animaux sont fidèles aux sites de lâcher pour la grande majorité des individus.

Parfois confondu avec son cousin le bouquetin des Alpes (Capra ibex), le bouquetin ibérique est toutefois une espèce à part, avec des caractéristiques qui lui sont propres. La première de toutes, celle qui permet de distinguer à coup sûr un ibérique d’un bouquetin alpin, ce sont la forme des cornes. Chez Capra pyrenaica, elles forment en effet une torsade, tandis que chez Capra ibex, elles sont en courbe linéaire. L’Ibérique est aussi plus petit que son cousin alpin.

« Restaurer le bouquetin constitue un acte de réparation des pertes causées par l’homme sur le patrimoine naturel durant les temps historiques. Préalablement à toute réintroduction, la condition exigeant que soit éliminée la cause principale de sa disparition est aujourd’hui remplie grâce au statut de protection d’espèce protégée du bouquetin ibérique (arrêté du 15 septembre 2012) qui interdit de fait la chasse au bouquetin sur le versant français ».

Article rédigé le 19 avril 2019, à partir de mes photos personnelles (reflex et téléphone portable), de constations faites sur place et de publications sur lesquelles je me suis appuyé et dont je cite les liens principaux :

https://es.wikipedia.org/wiki/Capra_pyrenaica

https://es.wikipedia.org/wiki/Sierra_de_Gredos

https://www.bouquetin-pyrenees.fr

http://www.pyrenees-parcnational.fr/fr/des-connaissances/le-patrimoine-naturel/faune/bouquetin-iberique

Le village d’Accous en vallée d’Aspe, sous les étoiles. En arrière-plan, le cirque d’Accous avec de gauche à droite, le Pic de Bergon (2068m), le pic de La Marère (2221m). Au fond, le col d’Iseye, puis le Ronglet (2180m). 

On peut remarquer sur la colline dominant le village la réalisation du graphiste et dessinateur Thierry Fresneau qui, depuis juin 2007, crée des visuels intégrés dans le paysage, ici l’Ours pour l’année 2015. Ses œuvres délivrent des messages ou incitent à réfléchir. Ici, selon lui, l’ours est là pour interroger touristes et habitants sur « leur lien avec la nature, avec l’animal, et avec ce qui les fait vivre aussi ». 2019 sera-t’elle l’année du bouquetin?

 

 

Sortie Nature au lac de Gaube (29 mars 2019)

Sortie Nature au lac de Gaube (29 mars 2019)

Le lac de Gaube gelé avec en arrière-plan, le massif du Vignemale (culminant à 3298m avec la Pique Longue, plus haut sommet des Pyrénées françaises) et le glacier du Petit Vignemale (29 mars 2019)

Le lac de Gaube est un lac d’altitude (1725m) situé dans les Hautes-Pyrénées, au-dessus du Pont d’Espagne. On y accède par le GR10 en direction du refuge des Oulettes de Gaube ou en montant par la piste de ski alpin hors saison (initialement prévue le 31 mars, la fermeture a eu lieu une semaine plus tôt). On peut aussi faire une boucle. La neige est encore présente en cette période et le lac est gelé. Le passage par la piste de ski (fermée et hors période d’avalanches) permet d’observer l’activité des isards sur les versants bien exposés.

L’Isard vit surtout au-dessus de la limite des arbres, en zone d’éboulis et de pelouses. En hiver, il descend en forêt ou sur les pentes où il y a moins de neige. L’altitude des zones de présence varie selon la période de l’année entre 1 200 et 2 500m environ; ces valeurs ne sont qu’indicatives. Au printemps, on peut avoir l’occasion de les approcher à des distances raisonnables avec un téléobjectif, alors qu’ils reprennent des forces sur les parties déneigées des versants bien exposés. A la belle saison,ils remonteront vers les zones d’éboulis et sur les crêtes.

Le chevreuil préfère la forêt et on le rencontre jusqu’aux environs de 2 000 m, d’après la littérature. L’altitude maximum où j’en ai vu est autour de 1 650m, au-dessus de Payolle (Hautes-Pyrénées).

En hiver et au printemps, les deux mammifères peuvent cohabiter sur les mêmes zones, à proximité des forêts de sapins et … c’était le bon jour pour les immortaliser! La suite en images :

Les chevreuils 

Ce Brocard (nom du chevreuil mâle) magnifique, bien trapu, vient de sortir de la forêt de sapins (autour de 1 550m). On devine sa serviette blanche sur le cou portée en hiver par les sujets qui ont déjà un certain âge. Ses bois sont bien formés. On le dit « assassin », à cause de ses bois dépourvus d’andouillers. En effet, lors d’un combat à la période du rut, l’absence de ceux-ci peut causer des blessures sévères chez l’adversaire.

La Chevrette (nom du chevreuil femelle) suivait derrière. Le couple a encore son pelage d’hiver (en plaine, les chevreuils ont commencé à muer depuis bientôt un mois). 

Le couple s’arrête un instant, intrigué et sur le qui-vive. Ils étaient précédés par deux autres chevreuils qui ne se sont pas arrêtés. Apparemment, ils n’aiment pas être à découvert.

Monsieur détale suivi par Madame, elle aussi au galop. Bien qu’ils soient plus craintifs que les isards, je pense que leur attitude est inhabituelle. Ils ont sans doute été dérangés. Ils se réfugient à nouveau sous le couvert des sapins.

Les isards

Ils sont là, en train de brouter tranquillement sur le bas des pentes encore bien enneigées, entre la sortie de la forêt et le lac de Gaube! Ils ne lèvent même pas la tête par curiosité. Dans cette harde, j’en ai compté 9.

Ces isards ne sont pas du tout craintifs, très occupés à se nourrir. Ils reconstituent leurs réserves en profitant de la fonte de la neige. Au fur et à mesure que la montagne se dégagera de son manteau blanc, ils remonteront vers les sommets et il sera alors un peu plus difficile de les approcher.

Rougequeue noir mâle, en tenue nuptiale.

Deux Pinsons des arbres mâles. Ils étaient autour d’une quinzaine de mâles à picorer dans l’herbe qui commence à apparaître. Aucune femelle à l’horizon.

Autour du lac de Gaube, il y avait aussi pas mal de passereaux en train de se nourrir sur les endroits déneigés.

Une vue zoomée sur le glacier du Petit Vignemale, depuis le lac de Gaube (25 mars 2019).

Sortie Nature au Parc Ecologique de Plaiaundi, Irun (25 mars 2019)

Sortie Nature au Parc Ecologique de Plaiaundi, Irun (25 mars 2019)

Le Parc Ecologique de Plaiaundi se trouve à Irun, entre la rivière Bidassoa et le ruisseau Jaizubia, avec la vue sur la baie de Txingudi. C’est une halte de repos et de nourrissage pendant la migration des oiseaux ainsi qu’une zone d’hivernage. Il est classée « zone protégée ». Le biotope est très varié; le parc est constitué de deux lagunes intérieures mises en rapport au rythme des marées à travers un système de vannes, d’une plage entre marées et d’une lagune d’eau douce, le tout sur 24 hectares.  Son emplacement stratégique entre la mer et le début de la chaîne des Pyrénées en fait un couloir de migration fréquenté. On peut y observer de nombreuses espèces d’oiseaux dont certaines peu courantes. La présence immédiate de l’aéroport d’Irun avec ses nuisances sonores et autres qui interpellent lors de la première visite, se semble pas déranger la faune. Ce parc est un lieu de rendez-vous très apprécié des ornithologues.

Arrivé un peu tard dans l’après-midi car je ne pensais qu’aux lumières du couchant, je n’ai pas eu l’occasion de voir beaucoup d’oiseaux. Cette fréquentation réduite était inhabituelle à cette période, information confirmée par un ornithologue espagnol avec qui j’ai échangé. Ce monsieur m’a permis d’observer mes premiers Œdicnèmes criards.

Espèce semi-nocturne, l’ Œdicnème criard est difficile à repérer de jour; en effet, cet oiseau passe l’essentiel de la journée tapi au sol. Ceux-ci étaient loin et dans un espace inaccessible, derrière une clôture. Le cliché ci-dessous n’a servi qu’à confirmer leur identification.

Image recadrée de qualité amoindrie, ayant servi à identifier les Œdicnèmes criards.

Liste partielle des espèces aquatiques observées le jour de ma visite : Canard Chipeau, mâle et femelle (Mareca strepera), Chevalier gambette (Tringa totanus), Courlis cendré (Numenius arquata), Foulque macroule (Fulica atra), Fuligule milouin (Aythya ferina), Gallinule poule-d’eau (Gallinula chloropus), Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis), Oedicmène criard (Burhinus oedicnemus), chevalier cul-blanc (Tringa ochropus). Une autre espèce était aussi présente, que m’a signalé l’ornithologue espagnol avec qui j’ai discuté : le Grèbe jougris (Podiceps grisegena), un migrateur pas très courant que je n’ai pu photographier. Et, bien sûr, quelques autres espèces que je n’ai pas su identifier, … D’autre part, la marée montante a réduit rapidement l’espace d’observation pour les limicoles.

Côté « maritime » :

Le Chevalier gambette (en plumage internuptial), reconnaissable à ses longues pattes rouges/orangées.

Un couple de Canards chipeau, entourant le Chevalier gambette. Mâle avec la tête immergée, femelle à droite.

Canard chipeau mâle. En période nuptiale, son plumage est globalement gris.

Canard chipeau femelle. Elle se différencie des autres femelles anatidés par sa petite tâche blanche à la partie inférieure de l’aile.

Courlis cendré et Chevalier gambette.

Courlis cendré.

Courlis cendrés, dans la partie maritime de la réserve.

Côté lagunes :

Courlis cendrés et Chevaliers culblanc, se chauffant aux rayons du soleil couchant sur un îlot d’une lagune.

Le Fuligule milouin mâle, en plumage nuptial (Aythya ferina)

Le Grèbe castagneux, en période nuptiale (Tachybaptus ruficollis)

Mars, le pelage mue – Instants de vie des chevreuils (16 mars 2019)

Mars, le pelage mue – Instants de vie des chevreuils (16 mars 2019)

De fin février au mois d’avril, les chevreuils perdent leurs poils d’hiver. D’abord les plus jeunes, suivis par leurs aînés. Ils tombent par touffes en commençant par la tête et le cou, puis les membres pour terminer par le tronc. Le pelage passe du gris foncé / brun, épais, au roux parfois vif, assez ras. Le changement d’épaisseur du pelage dans ce sens-là rend la mue de printemps très spectaculaire. Ces bêtes si sympathiques prennent alors une drôle d’allure. Habituellement photogéniques, elles ne sont plus à leur avantage pendant quelques jours.

Parti de bon matin photographier en billebaude, alors que je suivais un chemin entre un champ de luzerne et une terre fraîchement labourée, une chevrette immobile dans l’herbe a attirée mon regard. La présence d’un talus et un vent favorable m’ont permis de l’approcher, sans l’inquiéter. La suite en images :

Cette chevrette, immobile dans ce champ de luzerne, est captivée par quelque chose. Je suis son regard!

Un couple de chevreuils est tranquillement en train de se chauffer au soleil matinal, en boule dans une petite cuvette appelée « couchette ».

Au bout de quelques minutes, la chevrette vient rejoindre le couple.

Il est 9h00 et il fait très bon au soleil! Les animaux ne sont assoupis qu’en apparence, les oreilles restent à l’écoute!

Je continue à m’approcher, en contrebas du talus. La chevrette isolée reste sur le qui-vive!

Le couple! Le brocard a déjà un certain âge : on le devine à l’allure de ses bois qui commencent à dégénérer. Aussi, ses bois a lui ont fini de pousser alors que les jeunes sujets ont toujours leurs velours.

La chevrette isolée se relève, après 32 mn de repos. 

Un peu de toilette? Pendant la mue, il arrive que le chevreuil mange ses poils.

Elle se dirige vers le bord du champ.

Au bord du talus, elle hésite pour le descendre.

Le pelage démange. On aperçoit çà et là l’emplacement de touffes de poils arrachés par grattage ou avec les dents.

Elle se décide finalement à descendre tranquillement le talus qui m’a permis de l’approcher.

Plaqué contre le talus, j’ai du mal à la voir; elle aussi, elle hésite, 

Mon camouflage est efficace, elle ne réagit pas.

« Je te souris ».

Elle traverse tranquillement le sentier vers le labour. 

Le brocard s’est relevé.

Il attaque sa toilette. La chute des poils est, chez lui, plus avancée.

… et il attaque aussi la luzerne. Quelle allure!

Pendant ce temps, la première chevrette a traversé le chemin et traverse maintenant le labour, avant de regagner le bois.

Le brocard et la deuxième chevrette descendent à leur tour le talus.

La traversée du chemin.

Traverser un labour, c’est « pénible ».

Petit regard vers moi, avant de rentrer dans le bois pour se reposer jusqu’au soir. Entre le premier et le dernier cliché, 62 minutes se sont écoulées.

Un Brocard en velours (23 février 2019)

Un Brocard en velours (23 février 2019)

Il y a des soirées où la lumière est belle et où la chance vous sourit. Parti observer les signes d’activité de blaireaux autour de leurs terriers, je suis tombé sur ce brocard en train de brouter l’herbe dans une prairie et je l’ai vu avant qu’il ne me voit. Les conditions étaient bonnes pour qu’il m’approche par curiosité.

Le tête-à-tête initial.

Curieux, il approche prudemment.

Premier moment d’hésitation. Il va galoper quelques mètres sur la gauche en s’éloignant, avant de me faire face à nouveau.

On est quand même assez près, cela ne va pas durer. Il finit par comprendre !

Première fuite à la lisière du bois, où se trouve la chevrette. Il ne connaît toujours pas ce qui l’intrigue.

La fuite vers le haut de la prairie! La chevrette que je ne voyais pas n’était pas loin, en bas de la pente.

Le couple va s’arrêter pour observer, et la chevrette va finalement s’éloigner tranquillement dans les ronces du bois. Le brocard hésite encore, il n’a toujours pas « compris ».

Barthes de l’Adour et marais d’Orx, dans les Landes (21 février 2019)

Barthes de l’Adour et marais d’Orx, dans les Landes (21 février 2019)

Le marais d’Orx est un lieu très connu pour observer la faune aquatique. Au regard de son fort intérêt ornithologique, cette vaste propriété du Conservatoire du Littoral de près de 1000 ha (1989), est classée en Réserve Naturelle Nationale sur 774 ha en 1995 et intégrée au réseau européen Natura 2000 au titre des Directives Habitats et Oiseaux. Asséché sous Napoléon III à des fins agricoles, cet ancien polder ceinturé de canaux, constitue aujourd’hui une halte privilégiée pour les oiseaux migrateurs qui y trouvent repos et nourriture. Composé d’une mosaïque de milieux (plans d’eau, saulaies, roselières, prairies, jonçaies…), le Marais d’Orx accueille en particulier une grande diversité d’oiseaux d’eau, et est devenu un site d’importance communautaire pour l’hivernage des anatidés. On observe également un grand nombre d’espèces inféodées aux zones humides (amphibiens, reptiles, insectes, mammifères…).Le marais d’Orx est un ensemble de plans d’eau et de zones humides situé dans les communes de Labenne, Orx et Saint-André-de-Seignanx, au sud du département français des Landes, au nord de Bayonne et en retrait de l’océan Atlantique. Il est la propriété du Conservatoire du littoral depuis 1989 et est classé en réserve naturelle nationale depuis 1995. Sa gestion est assurée par le Syndicat mixte pour la gestion des milieux naturels des Landes depuis 2004.

UNE FIN D’APRES-MIDI AU MARAIS D’ORX,

AVEC UN CROCHET PAR LES BARTHES DE L’ADOUR

Le marais d’Orx est un ensemble de plans d’eau et de zones humides situé au sud du département des Landes, en retrait de l’océan Atlantique. C’est la dernière grande zone humide avant les Pyrénées. Asséché sous Napoléon III avec l’installation d’un système de pompage, il est drainé à des fins agricoles puis plus particulièrement pour la culture du maïs après la Seconde guerre mondiale. Il retrouve son état originel de marais dans les années 1980, suite à l’arrêt du pompage induit par le coût trop élevé de l’électricité.

Par sa position privilégiée sur la plus importante voie de migration d’Europe occidentale, cette zone humide composée d’une mosaïque de milieux naturels accueille une multitude d’oiseaux migrateurs. Elle offre aussi refuge, nourriture et quiétude à une faune sauvage inféodée à ces biotopes (amphibiens, reptiles, insectes, mammifères). Cette vaste étendue de près de 1000 hectares est acquise par le Conservatoire du Littoral en 1989 avec l’aide financière du WWF France. Soustraite à l’agriculture intensive, elle est restaurée en zone humide.

Le marais est classé en réserve naturelle nationale sur 774 hectares depuis 1995. C’est le royaume de la Spatule blanche, choisie comme emblème. Sur le site, 247 espèces d’oiseaux différentes ont été identifiées, dont 137 migratrices. (informations recueillies dans la plaquette du site que l’on trouve sur internet, très bien faite et instructive). 

Barthes de l’Adour à Saubusse

Ambiance hivernale du coucher de soleil sur les barthes à Saubusse (cliché du 15 mars … 2015)

Avant d’arriver au marais situé sur les communes de Labenne, Orx, Saint-André de Seignanx et Saubrigues, je fais un crochet par les Barthes de l’Adour à Saubusse, un lieu que j’affectionne particulièrement en hiver. Aujourd’hui, peu d’espèces seront visibles.

Les pylônes de la ligne TER de Dax à Hendaye et passant près des barthes sont colonisés par les nids de cigognes. Celles-ci font des allers/retours incessants sur les barthes aux alentours.

Une ambiance que j’apprécie dans la zone humide des barthes à la végétation encore endormie. Je ne verrai que des aigrettes garzette et des cigognes. Cette dernière se promène à une distance raisonnable.

Cet après-midi, passage important de vols de grues au-dessus des barthes. Elles ont peut-être fait halte la nuit précédente en Espagne à la lagune de Gallocanta ou à l’embalse de Sotorena avant le passage des Pyrénées, bien dégagées ces derniers jours.

Sur le marais d’Orx

La belle météo d’aujourd’hui, n’était apparemment pas un moment propice pour se promener dans les barthes à Saubusse. Un peu déçu par le peu d’espèces observées, je continue ma route vers le marais d’Orx, en espérant profiter d’une belle lumière du soir. 

La Cistude d’Europe, bien représentée sur le marais, est sortie d’hibernation avec la chaleur inhabituelle à cette période.

La vedette du moment : un Pygargue à queue blanche fait une halte depuis quelques jours sur le marais. J’arrive un peu tard pour une bonne proximité de prise de vue. Il s’envolera de son poste d’observation pour se remiser pour la nuit avant mon arrivée à un observatoire mieux placé situé à quelques centaines de mètres plus loin. 

Le Courlis cendré 

L’avifaune est pour la plupart du temps assez éloignée des postes d’observation. Nombreux anatidés présents, avec la seule Spatule blanche que j’aurai l’occasion de rencontrer. Des jumelles ou un digiscope sont les bienvenus pour reconnaître les espèces : ce sont les outils utilisés par la plupart des personnes que j’ai rencontré.

L’ambiance « courlis cendré » en fin de journée.

Le courlis est bien représenté sur le marais, jusqu’à 80 courlis observés ensemble. Aujourd’hui, le marais se prêtera plus à des photos d’ambiance qu’à des « gros plans ».

Le soleil se couche. Un autre marais va bientôt revivre.

Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

Les grues de la Laguna de Gallocanta (Aragon)

 

L’envol pour la traversée des Pyrénées au lever du soleil, avec étape à l’embalse de la Sotorena (sur l’Alberca de Alboré)

Séjour ornithologique en Espagne – 11 février 2019

La lagune de Gallocanta

pour l’observation de la grue cendrée (Nom scientifique Grus grus)

Présentation de la lagune

Le village de Gallocanta (152 habitants) au bord de la lagune du même nom.

La lagune de Gallocanta est la plus grande lagune d’eau salée intérieure d’Europe. Elle est située à une altitude de 990 mètres, au cœur de la chaîne ibérique entre les provinces de Saragosse et de Teruel (communauté d’Aragon). C’est une zone humide d’importance internationale et une réserve naturelle remarquable. Ses dimensions sont importantes, 7,5 km de long et 2,5 km dans sa partie la plus large pour une superficie de 1 400 à 1900 ha suivant le degré d’inondation, avec une zone périphérique de protection d’environ 4 500 haLa profondeur moyenne est de 70 centimètres et la profondeur maximale en période d’inondation est d’environ 2 mètres. Le bassin lui-même est délimité par les chaînes de montagne Santa Cruz et Pardos au nord, la chaîne de montagnes Menera au sud et la chaîne de montagnes Caldereros à l’est. La lagune est entourée par les villages de Gallocanta, Berrueco, Tornos, Bello et Las Cuerlas

Le climat de la région est méditerranéen continental, avec des températures de -21 ° C en hiver et 30 ° C en été. La pluie est rare et irrégulière (450 mm par an), mais avec des chutes de neige durant les mois d’hiver et des gros orages dans les mois d’été.

Extrait de la carte Google Earth, avec les principales étapes de la migration des grues de part et d’autre des Pyrénées (épingles jaunes).

Elle a un grand intérêt ornithologique pour les espèces migratrices. Elle est en particulier une étape incontournable (avec l’embalse de la Sotorena, objet de mon précédent article) sur la route de l’ouest pour la migration automnale (ou post-nuptiale) des grues cendrées entre les Pyrénées et les zones d’hivernage dans le sud de l’Espagne; et, bien sûr, l’inverse pour la migration du printemps.

Environ 25 000 grues y séjournent durant l’hiver, population à peu près équivalente à celle qui séjourne à Arjuzanx (Landes), dans le parc naturel régional des Landes de Gascogne. Elles se nourrissent dans les champs environnants où on pratique la culture intensive de maïs (grâce à l’irrigation), du tournesol et d’autres céréales, de la luzerne, etc. Ces champs offrent l’occasion d’y observer certains oiseaux de steppe à la bonne période : la Grande outarde ou Outarde barbue (Otis tarda), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax), le Ganga unibande (Pterocles orientalis) et l’Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) qui se regroupent souvent en petit nombre à la fin de l’été et le début de l’automne pour se rendre plus au sud où ils hivernent.

Une petite volée de Tadornes de Belon au lever du jour – Très nombreuses.

D’autres grands oiseaux migrateurs peuvent utiliser la lagune pour se reposer, comme les cigognes (dont la cigogne noire) ainsi que quelques flamands roses. Les anatidés peuvent y être très abondants en fonction du niveau d’inondation. On trouve également pas mal de rapaces.

Marais et roselières, au sud de la lagune.

Le sud de la lagune est alimentée par de petits cours d’eau, des eaux de ruissellement et des sources d’eau douce, propices au développement de roselières. Les grues viennent s’y laver les plumes et se désaltérer.

La salinité de la lagune est très élevée, jusqu’à dix fois supérieure à celle de l’eau de mer en fonction de l’évaporation. La forte concentration de sel dans les eaux empêche toute présence de poisson. Plus de 220 espèces d’oiseaux peuvent cependant se reposer ou séjourner dans cet environnement , comptage cumulé sur toutes les périodes de l’année.

Chevreuils et sangliers dans le givre matinal.

Parmi les mammifères, les chevreuils et sangliers sont facilement observables, ainsi que les renards et autre faune courante.

Mon séjour à Gallocanta

C’est dans ce petit paradis que je débarque en début d’après-midi, ce mardi 12 février 2019, suite aux conseils de trois ornithologues très sympathiques rencontrés le jour précédent à l’embalse de la Sotorena (province de Huesca).

Source de ce document : Memoria de gestion Reserva Natural Dirigida de la Laguna de 2016

(Gobierno de Aragon-Departamiento de Desarrollo Rural).

Le trajet sur l’A23 depuis ma dernière destination, Montmesa, se passe sans histoire. La distance prévue est de 205 km pour environ 2h30. Après avoir contourné Saragosse, à la hauteur de Carinena, j’aperçois pas mal d’amandiers en fleurs. La route monte régulièrement et à un moment, mes oreilles se débouchent; on est en altitude. Je passe un petit col à 925m, el purto de Rueda. Je prends la sortie 232 pour la N330 jusqu’à ma nouvelle destination, le village de Gallocanta. Beaucoup de paysages de steppes vallonnées le long de la nationale; quelques arbres isolés sur une terre très rouge. Quelques tracteurs sont en train de la travailler. A l’horizon, une chaîne de montagnes avec des sommets arrondis, dont un est enneigé à l’arrière-plan. La ville de Daroca semble avoir une histoire intéressante, avec plusieurs centaines de mètres de remparts dont certains ont été restaurés. J’apprendrai que cette ville a été celte, puis romaine, puis arabe, puis indépendante, pour enfin devenir espagnole. Il me reste encore une quinzaine de kilomètres à faire sur une route qui monte avec beaucoup de lacets, au milieu d’un paysage montagneux et aride par endroits. Quelques forêts de chênes-lièges et des plantations d’arbres fruitiers en fonction de l’exposition. Après avoir passé à nouveau un petit col, je redescends en apercevant au loin ma lagune, sur un immense plateau qui s’étend à perte de vue.

Arrivé sur un point dominant la lagune, je suis agréablement surpris par son importance ainsi que de constater qu’il n’y a aucune végétation qui l’entoure. Il n’y a pratiquement pas d’arbres et ceux qui ont eu le courage de pousser sont plutôt rabougris. Les terres cultivés descendent en pente très douce vers l’eau. Il fait très beau et la réverbération à la surface est importante; c’est très joli. Il ne fait que 9 °C, avec du vent.

Mes premières grues au bord de la lagune, depuis « el Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Le village de Gallocanta, à l’heure « del almuerzos ».

Les premières grues sont déjà visibles, c’est bon signe pour la suite du séjour. Je rentre dans Gallocanta, village classique d’Aragon aux murs couleur de terre ou blanchis à la chaux et absolument désert, même pas une voiture. Un chien qui traînait par là vient me tenir compagnie. J’oubliais! Es la hora del almuerzos! Il est 14h00 et j’ai fait 520  km depuis le départ de mon domicile. 

« El Centro de Visitantes de Gallocanta ».

Je m’arrête au Centre d’information sur la réserve naturelle de Gallocanta (Centro de Visitantes). Il a fermé à 13h30 et il ne rouvre qu’à 15h30. Ce n’est pas grave. Je commence à prospecter en prenant le sentier praticable qui fait le tour du site, long de trente-trois kilomètres avec de temps en temps un observatoire panoramique assez éloigné de la berge. Direction l’observatorio de los Aguanares!

L’observatorio de Los Aguanares, situé au bord de la partie nord de la lagune. Le niveau de l’eau est bien en retrait.

Vue vers l’est depuis los Aguanares.

Deux vues vers l’ouest depuis los Aguanares.

Vues vers le sud, depuis los Aguanares.

Le niveau d’eau n’est pas à son maximum en ce moment. Le moment de la journée n’est pas propice à la photographie, il y a peu d’oiseaux et la lumière trop éclatante. Je m’arrête un instant à l’observatoire de Los Aguanares, sans insister. Je poursuis mon tour vers l’observatoire de La Ermita. Pendant quelques kilomètres, le chemin s’éloigne de l’eau pour ménager une zone de tranquillité interdite d’accès. Il monte ensuite vers le prochain point de vue.

L’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, sur les hauteurs en face du village de Gallocanta, avec un point de vue dominant sur la lagune côté nord-ouest. 

Vue plongeante sur le nord de la lagune, depuis l’observatoire de los Ojos.

Vue zoomée depuis los Ojos.

Arrivé à l’ermitage Virgen del Buen Acuerdo, je fais une halte à l’observatoire de La Ermita, puis à celui de Los Ojos. La vue plongeante sur les berges où les grues sont paisiblement en train de se nourrir est bien plus intéressante et la lumière plus flatteuse que mon précédent arrêt. Je continue ensuite vers le mirador de La Reguera. 

Grues en train de se toiser, près du mirador de La Reguera. Moment typique de la parade nuptiale.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera – La parage nuptiale a commencé.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. Le tracteur a dû se frayer un passage.

Grues dans les champs, près du mirador de La Reguera. L’envol dans la lumière du soir, pour laisser passer un tracteur. 

Sur le circuit vers le mirador de la Reguera, j’observe quelques linottes mélodieuses, des bruants, une volée de perdrix et … une surprise dans un champ : une grosse volée de plus de 500 grues proches du chemin. Je les observe un bon moment, jusqu’à ce qu’un tracteur arrive derrière moi. Je me gare mieux pour le laisser passer et celui-ci s’avance vers les grues qui ne bougent pas. Il est à la limite de les pousser pour que, finalement, elles s’écartent pour le laisser passer. Et moi qui avait peur de les perturber! Manifestement, elles sont habituées aux engins agricoles mais il ne faut pas croire pour autant qu’elles sont apprivoisées. C’est sympa de les voir faire et j’aurai l’occasion de faire mes premières photos en me rapprochant jusqu’au mirador de La Reguera. Elles ont des chances d’être réussies : il est bientôt 18 h et la lumière jaunit. Le soleil est bas et les couleurs deviennent très belles. Je me fais plaisir. A peine envolées, poussées par le tracteur, les grues se reposent un peu plus loin, en trompettant.

Entre le mirador de la Reguera et le village de Bello. 

Dans les environs de los « Arboles de Mateo ».

Dans un champ juste avant l’entrée du village de Bello, une partie de la parade nuptiale dans la lumière rasante du soir, 

avec un couple accompagné par le jeune de l’an dernier.

Les grues, avec cette belle journée ensoleillée, ont manifestement l’intention de traîner assez tard. Je continue mon tour tout en observant quelques petits groupes dans les champs, par-ci par-là. J’ai l’occasion de photographier deux grues en train de parader, les ailes dépliées, et de les observer longuement. Le rituel pré-nuptial a déjà commencé, avant la remontée vers le Nord de l’Europe. 

« Pour ce rituel, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, en décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant. Ce rituel est visible aussi, en partie, sur d’autres photos ».

Je traverse le village de Bello puis je me dirige vers le village de Tornos. Après « el Centro de Interprétation de Bello », je ne vois qu’au dernier moment la bifurcation pour reprendre le tour de la lagune; je verrai çà demain, il est tant d’aller assister au coucher des gruesà mon point de départ.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Le retour des grues à la nuit tombée, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta. 

Le tour du site est terminé. Je suis de nouveau arrivé au centre d’interprétation qui domine le fond de la lagune, côté nord. Le spectacle est très intéressant. Le soir tombe et les grues reviennent au dortoir. Les grues migrantes arrivées dans la journée se sont d’abord posées dans l’eau et sur les berges, puis elles se sont envolées d’un seul tenant pour aller se nourrir dans les champs plus au nord. Ce sont probablement les mêmes qui reviennent à cette heure très tardive. J’observerai également ce phénomène le jour suivant. Que c’est beau! La surface de l’eau reflète les couleurs du ciel qui passe du jaune doré au rouge intense puis revient vers le jaune. Elles sont loin et on n’y voit plus beaucoup; heureusement, j’ai un objectif lumineux. Je pose mon matériel sur le trépied et je continue à photographier. Elles continuent à arriver dans l’obscurité et on peut entendre leur chant très puissant retentir d’un peu partout, même venant de champs très lointains. C’est la première fois que je peux assister à ce spectacle très coloré au bord de l’eau.

Le retour des grues à la nuit tombée. Vue d’ensemble du nord de la lagune, depuis « el centro de Interprétation » de Gallocanta.

Il est 19 heures; je ne peux plus photographier mais je continue à me régaler, tout en pensant qu’il faut que je prenne une décision pour dormir! Parti de la maison avec des courbatures partout et un gros mal de tête, j’ai écarté la grippe comme l’une des causes possibles, ne me sentant pas le front chaud. Je choisis la sagesse en me reposant dans un bon lit plutôt que de dormir dans la voiture, solution que j’aime bien pourtant car elle me laisse une liberté totale. Il est bientôt 20h00 et je me dirige vers l’auberge Allucant à Gallocanta. Accueillante et très chaleureuse, elle a de la place, heureusement pour moi. J’y passerai une bonne soirée et une bonne nuit. Avec en projet d’être présent avant l’aube afin de voir les grues dans leur sommeil!


Mercredi 13 février 2019 – J’ai prévenu le patron, Javier, que je partirai très tôt pour assister au départ des grues et que l’on ne se verrait sans doute pas. Le ciel est magnifique, très étoilé et sans un seul nuage. Il fait froid et j’ai la surprise de trouver le pare-brise gelé; je perdrai du temps à le dégeler. Il fait – 4 °C. La campagne est magnifique, la végétation est givrée; toute la plaine est blanche.

Premières lueurs de la deuxième journée, depuis « los Aguanares ».

Depuis « los Aguanares ». Le ciel rosit.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Les plus gros vols de grues ont déjà décollé.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Les premières lueurs du jour sont déjà passées quand j’arrive à l’observatoire « Los Aguanares »; j’ai calculé trop juste! Cela me décide déjà pour rester un jour de plus, je tiens absolument à observer les grues lorsqu’elles sont encore sur leur dortoir. En effet, elles décollent toutes ensemble au moment où j’arrive, c’est leur heure! J’ai les doigts gelés et quelques difficultés à paramétrer mon reflex. La lagune est d’un calme olympien, la surface est lisse comme un miroir. Quelques grues sont quand même restées, ce qui me laisse l’occasion de faire tranquillement quelques photos. Au fur et à mesure que la lumière paraît, la campagne « scintille ». La température a continué à chuter et le spectacle est top.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Le soleil  va bientôt passer au-dessus de la montagne.

Depuis « los Aguanares ». Direction l’embalse de la Sotorena, puis les Pyrénées.

Depuis « los Aguanares ». L’envol des retardataires.  Direction les champs alentour.

A 8h30, le soleil a bien dépassé les hauteurs des montagnes environnantes et il ne reste plus de grues au dortoir; je reviens à la voiture pour aller observer les grues dans les champs alentour. Demain, je reviendrai absolument de nuit. 

Entre Los Ojos et Las Cuerlas, dans les champs.

Entre Los Ojos et Las Cuerlas – Chevreuils dans la steppe.

Entre Las Cuerlas et le mirador de La Reguera – Brumes bleutées matinales.

Dans les champs près du mirador de La Reguera. La grosse concentration des grues de la veille. Où ont’elles dormi?

La campagne est intéressante, il y a pas mal de rapaces, dont des faucons crécerelle et des busards saint-martin. A l’arrivée au mirador de « La Reguera », les grues sont toujours là mais plus craintives que la veille. Quel attroupement! Ont-elles passé la nuit dans les champs? Je ne saurais le dire, la matinée est déjà avancée. Une chose est sûre, je les entendais chanter de loin hier dans la nuit et ce matin avant d’arriver. Je me fais encore plaisir à les photographier, on ne se lasse pas de ce genre de spectacle. Que vais-je faire de tous ces clichés?

Tadornes de Belon.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Une parade nuptiale.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

10h00 du matin, ce mercredi! La température remonte doucement, il fait un beau soleil! Je continue le sentier en direction du village de Bello. Au bord de la lagune mais assez loin de mon poste d’observation, un gros rassemblement d’anatidés que je prends d’abord pour des Tadornes de Belon. J’en voie parfois quelques-unes au lac de Puydarrieux (Hautes-Pyrénées).  Les clichés me donneront raison. On l’appelle « Tarro blanco » en espagnol. C’est un bel oiseau!

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello.

Dans les champs entre La Reguera et le village de Bello. Parade nuptiale.

Dans un champ, à l’entrée du village de Bello.

En arrière-plan dans les turbulences de l’air, le village de Tornos.

Arrivé à l’opposé de la lagune, plein sud, je ne voie plus de grues. C’est pourtant à partir de là qu’il est conseillé de faire le tour du site, avec le soleil dans le dos. Les jours se suivent et peuvent ne pas se ressembler. Le soleil est maintenant haut, il est 11 heures. La lumière est dure et les brumes de chaleur commencent à perturber la netteté des clichés. Depuis mon arrivée hier, je remarque que je suis le seul photographe / randonneur. 

Le fond de la lagune, au sud, avec le village de Las Cuerlas.

En fait, les grues sont bien là, posées au milieu des roselières dans la partie où émergent des sources d’eau douce. Elles pataugent à la recherche de nourriture dans cette zone marécageuse et sont en fait bien plus nombreuses que dans la partie nord. J’aperçois un garde en voiture dans la Réserve Naturelle, salarié du gouvernement d’Aragon. Rencontre qui tombe à pic, elle me permet de repérer le chemin autorisé dans le périmètre de la lagune, que j’avais deviné trop tard hier. Il se dirige vers le mirador del Canizar. J’apprendrai que l’entrée de ce chemin est un bon spot pour observer l’arrivée des grues venant de la la migration.

Le mirador del Canizar.

Depuis le mirador del Canizar. Vue vers le fond de la lagune et vers « el Centro de Interprétation de Bello ».

Depuis le mirador del Canizar. Arrivée d’un groupe de chevreuils.

Depuis le mirador del Canizar. Chevreuils et grues font bon ménage.

Depuis le mirador del Canizar, j’ai l’occasion de surveiller le mouvement des grues dans les marais de la partie sud; il y en a, je pense, autour de 4 000. Un petit groupe de chevreuils traverse en pataugeant dans l’eau. La scène est très sympa. Je me contenterai ensuite d’observations visuelles, bien que lointaines. Il est déjà 14h00 et les perturbations atmosphériques sont particulièrement prononcées au travers d’un téléobjectif ou de lunettes d’observation. Je vais profiter de ce moment où il n’y a plus grand chose à faire pour passer à l’auberge réserver une nuit supplémentaire. A partir de 16h00, je reviens à l’observatoire « Los Aguanares ». Les grues sont plus nombreuses qu’hier.

Depuis Los Aguanares – Les grues arrivées de migration dans l’après-midi repartent se nourrir dans les champs en passant au-dessus de moi. Au fond, l’observatoire Los Ojos.

Depuis Los Aguanares – Vue vers l’observatoire del Centro de Interprétation de Gallocanta, libre d’accès. 

Entre 16h30 et 17h00, les grues redécollent de la partie nord de la lagune. Clichés de proximité.

Entre 16h30 et 17h00, toutes les grues repartent vers le nord pour ne revenir qu’à la tombée de la nuit: cela me confirme que ce sont sans doute des grues de passage. J’aurai ce soir l’occasion de faire quelques rencontres. Tout d’abord, un photographe passionné par les grues venu spécialement de Salamanque : il me passera pas mal d’informations dont certaines sont reprises dans cet article, confirmées par mes recherches. Il y aura ensuite Enric, avec qui on échangera nos adresses de site internet. Et enfin, juste avant la tombée de la nuit, trois messieurs ornithologues sont arrivés, des Espagnols étrangers à la région. L’un deux m’a indiqué un spot pour des gypaètes barbus dans le parc national d’Ordesa et du Mont Perdu, « La Garganta de Escuain », très intéressant pour lui. Toutes mes rencontres du jour ont été positives!

Depuis Los Aguanares. Rayons rasants sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil.

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil – Il faut monter en iso!

Depuis Los Aguanares. Retour des premières grues après le coucher du soleil. La lagune est encore calme.

En ombre chinoise, « el ermita Virgen del Buen Acuerdo », avec un point d’observation sur la lagune.

Depuis Los Aguanares. Retour des grues à la tombée de la nuit. Les volées se suivent, nombreuses.  

En surplomb, l’observatoire de Los Ojos.

Depuis Los Aguanares. Vues partielles des grues au dortoir. Les conditions ne sont plus propices pour la photo.

Les grues sont revenues en nombre vers 19h30 alors que la luminosité avait bien faibli. Un spectacle magnifique qui continuera même à la nuit noire!

De retour à l’auberge tardivement, j’aurai l’occasion de finir la soirée en discutant encore d’ornithologie avec un couple venu également observer les oiseaux dans la région. J’apprendrai aussi sur internet que toutes les grues ayant hiverné sur le site d’Arjuzanx (Landes) sont reparties ce mercredi. Le comptage officiel à Gallocanta ce mercredi 13 février est de 22 013 grues sur le site du gouvernement d’Aragon, avec un maximum de 35 316 sept jours plus tard.

Je rappelle au passage les grandes étapes de la migration pré-nuptiale des grues cendrées quittant les vastes plaines et la dehesa de l’Estrémadure pour le Nord de l’Europe : la lagune de Gallocanta (objet de cet article), l’embalse de la Sotorena (précédent article), traversée des Pyrénées jusqu’au site d’Arjuzanx (Landes, objet d’un futur article) puis le lac du Der (Champagne-Ardennes).


Jeudi 15 février 2019 – Ce matin, je ne me suis pas fait piéger! J’ai mis la veille une protection contre le gel sur le pare-brise que je garde toujours dans un coffre bien pratique du Partner. Le ciel est toujours aussi magnifiquement étoilé et sans aucune pollution lumineuse quand je pars. Arrivé à l’observatoire « Los Aguanares », j’aurais l’occasion cette fois-ci d’assister au réveil des grues alors qu’il fait encore nuit. La brume est en train de se former sur la lagune!

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». La plupart des grues sommeillent encore. (temps de pose 1 sec, iso 800 et ouverture maxi). 

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Lueurs de l’aube et envahissement de la brume.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». Les premières grues s’envolent vers l’est.

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». L’envol en masse, au-dessus de l’observatoire. Cliché éclairci (il fait encore sombre).

Depuis l’observatoire « Los Aguanares ». « A bientôt ».

Il fait très froid et j’attrape l’onglet au contact du matériel photo qui se refroidit lui aussi. J’ai du mal à le tenir malgré mes gants (un peu trop légers pour la circonstance). Au fur et à mesure que l’aube surgit, les grues s’agitent de plus en plus et le « top départ » est donné à 7h50 et ne dure que quelques minutes. Il ne reste plus qu’une dizaine de grues sur le site alors que le soleil n’est pas encore levé.

Ayant assisté à son lever la veille, je n’attendrai pas une seconde fois et je repars parcourir la campagne environnante, recouverte de givre.

L’ambiance est magnifique sous le givre. Le brouillard envahit le paysage et masque le lever du soleil. Je ferai quelques jolies rencontres avec la faune après l’observatoire de Los Ojos dans une zone herbeuse non entretenue, avec deux groupes de chevreuils et neuf sangliers. Il fait – 4° C, ce matin.

Paysages de brumes vers les villages de Las Cuerlos et Bello.

Paysages de brume vers le village de Bello. Quelques grues se nourrissent déjà au premier plan.

Le soleil éclaire parfois la cime des rares arbres disséminés dans la campagne.

Le mirador de La Reguera, pris en direction du sud de la lagune.

Près du mirador de La Reguera, enveloppé dans le brouillard – La (très) grosse volée du grues est encore là!

Parade nuptiale dans la brume et la gelée matinale, qui ne refroidissent pas les ardeurs!

Je me répète : « pour le rite pré-nuptial, les grues cendrées marchent avec des pas rapides et courts, les ailes semi-ouvertes, décrivant des cercles sur le sol. Elles se font des courbettes face les unes aux autres, sautant d’un côté à l’autre tout en attrapant n’importe quel objet sur le sol, le lançant ensuite en l’air tout en sautant ». Magnifique à observer, et … un peu incompréhensible.

Le faucon crécerelle est lui aussi un peu « givré ». Il se laisse approcher sans problème, un peu frigorifié.

Depuis le « Centro de Interpretation de Bello ». La brume au-dessus de la lagune.

Il n’a pas dû pleuvoir depuis un petit moment, les pistes sont poussiéreuses et la voiture en profite. Elle mérite déjà un bon lavage. Le soleil commence à percer vers 10h00 et je passe au  Centre d’interprétation de Bello dès son ouverture. J’y récupère leur dépliant de présentation, très bien fait. On m’y confirme la présence de l’Outarde barbue mais ce n’est pas la bonne période. Ici, elle serait un migrateur partiel qui arriverait de la Castille en avril/mai. Le brouillard s’est levé et on retrouve la lumière dure bien connue et peu propice à la photographie. Par contre, la lagune elle-même reste noyée dans la brume. J’ai fait les photos que je voulais et je n’ai aucune raison de m’attarder plus longtemps sur le site.

Il y a une zone que je n’ai pas explorée (découverte tardivement) et qui peut être intéressante, c’est celle située au bord du chemin reliant Tornos à Torralba de los Sisones, puis Blancas. Elle est autorisée. Il y a aussi des photos de paysage intéressantes à faire depuis les hauteurs de Berrueco, au coucher du soleil (mirador El Castillo de Berrueco). Je le garde pour une autre fois. C’est certain, je reviendrai avec un programme élaboré : il y a beaucoup de choses à voir et à faire ici!

Sur le dépliant, je vois qu’il y a une autre petite lagune située à une dizaine de kilomètres, la lagune de la Zaida, et je décide d’aller y faire un tour avant de quitter la région: le Centre d’interprétation me l’a conseillée. Je prends d’abord un café dans un petit bar au village de Bello, pour m’imprégner une dernière fois de cette ambiance espagnole que j’aime bien.

Aux abords de la Lagunica, entre les villages de Bello et Tornos.

Deuxième et dernier passage d’observation des grues à proximité du mirador del Canizar, avant de quitter définitivement la lagune.

Vers 11h00, il fait + 7° C. Je prends la route vers Zaida, en longeant une dernière fois la lagune côté est. J’apercevrai encore un groupe de six un peu plus tard, dans une zone cultivée. L’atmosphère se réchauffe et comme je suis moins concentré sur les grues, je remarque pas mal d’alouettes et de bruants proyer, des chardonnerets et pas mal d’autres passereaux. Finalement, je me rends compte qu’il y a bien plus de grues disséminées autour de la lagune aujourd’hui qu’hier. Elles sont même très nombreuses autour du Centre d’interprétation de Gallocanta, celui qui était fermé à mon arrivée avant-hier et où il n’y en avait aucune.

Il est midi et ma dernière vision avant de quitter définitivement la lagune est la vue sur « Los Aguanares » dont les berges commencent à se remplir de grues. Journée de grand passage? Sans doute, confirmé par le recensement que j’ai trouvé plus tard pour cet article sur le site dédié du gouvernement d’Aragon.

Source officiel du document : site internet Gobierno de Aragon

La laguna de la Zaida

Partie d’un dépliant du Centre d’Information de la réserve naturelle à Bello.

La lagune de la Zaida située à proximité de celle de Gallocanta présente un intérêt évident pour l’avifaune, avec son eau douce. Elle est alimentée par les ruisseaux descendant de la Sierra de Santa Cruz. Son seul inconvénient est qu’elle n’est pas permanente. En effet, un barrage fut construit au XVIè siècle avec une porte qui, par un accord et une année sur deux, empêche l’arrivée d’eau du ruisseau à la dépression de la lagune. Quand la porte est fermée, l’eau est détournée par un canal d’évacuation vers la lagune de Gallocanta (appelé « Acequia Nueva »). De cette manière, la terre de la lagune est cultivée pendant un an et quand la récolte est terminée, les vannes sont rouvertes à la mi-août et la lagune est à nouveau remplie d’eau. On peut y trouver un oiseau nicheur intéressant, le Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis), la Guifette moustac (Chlidonias hybrida), des vanneaux huppés, des foulques et divers canards. Et, bien sûr, … des grues, beaucoup de grues au moment où j’y suis passé!

Les années pluvieuses, bien remplie, elle a un diamètre d’environ deux kilomètres couvrant 215 ha pour une profondeur moyenne d’un mètre. Les années où la pluviométrie est moins généreuse, la surface inondée peut être beaucoup plus petite ou complètement sèche, avec les chaumes de l’année précédente dans de nombreux cas.

Vues d’ensemble de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

Entre Gallocanta et la Zaida, j’ai l’occasion d’observer quelques petits groupes de grues en train de se nourrir un peu partout dans les champs. Une approche est parfois possible avec quelques précautions. Après avoir pris la direction de La Molina de Aragon, on tourne à droite un peu plus loin en direction de El Monastorio de Piedra et on longe la lagune sur la droite. Une piste permet de suivre les berges de la lagune côté est puis nord. La première impression est inhabituelle, le paysage ressemble à celui de champs inondés. Rien d’étonnant quand on connaît l’historique que je ne découvrirai que plus tard. Il y a vraiment beaucoup de grues, mais assez éloignées de mon poste d’observation : dans l’eau, sur la terre ferme et certaines en train de tourner : tout cela dans un brouhaha étourdissant. Un sacré spectacle! Rien à voir avec Gallocanta, où elles étaient dispersées. J’ai même le sentiment qu’il y en a bien plus ici!

Vues un peu plus rapprochées de la lagune de La Zaida et de ses nombreuses grues.

J’ai la surprise d’y retrouver Enric, rencontré la veille à « Los Aguanares ». Il était déjà venu l’année précédente et avait été déçu, la lagune était à sec : j’en ai maintenant l’explication! J’ai fait quelques clichés, surtout d’ambiance car il ne faut pas trop espérer faire des photos de proximité. Il n’y a aucune végétation pour se cacher et aucun abri. Il n’y a aucune protection particulière sur ce site mais tout est une question de déontologie. Les aubes et les crépuscules doivent y être spectaculaires, … une année sur deux. Pas de rendez-vous maintenant avant deux ans, du moins pour cette lagune! Je reprends le chemin du retour vers 14h00, très satisfait de mon séjour qui, bien que court, a été très bien rempli.

Je vais suivre les conseils de ma rencontre d’hier-soir et je décide de faire un détour à l’approche des Pyrénées, direction Ainsa pour repérer le spot des gypaètes barbus, les gorges d’Escuain. Ces gorges sont situées dans la partie sud-est du parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu, dans la province de Huesca (Aragon). La lumière s’adoucit et les paysages sont très beaux. Certains sommets sont enneigés.

Le petit village d’Escuain, où je rencontrerai plus de chats que d’habitants (village très typique en cours de restauration et complètement désert).

Vue depuis le village d’Escuain.

Gorges d’Escuain au coucher du soleil.

Dernières lumières en redescendant du village d’Escuain (route en très mauvais état).

J’arrive au village d’Escuain peu avant le coucher du soleil, en montant par une route raide (pente jusqu’à 25%), étroite, sinueuse et en très mauvais état (nids de poule et bas-côtés défoncés) avec présence de neige de temps en autre. Heureusement, je ne croiserai qu’une voiture. Le petit village a beaucoup de charme avec ses murs en pierres, ses lauzes et ses cheminées aragonaises, abandonné mais en cours de restauration. Le toit de l’église est effondré, le clocher est toujours présent. Le cimetière attenant, lui, semble entretenu et le lavoir a été restauré. J’imagine un instant la vie reprendre dans ces rues très étroites, un autre monde aujourd’hui disparu. Une antenne parabolique et 4 éclairages publics détonnent dans cette ambiance. Le village est traversé par le GR 15 et c’est le point de départ de quelques randonnées. Il fait très frais, tout est dans l’ombre. La lumière jaunit sur les parois verticales alentour. L’endroit est superbe mais il est trop tard pour observer les rapaces. Qu’importe! Je sais déjà que cela vaudra le coup d’y revenir en prenant mon temps. Direction maintenant le tunnel de Bielsa pour traverser les Pyrénées où je retrouverai la neige, qui n’a pas beaucoup fondue.

En résumé, un petit séjour très positif avec 1100 km effectués sur 4 journées complètes. Mes trois amis ornithologues de Montmesa m’ont très bien conseillé pour compléter mon séjour, je les en remercie. Ils m’avaient aussi conseillé « el Delta del Ebro ». Peut-être le but de ma prochaine sortie? Ces rencontres ont toujours été pour moi et jusqu’à présent enrichissantes.

Où loger à Gallocanta

L’un de mes trois amis ornithologues rencontrés à l’embalse de la Sotorena m’avait prévenu qu’il pouvait faire assez froid à Gallocanta, situé sur un plateau en altitude, et que je risquerai sans doute d’avoir froid si je dormais dans la voiture. Il m’a conseillé d’aller plutôt à l’auberge du village, l’Allucant, très sympathique. C’est ce qu’il faisait lui-même plutôt que de dormir dans le camping-car. Je l’ai écouté et j’ai été ravi par l’accueil, par le rapport qualité/prix, par l’amabilité du personnel, par le calme, … Le patron, Javier, est très à l’écoute et connait bien la faune locale. C’est une auberge avec lits en dortoir ou des chambres privatives et on met et ramasse son couvert. Le sentiment général qui s’en dégage est celui de la convivialité et de l’authentique. J’ai eu la surprise d’y voir affiché la mise à jour manuscrite du comptage des grues sur la lagune. Et puis, quel plaisir de baigner dans cette atmosphère prenante en entendant le chant des grues depuis l’auberge. J’y reviendrai avec plaisir.

Article rédigé le 31 mars 2019, à partir de mes photos, de constatations personnelles faites sur le terrain et de publications internet, dont principalement :

https://champagne-ardenne.lpo.fr/grue-cendree/grus/gallocanta?showall=1

14 février 2019 10h41 – La Grue cendrée (Grus grus), laguna de Gallocanta.